06/01/2014 (Bréve 348) RFI Assassinat du juge Borrel: le principal témoin se dit victime de nouvelles pressions de Djibouti

Par  Florence Morice

Le témoin clé dans l’affaire de la mort du juge français Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, détenu récemment au Yémen, a confirmé à RFI avoir « déposé plainte la semaine dernière au tribunal fédéral de Bruxelles pour séquestration contre les gouvernements du Yémen et de Djibouti ».

Dans un entretien vendredi au site d’informations Mediapart, Mohamed Alhoumekani, ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, affirmait avoir fait l’objet de nouvelles pressions de Djibouti pour revenir sur son témoignage. Les pressions du gouvernement djiboutien ont fait suite à une interview qu’Alhoumekani avait accordée à RFI en octobre dernier. 

En février 2000, l’homme, qui réside en Belgique, avait impliqué dans la mort du juge français l’actuel président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, et son entourage. C’est son témoignage qui avait relancé l’enquête. Il donne une nouvelle interview à Florence Morice.

RFI : Vous affirmez avoir été victime de pression après la publication et la diffusion de votre interview sur RFI ?
Mohamed Alhoumekani : Les autorités djiboutiennes et yéménites ont insisté pour que je puisse contacter Radio France Internationale pour, d’abord si c’était possible, effacer de leur site cette interview ou faire un démenti. Mais j’ai dit : « Il n’est pas question. La presse en Europe est libre ! ». Par la suite, une semaine plus tard, les autorités yéménites m’ont proposé une rencontre avec les autorités djiboutiennes. Les autorités djiboutiennes m’ont proposé un premier démenti sur ce qui s’est passé dans la région d’el-Beïda. Et pour l’assassinat du juge Borel, il fallait que je dise que ce sont des personnes malveillantes en France qui m’ont dicté mon témoignage, que j’étais dans un moment de faiblesse et que j’ai fait mon témoignage en France à des fins personnelles.

Vous avez ensuite rencontré plusieurs fois les autorités djiboutiennes ?
On ne s’est pas mis d’accord lors de la première réunion. Il y en a eu, en tout, quatre réunions. Lors de la dernière étaient présent le ministre de l’Intérieur yéménite et le procureur général, l’ambassadeur de Djibouti avec tout son staff. Monsieur Yasser al-Wardi était désigné par le président djiboutien comme son représentant dans cette affaire, pour pouvoir négocier avec moi, moi et certains membres de ma tribu.

Que vous a-t-on proposé en échange ?
Cinq millions de dollars pour moi. Et ils m’ont demandé si je pouvais faire venir Elisabeth Borel [la veuve du juge Borel]. Et que si Elisabeth Borel acceptait de retirer sa plainte elle toucherait aussi cinq millions de dollars. J’ai refusé.

Vous proposez une confrontation avec les personnes que vous mettez en cause ?
Je lance un défi aux présidents de Djibouti et du Yémen : qu’ils arrivent à démentir ce que je dis. J’ai tous les éléments avec moi pour montrer que je ne mens pas. Ces éléments seront transmis au magistrat français. Je souhaite une confrontation entre moi et toutes ces personnes citées. Je suis sûr qu’ils vont refuser. Ils vont se cacher derrière leur immunité diplomatique, comme d’habitude. Cela veut dire qu’aujourd’hui, quand on est président ou on est responsable des services de renseignements, on peut tuer, on peut voler. Si Ismaïl Omar Guelleh est innocent, mais pourquoi ne vient-il pas se présenter devant cette justice française et dire : « voilà, je suis là pour clarifier les choses » ?

Pourquoi s’acharne-t-il sur moi et sur ma famille ?

Quelqu’un qui n’a rien à se reprocher ne devrait pas faire tout ça. Je pense qu’aujourd’hui on va sans doute arriver à trouver les assassins. Je l’espère en tout cas. J’espère pour Elisabeth Borel qu’un jour la justice française va bien déterminer cela.

