07/12/16 (Brève 885) LIBAN ÉNUCLÉÉ PAR DES BARBARES – Appel à la solidarité (La voix au Chapitre par Aïnaché)

Ainache
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LIBAN ÉNUCLÉÉ PAR DES BARBARES
Appel à la solidarité

Samedi 3 décembre pratiquement un mois  après que le jeune militant,  LIBAN MOUSTAPHA HASSAN se soit fait arracher les yeux, sauvagement par  »ses » compatriotes, ses amis ont organisé une manifestation au lieu même de son supplice, place du Champ de Mars à Bruxelles, pour dire haut et fort qu’ils demandent justice et que les agresseurs sauvages encore en liberté soient arrêtés et jugés.

Il faut, que ceux qui par leurs discours ont pourri les cerveaux déjà dérangés de ces barbares, soient dénoncés et mis hors de l’espace politique, car par cet acte horrible ils se sont disqualifiés.

Il faut, que ceux qui savent, où se cachent ces barbares, qui ont commis cet acte odieux sur leur compatriote Liban, les livrent à la justice.

Par ailleurs, je trouve très malsain l’instrumentalisation du malheur de Liban à de fin promotionnelle personnelle et politique. Liban souffre suffisamment ainsi pour que des charlatans en mal de notoriété l’utilise.


SOLIDARITÉ ACTIVE

Cette manifestation a réuni environ une centaine de personnes ce samedi après-midi de 14h00 à 16h00 dans un froid pénétrant de l’automne Bruxellois. Des Djiboutiens sont venus d’un peu partout d’Europe et même de Djibouti,  pour témoigner de leurs solidarités au jeune militant actif Liban.

Après la manifestation les participants ont pris le chemin de l’hôpital saint Pierre où est soigné Liban, pour s’enquérir de sa santé et l’ assurer de leur solidarité active.

Il était réconfortant de voir une longue queue de nos compatriotes attendre patiemment  leur tour pour pénétrer dans la chambre de Liban où un de ses amis les introduisait par petit groupe de deux à quatre personnes .

Nous sommes tous unanimement surpris   de la sérénité et de la hauteur d’esprit que dégageait ce jeune homme, sauvagement énuclée demandant aux uns et aux autres des ses visiteurs de prier pour lui sans montrer la moindre haine, réclamant tout simplement que la justice fasse son travail.

Cette phrase qu’il avait prononcé le lendemain de son agression :

‘ Ils m’ont ôté ma vue mais pas ma vision’
 prend tout son sens en le voyant aussi serein .

Pour certains d’entre nous plus émotifs c’est paradoxalement Liban qui nous a réconfortés.


COLLECTE DE FONDS

Une intervention de greffe de yeux dans l’espoir que Liban retrouve la vue n’est malheureusement pas possible en Belgique. Aussi ses amis très actifs ont lancé, pour financer une telle intervention qui serait possible en Chine ou aux USA, une collecte de fonds.  Ils ont déjà récoltés environs en peu plus de 5.000€. Les informations sont disponibles sur la page Facebook :
–  www.facebook.com/SolidariteEntreDjiboutiens/

Banque BELFUIS
  Nationale : Nom de compte : Association de Liban Moustapha Hassan –                             Numéro  de compte : BE17    068-9311218-21
Internationale :Nom de Compte : Association de Liban Moustapha Hassan
                               Numéro de compte:  BE17 068-9311218-21 et BIC : GKCCBEBB

Je ne doute pas un instant que la générosité de nos compatriotes soit à la hauteur de l’émotion qu’a créée cette agression inhumaine envers notre jeune ami Liban.

Enfin je voudrais féliciter les amis de Liban pour  toutes les activités de solidarité et de l’organisation des manifestations en sa faveur. Grace à eux Liban se sent entouré et soutenu.

Bravo à eux et bonne continuation.

Bon rétablissement à Liban, nos prières t’accompagnent dans ta quête pour recouvrer la vue.

AÏNACHÉ

23/06/13 (Brève 145) Paris, Maison de l’Afrique, 22 juin 2013 – Intervention d’Aïnaché.

Ainache
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Paris -Maison d’Afrique- 22 juin 2013.
Texte de l’intervention de Mohamed Aïnache

Quelle refondation démocratique en République de Djibouti ?

Et comment faire participer l’ensemble des forces politiques, associatives et de la diaspora au processus d’un dialogue inclusif ?

Le souci actuel de nous tous,  opposants résidents à Djibouti et opposants de la diaspora  consiste à sortir de l’impasse générée par la mise en place de la nouvelle assemblée suite à  l’élection législative du 22 février dernier. 

Après un rappel de la situation actuelle, je vais tenter d’analyser nos forces et nos faiblesses… de repérer les menaces et les opportunités qui sont en présence et dont nous devons tenir compte pour servir notre pays et nos compatriotes, pour créer une nation dont nos enfants seront fiers.

Rappelons que, depuis 10 ans,  l’opposition, scandalisée par les manœuvres précédentes du pouvoir en place boycottait la participation à tout scrutin.

Rappelons que les nations démocratiques, Etats-Unis en tête, avaient  insisté auprès de l’actuel gouvernement pour qu’il cesse ces pratiques et introduise, dans son code électoral, des règles du jeu plus démocratiques ;

Rappelons que, acculé par ces pressions accompagnées très certainement de menaces de diminution des aides accordées, le pouvoir en place avait introduit une dose de proportionnelle dont le calcul bafoue l’idée que tout un chacun se fait de la démocratie !

 En clair, le vainqueur de ces élections obtenait 80 % des sièges et laissait, magnanime, 20 % aux représentants adverses.

Contre toute attente et manœuvre du gouvernement, l’opposition a gagné les élections…

Le pouvoir en place a imaginé un tour de passe-passe scandaleux pour inverser purement et simplement  les résultats.

L’opposition a refusé bien sûr l’aumône de ces 10 sièges et a réuni une assemblée fantôme.

Dimanche dernier, le 16 juin 2013, le premier des Ministres a regretté que l’opposition ne se satisfasse pas de ces 20 % qui lui avaient été « octroyés ».

Admirez le choix du mot….Octroyer …

Le lendemain, un de  leaders de l’opposition, une figure et non la moindre de l’USN, Aden Roble  Awaleh a fait son entrée à l’Assemblée Nationale, chaleureusement applaudi par les députés présents à cette séance.

Bien sûr, il n’avait pas averti ses amis de l’opposition de ce revirement.

Bien sûr, il est donc le seul à s’être présenté et il doit être assis entouré par les 9 chaises vides de ses anciens compagnons.

Mesurons le chemin qui nous reste à faire pour arriver à la démocratie…

Alors, que faire ? Quelles pistes pour parvenir à un changement concret ?

