29/11/2016 (Brève 874)Le 19 octobre 1995, le corps sans vie du magistrat français est retrouvé à Djibouti,sur la côte est du continent africain. Dans la nuit, le juge a été assassiné. (France-Inter / Affaires sensibles (Par Fabrice Drouelle)

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https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles

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Le 19 octobre 1995, le corps sans vie du magistrat français est retrouvé à Djibouti,sur la côte est du continent africain. Dans la nuit, le juge a été assassiné.


Cette affirmation, on peut aujourd’hui la formuler car elle a été reconnue à la fois par la science et par la justice.

Il a pourtant fallu des années pour que cette vérité soit dévoilée. Car très vite, trop vite, la thèse du suicide s’est imposée pour expliquer cette tragique découverte.

Cette affirmation, on peut aujourd’hui la formuler car elle a été reconnue à la fois par la science et par la justice.

Il a pourtant fallu des années pour que cette vérité soit dévoilée. Car très vite, trop vite, la thèse du suicide s’est imposée pour expliquer cette tragique découverte.

Bernard Borrel est le troisième magistrat assassiné sous la Ve République, après les juges Renaud et Michel. Pour inscrire le nom de cet homme à cette liste dramatique, une femme, Elisabeth Borrel, veuve de Bernard, se bat depuis vingt ans pour savoir, et faire savoir, ce qui s’est passé en cette nuit du 18 au 19 octobre 1995. Comprendre pourquoi, comment et par qui, son mari a été assassiné.

Dans cette affaire, Elisabeth Borrel, ses avocats et certains journalistes se sont confrontés à deux Etats, la France et Djibouti, dont les relations issues d’un passé colonial, ont gêné l’enquête. Ils se sont ainsi confrontés au secret d’Etat, cette disposition qui permet de jeter le voile sur une affaire dont le mystère, après plus de vingt ans, n’est toujours pas résolu.

En seconde partie d’émission, Fabrice Drouelle reçoit Elisabeth Borrel, l’épouse du juge et David Servenay, journaliste indépendant et fondateur de La Revue dessinée… Il a travaillé sur l’affaire Borrel.

26/11/2016 (Brève 873) L’affaire du juge Borrel, la liberté d’expression et la critique de l’instruction (Par Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde, article partiellement réservé aux abonnés)

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http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/11/24/l-affaire-du-juge-borrel-la-liberte-d-expression-et-la-critique-de-l-instruction_5037399_1653578.html


Après une condamnation de la France par la CEDH, la mise en cause de l’instruction par l’avocat de la veuve Borrel revient devant la Cour de cassation.


La justice française n’en a toujours pas fini avec l’affaire du juge Bernard Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 à Djibouti. Plus de vingt ans après que le corps de ce magistrat détaché fut retrouvé carbonisé au pied d’une falaise, l’instruction n’est toujours pas bouclée.

La thèse du suicide suivie les premières années s’est écroulée. Depuis 2002, c’est bien un acte criminel qui fait l’objet de l’information judiciaire. Mais les rebondissements n’ont pas cessé. Le 8 novembre, la veuve du juge Borrel et ses deux enfants ont déposé plainte pour « faux en écriture publique aggravé » après la destruction de plus de 70 scellés, notamment un briquet, un short et une sandale appartenant à Bernard Borrel et trouvés sur les lieux du crime.

La justice a détruit ces pièces en 2014 à la suite d’une mention erronée, sinon mensongère, dans le dossier faisant état d’une ordonnance de non-lieu. Un certain nombre d’éléments « concourt à démontrer l’éventualité, voire la probabilité d’une action volontaire destinée à empêcher la manifestation de la vérité », estime la famille Borrel dans sa plainte.

Vendredi 25 novembre, l’assemblée plénière de la Cour de cassation va devoir se pencher sur un tout autre volet de l’affaire. Un volet qui a valu à la France une condamnation (…).

26/11/2016 (Brève 872) Affaire Borrel : un combat pour la liberté d’expression des avocats (Par Marc Leplongeon dans Le Point)

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http://www.lepoint.fr/justice/affaire-borrel-une-honte-pour-la-justice-francaise-17-03-2016-2026153_2386.php

La Cour de cassation se prononcera en décembre sur la condamnation en diffamation de Me Morice, avocat de la famille du magistrat assassiné à Djibouti en 1995.

