
Le Président |
DIFFUSION D'INFORMATION
DU 17 AOÛT 2006
SUR LE RAPPORT
DE LA MISSION DE LA FIDH
|
A DJIBOUTI ON FAIT LA MAIN BASSE SUR
UN PEUPLE SANS DEFENSE
AVEC LA COMPLICITE DES BAILLEURS DE FONDS ?
La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) publie dans cette Diffusion
la Première Partie du Rapport de la Mission d'Enquête Internationale de la
FIDH publié en août 2006.
Cette Mission d'Enquête avait séjourné en République de Djibouti en août
2005.
La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) remercie toutes les
Autorités et personnalités qui les ont globalement bien accueilli.
Grâce à eux, ce Rapport ne peut que les encourager, le peuple Djiboutien à
combattre sans relâche et le plus rapidement possible contre les
détournements des Deniers publics et des Biens sociaux, sources des fléaux
de la pauvreté.
Aux Bailleurs de Fonds, l'Histoire nous dira, si le peuple Djiboutien aura
droit à des poursuites internationales contre les crimes organisés avec le
soutien et la complicité de certains Bailleurs de Fonds.
M. NOEL ABDI Jean-Paul
NB.
L'intégralité de ce Rapport est accessible sur le site de la FIDH.
Prière nous excuser en cas d'erreur indépendante de notre volonté.
Liens :
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EXTRAIT DU RAPPORT DE LA MISSION
D'ENQUETE INTERNATIONALE
DE LA FIDH
PARTIE I - UNE ECONOMIE MINEE PAR LA CORRUPTION ET L'AFFAIRISME
1 .Une économie florissante mais «extra-budgétaire»
La pauvreté omniprésente qui règne à Djibouti tranche avec les atouts
évidents de ce pays « carrefour », où le secteur tertiaire, dopé par
l'activité portuaire et le chemin de fer vers Addis-Abeba, est prépondérant
(79,4 %, contre 3,6 % pour le secteur primaire).
La croissance économique s'est ainsi maintenue en 2003 et 2004 autour de 3 %
et était fixée à 3,5 % pour 2005 l'inflation s'est limitée respectivement à
2% et 3%. Certes, le coût prohibitif de l'énergie et l'insécurité entravent
les investissements, gênent la diversification de l'économie et conduisent
au déficit structurel de la balance commerciale. Selon la Banque mondiale,
les exportations en 2003 s'élevaient à 94 millions de dollars contre 303
millions pour les importations.
A/ Une présence militaire étrangère payée au prix fort
En dépit d'un taux de chômage officiel de 70 % de la population active,
d'une 15Oème place sur 177 pays dans l'indice de développement humain des
Nations unies les autorités cultivent l'optimisme « à l'augmentation des
capacités du port s'ajoutent les performances enregistrées dans les secteurs
du commerce et des télécommunications qui ont bénéficié d'une forte demande
de la consommation nationale mais aussi de la présence d'importants
contingents militaires », se réjouissait devant les députés en novembre 2003
le Premier ministre de l'époque, M. Diletïa Mohamed Diletïa.
Et pour cause, la rente issue de la position géostratégique de l'ancien « territoire des
Afars et des Issas >', qu'on croyait étiolée par la fin de la guerre froide,
n'est pas prête de se tarir, relancée par la lutte anti-terroriste. «
Djibouti est un îlot de paix dans une région instable », vante le Premier
ministre. Dans son rapport 2006 sur les stratégies internationales de
contrôle des drogues (International narcotics control strategy report), le
département d'Etat américain estime que « Djibouti est l'un des pays les
plus stables de la corne de l'Afrique ».
Depuis son indépendance en 1977, Djibouti abrite le plus important
contingent français à l'étranger avec 2.700 hommes, pour un « loyer » de 30
millions d'euros par an. Dés septembre 2001, l'armée américaine a installé
une base militaire dans le camp Lemonier, la seule en Afrique, pour 30
millions de dollars par an. Un dispositif international (Etats-Unis, France,
Allemagne, Espagne, Italie...) de lutte anti-terroriste par la surveillance
aéromaritime des côtes de la corne de l'Afrique est également installé à
Djibouti. A noter paradoxalement que Djibouti n'a pas encore adopté en droit
national les conventions des Nations unies pour la suppression du
financement du terrorisme et contre le crime international organisé.
Au total, le pays tirerait environ 80 millions d'euros par an de sa
situation géostratégique idéale face au détroit Bal El Mandeb, entre la mer
rouge et le golfe d'Aden. Mais l'intégralité de cette somme n'arrive pas
dans les caisses du Trésor. La moitié de la contribution américaine est
payée sous forme de denrées alimentaires, de matériels militaires...
« Sur les 6 milliards de francs djiboutiens (FDJ) - versés par les forces
françaises soit environ 1,4 million d'euros - 2,23 milliards FDJ - 1 million
d'euros - sont budgétisés au titre de l'année 2004 », peut-on lire dans le
rapport N°4 de la commission des finances, de l'économie générale et du plan
sur le projet de loi de finances portant adoption du budget de l'Etat pour
l'exercice 2004.
Un chiffre démenti par le ministre des Finances pendant les
débats parlementaires qui assure qu'exception faite d'une centaine de
millions de FDJ « seulement » alloués aux établissements publics aéroport,
port, postes, tout est comptabilisé dans les finances publiques. Mais où
est-donc passé la différence ?
A titre d'exemple, la réévaluation à la hausse du loyer français avec l'arrivée des troupes américaines s'est accompagnée d'un nouveau mode de versement directement au budget de l'Etat et non plus directement à l'armée djiboutienne, qui se plaint de plus en plus ouvertement de son manque de moyen face à une garde présidentielle suréquipée et ultramoderne. Mais cette hausse des recettes n'apparaît pas
entièrement dans le budget de l'Etat.
« Dans ce document (le budget, ndlr) peut-être des éléments vous ont échappé », «euphémisme» le ministre des Finances.
