23/05/2015 (Brève 462) RSF DÉNONCE LE HARCÈLEMENT JUDICIAIRE CONTRE LE RESPONSABLE DE LA VOIX DE DJIBOUTI

Reporters sans frontières (RSF) est indignée par le harcèlement judiciaire dont est victime Maydaneh Abdallah Okieh, journaliste pour le site d’informations La Voix de Djibouti (LVD), première radio libre et critique de l’histoire du pays. Le journaliste risque la prison s’il ne règle pas une amende exorbitante de plus de 11 000 dollars.

Maydaneh Abdallah Okieh, journaliste et responsable technique du site d’informations La Voix de Djibouti créée en 2010 par la diaspora djiboutienne, a été arrêté lundi 18 mai 2015 par la police à Djibouti-ville pour refus d’exécution judiciaire, puis libéré par le parquet de la République le 20 mai 2015. Néanmoins, le journaliste doit toujours régler l’amende de 2 084 000 francs Djibouti, soit 11 740 dollars américains, à laquelle il a été condamné à titre de dommages et intérêts pour diffamation au profit du lieutenant-colonel de police Elmi Daher Miguil en mai 2013. Dans le cas contraire, il risque d’être à nouveau incarcéré.

Doublement accusé d’”outrage à un officier de police » et de « diffamation de la police » pour avoir posté sur Facebook des photos de la répression de manifestations pacifiques, il a déjà purgé cinq mois de prison ferme du 15 mai au 19 octobre 2013 alors qu’il avait été initialement condamné à 45 jours de détention. Cette dernière s’est déroulée dans des conditions que le journaliste a lui-même qualifié d’“inhumaines”, déclarant avoir été torturé et interdit de soins médicaux.

“Les charges retenues contre Maydaneh Abdallah Okieh sont sans fondement et s’apparentent ni plus ni moins à un acharnement de la part des autorités djiboutiennes contre l’un des piliers de la première radio libre et critique de l’histoire de Djibouti,
 déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction des programmes de RSF. Ce journaliste se bat avec la diaspora pour informer la population djiboutienne et diffusait une information libre et indépendante qui dérange la dictature djiboutienne depuis longtemps. Nous exhortons les autorités à mettre un terme à ce harcèlement et à annuler cette amende aberrante contre un journaliste qui ne fait qu’exercer
librement son travail”.

Maydaneh Abdallah Okieh, un des 100 héros de l’information de RSF en 2014 a de multiples fois été arrêté, maltraité par les autorités djiboutiennes et condamné injustement. Sa dernière détention arbitraire remonte à mars 2014 en raison de sa couverture d’une réunion de l’Union pour le Salut national (USN), coalition de sept partis d’opposition, à Balbala au cours de laquelle il avait été témoin une fois encore de la violente répression de la gendarmerie sur les sympathisants présents au meeting. Il avait été accusé de « participation à des troubles à l’ordre public”. En 2013, ce sont des charges de « provocation à la rébellion et à des manifestations illicites » qui lui avaient valu de passer un mois en prison.

Djibouti, dont le gouvernement a signé le 30 décembre 2014 un accord-cadre de sortie de crise avec l’opposition, occupe la 170e place sur 180 dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

18/05/2015 (Brève 461) Comme annoncé, nous mettons en ligne le compte-rendu de la manifestation du vendredi 15 mai à Bruxelles pour exiger l’arrêt des frappes aériennes contre les populations civiles du Yémen. (Document préparé par l’un des manifestants) .

Selon lui, les personnes présentes ont réclamé l’arrêt total des frappes aériennes contre le Yemen et ils ont dénoncé l’ingérence militaire des pays du golfe,

Certains slogans ont réclamé le renvoi devant une cour pénale internationale, de tous les militaires qui ont exécuté ou ordonné ces massacres contre les populations yéménites.

En manifestant de façon symbolique devant les institutions européennes, les manifestants ont dénoncé le silence de la communauté internationale et plus particulièrement celui de l’Europe.

L’Europe est-elle prêt à sacrifier les valeurs essentielles, comme les droits humains, pour sauvegarder les intérêts financiers de ses Etats membres ?

Face au manque de réaction de l’Europe, à l’exception de quelques communiqués sans aucune conviction, appelant à la cessation des combats, cette question doit-être posée clairement.

Cela a été exprimé dans un courrier qui a été remise à un représentant de l’U.E. puis dans des interviews pour des chaînes arabes et iraniennes.

