26/06/2016 (Brève 810) Radio-Trottoir (*) Corps à corps entre des éléments de deux détachements de Gendarmerie à l’Aéroport d’Ambouli (Lecteur)

Un accrochage a eu lieu, le 24/06/16, à l’aéroport international d’Ambouli entre un détachement de la Gendarmerie Transport Aérien de l’aéroport (GTA) et un autre de la Gendarmerie Sécurité Rapprochée de la Primature.

Quelle triste réalité que d’apprendre que des hommes en uniforme ou en civil appartenant au même Corps, partageant la même Devise, oeuvrant pour une seule Patrie  » La Nation « , se sont affrontés physiquement et publiquement au corps à corps dans une enceinte publique celle de l’aéroport international. C’est la porte d’entrée de la Republique État de Djibouti.

Ces événements odieux et indignes d’un Etat de Droit soulèvent de nombreuses questions.

Par exemple de savoir quelle est l’origine et la raison de ces affrontement physiques entre Gendarmes placés sous le même commandement.

Derrière ces faits gravissimes, qui pourrait imagine qu’ils n’ont pas été prémédités. A un moment où l’on parle de privatiser la Sécurité de l’aéroport et du transport aérien qui sont actuellement sous l’autorité de la GTA ?

Quelle société profitera de ce projet de privatisation ? Selon des rumeurs persistantes, on évoque la Société Privée de Sécurité dénommé SOCIETE ARMONICA Ltd., qui a le soutien du Premier Ministre.

Il faut envisager que cet acrochage pourrait avoir comme finalité de déloger le GTA de ses missions à l’aéroport international Ambouli et de renvoyer son détachement dans sa Caserne d’origine, afin d’ouvrir la porte à la société privée S A Ltd, avec la bénédiction (intéressée ?) du premier ministre.

En dernière minute, nous apprenons que le gouvernement djiboutien devrait déléguer à une agence privée la sécurité aéroportuaire  et ce, dans les mois a venir. Rappelons simplement, sans avoir un avis sectaire, que  la majorité des éléments qui composent le GTA de l’aéroport de Djibouti sont issus du clan  Yonis Moussa. Or, ce clan, qui était visé avec précision par le régime, a payé un lourd tribu lors du massacre organisé (et décidé certainement en très haut lieu) de Bulduquo le 21 décembre 2015, est dans le collimateur d »IOG.

 

(*) Nous rappelons à nos lecteurs que la rubrique « Radio-Trottoir » publie des informations de lecteurs, que nous n’avons pas encore été en mesure de recouper avec d’autres sources. Cela ne signifie pas qu’elles sont fausses, mais seulement qu’il faut les traiter avec prudence, jusqu’à confirmation ou invalidation.

24/06/2016 (Brève 809) A lire sur le blog de Mediapart, un article signé « FreeDjib » / Djibouti : une opposition muselée par Ismaïl Omar Guelleh (Info lecteur)

Lien avec l’article : https://blogs.mediapart.fr/freedjib/blog/230616/djibouti-une-opposition-muselee-par-ismail-omar-guelleh

Le 8 avril dernier, le président Ismaïl Omar Guelleh était réélu à la tête de Djibouti au sortir d’un scrutin largement boycotté par l’opposition. Découragés par un mouvement de répression qui ne cessent de les affaiblir, les opposants au régime Guelleh sont chaque jour davantage menacés par le pouvoir en place.

Fin avril, l’un des chefs de file de l’opposition au président Guelleh devait se rendre en France pour être hospitalisé et recevoir des soins médicaux. Pourtant, Abdourahman Mohamed Guelleh, Secrétaire général de la coalition USN, n’a jamais pu prendre son avion, empêché à la dernière minute par les autorités djiboutiennes de quitter le pays.

Incarcéré en début d’année pendant plus de trois mois après avoir été accusé d’être à l’origine d’un rassemblement armé lors d’une cérémonie religieuse en décembre, l’opposant ainsi que de nombreuses autres personnes présentes ce jour-là étaient alors victimes d’une attaque policière faisant plus de 27 morts.

