29/12/06 (B375) Sur la route de Mogadiscio, l’avancée rapide des gouvernementaux


Par C. Bryson Hull

MOODE
MOODE, Somalie (Reuters) – Les corps boursouflés de combattants islamistes
et la trace ininterrompue de chenilles de blindés le long de la route
reliant Baïdoa et Mogadiscio racontent la rapide avancée des troupes
gouvernementales somaliennes et de leurs alliés éthiopiens vers
la capitale.

Sur au
moins 80 kilomètres à l’est de Baïdoa, où est installé
le gouvernement fédéral de transition, les douilles d’obus jonchent
la route où dix jours durant s’est jouée la bataille pour le
contrôle de ce pays de la Corne de l’Afrique.

Une vingtaine
de cadavres de combattants islamistes, décomposés par le soleil,
gisent dans la brousse de Moode Moode, le point le plus avancé atteint
par les milices islamiques dans leur progression vers Baïdoa, avant qu’elles
ne soient écrasées par la puissance militaire combinée
des troupes gouvernementales et des forces éthiopiennes.

A une
cinquantaine de kilomètres à l’est de Baïdoa, les habitants
de Buur Hakaba racontent que les miliciens islamistes sont repartis de leur
ville plus vite qu’ils n’y étaient arrivés.

"Nous
pensions qu’ils riposteraient et qu’ils s’équiperaient pour se battre,
mais ils étaient plus occupés à mettre des vêtements
civils", dit Deros Mohammed Ibrahim.

Les islamistes
contrôlaient Buur Hakaba depuis un peu plus de deux mois et y avaient
massé des troupes pour leur assaut sur Baïdoa.

Leur départ
est un soulagement pour nombre d’habitants, rétifs à l’islam
radical qu’ils y avaient imposé. La rupture des relations commerciales
nuisait également à l’économie locale.

"Je
suis très heureux", répond un habitant interrogé
sur leur retrait. "Je ne m’attendais pas à ce qu’ils perdent aussi
rapidement et je rends grâce à Allah pour leur échec",
ajoute-t-il.

Un autre
témoigne de ces "65 jours" de présence des milices
islamiques dans la ville. "Je n’avais jamais vu autant d’abus et de harcèlement",
dit-il.

Un peu
plus loin, des bouteilles d’eau vide, des emballages de rations alimentaires
et un pain à demi-mangé entourent les corps de deux miliciens
tués dans un camp militaire crasseux.

Une boîte
de dattes est également à terre. On peut y lire "Cadeau
du gouvernement d’Arabie saoudite". On ne peut alors s’empêcher
de repenser au rapport établi le mois dernier par une commission d’experts
des Nations unies accusant au moins dix pays étrangers, dont le royaume
saoudien, d’être impliqués à des degrés divers
dans le conflit somalien.

Longtemps
démentie, la présence éthiopienne n’est elle plus un
secret.

Des camions
éthiopiens transportant des soldats au visage détendu circulent
sur la route. Sur certains d’entre eux, les plaques minéralogiques
ont cependant été recouvertes de cambouis dans une tentative
illusoire de masquer l’engagement militaire éthiopien.

A l’aéroport
de Baïdoa, où des dizaines de soldats éthiopiens blessés
dans les combats sont évacués à bord d’avions de transports,
cinq hélicoptères Mi-24 de l’armée éthiopienne
sont alignés en bord de piste. Leurs équipages ont semble-t-il
accompli leur mission.

29/12/06 (B375) Somalie: Paris préoccupé par « un risque de déstabilisation en chaîne »


Le ministre français des Affaires étrangères Philippe
Douste-Blazy se déclare "très profondément préoccupé
par la situation en Somalie" qui représente "un risque majeur
de déstabilisation (…) en chaîne".

Dans "Le
Parisien/Aujourd’hui en France", Philippe Douste-Blazy s’inquiète
de "l’escalade générale de la violence dans l’ensemble
de la Corne de l’Afrique". "Le Darfour depuis près de quatre
ans, la Somalie maintenant: avec ces deux crises, c’est un risque majeur de
déstabilisation dans une zone stratégique, essentielle pour
l’ensemble du continent africain".

"Nous
sommes en relation permanente avec l’ensemble de ces partenaires comme avec
les autres pays de la sous-région. Je pense à l’Erythrée
ou à Djibouti, qui sont eux aussi concernés par cette menace
de déstabilisation en chaîne", estime le chef de la diplomatie
française.

Aujourd’hui
"il est essentiel de faire cesser les combats. C’est la priorité
des priorités", souligne M. Douste-Blazy. "Il ne peut y avoir
de solution militaire durable (…) qui ignore la souveraineté des
Etats ou des peuples".