04/01/2014 (Brève 347) AFP : Un témoin clé dans l’affaire de la mort du juge Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, détenu récemment au Yémen, affirme dans un entretien vendredi à Mediapart avoir fait l’objet de pressions de Djibouti pour revenir sur son témoignage.

Contacté par l’AFP, Mohamed Alhoumekani, ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, a également confirmé avoir « déposé plainte la semaine dernière au tribunal fédéral de Bruxelles pour séquestration contre les gouvernements du Yémen et de Djibouti ».

Les autorités de Djibouti n’étaient pas joignables dans l’immédiat pour réagir.

En février 2000, l’homme, qui réside en Belgique, avait impliqué dans la mort du juge français l’actuel président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh et son entourage. Son témoigage avait relancé l’enquête.

Le 23 août dernier, M. Alhoumekani avait été arrêté au Yémen, suscitant l’inquiétude de ses proches et de la famille du juge Borrel. Les autorités yéménites avaient mis en avant une demande d’arrestation émise par Interpol à l’initiative des autorités de Djibouti. Il a finalement été libéré le 8 octobre.

M. Alhoumekani affirme que dès son arrestation, « à l’aéroport de Saana par la sécurité nationale », un haut militaire djiboutien lui a demandé de revenir sur son témoignage dans l’affaire Borrel.

« J’ai été conduit à la prison de Marzaki, sans billet d’écrou ni aucun ordre du parquet, sans avoir été présenté à la moindre autorité judiciaire. J’y suis resté 47 jours », affirme l’ancien officier, qui a la double nationalité belge et yéménite.

Selon lui, un député yéménite lui a alors rendu visite, là aussi pour lui proposer d' »aider » le président djiboutien.

Le témoin affirme encore avoir été la cible de coups de feu dans sa voiture au Yémen, deux jours après sa libération.

Puis, alors qu’il était privé de son passeport, de nouvelles « réunions » auraient eu lieu avec des officiels yéménites et djiboutiens. « L’on voulait que je signe des attestations officielles, disant d’abord qu’il n’y a pas eu d’attentat contre moi, et puis que mon témoignage dans l’affaire Borrel avait été dicté par des personnes malveillantes », affirme-t-il. Il a aussi évoqué aussi une proposition financière, « 5 millions de dollars pour moi, 5 millions de dollars pour Elisabeth Borrel », la veuve du juge. Proposition qu’il a refusée, déclare-t-il, en affirmant avoir « réussi à quitter clandestinement le Yémen ».

Lors de son témoignage en 2000, M. Alhoumekani avait affirmé avoir assisté à une réunion au cours de laquelle l’actuel président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président de l’époque, était informé de la mort du « juge fouineur », dont le corps avait été retrouvé à moitié carbonisé dans un ravin. La piste du suicide avait été initialement privilégiée.

03/01/2014 (Brève 345) Dans un long entretien accordé à Mediapart, Mohamed Alhoumékani raconte son arrestation et sa détention au Yémen, puis les pressions, les menaces et la tentative d’assassinat qu’il a subis et il pose la question : « Pour quelles raisons Guelleh aurait-il déployé autant de moyens ». Il termine sur une conclusion encourageante, estimant que la justice française va poursuivre l’instruction et demander l’audition des témoins.

Lien avec l’article sur le site de MediaPart

Assassinat du juge Borrel : les nouvelles révélations du témoin clé

Assassinat du juge Borrel : les nouvelles révélations du témoin clé

03 JANVIER 2014 |  PAR KARL LASKE

Dans un entretien à Mediapart, Mohamed Alhoumekani, l’homme qui avait révélé en 2000 la possible implication de l’actuel président de Djibouti dans le meurtre du magistrat français, révèle les pressions dont il a fait l’objet au Yémen, où il a été détenu durant 47 jours. Les autorités yéménites et djiboutiennes lui ont demandé de se rétracter en échange de sa libération. Une somme de cinq millions de dollars lui aurait été proposée, ainsi qu’à Élisabeth Borrel, la veuve du magistrat.

Cet article vous est offert.

