18/01/05 (B281) Exclusif : l’interview que Mohamed Saleh Alhoumekani a réservé à l’ARDHD.

_________ Note de
l’ARDHD – Un bref rappel sur la carriére d’Alhoumekani.


Alhoumekani s’exprimant
sur Canal +
Mohamed
Saleh Alhoumekani est un ancien officier djiboutien de Gendarmerie.

Alors qu’il commandait la Garde présidentielle, il a déclaré
avoir surpris une conversation au Palais présidentiel, à
laquelle participaient plusieurs personnes, dont un français d’origine
Corse et le Président Guelleh. Selon son témoignage qui
n’a jamais varié, la conversation tournait autour de la disparition
(meurtre ?) du Juge Borrel
.

Pendant plusieurs années,
les juges et les experts français ont considéré que le
Juge Borrel s’était suicidé … Le témoignage d’Alhoumekani
apportait une contradiction à cette thèse officielle et les
Juges Le Loire et Moracchini ont toujours refusé de le prendre au sérieux.

Aujourd’hui, au vue
des conclusions d’une nouvelle expertise médicale conduite par des
médecins indépendants et renommés, la Juge Clément
en charge de l’instruction, après le dessaisissement des premiers juges
(cas extrêmement rare), a conclu au meurtre. Ce qui donne raison au
témoin Alhoumekani.

Son témoignage
est considéré comme étant capital par certains et
probablement dangereux par Guelleh, qui lui a délégué
Djama pour tenter de le suborner dans un hôtel de Bruxelles puis
par téléphone. Alhoumekani a déposé plainte
pour tentative de subornation, apportant des preuves concrètes
à la Justice : photos et enregistrements.

Plusieurs fois menacé,
il a échappé à des hommes armés (dont le Maire
de Djibouti) qui avait certainement des intentions et une mission meurtrière.
Ils furent arrêtés à temps à la Gare du Midi à
Bruxelles par une déploiement des forces belges de Police.

Réfugié
en Belgique, Alhoumekani est l’un des membres fondateurs et des principaux
animateurs du GED (Gouvernement en Exil) dont il est aussi le porte-parole.
Alors que l’instruction de la plainte qu’il a déposée, déclenche
actuellement de nombreuses réactions (y compris du Quai d’Orsay) après
les convocations de Me Martinet, Djama le Procureur, Hassan Saïd et Guelleh
(à titre volontaire seulement), Alhoumekani a accepté notre
demande d’interview et il répond librement à nos questions.

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Transcription de l’interview
ARDHD :

Merci M. Alhoumekani de nous avoir accordé cette interview. Pour
commencer nous aimerions connaître votre vision de l’avenir pour les
Djiboutiens. A votre avis, 2005 sera-t-elle l’année du changement que
de nombreuses personnes attendent avec impatience … depuis plusieurs
années ?

Mohamed Alhoumekani
:

Permettez-moi tout d’abord d’adresser via votre site, qui est très
lu non seulement par tous les Djiboutiens mais aussi par les personnes et
les organisations qui s’intéressent à la situation critique
dans notre pays, tous mes vœux pour la nouvelle année, de bonne
santé et de bonheur. Je souhaite aussi à toutes vos lectrices
et à tous vos lecteurs une très bonne fête du sacrifice
(AL AÏD ALADHA).

En réponse à
la question que vous m’avez posée, je ne sais pas si je vais vous surprendre,
mais je suis très optimiste pour l’avenir de Djibouti. Je suis absolument
convaincu que le changement est proche, car la situation actuelle n’a aucune
chance de perdurer. L’histoire nous montre qu’aucune dictature n’a jamais
été éternelle et que les dictateurs sont fragiles, surtout
lorsque le mécontentement populaire atteint un niveau très élevé.
Prenons quelques exemples : le Shah d’Iran a été contraint à
l’exil, Mobutu a fui le Zaïre, Sadam Hussein, caché, n’a pas pu
assister à l’enterrement de ses propres enfants et il est maintenant
incarcéré, Milosevic est jugé à La Haye et même
Pinochet commence à être très sérieusement inquiété
par la Justice de son propre pays.

L’opinion publique nationale
et internationale, la presse, tous les dirigeants occidentaux, en particulier
Européens et US, suivent de très près l’évolution
de la situation dans notre pays.

Vous savez que depuis
le 11 septembre, en particulier, ils se sont mobilisés pour provoquer
le changement de certains dirigeants qui faisaient injustement souffrir leurs
peuples, qui détournaient les aides et qui assassinaient et torturaient
les citoyens. En agissant ainsi, on peut dire que ces dictatures ont contraint
les citoyens à basculer en faveur des extrêmes : terrorisme,
délinquance, crimes, etc.. et ce, pourrait-on dire, malgré eux,
ce qui avait créé un climat international d’insécurité.