Rarement affaire aura autant cristallisé les dysfonctionnements de l’institution judiciaire. Plus de vingt ans après la mort du juge Bernard Borrel, en octobre 1995, les conditions de son décès n’ont toujours pas été éclaircies. Le magistrat, qui était en mission auprès du ministère de la Justice de Djibouti et qui avait eu à connaître plusieurs affaires sensibles mettant en cause des personnes proches du pouvoir, a-t-il été assassiné ou l’a-t-on poussé au suicide ? Lui, dont le corps avait été retrouvé au bas d’une falaise, en partie dénudé et carbonisé, un jerrican d’essence non loin de la dépouille.

Après des années d’instruction, des dépaysements et dessaisissements de juges, une condamnation fracassante de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le dossier Borrel a été à nouveau examiné ce vendredi après-midi devant la Cour de cassation, qui devait réexaminer la condamnation pour diffamation de l’avocat historique de la famille, Olivier Morice.

– « Connivence »

Tout remonte au 7 septembre 2000. Ce jour-là, Me Olivier Morice, avocat de la veuve Borrel, décide d’attaquer frontalement dans le journal Le Monde les juges d’instruction Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini. L’avocat remet publiquement en cause leur impartialité, les accuse de « connivence » avec le procureur de la République de Djibouti, et affirme qu’ils ont dissimulé une pièce fondamentale de la procédure. Des propos qui lui valent immédiatement un procès pour diffamation, qu’il perd, avant de laver son honneur en avril 2015 devant la CEDH. L’arrêt est resté célèbre et est aujourd’hui enseigné dans les écoles de droit : il dispose que l’avocat n’a pas outrepassé les limites de la liberté d’expression, et que ses propos étaient de nature à « révéler un dysfonctionnement grave du service de la justice ».

Vendredi, devant la Cour de cassation, l’avocat général a expliqué que l’avocat n’était pas un journaliste, et qu’il n’était donc « pas tenu à un devoir d’objectivité ». Des propos salués par Me Morice qui a dit attendre « un grand arrêt de principe sur la liberté d’expression des avocats, hors du prétoire ». La décision est attendue le 16 décembre prochain.


Multiples ingérences politiques et diplomatiques
« Pendant des années, on a expliqué que Bernard Borrel, ancien major de l’École nationale de la magistrature (ENM), s’était suicidé à Djibouti parce qu’il était pédophile. (…) Vous imaginez un instant ce que sa femme et ses enfants ont entendu ? » interrogeait Me Morice en mars dernier. Ajoutant que l’affaire Borrel était une « honte pour la justice française ».

Au lendemain de la mort du juge, en 1995, l’ambassade de France et la DGSE s’étaient empressées de conclure au suicide. Une version des faits reprise par les juges Moracchini et Le Loire, avant que le dossier change de main en 2000. Et que le nouveau juge d’instruction, Jean-Baptiste Parlos, ainsi que ses successeurs privilégient la thèse de l’assassinat. Depuis, le dossier est une succession d’errements judiciaires. Les demandes d’audition et les mandats d’arrêt internationaux sont ignorés des autorités concernées, les juges se heurtant à l’immunité diplomatique des suspects, protégés par la France. Ultime ingérence : le 29 janvier 2005, le ministère des Affaires étrangères français promet par communiqué aux autorités djiboutiennes qu’une copie du dossier d’instruction leur sera bientôt transmise. Du jamais-vu !

Face à toutes ces pressions, les juges d’instruction, dont Sophie Clément, tiennent bon et parviennent même à perquisitionner la chancellerie et le Quai d’Orsay. En novembre 2015, coup de massue : la ministre de la Justice Christiane Taubira annonce la destruction de scellés réalisés « dans le cadre de l’information judiciaire conduite sur la mort du magistrat Bernard Borrel ». L’Inspection générale des services judiciaires est saisie. On apprend que les indispensables preuves ont été détruites sur la foi d’une mention manuscrite ajoutée à la hâte sur un document… La famille du juge Borrel décide de porter plainte. En mars dernier, Me Morice avait appelé à ce que « la justice française ait enfin le courage de se remettre en question ». « Nous espérons que même avec la destruction des scellés, ceux qui ont commandité le meurtre de Bernard Borrel seront un jour jugés », avait-il conclu.

25/11/2016 (Brève 871) Djibouti / Chine : Une annexe et des techniciens du parti communiste chinois bientôt à Djibouti. (Par Hassan Cher dans HCH24)

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http://www.hch24.com/actualites/11/2016/djibouti-chinois-une-annexe-et-des-techniciens-du-parti-communiste-chinois-bientot-a-djibouti/

« Le Parti communiste chinois (chinois simplifié : 中国共产党 ; chinois traditionnel : 中國共産黨 ; pinyin : Zhōngguó Gòngchǎndǎng) est le parti dirigeant la République populaire de Chine (RPC) depuis 1949, ainsi que de facto le parti unique2.