Le témoin clé dans l’affaire de l’assassinat en octobre 1995 du juge Bernard Borrel, Mohamed Alhoumekani, a été victime cet été d’une prise d’otage peu ordinaire. Interpellé, détenu, puis retenu au Yémen, sans raison légale, l’ancien militaire a vu des ministres, des intermédiaires, et le président djiboutien Ismail Omar Guelleh lui-même – par téléphone – se relayer pour qu’il modifie, sous la contrainte, le témoignage qu’il a livré aux juges français en février 2000.

Ancien membre de la garde présidentielle djiboutienne, il avait surpris en 1995 le chef de cabinet d’alors, un certain Ismail Omar Guelleh, s’enquérir, dans le palais présidentiel vidé de ses occupants, de la disparition d’un juge qualifié de trop « fouineur » : Bernard Borrel, dont le corps avait été jeté dans la nuit au fond d’un ravin.

Le 25 novembre dernier, Mohamed Alhoumekani s’est finalement enfui, sans avoir fléchi. Mais il a d’ores et déjà déposé plainte pour “séquestration” à Bruxelles où il réside. Dans un entretien à Mediapart, il révèle les pressions dont il a fait l’objet, et l’offre qu’il aurait reçue du versement d’une somme de 5 millions de dollars s’il venait à signer un document annulant son témoignage. Il assure que ses geôliers lui ont proposé de faire venir la veuve du magistrat, Élisabeth Borrel, pour lui faire la même proposition financière. Offre des plus saugrenue, s’agissant d’une femme qui se bat depuis presque vingt ans pour identifier les responsables du meurtre de son mari.

Après le dessaisissement, en juin 2000, des juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, qui cherchaient à imposer la thèse d’un suicide de Borrel, les expertises médico-légales ont prouvé la réalité du crime. Depuis 2005, l’année du tournant de l’instruction, la justice française n’a pas réussi à poser les questions qui fâchent aux autorités djiboutiennes. Le président Ismail Omar Guelleh qui s’est rendu, tous les deux ans, avec régularité en France, a évité par deux fois les convocations comme témoin de la juge Sophie Clément. On l’a vu encore à Paris, le 6 décembre dernier, accueilli par François Hollande, au sommet de l’Élysée pour la sécurité en Afrique. Ismail Omar Guelleh avait été reçu, en décembre 2011, par Nicolas Sarkozy, un an et demi après avoir accueilli lui-même le président français à Djibouti.

Aujourd’hui, Mohamed Alhoumekani se dit prêt à une « confrontation » avec le président djiboutien. Et le témoin gênant de poser une question simple : pourquoi Ismail Omar Guelleh a-t-il exercé une telle pression sur lui, et lui avoir offert autant d’argent, pour qu’il retire son témoignage s’il est sans objet ? Entretien page suivante.

Mediapart.- Dans quelles circonstances avez-vous été incarcéré cet été au Yémen, et que vous reprochait-on ?

Mohamed Alhoumekani.- J’ai été interpellé à l’aéroport de Saana par la sécurité nationale, le 23 août dernier, puis j’ai été transféré au commissariat central, où je suis resté six jours. C’est le représentant local d’interpol, Ali Shamiri, qui m’a informé qu’officiellement, j’étais réclamé par Djibouti pour avoir, prétendument, giflé quelqu’un en 1993, il y a vingt ans (!). M. Shamiri m’a demandé si je pouvais aider le président djiboutien, en modifiant mon témoignage en sa faveur dans l’affaire de la mort du juge Borrel. Je lui ai répondu qu’il n’en était pas question. Il m’a dit qu’il allait en référer au ministre de l’intérieur le soir même.

Une personnalité djiboutienne se manifeste aussi très rapidement.