ARDHD :
Nous comprenons cela, mais au fond, vous avez créé le GED,
il y a plus de deux ans en annonçant la préparation d’un programme
et le lancement d’actions. Ce programme existe-t-il réellement aujourd’hui
? Si oui, l’avez-vous présenté à d’autres pays ? Avez-vous
des concertations avec les dirigeants occidentaux pour évoquer l’après-Guelleh
?

M.A. :
Nous avons conduit de nombreuses réflexions qui ont abouti à
la définition précise d’un programme non seulement politique,
mais qui couvre tous les domaines : économie, santé, éducation,
justice, libertés, etc… Il est disponible et consultable sur le
site Internet du GED. Chacun peut en prendre connaissance et nous adresser
ses remarques ou ses avis, qui nous sont très utiles.

Il est significatif de
constater que ce n’est pas le cas d’Ismaël Omar Guelleh, qui ne cesse
de parler de son programme de Gouvernement. Mais c’est un peu l’Arlésienne,
car à ma connaissance, il n’en a aucun. Sauf à essayer de faire
rêver les Djiboutiens en tenant des propos hautement démagogiques,
il n’y a jamais eu de publication d’un programme qui soit à la fois
concret et constructif, qui présente une analyse sans concession du
contexte dramatique dans lequel il a contribué à plonger le
pays et qui propose des solutions justes et équitables pour améliorer
la situation de nos concitoyens et pour rétablir la démocratie
et la justice.

Notre programme sera appliqué
en concertation avec les autres mouvements d’opposition avec lesquels nous
entretenons des contacts fréquents et qui apporteront leurs forces
et leur expertise au sein du futur Gouvernement d’Union Nationale.

Sur la deuxième
question, je vous confirme que nous entretenons des contacts avec les autorités
de différents pays : non seulement les pays de la région, mais
aussi l’Union européenne, les pays arabes et africains et les USA.
Selon les cas, directement avec les représentants des gouvernements
ou avec les chancelleries. Je tiens à préciser que ces démarches
ne sont pas secrètes : nous informons régulièrement les
lecteurs sur notre site Internet.

ARDHD :
Les élections présidentielles vont avoir lieu bientôt,
comme le prévoient les institutions djiboutiennes. Comment voyez-vous
leur déroulement ? Vous avez dénoncé la fraude électorale
lors des dernières élections législatives et présidentielles
… Que comptez-vous faire pour que le scrutin soit transparent et équitable
?

M.A. :
Comme vous le savez, nous ne reconnaissons pas M Ismaël Omar Guelleh,
comme le Président légitime et régulièrement élu
de la République de Djibouti. En 1999, il s’est autoproclamé,
à l’issue d’une parodie de scrutin dont il a défiguré
les résultats pour voler les électeurs et le candidat de l’opposition.

Ensuite, nous avons lancé
un appel au boycott des législatives qui ont suivies. Nous avons été
entendus puisque le taux de participation a été extrêmement
faible. Moins de 50 % sur lesquels, les candidats du parti de Guelleh auraient
obtenu officiellement 58 % (fraude incluse). Faites le calcul, 100 % des députés
représentent moins d’un Djiboutien sur quatre et encore, je suis généreux.
N’est-ce pas la preuve d’un fort mécontentement populaire ?

A peine connu le résultat,
nous avions immédiatement contacté l’un des leaders historiques
de l’opposition pour lui proposer de nous donner mandat, afin de déposer
des réclamations et des recours en Europe .

ARDHD :
Pourquoi en Europe ? Il s’agit d’une affaire interne à la République
de Djibouti …

M.A. :
Tous les postes importants sont détenus par des hommes de Guelleh qui
les a choisis et installés non pas en fonction de leur compétence
mais en fonction de leur capacité à s’engager pour lui et à
lui obéir en toutes circonstances. Dans ce contexte, imaginez-vous
possible que le Président du Conseil constitutionnel émette
un avis contraire aux intérêts de Guelleh ? Certainement pas
!

Notre démarche
auprès des Justices occidentales, aurait pu avoir un impact fort et
elle aurait pu servir de déclencheur à une prise de conscience
internationale des conditions du déroulement de ce scrutin. Malheureusement
et nous le regrettons, le leader contacté n’a pas donné suite.
En tout cas, nous n’avons jamais reçu son mandat, ce qui nous a privé
de toute action judiciaire.

ARDHD :
Pour quel candidat allez-vous appeler à voter en 2005 ?