"La
solution ne peut être que politique et passe par un dialogue entre toutes
les parties au conflit", rappelle le ministre des Affaires étrangères,
un "dialogue engagé entre les Somaliens eux-mêmes, qui doivent
être les seuls maîtres du destin de leur pays".

AP

29/12/06 (B375) MOGADISCIO (AFP) – Somalie : calme vendredi matin, des centaines de soldats stationnés à Mogadiscio (Info lectrice)

La
situation était calme mais tendue vendredi matin à Mogadiscio,
la capitale somalienne, où des centaines de soldats somaliens et éthiopiens
étaient stationnés après la fuite la veille des islamistes.

Des chars
éthiopiens, plus de 70 camions militaires et des centaines de soldats,
essentiellement éthiopiens, se trouvaient vendredi matin près
de l’hôpital de Banadir dans le sud de Mogadiscio, l’ancien quartier
général des islamistes.

Des centaines
de chars et de camions militaires éthiopiens étaient par ailleurs
positionnés vendredi matin aux entrées nord et ouest de la ville,
selon des habitants.

"La
nuit à Mogadiscio a été calme, mais nous ne savons pas
ce qui va se passer aujourd’hui", a expliqué un habitant, Yusuf
Abdulkadir. "Mogadiscio est une ville imprévisible", a-t-il
ajouté.

La
veille, des troupes gouvernementales somaliennes, soutenues par l’armée
éthiopienne, étaient entrées dans la capitale.

Depuis
le 20 décembre, début de violents combats entre d’un côté
les islamistes somaliens et de l’autre les forces gouvernementales somaliennes
et des soldats éthiopiens, les islamistes ont été mis
en déroute dans plusieurs régions qu’ils contrôlaient
dans ce pays de la Corne de l’Afrique, en guerre civile depuis 1991.

Les
islamistes avaient annoncé jeudi matin le retrait, pour des raisons
"tactiques", de leurs troupes de Mogadiscio.

Les
combats ces derniers jours en Somalie auraient fait "peut-être
entre 2.000 et 3.000 morts" et "jusqu’à 4.000 à 5.000
blessés" côté islamiste, a estimé jeudi le
Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi.

Il
a par ailleurs assuré que les forces éthiopiennes en Somalie
quitteront le pays "dans les prochains jours (…) ou semaines",
"mais sûrement pas dans des mois".

De leur
côté, les Etats-Unis, qui ont apporté leur soutien à
l’attaque éthiopienne, ont affirmé jeudi suivre de "très
près" la situation "complexe" en Somalie.

Face à
l’escalade du conflit, les initiatives de paix et appels à la cessation
des hostilités se multiplient. Le Kenya a organisé jeudi à
Nairobi des pourparlers avec les chefs des tribunaux islamiques, mais le gouvernement
de transition somalien et l’Ethiopie n’y ont pas participé. La réunion
se poursuivait jeudi dans la soirée.

Une délégation
gouvernementale somalienne, conduite par le Premier ministre Ali Mohamed Gedi,
devait visiter vendredi plusieurs infrastructures clés de Mogadiscio,
où sont entrées la veille des troupes somaliennes appuyées
par l’Ethiopie.

"Nous
allons d’abord nous rendre à Balad (30 km au nord de Mogadiscio). Ensuite,
nous entrerons dans Mogadiscio. La population nous attend", a déclaré
à M. Gedi à Afgoye, localité située à 20
km à l’ouest de Mogadiscio où il est arrivé jeudi.

"A
Balad, nous envisageons de visiter la mairie et une entreprise de textile.
A Mogadiscio, nous irons au port, à l’aéroport, au palais présidentiel,
à la radio, au ministère des Communications, nous visiterons
le quartier général de la police, toutes sont des infrastructures
du gouvernement", a-t-il ajouté.

M.
Gedi est accompagné de plusieurs ministres. La délégation
est placée sous haute sécurité de gardes du corps et
de soldats, dont la nationalité, somalienne ou éthiopienne,
est difficile à déterminer.

29/12/06 (B375) Lutte Ouvrière n°2004 du 29 décembre 2006 / Somalie – Une guerre civile sans fin, héritage des ambitions impérialistes (Info lecteur)

Comme
le reste de l’Afrique, le territoire peuplé par l’ethnie
somalie a été la proie du colonialisme. En 1839, les troupes
anglaises s’y découpèrent le Somaliland. À la fin
du 19ème siècle, ce furent les troupes italiennes qui s’octroyèrent
une «Somalia», tandis que les Français s’emparait
d’une «Côte française des Somalis» (Djibouti
aujourd’hui). En 1936, la Somalie italienne, l’Erythrée
et l’Ethiopie conquise par Mussolini, formèrent l’Afrique
Orientale Italienne. En 1947, l’Italie y renonçait, mais fut
ensuite chargée par l’ONU de «veiller» sur son ex-colonie
somalienne. En juillet 1960, cette Somalie devenue indépendante fusionnait
avec le Somaliland. Mais certaines des régions peuplées par
des Somalis étaient laissées à ses voisins l’Ethiopie
ou le Kenya.

