14/06/10 (B556) Bruno Mercier, l’auteur de « La mafia française, ses méthodes, ses réseaux » nous a rendu visite et il a accepté de répondre aux questions de l’ARDHD


Bruno Mercier
La Mafia française, ses méthodes,
ses réseaux

Edition

Actania Actualité
est en vente sur le site de la Fnac – « Lien »
Blog de l’auteur :
http://mafia.francaise.over-blog.com

ARDHD: Monsieur Mercier, nous vous remercions d’avoir accepté notre invitation pour nous présenter votre livre et peut-être nous en dire un peu plus … sur ce que vous avez découvert.

Comme vous le savez, notre Association a pour mission la Défense des Droits de l’Homme à Djibouti et nous n’avons aucune compétence en dehors de ce thème et de cette zone géographique : la Corne de l’Afrique.

C’est dans ce cadre que nous suivons l’évolution de l’enquête sur le meurtre Bernard Borrel et nous sommes intéressés par vos informations à ce sujet.

Si vous le voulez bien, nous aimerions pour commencer que vous puissiez nous parler des liens de cette mafia avec Djibouti et avec certaines personnalités qui y résident ou qui s’y rendent fréquemment….

ARDHD : D’abord, pourquoi avez-vous écrit et publié ce livre ? Beaucoup d’observateurs s’interrogent sur vos motivations …

Bruno Mercier : Cela fait dix ans que j’essaie de dénoncer les activités de cette mafia. qui n’a plus aucune limite pour renforcer son pouvoir et qui manipule à outrance, par tous les moyens, des personnes honnêtes, des responsables d’entreprise ou même des fonctionnaires français en poste à l’étranger.

ARDHD : Comment avez-vous découvert l’existence de cette mafia. En général ce mode de fonctionnement est très discret .. Comment y avez-vous eu accès ?

BM : Quand j’étais encore militaire et en activité, j’ai participé, durant mes congés, à un voyage associatif en Asie du Sud-est. Informée, la Direction Protection Sécurité Défense m’avait demandé de me rapprocher de certains Français que j’avais rencontrés. Elle souhaitait avoir plus d’informations sur les activités d’une société de droit cambodgien tenue par plusieurs de ces français, Triangle Holding.

ARDHD : Qu’avez-vous découvert une fois arrivé au Cambodge ?

BM : Alors que cette société prétendait agir pour la protection les enfants, j’ai découvert qu’elle faisait exactement l’inverse. Ces Français employaient une dizaine de policiers pour constituer des dossiers sur des pédophiles occidentaux, afin de les faire chanter ensuite et de les enroler ainsi dans un vaste réseau pédophile en Europe.

J’ai partagé un repas avec le directeur de Triangle et un ancien policier, au cours duquel il a été question « de monter » un chantage contre TOTAL Birmanie. Les chantages pouvaient toucher n’importe qui à partir du moment où il y avait de l’argent à récupérer.

ARDHD : Mais qui visaient ces chantages ?

BM : Différentes personnes. Par exemple des journalistes français pour mieux maîtriser la communication. Triangle Holding était organisée comme une véritable agence de renseignement et elle surveillait les faits et gestes des responsables politiques cambodgiens, dont l’actuel Premier Ministre Hun Sen.

Parallèlement, ces mafieux correspondent avec des officiers de la DST à qui ils envoien des faux dossiers sur des expatriés ou des musulmans, en alertant, par exemple, sur le fait qu’ils prépareraient des attentats visant la France.

ARDHD : La pédophilie est-elle l’activité principale de cette mafia ?

BM : La pédophilie n’est pas l’essentiel : elle ne sert qu’à faire diversion pour camoufler d’autres activités bien plus lucratives comme le trafic de drogues, d’armements, de fausses monnaies ou le blanchiment d’argent. Elle sert aussi à faire vivre la base de cette mafia.

Les activités pédophiles peuvent aller, comme cela a été le cas au Cambodge, de films sur des enfants qui se font violer jusqu’à ceux qui se sont tuer dans des souffrances atroces.

ARDHD : Connaissez-vous des ressortissants étrangers, victimes des agissements de cette mafia ?

BM : Je peux vous donner à titre d’exemple, mais il n’est pas le seul, le cas de cet américain, dirigeant de TIME WARNER. La mafia l’avait fait approcher par une prostituée cambodgienne jusqu’à ce qu’il leur soit soumis.

Dix ans après les faits, la mafia a pu piéger d’autres dizaines d’américains. Une fondation US a d’ailleurs remis un prix d’un million de dollars à une ONG cambodgienne créée par la mafia qui a ses bureaux à Marseille. Ce n’est là qu’un exemple du résultat des manœuvres contre ce dirigeant de TIME WARNER.

ARDHD : En nous rapprochant de nos domaines d’observation. Voyez-vous des connexions avec cette mafia et l’assassinat du juge Borrel ?