M.A.:
En dehors de Guelleh, un seul candidat s’est déclaré. Ancien
membre d’un groupement des partis d’opposition, il a aussitôt été
exclu de l’organisation qui regroupe plusieurs partis d’opposition à
Djibouti. Bien que des noms circulent, aucun autre candidat ne s’est encore
officiellement présenté à ma connaissance.

Quoi qu’il en soit, notre
position sera non seulement claire, mais surtout cohérente avec nos
prises de position antérieures. Nous appellerons à boycotter
ces élections présidentielles où les jeux sont faits
à l’avance. Cette information sera disponible bientôt sur notre
site Internet et elle sera portée à la connaissance de tous
les Djiboutiens, qu’ils soient au pays ou disséminés dans le
monde, principalement, en Europe, aux USA et au Canada.

Votre site (ARDHD) s’est
fait l’écho des différentes réceptions qui ont été
organisées, durant le mois béni du Ramadan, par les Ambassadeurs
de Paris et de Bruxelles afin de tenter de séduire les Djiboutiennes
et les Djiboutiens pour récupérer des bulletins de vote en faveur
de Guelleh.

Sachant qu’il est plus
que minoritaire dans le Pays, Guelleh n’ignore pas qu’il ne serait jamais
élu au suffrage universel. Il est donc contraint d’organiser la fraude
à grande échelle. Il dispose de plusieurs moyens : par exemple,
attribution ou refus d’attribuer les cartes électorales en fonction
des idées de chacun, bourrage des urnes, maquillage des décomptes
… Mais ces différentes manoeuvres ne seront peut-être même
pas suffisantes et il le sait. Il est donc acculé à obtenir
les votes des Djiboutiens de l’étranger, qui ont un poids très
important par leur nombre (environ 35 %). Il lui sera facile d’inverser les
résultats, lorsqu’ils lui sont défavorables, avec la complicité
des services des Ambassades.

Cela explique les appels
qu’il lance via le Journal La Nation à destination des Djiboutiens
de l’étranger.

ARDHD :
Je vous propose d’aborder maintenant un autre sujet. Depuis quelques
jours, la Presse française parle beaucoup de l’affaire Borrel et en
particulier de la convocation de certains hauts responsables djiboutiens par
la Justice française. Nous avions d’ailleurs donné l’information
en primeur aux lecteurs de l’ARDHD, sur notre site.

M.A.:
C’est exact, l’ARDHD semble avoir été informée avant
tout le monde … et je vous en félicite. L’affaire Borrel, dans
son ensemble, car il y a au moins deux instructions différentes, évolue
à grands pas. La juge Belin a lancé des convocations non seulement
à comparaître mais aussi à confrontation. Ce n’étaient
pas les premières, car Maître Alain Martinet et le Procureur
Djamaa avaient déjà été convoqués durant
le dernier trimestre dans le cadre de l’instruction de la plainte pour subornation
de témoins et tentatives de subornation de témoins.

Contrairement à
Me Martinet, le Procureur Djama a choisi de s’affranchir unilatéralement
de son obligation de se présenter devant la Justice.

Il est tout à fait
intéressant de noter que l’une des personnes convoquées : Hassan Saïd avaient porté plainte (avec le Colonel Mahdi) contre moi en 2000 pour diffamation
devant les autorités djiboutiennes. La plainte a été
acheminée à la Police Belge, via l’Ambassade de Bruxelles. A
deux reprises, je me suis rendu personnellement aux convocations des fonctionnaires
belges et j’ai été entendu. Mes propos ont été
repris dans un Procés Verbal officiel, ce qui montre bien que je n’ai
jamais cherché à me soustraire à la Justice.

En revanche, ni mon avocat
ni moi-même n’avons jamais reçu de convocation pour être
présent à Djibouti pendant le procès qui devait juger
cette plainte. Avait-on peur de moi ? Je n’en sais rien, mais ce qui est certain
c’est que la Justice djiboutienne ne souhaitait pas ma présence …
Ayant été informé par la rumeur de la date de l’audience,
mon Avocat a écrit officiellement à la Justice djiboutienne
pour dénoncer ce grave vice de procédure, qui m’a privé
de tout moyen d’assurer ma défense. Nous n’avons jamais pu obtenir
la moindre réponse …

Maintenant si vous me
le permettez, j’aimerais conseiller à Ismaël Omar Guelleh, Djama
et à Hassan Saïd de respecter la Justice et de se présenter,
ne serait que pour montrer l’exemple à la population … qui est
sans cesse harcelée et souvent injustement par la Justice et les forces
spéciales de Police. Messieurs, ayez le courage et l’honnêteté
de montrer que vous n’êtes pas au dessus des Lois, j’allais dire des
Hors la Loi. En pratiquant ainsi, vous montrerez que vous n’avez rien à
craindre ni à cacher.