Nous avons des atouts, des outils, des opportunités :

  • Nous avons constaté une très forte volonté de changement exprimée par la population fatiguée de la politique menée depuis 36 ans. …

  • Les élections ont constitué un signe menaçant pour le pouvoir qui ne pourra pas toujours juguler cette envie de liberté et d’égalité du peuple de Djibouti. Pour le moment,  il  se contente  de multiplier les arrestations des responsables politiques et de leurs sympathisants.

  • Cela ne suffira pas.

  • Les pressions des nations démocratiques se feront plus fortes et Ismaël Omar Guelleh devra prouver son ouverture, sa capacité d’entendre la voix des djiboutiens et les revendications de l’opposition qui se structure tant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

  • Toutefois, il nous faut aussi être réaliste et admettre que  la population de Djibouti est beaucoup moins anti-gouvernementale que l’on pourrait le croire de l’extérieur.

  • Cela s’explique par la peur des citoyens à la cruelle répression de tout discours anti-gouvernemental et par la propagande.

  • Notre peuple est aussi soumis à une propagande gouvernementale continue et ne bénéficie d’aucune autre source d’information. 

  • Profitons des moyens de communication offerts par internet via les réseaux sociaux, multiplions les actions d’informations par tous les moyens,  les débats dans les différentes conférences, forums ou séminaires comme aujourd’hui à cette Maison d’Afrique où nous sommes accueillis chaleureusement.

  • Autre atout : la pression exercée par les nations occidentales auprès de notre gouvernement pour qu’il modifie ses pratiques.

  • Toutefois, ne nous leurrons pas et n’entretenons pas l’espoir béat d’une véritable intervention des pays amis.

  • Je suis intimement convaincu, que nos « amis » préféreront toujours les solutions molles de médiation ou comme souvent, fermeront  les yeux.

  • Il nous appartient de les interpeller concernant le silence de leur diplomatie ou de leurs ressortissants sur place devant les pratiques du pouvoir djiboutien  : corruption endémique et  privation systématique des libertés.

  • Nous nous sommes structurés et avons  créé  le 1er février 2012, la Coordination Nationale pour la Démocratie à Djibouti (CNDD).

  • Nous avons voulu, autour de la CNDD rassembler  toutes les forces politiques, associatives et syndicales, afin d’élaborer les conditions d’une alternance crédible.

Je rappelle  les objectifs de la CNDD :

  • L’instauration d’un État de droit et de démocratie.
  • Le respect des libertés fondamentales
  • La formation d’un gouvernement d’union nationale de transition chargé de mettre en œuvre les résolutions de la charte de transition notamment les réformes politiques, de la citoyenneté et de la sécurité.
  • La refonte  des listes électorales.

Les  membres de la CNDD ont signé lors de sa création au mois de février 2012, un appel condamnant la politique autoritaire du pouvoir.

 Rien n’a changé. La répression s’intensifie.

 La coordination des forces démocratiques reste indispensable si nous voulons sortir de l’État policier et arriver à un État démocratique.

 Peu importe l’appellation : coordination, coalition, club, amicale ou fédération, l’essentiel est  de faire vivre les idées d’union qui nous animent sans nous noyer dans des querelles sémantiques qui cachent en réalité des égos surdimensionnés.

Un peuple en attente de changement, une opposition qui se structure, des possibilités grâce à internet de communiquer en dehors des voies traditionnelles et surveillées  …

Si nous avons des opportunités, nous avons aussi des menaces pour entraver nos actions, freiner notre volonté de faire bouger le pays. Je ne parlerai pas de nouveau des pratiques en vigueur instaurées par le pouvoir en place depuis 36 ans, mais de réalités qui nous concernent et qu’il nous faut regarder en face :

Mes Amis, je vais me répéter, Je veux parler du tribalisme.

Il faut nous débarrasser de ce fléau pour parvenir à construire une nation digne, juste et libre, une nation de respect et d’égalité.

Les partis de la coalition gouvernementale comme ceux de l’opposition pratiquent au sein de chaque institution, lors de chaque nomination un savant dosage  ethnique et tribal.

Ces pratiques font tellement  partie de notre culture politique que nous ne les discernons pas toujours et que nous n’arrivons pas à nous en débarrasser.

Convenez avec moi que  l’opposition qui s’élève vertueusement contre le tribalisme succombe souvent à la tentation de ce saupoudrage maléfique…

Cette attitude est malsaine, nous le savons, elle bloque notre capacité de discernement, elle prive notre pays d’élites qui seraient choisies pour leur compétence, leur intégrité et leur sens de la nation.

Pour ma part, fidèle à mes engagements, je me suis toujours tenu à l’écart de ce système et je l’ai ouvertement critiqué dans toutes mes interventions ou dans tous mes écrits.

 Mes chroniques  »LA VOIX AU CHAPITRE »  disponibles sur le site de l’ARDHD (lien) sont là pour en témoigner. J’ai à cœur de mener ce combat et je n’y renoncerais pas !

Que pouvons-nous faire de concret ? Avons-nous un levier qui pourrait induire des changements ? Constituons-nous une force suffisante ?

Oui, je le pense.
Je viens d’évoquer des faits, de mettre en avant des forces, d’alerter sur des faiblesses et maintenant ?

Et maintenant si nous rêvions…

Et si nous évoquions la possibilité d’une ouverture ?

Et si le chef de l’État, à  l’occasion de la fête nationale  du 27 juin, appelait à la réconciliation nationale ?

Et s’il annonçait  l’organisation d’une Commission Nationale où tous les partis politiques, les associations et des membres de la  société civile seraient conviés ?

Ainsi nous pourrions  travailler tous ensemble pour imaginer un pays plus libre, plus riche, où nos enfants s’épanouiraient dans le respect de notre culture, dans les valeurs  de l’égalité, du travail et du partage.

AÏNACHÉ

27/05/13 (Brève 142) 5ème Forum Mondial des Droits de l’Homme. Intervention d’Aïnaché.

Ainache
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Nantes – le 25 mai 2013
Liberté de la presse à Djibouti …Liberté tout simplement : (Par AÏNACHÉ)

Les défenseurs des Droits de l’Homme le savent bien : une des premières actions pour agir  consiste à inventorier sans relâche les manquements aux libertés.

Dans ce domaine, il ne faut pas craindre de se répéter !

Lors d’une conférence en avril dernier à Paris à la Maison d’Afrique, j’avais  évoqué le paysage médiatique de Djibouti  …

Ancien Directeur-Général de la RTD, (Radio et Télévision de Djibouti), c’était en professionnel mais aussi en citoyen que j’avais décrit la situation des medias dans mon pays.

