28/11/03 (B222) Le vendredi 21 nov 2003, M.ALI ABDILLAHI IFTIN ex-Commandant de la Garde républicaine et ex-Patron de la Sécurité du Président Gouled et M.MOHAMED SALEH ALHOUMEKANI ex-Commandant Adjoint de la Garde Républicaine et Chef de la Sécurité Adjoint de Gouled, ont été invités par une équipe de journalistes travaillant pour l’émission « SeptAhuit » de TF1, pour répondre à une interview dans le cadre de l’affaire Borrel. Ça se gâterait pour IOG et pour ses complices !

Le journaliste, M.Laurent
DELHOMME, vient de rentrer de Djibouti, où il est resté une
semaine pendant laquelle, il a eu l’occasion de rencontrer certaines personnes
qui ont accepté de donner leur version et d’apporter leur témoignage
public.

Extraits de l’interview (A l’heure actuelle, nous ne disposons pas d’une
transcription précise des termes de l’interview, mais nous avons reçu
des indications suffisantes pour publier cette information – L’ordre des questions
n’est pas obligatoirement respecté) :


Le journaliste informe les deux anciens militaires, qu’au cours de
leur déplacement à Djibouti, il a réalisé des
interviews qui ont été enregistrées et qu’il aimerait
avoir leur réponse sur des déclarations / accusations qui ont
été portées à leur encontre.

Question
A :
Djama,
le Procureur, a dénigré vos capacités personnelles


Caricature du Procureur
Djama Souleiman, réalisée à l’époque, à
partir d’une photo extraite d’une interview télévisée.
Le
journaliste :

« Le Procureur de la République de Djibouti, M.DJAMA SOULEIMAN
OMAR, aurait affirmé qu’Alhoumekani était un élément
dangereux pour la Sociétédjiboutienne, qu’il avait un passé
médiocre, et qu’il trouvait très curieux, le fait que des
« terroristes » comme Awaleh Guelleh et Adawani puissent s’être
rendus au Palais présidentiel pour y rencontrer des personnes dignes
et propres comme Hassan Saïd ou le Colonel Mahdi. Il a trouvé
aussi qu’il était grotesque de prétendre qu’Alain ROMANI
était présent lui aussi, car en réalité, il
étaità l’île de la Réunion à ce moment-là. »

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Réponse
d’Alhoumekani :
Il ne
faut pas avoir peur d’affirmer que ce procureur est un homme malhonnête.

Prenons point par
point.

1 – D’abord, il se cache
sous une fausse identité. Son vrai nom lui a été donné
par sa famille d’accueil à Djibouti, dont le chef est Djamma Hersi
Ahmed. Cette famille l’a adopté, à son arrivée de l’Ougaden
en Éthiopie (où il est né) et l’a élevé.

Les circonstances et les
liens familiaux / tribaux ont permis sa naturalisation à l’époque.
Ensuite, c’est Hassan Saïd qui lui met le pied à l’étrier
au sein de la Justice djiboutienne. Leurs deux mères sont de la même
tribu : DARODE.

2 – Souvenez-vous, car
cela a été dénoncé à l’époque, que
l’épouse de Djama Souleiman, avait été arrêtée
et placée en détention par les autorités australiennes
alors qu’elle demandait à bénéficier du statut de réfugiée
politique à Sydney. Elle a été accusée et reconnue
coupable de détention de faux documents d’identité. C’est elle-même
qui me l’a confié un jour où elle avait forcé sur l’alcool,
alors que son mari était en déplacement.

 


En janvier 2002, le Procureur Djama, qui a fait spécialement
le voyage, rencontre Alhoumekani dans un grand Hôtel de Bruxelles
et il tente d’acheter son silence dans le cadre de l’affaire Borrel. Alhoumekani
a fait prendre ces photos et il affirme qu’il détient aussi un
enregistrement sur cassette de la conversation.