Depuis
toujours, les grandes puissances ont exacerbé les rivalités
existant entre les différents clans somaliens pour renforcer leur domination
dans une région qui les intéressait pour des raisons surtout
stratégiques. La base française de Djibouti, par exemple, était
le pendant de la base anglaise d’Aden dans cette zone charnière
entre l’océan Indien et la mer Rouge.

De 1969
à 1991, la Somalie fut sous la coupe d’un militaire, Siyad Barré.
À sa chute, le pays bascula dans une guerre civile où, depuis,
les grands clans, les chefs de guerre et les islamistes se disputent le pouvoir.

En 1992,
les États-Unis se firent mandater par l’ONU pour une intervention
qui se prétendait humanitaire. Le gouvernement français, alors
socialiste, fit tout pour y participer. Il s’agissait de ne pas laisser
Washington seul à «s’arroger le droit de faire le gendarme»,
selon un mot du ministre des Affaires étrangères, Roland Dumas.

Sous prétexte
d’apporter des vivres dans une région ravagée par la famine,
les États-Unis entendaient rétablir l’ordre en appuyant
une des factions rivales. Tandis que les troupes US débarquaient, on
vit le ministre français Kouchner porter devant les caméras
un sac de riz pour la Somalie. Mais l’opération tourna court
et les États-Unis, pour ne pas s’y enliser, quittèrent
précipitamment le pays. Ils passèrent le relais aux troupes
de l’ONU qui quittèrent les lieux à leur tour en 1995.

On avait
prétendu «restaurer l’espoir», mais cette intervention
impérialiste enfonça encore plus la population dans le chaos
d’une guerre civile qui en quinze ans a tué au moins 300000 personnes
et peut-être 500000, et fait fuir le sixième d’une population
évaluée à 8 millions de personnes.

J.F.

29/12/06 (B375) Le Temps (Suisse) 1 – Somalie: les faux remèdes de l’Occident / 2 – TEMPS FORT : Mogadiscio livré au chaos et au doute / 3 – Cette nouvelle guerre d’Afrique suscite beaucoup de convoitises à l’étranger / 4 – «Il ne s’agit pas d’une guerre religieuse» (Info lectrice)


__________________________
1 – Somalie: les faux remèdes de l’Occident

Auteur:
Richard Werly

La
communauté internationale paraît condamnée à être
l’otage de la nouvelle guerre qui déchire ces jours-ci la Corne de
l’Afrique.

Le fait
que les miliciens des Tribunaux islamiques aient déserté Mogadiscio
ne doit pas faire oublier que ces derniers avaient mis fin, en juin, à
l’effroyable lutte de clans qui déchirait cette capitale depuis quinze
ans. Même les négociants du port de la capitale, qui n’ont jamais
cessé de commercer, s’étaient félicités de leur
victoire sur les sinistres potentats locaux.

La progression
des islamistes s’est ensuite faite à l’unisson: en s’appuyant sur l’hostilité
de la population envers les seigneurs de la guerre décriés et
le chaotique gouvernement de transition issu des accords de 2003-2004. L’ONU,
parrain de ce cabinet quasi fantôme, et les Etats-Unis, partisans des
chefs de clans discrédités au nom de la lutte contre la nébuleuse
terroriste Al-Qaida, étaient aussi les perdants de cette guerre. Jusqu’à
l’intervention de l’Ethiopie.

Espérer,
dans ces conditions, que les blindés d’Addis-Abeba ramèneront
l’ordre et un début de solution internationale dans cet immense pays
est plus que prématuré.

Aussi
décomposé soit-il, le territoire somalien est relativement homogène
sur le plan ethnique et traversé par une même ferveur nationaliste
anti-éthiopienne. Le soutien de l’Erythrée aux miliciens islamistes
ajoute de l’huile sur ce feu. De quoi infecter la plaie du ressentiment entre
la Somalie musulmane et l’Ethiopie chrétienne, soutenue par l’Occident.

Le départ
des islamistes de Mogadiscio, qui seront peu regrettés, vu leur intolérance,
laisse donc présager d’autres batailles. Sous le regard d’une communauté
internationale privée de marge de manœuvre par les intrigues régionales
et par celles des groupes somaliens.