Permettez que je vous en dresse ici  le panorama.

Ce ne sera pas long et pour cause …

Un journal unique,
Une radio et une télévision étatique.
Point final.

A Djibouti, on n’aime pas les journalistes, aucun n’obtient de visa pour entrer.

Plusieurs journalistes se sont vu refuser leurs demandes de visa, d’autres se sont vu refoulés à l’aéroport.

Ce fut la mésaventure du correspondant de la chaîne Qatari  »AL JAZIRA » dans la région qui avait essayé sur plusieurs frontières de rentrer à Djibouti lors des manifestions unitaires de l’opposition de février 2011.

C’est simple, dans nos représentations et notamment à Paris, la première question que les agents d’accueil posent aux demandeurs de visa est celle-ci  »êtes-vous journaliste ? ».

Ce qui désarçonne les simples touristes et finalement en décourage certains.

Il y a quand même une exception à ces refus, les journalistes du Magazine Jeune-Afrique.

Ces derniers n’ont pas besoin de faire de démarches pour obtenir des visas. Ils ne risquent aucun refus comme leurs collègues car ils sont régulièrement invités par le pouvoir à chaque fois que celui-ci a besoin de faire passer un message.

Quant à l’opposition, interdiction lui est faite de créer un media indépendant.

Le pouvoir s’est fait violence durant la campagne électorale en couvrant partiellement les réunions de l’opposition. La couverture obligatoire se transformait régulièrement en un sabotage.

En effet,  les trois minutes octroyées généreusement à l’opposition, dans  »l’Édition

Spéciale élection » se résumait à un plan large de la réunion et quelques phrases hachées des différents orateurs donc forcément dénaturées. Cela frisait le ridicule.

La plupart du temps, pour ne pas dire quotidiennement, le journal télévisé se limite intégralement à l’activité présidentielle. Il n’est pas surprenant pour ceux qui subissent le déroulement du journal télévisé, de voir de longues minutes sans commentaires, comme au temps des films muets…

En effet, les journalistes de différentes rédactions, journal écrit, agence de presse,  radio et télévision ne produisent rien sur les informations locales : ils reçoivent  du cabinet présidentiel les textes à lire et à imprimer.

Il n’est pas étonnant que les Djiboutiens suivent les radios et télévisions étrangères.  Cela agace prodigieusement le pouvoir. Il fait régulièrement des tentatives auprès des médias étrangers et particulièrement des chaînes qui diffusent des informations en langue somalie : BBC de Londres et VOA de Washington. Il se murmure que les  journalistes de ces différentes radios seraient approchés régulièrement par des émissaires  gouvernementaux afin de  monnayer un contenu bienveillant pour le pouvoir en place…

Quant à RFI, (Radio France International) … Le pouvoir ne s’est pas gêné pour fermer purement et simplement son relais pour la région de la corne d’Afrique.

Jusqu’à présent, le gouvernement ne montre pas la moindre ouverture dans le domaine des médias, bien au contraire, il refuse toute demande de création d’un journal ou d’une radio indépendants.

Il n’est donc pas étonnant que notre pays se loge au 167ème rang  du classement mondial de « Reporters Sans Frontière ».

Pourtant le gouvernement de Djibouti a légiféré dans ce domaine en créant il y a 20 ans une Commission Nationale de la Communication.

Je vous lis le texte de la Constitution à ce sujet :

 » La Commission Nationale de la Communication est une autorité indépendante prévue par la loi n°2/AN/92 2ème L du 15 septembre 1992 relative à la liberté de la communication.

La liberté de communication est garantie par la Constitution et, est définie par l’article 3 de la loi susvisée: « La liberté de communication est le droit, pour chacun de créer et d’utiliser librement le média de son choix pour exprimer sa pensée en la communiquant à autrui, ou pour accéder à l’expression de la pensée d’autrui.

Le citoyen a le droit à une information complète et objective, et le droit de participer à l’information par l’exercice des libertés fondamentales de pensée, d’opinion et d’expressions proclamées par la Constitution.

La Commission Nationale de la Communication est chargée de veiller au respect du pluralisme de l’information ».

Impressionnant, n’est-ce pas ?

Cette commission n’a jamais été constituée
.

Dans ces domaines concernant les Libertés, le gouvernement rédige des lois qui ne seront jamais appliquées. Autant de belles paroles, de beaux textes inspirés … pour maquiller les offenses quotidiennes à la démocratie.

Comme nous sommes nombreux à le constater, la situation empire depuis l’élection détournée du 22 février dernier.

Au-delà des atteintes à la Liberté de la presse, ce sont les Droits de l’Homme qui sont gravement bafoués.

Sur place, il est difficile et dangereux pour les Djiboutiens de lutter directement. Les mesures d’intimidations sont fréquentes et les portes de la prison de Gabode s’ouvrent facilement pour ces hommes qui se lèvent pour s’opposer, protesté …

Voire seulement pour s’exprimer.
Voire seulement pour démontrer leur amitié et apporter leur soutien …
Oui, il existe un délit d’amitié à Djibouti …

Les détentions arbitraires sont monnaie courante et comme le dénonce l’ODDH dans son communiqué de presse du 19 mai dernier, certains prisonniers ont été  « soumis à un traitement inhumain et dégradant dans des conditions extrêmes. »
 
Un certain nombre de personnes ont été refoulées à l’aéroport de Djibouti. Il leur a été interdit de quitter le pays. Une liste d’une centaine de personnes ainsi privées de sortie de territoire aurait été établie par le pouvoir.

Voilà l’état des lieux.
La situation se détériore, il convient de nous mobiliser davantage et nous en sommes conscients. Conscients et déterminés.

Quelles sont nos forces et quels sont nos outils pour combattre cette situation sur place et à l’extérieur de Djibouti ?

Sur place, rendons hommage à l’ODDH, l’Organisation Djiboutienne des Droits de l’Homme qui œuvre depuis de nombreuses années. (1999)

A Jean-Paul Abdi Noël en particulier, hélas décédé,  et aujourd’hui à son successeur, Farah Abdillahi Miguil.

Depuis déjà quelques années, des sites internet favorisent l’échange et la circulation de l’information. Le développement des réseaux sociaux comme twister et Facebook facilite cette démarche. Malheureusement, l’accès à Internet n’est pas encore à la portée de tous les Djiboutiens soit par éloignement géographique, soit pour des raisons culturelles et économiques.  Sans compter que la censure intervient également à ce niveau en privant sporadiquement Djibouti de connexions.

Nous constatons que, malgré la censure, malgré l’information manipulée, malgré les arrestations, les Djiboutiens expriment leur frustration et n’ont plus peur de réclamer le changement.