A noter la présence à cette manifestation de Moncef Alhoumekani, champion du monde de Boxe Thai, catégorie poids plume. Voir photos ci-dessous

17/05/2015 (Brève 460) Bruxelles : premières photos du rassemblement pour demander l’arrêt des bombardements contre les populations civiles qui payent un lourd tribu. Le compte-rendu devrait nous parvenir bientôt et nous le mettrons en ligne.

Manifestation à Bruxelles le 14 mai pour exiger l'arrêt des frappes aériennes contre les populations civiles du Yémen
Manifestation à Bruxelles le 14 mai pour exiger l'arrêt des frappes aériennes contre les populations civiles du Yémen

Manifestation à Bruxelles le 14 mai pour exiger l'arrêt des frappes aériennes contre les populations civiles du YémenManifestation à Bruxelles le 14 mai pour exiger l'arrêt des frappes aériennes contre les populations civiles du Yémen

14/05/2015 (Brève 458) Appel de la diaspora de Belgique au rassemblement contre la répression en République de Djibouti devant l’ambassade de Djibouti à Bruxelles ce Samedi 16 Mai 2015 à 12h. Avenue Franklin Roosevelt 204 (Tram 94, arrêt Brésil). Communiqué transmis à l’ARDHD par les organisateurs.

> Face à l’escalade de répression à l’encontre de la population civile dans le nord de la république de Djibouti depuis 3 semaines, nous disons halte au bombardement de civils innocents et leur cheptel, stop au blocus alimentaire, aux arrestations arbitraires et aux tortures; nous demandons l’arrêt des viols de femmes sans défense et la poursuite des criminels en tenue.

Nous lançons un appel pressent à la communauté internationale pour plus de pressions sur le régime dictatorial en place à Djibouti afin qu’il arrête de terroriser sa propre population

>
Après cinq années d’atroces conditions de détention dans la sinistre prison de Gabode, le combattant de la liberté Mohamed Ahmed Édou dit Jabha doit être libéré puisqu’aucune charge n’a été retenue contre lui après tant d’années de tortures.

>
Devant l’impasse que semble s’orienter la résolution du contentieux post électoral, et à la veille d’importantes échéances électorales pour l’avenir de Djibouti, nous exigeons une salutaire transition démocratique propice à un développement harmonieux.

>
Venez nombreux pour dire non à 38 ans de régression et exiger la fin de l’impunité.

Contact : 0465 94 88 78

14/05/2015 (Brève 459) Le comité de soutien au peuple du Yémen à Bruxelles et le comité de défense des droits des minorités -MINDEF organise une manifestation pacifique le vendredi 15 mai de 16.00 à 17.00 devant le parlement Européen à la place du Luxembourg à Bruxelles. (Communiqué transmis par les organisateurs à l’ARDHD

L’objectif est pour dénoncer ces frappes aveugles de la coalition des pays Arabes qui ont commis énormément des victimes auprès des enfants,femmes et vieillard, et de dénoncer le blocus maritime et aériens qui prive la population Yéménite des aides de premières nécessites.

Votre présence est nécessaire pour La Défense de ce peuple opprimé .

07/05/2015 (Brève 457) L’affaire Borrel maltraitée par la justice française (Par Michel Deléan – Mediapart)

Voilà 20 ans que le juge Bernard Borrel a été assassiné à Djibouti. Face aux errements de la justice, l’avocat de sa veuve, Me Olivier Morice, vient de faire condamner sévèrement la France par la Cour européenne des droits de l’homme. Il a par ailleurs obtenu récemment de faire rouvrir un volet du dossier.

Une gifle.
Dans un arrêt de 62 pages rendu à l’unanimité par les membres de la grande chambre, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) vient, le 23 avril, de condamner la France pour plusieurs anomalies lors du traitement judiciaire de l’affaire Borrel.

Alors chargé de mission auprès du ministre de la justice de Djibouti au titre de la coopération entre les deux Etats, le magistrat français Bernard Borrel avait été retrouvé assassiné à Djibouti le 19 octobre 1995, son corps en partie dénudé et calciné. Depuis lors, la justice française a joué de lenteur, quand elle n’a pas purement et simplement essayé d’étouffer le scandale afin de maintenir de bonnes relations avec Djibouti, des hommes du pouvoir local étant très sérieusement soupçonnés.

