03/06/09 (B501) La liberté d’expression à Djibouti part en fumées dès le passage à l’aéroport …. (avec un lien pour télécharger la copie de l’article) Article modifié le 4/06 à 16:00h Paris.

___________________________________ Correctif du 4/06

Après enquête, la rédactin d’Afrique Asie nous a confirmé que le magazine qui aurait été détruit à l’aéroport de Djibouti par les Gendarmes, n’est pas son numéro de juin, ni un autre numéro. Selon certaines sources, ce numéro aurait été mis sous embargo pendant une journée, puis libéré, à la suite de pression, dont peut-être la publication de l’article sur notre site ?

Il reste à trouver le nom du magazine concerné. Nous lançons un avis de recherche en espérant que des internautes pourront nous fournir la bonne information.

___________________________ Note préalable de l’ARDHD


Selon des informations reçues hier, la Gendarmerie aurait allumé ce dernier lundi, un bûcher à l’aéroport de Djibouti pour brûler un hérétique comme cela se faisait au moyen âge (souvenez-vous en particulier de Jeanne d’Arc, accusée d’hérésie ..)

L’hérétique en question n’est qu’un mensuel !

Sans que cela ne soit confirmé officiellement, il pourrait s’agir du dernier numéro du mensuel Afrique-Asie, au motif d’avoir publié un article sur l’affaire Borrel.

La direction de ce mensuel que nous avons contactée, nous a non seulement adressé une copie de l’article, mais nous a aussi donné aimablement l’autorisation de le publier, ce qui répond bien sur à une forte attente des populations djiboutiennes.

Nous adressons tous nos remerciements à la rédaction d’Afrique-Asie.

Si le régime fait brûler un mensuel, se dit-on en Ville, c’est parce qu’il publiait un article vraiment dérangeant pour le régime et donc par voie de conséquence, particulièrement intéressant pour les populations djiboutiennes.

Probablement sans cette démonstration liberticide d’atteinte à la presse, l’article n’aurait pas connu une aussi large diffusion, que celle à laquelle il est promis !!

Maintenant, c’est certain, l’article va être très lu.

Nous le diffusons en avant-première, à la fois

en texte, ci-dessous,
– mais aussi en version PDF téléchargeable, afin que les internautes qui le souhaitent puissent l’envoyer à leurs correspondants à Djibouti qui l’attendent. Nous leur recommandons de le faire !


________________________ Extrait Afrique Asie – N° de juin 2009


Lien pour télécharger l’article (PDF 112 Ko)

Borrel,
l’homme qui en savait trop ?

Décidée à aller jusqu’au bout d’une affaire volontairement rendue opaque, la veuve
du juge mort à Djibouti en 1995 fait sauter un à un tous les verrous judiciaires pour prouver
que son mari ne s’est jamais suicidé mais a été assassiné par des proches du régime.

Par Adèle Noirat

Elle a le souffle long, Élisabeth Borrel.

Sa dernière demande de réouverture de l’enquête judiciaire concernant
la subornation de témoin dans l’affaire
de la mort de son mari, le juge Bernard
Borrel, devait arriver, le 28 mai 2009, en
délibéré devant la cour d’appel de Paris.

Un autre procès pourrait s’ouvrir.

Il conduirait
notamment à entendre le général Henri
Bentegeat, qui fut chef d’état-major particulier
de l’ancien président français
Jacques Chirac, ou encore Patrick Roussel,
ambassadeur de France à Djibouti en 2000.
Dans ce cas, on pourrait – ou non – avoir
confirmation que c’est bien la présidence
française qui a suggéré à la présidence djiboutienne
de saisir la Cour internationale
de justice de La Haye sur le « prétendu »
différend opposant les deux pays à propos
de la transmission du dossier du juge Bernard
Borrel.

L’endurante veuve s’appuie
sur deux documents, un télégramme diplomatique
et une note de Bentegeat, saisis en
août 2008 par les juges Fabienne Pous et
Michèle Ganascia. Les deux magistrates
avaient déjà mené ce type d’opération en
juillet 2007 dans les deux résidences de
Michel de Bonnecorse, alors responsable
de la cellule Afrique de l’Élysée.
Ce n’est pas un rebondissement, plutôt
une continuité dans le dévoilement des
rouages de ce qu’il convient désormais
d’appeler une « affaire d’État ».

Le 27 mars
2008, l’actuel procureur de Djibouti, Djama
Souleiman, et le chef des services secrets,
Hassan Said, avaient été jugés et condamnés
par contumace respectivement à dixhuit
et douze mois de prison ferme pour
avoir fait pression sur deux témoins clefs.