Dans un état critique après des mois de détention sans soins adéquats, il s’était résolu à se rendre en France pour bénéficier d’une meilleure prise en charge. « J’avais mon billet de départ, j’avais mon visa donc. Et puis voilà, il y a des policiers qui débarquent chez moi et me disent que je suis en train de partir pour la France et que je ne peux pas partir » a-t-il expliqué à RFI.

Convoqué par la justice le 5 mai, Abdourahman Mohamed Guelleh était coincé à Djibouti. « Le Parquet général a pris un appel contre l’ordonnance de non-lieu émis par le juge d’instruction. Et ça ce n’est pas suspensif. C’est-à-dire mon avocat peut me représenter, donc je devrais normalement partir. A chaque fois qu’un juge émet un non-lieu pour une personnalité politique, les régimes en décident autrement. Alors c’est toujours comme ça, donc il n’y a pas de séparation des pouvoirs ».

Haro sur l’opposition
Cet épisode n’est malheureusement pas un cas isolé à Djibouti, où le pouvoir en place fait son possible pour neutraliser toute forme d’opposition au régime Guelleh. Traqués, réprimés, muselés, les dissidents au discours présidentiel se voient contraints au silence, sous peine d’être jetés en prison.

Avant Abdourahman Mohamed Guelleh, Maitre Djama Amareh Meidal avait également fait l’objet d’une violation de liberté de circulation en juillet 2015. Cet ancien avocat et membre du Haut-conseil de l’USN devait se rendre en France avant de se voir notifié une interdiction de voyager par la Police de l’Air et des Frontières avec confiscation du passeport.

Mêmes mesures adoptées en 2013 à l’encontre de nombreux Djiboutiens durant la crise postélectorales qu’avait provoqué le résultat des élections législatives, remportées officiellement par le parti de Guelleh mais fortement contestées par l’opposition, accusant le camp présidentiel d’avoir manipulé les urnes. Pendant plusieurs mois, de nombreux opposants et défenseurs des droits humains ont été empêchés de partir de Djibouti, privés de leur passeport.

Cette volonté d’immobiliser les pourfendeurs d’un régime qui ne cesse chaque jour de montrer davantage sa nature dictatoriale est symptomatique d’un chef d’État au pouvoir depuis bientôt 20 ans et qui a fait le choix de paralyser l’opposition jusqu’à ce qu’elle soit complètement réduite au silence.

Museler les médias et les réseaux sociaux
Dans sa croisade pour lutter contre le développement d’une force adversaire à la sienne, IOG n’hésite plus à s’attaquer à des sociétés comme Facebook, qu’il accuse d’autoriser la création de profils d’opposants.

C’est particulièrement l’antenne irlandaise de la firme californienne qui est visée par une plainte du président Guelleh. Ce dernier souhaite empêcher que des membres du réseau social puissent publier du contenu qualifié d’offensif de la part de son camp. Il exige également la fermeture de ces comptes, la suppression de précédentes publications ainsi que l’identité et les coordonnées exactes des utilisateurs associés aux profils posant problème.

Le travail que Guelleh est en train de mener sur le web, en s’attaquant à la liberté d’expression permise par les réseaux sociaux, il l’exécute déjà depuis des années sur la presse et les médias. Les journalistes sont dans l’incapacité de pouvoir faire leur travail dans un pays où seul une parole est acceptable, celle du président.

L’opposition prévoit de lancer une chaine de télévision qui devrait émettre dès la fin de l’année. Baptisée Bouldouko TV et financée par Abdourahman Boreh, ancien collaborateur de Guelleh et désormais membre éminent de l’opposition, cette chaine fait l’objet en coulisses de nombreuses manipulations de la part d’IOG afin qu’elle ne voit jamais le jour.

Cinq nouvelles années de règne Guelleh attendent les Djiboutiens. Si les opposants avaient réussi à se mobiliser en masse pour les élections législatives de 2013, ils sont aujourd’hui plus dispersés, fragilisés par un climat hostile qui les empêche pour l’instant d’entrevoir une alternative au régime en place.  