A Djibouti, le vendredi* est devenu un jour dédié à la revendication. Les hommes et des femmes se retrouvent à la mosquée que personne ne peut encore leur interdire.

Ce phénomène inquiète à tel point le pouvoir en place que la présidence a convoqué les imams pour une réunion au cours de laquelle le contenu de leur prêche leur est suggéré…

Il nous appartient d’envoyer à ces hommes et à ces femmes des manifestations de soutien,

La diaspora d’Europe et d’Amérique du Nord, elle, se rassemble et s’organise, comme aujourd’hui à Nantes.

Nous allons constituer des groupes de travail thématiques, multiplier les réunions matérielles et immatérielles, participer à des Forums, tel que celui-ci pour contribuer à porter haut et fort la parole bâillonnée de nos concitoyens.

AÏNACHÉ

*MALINTA JIMCAYY JAABUUTI LAJIRAAY
  GUUMEESIGA JIIFFIYAA JILCIYAY
  SIIDAD OOLAH JIDHAAY KII TAGUE
   KANJOGANAAH JAANTA UUKO LAAB*

Traduction rapide et raccourcie
 :

(Oh toi vendredi qui a toujours favorisé Djibouti –
Toi qui a terrassé le colonialisme et l’a affaibli–
Comme tu as renversé celui qui est parti –
Fait du même pour celui là aussi…..i)’’

25/04/2013 (Brève 139) Mohamed Moussa Aïnaché nous a adressé le compte-rendu de la réunion de samedi à Paris, qui a réuni différentes personnalités : des responsables de l’opposition djiboutienne et des membres d’organisations françaises impliqués dans le combat pour l’instauration de la démocratie à Djibouti.

Compte rendu de la Conférence sur la situation à Djibouti

Lieu : IREA-Maison de l’Afrique,
7 rue des carmes 75005 Paris

Date : Samedi 20 avril 2013 – de 14h00 à 19h30

La conférence de Paris a été un succès bien au-delà de nos espérances. Elle a accueilli une diaspora djiboutienne – à l’image du peuple djiboutien – avide de libertés et de débats démocratiques. Toutes les sensibilités du paysage politique et associatif djiboutien étaient représentées. Plusieurs sujets ont été évoqués au cours de cette conférence, en présence de nombreux démocrates africains et français : les questions des droits de l’Homme, de la démocratie, de la nature de l’État, des élections récentes ainsi que les rôles de la jeunesse et de la diaspora.

Quelques axes de solidarité avec le peuple de Djibouti ont été explorés par les organisations amies (africaines et françaises).

La conférence a débuté avec un rappel historique de Mohamed Kadamy sur les origines de la crise et des dérives actuelles qui découlent du choix fait dès l’indépendance de confisquer les libertés et de tourner le dos à la constitution d’un État national.

Mohamed Moussa Aïnaché, ancien Directeur Général de la Radio et de la Télévision, a décrit la chape de plomb médiatique que subit Djibouti. Il a rappelé que c’est le pays d’une seule télévision, d’une seule radio et d’un seul journal et qu’il se loge au 167ème rang du classement mondial de « Reporters Sans Frontières ». Et paradoxe : des puissances démocratiques internationales continuent de soutenir le régime.

Mahdi Ibrahim God a mis en parallèle l’énorme soutien et rentes occidentaux que reçoit le régime et la misère que vit le peuple djiboutien.

Le représentant de la FIDH, Florent Geel, a ensuite présenté l’état des droits de l’homme à Djibouti. Sa présentation basée sur des faits a mis en exergue les différentes violations des droits de l’homme dans ce pays (exécutions extrajudiciaires, arrestations arbitraires et tortures).

Ensuite Ahmed Kassim Issé a rappelé les punitions collectives, l’injustice, la discrimination et l’impunité dont jouissent les responsables des crimes commis, autant d’éléments qui alimentent la crise qui secoue ce pays.

Le débat qui s’est instauré après ces interventions, a permis aux uns de critiquer les exposés et aux conférenciers de préciser certains points.

Plusieurs orateurs ont mis l’accent sur la nécessité de préparer dès à présent la transition vers la démocratie.

Après une brève pause la conférence a repris avec le témoignage de Cassim Ahmed Dini, qui a partagé avec l’auditoire son vécu personnel en tant que témoin oculaire des derniers événements en cours. Il a évoqué également les limites de l’action des partis politiques ainsi que certaines faiblesses de l’opposition.

Maki Houmed Gaba a pris la parole pour décrire la nature du régime et ses dérives en matière de droits de l’homme ainsi que sa difficulté récurrente à tenir ses engagements nationaux (l’accord de paix de mai 2001 entre le régime et l’opposition armée est restée lettre morte) ou internationaux (beaucoup d’engagement sur les droits de l’homme, ou convention contre la torture, non respectés).

Alexis Mohamed a de son côté décrit la place de la jeunesse et l’exclusion dont elle est l’objet dans la sphère économique du pays. Il a précisé que cette exclusion touche l’ensemble du peuple djiboutien. Dans le souci de désenclaver médiatiquement et politiquement l’entité djiboutienne, l’apport de la diaspora et le rôle de la solidarité africaine et française avec le peuple djiboutien ont été abordés.

Nidal Mahmoud Ibrahim a passé en revue la place que doit prendre la diaspora dans la promotion des droits de l’homme et des libertés démocratiques. Il a souligné la nécessité pour cette diaspora de s’affranchir des pesanteurs tribales et se mettre à la disposition du peuple djiboutien dans ses aspirations au changement et à la démocratie. L’originalité de cette conférence consacrée à la situation à Djibouti est la participation importante des démocrates africains et français qui a fait l’objet de la 3ème table ronde. Outre leur solidarité agissante à l’égard du peuple de Djibouti en lutte pour la démocratie, ces organisations ont chacune proposé quelques pistes pour faciliter les actions des démocrates djiboutiens.

Sylvie Jan du PCF (ancienne présidente de FDIF) qui a plaidé pour une autre politique de la France à Djibouti, a demandé que les aides de la France soient conditionnées au respect des Droits Humains et à la transparence des élections.

Acheik Ibn Oumar (Tchad CNCD – ancien ministre des Affaires étrangères du Tchad), Augusta Epanya (Cameroun UPC), Kecheri Doumbia (Mali FNC) ont tous affirmé que les luttes des djiboutiens ne doivent pas être isolées et doivent être relayées à l’extérieur par les démocrates africains,

Ayivi Raymond de la plate-forme panafricaine et Zang-Nezoune Mahamat, de l’Amicale panafricaine ont chacun de leur côté, estimé que les organisations africaines (UA, IGADD) devaient jouer un rôle proactif dans la recherche d’une sortie de crise à Djibouti, avant que la situation ne devienne explosive, en facilitant le dialogue entre le pouvoir et l’opposition

Enfin, David Gakunzi, a rappelé à l’auditoire que l’IREA-Maison d’Afrique est un espace de dialogue et de paix ouvert à tous et notamment à la communauté djiboutienne. Il a également ajouté que cette conférence ne sera pas la dernière et qu’en accord avec les autres organisateurs d’autres conférences sont prévues.