La désertification
du pays, son délabrement, le système prédateur mis en
place par les chefs de guerre n’ont pas, comme on le croit souvent, fait plonger
la Somalie dans l’anarchie totale. Mais ils ont fait du clan le seul refuge
pour une population en perdition. Une désagrégation contre laquelle,
après des années de passivité coupable et leur lot d’alliances
cyniques, l’ONU, les Etats-Unis, ou l’Union européenne n’ont aujourd’hui
que de faux remèdes.

________
2 – TEMPS FORT : Mogadiscio livré au chaos et au doute


Auteur: Christophe Ayad, envoyé spécial à Mogadiscio


Les milices islamistes ont été chassées de la ville par
les troupes loyalistes soutenues par l’Ethiopie.
• La capitale de l’Etat somalien, qui n’existe plus depuis 1991, est
à la merci des pilleurs et des milices claniques.
• Outre l’Ethiopie, les Etats-Unis et les pays arabes jouent un rôle
non négligeable dans ce conflit.

La
République islamique de Mogadiscio a vécu.

Sept
mois après avoir pris la capitale somalienne, l’Union des tribunaux
islamiques a été chassée comme un fétu de paille
par le gouvernement fédéral de transition (GFT), appuyé
par l’armée éthiopienne. «On vivait à l’ombre de
géants sans force», répète – incrédule –
l’infirmier Abdinasser.

A l’entrée
sud de Mogadiscio, sur la route qui mène à Merka et à
l’aéroport, un bataillon loyaliste attendait, hier soir, l’arme au
pied. Derrière lui, une colonne éthiopienne équipée
de tanks et d’artillerie lourde. Des contacts intensifs sont en cours entre
le gouvernement fédéral et les chefs de clan, ainsi qu’avec
les grands hommes d’affaires de Mogadiscio pour permettre une entrée
sans heurts. Le premier ministre du GFT, Ali Gedi, disait hier après-midi
être à 20 km de Mogadiscio et espérer y entrer ce vendredi.
Au centre-ville, une milice locale, prétendant agir pour le compte
de Mohamed Dhere, un chef de guerre allié au GFT, s’est emparée
de la Villa Somalia, un complexe administratif abritant le siège de
la présidence, ravagé par seize ans de guerre civile, et les
ministères qui venaient juste d’être repeints par les Tribunaux
islamiques.

Dans les
faubourgs où ils sont entrés, les assaillants auraient reçu
un accueil chaleureux de la population. Non pas tant qu’ils étaient
attendus avec impatience par les habitants de Mogadiscio, mais parce que ces
derniers redoutaient des combats longs et acharnés. «Nous, les
Somaliens, on accueille toujours bien les vainqueurs, résume Hiddig,
un professeur d’anglais. Nous en avons assez de la guerre. Nous voulons vivre
en paix.»

C’est
à 9h30, hier matin, que le cheikh Chérif, chef du Comité
exécutif des tribunaux islamiques, a donné l’ordre aux miliciens
restés fidèles de se retirer de la ville pour éviter
un long siège et des bombardements meurtriers. «Nous poursuivrons
notre lutte contre l’occupant étranger, ajoutait-il. Nous avons un
plan pour les chasser.»

Depuis,
les principaux leaders islamistes sont invisibles.

La rumeur
les dit partis pour Kismayo, le grand port du sud, base principale de l’aile
la plus radicale des Tribunaux islamiques, les Shebab, et aussi des djihadistes
étrangers. Mais ils pourraient tout aussi bien avoir fui dans la savane.
«Une chose est sûre, explique Shamo, propriétaire d’un
hôtel. Ils ne peuvent pas se placer sous la protection de leur clan,
les Ethiopiens ne le permettront pas. Ils vont les poursuivre partout.»
Quant au gros des troupes islamistes, elles ont fait ce qu’elles avaient fait
au mois de juin dernier mais en sens inverse: «Changer de chemise»,
comme disent les Somaliens.

En
fait, Mogadiscio était ville ouverte dès mercredi soir.

Dans la
débâcle, les miliciens islamistes ont abandonné les arsenaux
aux pillards. Les milices claniques et les petits warlords (seigneurs de la
guerre), qui terrorisaient Mogadiscio jusqu’en juin dernier, n’ont pas tardé
à se servir. Les derniers arrivés se sont rabattus sur le marché
aux armes: 150 dollars la kalachnikov, 30 cents pour une balle… Des hommes
en armes écument la ville, installent des barrages aux carrefours stratégiques.

Pour la
première fois depuis des mois, Ahmed a dû laisser son téléphone
portable et sa montre à la maison avant de sortir brièvement
en ville. Quant à son argent liquide, il le cache dans ses chaussettes.
La plupart des habitants se contentent de rester en sécurité,
sans dépasser les limites de leur quartier ou leur rue. On entend parfois
une rafale d’arme légère au loin. Devant les bureaux de change,
les compagnies de télécommunications, les hôtels, des
gardes en armes ont repris du service. Déjà, plusieurs cas de
meurtres sont rapportés.