Qualifiée de « mascarade électorale » par les partis d’opposition, la dernière élection présidentielle continue de jeter le discrédit sur la gestion d’un gouvernement qui parvient, certes, à tenir le pays dans la menace mais qui doit aujourd’hui interpeller la communauté internationale et la pousser à dénoncer la situation à Djibouti.

24/06/2016 (Brève 808) The Lawyer : la justice britannique rejette l’appel qui avait été sollicité par Djibouti pour contester la décision qui lui impose de payer 9,3 millions de Livres Sterling dans l’affaire qu’il avait lui-même portée devant les tribunaux contre A.Boreh

Lien avec l’article : http://www.thelawyer.com/issues/online-june-2016/gibson-dunn-client-djibouti-denied-permission-to-appeal-9-3m-costs-ruling/#.V2wohPNvBJk.facebook

Selon le titre d’un article en anglais, dont la consultation est réservée aux seuls abonnés, la justice britannique aurait rejeté l’appel de Djibouti pour contester la décision qui met à sa charge la somme de 9,3 millions de £ en faveur d’Abdourahman Boreh.

Nous allons essayer d’avoir plus de détails sur les motivations du rejet, mais d’ores et déjà, Djibouti semble avoir épuisé les voies de recours et il devra payer 9,3 millions de £ à A. Boreh.

Les moqueurs vont estimer qu’avec la baisse du cours de la £, Djibouti (et Guelleh) s’en sort un peu mieux que prévu ….

19/06/2016 (Brève 807) A lire sur HCH24, un article sous la signature d’Hassan Cher qui confirme les craintes que nous avions exprimées à propos de l’établissement d’un premier contingent éthiopien au Nord de Tadjourah

Lien avec l’article : http://www.hch24.com/actualites/06/2016/djibouti-ethiopie-erythree-larmee-ethiopienne-envahit-djibouti-et-compte-reconquerir-assab/

Djibouti / Ethiopie / Érythrée : l’armée éthiopienne envahit Djibouti et compte reconquérir Assab.

– L’accord militaire et sécuritaire entre Djibouti et l’Ethiopie.
Le Ministre djiboutien de la Défense Hassan Darar, et son homologue éthiopien Siraj Fegessa, ont signé, jeudi 28 avril 2016, « un protocole de coopération globale dans les domaines sécuritaires et militaires » entre les deux pays, selon la télévision d’Etat djiboutienne – RTD – voir ce lien : (https://youtu.be/9cXM0Q1S-iA?t=8m49s).

Cette annonce a été faite à l’issue d’une réunion de la Commission militaire mixte entre Djibouti et l’Éthiopie, qui s’est tenue jeudi, dans la capitale, Djibouti, avec la participation du chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, et son homologue éthiopien, le général Samora Younis. 

– Le discours du général de l’armée djiboutienne, Zakaria Cheikh Ibrahim. Dans son discours le chef d’état-major des forces djiboutiennes, le général Zakaria Cheikh Ibrahim, dit clairement : « l’armée éthiopienne va nous aider à combattre des éléments indésirables à l’intérieur du pays et nos actions conjointes ne se limiteront pas à nos frontières mais là où il y aura besoin. » Les propos tenus par le général djiboutien sont très graves et surprenants parce qu’il déclare ouvertement que les soldats de l’armée éthiopienne en uniformes peuvent opérer librement sur le territoire djiboutien pour participer aux exactions et massacres que mènent, à certains endroits du pays, la milice de Guelleh à l’encontre de la population civile.

Que des officiers militaires censés défendre leur peuple contre les agressions de forces armées étrangères, invitent une autre armée à participer à des projets de massacre ou de génocide dans leur pays et sur les citoyens est chose vraiment inacceptable aux regards du droit international.