Le but était d’annuler ou de discréditer leurs
déclarations qui mettaient en cause le président
djiboutien, Ismaël Omar Guelleh.
Retour sur une histoire complexe. Bernard
Borrel, né en 1955, s’est marié en
1985 avec Élisabeth, elle aussi magistrate.
Père de deux enfants, il est procureur à
Lisieux (Normandie) depuis 1988 quand,
fin 1993, il obtient un poste de coopérant.

Il est détaché auprès du ministre djiboutien
de la Justice, Moumin Badon Farah, pour
corriger le code de procédure pénale et le
code pénal afin de l’adapter à la nouvelle
jurisprudence française, et aussi pour
conseiller le ministre. La famille s’installe
à Djibouti en avril 1994.

LE CORPS EST RAPATRIÉ EN FRANCE : AUCUNE AUTOPSIE N’A ÉTÉ PRATIQUÉE ET LES RADIOS QUI AURAIENT ÉTÉ FAITES ONT DISPARU.

« Le juge fouineur a été tué »


Le 19 octobre 1995, son cadavre est
découvert par deux gendarmes français de
la caserne d’Arta en patrouille, gisant au
bas d’une falaise, à 80 km de la ville. Il est
seulement vêtu d’un slip et d’un tee-shirt.
La partie supérieure de son corps est carbonisée.
Près de sa voiture, un jerrican d’essence
et son short, plié. Le long de la pente,
les enquêteurs découvrent plusieurs objets
personnels dont l’une de ses chaussures,
intacte.

On parle immédiatement de suicide.
Il se serait aspergé d’essence à côté de
sa voiture et aurait dévalé l’à-pic embrasé
avant de s’effondrer mort. La preuve : un
retrait de 50 000 francs français (environ
7 600 euros) et une lettre d’adieu destinée à
son épouse. La rumeur, jamais confirmée,
évoque des maîtresses, un prochain
divorce… Le mois suivant, le corps est
rapatrié en France et inhumé près de Toulouse.

Aucune autopsie n’a été pratiquée et
les radios qui auraient été faites ont disparu.

C’est le début du long combat d’Élisabeth
Borrel pour découvrir la vérité :
comment et pourquoi son mari est-il mort ?

En 1996 une autopsie a lieu, dont il faudra
attendre les résultats pendant un an.
Ceux-ci établissent l’absence de traces de
suie dans les voies aériennes. Étonnant
pour une mort par asphyxie due à l’immolation.
Ses mains sont profondément brûlées,
ce qui semble incompatible avec une
auto-aspersion. Ses plantes de pieds ne
sont pas abîmées alors qu’il est censé avoir
couru à demi déchaussé sur une pente
rocheuse escarpée. Enfin, le corps porte
des blessures suspectes au crâne et au bras.

Élisabeth Borrel acquiert la conviction que
son mari a été assassiné et le meurtre
maquillé en suicide.
En novembre 1999, le dossier est délocalisé
de Toulouse à Paris et confié aux juges
d’instruction Marie-Paule Morrachini et
Roger Le Loire, lequel est également
chargé de l’attentat du Café de Paris, commis
à Djibouti en 1990, au sujet duquel il a
d’ailleurs collaboré avec le juge Borrel en
1994.

Si l’enquête djiboutienne conclut
toujours à un suicide, les Français privilégient
la thèse de l’assassinat en se fondant
sur plusieurs expertises médico-légales.
En janvier 2000, un témoin apparaît,
Mohamed Saleh Alhoumékani, ancien
officier de la garde présidentielle réfugié
politique en Belgique. Il affirme que le
juge Borrel a bien été assassiné et que l’actuel
président est le commanditaire. Il
aurait assisté à une conversation entre
Guelleh, alors chef de cabinet du président
Hassan Gouled Aptidon et bien placé pour
lui succéder, et trois hommes, dont Hassan
Saïd, chef des services de sécurité. L’un
d’eux aurait déclaré : « La mission est
accomplie, le juge fouineur a été tué. »

Il
met aussi en cause l’un des terroristes du
Café de Paris, supposé être en prison.

Les
autorités démentent.

Alhoumékani affirme
avoir subi des pressions de la part du procureur
Djama Souleiman et indirectement
d’Hassan Saïd, chef des services secrets
djiboutiens, pour qu’il revienne sur son
témoignage. Ce sont les deux hommes qui
ont été reconnus coupables et condamnés
en France en mars 2008.
Expertises et contre-expertises médicolégales,
nouvelle exhumation du corps,
reconstitution à Djibouti, dessaisissement
des juges, l’imbroglio s’intensifie au cours
des deux années suivantes.