A noter également dans la salle, la présence du nouveau délégué spécial pour l’union de salut national (USN) aux affaires étrangères globales, Mr Abdourahman Borreh, ainsi que d’autres invités de marque. .

22/04/2013 (Brève 136) Contribution d’Aïnaché à la Conférence sur la situation à Djibouti qui s’est tenue à Paris le 20 avril 2013


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Par Aïnaché

CONFÉRENCE SUR LA SITUATION A DJIBOUTI

PARIS, Samedi 20 avril 2013

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,
Chers compatriotes,

Avec l’introduction de ce fameux 20 % à la proportionnelle, lors de l’élection législative du 22 février dernier, certains d’entre nous avaient espéré.

Ils ont voulu croire qu’il y avait là, une avancée, minime, certes, très minime, mais une amorce de démocratisation  à Djibouti.

Nous savons hélas, aujourd’hui, que c’était un leurre.

Cette manœuvre du gouvernement en place avait pour objectif de mettre  fin aux critiques persistantes qui pleuvaient sur la pratique antidémocratique de la non représentation des opposants à l’Assemblée Nationale.

Cette fausse ouverture assouvissait également  les appétits de quelques assoiffés d’un mandat.

Ce piège grossier a été tendu par les tenants du pouvoir  pour sortir de dix ans de boycottage des élections dont la population djiboutienne avide de s’exprimer, commençait à se lasser.

L’opposition ne s’était pas remise du détournement des résultats des élections de 2003 et avait décidé de ne plus participer à aucune autre élection tant que le pouvoir ne lui donnerait pas satisfaction sur les garanties d’une élection véritablement démocratique.

A cette occasion, comme  un de mes amis a eu la gentillesse de me le rappeler, j’avais pris la liberté de m’exprimer dans un article consultable sur le site ARDHD, du 27/11/02 – LA VOIX AU CHAPITRE : Échéance Électorale.

 Je n’ai rien à retirer de ce que j’ai écrit il y a presque 11 ans.

En effet, rien n’a changé.  Nos dirigeants sont restés des experts en tripatouillage électorale.

Le 9 octobre 2004, l’Opposition unie avait interpellé le Président de la République. Nos exigences portaient, outre l’indispensable refonte du Conseil Constitutionnel, prévu par l’accord de paix du 12 mai 2001 sur :

  1. La refonte et la réactualisation des listes électorales 
  2. L’établissement de ces listes par bureaux de vote dans les régions de l’Intérieur
  3. La publication des listes et leur mise à disposition de  tous les partis politiques 
  4. La mise en place d’une véritable Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), composée à parité égale de représentants de l’opposition et de représentants des partis au pouvoir, sous la présidence d’une personnalité indépendante acceptée par les deux parties ;
  5. L’élaboration conjointe (Opposition/Gouvernement) d’un Statut Spécial pour  la ville Capitale ;
  6. La modification de la Loi relative aux élections dans ses articles 27 et 54, portant sur la proclamation des résultats et la remise des Procès-verbaux, consécutive au dépouillement du résultat des scrutins. Désormais, pour une réelle transparence des élections, nous demandions que chaque partie dispose d’un exemplaire du PV et des résultats proclamés par la CENI ;
  7. L’abandon pur et simple des pratiques de l’ancien système du parti unique dans la désignation des assesseurs. Ces assesseurs devront représenter les parties en compétition ;
  8. L’accès libre et équitable des partis politiques aux médias publics ;
  9. L’amendement et l’application effective de la loi de 1992 sur la communication qui autorise l’ouverture de radios et de télévision libres.
Neuf revendications guidées par le souci d’instaurer enfin une démocratie digne de ce nom en République de Djibouti.
 
Pas d’accusé de réception, pas de réponse .

Sans l’assurance d’un changement de pratique de la part du pouvoir, nous avons cherché des garanties auprès de nos partenaires et amis avant de nous lancer dans cette campagne.

Avant les élections, les démarches effectuées auprès de la représentation à Djibouti par l’opposition, comme celles entreprises ici à Paris se sont conclues invariablement par :

 ‘‘Allez aux élections, nous serons vigilants sur leur déroulement ».

Fort de ces encouragements et de ces promesses, et compte tenu des forces d’opposition formelles et informelles grandissantes au sein d’une population opprimée qui attendait ces élections, nous,  l’opposition intérieure et extérieure, avons décidé de participer à l’élection législative du 22 février dernier.

Des nouveaux partis tels que le MoDel et RADD  s’étaient  créés et avaient demandé leur agrément afin de concourir aux élections législatives.

L’élection locale de l’année dernière a montré la lassitude des Djiboutiens, à l’égard du tenant du pouvoir et a donné la victoire à la liste indépendante  »RADD » encore tolérée. Ce qui a créé un réel espoir de changement.

Cette fois, le gouvernement en place n’a pas eu le temps de manipuler ces partis émergeants. Pourtant, la méthode était rodée : il suffisait de cloner ces nouveaux partis, ces syndicats ou ces associations. On en crée d’autres, on leur donne les mêmes appellations et bien sûr, on met à leur tête, des marionnettes dociles et soumises…

Des méthodes de ce genre, le pouvoir en invente régulièrement et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il est sans vergogne. C’est ainsi que, suite à la dernière élection législative, il a licencié comme de simples employés les Elus du Conseil Municipal de Djibouti Ville : le Maire et ses adjoints !

Cette fois, le MoDeL et le RADD ont échappé au clonage et ont rejoint l’opposition. Ces renforts ont permis la création de l’Union de Salut National (USN).

Une dynamique était née.  Cette nouvelle opposition a galvanisé les foules, comme en témoignent les réunions et les manifestations tenues durant les 12 jours de cette campagne électorale.

On connaît la suite :

  • panique au plus haut sommet de l’État au vu du succès grandissant et de l’engouement suscité lors des différents meetings de l’opposition à Djibouti-ville comme dans toutes les villes et les villages à travers le pays
  • intervention télévisée menaçante  du chef de l’État, après la clôture de la campagne électorale transformant l’élection législative en un référendum : Pour ou contre le Président.
  • fraude massive  qui a abouti purement et simplement à l’inversion des résultats du scrutin, après un conciliabule de nos dirigeants durant neuf longues heures. 