Juste après la signature de l’accord dit militaire.
Le nouveau ministre de la Défense nationale, Mr Ali Hassan Bahdon, s’est rendu le 24 mai 2016 en visite à Doumeira accompagné par le général de division Zakaria Cheick Ibrahim chef d’état–major Général des armées et le Général Osman Nour Soubagleh, le ministre de la Défense a été accueilli par le colonel Aden Hassan Galab le commandant du régiment d’Obock et commandant de la zone de Doumeira et le lieutenant-colonel Ahmed bileh chef de corps du régiment d’action rapide.

Officiellement, après le piquet d’honneur organise en son honneur la délégation conduite par le ministre de la Défense s’est rendu à la tombe des martyrs de Doumeira ou la Fatiha a été lu le ministre de la défense et les généraux ont ensuite assiste une présentation de la situation Général de la part du colonel Aden Hassan. Mr Ali Hassan bahdon s’est informe de la situation de la zone ainsi que les conditions des hommes et des matériels présents sur place. À noter que le conflit de Doumeira a eu lieu le 18 juin 2008 et depuis une force d’interpositions qataries est sur place pour garantir la paix.

Officieusement, d’après des sources militaires djiboutiennes le nouveau ministre de la défense nationale, marié à la fille du premier mariage de la première dame de Djibouti, aurait transmis à certains de l’armée djiboutienne à Doumeira un message d’Ismaël Omar Guelleh. Malgré la réticence des certains officiers djiboutiens de l’arrivée de l’armée sur leurs territoires, ils sont obligés de les accueillir et de collaborer avec eux sur les actions qu’ils mèneront dans le Nord du pays, pour l’instant, et dans le cas d’une préparation d’une offensive contre l’Erythrée.

Les sources nous ont appris que les officiers djiboutiens qui ont reçu officieusement le message de Guelleh ont à leur tour tenté de faire ingurgiter les soldats, à majorité composés des issas, la partie anecdotique du message de Haramous.

L’armée éthiopienne qui envahisse la république de Djibouti sera accompagnée d’une rebelle Afar. En effet, il s’agit de la rébellion afar surnommée « Red Sea  Afar  Democratic Organization (RSADO) » soutenue par Addis-Abeba et militant pour la sécession de la région afar du Sud de l’Erythrée qui de la frontière djiboutienne jusqu’à à la région érythréen d’Akele-Guzaï.

L’organisation est animée de l’extérieur par la diaspora Afar basée au Yémen, Addis-Abeba, Suède et Canada. Elle dispose une rébellion armée qui reçoit de l’Ethiopie le plus important soutien. Politiquement parlant, l’organisation, née d’un mécontentement en 2008, connaît une maturité galopante et quelques politiciens Afars de Djibouti commencent à s’y intéresser.  Deux tendances politiques, encore sans impact sur la structure dirigeante, se sont formées depuis peu à l’intérieur de l’organisation. Il s’agit de la tendance pro rattachement à Djibouti et celle pro de la déclaration d’un état Afar indépendante.

L’armée éthiopienne aidera la rébellion afar, RSADO, à conquérir le Sud de l’Érythrée à travers le territoire djiboutien et en contrepartie, pour Guelleh, assistera l’armée djiboutienne à « vaincre » la rébellion afar, le FRUD.

Avec ce projet Addis-Abeba veut faire une pierre deux coups, amputer l’Erythrée et reconquérir le port d’Assab.

Mais, pour les soldats issas de l’armée djiboutienne tout ça n’a rien de rationnel, combattre une rébellion afar et soutenir une autre ne semble pas catholique pour eux.

– Et pour Guelleh ?

Craignant ne plus pouvoir compter sur une armée nationale qui on a marre d’occire gratuitement des civils innocents, Guelleh croit avoir la bonne solution en sous-traitant les massacres des civils du Nord du pays à l’armée éthiopienne.

Après le Nord, Guelleh va-t-il sous-traiter aussi la répression de la révolte qui couve au Sud du pays ?

– Les conséquences d’une telle invasion.
Cette arrivée de l’armée éthiopienne ne pas du goût du peuple djiboutien mais aussi des proches voisins comme la Somalie et l’Erythrée et aussi certains pays de la ligue arabe.