3 – (Alhoumekani
poursuit) En janvier 2002, pour acheter mon silence, le Procureur a
demandé à me rencontrer à Bruxelles où il
m’a offert des millions.

 

NDLR : Si les
faits sont confirmés, il s’agit de l’une des plus graves affaires
de subornation de témoin. Ce n’est pas la partie adverse qui
la conduit, mais … le Procureur en charge du dossier. Est-ce un cas
unique dans les annales judiciaires ?

4 – en conclusion. Si
les affirmations du Procureur étaient exactes, je m’interroge sur les
raisons qui l’ont conduit à Bruxelles pour tenter d’acheter mon silence
et de renier mon témoignage devant la Justice française …
? Outre le rendez-vous que nous avons eu dans un grand hôtel de Bruxelles,
il a aussi rencontré mon avocat dans son bureau et il m’a remis une
proposition et des documents écrits que je détiens.

Ces documents contiennent
les termes du marché qu’il me proposait et de la déclaration
que je devais faire en échange pour revenir en quelque sorte sur mon
témoignage, afin de dédouaner IOG … Je devais en effet préciser
que je m’étais trompé et qu’il ne s’agissait que d’une simple
réunion de Sécurité au Palais présidentiel et
que j’avais du faire erreur en croyant reconnaître Alain Romani.

Je détiens aussi
des enregistrements audiovisuels sur la réponse d’IOG ..

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IFTIN prend la
parole :

Il précise que c’est IOG, en personne, qui lui avait demandé
d’affecter TROIS pistolets automatiques à Alain ROMANI.

Il ajoute que Me
Alain Martinet est un homme malhonnête et incompétent, car
c’est lui qui a participé volontairement et volontairement à
la pression qui l’avait contrainte à signer la fausse déclaration
à Djibouti, afin de protéger sa famille, qui était
menacée.

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Question
B
:
Que pensez-vous de votre procès qui s’est tenu à Djibouti ?

Le journaliste : « que pouvez-vous nous dire sur votre procès
qui s’est tenu à Djibouti. Même si, à mon avis, je le
trouve ridicule puisque vous-même, le principal intéressé,
vous avez pas été convoqué … »

Alhoumekani : « notre justice est corrompue et pourrie ! Les magistrats
ne sont pas indépendants. Ils reçoivent directement leurs ordres
du Palais présidentiel. Prenez par exemple, le procès du Général
Yassin Yabeh, qui avait accusé IOG d’avoir commis le premier Coup d’État
en organisant une fraude électorale massive lors des élections
présidentielles de 1999. Il est mort en prison, parce qu’IOG a refusé
qu’on lui donne les soins médicaux nécessités par son
état de santé. Non assistance à personne en danger. »

« En ce qui concerne mon procès, je confirme qu’il n’a aucune valeur
ni aucun sens, puisque je n’ai même pas été convoqué,
alors que Djama le Procureur connaissait bien mon adresse, puisqu’il avait
su me contacter pour me rencontrer à Bruxelles. »

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Question
C
Pour quelles raisons, le Procureur a-t-il affirmé que
vous étiez sous la protection du Général Fathi .

Le journaliste : « Djama, le Procureur, affirme aussi que vous
étiez intouchable à l’époque, car vous étiez,
en quelque sorte, sous la protection du Général Fathi ».


Alhoumekani : c’est absolument faux. Il suffit de lire l’ordre de mutation
qui m’a conduit au Palais présidentiel : c’est le Général
Zaccaria qui l’a signé ! »

NDLR : on peut s’étonner
de cette affirmation de Djama. Ne lui aurait-elle pas soufflée par
Guelleh, dans les faits ?

Est-ce une confirmation des rumeurs qui feraient état de tensions graves
et persistantes entre Guelleh et le Général Fathi (soutenu par
Zaccaria) ?

On peut se demander quelle est la nature du malaise que l’on constate entre
Guelleh et son armée ? Le fait que ce soit le Premier Ministre Dileita
qui ait été délégué à la fête
de l’AND en juin 2003 et non le Président, comme le voulait la tradition,
est-il un signe ?
en conclusion : Peut-on dire que Guelleh se méfie probablement des
militaires et qu’il en aurait même peur ?