Suicide ?

Assassinat ?

Les deux thèses s’affrontent
sans que n’interviennent d’éléments absolument
déterminants. La justice djiboutienne
réclame le dossier français, la
France refuse de le lui remettre, le climat
s’envenime entre les deux pays d’autant
plus que, le 17 mai 2005, le juge français
convoque le président Guelleh comme
témoin. Bien sûr, celui-ci ne se présente
pas à l’audience. Il ne le fera pas non plus
en février 2007, lorsqu’il se rendra à
Cannes (sud-est de la France) pour un
sommet France-Afrique.

Les relations
diplomatiques sont au plus bas.
En 2006, la bagarre médico-légale prend
un nouveau tournant grâce aux progrès de
la police scientifique. L’examen minutieux
du fameux short retrouvé soigneusement
plié révèle la présence de plusieurs ADN
masculins, qui pourraient appartenir à
d’éventuels assassins. Mais le vêtement a
été manipulé par des officiers de police
judiciaires, français comme djiboutiens.

Un mandat d’arrêt est pourtant délivré à
l’encontre de deux repris de justice, Awalleh
Guelleh et Hamouda Hassan Adouani,
suspectés d’être les exécutants du crime.

L’ARMÉE FRANÇAISE SAVAIT, DEUX HEURES AVANT LA DÉCOUVERTE
DU CADAVRE, QUE LE JUGE ÉTAIT MORT.

Adouani, ressortissant tunisien, sera entendu en juin 2007 par le doyen des
juges d’instruction à Tunis. Il nie alors
toute implication et un prélèvement de son
ADN est effectué.

Il sera négatif.

En octobre 2006, Élisabeth Borrel
publie « Un juge assassiné chez Flammarion »,
livre dans lequel elle exprime sa
conviction que le juge a été sacrifié à la
raison d’État : il en savait trop sur l’attentat
du Café de Paris de 1990. « Mon mari pensait
qu’[Ismaël Omar Guelleh] était le
commanditaire », écrit-elle.

L’implication
de l’État français dans toute cette affaire
est, en effet, loin d’être claire. Fin 2006, le
député socialiste et avocat Arnaud Montebourg
déclare avoir eu l’occasion de
défendre le ministre djiboutien de la Justice,
Moumin Badon Farah, lequel lui
aurait dit : « Bernard Borrel connaissait
des choses embarrassantes. On a tout fait
pour entraver l’enquête, au nom d’une
vieille complaisance pour le régime djiboutien. »

En juin 2007, après la vaine tentative
de perquisition du bureau élyséen du
conseiller de Jacques Chirac pour
l’Afrique, Michel de Bonnecorse, la juge
Sophie Clément recueille le témoignage
d’un ex-membre du renseignement militaire
français qui accrédite cette thèse. Il
précise : « Badon Farah avait chargé Borrel
de constituer un dossier sur l’ensemble
des trafics auxquels le président Guelleh
était mêlé. Il s’agissait d’avoir des arguments
pour l’écarter de l’élection présidentielle. »

Mais il semble rapidement
impossible que le ministre ait fait une telle
demande à un juge avec lequel il ne s’entendait
pas, et que celui-ci ait dévié de sa
mission initiale de coopérant sans en informer
son supérieur hiérarchique.

Raison d’État

Un pas décisif est tout de même fait
vers la vérité : le 17 juin 2007, le parquet
de Paris confirme officiellement l’origine
criminelle de la mort de Bernard Borrel.
Il s’appuie sur les dernières expertises et
sur la découverte que deux produits
inflammables de nature distincte ont été
versés sur le corps alors qu’il était couché
sur le sol.

Dès lors, on va apprendre que
l’armée française savait, deux heures
avant la découverte du cadavre, que le
juge était mort.

La déclassification de
plusieurs dizaines de documents par le
ministère de la Défense pourrait compléter
ces révélations.
La juge Sophie Clément poursuit son
enquête criminelle. Si le meurtre est établi,
on n’en connaît pas encore les auteurs
et encore moins les instigateurs.

D’où
l’obstination d’Élisabeth Borrel à faire
sauter, un à un, les verrous constitués par
les différentes subornations de témoins
qui ont contribué à complexifier une
affaire déjà passablement embrouillée.

Elle a devant elle un adversaire de taille : la « raison d’État ».