Qu'il s'agisse de la rente stratégique, des revenus des principales
entreprises publiques, des recettes fiscales, les députés djiboutiens ne
disposent d'aucune information sur les sommes drainées par l'Etat et
n'exercent donc aucun contrôle.
D'autant moins que quatre entreprises sur
cinq exercent dans le secteur informel.
Pourtant, depuis l'indépendance, le
budget de l'Etat djiboutien est passé de 6 milliards à 43 milliards de FD en
2003.
B/ Le port de Djibouti : le trésor fantôme
La principale ressource du pays réside dans l'activité portuaire de la ville
de Djibouti. Depuis la résurgence des conflits en Somalie, au Soudan et
entre l'Erythrée et l'Ethiopie, le port de Djibouti est le principal point
d'entrée des importations éthiopiennes.
La lecture du budget de l'Etat djiboutien ne permet pas de connaître la
contribution du port autonome de Djibouti, pourtant point névralgique de
l'économie djiboutienne dans les finances publiques. Tout juste apprend-on
en novembre 2003 par la voix du Premier ministre M. Diletia Mohamed Diletîa
que la croissance en 2004'> sera encore tirée par le port dont le trafic de
marchandises enregistre une augmentation de 58 % en août 2003 par rapport à
la même période en 2002>' ; dans l'exposé des motifs de la loi de Finances
pour 2005 où l'on apprend que la croissance a été moins importante que prévu
en 2004 à cause du « repli des activités portuaires [qui s'explique] par une
forte contraction des activités de transbordement, inhérentes au départ de
la société [singapourienne] PIL vers le port d'Aden.
Le retour de cet opérateur à Aden résulte essentiellement de la diminution de la menace terroriste sur le port dAden mais entraîne pour notre port une baisse du
transbordement.
Selon M. Dileita Mohamed Dileita, interrogé par la mission en août 2005, le
port rapporte entre 800 millions et 1 milliard de FDJ au budget de l'Etat,
contre 200 millions seulement avant sa mise en concession. Or, selon le
ministre des transport M. lsmaêl lbrahim Houmed, le même port alimenterait
20 à 30 % du budget de l'Etat, soit théoriquement 8 milliards en 2004.
L'écart est de taille. «Le port est une chasse gardée présidentielle,
personne ne sait combien il rapporte réellement «, résume un opérateur
économique. Dans les documents promotionnels du port, on peut lire que le
chiffre d'affaires a progressé de 25 % au cours des cinq dernières années
pour s'élever à 11 milliards de FDJ en 2004 (contre 210 millions FDJ en
2000).
I) Une « privatisation » opaque
La « privatisation » n'a pas rendue la gestion du port plus transparente. Le
contrat qui lie depuis le 1er juin 2000 Djibouti à Dubai International,
branche internationale de Dubai Ports Autority qui gère pas moins de 17
ports dans le monde, semble être un secret d'Etat. Certaines sources
évoquent l'existence d'un contrat personnel entre le Président Omar Guelleh
et les partenaires de Dubaï.
L'article 14 de la loi n°130/AN/96/38 qui prévoit le recours à des appels
d'offre restreints ou ouverts, nationaux ou internationaux, pour le
transfert de l'exploitation ou la mise en concession ou affermage de
sociétés ou d'activités privatisées n'a pas été respecté. Seule indication
fournie par M. Aden Ahmed Douale, représentant du gouvernement auprès du
port interrogé par la mission en août 2005 :
« le choix de Dubaï a été dicté
par la volonté d'amener le port à un niveau de gestion international dans un
contexte très concurrentiel. Nos partenaires vont nous aider à investir le
gouvernement de Djibouti n'a pas les moyens de mobiliser des sommes de
plusieurs millions de dollars ». Les services douaniers de Dubaï sont aussi
présents sur les quais djiboutiens pour mettre en place un guichet unique et
ainsi accélérer la sortie des marchandises tout en accroissant les recettes
fiscales.
La force de cette entreprise résiderait également dans sa maîtrise
des transferts aéroportuaires, moins de trois heures entre un bateau et un
avion actuellement à Dubaï. L'aéroport international d'Ambouli à Djibouti a
également été mis en concession dans la plus totale opacité auprès d'un
partenaire de Dubaï.
Le projet est double :
-
Spécialiser l'actuel port autonome trop petit mais impossible à agrandir
parce qu'au coeur de Djibouti City en un terminal vraquier équipé de silos
pour stocker le blé et le ciment et à même d'accueillir le débarquement des
marchandises conventionnelles (non placées en containers) comme le bois.
L'Ethiopie est et restera durablement le principal client du port du
Djibouti, son débouché maritime le plus évident. Sur un trafic total de 4,8
millions de tonnes en 2004 (5,9 millions en 2003), l'Ethiopie est
destinataire de 4 millions de tonnes (4,9 millions en 2003). l'année
dernière, la baisse de l'aide alimentaire vers l'Ethiopie a conduit à la
chute de 19 % du chiffre d'affaires du port de Djibouti.
Les perspectives de
profiter du développement d'un marché de ce grand marché de 60 millions
d'habitants restent alléchantes. Néanmoins, les autorités éthiopiennes, qui
n'auraient pas été consultées par leurs homologues djiboutiens avant la mise
en concession du port, ne cachent plus leur volonté de diversifier leurs
points d'approvisionnement, comme avec le Kenya.
La fin du conflit avec son
voisin Erythréen pourrait également à moyen terme changer ses itinéraires
d'approvisionnement.
-
Construire, dans une zone franche, un vaste terminal portuaire à quelques
kilomètres de la capitale baptisé Doraleh apte à stocker le gaz, le pétrole,
notamment pour le compte des forces américaines - ses premiers et seuls
clients actuellement avec quatre réservoirs réservés -, et suffisamment
vaste pour accueillir un gigantesque parking pour containers.
Les cuves des
compagnies pétrolières comme Mobil et Total sur le port autonome seront
transférées à Doraleh, où le risque d'incendie est moindre qu'en ville.