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Caricature d’Hassan
Saïd, le puissant Chef de la SDS, réalisée à
l’époque, à partir d’une photo extraite d’un reportage
de Canal +.
Le journaliste
poursuit en nous indiquant qu’Hassan Saïd a refusé de répondre
à ses questions. On peut imaginer, qu’Hassan Saïd, qui avait
été filmé par Canal +, au moment où il confirmait
que la réunion décrite par Alhoumekani avait bien eu lieu
et qu’il précisait la position de chacun des personnages.

Question
D :
avez-vous des informations sur les relations, à l’époque,
entre Moumin Bahdon, le Ministre de la Justice et le Juge Bernard Borrel ?

Le
journaliste poursuit en reprenant les affirmations du Procureur Djama
:
« Saviez-vous que Bernard Borrel, avait énormément
de problèmes avec son Ministre de tutelle ? « 

Alhoumekani :
« Vous savez, je dépendais du Ministre de la Défense nationale
et hiérarchiquement, du Chef de la Sûretéde l’État
de l’époque : IOG. Vous devriez poser la question au Ministre de la
Justice de l’époque qui était Moumin Bahdon et qui me semble
bien placé pour répondre à cette question. »

Le journaliste :
« Effectivement, nous avons demandé à le rencontrer,
mais il a refusé »

Le journaliste à
Iftin
: « vous avez déclaré publiquement que vous
aviez surpris une conversation entre IOG et Hassan Saïd, dans le bureau
du premier étage et qui aurait porté sur un européen
qui dérangeait beaucoup la République. Pouvez-vous préciser
a date exacte ? »

Iftin : « C’était
au mois de septembre 1995, quelques jours avant la disparition du Juge Borrel.

Le journaliste : « Mais
que se sont dit exactement les deux hommes ? »

Iftin : « Ils
disaient que ce ‘blanc’ se mêlait d’affaires qui ne le regardaient pas
et que, dans son propre intérêt, il devrait sen écarter.
IOG n’a pas prononcé le nom de cette personne, mais il était
clair, qu’il parlait d’un français.

Oh, ce n’est pas une nouveauté
… IOG a toujours fait disparaître tous ceux qui le dérangeaient.
Combien d’accidents de circulation, de malaises inexpliqués, d’empoisonnement,
jalonnent la carrière de cet homme ?

Prenez mon cas. Sous la
menace du chantage d’Hassan Saïd et pour éviter, selon ses propos,
que ma femme et mes enfants ne payent pas de leur vie, j’ai été
contraint d’accepter les termes de la fausse déposition qui a été
rédigée par Me Martinet et de me rendre chez Me Koran pour la
signer officiellement. Lorsque je suis arrivé à l’étude
: tout était prêt : il ne manquait que ma signature ….

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Question
D :
L’affaire
Borrel. Quel est votre sentiment ?

Le journaliste
: « que
pensez-vous de l’affaire Borrel ? »

Alhoumekani :
« Seule la Justice peut répondre. Ce qui est sur aujourd’hui, c’est
que je n’ai pas menti ! Les différents experts ont confirmé
qu’il s’agissait bien d’un assassinat et non d’un suicide.

Je tiens à
rappeler, que je n’ai jamais accusé les personnes que j’ai désignées
parce qu’elles participaient à la réunion au Palais :
IOG, Hassan Saïd, Mahdi, Romani et les deux terroristes, d’être
les assassins du Juge Borrel.

