05/04/06 (B344-B) FIDH / CISL : Djibouti : que cachent les autorités ?

Lien avec le site : http://www.fidh.org/article.php3?id_article=3220

Les autorités djiboutiennes arrêtent et expulsent un représentant du BIT mandaté pour examiner la situation des syndicalistes et refoulent une mission conjointe de la FIDH et de la CISL

La FIDH et la CISL condamnent l’arrestation et l’expulsion ce jour d’un représentant du Bureau international du travail (BIT) par les autorités djiboutiennes. M. Ibrahim Mayaki, fonctionnaire du BIT, détenteur d’un passeport diplomatique, était en visite officielle à Djibouti depuis le samedi 1er avril 2006.

Il avait pour mandat de rencontrer les défenseurs des droits de l’Homme, y inclus les syndicalistes, suite aux plaintes portées devant son organisation pour violation des droits syndicaux ainsi qu’aux harcèlements judiciaires dont font l’objet plusieurs syndicalistes devant les tribunaux djiboutiens. Il a, à cet effet, rencontré des représentants de la société civile, des syndicalistes, mais aussi des représentants des autorités nationales, notamment le ministre de la Justice.

D’après les informations reçues par la Ligue djiboutienne des droits de l’Homme, organisation membre de la FIDH, et par l’Union djiboutienne du travail, syndicat affilié à la CISL, M. Ibrahim Mayaki a été arrêté à son hôtel lundi matin, à 08h30, par deux éléments des Renseignements généraux de la Force nationale de police, sans mandat spécial. M. Ibrahim Mayaki a été interrogé par les forces de sécurité pendant plus de trois heures à la direction des renseignement généraux sur ses activités à Djibouti. Avant d’être relâché, les autorités djiboutiennes l’ont contraint à signer un ordre d’expulsion, exécutoire aujourd’hui.

La FIDH et la CISL soulignent que cette expulsion fait suite au refus d’entrer sur le territoire djiboutien opposé par les forces de sécurité à deux de leurs chargés de mission, le samedi 1er avril 2006, et ce malgré l’accord verbal du ministre de l’Intérieur qu’aucune entrave ne sera faite à leur demande de visa à l’aéroport de Djibouti. Bousculés, insultés et reconduits de force dans l’avion qui les avait mené à Djibouti, les chargés de mission ont déposé une nouvelle demande de visa à l’ambassade de Djibouti en Ethiopie, demeurée sans suite à ce stade.

Ces évènements démontrent la réalité des violations répétées des droits des défenseurs des droits de l’Homme à Djibouti et présagent une posture toujours plus répressive des autorités djiboutiennes à l’égard des syndicalistes et défenseurs des droits de l’Homme.

L’attitude des autorités djiboutiennes confirme les craintes de la FIDH et de la CISL concernant la nature éminemment politique de l’actuel procès intenté contre quatre leaders syndicaux poursuivis notamment pour “intelligence avec une puissance étrangère” [1]

Cette procédure judiciaire n’est d’ailleurs que le dernier épisode d’un harcèlement constant à l’égard des syndicalistes djiboutiens, comme le dénoncent les rapport annuels de la CISL et de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme depuis de nombreuses années [2]].

La FIDH et la CISL condamnent l’attitude des autorités djiboutiennes à l’égard du représentant du BIT et de ses chargés de mission et demandent la stricte application par le gouvernement et les autorités judiciaires des instruments internationaux de protection des droits de l’Homme, notamment les conventions n°87 et 98 de l’Organisation internationale du travail et les dispositions de la Déclaration des Nations unies de 1998 sur la protection des défenseurs des droits de l’Homme.

La FIDH et la CISL appellent les autorités djiboutiennes à autoriser le libre accès au territoire des ONG et OING de défense des droits de l’Homme. Elles continueront d’informer les instances internationales et régionale de la situation des droits de l’Homme à Djibouti.

—————————————
[1] Cf. l’appel urgent de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme et de la CISL daté du 09 mars 2006, Détentions arbitraires / Poursuites judiciaires – DJI 001 / 0206 / OBS 016.3, <http://www.fidh.org/article.php3 ?id_article=3131>.

[2] Cf. notamment le [rapport annuel 2005 de l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme->http://www.fidh.org/article.php3 ?id_article=3164