BM : Il y a des protagonistes communs au Cambodge et à Djibouti. Je citerai, entre autres,

Calabro
qui est un malfaiteur ayant fui Djibouti pour le Cambodge à la même époque que celle de l’assassinat du Juge,

Romani dont l’un des associés venant de l’île de la Réunion se retrouva égorgé au Cambodge,

l’ex-Préfet MARCHIANI qui a été cité sur un procès verbal de police comme étant le patron de ce réseau de mafieux et qui avait au milieu des années 1990 une société d’import-export à Djibouti.
– le policier Minianna que je retrouve au Cambodge après son séjour à Djibouti durant lequele il avait conclu au suicide du juge.

Ce n’est pas suffisant, certes, pour affirmer que ces personnes sont des mafieux ou des acteurs de l’assassinat.

Mais il faut savoir que les mafieux touchent à tous les trafics.

J’avais été mis dans la confidence du départ de conteneurs maritimes vers la Corne d’Afrique. On peut toujours se poser des questions légitimes sur les liens entre le Cambaodge et Djibouti.

Dans mon livre, j’expliquer que les connexions entre toutes ces personnes sont fortes et qu’elles remontent à plusieurs années.

ARDHD : La mafia est-elle prinicpalement Corse ?

BM : En aucune façon, puisque des Corses comme Paul Virgitti, Charles Ariotti et bien d’autres ont été les victimes de cette mafia ou qu’ils ont fait l’objet de manœuvres de sa part. Je reçois d’ailleurs en ce moment même beaucoup de soutien de la part de Corses.

ARDHD : Pourquoi, selon vous, la Justice française n’arrive pas à établir la vérité sur l’assassinat du Juge Borrel ?

BM : Ce sont des gens honnêtes qui sont les cibles de cette mafia et qui se font manipuler par elle. Ce que j’en sais, à partir de mon expérience du Cambodge, c’est que les mafieux se font souvent passer pour des agents des services de renseignement français.

Ils sont tellement persuasifs, que des personnes de bonne foi peuvent réellement croire servir la France en suivant les ordres de ces usurpateurs. Lorsque cela est nécessaire, les mafieux se font aussi passer pour des Franc-maçons pour s’acheter une honorabilité.

Tout leur système repose sur la manipulation des témoins qui vont devenir des complices sans s’en apercevoir. Et puis, il y a les compromissions et les chantages organisés envers des fonctionnaires français. L’ambassadeur de France au Cambodge en a été la victime. Le même scénario est plausible à Djibouti.

ARDHD : Nous avons suivi les développements judiciaires avec ARJOWIGGINS et avec le couple J… dont le mari nous avait téléphoné pour démentir vos affirmations. Où en êtes-vous ?

BM : les différentes plaintes devant la justice devraient parvenir à leur fin très prochainement. Afin de pas interférer avec une procédure en cours, vous comprendez que je sois tenu à un devoir de réserve. Pour ce qui est des J…, c’est maintenant un couple à la dérive. Le gendarme a dû quitter l’institution militaire. Bien qu’il s’en défende, je maintiens qu’il détient des pièces compromettantes liées à l’assassinat du juge Borrel.

Ce que l’on peut craindre c’est qu’ils soient victimes d’un accident avant que la justice ne puisse récupérer ces documents et ces supports informatiques.

ARDHD : Pourquoi être sorti de votre silence près de dix ans après votre séjour au Cambodge et près de quinze ans après la mort du juge ?

BM : En fait, je me suis déjà exprimé à plusieurs reprises, en ma qualité de militaire puis de civil. A mon retour du Cambodge, j’ai fait mon compte-rendu à la DPSD et j’ai été menacé au cas où je révélerais quelque chose aux justices française et américaine.

Ce que j’ai néanmoins tenté de faire mais sans résultat. Je n’y ai gagné que des menaces et trois agressions. Il y a cinq ans, ce sont des enquêteurs du service des affaires criminelles de l’Inspection de la Gendarmerie qui m’ont posé toute une série de questions en qualité de témoin dans le cadre d’une procédure officielle.

Par mes réponses, j’ai donné sans le savoir à l’époque des informations sur l’affaire Borrel. Ce n’était qu’en 2007, que j’ai découvert par un journaliste les détails cette affaire dont je n’avais que vaguement entendu parler.

J’ai compris alors qu’en 2000, j’avais mis les pieds dans un réseau mafieux international. Et je suis allé apporter spontanément mon témoignage à la Juge Sophie Clément. Depuis, j’ai encore trouvé des éléments qui pourraient être utiles pour l’instruction.

ARDHD : Monsieur Mercier, un grand merci pour toutes ces réponse et pour votre sincérité. Nous recommandons votre ouvrage à nos lecteurs : « La Mafia française, ses méthodes, ses réseaux »