Énorme structure sociale, le PCC dirige la politique en République populaire de Chine à tous les niveaux depuis son accession au pouvoir en 1949. Wikipedia»

Etrange coup de foudre de Guelleh pour le parti communiste chinois et en général la méthode communisme chinois.

Des sources proches du régime de Djiboutien viennent de nous apprendre que Guelleh a accepté l’ouverture d’une annexe du parti communiste chinois à Djibouti au nouvel an. Des techniciens et administrateurs du parti communiste chinois seront installés dans différentes institutions du régime djiboutien et à la direction du parti état djiboutien de Guelleh, Rassemblement Populaire pour le Progrès – RPP. http://www.rpp.dj/

Nous avions été témoin que Guelleh a utilisé  tous les moyens possible pour évincer de la scène politique ses adversaires politiques et en particulier les partis de l’opposition.

La police politique a mis en place un programme de création des nouveaux acteurs maisons dit « société civile de la 3ème voie ». Cette nouvelle création jouera le rôle des partis politiques de l’opposition avec la tolérance d’une certaine marge de critique à l’égard du régime de Guelleh.

Les autres acteurs des politiques admis et acceptés par Guelleh seront les partis satellites au RPP.

« Le développement et l’indépendance de Djiboutien passera par la méthode du communisme chinois » nous dit Guelleh.

Hassan Cher

25/11/2016 (Brève 870) Petition pour soutenir la plainte de Femmes Solidaires et du COFEDVI devant l’ONU pour réclamer une enquête internationale sur le viol organisé et impuni des femmes par les militaires de Djibouti

Pour signer la pétition (Merci de le faire et de relayer l’information autour de vous)
https://www.change.org/p/secr%C3%A9taire-g%C3%A9n%C3%A9ral-des-nations-unies-pour-une-enqu%C3%AAte-internationale-sur-les-violences-faites-aux-femmes-%C3%A0-djibouti

PETITION : POUR UNE ENQUETE INTERNATIONALE À DJIBOUTI

Adressée au secrétariat général des Nations unies

Les femmes djiboutiennes luttent depuis plus de 25 ans, contre les viols commis par l’armée djiboutienne dans le Nord et le Sud-Ouest du pays. Ces viols sont utilisés comme arme de guerre, portent atteinte à l’intégrité des femmes et à leur dignité humaine et traumatisent profondément les populations, particulièrement dans les zones pauvres et rurales. En mars 2016, toujours dans l’impunité la plus totale, des militaires djiboutiens ont violé des femmes.

Le 12 mai 2016, après deux grèves de la faim, le Comité des Femmes Djiboutiennes contre le Viol et l’Impunité (COFEDVI) avec Femmes solidaires et soutenu par de nombreuses autres associations au niveau européen, obtiennent une résolution du parlement européen 2016/2694(RSP) qui dénonce avec fermeté ces viols et invite les Nations Unies à enquêter sur les violences faites aux femmes à Djibouti. Contre l’impunité dont profitent les agresseurs, soutenons les femmes djiboutiennes en lutte pour la justice, le respect de leur intégrité et leur dignité.

Signez cette pétition pour demander aux Nations Unies la mise en place rapide de cette enquête

Premiers-premières signataires: Jean-Yves LE BOUILLONNEC, député du Val-de-Marne, vice-président de la commission des lois et maire de Cachan; Laurence COHEN, sénatrice du Val-de-Marne; Marie-George BUFFET, députée de Seine-Saint-Denis, ancienne ministre; FEMEN; Monseigneur Jacques GAILLOT, évêque; Dominique RAIMBOURG, député de la Loire-Atlantique, président de la commission des lois; Daniel BREUILLER, maire d’Arcueil, vice-président de la métropole du Grand Paris; Sabine SALMON, présidente nationale de Femmes solidaires; Carine DELAHAIE, rédactrice en cheffe de Clara-magazine; Jean-Michel Arberet, maire adjoint d’Arcueil. Bruxelles, Vivre Ensemble; Jacqueline BELHOMME, maire de Malakoff et vice-présidente de Vallée Sud Grand Paris; Hélène BIDARD, maire-adjointe de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes; Geneviève COURAUD, présidente de l’Assemblée des Femmes; Michèle COSNARD, maire adjointe de Gentilly; Annie GUILBERTEAU, directrice générale de la fédération nationale des CIDFF-CNIDFF; La Voie des Femmes (Belgique); Nadine HERRATI, maire adjointe de Gentilly; Christian METAIRIE, premier adjoint d’Arcueil, vice-président du conseil départemental du Val de Marne; Progress Lawyers Network (Belgique); Danielle SIMONNET, conseillère de Paris, élue du 20e arrondissement; Patricia TORDJMAN, maire de Gentilly; Cécile UNTERMAIER, députée de Saône et Loire; Isabelle VILATA, maire adjointe de Gentilly; Marie-Christine VERGIAT, députée européenne