Aujourd’hui définitive, la décision de la CEDH est d‘une grande sévérité pour la justice française. La Cour européenne a en effet retracé en détail les nombreux errements et autres dysfonctionnements qui ont affecté cette procédure très sensible, avant de  faire droit aux demandes de l’avocat Olivier Morice, qui défend (avec son confrère Laurent De Caunes) la veuve et les enfants de Bernard Borrel.

Dans un premier temps, la CEDH condamne la France pour violation de l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’Homme, qui garantit le droit à un procès équitable. Ayant été condamné pour diffamation après des critiques acerbes lancées sur deux juges d’instruction, Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, chargés conjointement du dossier Borrel de 1998 à 2000, Olivier Morice avait finalement vu son pourvoi en cassation rejeté, fin 2009. Or parmi les conseillers de la Cour de cassation ayant pris part à cette décision de rejet, figurait un magistrat, Jean-Yves Monfort, qui avait manifesté publiquement (avec d’autres), son soutien à sa collègue Moracchini quelques années plus tôt (en 2000), et n’avait pas pensé pour autant à se déporter. Olivier Morice l’ignorait avant de voir son pourvoi rejeté. La CEDH a jugé que cela justifiait les craintes de l’avocat quant à un manque d’objectivité de cette formation de la Cour de cassation.
Dans un second temps, la CEDH condamne également la France pour violation de l’article 10 de cette même Convention européenne des droits de l’Homme, qui garantit la liberté d’expression. Au terme d’un raisonnement argumenté et minutieux, la CEDH estime que la condamnation de Me Morice pour diffamation, en raison des critiques adressées publiquement aux deux juges d’instruction Moracchini et Le Loire, qui ne croyaient pas à un assassinat de Bernard Borrel, et instruisaient sans forcer leur talent, constitue une « ingérence disproportionnée dans son droit à la liberté d’expression ». S’agissant d’un avocat ayant pris la parole dans l’exercice de ses fonctions, cette décision de la Cour européenne renforce la jurisprudence sur la liberté d’expression et élargit sa portée : ce droit n’était jusqu’ici garanti systématiquement que dans l’enceinte judiciaire.

L’historique judiciaire de l’affaire Borrel est consternant. D’abord instruite à Toulouse, l’affaire est dépaysée au bout de deux ans vers le tribunal de grande instance de Paris, fin 1997. La juge désignée, Marie-Paule Moracchini, secondée par son collègue Roger Le Loire, privilégie la thèse d’un suicide du juge Borrel, qui est celle de la raison d’Etat. Ainsi, les deux juges parisiens refusent d’entendre un témoin important, et s’opposent également à ce qu’une reconstitution soit organisée à Djibouti en présence de la partie civile. Les deux magistrats instructeurs finissent par être désavoués, et sont dessaisis du dossier par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris en juin 2000.

Plus grave encore, le nouveau juge désigné, Jean-Baptiste Parlos, découvre alors qu’une pièce importante, l’enregistrement filmé d’un transport sur les lieux à Djibouti, n’a pas été versé au dossier d’instruction par ses collègues. Quand la juge Moracchini lui remet finalement la cassette vidéo, l’enveloppe comporte une carte manuscrite du procureur de Djibouti, Djama Souleiman, au ton plus qu’amical. « Salut Marie-Paule, je t’envoie comme convenu la cassette vidéo du transport au Goubet. J’espère que l’image sera satisfaisante. J’ai regardé l’émission « Sans aucun doute » sur TF1. J’ai pu à nouveau constater combien madame Borrel et ses avocats sont décidés à continuer leur entreprise de manipulation. Je t’appellerai bientôt. » Le courrier se conclut ainsi : « A très bientôt. Je t’embrasse. Djama ». De quoi douter – pour le moins – de l’impartialité de certains juges dans le traitement de l’affaire Borrel.

Le juge Parlos change de poste en 2002, et le dossier est repris par Sophie Clément, qui va le faire avancer non sans difficulté. La juge rassemble des indices sérieux et des témoignages suggérant que des officiels djiboutiens, jusqu’au sommet de l’Etat, ont pu être mêlés à l’assassinat de Bernard Borrel. Elle délivre deux mandats d’arrêt internationaux en 2006, qui visent des témoins clefs, un Tunisien et un Djiboutien. Ces mandats d’arrêt ne sont pas suivis d’effet. Sophie Clément finit par changer de poste à son tour, en 2012. Le dossier est alors repris par un collège de trois juges d’instruction, sans avancée notable à ce jour. Vingt ans ont passé.