Le projet de Doraleh « constitue le principal outil de la stratégie
gouvernementale pour attirer les investissements étrangers et favoriser le
développement du secteur privé commercial et industriel », peut-on lire sur
la plaquette commerciale du port. Grâce à lui, Djibouti espère capter 10 %
du trafic maritime en mer rouge. Dubaï aurait déjà investi 60 millions de
dollars dans Doraleh alors que les achats des portiques de débarquement pour
le port autonome, treuils géants pouvant coûter 100 millions de dollars
pièce, ont tous été réalisés en 2000, avant la mise en concession.
De 4,7
milliards de FD en 2000, les dépenses d'équipement dépassent tout juste 2
milliards en 2004 ; mais les autorités djiboutiennes chercheraient d'autres
investisseurs pour financer la construction du port à containers.
Certaines
sources proches du port évoquent une baisse d'enthousiasme des partenaires
de Dubaï depuis qu'ils ont repris à leur principal concurrent PIL la gestion
du port d'Aden.
En 2000, Djibouti était une opportunité de gagner une
position stratégique. D'autant que la présence de nombreuses armées
occidentales (américaine, française, mais aussi allemande et espagnole)
confère à Djibouti une aura sécuritaire de bon aloi dans la région. Le
sultan Ahmed Bin Sulayem, président de Dubai Ports, Custom and Free Zone
Corporation a néanmoins annoncé en avril dernier que l'émirat allait
investir un milliard de dinars émirates (300 millions de dollars) dans la
construction du port de Doraleh.
En février 2006, la jetée du nouveau
terminal pétrolier, financée grâce aux 35 millions de dollars investis par
Dubaï, a été inaugurée avec pour parrains les représentants américains à
Djibouti - les forces navales américaines stationnées dans le golfe persique
sont pour l'heure les seules clientes de ce terminal.
Selon le représentant du gouvernement auprès du port autonome de Djibouti,
Dubai International est rémunéré sur les ressources du port autonome « comme
prestataire de services et touche une part du dividende ».
Dubaï
International n'étant néanmoins pas actionnaire du port autonome mais
concessionnaire, l'Etat reste le seul propriétaire du port.
Sur 4 milliards
de FD de bénéfices dégagés en 2004, la moitié a été réinvestie dans les
fonds propres du port et l'autre est partagée entre le gouvernement et le
partenaire étranger. En échange de promesses d'investissement et de son
savoir- faire (formation d'une trentaine d'agents à Dubaï), Dubai
International gagne une place stratégique dans les ports de la sous région
et s'ouvre une porte sur le commerce africain.
La mise en concession : un mode de privatisation illégal
Djibouti, contrevenant à l'article 14 de la loi n0130/AN/96!3e lecture (JO
du 15 février 1997), les privatisations ne font pas l'objet d'appels d'offre
transparents et impartiaux. Opaques, elles sont aussi illégales.
Dans son
Rapport général public publié au Journal Officiel du lundi 15 novembre 2004,
la Chambre des comptes et de discipline budgétaire dénonce ceci sans
ambiguïté: « La loi n°130/AN/97 prévoit quatre modalités de privatisation
des entreprises publiques: la cession d'actifs, la cession des
participations ou du capital, le transfert de l'exploitation, la concession
ou affermage.
Or, la loi n°12/AN/98 du 11 mars 1998 n'encadre qu'une seule
possibilité: la cession du capital. Or le mode de privatisation privilégié
par le gouvernement est la concession. Les contrats de gestion autorisés par
décret, ainsi que la stratégie du gouvernement adoptée en 2001 par le décret
n°2001-0191/PR/MEFPP sont réalisées en ignorant les dispositions de la loi
programme ».
Privatisation illégale: le chemin de fer
Pourtant, c'est encore une mise en concession à laquelle le gouvernement a
recouru voici quelques mois pour régler les énormes difficultés du chemin de
fer Djibouti/Addis-Abeba en confiant la gestion à la société sud-africaine
Comazar10. «Ceci est une parade d'un petit pays qui ne veut pas brader son
patrimoine sous prétexte qu'il est pauvre », défend le ministre des
Transports, même s'il reconnaît ne « pas maîtriser complètement le processus
de privatisation ».
Bien que eux sociétés étrangères aient concouru (lndia
Rail et Comazar), la situation économique et sociale de l'entreprise est
catastrophique des infrastructures obsolètes et un déficit chronique, lors
qu'il est censé irriguer de marchandises le coeur de l'Afrique (Burundi,
Rwanda, Ouganda, Soudan,...), depuis sa construction par les Français à la
fin du XlXième siècle, le chemin de fer reste très dépendant de la
conjoncture éthiopienne et s'avère moins pratique que la route neuve que
sillonnent les routiers éthiopiens fédérés au sein d'un puissant syndicat. «
S'agissant de l'évolution des activités ferroviaires la baisse résulte (I)
d'une contraction des importations éthiopiennes (ii) du choix des autorités
éthiopiennes de faire transiter leur aide alimentaire par le porte de
Berbera », constate le projet de budget initial de l'Etat le 17 Août 2006
djiboutien pour l'exercice 2005.
Maigre « consolation », en mars 2005, le
Programme alimentaire mondial (PAM) fait pour la première fois transiter
100.000 tonnes d'aide alimentaire pour le sud du Soudan par Djibouti.
Le ministre djiboutien des Transports précise « les repreneurs ne
reprendront pas 100 % du personnel ». Un plan social va donc être élaboré
par les gouvernements djiboutien et éthiopien. Au fil des ans, alors que
chaque Etat devait assumer la moitié des charges salariales, la dérive côté
djiboutien a été réelle et admise par le ministre des Transports. Chaque
mois, les 450 salariés des 100 kms djiboutien du rail coûtent 27 millions de
FD, soit 7 millions de plus que leurs 1.250 homologues éthiopiens en charge
de 780 kms. Toujours en cause, la mauvaise gestion.