L’ Ambassadeur de France a alors ouvertement cautionné cette élection frauduleuse constatée par tous les observateurs en place en félicitant le parti du Président et les Elus.

Cette sortie ridicule a bien sûr été exploitée par le gouvernement en place qui a largement diffusé son intervention dans les médias.

Silences gênés de nos amis français qui contrastaient avec leurs encouragements appuyés qu’ils nous avaient prodigués avant les élections…

Ce manque de clarté de la France, ces attitudes ambiguës, ce double langage entre  pouvoir en place et opposition sont déstabilisants.

Nous avons apprécié l’attitude de la représentation des États-Unis d’Amérique présente à Djibouti qui est resté fidèle à la politique prônée par Le Président Barack OBAMA vis à vis des dictateurs africains dans la ligne qu’il  avait fixée lors de son discours à Accra du 11 juillet 2009 affirmant  :

 L’AFRIQUE N’A PAS BESOIN D’UN HOMME FORT, MAIS D’UNE INSTITUTION FORTE-  .

C’est ainsi que le Président OBAMA

  • s’est bien gardé de féliciter notre Président à l’issue de la reconduite de son troisième mandat anticonstitutionnel.
  • ne l’a jamais invité à la Maison Blanche comme il l’a fait pour les différents Présidents africains démocratiquement élus. Ces rencontres, comme celles du 31 juillet 2011 et récemment du 28 mars 2013 sont qualifiées de « rencontres de solidarité démocratique qui visent à saluer des démocraties solides et émergentes. »

Notre Président, vexé de cet affront, s’est agité avec frénésie pour s’inviter  -sans y être convié- à la réception  donnée par le Président OBAMA à New-York en septembre 2011.

Et, aujourd’hui, ici, à Paris, nous voulons dire haut et fort à la France, le pays des droits de l’homme qu’elle nous a déçus :

Elle nous avait assuré de son soutien,

Elle s’était porté garante du bon déroulement des élections.
…. pour se taire, une fois de plus, à la proclamation de résultats honteusement manipulés
…et pour, par la voix de son ambassadeur, féliciter les artisans de cet outrage à la démocratie…

Quant à nous, les membres de l’opposition à ce régime indigne,
Si, nous avons été meurtris par ce nouvel épisode douloureux dans notre combat, nous continuerons à œuvrer, nous continuerons à nous faire entendre, nous continuerons notre marche pour une nation libre et digne.

Pour finir, et toujours, pour plaider pour cette nation libre et digne, permettez-moi, en tant qu’ancien directeur de la RTD, Radio et Télévision de Djibouti, de dresser un portrait de l’univers médiatique de notre pays.

Ce ne sera pas long !

C’est un désert unique en son genre. Aucun pluralisme: Un journal unique, une radio et une télévision étatique. point final. Manifestement, il est admis que les médias gouvernementaux suffisent aux besoins de la population.

A Djibouti, on n’aime pas les journalistes, aucun n’obtient de visa pour entrer. Plusieurs journalistes se sont vu refuser leurs demandes de visa, d’autres se sont vu refoulés à l’aéroport.

 Ce fut la mésaventure du correspondant de la chaîne Qatari  »AL JAZIRA » dans la région qui avait essayé sur plusieurs frontières de rentrer à Djibouti lors des manifestions unitaires de l’opposition de février 2011.

C’est simple, dans nos représentations et notamment à Paris, la première question que les agents d’accueil posent aux demandeurs de visa est  celle-ci  »êtes-vous journaliste ? ». Ce qui désarçonne les simples touristes et finalement en décourage certains.

Il y a quand même une exception à ces refus, les journalistes du Magazine Jeune-Afrique. Ces derniers n’ont pas besoin de faire de démarches pour obtenir des visas. Ils ne risquent aucun refus comme leurs collègues car ils sont régulièrement invités par le pouvoir à chaque fois que celui-ci a besoin de faire passer un message.

Il n’est pas étonnant que notre pays se loge au 167ème rang  du classement mondial de « Reporters Sans Frontière ». Ce classement est amplement justifié car, outre l’interdiction de créer un média indépendant, l’opposition n’a pas accès aux médias étatiques.

Le pouvoir s’est fait violence durant la campagne électorale en couvrant partiellement les réunions de l’opposition. La couverture obligatoire se transformait régulièrement en un sabotage. En effet,  les trois minutes octroyées généreusement à l’opposition, dans  »l’Édition Spéciale élection » se résumait à un plan large de la réunion et quelques phrases hachées des différents orateurs donc forcément dénaturées. Cela frisait le ridicule.

La plupart du temps, pour ne pas dire quotidiennement, le journal télévisé se limite intégralement à l’activité présidentielle. Il n’est pas surprenant pour ceux qui subissent le déroulement du journal télévisé, de voir de longues minutes, des images du chef de l’Etat sans commentaires, comme au temps des films muets…

En effet, les journalistes de différentes rédactions, journal écrit, agence de presse,  radio et télévision ne produisent rien sur les informations locales : ils reçoivent  du cabinet présidentiel les textes à lire et à imprimer.

Il n’est pas étonnant que les Djiboutiens suivent les radios et télévisions étrangères.  Cela agace prodigieusement le pouvoir. Il fait régulièrement des tentatives auprès des médias étrangers et particulièrement des chaînes qui diffusent des informations en langue somalie : BBC de Londres et VOA de Washington. Il se murmure que les  journalistes de ces différentes radios seraient approchés régulièrement par des émissaires  gouvernementaux afin de  monnayer un contenu bienveillant pour le pouvoir en place…

Quant à RFI, Radio France International … Le pouvoir ne s’est pas gêné pour fermer purement et simplement son relais pour la région de la corne d’Afrique.

Vous avez dit démocratie ?

AÏNACHÉ

14/03/13 (Brève 123) La voix au Chapitre : UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE (Par Aïnaché (article déjà publié sur un autre site le 27 juin 2012)


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LA VOIX AU CHAPITRE
du 27 juin 2012

UNE CITOYENNETÉ CONTRARIÉE

Par Aïnaché

Une des revendications principale durant la période coloniale était la reconnaissance aux personnes de leur statut de citoyen, qui avait été confisqué par les colonialistes pour un besoin évident de régner en maître absolu sur notre destin.

La division de notre peuple selon les circonstances en privilégiant tantôt telle communauté plutôt que telle autre d’une manière criante permettait à l’administration coloniale de se procurer une paix royale pour nous gouverner à sa guise .

Les plus avertis de nos responsables politiques avaient décelé le piège tendu par l’administration coloniale et ont combattu sévèrement cette politique de division de notre population.
Cette politique compromettait notre accession à l’indépendance. Elle nous cloisonnait en fractions ethnico-tribale et c’est l’une des causes qui a retardé de dix sept ans notre indépendance en regard de la grande vague de décolonisation, de la grande majorité des peuples d’Afrique, des années soixante.