L’Elysée de Chirac à la manoeuvre

Dans un deuxième volet du dossier Borrel, les pressions exercées par le procureur de Djibouti et le chef des services secrets sur un protagoniste important de l’affaire aboutissent tout de même à un procès pour subornation de témoin, à Versailles, qui donne lieu à des condamnations en mars 2008… puis à une relaxe générale en appel, en mai 2009. Fermez le ban.

Enfin, un troisième volet qui concerne les pressions exercées par l’exécutif français sur la justice vient d’être rouvert. La chambre de l’instruction de la cour d‘appel de Paris a, dans un arrêt du 10 mars (dont Mediapart a pris connaissance), en effet ordonné la reprise du cours d‘une information judiciaire pour « publication de commentaire en vue d’influencer une décision de justice » qui avait été clôturée par un non-lieu en décembre 2013.

Cette dernière affaire concerne la diffusion d’un communiqué stupéfiant du Quai d’Orsay, le 29 janvier 2005, visant à calmer l’Etat de Djibouti qui venait d’expulser six ressortissants français à cause de l’affaire Borrel. Ce communiqué annonce tout de go que « rien », dans les documents déclassifiés des enquêtes judiciaires sur l’assassinat du magistrat, « ne permet de conclure à la mise en cause des autorités djiboutiennes ». Mieux : « A la demande de ces mêmes autorités, une copie du dossier relatif au décès du juge Borrel sera prochainement transmise à la justice djiboutienne en vue de permettre aux autorités compétentes de ce pays de décider s’il y a lieu d’ouvrir une information judiciaire à ce sujet », annonce alors carrément le Quai d’Orsay.

Pour les avocats de la famille Borrel, il s’agit là d’une immixtion flagrante du politique dans le judiciaire, de la diffusion d’un mensonge d’Etat, et d’une pression directement exercée sur la juge alors en charge du dossier principal, Sophie Clément, pour lui forcer la main.

Celle-ci a finalement refusé de transmettre une copie de son dossier à la justice djiboutienne. Et une enquête sur la genèse de ce communiqué sans précédent démarre en août 2005. Elle aboutit au placement sous le statut de témoin assisté, en 2007, des diplomates Hervé Ladsous et Pierre Vimont (en qualité de porte-parole et directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères à l’époque des faits), ainsi, en juin 2010 que du haut magistrat Laurent Le Mesle (en qualité de directeur de cabinet du ministre de la justice à l’époque des faits).

Cette partie du dossier montre des interventions de l’Elysée tous azimuts pour retenir les juges tout en calmant Djibouti. Les juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia, qui l’instruisaient à l’époque, ont d’ailleurs tenté d’effectuer une perquisition à l’Elysée, mais avaient été repoussées sans ménagement par les gardes républicains, et n’avaient pu rédiger leur procès-verbal sur place que sur une poubelle….

L’enquête montre également que bizarrement, quand il a quitté la direction des affaires criminelles du ministère de la justice pour devenir procureur de Paris, en décembre 2004, Jean-Claude Marin, ne disposait pas de tous les éléments de ce dossier pourtant « signalé » : il manquait notamment un document important (un soit-transmis du 13 septembre 2004) dans lequel la juge Sophie Clément expliquait les raisons de fond pour lesquelles elle refusait de transmettre une copie du dossier Borrel à Djibouti. Encore une bizarrerie.

Le prédécesseur de Jean-Claude Marin, Yves Bot, n’a pas pu être interrogé au cours de cette instruction. C’est un des manques pointés par la chambre de l’instruction dans l’arrêt du 10 mars dernier, avec l’absence de confrontations entre Laurent Le Mesle, Hervé Ladsous et Pierre Vimont, dont les récits comportent pourtant des contradictions de taille sur le rôle des uns et des autres.

C’est aujourd’hui le juge Cyril Paquaux (également en charge du dossier principal) et sa collègue Sabine Kheris qui ont hérité de ce volet de l’affaire.

Peu après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée, et quelques heures seulement après que le nouveau président a reçu Elisabeth Borrel et son avocat, qui demandent un geste fort de l’Etat, c’est un communiqué… du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui rend officiel l’assassinat du juge, le 17 juin 2007. « Si la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée, les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel », expose ce communiqué.