II) Vous avez dit social ?
Sur le plan social, le partenariat avec un opérateur privé étranger n'est
pas pour rassurer les salariés. « Le port est en sureffectif, ce n'est pas
un secret; que Dubaï ne soit pas complètement un opérateur privé est un
avantage, ils ne veulent absolument pas de conflit social, ceux qui suivent
les formations en anglais ou en informatique n'ont pas de souci à se faire,
mais les activités comme le déchargement du blé par exemple, très
consommatrice de main-d'oeuvre, seront bientôt mécanisées et il faudra
trouver une solution », explique le Directeur des ressources humaines du
port.
Maintenir la paix sociale est pour le moins utile car l'immobilisation
d'un cargo Super Container coûte 100.000 dollars par jour. Pour le ministre
des Transports, c'est l'incapacité à supporter « la pression de la
rentabilité » qui justifie la grogne des syndicats du port.
Depuis juillet
2005, les dockers, personnels les plus précaires du port puisque rémunérés
par des transitaires privés, ont d'ailleurs créé un syndicat pour faire
respecter leurs droits et anticiper au mieux la baisse annoncée des
effectifs. Or, les travailleurs manutentionnaires dépendant de l'activité du
port sont d'autant plus nombreux que les cartes de dockers, qui sont souvent
la seule pièce d'identité des travailleurs, ont été distribuées pendant des
années sans contrôle.
Ainsi, de nombreux fonctionnaires ou commerçants se
sont vus octroyés le précieux sésame qu'ils cèdent à des manutentionnaires
en échange d'une part des 500 FDJ (environ 2,50 euros) qu'ils perçoivent
pour avoir déchargé 1 tonne de marchandise.
C) Le budget de l'Etat, un document « pas tellement important» pour le
président de l'Assemblée nationale
« Heureusement que nous sommes une même famille politique mais supposons
qu'il y ait une opposition au sein de notre assemblée. Le gouvernement
serait obligé de présenter le budget prévisionnel en un temps utile et
serait donc tenu à respecter les textes en vigueur. Donc dès maintenant il
faut se préparer à cela et doubler d'efforts pour faire face à cette
éventualité, qui peut subvenir un jour ».
M. ldriss Arnaoud AIi, Président
de l'Assemblée nationale devant ses pairs en session budgétaire du 22
novembre 2003, résume la léthargie du débat parlementaire. Il va même
jusqu'à douter de son intérêt: le gouvernement doit être jugé sur les
réalisations du budget et non sur le budget prévisionnel qui n'est pas
tellement important ».
Ce même jour, un député, M. Antoine Michel
Barthelemy, renchérit: «mes chers collègues, je suggérerais qu'on passe
directement au vote. Je pense que les députés n'ont pas eu le temps matériel
pour pouvoir étudier et intervenir sur ces deux budgets (...) Et comme le
ministre de la Justice vient de le rappeler: ceux qui ne disent rien
consentent. Il faut donc passer au vote ».
Qu'importe l'aveu des intéressés, le Premier ministre à l'époque s'en tient
à la version officielle et vante l'indépendance des députés « en 2003,
l'Assemblée nationale est demeurée fidèle à sa vocation: être un lieu de
débats et de discussions », « l'Assemblée a pu exercer pleinement son rôle
et montrer une fois, s'il en était besoin, qu'elle n'est pas une simple
chambre d'enregistrement ».
« Nous pensons avoir inscrit toutes les recettes possibles du budget de
l'Etat dans ce document. Il existe d'autres recettes parafiscales qui ont
une destination bien précise, qui ont une pré-affectation. Mais, dans le
cadre d'autres textes qui vous avez vous-même adoptés et dans le cadre de
l'autonomie de gestion et de l'autonomie financière... » prévient M. Yacin
Elmi Bouh, alors ministre des Finances, de l'Economie et du plan chargé de
la privatisation, en session budgétaire du 22 novembre 2003.
Et c'est le ministre de la Défense M. Ougoureh Kifleh Ahmed qui conclut : «
tout compte fait, il faut que vous [députés] sachiez quelque chose sur les
finances. Une partie de ce qu'on vient de dire n'est pas vraie, il y a une
partie d'écritures. Est-ce que vous saviez cela ? ».
C'est ainsi qu'en République de Djibouti, les finances ne sont en fait pas
du tout publiques. Mieux vaut donc appartenir au cercle très fermé de ceux
qui usent et abusent de cette opacité ; comme le même ministre de la Défense
: «Avec mon expérience, je sais quelle boule toucher [pour obtenir des fonds
du ministère des Finances], mais vous [les députés], vous ne touchez pas. Au
contraire, vous rodez autour du pot à chaque question et donc,
[applaudissements]... Vous êtes facilement renvoyés sur la touche. »
D) La corruption instituée en système
«La mauvaise gouvernance a été identifiée dans les consultations comme un
obstacle majeur à la réduction de la pauvreté et à une croissance économique
soutenue à Ojibouti» a conclu le FMI.
La corruption à tous les échelons de
la fonction publique est si quotidienne, si présente qu'elle en est devenue
banale. «La corruption est partout et l'impunité est totale; les paquets de
cigarettes que tendent les chauffeurs de bus aux policiers sont de vrais
porte bakchich», nous confirme un haut fonctionnaire du ministère de
l'intérieur.
L'opposition dénonce « les ministres [qui] sont certes des
employés de luxe mais que cela ne les dispense pas d'être au service du
peuple et pas l'inverse », selon M. lsmaêl Guedi Hared, président de l'UAD,
qui connaît bien les rouages du pouvoir djiboutien puisqu'il fut grand
argentier du précédent Président.
Plus étonnant, le nouveau ministre des
Finances, M. Ali Farah Assowe, qui a la lourde charge de renouer le dialogue
avec des institutions financières internationales irritées, reconnaît sans
sourciller que la corruption est partout et qu'il convient «de commencer à
nettoyer par le bas pour que le haut comprenne ».