25/11/2016 (Brève 869) MEDIAPART – L’asassinat du juge Borrel, un scandale judiciaire sans fin (Par Michel Deléan)

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https://www.mediapart.fr/journal/international/060515/l-affaire-borrel-maltraitee-par-la-justice-francaise

La Cour de cassation rouvre ce vendredi 25 novembre le dossier Bernard Borrel, l’un des plus sombres de notre justice. Une plainte pour faux en écriture publique vient par ailleurs d’être déposée après la destruction inexplicable de scellés criminels.

Depuis vingt et un ans, l’assassinat du juge Bernard Borrel – commis en 1995 à Djibouti – n’en finit plus d’être maltraité par la justice française. Ce vendredi, la Cour de cassation se réunira en assemblée plénière pour examiner un pourvoi déposé par l’avocat Olivier Morice, qui défend la famille Borrel aux côtés de Laurent de Caunes. Me Morice présente en effet une particularité assez incongrue : alors qu’il se bat pour faire la lumière sur cette affaire depuis deux décennies, il est à ce jour la seule personne à avoir été condamnée dans le dossier Borrel.

Le grand tort d’Olivier Morice est d’avoir osé critiquer publiquement, en 2000, la manière dont les juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire avaient conduit l’instruction du dossier Bernard Borrel (de 1998 à 2000) avant d’être dessaisis. Les deux magistrats avaient conclu un peu rapidement à un suicide de leur collègue, tout en refusant plusieurs demandes d’actes pourtant légitimes déposées par sa famille. Résultat, Olivier Morice avait été condamné pour complicité de diffamation envers des personnes dépositaires de l’autorité publique à 4 000 euros d’amende, ainsi qu’à des dommages et intérêts.

Prononcée au tribunal correctionnel de Nanterre (en 2002), confirmée par la cour d’appel de Rouen (en 2008, après un dépaysement) puis validée par la chambre criminelle de la Cour de cassation (en 2009), cette décision a valu à la France une condamnation retentissante par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), siégeant en Grand chambre, le 23 avril 2015. D’où le retour de l’affaire devant l’assemblée plénière de la plus haute juridiction française, devant laquelle le premier avocat général François Cordier se prononcera ce vendredi en faveur d’une cassation pure et simple, sans renvoi de l’affaire devant une autre juridiction.

Selon l’avis rédigé par François Cordier (75 pages dont Mediapart a pris connaissance), la condamnation de Me Morice constitue une violation de l’article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme, qui garantit le droit à la liberté d’expression. Le magistrat retient notamment que les deux juges d’instruction avaient été dessaisis de l’affaire Borrel pour avoir refusé d’organiser une reconstitution en présence de la partie civile et de ses avocats, qu’une cassette vidéo tournée lors de leur déplacement à Djibouti n’avait pas été versée au dossier d’instruction, et que le procureur de Djibouti dénigrait Olivier Morice dans des écrits au ton très familier adressés à Marie-Paule Moracchini. Conclusion du magistrat : l’avocat de la famille Borrel était fondé à critiquer cette instruction, surtout dans une affaire d’intérêt général, et ayant un retentissement international.

Maltraitée par la justice française, l’affaire Borrel vient par ailleurs de donner lieu à un nouveau dépôt de plainte, pour « faux en écriture publique aggravé », le 8 novembre auprès du tribunal de grande instance de Paris. Plusieurs objets placés sous scellés après la mort du magistrat, le 19 octobre 1995 à 80 km de Djibouti, ont en effet été détruits récemment de façon inexplicable.

Le dernier juge d’instruction en date chargé d’élucider cet assassinat, Cyril Paquaux, souhaitait faire effectuer de nouvelles expertises scientifiques sur un briquet, un short et une sandale retrouvés sur les lieux du crime. Le 2 novembre 2015, le service du greffe du tribunal lui a répondu que ces scellés avaient été détruits le 4 décembre 2014, à cause de « la mention erronée d’une ordonnance de non-lieu ».