« Les expertises anthropologiques, médico-légales et de police scientifique concluent à l’existence de lésions osseuses sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables de nature distincte versés sur le corps. Elles précisent que Bernard Borrel était couché sur le sol lorsque les liquides ont été répandus sur sa personne de manière aléatoire », expliquait alors le procureur de Paris.

04/05/2015 (Brève 456) Morice c/ France : l’avocat, la liberté d’expression et l’impartialité objective du juge. Un excellent article sous la plume de Juliette de Clermont-Tonnerre (Affiches parisiennes)

Lien avec l’article : http://www.affiches-parisiennes.com/morice-c-france-l-avocat-la-liberte-d-expression-et-l-impartialite-objective-du-juge-5275.html

C’est une décision historique qu’a récemment rendu la Cour européenne des droits de l’Homme. Dans son arrêt de Grande Chambre du 23 avril 2015, rendu dans l’affaire Morice c. France, la CEDH a en effet estimé que la condamnation de l’avocat de la veuve du juge Borrel pour diffamation était une ingérence disproportionnée dans son droit à la liberté d’expression.

Les faits

L’histoire nous ramène vingt ans en arrière. Le 19 octobre 1995, le juge français Bernard Borrel est retrouvé mort à quelques kilomètres de la ville Djibouti. La veuve du juge Borrel choisit Me Olivier Morice comme avocat. L’information judiciaire est par ailleurs confiée à deux juges d’instruction M. et L.L. qui pourtant seront dessaisis du dossier suite à recours de Me Morice qui déplorait une ordonnance des deux magistrats refusant l’organisation une reconstitution des faits sur les lieux.

A l’été 2000, l’instruction revient alors aux mains du juge P. Mais décidément, les couacs s’enchaînent quand le nouveau magistrat instructeur consigne dans un procès verbal une cassette vidéo transmise à la juge M., accompagnée d’un mot manuscrit rédigé par le procureur de la République de Djibouti évoquant « une entreprise de manipulation » de la veuve Borrel et de ses avocats, signée « Je t’embrasse. Djama ». Me Morice met alors en doute, dans un courrier adressé à la garde des Sceaux, « l’impartialité » et « la loyauté » de la juge M. La lettre est aussitôt reprise dans les colonnes du quotidien Le Monde, ainsi que la carte du procureur de Djibouti.

Rien ne va plus : les juges M. et L.L. déposent plainte, quelques jours plus tard, pour diffamation publique envers un fonctionnaire public, à la fois contre le directeur du Monde,  l’auteur de l’article et Me Morice lui-même. En 2008, ce dernier est déclaré coupable par la cour d’appel de Rouen et la Cour de cassation rejette le pourvoi de l’avocat, en motivant que « les limites admissibles de la liberté d’expression dans la critique de l’action des magistrats avaient été dépassées ». Mais l’histoire se répète et Me Morice s’indigne, une fois encore, de la présence dans la formation de jugement qui rejette son pourvoi, d’un certain conseiller J.M. qui avait clairement exprimé son soutien à la juge M. à l’occasion d’une autre affaire dit de la Scientologie.

Le(s) recours devant la CEDH

>Les différents dossiers s’imbriquent et il semble que l’impartialité des juges soit dénoncée à tous les étages dans cette affaire à multiples rebondissements.  C’est bien dans le contexte de cette dernière affaire devant la Cour de cassation que Me Morice introduit une première requête devant la juridiction de Strasbourg, le 7 mai 2010. Invoquant à la fois les articles 6§1 et 10 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme, l’avocat estime que son droit à un procès équitable n’a pas été respecté devant la cour de Cassation et que sa condamnation pénale de 2008 a violé son droit à la liberté d’expression. Par un arrêt du 11 juillet 2013, la CEDH conclut finalement au viol de l’article 6§1, mais non à celui de l’article 10.

Cette décision n’a pas de quoi satisfaire Me Morice. Qu’à cela ne tienne, l’avocat sollicite le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre, la plus faute formation de la juridiction de Strasbourg. Une nouvelle audience est donc fixée le 21 mai 2014.

La dernière décision de la Grande Chambre

L’arrêt rendu il y a quelques jours donne finalement raison à l’avocat de la juge Borrel et conclut à la violation des deux articles 6§1 et 10. Dans les grandes lignes, la Grande Chambre reconnaît que « Me Morice s’est exprimé par des jugements de valeur reposant sur une base factuelle suffisante » et que les limites du droit à la liberté d’expression n’ont pas été franchies en ce que les propos de l’avocat participaient à un débat d’intérêt général sur le fonctionnement de la justice.

