16/11/2016 (Brève 863) Les incessantes et couteuses croisades judiciaires de Djibouti (Secret-Defense)

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Avec près de huit habitants sur dix vivant sous le seuil de pauvreté relative, et 42% sous le seuil de pauvreté absolue, le petit Etat de Djibouti, dirigé depuis 1999 par Ismaïl Omar Guelleh (IOG), ne semble pourtant pas particulièrement inquiet du sort de sa population. La misère dans laquelle se débat son peuple n’est en effet pas la préoccupation première d’IOG, qui préfère se lancer dans de dispendieuses batailles juridiques internationales contre ses opposants et même… Facebook.


Aberrantes croisades judiciaires
Le régime djiboutien s’est engagé, depuis plus de quatre ans, dans une croisade judiciaire à l’encontre de l’homme d’affaires et compatriote Abdourahman Boreh. Instruite par la Haute cour de justice britannique, l’affaire concerne l’implication financière de Boreh dans la modernisation des installations portuaires de Djibouti. Une fois le projet mené à son terme, le régime a tenté d’évincer le businessman et le poursuit depuis devant la justice du Royaume-Uni. Mais pas à son avantage. Jugement après jugement, le gouvernement de Djibouti est sommé de régler les frais de justice d’Abdourahman Boreh. La Haute cour de Londres a ainsi condamné Djibouti à payer 3 millions de livres sterling à Boreh, en avril 2016, qui s’ajoutaient aux 9,3 millions de livres déjà demandés après la victoire de ce dernier lors d’un procès intenté par le régime pour trahison, pots de vin et corruption.

En tout et pour tout, le régime aurait déboursé la bagatelle de 90 millions de dollars afin de poursuivre – en vain – son ancien partenaire. « Une pure perte de temps », pour ce dernier, qui affirme n’avoir pas mis les pieds dans son pays depuis huit ans. Et de l’argent jeté par les fenêtres, selon un opposant au régime cité par NewsGhana : « Pour un pays dans lequel la pauvreté est si forte, cela représente beaucoup d’argent dépensé dans le seul but d’assouvir une vendetta personnelle de la part du président Guelleh ». Mais la frénésie judiciaire du régime ne semble pas connaître de limites. Dernière lubie présidentielle en date, l’assignation de Facebook en justice, pour avoir relayé des messages prétendument « offensants » à l’égard d’IOG.

Cette fois, c’est au tour de la Haute cour irlandaise, pays où est implanté le siège social pour les activités européennes, moyen-orientales et africaines du groupe, d’être le théâtre choisi par le régime de Djibouti pour porter le fer.

– L’enjeu ?
Restreindre, voire annuler, la publication de contenus publiés sur le réseau social par des opposants au président, et considérés par ce dernier comme « offensants » et « diffamatoires ». Dans sa requête auprès de la Haute cour de Dublin, IOG ne demande rien de moins que la suspension par Facebook des comptes incriminés, l’effacement des passages en question et la révélation par l’entreprise des noms, comptes emails, numéros de téléphone, adresses postales et adresses IP des comptes visés par la plainte. Si peu de doutes subsistent quant au succès d’une telle démarche, les menaces proférées par IOG ne sont pourtant pas à prendre à la légère.

Maydaneh Abdallah Okieh, un journaliste et opposant djiboutien, peut en témoigner, lui qui a passé cinq mois dans les geôles du régime pour avoir osé poster sur Facebook des photographies montrant la police en train de battre des manifestants opposés au président. Sans parler d’un autre journaliste du pays, Mohamed Ibrahim Waiss, battu lui aussi par des officiers de police djiboutiens, jusqu’à ce qu’il soit contraint de révéler le mot de passe de son compte Facebook, sur lequel ses tortionnaires ont par la suite publié des messages critiquant l’opposition au despote local.

– De l’argent pour les poursuites judiciaires, pas pour la population
De l’argent, Djibouti semble en trouver autant que nécessaire pour poursuivre de vaines croisades. Le contraste entre ces dépenses somptuaires et inutiles et le manque criant d’argent qui frappe le pays n’en est que plus saisissant. Malgré les sommes importantes que le régime retire de la présence militaire de nombreuses superpuissances sur son sol – les Etats-Unis, le Japon, la France et depuis peu, la Chine, ont tous une base à Djibouti –, le pays demande constamment de l’aide d’urgence de la part des organisations internationales. A peine deux mois après sa réélection, IOG a ainsi reçu de la Banque mondiale pas moins de 43 millions de dollars de prêts à conditions avantageuses, afin, notamment, de lutter contre la pauvreté endémique de sa population et le chômage des jeunes et de développer les services élémentaires dans un pays qui, non content de ne pas subvenir aux besoins de sa propre population, doit également pourvoir à ceux de milliers de réfugiés en provenance des zones de conflits situées dans les pays voisins.