I) La chambre des comptes publie les irrégularités mais reste impuissante
face aux coupables
Le Premier ministre M. Dileita Mohamed Dileita préfère afficher sa
responsabilité:
Le gouvernement a depuis 2001 créé la Chambre des comptes et de
discipline budgétaire (CCDB) et installé à la primature une inspection
générale d'Etat. Prévue par la constitution de 1992 qui la place dans le
giron de la cour suprême et dotée par la loi n°122/AN/4 L du 01/04/01, « de
tous les attributs d'une véritable cour et notamment d'un pouvoir de
contrôle et de juridiction, d'une autonomie de gestion et de l'indépendance
», la CCDB publie son premier rapport général au Journal Officiel du lundi
15 novembre 2004.
Selon son président, « 98 % > des entreprises publiques
seraient désormais dans le périmètre du contrôle (port, aéroport,
Électricité de Djibouti...). En 2001-20O2, sept entités de l'administration
centrale ont été contrôlées.
Le constat des 15 magistrats les mieux payés du pays assistés de 13
greffiers (quand la cour suprême n'a que 5 conseillers et 2 greffiers) est
brutal : «Les pratiques (défectueuses) jettent un doute sur la véracité des
recettes déclarées par l'ensemble des régies ».
Parmi les autres
irrégularités relevées par la Chambre: « violation du principe d'unicité de
caisse et celui d'universalité avec notamment la règle de non affectation
des recettes à des dépenses ».
«Lors de ses investigations, la chambre des
comptes a été confrontée à l'existence de caisses parallèles à celle du
Trésor public national. La plupart des anomalies peuvent être qualifiées de
délit et donc conduire à des suites judiciaires », explique M. Mohamed
Mahamoud Hassan, président de la CCDB.
« Au départ tous ont pensé que nous serions une cour d'apparat; les
problèmes ont commencé avec le début de notre travail », raconte-t-il. « La
première difficulté a été de convaincre les cadres et les dirigeants des
entreprises publiques de nous donner leurs comptes, surtout pour une équipe
jeune face aux barons du régime.
Un ministre n'était pas disposé à donner
ses comptes.
Si nous avions reculé, c'était fini; nous avons mobilisé la
police judiciaire et demander le soutien du procureur. Poser des scellées
sur les portes a été un tournant pour nous, il fallait utiliser la manière
forte comme nous le permet la loi 122 qui nous donne tous les moyens
d'investigation possibles ».
Dans ce bras de fer, le ministre des Finances de l'époque a invoqué
l'article 80 de la Constitution djiboutienne qui permet à un prévenu en
dernier recours d'en appeler à la cour constitutionnelle pour contester
l'indépendance de la CCDB. Or, la cour suprême, en qualité de tutelle de la
CCDB (article 66 de la Constitution), doit examiner la décision avant de la
transmettre à la cour constitutionnelle. Elle a un mois pour le faire et
dans ce premier dossier, elle a mis plus de deux ans. In fine, la décision
de la CCBD n'a toujours pas été publiée.
Mais, « beaucoup de directeurs ont quitté leur poste à la suite de nos
rapports comme celui du Fonds social «, défend le président.
«Des sommes
beaucoup plus importantes (au titre notamment des indemnités de logement)
que celles prévues par les textes sont accordées aux directeurs, directeurs
adjoints et aux chefs de service des établissements publics «, peut-on lire
dans le rapport qui dénonce aussi «la défaillance des conseils
d'administration des établissements publics (...) dans l'exercice de leurs
attributions et leurs membres sont indûment rémunérés ».
Toutefois, quand le directeur de l'Office de protection sociale (OPS) refuse
de se soumettre aux contrôles de la CCDB, après quelques semaines de mise à
pied, il est reconduit à son poste par le Premier ministre et déclare «je
n'ai pas à rendre des comptes à des gens qui sont incapables de faire la
différence entre un budget et un compte de résultat »
La conviction du président de la CCBD est que pour être indépendante, son
institution doit organiser son autofinancement, assuré aujourd'hui par le
ministère des Finances. Pour ce faire, il entend proposer aux bailleurs de
fonds étrangers d'auditer et de contrôler leurs projets de développement
avec le gouvernement djiboutien.
II) Treize milliards évaporés en quatre ans
Pour l'heure, les entraves rencontrées par les magistrats sont manifestes.
Entre 1999 et 2003, 13 milliards de recettes fiscales n'ont pas été
recouvrées et il leur incombe de récupérer les sommes détournées,
fussent-elles noyées dans le patrimoine des riches soutiens du régime
djiboutien.
« Tous les grands commerçants ne déclarent qu'une infime partie
de ce qu'ils gagnent», dénonce sous couvert d'anonymat un représentant de la
Chambre de commerce de Djibouti. Et les plus hauts personnages de l'Etat
disposeraient d'un patrimoine personnel et géreraient des affaires privées
dans le domaine des travaux publics (BTP) ou des assurances depuis qu'une
récente réforme du code des investissements oblige, ce qui n'était pas le
cas avant, à tout assureur étranger de faire entrer au capital un
investisseur djiboutien..
Au port, centre névralgique de l'économie djiboutienne, le nouveau
gestionnaire du port, Dubaï Port Authority, forme les douaniers et les
personnels administratifs pour mettre en place un guichet unique de paiement
des taxes pour les armateurs et les transitaires.
Cet arrangement sur une
attribution régalienne de l'Etat démontre le niveau de privatisation de
l'État et l'ampleur des détournements des fonds publics.
D'ailleurs, le
directeur des douanes a été, en août 2005, inculpé et emprisonné pour
détournement de fonds qui auraient été retrouvés à son domicile à l'occasion
d'une descente de police matinale et musclée.
2. Une pauvreté omniprésente
A) Une misère générale
Avec une extrême pauvreté (taux fixé par les instances internationales à un
revenu inférieur à 1,8 dollar par jour) en nette progression entre 1996 et
2002 puisqu'elle concerne désormais 42,2 % de la population contre 34,5 %
une espérance de vie de 44 ans, Djibouti n'est un paradis que pour les
cailloux », résume un journaliste souhaitant conserver l'anonymat.