Le port,
rouvert l’été dernier par les islamistes après une décennie
d’inactivité, a été investi par la milice d’un député
et chef de guerre proche du GFT, Mohamed Furuh. Les hommes d’affaires se sont
empressés d’aller vider leurs entrepôts. Le personnel médical
qui travaillait à l’hôpital Banader a déserté les
lieux. Tout a été pillé. Les blessés sont rentrés
chez eux comme ils ont pu. Les résidences des dignitaires islamistes
ont été aussi consciencieusement «désossées».
A la villa Baïdoa, l’ancien QG militaire, des gamins auraient pillé
des caisses de grenades. Juste devant l’Hôtel Ramadan, un sérieux
accrochage a opposé deux sous-clans Abgal, l’une des trois grandes
familles claniques de Mogadiscio. Les uns, mécontents d’avoir eu la
portion congrue dans le pillage des entrepôts d’armes, ont tiré
au lance-roquettes sur le véhicule chargé de munitions des autres:
5 morts parmi les partisans de Bachir Raghe, un warlord réfugié
au Zimbabwe mais qui ne va pas tarder à faire son retour.

Cette
anarchie inquiète les habitants au plus haut point. Certains se réjouissent
ouvertement: le propriétaire d’un petit vidéoclub envisage de
rouvrir son «cinéma» dès que possible. Les vendeurs
de qat, cette plante euphorisante interdite par les islamistes du jour au
lendemain, commencent déjà à vendre leur précieuse
marchandise au grand jour. Mais d’autres sont plus circonspects. Abdallah,
un pêcheur, fait remarquer: «Quand le gouvernement a repris des
villes, en province, il n’a pas désarmé les gens. Ça
n’augure rien de bon.» «Le gouvernement fédéral
doit rapidement rétablir l’ordre, explique un avocat, Me Zakaria. Il
ne faut pas oublier qu’en juin dernier, la population de Mogadiscio en avait
tellement marre des chefs de guerre qu’elle était prête à
se vouer à n’importe qui, même Israël.»

Les islamistes,
qui gardent des relais locaux et des partisans armés, pourraient rapidement
capitaliser sur l’incapacité du gouvernement fédéral,
otage des chefs de guerre et des clans, à faire régner la sécurité
à Mogadiscio. «Gagner ou perdre la guerre, ça ne veut
pas dire grand-chose, mettait en garde hier Omar Idris, un leader des Tribunaux
islamiques. Regardez Bush en Irak! Il a cru que c’était «mission
accomplie» et, depuis, les Américains ne cessent de reculer en
Irak.»

_____
3 – Cette nouvelle guerre d’Afrique suscite beaucoup de convoitises à
l’étranger

Sylvain
Besson

Les
acteurs impliqués vont des voisins de la Somalie aux Etats-Unis en
passant par les pays arabes.

La guerre
qui se déroule en Somalie n’est pas qu’une obscure lutte entre factions
africaines. Elle fait aussi intervenir d’anciennes rivalités entre
pays de la région, les besoins stratégiques de l’Occident et
le mercantilisme des vendeurs d’armes internationaux.


Acte I: les rescapés de l’Ogaden
En 1977-1978, la Somalie tente de s’emparer de l’Ogaden, une zone
désertique de l’Ethiopie peuplée de Somalis. L’attaque échoue,
et un flot d’opposants éthiopiens se réfugient en Somalie. Parmi
eux, des militants de groupes séparatistes, le Front national de libération
de l’Ogaden (FNLO) et le Front de libération Oromo (FLO).

Vite oubliés
par l’Occident, ces rebelles éthiopiens sont restés actifs durant
leur exil en Somalie, où ils ont soutenu les Tribunaux islamiques.
Selon un rapport remis en octobre au Conseil de sécurité de
l’ONU, plus de 200 hommes des tribunaux et du FNLO auraient pénétré
en Ethiopie en juillet dernier, avec des ânes et des chameaux chargés
d’armes, pour soutenir les insurgés qui sévissent toujours dans
l’Ogaden.

C’est
l’une des causes majeures de l’intervention éthiopienne.


Acte II: la vengeance de l’Erythrée

L’Erythrée a obtenu son indépendance de l’Ethiopie en 1991.
Entre 1998 et 2000, les deux pays, armés jusqu’aux dents par l’Ukraine
et la Russie, se livrent une guerre féroce concernant la délimitation
de leur frontière commune. L’Erythrée est battue, mais en 2002,
la Cour internationale de justice lui donne raison en lui attribuant le village
frontalier de Badme. L’Ethiopie refuse de céder ce territoire disputé.