J’étais encore au commissariat central, lorsque le chef d’état-major des armées de Djibouti, le général Fathi Ahmed Houssein, est venu me voir, en uniforme, accompagné d’un colonel yéménite. Le général m’a dit que l’affaire Borrel dérangeait les autorités, que Djibouti pesait de tout son poids, avec les moyens qu’il fallait, pour obtenir mon extradition du Yémen, mais qu’il n’était pas trop tard, et que si je revenais sur mes déclarations, il pourrait m’aider à sortir. Il m’a conseillé d’être « raisonnable ». Je n’étais pas protégé par ma nationalité belge, mais je ne pouvais pas être extradé vers Djibouti car j’ai la nationalité yéménite. Je suis resté catégorique. Et j’ai été incarcéré.

Il faut rappeler votre témoignage sur la mort du juge Borrel, qui mettait en cause l’actuel président Ismail Omar Guelleh…

Le 19 octobre 1995, à l’aube, on avait retrouvé le corps de Bernard Borrel, à 60 km de Djibouti. Moi, j’étais le chef adjoint de la sécurité du palais présidentiel, et ce jour-là, Ismail Omar Guelleh, qui était alors le chef de cabinet du président, m’a demandé de faire sortir tous les employés du Palais, et de l’appeler une fois chose faite. C’était un jeudi, l’administration ferme à midi. Il m’avait prévenu de l’arrivée de plusieurs voitures. Le chef de corps de la gendarmerie, le colonel Madhi, est arrivé dans le même véhicule qu’Alain Romani, un Français gérant d’un bar à Djibouti, suivis d’Hassan Saïd, le chef de la sécurité nationale, dans une seconde voiture, avec deux présumés terroristes, MM. Hamouda Hassan Adouani et Awaleh Guelleh, et deux gardes. Ils sont allés voir le chef de cabinet. À distance, j’ai entendu Awaleh Guelleh annoncer la mort du « juge fouineur », puis M. Romani s’inquiéter du registre d’un check-point où l’immatriculation des voitures était relevée. Voilà mon témoignage. À l’époque, la justice concluait encore au suicide du juge, et par la suite les expertises ont montré qu’il s’agissait d’un assassinat. Mais il y a eu un deuxième témoin, Ali Abdillahi Iftin, qui était mon chef, qui a surpris une conversation, trois mois avant la mort de Bernard Borrel, entre le chef du cabinet et le chef de la sécurité nationale qui évoquaient un projet d’élimination du juge.

Cet été, après votre refus de collaborer, les pressions se sont poursuivies en prison.

J’ai été conduit à la prison Markazi, sans billet d’écrou, ni aucun ordre du parquet, sans avoir été présenté à la moindre autorité judiciaire. J’y suis resté 47 jours. J’ai reçu la visite d’un député yéménite, membre de la commission des affaires étrangères, Ahmed Jermane, qui m’a dit que le procureur général de Djibouti et l’avocat Mohamed Aref, conseiller du président djiboutien, lui avaient apporté des dossiers sur moi.

Dans le bureau du directeur de la prison, M. Jermane a insisté pour que je fasse un effort pour aider la République de Djibouti dans l’affaire Borrel, et qu’en contrepartie, je serais récompensé. J’ai répondu qu’étant détenu sans raison valable, ces demandes constituaient un chantage. Selon M. Jermane, je n’avais aucun espoir de sortir de prison si je ne revenais pas sur mes déclarations. D’après mon avocat, le parquet ne pouvait pas me libérer puisqu’il n’était pas à l’origine de mon incarcération.

Avez-vous fait appel au président yéménite ?

Le 10 septembre, mon fils Moncef, accompagné d’un député du parlement bruxellois, M. Ahmed El Khannous (Centre démocrate humaniste), a demandé ma libération au président Hadi. Mais finalement, c’est la mobilisation de ma tribu, début octobre, qui a provoqué ma libération. Sur l’ordre du président yéménite, le 7 octobre, le procureur s’est déplacé en prison pour clore l’affaire. Il m’a demandé si je reconnaissais m’être battu avec quelqu’un en 1993, je lui ai dit que non et il m’a répondu : « Vous êtes libre. » Et il ajouté : « Ne posez pas trop de questions. »

Vous avez dénoncé une tentative d’élimination physique…

Le 10 octobre, alors que je rendais visite au gouverneur de ma région, avec ma tribu, ma voiture a essuyé les tirs des policiers en faction. Nous avons été accueilli par des tirs à balles réelles, alors que nous étions invités. Cette fusillade, qui a fait un mort et deux blessés, et qui a été délibérément provoquée par les forces de police, n’avait pas d’explication. J’ai fait une conférence de presse pour demander l’ouverture d’une enquête. Le gouverneur a présenté ses excuses, mais aucune investigation n’a été menée. On ne sait pas pourquoi il y avait ce jour-là vingt-cinq policiers au lieu de trois habituellement, chez le gouverneur.