Toutefois, la CEDH tient à rappeler que « l’avocat ne saurait être assimilé à un journaliste puisqu’il n’est pas un témoin extérieur chargé d’informer le public, mais qu’il est directement impliqué dans le fonctionnement de la justice et dans la défense d’une partie ». La précision est importante car elle laisse à penser que si sa décision est effectivement historique, elle n’a pas vocation à être une arborée comme une jurisprudence toute puissante sous laquelle pourraient se ranger d’éventuels avocats qui mettraient en doute à l’envi la loyauté des juges. « Il faut accorder une grande importance au contexte de cette affaire, tout en soulignant qu’il convient de préserver l’autorité du pouvoir judiciaire et de veiller au respect mutuel entre magistrats et avocats », précise en effet l’arrêt de la Grande Chambre.

Pour l’heure, l’avocat de la veuve Borrel a obtenu gain de cause et, en l’occurrence, sa condamnation pénale doit être analysée comme une ingérence disproportionnée dans son droit à la liberté d’expression. Pour la peine, la France devra verser à Me Morice près de 35 000  euros.

02/05/2015 (Brève 455) Le canon tonne à Djibouti, l’Occident s’en moque (Par Jacques Marie Bourget – Mondafrique –

Lien avec l’article original sur le site Mondafriue : cliquez ici

Alors que John Kerry doit se rendre le 5 mai à Djibouti, base aérienne de l’armée américaine en Afrique, le régime en place s’est lancé dans une offensive féroce contre les opposants

S’il est une lutte dont le monde entier se moque c’est bien celle conduite depuis trente ans par le Front pour la Restauration et l’Unité et la Démocratie, le « FRUD » qui entend balayer le pouvoir en place à Djibouti pour lui substituer une démocratie.

Pourtant ce « Front » bouge et continue de se battre après qu’en 1991 il se soit fait voler sa victoire militaire par l’armée française. Les troupes du FRUD avaient alors  conquis les deux tiers du pays quand la France, jouant le rôle « d’arbitre » a sauvé les restes du pouvoir en place.

Pouvoir qui continue depuis à s’accrocher aux branches avec l’aide de la France et de la « Communauté internationale », qui voient d’un mauvais œil la volonté d’un mouvement politique  -indépendant de l’Occident- capable de gouverner sans tenir compte des ordres de Paris et Washington.  Bien pire, en cette période d’instabilité encore plus grande où la guerre conduite par la « Coalition Arabe » contre le Yémen fait de Djibouti un point encore plus stratégique.

« La chasse aux nomades »

De temps en temps les militants exilés de la Ligue des Droits humains djiboutienne lance un message d’alerte, c’est encore le cas aujourd’hui. Les enquêtes conduites dans le Nord du pays démontrent que l’armée de Djibouti se livre à une véritable « chasse aux populations nomades », les militaires les accusant de soutenir le FRUD…. Dans le passé on a constaté que les soldats empoisonnaient des puits afin de contraindre ces malheureux bergers à fuir en Ethiopie voisine.

Des élections présidentielles étant prévues pour 2016 à Djibouti, le « ménage » a déjà commencé pour écarter les opposants historiques.

Le 19 avril à 6 heures du matin l’armée, depuis les camps d’Obock, Waddi, Oborro, Gal Ela et Tadjourah, a lancé une offensive contre le FRUD réfugié dans les Mablas. Des tirs au canon ont été suivis par des bombardements d’hélicoptères à Maskae, Mele, Sismo et Suuno Amo. Dans la foulée, outre les hommes, dont de nombreux civils, les militaires s’en sont pris au bétail et des blindés ont été lancés dans les  monts des Mablas.

Si le gouvernement à poigne de fer de Djibouti se lance ainsi dans la chasse à l’ethnie Afar, accusée de soutien au FRUD, c’est aussi en raison de la proche visite, le 5 mai, de John Kerry. C’est la première fois qu’un tel notable US met le pied à Djibouti qui est, à la fois, le porte avion de la France et des Etats-Unis qui ont ici leur seule base permanente en Afrique.

Comme un bon propriétaire, le gouvernement fait le ménage, avant la visite du locataire. Tant pis si l’ordre apparent se fait au prix de l’injustice et de la mort.

Publié par Jacques Marie Bourget