20/10/2019 (Brève 1497) Message du Comité de soutien à Elisabeth Borrel, suivi d’une lettre de cette dernière aux membres et à celles et ceux qui l’ont soutenue

++ Message du Comité de soutien à Elisabeth Borrel et à ses enfants.
Il y a 24 ans, le 19 octobre 1995, Bernard BORREL, magistrat, ancien Procureur de la République à Lisieux, était assassiné à Djibouti.

Depuis 24 ans, Elisabeth et ses enfants mènent un combat héroïque pour la vérité et la justice. Depuis plus de 13 ans, le Comité de soutien à Elisabeth Borrel est là, à ses côtés dans son combat. Toujours aussi nombreux (vous êtes plus de 200), merci pour votre fidélité.

Nous vous invitons à lire ci-dessous la lettre qu’elle vous écrit à cette date anniversaire si douloureuse. Plus que jamais son combat continue, malgré tous les obstacles. Le dernier en date : début août 2019, la Ministre de la Défense a refusé de déclassifier des documents sensibles.

++ La ténacité et la combativité d’Elisabeth sont totales.

Les 7 et 8 octobre, Elisabeth BORREL et Fabienne BOULIN étaient les invitées-témoins, avec leurs avocats et le journaliste Bernard Nicolas, au festival CINEMA ET JUSTICE à la Rochelle sur le thème de la RAISON D’ETAT (vidéo disponible prochainement sur Youtube ou sur le site du festival)

Elle sont intervenues devant des salles combles, notamment d’avocats, de juristes, de magistrats , qui ont découvert, grâce à leur témoignage, la réalité cachée et souvent inavouable des coulisses de la raison d’Etat où le pouvoir protège le pouvoir et se retourne contre le citoyen.

De plus depuis 2 ans, un collectif SECRET DEFENSE : UN ENJEU DEMOCRATIQUE regroupant 16 affaires d’Etat s’est constitué et mène un combat collectif qui fait apparaître que , quelle que soit l’affaire, on retrouve le même schéma, les mêmes manœuvres  des services de l’Etat pour entraver le travail des historiens, des juges pour établir la vérité et rendre justice aux victimes. Ce collectif donne un nouveau souffle à notre combat.

Un livret regroupant le récit de ces 16 affaires vous sera prochainement adressé par internet. En vous remerciant encore pour votre précieuse fidélité aux côtés d’Elisabeth Borrel et de ses enfants.

Le bureau du comité de soutien.

Egalement en téléchargement le bulletin d’adhésion ou de renouvellement de cotisation.(http://www.ardhd.org/wp-content/uploads/2019/10/ADHESION-BULLETIN.doc)

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++ Lettre d’Elisabeth Borrel

Chers amis,
Il y a 24 ans, le mensonge d’état du suicide de mon mari nous précipitait, ma famille et moi, dans le trou noir de la raison d’état et dans un combat hors norme pour que subsiste la démocratie.

Pendant des années je dénoncerai,dans ce dossier criminel concernant un magistrat, pilier de l’état de droit dans les démocraties, les « dysfonctionnements » diplomatiques, judiciaires et journalistiques
entravant la vérité, à savoir :

• la reconstitution abracadabrantesque sans les victimes, parties civiles jusqu’à la destruction des scellés essentiels dont la justice est gardienne, dont une partie du corps de mon mari, en passant par la disparition à l’hôpital militaire français à DJIBOUTI du dossier médical et des radiographies du corps de mon mari
• l’instrumentalisation des juridictions tant nationale, (condamnation pénale de mon avocat nécessitant ensuite la révision de cette décision, l’état français ayant été condamné pour cette condamnation par l’arrêt de la CEDH 23/04/2015), qu’internationales (CIJ arrêt du 04/06/2008)
• l’autocensure (reprise systématique sans preuve de la version officielle du suicide) puis la censure de la presse (départ contraint de David SERVENAY journaliste à RFI)…. Puis après que des mensonges, des silences, des entraves, des censures ont essayé de faire échec, en vain, à la justice qui a établi l’affaire criminelle, les gouvernants ont soulevé le secret-défense dès 2004.

Mais dans l’euphorie d’avoir réussi à faire reconnaître par la justice, le meurtre, voire l’assassinat (meurtre avec préméditation) de mon mari, au bout de huit années de combat acharné, je n’avais pas encore compris ce que signifiait cette notion de SECRET DEFENSE, alors que la juge d’instruction alors en charge du dossier, m’avait gentiment suggéré de m’arrêter « car vous n’irez pas plus loin » m’avait-elle affirmé.