Depuis,
l’Erythrée attise les conflits régionaux pour obtenir satisfaction.
Selon l’ONU, elle a acheminé au moins 28 cargaisons d’armes en Somalie
cette année. Elle soutient les Tribunaux islamiques et entraîne
leurs troupes, y compris sur son propre sol. Elle aurait déployé
au moins 2000 soldats sur le territoire somalien, ce qui a poussé l’Ethiopie
à intervenir à son tour.


Acte III: la «guerre contre la terreur» en Afrique
Les attentats du 11 septembre 2001 ont entraîné un redéploiement
du dispositif militaire occidental dans la région. Une flotte multinationale,
baptisée «Task Force 150», croise dans l’océan Indien.
Les Etats-Unis ont stationné 1800 hommes à Djibouti, aux côtés
des 2800 soldats français basés dans ce petit Etat voisin de
la Somalie. Le but est d’empêcher Al-Qaida de trouver refuge dans la
Corne de l’Afrique.

Même
si elle ne s’est pas réellement concrétisée, cette crainte
a cimenté l’alliance entre les Etats-Unis et l’Ethiopie. Les Américains
ont formé les premières unités antiterroristes éthiopiennes.
Selon le chercheur Roland Marchal, l’Ethiopie aurait aussi rendu des «services
concrets» dans le cadre de la politique d’interrogatoires secrets (renditions)
de suspects de terrorisme pratiquée par les Etats-Unis. Son premier
ministre, Meles Zenawi, a su devenir leur principal ami dans la région.
A tel point que Washington n’a pas jugé utile de condamner l’incursion
des forces éthiopiennes en Somalie.


Acte IV: la foire aux marchands d’armes
Selon le rapport de l’ONU, les marchands d’armes yéménites
ont alimenté les diverses factions somaliennes au cours des derniers
mois. Plusieurs Etats arabes – Libye, Egypte, Arabie saoudite, Syrie… –
auraient apporté une aide militaire ou logistique aux Tribunaux islamiques.
Des combattants pakistanais transportés dans des boutres seraient également
venus leur prêter main-forte. Quant au gouvernement fédéral
de transition, armé et encadré par l’Ethiopie, il aurait aussi
été épaulé par des sociétés militaires
privées américaines.


Acte V: la déferlante éthiopienne
Le 24 septembre dernier, les Tribunaux islamiques s’emparent du port
stratégique de Kismayo, dans le sud de la Somalie. C’est un casus belli:
le lendemain, des centaines de soldats éthiopiens se déploient
à Baidoa, la poussiéreuse «capitale» du gouvernement
fédéral de transition.

Grâce
à cette aide, les alliés somaliens de l’Ethiopie se sont emparés
hier de Mogadiscio. Une percée qui, de l’avis de nombreux analystes,
a reçu un feu vert au moins tacite des Etats-Unis, trop heureux de
voir chuter un régime islamiste jugé peu rassurant. Mais d’autres
pays sont inquiets: jeudi, la France a dénoncé «un risque
majeur de déstabilisation dans une zone stratégique».

___________________ 4 – «Il
ne s’agit pas d’une guerre religieuse»

Sylvain Besson

L’expert
français Roland Marchal s’inquiète des conséquences de
la guerre.

Le
Temps: Vous êtes chercheur au Centre d’études et de recherches
internationales (CERI) de Paris. Quel est, selon vous, le vrai enjeu de l’intervention
éthiopienne en Somalie?

Roland
Marchal:
L’Ethiopie ne peut accepter que puisse émerger sur
son flanc sud un pouvoir qui ait de bonnes relations avec l’Erythrée.
Les Tribunaux islamiques ont payé le soutien que leur a apporté
l’Erythrée, en autorisant le transit sur leur territoire des mouvements
séparatistes éthiopiens comme le Front national de libération
de l’Ogaden. L’Ethiopie a peur que ces mouvements ne trouvent un sanctuaire
en Somalie. Il ne s’agit donc pas d’une guerre religieuse entre l’Ethiopie
chrétienne et la Somalie musulmane, mais plutôt d’une affirmation
de puissance. L’Ethiopie considère qu’elle est la puissance dominante
dans la région et qu’elle a le droit d’intervenir.


Quelle est l’influence de l’Ethiopie sur le gouvernement fédéral
de transition qui s’oppose aux islamistes somaliens?

– Cette
influence est considérable. On peut dire que l’Ethiopie a manipulé
la formation du gouvernement de transition lors des négociations qui
se sont déroulées au Kenya entre 2002 et 2004, en écartant
les Somaliens qui ne lui plaisaient pas. L’Union européenne, malheureusement,
a financé le processus mais a fermé les yeux sur ces manœuvres.