Vingt-quatre heures plus tôt, un journal en ligne avait fait savoir que les autorités djiboutiennes voulaient passer à la “phase 2“ me concernant. Pour moi, cela voulait dire un kidnapping ou l’élimination physique. Lors de ma conférence de presse, j’ai dit qu’Ismail Omar Guelleh, le président djiboutien, avait probablement intérêt à me voir disparaître. Aussitôt après, le ministre djiboutien des affaires étrangères a fait une conférence de presse pour démentir mes propos.

On vous a demandé de revenir sur ces déclarations aussi.

Oui. J’étais libre, mais je n’avais toujours pas mon passeport, ni la possibilité de quitter le territoire. M. Yasser Al Awadhi, président de la commission des affaires étrangères du Yémen, a proposé d’ouvrir une négociation pour régler les problèmes entre Djibouti et moi. J’ai été invité avec des membres de ma tribu dans sa résidence de Saana, en présence du ministre yéménite des affaires étrangères, M. Abu Bakr al-Kirby, de l’ambassadeur djiboutien, Mohamed Douhour Hersi, et de son staff. Plusieurs réunions ont eu lieu, et l’on voulait que je signe des attestations officielles, disant d’abord qu’il n’y a pas eu d’attentat contre moi, et puis que mon témoignage dans l’affaire Borrel avait été dicté par des personnes malveillantes.

Quelle “récompense” les autorités djiboutiennes vous ont-elles proposée ?

Lors de ce déjeuner, il y a eu une proposition financière, verbale. C’était 5 millions de dollars pour moi, 5 millions de dollars pour Élisabeth Borrel, et la réhabilitation pour toute ma famille. On m’a même demandé de faire venir Élisabeth Borrel au Yémen ! Je leur ai dit qu’ils étaient fous. Mais ils imaginaient que j’avais assez d’influence auprès d’elle pour la faire venir. Ce n’est pas leur première tentative de subornation : en 2002, le procureur général de Djibouti était déjà venu en Europe pour m’offrir 2 millions de dollars pour le reniement de mon témoignage.

Vous avez eu combien de réunions avec les représentants de Djibouti ?

Quatre : après le premier déjeuner chez Yasser Al Awadhi, nous avons eu trois autres réunions. Le 29 octobre, Yasser Al Awadhi a téléphoné, à côté de moi, au président Ismail Omar Guelleh. Il l’a rassuré en lui disant que tout était en très bonne voie. Le haut-parleur était mis. Le président les a mis en garde sur le fait que j’étais malin et que je pouvais les enregistrer. Et lorsque j’ai dit : « Ce n’est pas vrai », il m’a entendu, et il m’a dit : « Comment vas-tu, fils ? » J’ai répondu :« Je vais bien très bien papa. » Il a ajouté : « Je compte sur toi pour terminer l’affaire. » « J’ai dit, oui, on va faire le nécessaire. » J’étais obligé de parler avec lui. Je ne pouvais plus sortir du pays, et je n’avais plus mes papiers : j’étais pris en otage.

Les autorités djiboutiennes ont-elles formalisé un projet d’accord ?

Oui, Yasser Al Awadhi m’a remis une lettre signée, en qualité de représentant du gouvernement de la République de Djibouti, s’engageant à me rendre mes droits ainsi qu’à ma famille. La dernière réunion a eu lieu dans le bureau du ministre de l’intérieur, le 19 novembre. Pour eux, c’était la dernière réunion. Ils croyaient que j’allais accepter leur demande. Je leur ai dit que tout en ayant parlé à la justice de la fameuse réunion dont j’avais été témoin, je n’avais finalement jamais accusé Ismail Omar Guelleh d’avoir commandité ou organisé le meurtre du juge.

