19/04/07 (B392-A) LIBERATION : La Somalie engluée dans la violence.

Des
affrontements ont éclaté jeudi à Mogadiscio, la capitale
somalienne, entre l’armée éthiopienne alliée aux forces
du gouvernement et des insurgés. L’ONU craint la catastrophe humanitaire.

Au moins neuf personnes ont été tuées jeudi à
Mogadiscio, dont huit par l’explosion d’un obus à un arrêt
de bus, lors d’échanges de tirs entre armée éthiopienne
et insurgés, ont indiqué des témoins.

Des tirs d’armes lourdes ont éclaté dans l’après-midi
dans la capitale somalienne, comme à plusieurs reprises depuis que
des combats meurtriers ont opposé armée éthiopienne et
insurgés du 29 mars au 1er avril, selon ces témoins. «J’ai
entendu une forte explosion et puis on ne voyait plus rien à cause
de la fumée noire. Après j’ai compté huit cadavres»,
a raconté Hussein Mohamed Abdi, qui se trouvait à l’arrêt
de bus très fréquenté où a explosé un obus
dans le quartier d’Arafat, dans le sud de la capitale.

Dans le quartier de Fagah, dans le nord de la ville, au moins une personne
a été tuée par l’explosion d’un obus de mortier,
selon des habitants. Et au moins 12 personnes ont également été
blessées par les tirs. «Une personne a été tuée
et quatre blessées alors que nous partions», a expliqué
une habitante, Alaso Haji Warsame, expliquant qu’elle marchait avec
son mari et leurs trois enfants lorsque les tirs ont commencé. Mardi
soir, sept personnes avaient déjà été tuées
dans la ville lors de précédents échanges de tirs d’armes
lourdes.

Du 29 mars au 1er avril, des combats extrêmement violents ont opposé
à Mogadiscio l’armée éthiopienne, alliée
au gouvernement somalien, et les insurgés, dans les rangs desquels
se trouvent des miliciens islamistes. Selon le CICR, ces combats ont été
les pires qu’ait connu la capitale depuis quinze ans. Selon les chefs
traditionnels du puissant clan Hawiye, ces affrontements ont fait 1086 morts.

Depuis début avril, la situation reste extrêmement tendue dans
la ville où les deux camps se font face et échangent régulièrement
des tirs d’armes lourdes.

Mogadiscio est secouée par des violences régulières depuis
la chute, il y a trois mois et demi, des tribunaux islamiques. L’armée
éthiopienne était intervenue en Somalie, officiellement fin
décembre 2006, pour défaire ces tribunaux islamiques, qui avaient
appelé à la guerre sainte contre le régime d’Addis
Abeba.

Catastrophe humanitaire.

La Somalie est au bord d’une catastrophe humanitaire si les combats
se poursuivent et si l’accès aux populations déplacées
n’est pas rendu possible rapidement, a déclaré un représentant
de l’ONU jeudi à Genève. «Si rien n’est fait,
la crise humanitaire va se transformer en une catastrophe très rapidement»,
a déclaré Eric Laroche, le coordinateur humanitaire des Nations
unies en Somalie devant la presse à Genève.

La livraison de l’assistance destinée à des milliers
de personnes est bloquée par les forces gouvernementales somaliennes.

Un avion de l’ONU a été la cible de tirs, des
corps jonchent les rues de la capitale, alors qu’une épidémie
de choléra a débuté dans le pays, a expliqué Eric
Laroche.

«Les personnes qui ont fui sont dépourvues d’abri, de nourriture
et n’ont pas accès à l’eau», a-t-il ajouté.
Des représentants des Nations unies doivent rencontrer les autorités
somaliennes le 23 avril afin de discuter de la situation, a informé
Eric Laroche. Déplorant qu’il n’y ait eu «aucune
tentative de la part du TFG (le gouvernement fédéral de transition)»
pour aider l’ONU, le coordinateur a ajouté: «Notre propre
personnel se fait harceler aux points de passage.»

Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés,
124.000 personnes ont fui Mogadiscio ces deux derniers mois. «Nous avons
fait des tentatives pour contacter les autorités éthiopiennes.
Nous n’avons reçu aucune réponse.» Le coordinateur
humanitaire des Nations unies a néanmoins relevé que, «paradoxalement
l’accès aux régions du centre et du sud de la Somalie
est désormais facilité». Une délégation
de l’ONU s’est rendue à Kismayo (sud) qui était
jusqu’ici hors d’atteinte, afin d’organiser l’aide.