La Justice française
est en marche et rien ne l’arrêtera. Tôt ou tard, vous serez contraints
de vous expliquer devant elle.

Juste un dernier mot à
l’attention des responsables du Journal de La Nation. Qu’ils sachent que je
demanderai à la Justice la condamnation de ceux qui m’ont sali avec
des propos insultants.

ARDHD :
En agissant ainsi à découvert, vous ne craignez pas que
ce soit les membres de votre famille encore présents à Djibouti
qui soient harcelés et brisés ?

M.A. :
J’en suis tout à fait conscient, d’autant plus que cela a déjà
été fait. Mais voyez-vous, en dépit des risques sérieux,
nous en avons tous accepté les conséquences. Je tiens à
rendre hommage à tous mes proches qui ont compris l’importance du combat
que je mène pour la vérité et pour les populations. Ils
ont accepté de subir les conséquences et ils sont continuellement
harcelés par les forces spéciales. Je tiens à préciser
pour autant qu’ils ne sont nullement impliqués ni partie prenante des
activités que je conduis ici comme opposant et comme témoin.

ARDHD :
Avant de terminer, pourriez-vous nous donner votre point de vue sur
le massacre d’Arrhiba, sur le cas de toutes les femmes Afar qui ont été
violées et sur la plainte du Général Zakaria contre notre
Association.

M.A. :
Sur le premier point, les faits sont clairement établis, puisqu’il
y a des photos et des témoignages. Nous partageons, Ali Iftin et moi-même
un point de vue commun. Les victimes ou leurs ayant-droit doivent absolument
porter plainte devant les justices pénales occidentales. Ce sera d’abord
un geste d’hommage envers tous ces innocents qui ont été sauvagement
assassinés et ensuite une démarche pour la reconnaissance officielle
du massacre et des culpabilités. En le faisant, ils ajouteront une
nouvelle pièce au dossier des dirigeants actuels, qui est déjà
très lourd.

Sur le plan des femmes
violées, notre position est strictement identique. Seulement nous mesurons
la difficulté pour ces femmes qui ont été humiliées
et blessées d’évoquer de nouveau ces faits et de plus en publique.
Il faut une dose supplémentaire de courage et nous savons qu’elles
en ont. Que celles qui se décideront à agir en Justice sachent
que nous les comprenons, que nous les soutiendrons et qu’elles auront agi
pour protéger les générations suivantes des atrocités
qu’elles ont subies.

Dans les deux cas et sans
ces actions, nous risquons d’entendre, de nouveau un IOG, mal à l’aise,
qui déclarera en publique, qu’il n’est au courant de rien puisqu’il
n’y a pas de plainte. Souvenez-vous de la conférence de presse qu’il
a donné à Paris en 2000 et qu’il a écourté après
avoir insulté publiquement un journaliste….

Quant à la plainte
du Général Zakaria contre votre association, je vous confirme
que Monsieur Ali Iftin et moi-même, nous serons présent au procès
et nous témoignerons pour dévoiler et pour prouver ce qui se
passe au sein de l’Etat-Major et qui n’est conforme ni à l’éthique
ni à l’honneur des Armées. J’ajoute que nous apprécions
l’action de l’ARDHD et sa mission, puisque votre association a été
la première à redonner la parole à ceux qui en étaient
privés.

Je n’ai pas encore de
connaissance particulière du dossier et ce n’est qu’au travers des
informations, que j’ai eu connaissance des griefs du Général
à votre encontre. Il se plaindrait, dit-on, mais je ne sais pas si
cela est prouvé, de correspondances de lecteurs qui auraient été
publiées sur votre site et qui le diffameraient.

Dans la mesure où
la réalité des publications qui vous seraient reprochées,
serait établie par la Justice et seulement dans ce cas, je ne pourrais
pas, avec Ali Iftin, m’empêcher de me poser des questions sur la véritable
identité des auteurs de ces lettres et sur leurs véritables
motivations. Il y a beaucoup de tentative de désinformation !

En tout cas, je salue
l’efficacité de votre équipe et son engagement sans faiblesse
contre la dictature. Vous avez toute ma reconnaissance au nom du Peuple djiboutien.

ARDHD :
Merci Monsieur Alhoumekani pour votre accueil et pour ces compliments
qui nous touchent beaucoup. Nous vous souhaitons , à vous et aux membres
du GED, beaucoup de courage et de force pour affronter les épreuves
qui vous attendent.