J’ai préparé un témoignage écrit dans ce sens, mais évidemment l’ambassadeur djiboutien n’en a pas voulu. Selon le texte qu’ils avaient préparé, ils voulaient que je certifie que « les témoignages sur la prétendue réalité d’une réunion (et) de propos sur la mort du juge Borrel à Djibouti m’ont été dictés par les personnes malveillantes ». Ils m’ont donné une semaine de réflexion, mais entre-temps, j’ai réussi à quitter clandestinement le Yémen. J’ai bien évidemment toutes les preuves de ce que j’avance. Et j’ai déposé plainte à Bruxelles.

03/01/2014 (Brève 346) Le Monde : Mort du juge Borrel : un témoin-clé évoque des pressions de Djibouti

Le Monde.fr avec AFP 

Un témoin-clé dans l’affaire de la mort du juge Bernard Borrel en 1995 à Djibouti, détenu récemment au  Yémen, affirme dans un entretien vendredi 3 janvier à Mediapart  avoir fait l’objet de pressions de  Djibouti pour  revenir sur son témoignage.

Contacté par l’AFP, Mohamed Alhoumekani, ex-membre de la garde présidentielle djiboutienne, a également confirmé  avoir « déposé plainte la semaine dernière au tribunal fédéral de Bruxelles pour séquestration contre les gouvernements du Yémen et de Djibouti ».

En février 2000, l’homme, qui réside en Belgique, avait impliqué dans la mort du juge français l’actuel président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, et son entourage. Son témoigage avait relancé l’enquête.

Magistrat français détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d’un ravin, à 80 kilomètres de Djibouti. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais en se fondant sur de nouvelles expertises et témoignages, l’enquête française penche désormais pour la thèse d’un assassinat.

CIBLE DE COUPS DE FEU APRÈS SA LIBÉRATION

Le 23 août, M. Alhoumekani avait été arrêté au Yémen, suscitant l’inquiétude de ses proches et de la famille du juge Borrel. Les autorités yéménites avaient mis en avant une demande d’arrestation émise par Interpol à l’initiative des autorités de Djibouti. Il a finalement été libéré le 8 octobre.

M. Alhoumekani affirme que dès son arrestation, « à l’aéroport de Sanaa par la sécurité nationale », un haut militaire djiboutien lui a demandé de revenir sur son témoignage dans l’affaire Borrel.

« J’ai été conduit à la prison de Marzaki, sans billet d’écrou ni aucun ordre du parquet, sans avoir été présenté à la moindre autorité judiciaire. J’y suis resté quarante-sept jours », affirme l’ancien officier, qui a la double nationalité, belge et yéménite. Selon lui, un député yéménite lui a alors rendu visite, là aussi pour luiproposer d’« aider » le président djiboutien.

Le témoin affirme encore avoir été la cible de coups de feu dans sa voiture au Yémen, deux jours après sa libération. Puis, alors qu’il était privé de son passeport, de nouvelles « réunions » auraient eu lieu avec des officiels yéménites et djiboutiens. « L’on voulait que je signe des attestations officielles, disant d’abord qu’il n’y a pas eu d’attentat contre moi, et puis que mon témoignage dans l’affaire Borrel avait été dicté par des personnes malveillantes », affirme-t-il.

Il a aussi évoqué une proposition financière, « 5 millions de dollars pour moi, 5 millions de dollars pour Elisabeth Borrel », la veuve du juge. Proposition qu’il a refusée, déclare-t-il, en affirmant avoir « réussi à quitter clandestinement le Yémen ».

Lors de son témoignage en 2000, M. Alhoumekani avait affirmé avoir assisté à une réunion au cours de laquelle l’actuel président djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, alors chef de cabinet du président de l’époque, était informé de la mort du « juge fouineur ».