Mais comment s’arrêter quand la parole des gouvernants n’avait été que rumeurs diffusées sur la victime et sa famille, mépris de notre souffrance consécutive au mensonge du suicide, et alors qu’aucun démenti officiel de ces mêmes gouvernants n’était intervenu!

++ Et surtout pour survivre, notre famille a besoin de comprendre!
Ce n’est qu’après la création du collectif LE SECRET DEFENSE UN ENJEU DEMOCRATIQUE en 2017, que je comprendrai à la lecture de l’instruction interministérielle 1300, que ces « malfaçons » étaient en réalité le fonctionnement normal de la raison d’état : pour protéger les intérêts vitaux de la nation, les gouvernants ont le pouvoir discrétionnaire non seulement de ne pas appliquer la loi, mais aussi de l’enfeindre, jusqu’à tuer ceux qui compromettent les intérêts vitaux du pays (opérations HOMO).

Aussi quand quelqu’un ose lutter contre la raison d’état, il devient de facto, l’ennemi de ceux qui gouvernent, et se heurte au surplus à « l’ardoise magique » du SECRET DEFENSE effaçant toutes les infractions : celui-ci permet de jeter dans tous les domaines (secret de la défense nationale mais aussi secrets industriels, comme les habitants de Rouen ont pu les subir récemment avec l’incendie de LUBRISOL) la chape indestructible du silence d’état et de l’omerta, semblable à celle de la mafia, quand les faits cachés ne relèvent pas de la raison d’état.

Car en effet, en dépit du caractère exorbitant de ce pouvoir reconnu à nos gouvernants en matière de raison d’état, y compris dans nos démocraties et notre pays notamment, et dans des domaines en pleine expansion notamment en raison de la « lutte contre le terrorisme », celui-ci ne connaît ni contrôle, ni limite quant à son usage.

Ainsi dans ce cas, la justice est entravée comme dans le dossier de BERNARD et sans que les citoyens puissent en connaître la raison car la création de la Commission Consultative du Secret de la Défense Nationale en 1998, n’est en aucun cas en charge d’un quelconque contrôle: son rôle est limité à émettre un avis uniquement consultatif pour le ministre ou le premier ministre en charge de la déclassification d’un document estampillé « secret défense » que réclamerait un juge d’instruction.

Car enfin, dans ce dossier criminel, en quoi le secret défense autorise-t-il aujourd’hui à cacher les circonstances de l’assassinat de mon mari au juge d’instruction qui a besoin d’en connaître : rien ne démontre en effet, que la communication des éléments médicaux contemporains de l’assassinat, les registres de la légion à ARTA et les télégrammes officiels faisant état de son assassinat, alors que la justice a établi le crime, pourrait s’avérer contraire aux intérêts vitaux de la France.

S’il est possible d’admettre que le secret défense est justifié par les intérêts vitaux de l’état, qu’en est-il quand il est utilisé pour couvrir des intérêts particuliers d’officines privées, n’ayant rien à voir avec ceux vitaux de la nation?

Si j’ai réussi pendant toutes ces années à porter ce combat inégal et à en assumer les risques, puis à m’engager dans l’ouverture du débat démocratique sur le secret défense, c’est grâce non seulement à ma famille, mes avocats et à mon métier, mais également et surtout à vous qui êtes restés à mes côtés et ont été d’un soutien indéfectible pendant toutes ces années, en raison de ce qu’était Bernard.

Car ce combat n’est pas que le mien, c’est aussi la lutte pour que notre démocratie survive face aux défis auxquels elle est confrontée. Je voudrai juste vous remercier en vous disant à quel point le fait pour un magistrat, que je suis toujours, d’entendre des justiciables comprendre mon combat me dire que je dois continuer me redonne de la force pour continuer et l’élan nécessaire pour ce combat pour la vie et contre la mort de notre état de droit.

Récemment lors du festival justice et cinéma à LA ROCHELLE les 4 et 5 octobre derniers, la multiplication de ces témoignages étaient d’autant plus importants qu’ils se doublaient d’une réelle découverte sur ce qu’est actuellement le secret défense dans notre pays.

MERCI à vous tous d’être toujours là et à toute l’équipe du comité de soutien qui participe ô combien de façon efficace et pragmatique, à l’ouverture du débat démocratique sur le fonctionnement défectueux actuellement, du secret défense dans notre pays.