– On se
demande ce qui peut pousser la communauté internationale, l’ONU et
les Etats-Unis à soutenir un gouvernement fantoche…

– Les
Etats-Unis sont eux-mêmes divisés mais, dans leur esprit, tout
ce qui affaiblit les Tribunaux islamiques est forcément une bonne nouvelle.
Jendayi Frazer, l’assistante de Condoleezza Rice pour l’Afrique, partage les
vues du premier ministre éthiopien Meles Zenawi. Mais en se comportant
ainsi, Ethiopiens et Américains ont convaincu beaucoup de gens de la
région que Ben Laden disait vrai, qu’il y a un grand complot chrétien
et occidental contre l’Islam. C’est vraiment dramatique.

29/12/06 (B375) L’ARDHD adresse tous ses voeux à tous.

L’équipe
de l’ARDHD adresse tous ses voeux à ses lectrices et lecteurs, aux
Djiboutiennes et aux Djiboutiens et à tous les défenseurs des
Droits de l’Homme. Elle souhaite que 2007 soit pour Djibouti, l’année
du retour à la Justice sociale, à l’égalité et
au renouveau économique surtout pour les plus démunis.

Elle espère
que la situation en Somalie se stabilise enfin et de manière durable,
pour permettre aux populations civiles de retrouver la paix, la sécurité
et l’espoir, avec des dirigeants élus démocratiquement par elles,
en dehors de toutes pressions intérieures et extérieures.

2006 a été
une année importante sur le plan de la Justice internationale, puisque
plusieurs dictateurs ont été inculpés et certains ont
été condamnés.

Même si c’est
encore insuffisant, nous avons assisté au début d’un mouvement
anti-dictature irréversible.

Nous espérons
que Guelleh saura le comprendre et qu’il changera les fondements de son régime
injuste, car il pourrait bien être l’un des prochains dictateurs à
être traduit devant les cours de Justice, nationales et internationales.

29/12/06 (B375) La Croix – Y a-t-il un risque d’extension de la crise entre la Somalie et l’Ethiopie ? Question à Roland Marchal.

Le
gouvernement de transition somalien, appuyé par l’armée éthiopienne,
a pris le dessus sur les milices islamiques après une semaine de combats
et a promis l’amnistie à ceux qui déposeraient les armes. Roland
Marchal, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales,
redoute un embrasement de toute la Corne de l’Afrique avec une radicalisation
des islamistes

"Il
existe en effet un risque sérieux de propagation de cette crise dans
toute la région. D’abord, il faut rappeler que le Somaliland
et le Puntland, les deux territoires autonomes qui vivaient en paix dans le
nord de la Somalie, risquent d’être déstabilisés
gravement dans cette affaire. Plus largement, depuis cinq jours, nous sommes
vraiment dans une situation d’escalade avec, en premier lieu, une implication
de l’Érythrée.

Car il
faut bien comprendre que le bombardement de l’aéroport de Mogadiscio,
lundi 25 décembre, par l’armée éthiopienne est
destiné à empêcher les avions érythréens,
mais aussi libyens, d’atterrir pour venir en aide aux Tribunaux islamiques.
Or, l’Érythrée fait flèche de tout bois pour régler
le différend frontalier qui l’oppose à l’Éthiopie
depuis des années.

Autre
élément qui compte, l’armée éthiopienne
est composée de soldats d’origine ethnique somalienne. Ceux-ci
ont envie d’en découdre avec les Tribunaux islamiques et soutiennent
le gouvernement fédéral transitoire (GFT), formé en 2004,
qui a été renversé par ces Tribunaux islamiques en juin
dernier.

"La
population somalienne appuie l’arrivée des Tribunaux"

Aujourd’hui,
ce gouvernement transitoire ne dispose pas tout seul des moyens logistiques
pour faire face à la conquête du pouvoir des Tribunaux. Or, avec
l’intervention de l’Éthiopie, soutenue par les États-Unis,
qui voit dans ces Tribunaux islamiques une menace de prolifération
des réseaux Al-Qaida, le gouvernement transitoire ne possède
plus sa légitimité passée aux yeux de la population somalienne,
qui désormais appuie l’arrivée des Tribunaux. C’est
bien là que réside le problème.

Du point
de vue militaire, les Éthiopiens vont gagner cette bataille, mais cette
crise risque de se transformer en une véritable guerre car l’intervention
militaire d’Addis-Abeba favorise une crispation des islamistes les plus
modérés, qui jusque-là pouvaient encore accepter de discuter
avec le gouvernement transitoire.