J’ai juste déclaré
que je les avais entendus parler de la mort « d’un juge fouineur »,
et du fait qu’il n’y avait plus de traces et donc plus d’inquiétudesà
avoir, comme l’a dit Mahdi, en réponse à la demande de
Romani. C’est le Colonel Madhi qui a ajouté que le registre qu’on
appele main-courante dans la Gendarmerie était entre ses mains. »

Le journaliste :
« Votre famille a-t-elle été menacée,
depuis votre témoignage ? Nous avons constaté, lors de nos déplacements
dans Djibouti, que nous étions suivis en permanence. »

Iftin et Alhoumekani
:
« Jusqu’à présent et fort heureusement, nos familles
n’ont jamais été menacées sérieusement. Cela ne
concerne que les petites tracasseries habituelles, que l’on inflige aux familles
des opposants, dans un pays qui est dirigé par un dictateur et une
équipe mafieuse. Pour nous, c’est devenu malheureusement une routine,
une habitude. De toutes les manières, le peuple djiboutien, sans aucune
exception, souffre actuellement et nous espérons un changement dans
l’avenir.

Djibouti est un état
policier.

IOG applique la formule
policière pour tenir le peuple. D’une main de fer, il gouverne ce pays
et il applique les méthodes qui ont toujours été les
siennes. Rappelons qu’avant d’être Président, il était
un policier. Sa méthode est constante : il fait peur, il incarcère,
il détruit, il élimine, il fraude, il falsifie etc…; et les
droits de l’Homme sont bafoués tous les jours, dans notre pays, comme
vous l’avez constaté. »

Le journaliste :
« comment expliquez-vous que des terroristes incarcérés
à l’époque aient pu entrer au palais pour participer librement
à une réunion ? »


Alhoumekain et Iftin :
« ce sont des choses courantes à Djibouti.
En 1988, M.SOUGAL (Président de la Sogik, Syndicat du Khat) a été
assassiné en pleine rue par une personne qui aurait du se trouver à
l’intérieur de la prison de Gabode. Il paraîtrait qu’Hassan Saïd,
alors Directeur Adjoint de la SDS de l’époque, étaità
ses côtés. C’est donc monnaie courante.

Quand à Me MARTINET,
un jour, il faudra bien qu’il explique, devant la Justice française
sa tentative de subornation de témoins. Nous avons, en effet, déposéune
plainte devant la Justice française, à son encontre et à
l’encontre de ceux qui sont coupables à nos yeux des mêmes faits.. »

Le journaliste :
« Pourquoi et qui aurai voulu, d’après vous, la mort du juge Borrel
? »

Alhoumekani et Iftin :
« IOG a toujours été anti-français.

Depuis qu’il a reçu
un colis piégé »bombe »qui lui a été envoyé
depuis le Sud de la France, le 30 décembre 1994, il est persuadé
que les Services secrets français veulent sa peau … « DGSE /
DST ».

De plus d’après
les enquêteurs de la Gendarmerie djiboutienne conduits par l’ancien
Lieutenant Zaccaria, devenu Lieutenant-Colonel depuis, le juge borrel
faisait des investigations sur l’attentat du Café de Paris et
sur d’autres pistes mafieuses.

Comment expliquer
l’ascension fulgurante ce cet officier qui a gagné autant de
gallons en six ans, si ce n’est en remerciement des services rendus
au régime ? « 

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Question
F :
la situation économique à Djibouti est catastrophique

Le journaliste : « Comment
voyez l’avenir de Djibouti ? »


iftin et Alhoumekani
: « très incertain. Il faudrait que la
France prenne très rapidement des décisions, car cela risque
de devenir très dangereux, tant que ce dictateur et cette équipe
mafieuse seront au pouvoir. Vous avez constaté vous-même la pauvreté
dans la ville et dans les quartiers »

Le journaliste :
« oui, j’ai vu cela et j’ai pris des images sur la façon dont
vivent les gens, sur leur pauvreté. La situation économique
à Djibouti est catastrophique »

Alhoumekani : « le GED dénonce tous les jours, ce régime
mafieux, qui détourne des millions au détriment de la population
et qui le fait avec la couverture des puissances présentes sur place »


Le journaliste : « Messieurs, je tiens à vous remercier
de m’avoir accordé cet entretien. »