19/12/2013 (B339) Arabel Mohamed Saleh Alhoumekani témoigne en direct sur AraBel (A écouter ou à télécharger)

Arabel BruxellesMohamed Saleh Alhoumekani avait été arrêté le 24 août à Sanaa, alors qu’il prévoyait de rendre visite à des proches. Il est un témoin clef dans l’affaire Borrel, du nom de ce juge français assassiné en 1995 à Djibouti. A l’époque, la justice avait conclu à un suicide, mais des témoignages, dont celui de M. Alhoumekani, qui fut officier dans la garde républicaine de Djibouti, mettent directement en cause le président et son entourage.

Mohamed Saleh Alhoumekani est libre aujourd’hui et vient témoigner sur ce qu’il lui est arrivé.

Ahmed El Khannouss, député bruxellois CDH s’était rendu au Yemen en Septembre à l’occasion d’un championnat du monde de boxe thaï dont le fils de Mr Alhoumekani, Moncef y représentait les couleurs de la Belgique. Moncef a expliqué au député bruxellois que son père était détenu au Yemen sur demande de Djibouti depuis le mois d’août. Ahmed El Khannouss s’est intéressé à cette affaire et a rencontré les plus hautes autorités de l’état pour faire libérer Mohamed Saleh Alhoumekani.

Vincent Lurquin, avocat et député bruxellois écolo, représente Mr Alhoumekani.

Ils répondent aux questions de Samir Ben El Caïd.


1°) A écouter en WMA

2°) A télécharger en MP3
Lien de téléchargement

10/12/2013 (Brève 329) Sur France Info, Mohamed Alhoumékani confirme les déclarations faites au micro de Benoit Collombat et il lance un défi aux autorités yéménites et au pouvoir djiboutien au cas où ils nieraient les tentatives de pression exercées contre lui, car il affirme détenir des preuves écrite et orales

Lien avec le site de France Info
http://www.franceinfo.fr/justice/affaire-borrel-comment-djibouti-a-tente-de-faire-taire-un-temoin-cle-1242781-2013-12-09

Affaire Borrel : comment Djibouti a tenté de faire taire un témoin clé

Par Rémi Ink

Le juge Borrel, assassiné en 1995, à Djibouti © Maxppp
Rebondissement dans l’affaire Borrel, ce magistrat français assassiné en octobre 95, à Djibouti. Un témoin clé parle aujourd’hui, pour la première fois.

Il accuse Djibouti d’avoir tenté de le faire revenir par tous les moyens sur son témoignage.

Mohamed Alhoumekani est l’ancien responsable de la garde présidentielle à Djibouti. Et c’est un rescapé. Retenu pendant plus de trois mois au Yémen : emprisonné puis interdit de quitter le pays, il échappe à une fusillade et se réfugie en Belgique.

« Je me suis échappé clandestinement, sans carte d’identité et sans passeport. »


L’homme accuse le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, dans l’affaire Borrel. Il accuse notamment Djibouti d’avoir tenté de le faire revenir par tous les moyens sur son témoignage dans l’affaire Borrel.

« J’ai eu la visite du chef d’Etat major général des armées djiboutien. Il m’a fait comprendre que j’avais intérêt à changer sur le dossier de l’assassinat du juge Borrel, sinon je risquais de perdre ma vie. »


Mohamed Alhoumekani explique également avoir reçu la visite de l’ambassadeur de Djibouti sur place, accompagné de haut dignitaires yéménites. « On m’a proposé des millions de dollars. Le deal principal, c’était de me faire changer mon témoignage », explique-t-il.

L’homme assure être en possession d’enregistrements audio qui prouveraient ses accusations. Il se dit prêt à les livrer aux juges en charge de l’enquête sur l’affaire du juge Borrel.