Cette affaire dans l’affaire a déclenché une enquête de l’Inspection générale des services judiciaires (IGSJ). Et en décembre 2015, celle-ci a conclu que « la thèse la plus plausible est celle d’une confusion entre le dossier Borrel et l’un des deux dossiers ayant donné lieu à une ordonnance de non-lieu du 16 septembre 2003 et consultés les 17 avril et 19 mai 2014 ».

C’est une adjointe administrative, en fonction au service des scellés depuis trente ans, qui aurait commis cette grosse boulette. Mais les avocats de la famille Borrel ne se satisfont pas de cette explication. Ils relèvent d’abord que cette affaire sort de l’ordinaire, et qu’elle est largement médiatisée.

Selon Olivier Morice et Laurent de Caunes, une simple consultation du logiciel de traitement des dossiers du tribunal aurait suffi à éviter la destruction des scellés. Ils notent en outre qu’un bordereau et un tampon ont été modifiés, que plusieurs personnes ont participé au processus administratif de destruction des scellés, mais que tout le monde n’a pas été interrogé. S’agissant d’une affaire d’État, ils s’interrogent sur des manœuvres et des manipulations qui auraient pu être opérées pour empêcher la manifestation de la vérité.


Raison d’État et pressions sur la justice
Alors chargé de mission auprès du ministre de la justice de Djibouti au titre de la coopération entre les deux États, le magistrat français Bernard Borrel avait été retrouvé assassiné à Djibouti le 19 octobre 1995, son corps en partie dénudé et calciné. Depuis lors, la justice française a joué de lenteur, quand elle n’a pas purement et simplement essayé d’étouffer le scandale afin de maintenir de bonnes relations avec Djibouti, des hommes du pouvoir local étant très sérieusement soupçonnés.

Un témoin clé, l’ancien militaire Mohamed Alhoumekani, a même été interpellé, détenu, puis retenu au Yémen, sans raison légale. Des ministres, des intermédiaires, et le président djiboutien Ismail Omar Guelleh lui-même – par téléphone – ont fait pression pour qu’il modifie, sous la contrainte, le témoignage qu’il avait livré aux juges français en février 2000. Ancien membre de la garde présidentielle djiboutienne, Alhoumekani avait surpris en 1995 le chef de cabinet d’alors, un certain Ismail Omar Guelleh, s’enquérir, dans le palais présidentiel vidé de ses occupants, de la disparition d’un juge qualifié de trop « fouineur » : Bernard Borrel, dont le corps avait été jeté dans la nuit au fond d’un ravin.

Ce même Ismail Omar Guelleh a été élu président de la République de Djibouti en 1999. Toujours en poste, il a effectué depuis lors plusieurs visites officielles en France. Une demande de la juge d’instruction Sophie Clément, qui voulait l’entendre comme témoin dans l’affaire Borrel, a été rejetée en 2007, pour cause d’immunité présidentielle.

L’historique judiciaire de l’affaire Borrel est consternant. D’abord instruite à Toulouse, l’affaire est dépaysée au bout de deux ans vers le tribunal de grande instance de Paris, fin 1997. La juge désignée, Marie-Paule Moracchini, secondée par son collègue Roger Le Loire, privilégie la thèse d’un suicide du juge Borrel, qui est celle de la raison d’État. Les deux juges parisiens refusent d’entendre un témoin important, et s’opposent également à ce qu’une reconstitution soit organisée à Djibouti en présence de la partie civile. Les deux magistrats instructeurs finissent par être désavoués, et sont dessaisis du dossier par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris en juin 2000.

Plus grave encore, le nouveau juge désigné, Jean-Baptiste Parlos, découvre alors qu’une pièce importante, l’enregistrement filmé d’un transport sur les lieux à Djibouti, n’a pas été versée au dossier d’instruction par ses collègues. Quand la juge Moracchini lui remet finalement la cassette vidéo, l’enveloppe comporte une carte manuscrite du procureur de Djibouti, Djama Souleiman, au ton plus qu’amical. « Salut Marie-Paule, je t’envoie comme convenu la cassette vidéo du transport au Goubet. J’espère que l’image sera satisfaisante. J’ai regardé l’émission “Sans aucun doute” sur TF1. J’ai pu à nouveau constater combien madame Borrel et ses avocats sont décidés à continuer leur entreprise de manipulation. Je t’appellerai bientôt. » Le courrier se conclut ainsi : « À très bientôt. Je t’embrasse. Djama ». De quoi douter – pour le moins – de l’impartialité de certains juges dans le traitement de l’affaire Borrel.