Et il
ajoute: « la situation ne cesse d'empirer depuis la guerre civile, au début
des années 1990, un instituteur par exemple se voyait mettre à sa
disposition un logement, pouvait s'acheter une voiture , aujourd'hui, il
prend le bus avec ses élèves et peine à joindre les deux bouts. Les
autorités ne veulent qu'une chose : traire le peuple ».
Une femme de ménage
d'origine somalienne gagne 10.000 francs djiboutiens par mois (50 euros
environ) quand la location d'une petite maison en coûte 20.000 (soit environ
100 euros). Le secrétaire général d'un ministère gagne officiellement
200.000 FDJ par moins (1000 euros).
Les chiffres gouvernementaux fixent à 70 % environ le taux de chômage, dont
la grande majorité sont des jeunes. Au moins un jeune sur deux serait au
chômage de l'aveu du ministre de l'Emploi. Il y aurait environ 40.000
travailleurs dans l'économie formelle, les autres vivant de l'activité
informelle.
Les travailleurs de l'informel sont actifs dans toute une série
de domaines : chauffeurs de bus, magasins, vendeurs à la criée, vendeuses de
produits agricoles de l'Ethiopie, ... « Nous avons organisé un syndicat de
chauffeurs, mais ce n'est pas facile de maintenir le nombre de membres car
il y a toujours des changements : aujourd'hui ils sont chauffeurs, demain
autre chose », explique un Djiboutien rencontré par la mission de
l'Observatoire.
Le SMIG (salaire minimum interprofessionnel garanti) était d'environ 100
dollars, mais il a été annulé par une loi reprise dans le nouveau Code du
travail (article 60) entré en vigueur le 28 janvier 2006. Les écarts de
salaire sont très importants si un chef de service ou un directeur touche
environ 2.000 dollars, le salaire mensuel moyen est d'environ 300 à 400
dollars, mais il faut au moins 1.000 dollars par mois pour mener une vie
décente, car la vie est très chère à Djibouti.
La présence de l'armée
américaine a bien généré quelques emplois, notamment sur le plan de la
sécurité.
Les Américains ont voulu utiliser leur propre barème de salaire,
mais il a été exigé d'eux qu'ils se conforment au barème en vigueur dans le
pays.
La première fois qu'ils ont été payés, les travailleurs ont reçu un
salaire moyen de 500 dollars, voire plus, mais le gouvernement a dit qu'il
fallait payer moins, comme les autres employeurs de Djibouti.
B) Des bailleurs de fonds complaisants
A en croire le montant de l'aide versée par les bailleurs internationaux, la
République de Djibouti est un pays pauvre. Presque 400 millions de dollars
de dettes en 2003 selon la Banque Mondiale font de ce petit Etat de 700.000
habitants un des plus assistés du monde.
Depuis 1996, les institutions financières internationales (IFI) tentent de
lui imposer des mesures d'ajustement structurel. En vain, le FMI a remis à
début 2006 la reprise des négociations pour trouver un nouvel arrangement de
trois ans (PRGF) avec le gouvernement djiboutien après l'échec du programme
personnel surveillé (SMP) mené par le Fonds au deuxième semestre 2005.
Un
arrangement qui « aiderait Djibouti à mobiliser les ressources
internationales additionnelles pour travailler à réaliser les projets du
programme de réduction de la pauvreté », plaide le FMI.
Ce volontarisme tranche avec le constat d'échec dont ne font pas mystère les
institutions financières. «Malgré son volume important, les performances de
l'aide en termes d'impact sur les couches les plus défavorisées de la
population ont été décevantes au cours des dernières décennies.
Les
indicateurs du développement qui ne cessent de se dégrader sont là pour
témoigner de cette triste réalité.
Le pays souffre d'un faible niveau des
capacités institutionnelles et administratives qui ne permettent pas souvent
l'absorption de l'aide surtout lorsque le volume de celle-ci est important
et se traduit par des projets peu fiables donc voués à l'échec », estime le
PNUD.
Qu'à cela ne tienne, selon la coopération française, quelque 100 millions de
dollars d'aides seront octroyées à Djibouti dans les trois prochaines années
par les différentes partenaires internationaux.
La position géostratégique
qu'occupe Djibouti, encore renforcée par la lutte anti-terroriste, justifie
à elle seule, selon de nombreux observateurs, l'obstination des tiers
bailleurs à ne pas sanctionner le régime d'Omar Guelleh en fermant les
vannes de l'aide.
Voire à fermer les yeux sur les dérives du régime. « Un
kilomètre de bitume à Djibouti est parmi les plus chers du monde quand c'est
un bailleur qui paye », regrette un coopérant.
« Pendant l'alerte à la
sécheresse en 2004, un ministre que je ne citerai pas a réuni les bailleurs
et sans autre décorum, a tendu à chacun une feuille de papier sur laquelle
figurait un simple numéro de compte. Merci d'y verser l'aide », raconte un
expatrié sous couvert d'anonymat.
Parce qu'elles nient multiplier les actes de mauvaise volonté, les autorités
djiboutiennes tentent de mettre leur brouille avec les institutions de
Bretton Woods sur le compte d'une simple querelle de personne.
«Une partie
de cache-cache que Yacin (Elmi Bouh, ancien ministre des Finances) joue avec
les experts du FMI et de la Banque mondiale », selon M. Ougoureh Kifleh
Ahmed, ministre de la Défense, devant les députés lors de la session
budgétaire du 22 novembre 2003.
Même si le remaniement ministériel de juin 2005 est perçu comme une maigre
concession, les autorités n'entendent pas se priver de la manne
internationale qui alimente un quart du budget de l'Etat (23,4 % en 2004 sur
un budget de 43,5 milliards de FD).