09/12/2013 (Brève 328) France Inter : Alhoumékani raconte « son évasion’ rocambolesque du Yémen et fait état de preuves écrites et orales des tentatives de subornation de témoin dont il a été victime de la part du Chef d’Etat-Major des Armées (Gal Fathi) et de l’Ambassadeur de Djibouti en poste à Sanaa. Il lance un défi à IOG et à l’Ambassadeur Mohamed Douhhour, ex « réfugié somalien » (A lire, écouter et/ou télécharger ci-dessous)

Lien avec le site : Affaire Borrel : le témoin clé raconte comment Djibouti a tenté de le

Affaire Borrel : le témoin clé raconte comment Djibouti a tenté de le faire taire Rebondissement dans l’affaire Borrel.

Ce magistrat français, Bernard Borrel, assassiné en octobre 1995, à Djibouti. Un homme accuse le président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, dans cette affaire. Cet homme, réfugié politique en Belgique, était retenu au Yémen. Arrêté alors qu’il était venu rendre visite à des proches, il a finalement réussi à s’échapper.

Il parle aujourd’hui, pour la première fois, au micro de France Inter.

Il accuse Djibouti d’avoir tenté de le faire revenir par tous les moyens sur son témoignage dans l’affaire Borrel… J’avais peur. Je croyais que je n’allais jamais revoir ma famille, ma femme, mes enfants. J’ai eu la visite du chef d’état-major des armées djiboutien. Il m’a fait comprendre que j’avais intérêt à changer sur le dossier de l’assassinat du juge Borrel. Sinon, je risquais de perdre ma vie.


1°) A écouter en WMA

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08/12/2013 (Brève 327) A lire dans Billets d’Afrique, la lettre mensuelle de SURVIE (N° 230 de décembre 2013) – Le témoin-clé de l’affaire Borrel sain et sauf

Le 24 aout 2013 , Mohamed Alhoumekani a été arrêté à Sanaa au Yémen.

Seule une mobilisation associative immédiate a permis que son incarcération ne soit pas suivie d’une extradition discrète vers Djibouti.

Articles dans la presse écrite et internet, alertes sur les réseaux sociaux initiés par l’ARDHD et Survie, soutiens jusqu’au Yémen, interviews radio et télévision de la famille du juge Borrel, ont contribué a alerter l’opinion publique car il s’agisssait bien de faire taire le témoin principal dans l’instruction pour assassinat de Bernard Borrel .

Si sa comparution devant la justice yéménite s’est soldée par un non lieu, il a été arrêté puis détenu pendant plusieurs semaines en dehors de tout cadre légal. Sa sortie de prison a eu lieu suite à une démonstration de force de la tribu d’origine de la famille Alhoumékani, mais à son arrivée dans le nord du pays il a été la cible d’une tentative d’attentat.

Un gendarme qui le protégeait a été tué.

Aujourd’hui, Mohamed Alhoumékani est sorti de ce guêpier et a réussi à regagner la Belgique sain et sauf. Il n’a pas dévié de son témoignage et le clame haut et fort dans les médias.

Il a annoncé qu’il pourrait porter plainte pour arrestation arbitraire contre l’état yémenite.

Sa sécurité ne sera assurée néanmoins que lorsque la justice française se décidera à protéger ce témoin et à identifier et mettre en cause les coupables. A cette occasion on mesure bien la nécessité d’une loi pour assurer la protection des témoins en France.

07/12/2013 (Brève 325) Mohamed Alhoumékani confirme à l’ARDHD que ses conseils ont déposé en Belgique une plainte à l’encontre de l’état yéménite pour arrestation arbitraire, séquestration et privation des documents d’identité, en complicité avec le régime djiboutien.

Les avocats d’Alhoumékani ont déposé une plainte devant la justice belge contre le Yémen, représenté à Bruxelles par son Ambassadeur, pour arrestation et séquestration arbitraire en complicité avec le régime djiboutien.

01/12/2013 (Bréve310) France Culture. Ce 1er décembre, Mohamed Alhoumékani s’exprimait dans le journal de 9 h. Il a dénoncé les pressions exercées par Djibouti pour le faire incarcérer au Yémen et l’attentat perpétré contre lui, dont il est heureusement sorti indemne.


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