La population djiboutienne pourra se retrouver au centre d’une guerre dont elle n’a rien à y avoir.

Hassan Cher

18/06/2016 (Brève 805) BRUXELLES : INVITATION à la conférence sur les Droits Humains, avec M Ali Omar EWADO, Prèsident de la LDDH. Article modifié e 18 à 16h15.

Logo LDDH DjiboutiLDDH
Ligue Djiboutienne des Droits Humains

Conférence sur les droits Humains à Djibouti à Bruxelles
par le Président Omar Ali Ewado de la ligue Djiboutienne des droits humains –LDDH-
 Le18 juin  de 13h30 à 18h30 Rue de l’Union, 14 à Saint-Josse 1210   (Métro Botanique)

La diaspora Djiboutienne de Belgique  vous invite  à la conférence débat  de la Ligue  Djiboutienne des Droits Humains  LDDH, sur les derniers développements des droits humains à Djibouti

La conférence sera animée notamment par Monsieur Omar Ali Ewado Président de  la ligue Djiboutienne de droits  humains, pionnier dans la défense des droits de l’homme à Djibouti .Vont également intervenir lors de ce débat, les autres dirigeants de la LDDH vice président Abdi Osman Nour ainsi que Hassan Amine Ahmed, membre de bureau exécutif.

Ces défenseurs des droits de l’Homme, qui ont tous connu  dans leur chair la répression du régime de Djibouti, pour avoir dénoncer les violations des droits humains, vont donner à voir :

  • les arrestations arbitraires et régulières des opposants, des civils, des défenseurs des droits humains, des familles des opposants, et des civils du Nord et du Sud ouest (régions sous blocus  et sous administration militaire)
  • les violences et viols des femmes  et déplacements des habitants par l’armée ;
  • ce qui s’est réellement passé le 21 décembre 2015 lors de massacre de Buldhuqo,
  • les  tortures systématiques des personnes arrêtées et notamment des 2 personnes qui sont mortes sous les tortures en février 2016 à Tadjourah ;
  •  les conditions des prisonniers politiques  et notamment du plus ancien : Mohamed Ahmed dit Jabha (détenu depuis mai 2010)

18/06/2016 (Brève 806) Selon un article de LOI, dont les informations sont confirmées par nos sources djiboutiennes, l’armée éthiopiennes aurait établi une tête de pont en territoire djiboutien.Une double source d’inquiétude : interne et externe.

L’Armée éthiopienne lance une tête de pont en terre djiboutienne

Nous savions que le territoire djiboutien était devenu le plus grand salon mondial des armées étrangères : France, Japon, USA, Chine, Allemagne, Italie, Espagne, Arabie saoudite, Qatar, et probablement encore d’autres.

Maintenant et c’est beaucoup plus inquiétant, ce sont les Ethiopiens qui ont établi une première tête de pont
au nord ouest de Tadjourah, pas très loin de la frontière érythréenne, ce qui est fort inquiétant sur la reprise toujours possible du conflit entre les deux nations avec des conséquences possibles en terre djiboutienne.

Mais le plus inquiétant à court terme est le fait que les militaires éthiopiens soient arrivés avec armes et bagages à la demande du Chef d’Etat major djiboutien, (récemment en profond désacord avec Guelleh) et avec capacité
d’intervenir dans les affaires intérieures de la République de Djibouti.

15/06/2016 (Brève 804) LETTRE DES RELATIONS INTERNATIONALES – juin 2016 / Où va Djibouti (article sous la signature de Mohamed Kadamy)

AFRIQUE
OÙ VA DJIBOUTI ?

Va-t-on vers un scénario similaire à celui de la Somalie, du Burundi ou du Sud Soudan ? Sur ce petit territoire, trois acteurs se font face : les bases militaires étrangères, le régime et la population djiboutienne. Qu’en est-il de l’opposition ?