Les réticences à peine voilées des autorités à organiser le recensement de
la population djiboutienne réclamé plus ou moins fermement par les
partenaires extérieurs participent de cette stratégie de préserver l'image
et le statut de « Djibouti un pays pauvre ».
Officiellement, la population
totale s'élève à 710.000 habitants selon la Banque mondiale mais elle pourrait
être notablement inférieure.
En jeu, le revenu par habitant : s'il s'élève,
comme le dit le Poverty Reduction Strategy Paper de juin 2004, à 920 dollars
par habitant, la République de Djibouti se classe parmi les pays à revenu
intermédiaire et ne bénéficie donc plus du même soutien. Officiellement,
selon les données du PNUD, ce revenu s'élève à 450 dollars.
Mais ne pas se priver de la manne internationale ne signifie pas forcément
pour les autorités djiboutiennes céder aux pressions de bonne gouvernance
des institutions de Bretton Woods.
Si l'on en croit le Premier ministre M.
Dileita Mohamed Dileita: « pour 50 millions de dollars, les bailleurs
occidentaux nous expliquent que c'est une trop grosse somme pour nous; mais
avec nos partenaires arabes, je suis assuré d'obtenir 200 millions de
dollars si j'en demande
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TABLEAU DE BORD
SUR CERTAINES VIOLATIONS
ET RECOMMANDATIONS.
LE 14 AOÛT 2006.
L'Honorable Dileita Mohamed Dileita
Osera-t-il ?
En tant que Premier Ministre, Dileita est le mieux placé pour engager et
mener à bien le dialogue avec les Syndicats Libres.
Remarques
Après les élections présidentielles d'avril 2005, les premières victimes
furent les syndicats et les populations notamment ceux d'Arhiba.
Actuellement, la répression continue de s'abattre sur les partenaires
sociaux en particulier les Syndicats Libres.
Avant la prochaine rentrée « politique et sociale », il est de notre devoir
de publier pour rappel certaines Observations, assorties des recommandations
de la LDDH.
Ci-après des Observations sur l'application de la Convention 87 et 98 en
République de Djibouti.
Observations concernant l'application de la Convention 87 et 98 en Djibouti
(jusqu'à la fin décembre 2005)
Population: 721.000 / Capitale: Djibouti / Conventions de l'OIT Ratifiées:
29 - 87 - 98 - 100- 105- 111 - 138- 182
Le lourd passif du gouvernement de Djibouti en matière de respect des droits
syndicaux s'est fortement aggravé en 2005. Exaspérés par le mépris de leur
employeur à l'égard du dialogue social, les travailleurs du port ont entamé
une grève pacifique immédiatement réprimée par la police. Près de 170
travailleurs ont été arrêtés, 36 syndicalistes ont été licenciés et 12
demeuraient sous la menace de poursuites judiciaires à la fin de l'année.
A la Poste, le harcèlement antisyndical a,connu une nouvelle escalade.
Le nouveau Code du travail devrait être promulgué en 2006. Elaboré
unilatéralement par le gouvernement, il risque de rendre encore plus
difficile l'exercice des libertés syndicales.
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LIBERTÉS SYNDICALES EN DROIT
Le nouveau Code du travail remet en cause les droits fondamentaux
Le 25 décembre 2005, le projet de nouveau Code du travail a été adopté par
l'Assemblée parlementaire. Son entrée en application en 2006 constituera une
nette régression sur e plan social par rapport à l'ancienne version qui
datait pourtant de 1952, c'est-à-dire de l'époque coloniale. Ce texte remet
en cause les droits fondamentaux de 'OIT, notamment la liberté syndicale, la
négociation collective et le droit d'organisation. Il est vrai que les
partenaires sociaux n'ont jamais été associés aux travaux d'élaboration du
Code.
Ainsi, l'article 41, alinéa 8 prévoit la suspension du contrat de
travail et du salaire pour le travailleur qui assume un mandat syndical.
Nécessité d'une autorisation gouvernementale
La loi actuelle reconnaît le droit des travailleurs à adhérer à un syndicat
mais impose certaines restrictions. Un syndicat ne peut être constitué que
s'il dispose de l'autorisation préalable du gouvernement. Seuls les
ressortissants de Djibouti peuvent détenir une fonction syndicale.
Avec le
nouveau Code du travail, il faudra, pour créer un syndicat, l'autorisation
du ministère de l'Intérieur, du ministère de l'Emploi, de l'inspection du
travail, du ministère de la Justice et du procureur de la République. Et si
ces ministères demandent la dissolution dii syndicat, le procureur de la
République pourra, sur simple décision administrative, dissoudre le
syndicat.
Restrictions au droit de.grève dans le secteur public
Ici aussi, alors que le droit de grève est reconnu, il est restreint. Les
autorités jouissent d'amples pouvoirs qui leur permettent de rêquisitionner
des fonctionnaires en grève; un syndicat qui prévoit de faire grève doit en
informer le ministère de l'Intérieur 48 heures à l'avance.
__________________________________________________
LIBERTÉS SYNDICALES DANS LA PRATIQUE
La répression antisyndicale qui s'est abattue de façon implacable lors de la
grève générale de 1995-1997 n'a plus cessé depuis lors. Des dizaines de
grévistes et parmi eux de nombreux dirigeants syndicaux des deux centrales
du pays, l'Union djiboutienne du travail (UDT), affiliée de la CISL, et
'Union générale des travailleurs de Djibouti (UGTD), ont été licenciés et/ou
arrêtés en raison de leurs activités syndicales.
Depuis lors, le
gouvernement na pas seulement failli à ses devoirs en ne rétablissant pas
les travailleurs lésés dans leurs droits, mais il a aussi continué à les
soumettre à des pressions multiformes. Ils sont exhortés, sous la menace, à
démissionner définitivement de leurs fonctions syndicales et notamment des
fonctions dirigeantes.
De plus, il leur est interdit de travailler tant dans
le public que dans le privé, et craignant les représailles du gouvernement,
aucun employeur, même privé, ne se hasarde à leur proposer du travail.