Il ne
faut pas négliger non plus l’influence et l’importance
de la diaspora somalienne, très remontée contre l’intervention
éthiopienne, et qui va trouver des financements pour soutenir les Tribunaux
islamiques.
Risque d’"une sorte d’Irak ou d’Afghanistan à l’africaine"

On assiste
donc à une radicalisation des Somaliens dans leur ensemble. Ceux qui
ne voulaient pas accepter d’alliance opportuniste vont finalement le
faire. C’est pourquoi il est indispensable que la communauté
internationale s’implique de toute urgence dans ce qui se passe.

Car, pour
l’instant, la période des fêtes de Noël, avec la vacance
de la diplomatie occidentale, a été favorable à l’escalade
militaire. La reprise de négociations entre les deux camps qui aurait
peut-être pu avoir lieu ces derniers jours semble de moins en moins
possible.

J’ai
très peur que la situation d’aujourd’hui ne se transforme
au fil des mois en une sorte d’Irak ou d’Afghanistan à
l’africaine, avec le résultat que l’on redoutait le plus,
c’est-à-dire une multiplication des réseaux d’Al-Qaida
dans tout le pays et même dans la région, jusqu’au Kenya."

Recueilli
par Catherine REBUFFEL

29/12/06 (B375) BBC Somali government seeks control

The Somali
transitional government is making moves to assert its authority over the capital
Mogadishu, a day after its forces moved into the city.

Government
members are talking to clan leaders about arrangements for taking over Mogadishu,
which they have never been in charge of before.

PM
Ali Mohamad Ghedi said martial law could be imposed in the country.

Correspondents
question whether the government can maintain security if its Ethiopian backers
leave.

There
have been reports of gunfire and looting since Islamist forces left.

Meanwhile
the United Nations refugee agency said at least 17 people died and 140 were
missing after two boats packed with people fleeing the conflict in Somalia
capsized in the Gulf of Aden.

They had
been trying to offload their passengers in Yemen, but were spotted by the
Yemeni coast guard, who opened fire.

As they
tried to head back to sea, bad weather and the movement of frightened people
on board caused the boats to capsize.

‘Strong
hand’

Mr Ghedi,
who returned to his home village north of Mogadishu for the first time in
four years, acknowledged the difficult task facing the government.

"This
country has experienced anarchy and in order to restore security we need a
strong hand, especially with freelance militias," he said.

He said
the government was seeking parliamentary approval to impose martial law on
Saturday.

Government
forces, backed by Ethiopian troops, marched into parts of Mogadishu on Thursday,
hours after the UIC abandoned the capital they had held for six months.

Residents
in the north of the city reported cars and mobile phones being stolen after
the UIC departure. Rising insecurity forced most businesses to stop trading,
our correspondent said.

Some
residents cheered the troops, but others feared a return to lawlessness.

It was
not clear whether the Ethiopians were also entering the city, but Bereket
Simon, special adviser to Ethiopian prime minister, told the BBC their troops
were still on the outskirts.

Ethiopia’s
Prime Minister Meles Zenawi said his troops’ mission was restricted to removing
the threat of the UIC.

‘Hundreds
killed’

The
UN estimates that about 30,000 people have been displaced during the fighting
and causalities have been high.

""Hundreds
of young people have been killed in the last few days," Eric Laroche,
co-ordinator of the UN’s civilian and humanitarian programmes in Somalia,
told the BBC’s Network Africa programme.

"There
have been 800 people hospitalised from both sides, but particularly from the
Islamic side."

Islamist
fighters fled towards the port city of Kismayo, their last remaining stronghold,
500km (300 miles) to the south, pledging to fight on.

But the
BBC’s Africa analyst David Bamford says despite hints of a guerrilla war,
the movement has been severely weakened.

Meanwhile,
a UIC delegation has been in Nairobi, meeting Kenyan officials and Western
diplomats.

The African
Union has called for Ethiopian forces to leave Somalia. But the UN Security
Council failed to agree on a statement calling for the withdrawal of all foreign
forces.

Hardline
elements

The UIC
has its roots in the north of Mogadishu. Courts administering Islamic law
restored order in a city bedevilled by anarchy since the overthrow of former
President Mohamed Siad Barre in 1991.

The UIC
assumed control of the capital in June, driving warlords out and rapidly extending
their influence to much of southern Somalia – with the exception of Baidoa,
the seat of the transitional Somali government.

That body,
set up in 2004 after talks between Somali factions, has been unable to meet
in the capital because of opposition first from warlords, then from the UIC.

Almost
all Somalis are Muslim and after years of lawlessness, many were happy to
have some kind of law and order under the UIC.

But
some are wary of the hardline elements among the UIC.

The UIC
have staged public executions and floggings of people they have found guilty
of crimes such as murder and selling drugs.

UIC leader
Sheikh Hassan Dahir Aweys is accused by both Ethiopia and the US of having
links to al-Qaeda – charges he denies.