Géopolitique de Djibouti

Malgré les fragilités de l’entité djiboutienne  qui se rapproche de plus en plus des « Etats effondrés»,les acteurs internationaux s’adaptent face à ces facteurs d’instabilités.Djibouti est considérée comme une plaque tournante logistique pour les puissances navales et militaires du monde et la passerelle commerciale de l’Ethiopie. Les militaires étrangers à Djibouti sont censés jouer un rôle central dans les efforts internationaux pour luttercontre le piratage, protéger la navigation et lutter contre la violence islamiste dans la région.

L’Europe, comme la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, le Japon ou la Russie ont envoyé des navires dans la zone pour protéger leurs navires marchands. Tout cela dépasse bien sûr la lutte contre les pirateries et participe aussi à une lutte stratégique entre différentes puissances pour le contrôle des voies maritimes, notamment celles qui vont du détroit de Bab el Mandeb à celui de Malacca. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’installation d’une base militaire chinoise à Djibouti, qui répond à un double impératif de sécurisation des voies maritimes d’approvisionnement, et de rapprochement de zones productrices en hydrocarbures. D’ores et déjà on observe du mécontentement de la part des pays occidentaux et l’inquiétude de l’Inde.

Le conflit au Yémen et l’islamisme conquérant et vivace en Somalie, donnent encore un peu plus d’importance à la place de Djibouti, qui condense toutes les tensions et toutes les dynamiques à l’œuvre sur l’ensemble de la Corne d’Afrique.

Un contexte social, économique et politique mouvementé

Les retombées des bases militaires française, américaine, japonaise et chinoise n’engraissent que le dictateur Ismaïl Omar Guelleh, sa famille et quelques rares fidèles, alors que 85 % de la population connaissent une extrême pauvreté. La situation sociale est explosive. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les gens ne mangent pas à leur faim et les habitants des zones rurales sont durement affectés par la sécheresse et par es restrictions alimentaires imposées par le pouvoir. Il s’agit de les punir de leur proximité avec le Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD).

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM) s’est même vu interdire la distribution de vivres à certains endroits : là où manifestants et résistants se recrutent principalement dans les quartiers pauvres (Balbala, Arhiba) et dans les régions victimes de la violence d’Etat.Les habitants de la région littorale de l’Obock sont en colère contre le pillage des poissons par les bateaux chinois et les gros commerçants somaliens sponsorisés par le président djiboutien. Ils dénoncent également le refus de construction des dispensaires à Lahassa (financement japonais) et à Waddi (financé par les américains). C’est ce genre de situation qui a conduit à l’émergence des pirates  sur les côtes somaliennes.

L’élection du 8 avril 2016 :une tartufferie

Le jeu était truqué d’avance, le score consigné et le nom du vainqueur connu trois mois avant le scrutin ! Tout a été programmé dès janvier 2016. Des hauts fonctionnaires, sous la direction du chef de la sécurité, ont appliqué les décisions prises en août à Addis Abeba lors de la réunion de cadres issus du clan Mamasans sous le patronage du chef de l’Etat. L’élection qui s’est déroulé le 8 avril s’apparente à une mascarade. Un score de 87 % pour le dictateur Guelleh et le reste a été partagé par cinq autres candidats.

Rien n’a été laissé au hasard, les militaires ont bourré les urnes, aidés par des milliers de réfugiés, les forces de l’ordre ont écarté des bureaux de vote les délégués de l’opposition. Une fois de plus, les observateurs de l’Union africaine (UA) et de la ligue arabe ont validé les résultats.

Les civils pris pour cibles

Le régime en butte aux activités du FRUD et à l’hostilité de l’Union pour le salut national (USN), coalition de l’opposition, décide de punir les populations civiles qu’il soupçonne de sympathiser avec l’opposition : arrestations des familles de membres du FRUD (une soixantaine au dernier trimestre 2015), massacre le 21 décembre dans le quartier de Buldhuqo (27 personnes tuées et 150 blessés selon la FIDH).