Le rêve éveillé de tout djiboutien consistait tout bonnement à ne plus entendre parler de tribalisme entre nous et de guérir de ce cancer que le colonialisme avait fait germer dans nos esprits.
Bien entendu, les tribus existent et elles font partie de nos cultures et traditions ancestrales .

Elles nous enseignent nos origines souvent évoquées avec  » exagération » lorsque nous parlons de nos ancêtres glorieux.

L’Islam n’a pas glorifié non plus le tribalisme, en référence à la sourate (AL-HUJURAT -les Appartenants) Il est écrit ainsi :  » Ô hommes! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre connaissiez.

Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »
Il faut reconnaitre, que le système tribal n’est pas arrivé dans les soutes des bateaux , avec le colonialisme. Il n’empêche, ils ont bien su en développer le coté négatif avec le concours de quelques nationaux cupides et créer ainsi le tribalisme.

Notre ambition était de nous défaire du tribalisme fétide qui nous divisait en détruisant notre unité et notre sens de la solidarité. Notre objectif consistait à développer le civisme qui privilégie ce qui nous a tant manqué : la reconnaissance à chacun dans son statut de citoyen.

Développer le civisme : tribu oui, tribalisme non !


Hélas, il est regrettable d’avouer que le tribalisme a survécu après l’indépendance et a même été amplifié par le tenant du pouvoir depuis trente cinq ans. Aujourd’hui, il est impossible de postuler un emploi public ou privé, faire des études ou même se soigner sans faire état de son appartenance tribale. Pour bénéficier de quoi que ce soit, il faut appartenir à la bonne tribu ou avoir un appui tribal.

Qui ne connait pas dans sa famille ou ses relations, des personnes privées de documents administratifs les plus élémentaires tel que: les pièces d’identités, la délivrance d’extrait de naissance ou le renouvellement de passeport etc…
Les plus démunis d’entre-nous, subissent des humiliations pour se faire délivrer ce genre de documents et finissent par y renoncer.

Dans le période coloniale, la discrimination n’allait pas aussi loin, car il était possible, et c’était de bonne guerre, que le postulant biaise sur son appartenance ethnico-tribale, ce qui n’est plus possible actuellement car le demandeur a affaire à ses compatriotes.
Il est désolant de constater, que les générations nées après le 27 juin 1977, tout au moins certaines d’entre elles, trouvent normales la pratique du tribalisme et y ont recours sans vergogne .

Ces jeunes sont après tout excusables car malheureusement, ils n’ont connu que cette pratique valorisée par nos dirigeants actuels qui ont trahi l’esprit de notre rêve. Ils n’ont pas connu non plus tous les dégâts causés par le système de division ethnico-tribale dans les périodes coloniales.

Le tenant du pouvoir s’est gardé de développer le civisme, encore moins de l’enseigner à la nouvelle génération.
Pour éradiquer cette carence, il appartiendra à la future équipe, qui accédera aux responsabilités politiques, de développer le civisme à tous les niveaux, dans les écoles, les médias et dans les associations.

Comme il me parait indispensable d’ instaurer l’enseignement de notre Histoire.

C’est une des priorités pour sortir de l’une des crises qui nous empêche de construire une nation digne de ce nom.

AÏNACHÉ

09/06/12 (Brèves 002) La voix au Chapitre : LE RÉVEIL DE L’ARDOUKOBA (Par Aïnaché)


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LA VOIX AU CHAPITRE
du 9 juin 2012

LE RÉVEIL DE L’ARDOUKOBA

Par Aïnaché

Grâce à un certain nombre d’initiatives, l’opposition Djiboutienne s’est
réveillée, comme l’ARDOUKOBA. Ce fameux volcan qui avait eu une éruption dans notre pays en novembre 1978 après un repos volcanique de 3.000 ans.

Comme il nous a été révélé par les scientifiques, ce volcan avait provoqué des phénomènes observables à ciel ouvert : LA DERIVE DES CONTINENTS.

Sans vouloir se hasarder à une quelconque comparaison, force est de constater que les activités de l’opposition Djiboutienne à la fois discrètes ou publiques redonnent l’espoir. Et c’est  heureux ainsi !

APPEL A MANIFESTER

La dernière initiative unitaire de l’opposition Djiboutienne est l’Appel à manifester le samedi 23 juin prochain à Bruxelles devant les Institutions Européennes.

Cette manifestation, à 5 jours de l’anniversaire à l’accession de notre souveraineté nationale, est voulue, et réunira l’ensemble des forces politiques Djiboutiennes d’opposition : membres de la CNDD, de l’UAD, de l’UMD ainsi que les sociétés civiles donc le CDS. Excusez du peu !

Cette manifestation a pour but de redire une fois de plus NON à la dictature à la confiscation de l’État, à la répression arbitraire, aux violations massives des Droits de l’Homme etc…

Elle a pour but également de dénoncer  l’absence de la démocratie après 35 ans de parti unique et l’absence quasi unique de la liberté d’expression qui demeure jusqu’à présent un délit.

Les manifestants émettront le souhait, comme stipulé dans le manifeste de l’Appel : NON à une nouvelle guerre civile, OUI à la paix et à la justice.

Il va sans dire que les Djiboutiennes, les Djiboutiens, et les amis démocrates de Djibouti sont attendus nombreux à cette action de masse collective. 

Je suis persuadé qu’il en sera de même partout où des Djiboutiens sont présents à travers le monde et particulièrement à OTTAWA.

Malgré l’entrave de la liberté et la confiscation de l’État dans tous les domaines, bien que nous soyons le seul pays où aucun contre pouvoir ne fonctionne, nous fêterons quand même le 27 juin de cette année, le 35ème anniversaire de notre accession à l’indépendance nationale.

CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Depuis  ces 35 ans nous subissons  la même politique
socio-économique et les mêmes dirigeants à quelques variantes près.

A l’avènement de notre accession à la  souveraineté nationale, il faut bien admettre qu’une  fée protectrice s’est penchée sur notre berceau !
Les pays amis et ceux plus proche de nous, les monarchies de golfe n’ont pas lésiné pour nous couvrir, lors de notre naissance, de cadeaux sonnants et trébuchants.

Cette générosité est sans doute dû à notre territoire à la dimension étroite (23.000 km2), à une faible population estimée à l’époque à environ  un peu plus de 300.000 habitants, et également au poids des réfugiés  Somaliens accueillis chez nous, suite à la guerre entre les deux pays voisins (Ethiopie et Somalie).