Le
gouvernement continue d'ignorer le dialogue social et d'exercer une pression
quotidienne sur les syndicats indépendants du pays.
Durant tout le mois du
ramadan (octobre/novembre 2005) dans chacune de leurs réunions populaires,
es dirigeants du RPP, parti au pouvoir depuis l'indépendance, et
particulièrement le Premier ministre Dileita Mohamed Dileita, n'ont cessé de
s'en prendre à l'UDT et à son secrétaire général Adan Mohamed Abdpi, le
calomniant et l'accusant de tous les maux dont souffre le pays en vue de
dresser la population contre lui et contre l'UDT dont il est le premier
responsable.
Le gouvernement s'est efforcé de bloquer chaque aspect de l'activité des
syndicats indépendants. Les dirigeants syndicaux ont été sans cesse
harcelés, notamment en étant licenciés de leur poste, et les manifestations
de protestation se sont heurtées à la violence policière.
Le gouvernement a
participé à la création d'organisations syndicales non représentatives qui
ont usurpé les noms, les titres et les rôles des centrales existantes. Lors
des rencontres internationales, le pouvoir a " accrédité des personnes qui
ne représentaient pas les syndicats légitimes. Il n'a pas non plus respecté les engagements conclus lors des missions de conciliation entreprises par le
BIT, la CISL ou 'ORAF.
VIOLATIONS EN 2005
Les violations flagrantes des droits syndicaux s'inscrivent dans un contexte
général de non- respect des droits humains et démocratiques.
Dans ce climat,
l'opposition n'a pas participé aux scrutins présidentiels et régionaux
d'avril et de novembre. Le 23 octobre, les forces de l'ordre ont tué un
jeune homme de 18 ans lors d'une manifestation contre l'augmentation des
prix.
Le 30 octobre, le bilan de la destruction d'un bidonville peuplé
essentiellement de familles de dockers a été encore plus meurtrier : cinq
morts (dont une femme et un enfant de 11 ans), huit blessés graves et cinq
disparus. Selon l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
l'agriculture (FAQ), près de 150.000 personnes, soit plus d'un cinquième de
la population, font face à des pénuries alimentaires.
___________________________________________
Souhaits de la LDDH
Recommandations :
La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) constate avec encouragement
l'évolution des mentalités de bon nombre de dirigeants au Pouvoir notamment
le Premier Ministre Dileita, qui semblerait ne pas s'opposer à une ouverture
de dialogue avec les Forces syndicales indépendantes, reconnues pour leurs
activités sur le plan International, comme l'UDT et l'UGTD ;
La Ligue Djiboutienne des Droits Humains (LDDH) souligne l'importance
capitale d'une telle initiative venant du Premier Ministre d'autant plus
qu'une crise sociale lors de la Conférence de COMESA risque d'être fâcheux
et à notre avis, il serait difficile aux Forces de répressions de tirer dans
le tas au vu et au su des Conférenciers et surtout sous l'oil vigilant des
caméramans du monde entier ;
Elle lance un Appel pressant à tous les partenaires sociaux Djiboutiens,
avec l'assistance du Monde des Travailleurs d'encourager la Primature à
ouvrir durant le mois de septembre prochain un dialogue franc et sincère
avec tous les défenseurs des Droits Economiques et Sociaux que sont, en
particulier, les Syndicats Indépendants.
M.NOEL ABDI Jean-Paul
_____________________________________________
Annexes
LETTRE D'INFORMATION DU 13 AOUT 2006
AU PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE
Monsieur le Procureur de la République,
Je tiens à attirer votre aimable attention sur le cas d'un ancien
syndicaliste, victime des licenciements arbitraires et abusifs durant la
période de la chasse aux syndicalistes, qui semble, d'ailleurs, (depuis plus
d'an) reprendre de l'ampleur.
En effet, le 9 août 2006 de Mr AHMED SOULEIMAN MOHAMED, ancien responsable du syndicat du personnel de la STID, conseillé du secrétaire général de
l'UDT, licencié en 1997, a été arrêté puis jeté en prison.
Le principe même de la détention provisoire, à notre avis, n'a pas été respecté pour ce cas.
Nous vous prions de bien vouloir mettre fin aux anciennes « décisions
cavalières de l'ancien Procureur Politique »
Je vous soumets pour votre information, le Communiqué du 9 août 2006 de
l'Observatoire, ainsi que la Diffusion d'Information de la LDDH
Avec mes sentiments déférents.
M. NOEL ABDI Jean-Paul
_________________________________________________
Ci-après
Le Communiqué de l'UDT
COMMUNIQUE DE L'UDT
Mr AHMED SOULEIMAN MOHAMED, ancien responsable du syndicat du personnel de la STID, conseillé du secrétaire général de l'UDT, licencié en 1997 pour ses
activités syndicales, est depuis mercredi 10 août 2006 à 22h 30 arrêté et
détenu à la brigade nord de la gendarmerie nationale.
En fait, le camarade en question travaillé en qualité d'agent journalier
dans un cabinet privé vendant des services bureautiques et de secrétariat
appelé communément à Djibouti « écrivain public ». l'activité du cabinet
consiste : saisit des textes - préparation des devis- rédaction des
plaintes, des demandes, des déclarations - photocopie des documents - etc ..
Avant hier, un client s'est présenté à leur cabinet afin qu'on lui fasse la
saisie d'un lettre adressé au directeur de la sécurité nationale. Le client
est un ancien sergent de l'armée nationale djiboutienne actuellement à la
retraite.
Quoi qu'il en soit les causes de l'arrestation de notre camarade est plus
que douteuse voire arbitraire.
Aujourd'hui en fin de matinée il est transféré à la prison civile de
Djibouti sous mandat de dépôt. Cependant, nous sollicitons une solidarité
internationale pour sa libération immédiate.
ADAN MOHAMED ABDOU
secrétaire général de l'UDT