Le juge Parlos change de poste en 2002, et le dossier est repris par Sophie Clément, qui va le faire avancer non sans difficulté. La juge rassemble des indices sérieux et des témoignages suggérant que des officiels djiboutiens, jusqu’au sommet de l’État, ont pu être mêlés à l’assassinat de Bernard Borrel. Elle délivre deux mandats d’arrêt internationaux en 2006, qui visent des témoins clés, un Tunisien et un Djiboutien. Ces mandats d’arrêt ne sont pas suivis d’effet. Sophie Clément finit par changer de poste à son tour, en 2012. Le dossier est alors repris par un collège de trois juges d’instruction, sans avancée notable à ce jour.

Dans un deuxième volet du dossier Borrel, les pressions exercées par le procureur de Djibouti et le chef des services secrets sur un protagoniste important de l’affaire aboutissent tout de même à un procès pour subornation de témoin, à Versailles, qui donne lieu à des condamnations en mars 2008… puis à une relaxe générale en appel, en mai 2009. Fermez le ban.

Enfin, un troisième volet, qui concerne les pressions exercées par l’exécutif français sur la justice, a été rouvert en mars 2015. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise du cours d’une information judiciaire pour « publication de commentaire en vue d’influencer une décision de justice » qui avait été clôturée par un non-lieu en décembre 2013.

Cette dernière affaire concerne la diffusion d’un communiqué stupéfiant du Quai d’Orsay, le 29 janvier 2005, visant à calmer l’État de Djibouti qui venait d’expulser six ressortissants français à cause de l’affaire Borrel. Ce communiqué annonce tout de go que « rien », dans les documents déclassifiés des enquêtes judiciaires sur l’assassinat du magistrat, « ne permet de conclure à la mise en cause des autorités djiboutiennes ». Mieux : « À la demande de ces mêmes autorités, une copie du dossier relatif au décès du juge Borrel sera prochainement transmise à la justice djiboutienne en vue de permettre aux autorités compétentes de ce pays de décider s’il y a lieu d’ouvrir une information judiciaire à ce sujet », annonce alors carrément le Quai d’Orsay.

Pour les avocats de la famille Borrel, il s’agit-là d’une immixtion flagrante du politique dans le judiciaire, de la diffusion d’un mensonge d’État, et d’une pression directement exercée sur la juge alors en charge du dossier principal, Sophie Clément, pour lui forcer la main.

Celle-ci a finalement refusé de transmettre une copie de son dossier à la justice djiboutienne. Et une enquête sur la genèse de ce communiqué sans précédent démarre en août 2005. Elle aboutit au placement sous le statut de témoin assisté, en 2007, des diplomates Hervé Ladsous et Pierre Vimont (en qualité de porte-parole et directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères à l’époque des faits), ainsi, en juin 2010, que du haut magistrat Laurent Le Mesle (en qualité de directeur de cabinet du ministre de la justice à l’époque des faits).

Cette partie du dossier montre des interventions de l’Élysée tous azimuts pour retenir les juges tout en calmant Djibouti. Les juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia, qui l’instruisaient à l’époque, ont d’ailleurs tenté d’effectuer une perquisition à l’Élysée, mais avaient été repoussées sans ménagement par les gardes républicains, et n’avaient pu rédiger leur procès-verbal sur place que sur une poubelle…

L’enquête montre également que bizarrement, quand il a quitté la direction des affaires criminelles du ministère de la justice pour devenir procureur de Paris, en décembre 2004, Jean-Claude Marin ne disposait pas de tous les éléments de ce dossier pourtant “signal锠: il manquait notamment un document important (un soit-transmis du 13 septembre 2004) dans lequel la juge Sophie Clément expliquait les raisons de fond pour lesquelles elle refusait de transmettre une copie du dossier Borrel à Djibouti. Encore une bizarrerie.

Peu après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, et quelques heures seulement après que le nouveau président a reçu Élisabeth Borrel et son avocat, qui demandent un geste fort de l’État, c’est un communiqué… du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui rend officiel l’assassinat du juge, le 17 juin 2007. « Si la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée, les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel », expose ce communiqué. « Les expertises anthropologiques, médico-légales et de police scientifique concluent à l’existence de lésions osseuses sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables de nature distincte versés sur le corps. Elles précisent que Bernard Borrel était couché sur le sol lorsque les liquides ont été répandus sur sa personne de manière aléatoire », expliquait alors le procureur de Paris. Un assassinat qui ne sera peut-être jamais jugé.