Les réfugiés recensés alors,  représentaient  pratiquement dix pour cents (10%) de notre population.

Bien que le bébé se soit transformé en un monstre insatiable, certains continuent à nous aider et  nous font l’amitié de ne pas nous abandonner à la mal gouvernance et aux détournements criants de nos politiques, ce qui n’a  plus de secret pour personne.

Grâce à la vigilance de nos amis et malgré nos dirigeants insatiables, la croissance de notre économie demeure soutenue.

 A cause de la mal gouvernance, cette croissance n’a pas permis de réduire,  loin sans faut, la pauvreté endémique dans notre pays.

Si nos dirigeants ne torpillent pas les activités portuaires et les investissements étrangers, comme ils ont l’habitude de le faire, les investissements en provenance des pays du Golfe devraient s’accélérer au cours des prochaines années

Comme chacun le sait, le Fond Monétaire International (FMI) a vu rouge en constatant le dérapage habituel en matière de fiscalité en 2009, et a fermement demandé aux autorités Djiboutiennes de s’atteler à rétablir un équilibre des finances publiques pour les prochaines années.

L’accélération de l’inflation est tirée principalement de la croissance des prix des produits alimentaires, pratiquement  tous importés, ainsi que par, dans une moindre mesure, les prix du poste : – logement, eau, électricité, gaz et autres combustibles et de celui des transports.

En réalité, nous ne manquons pas d’atouts  pour renforcer le positionnement de notre pays comme plaque tournante des échanges commerciaux, de logistique et de services connexes. Nous avons la possibilité de mieux nous positionner comme fournisseur de services financiers, de nombreux corridors routiers à réaliser et pour certains à réhabiliter avec  les pays voisins, l’Ethiopie et la Somalie notamment.

Bien que les banques de dépôts et de crédits les plus anciennes se retirent, on constate une floraison des nouvelles banques  qui ont vu le jour. Le nombre d’institutions présentes sur la  place financière au jour d’aujourd’hui  se portent à onze pour un petit pays comme le notre. Et manifestement ce n’est pas fini.

Pour attirer les investisseurs, le gouvernement multiplie les  réformes structurelles, comme la refonte du code des investissements, la loi sur les sociétés et les faillites, ou encore la refonte du code du travail.

Je dois admettre qu’au moins dans les secteurs financiers le tenant du pouvoir se donne les moyens.  Mais, comme toujours les résultats ne profitent pas à la population.

Notre économie est peu diversifiée, nous dépendons presque exclusivement des activités portuaires et du secteur tertiaire.  Ces derniers représentent 76 % du PIB, tandis que le secteur primaire n’a qu’une faible contribution, de l’ordre de 3.9 %.

Notre pays est entièrement, pour ne  pas dire complètement, tourné vers l’extérieur pour notre approvisionnement alimentaire. Notre production agricole domestique ne couvre que 10 % de nos besoins récurrents.

Depuis  longtemps, l’énergie électrique est gérée par l’inamovible cousin du président, elle reste limitée et coûteuse. Cela entrave considérablement le développement de notre pays. La construction lancée avec un grand fracas de publicité, d’une ligne d’interconnexion avec l’Éthiopie  afin d’importer de l’électricité, ne nous a pas encore démontrée son efficacité.

Enfin, bien que nous ne manquions  pas d’atouts  et que la croissance de l’économie soit soutenue, elle ne bénéficie pas,  malheureusement  à  l’ensemble de la population.

Les fonctionnaires sont payés avec du retard, leur salaire est figé depuis des décennies.

Le chômage demeure élevé et la pauvreté touche pratiquement plus de 70 % de la population.

Il faut souligner malheureusement le fait que, malgré une certaine croissance apparente, la majeure partie de la population vit dans des conditions horribles, peut être les pires en Afrique.

Pour que la potentialité de notre positionnement, plaque tournante des échanges commerciaux et géopolitiques profite à l’ensemble de la population, il faut mettre fin à la politique désastreuse menée depuis 35 ans.

CONFISCATION DES MÉDIAS

Pour ce qui concerne la liberté d’informer, il n’y a aucune possibilité d’émettre ou de publier dans notre pays. Bien que la constitution de 1992, ait prévue  :   

– La Commission Nationale de la Communication-, elle n’a jamais été mise en œuvre.

Que dit la constitution :
 » La Commission Nationale de la Communication est une autorité indépendante prévue par la loi n°2/AN/92 2ème L du 15 septembre 1992 relative à la liberté de la communication.

La liberté de communication est garantie par la Constitution et est définie par l’article 3 de la loi susvisée: « La liberté de communication est le droit, pour chacun de créer et d’utiliser librement le média de son choix pour exprimer sa pensée en la communiquant à autrui, ou pour accéder à l’expression de la pensée d’autrui.

Le citoyen a le droit à une information complète et objective, et le droit de participer à l’information par l’exercice des libertés fondamentales de pensée, d’opinion et d’expression proclamées par la Constitution.

La Commission Nationale de la Communication est chargée de veiller au respect du pluralisme de l’information ».

Dernièrement, le pouvoir a voulu réanimer cette Loi qui n’a jamais été mise en œuvre durant 22 ans,  pour trouver une parade et  se prémunir d’ éventuelles demandes  de l’opposition dans ces domaines.

Le dynamisme de l’opposition inquiéterait donc le pouvoir qui cherche comment faire barrage.

Ainsi, ce ne serait pas Le Président qui aurait interdit, la création des outils des médias, mais une instance en principe autonome et libre de sa décision.

Bien entendu  et comme il est de coutume, il mettra à la tête de cette commission un homme de paille qui portera  »le chapeau ».

Le Président n’a t-il pas affirmé dans son journal préféré :  » Jeune Afrique »  n°2655-du 27.11. au 03.12.12.2011- en réponse à la question du journaliste : Pourtant, il n’y a chez vous ni télévision ni radio indépendantes….

Le président avait répondu sans hésiter :  »Ce n’est pas un problème de censure mais un problème d’argent ». On se demande pourquoi sont censurés les sites internet de l’opposition et des défenseurs des Droits de l’Homme comme l’ARDHD ?

D’anciens fonctionnaires qui ont déposé une demande pour la création d’un journal auprès du gouvernement depuis le mois de février dernier attendent toujours  à ce jour une réponse (LOI n°1332).

Le dynamisme de l’opposition et les méthodes évoluent et cela accroit l’espoir et l’attente des Djiboutiens.

Autant je redoute pour mon pays le réveil du volcan l’ARDOUKOBA, autant je me réjouie de la dynamique de l’opposition réunie.

Nous fêterons donc, joyeusement dans l’unité de l’opposition, notre 35ème année d’indépendance, du 27 juin 2012.

AÏNACHÉ