Ce même jour, la direction de l’USN a été attaquée par des policiers, plusieurs dirigeants ont été blessés dont le président, et son secrétaire général Abdourahman Mohamed Guelleh emprisonné. Mohamed Ahmed dit Jabha, quant àlui reste arbitrairement détenu depuis six ans après avoir été férocement torturé.Femmes solidaires et le Comité des femmes djiboutiennes ont lancé un appel pour la protection des femmes de l’ethnie Afar, victimes de viols principalement par les forces armées. Il faut saluer à cet égard les dix femmes djiboutiennes courageuses qui ont fait une grève de la faim en France du 25 mars au 12 avril pour dénoncer ces viols et l’impunité des violeurs.

L’incroyable désinvolture avec laquelle le chef de l’Etat aborde les crises que traverse son pays et le mépris qu’il affiche avec un score grotesque de 87 % donne une responsabilité particulière à l’opposition. Elle doit faire preuve de davantage de responsabilité et prendre toute sa place pour le destin du pays. L’USN a su se rassembler pour les élections législatives en 2013, suscitant un espoir. Elle s’est mal-
heureusement divisée à l’occasion de l’élection présidentielle. Les clivages portent plutôt sur le choc des ambitions personnelles que sur le programme.

Toute la question est de savoir si l’opposition sera capable d’un sursaut et d’exorciser les démons de la division. Le FRUD a lancé un appel à un large rassemblement des forces démocratiques pour des états généraux de l’opposition, appel relayé par d’éminentes personnalités.« Le succès n’est pas définitif, l’échec n’est pas fatal… C’est le courage de continuer qui compte » disait Churchill.

Mohamed Khadamy
Président du FRUD – Front
pour la restauration
de l’unité et la démocratie

05/06/2016 (Brève 803) Survie / Un article à lire. Publications d’un dossier : Dossier d’analyse « Elections en Françafrique »

Lien avec l’article original :
http://survie.org/publications/article/dossier-d-analyse-elections-en-5100

Documents joints
ELECTIONS EN FRANCAFRIQUE – CONGO, DJIBOUTI, TCHAD, GABON. LA COOPERATION MILITAIRE FRANCAISE AU SERVICE DES DICTATURES (PDF – 7.3 Mo)

Rapport de SurvieA l’approche des élections, ces dictatures s’illustrent par un regain des violences à l’égard d’opposants politiques et de manifestants pacifiques. Dans ce contexte, ce rapport met en regard les pratiques de ces régimes clés de la Françafrique, avec une composante essentielle et souvent méconnue et minimisée du soutien de la France, à savoir la coopération militaire et policière.

Pour chaque pays, il présente les caractéristiques de ces régimes dictatoriaux soutenus de longue date par la France et examine en détail le contexte préélectoral puis analyse d’une part les dispositifs de l’armée française, présents de façon permanente à Djibouti, au Gabon et au Tchad et d’autre part la coopération militaire et sécuritaire déployée avec chacun de ces quatre régimes. Le rapport révèle par exemple que jusqu’à aujourd’hui, des coopérants militaires français opèrent sous uniforme tchadien ou congolais en qualité de conseillers des responsables des armées, directions et services des ministres de la Défense de ces pays ; ou encore que l’armée française délivre des formations depuis des décennies à des forces armées dont les méthodes habituelles confinent aux actes criminels.

Ce rapport montre que la France est impliquée au moins indirectement dans les exactions actuelles de ces régimes, du fait du maintien de sa coopération militaire et sécuritaire. Et pointe aussi le fait que la politique de la France envers ces dictatures est liée à leur rôle central dans le dispositif militaire français en Afrique ; ainsi au nom de la lutte contre le terrorisme ou de la nécessaire « stabilité », la France fait fi des espoirs démocratiques et des droits humains des populations réprimées.

Le rapport conclut sur le nécessaire départ de l’armée française du sol africain, et dans l’immédiat, sur la demande de suspension immédiate de la coopération militaire et sécuritaire avec ces régimes dictatoriaux, à la veille d’élections qui confinent à la mascarade.