25/11/2016 (Brève 868) Devenu « l’antichambre de la Chine », Djibouti prend un sérieux « risque », selon son ministre des Affaires étrangères(Chemin d’Afrique – Blog sur L’OBS)

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http://chemindafrique.blogs.nouvelobs.com/archive/2016/11/24/devenu-%C2%A0l-antichambre-de-la-chine%C2%A0-djibouti-prend-un-serieux-594445.html

Djibouti pensait assurer son développement et son indépendance en accueillant des contingents miliaires étrangers sur son territoire, contre d’importantes redevances. Cependant, la coopération stratégique sino-djiboutienne se renforçant, nombreux sont les partenaires historiques ou les prospects à se détourner du pays d’Ismaïl Omar Guelleh, remettant en question la pertinence d’y posséder une base armée. Explications.

Djibouti recherche investisseurs. C’est le message que veut aujourd’hui envoyer la petite République de la Corne de l’Afrique, qui malgré sa croissance élevée (environ 7,4 % en 2016), peine à transformer l’essai. Largement tributaire des rentes touchées en louant des parcelles de son territoire pour accueillir des garnisons étrangères (plus de 120 millions de dollars par an) et de la fonction publique, Djibouti n’arrive pas à construire un tissu économique viable : 79,4% des Djiboutiens vivent sous le seuil de pauvreté relative, et le chômage touche près de 50% de la population. Djibouti occupe le 164ème rang sur le plan du développement humain (IDH). En outre, l’endettement de Djibouti s’empire : il se situait à 65.8 % du PIB en 2015 et devrait atteindre 75.8 % en 2016, puis 79 % en 2017.

S’il doit largement son attrait stratégique à sa position géographique, Djibouti n’est pas aidé par les troubles que traverse la région – en particulier l’Ethiopie, son principal partenaire commercial, vers lequel sont dirigées 78,4 % de ses exportations. Aussi, l’instabilité de son voisin a toute l’attention de Djibouti, « qui s’appuie clairement sur la dynamique de développement mise en place ces dix dernières années en Éthiopie ». D’après le ministre des Affaires étrangères djiboutien Mahmoud Ali Youssouf, « toutes les infrastructures que nous construisons ont pour but de servir le marché éthiopien et le perdre serait une catastrophe pour notre économie. » Une vulnérabilité qui n’est pas vue du meilleur œil par nombre d’investisseurs.

Afin de sortir de cette impasse, le pays cherche donc à attirer plus de capitaux étrangers. Seulement, ses choix politiques et stratégiques des dernières années sont loin d’avoir fait l’unanimité. Historiquement très proche de l’ancienne métropole française, le pays l’est aussi devenu des Etats-Unis et du Japon, qui y ont respectivement installé des bases en 2002 et 2010. Cependant, en acceptant l’implantation d’une importante base militaire chinoise (plus de 3000 soldats) sur son territoire, le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh (IOG), a déséquilibré ces rapports. Le choix de commencer cette construction, en février dernier, à quelques kilomètres de la plus grande base américaine d’Afrique, y est certainement pour beaucoup.

La Chine avait grand intérêt à ce rapprochement. En effet, du fait de la piraterie dans le détroit du Bab el-Mandeb, depuis 2008, Pékin a déjà envoyé 60 navires dans le Golfe d’Aden afin d’escorter ses navires commerciaux. N’ayant pas de base logistique à proximité, l’armée chinoise rencontrait des difficultés pour les réapprovisionner. Avoir un pied-à-terre sur le continent, à proximité de l’un des principaux lieux de passages du commerce maritime mondial, représente une aubaine pour Pékin. Et ce d’autant que le déploiement de bases à l’étranger constitue une priorité de la nouvelle politique étrangère chinoise, instituée par la président Xi Jinping. Une collaboration qu’il compte solidifier par des engagements économiques de nature à faire de Djibouti l’« antichambre de la Chine ». 

Pour Djibouti, les avantages sont plus discutables. Certes, il y a les retombées économiques de ce nouveau bail de dix ans : Pékin paie annuellement 20 millions de dollars. A cela il faut ajouter les retombées indirectes de cet accord. On sait notamment que la base militaire sera doublée d’une zone franche de 48 km² et d’une plate-forme géante de transbordement de conteneurs. Elle garantit donc une quantité significative d’investissements réalisés par les entreprises chinoises, mais aussi djiboutiennes, grâce à des prêteurs chinois pas toujours très regardants en matière de conduite morale du régime djiboutien et de viabilité des projets. En contrepartie, leurs conditions sont souvent beaucoup moins arrangeantes que celles de la Banque Mondiale ou la Banque Africaine pour le Développement, qui mettait en garde contre « des projets d’infrastructures et leur entretien [qui] vont alourdir les charges fixes dans le budget de l’État ». 

Sans autre richesse à monnayer que sa situation, pour Djibouti, le risque de surendettement est bien réel. La cité-Etat pourrait finir par se brader à ses créanciers, prise à la gorge par ses dettes. De cette façon, China Merchants Holdings International est déjà entrée dans le capital du port de Djibouti en acquérant 23,5 % de ses parts. Plus globalement, le rapprochement sino-djiboutien, fusionnel, ébranle l’équilibre fragile établi entre le pays de Guelleh et ses autres partenaires, de plus en plus nombreux à envisager un désengagement du pays. 

La Chine promet bien sûr de compenser ces pertes. Elle se fait rassurante, et explique qu’il s’agit du début d’un partenariat durable, car Djibouti est une étape obligée de la Chine dans sa fameuse « nouvelle route de la soie ». Face à la défiance de ses anciens alliés, Djibouti choisit opte pour une certaine forme de provoque, assurant que, de toute façon, seules les banques chinoises lui prêtent assez de fonds pour ses projets. « Nous n’avons pas tendu la main au diable mais saisi une opportunité. Nous n’avions pas d’autres alternatives. Qui peut aujourd’hui dépenser des centaines de millions de dollars pour construire un train, des ports, si ce n’est la Chine ? Qui ne risque rien n’a rien », a récemment confié Mahmoud Ali Youssouf à Jeune Afrique. Reconnaissant, en creux, qu’un risque réel existait.

24/11/2016 (Brève 867) VOA (La Voix de l’Amérique / Deux associations demandent à l’ONU d’enquêter sur des accusations de viols à Djibouti (avec AFP)

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http://www.voaafrique.com/a/deux-associations-demandent-onu-enqueter-sur-accusations-de-viols-a-djibouti/3609913.html

L’ONG française Femmes Solidaires et le comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité (Cofedvi) ont réclamé jeudi l’ouverture d’une enquête de l’ONU après des accusations de viols commis par l’armée djiboutienne.

Pour l’obtenir, les deux associations ont lancé jeudi une pétition internationale qui sera adressée au futur secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Elles ont également adressé cet été des photocopies de plaintes et de certificats médicaux à la commission de l’ONU sur le statut des femmes. Celle-ci a demandé une réponse au gouvernement djiboutien qui n’a toujours pas réagi, selon Femmes Solidaires.

Au printemps, vingt Djiboutiennes avaient mené en France et en Belgique une grève de la faim pour interpeller la communauté internationale.

Cette mobilisation avait débouché sur l’adoption en mai d’une résolution au Parlement européen invitant « les Nations unies à enquêter sur la situation des droits de l’Homme à Djibouti, en particulier la situation des femmes dans ce pays ».

« Nous demandons que cette résolution ne reste pas lettre morte », a déclaré Sabine Salmon, présidente de Femmes Solidaires, lors d’une conférence de presse à Arcueil, en région parisienne. Selon le comité des femmes djiboutiennes, 246 cas de viols par des militaires ont été recensés depuis 1993. « Les derniers datent de mars », a précisé Mme Salmon.

Ces femmes Afar – une ethnie qui vit dans une zone à cheval sur l’Ethiopie, Djibouti et l’Erythrée – accusent les soldats djiboutiens combattant depuis 1991 la rébellion Afar du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (FRUD armé) de se venger sur les populations civiles, notamment par des viols.

« Avec une enquête, le gouvernement djiboutien ne pourra plus dire que ces femmes mentent, qu’elles sont manipulées à des fins politiques », a expliqué Sabine Salmon.

Aïcha Dabalé, porte-parole en Europe du Cofedvi, a dénoncé « le silence complice des États militairement présents » à Djibouti – France, États-Unis, Allemagne, Chine et Japon – qui « ferment les yeux et laissent détruire les femmes » au nom, selon elle, « d’intérêts géostratégiques ».

En avril, un porte-parole du gouvernement de Djibouti avait déclaré à l’AFP que « ces allégations n’avaient aucune crédibilité. Depuis 1991, aucune preuve n’a été fournie aux autorités djiboutiennes pour étayer ces affirmations ».