12/03/10 (B541) Bakchich / Ethiopie, ces aides humanitaires qui ont l’arme à l’oeil

La BBC a révélé que plusieurs millions de dollars d’aide caritative occidentale envoyés en Ethiopie dans les années 1980 ont été détournés pour acheter des armes. Une affaire qui fait scandale.

Entre 1984 et 1985, l’Ethiopie a souffert d’une famine qui mit en alerte les pays occidentaux. Ces derniers, via plusieurs associations humanitaires, sont venus en aides aux victimes de la sécheresse en dégageant pas moins de 100 millions de dollars.

Vingt cinq ans plus tard, Martin Plaut, journaliste à la BBC, révèle à la suite d’un an d’enquête que cet argent a été massivement détourné. D’après ce reporter spécialiste de l’Afrique, « $95 millions ont été utilisés par les chefs rebelles » de l’époque pour acheter des armes afin de renverser le gouvernement en place, soit « 95% de l’aide occidentale ».

Une affaire qui divise l’Angleterre

Pour étayer son investigation, la BBC a eu recours à des témoignages d’anciens membres du Front de Libération des Peuples du Tigré (FLPT), aujourd’hui exilés, tels que Aregawi Berge, ancien commandant du FLPT et Gebremedhin Araya. Ce dernier explique qu’on a « dupé les humanitaires » et rapporte des mises en scène destinées à cacher l’argent. A cela s’ajoute un rapport accablant de la CIA datant de 1985 appelé « Ethiopie : Impact politique et sécuritaire de la sécheresse ». On y lit ce qui suit : « Certains fonds que des organisations ont levé pour les opérations humanitaires(…) ont presque certainement été détournés à des fins militaires ».

Dès le lendemain de la diffusion du reportage le 3 mars, les protestations sont apparues en Angleterre. The Independent dénonce un sujet « incendiaire » qui « menace de saper les futures aides humanitaires ». En reprenant point par point les arguments de Martin Plaut, le journal estime que des « doutes raisonnables » ébranlent les accusations de la BBC et met en doute la « bonne foi » des anciens membres du FLPT, témoins de l’enquête.

En parallèle, la Croix-Rouge, l’Unicef, Christian Aid, Live Aid et Oxfam décident de porter plainte conjointement contre la BBC pour « allégation fausses et dangereuses » (The Independent du 5 mars ).

Phil Bloomer, directeur de l’Oxfam, raconte que les accusations de la BBC sont « incroyables ». Idem pour Bob Geldof, chanteur emblématique des concerts Live Aid de l’époque. Pour lui « ceci n’est jamais arrivé ». Pourtant, le 6 mars, l’artiste interrogé par « The Guardian » modère ses propos et estime qu’il est « probable qu’une partie de l’argent ait été détournée » mais dans les proportions moindre que celles avancés par la BBC. « Peut-être 10% des 100 millions » comme l’a déclaré Myles Wickstead, ancien ambassadeur britannique en Ethiopie.

En Ethiopie, on rit de ces salmigondis

Loin de ces querelles de nombres, l’Ethiopie se gausse de la naïveté britannique. Sur les forums de la Banque d’Information Ethiopienne « les réactions sont féroces : « Cette histoire est bien connue en Ethiopie », commente Mebré. « Pourquoi a-t-il fallu attendre un quart de siècle pour que la vérité soit révélée au public ? » ajoute Samuel Ketema. « (Certes) Les Éthiopiens sont reconnaissants de l’action de Bob Geldof (…), mais on se demande comment on peut être naïf à ce point ? ».

Sur des sites de relais d’informations tels que Ethioguardian et Cyberethiopia, le reportage de la BBC est relayé sans soulever de polémique.

De même, sur le forum de discussion Ethiopian Current Affairs Discussions ECAD, Andrey Whitehead, un journaliste de la BBC, soutient son confrère Martin Plaut. Il déboulonne, entre autre, Bob Geldof qui a « eu l’occasion de s’exprimer pendant l’enregistrement du reportage » mais aurait « refusé d’être interviewé ». Et, il souligne que l’actuel Secrétaire de la Défense Américaine de Barack Obama, Robert Gates affirme que « la CIA était au courant du détournement d’argent » et « a sans doute aidé à ce que cela se fasse ».

Sur la blogosphère, les révélations de la BBC n’apportent rien de « nouveau ». Pour le blog Ethiopian Recycler, on évoque sans détour « l’aval tacite des Etats-Unis et de l’Angleterre » pour les achats d’armes des rebelles via les aides humanitaires. Car à l’époque, « ces pays étaient en pleine Guerre Froide » et souhaitaient le « renversement du Gouvernement Ethiopien marxiste ». Finalement, le reportage de la chaîne anglaise ne fait que dévoiler un « secret de polichinelle » bien connu des Ethiopiens et des Britanniques. Le prix de la vérité.

27/09/09 (B518) A lire sur Bakchich cette semaine (Info lectrice) Poubelle la vie, de l’Italie à la SomalieLove Boat / mercredi 23 septembre par Enrico Porsia (amnistia.net)

Lien avec l’article original : http://www.bakchich.info/Poubelles-la-vie-de-l-Italie-a-la,08745.html

Le trafic de déchets toxiques mis au jour en Italie déborde bien au-delà de la Méditerranée. Et le lucratif commerce des bateaux-poubelles a prospéré jusqu’en Somalie.

La confession de Francesco Fonti, le membre de la ‘ndrangheta qui a révélé que l’organisation mafieuse avait coulé des bateaux chargés de déchets toxiques en Méditerranée (nos éditions du 22 avril et du 17 septembre), se poursuit. « Il y a eu bien d’autres naufrages, au moins trente. Les bateaux ont été coulés au large de la Calabre, mais aussi devant La Spezia et Livourne » » a précisé Fonti au procureur Bruno Giordano. Le « repenti » a en aussi affirmé que « différents acteurs politiques » seraient impliqués dans le trafic des déchets. Un trafic international.

« Je me suis rendu personnellement en Somalie en 1993 pour superviser un chargement de déchets toxiques », a précisé l’ancien membre de la’ndrangheta.

En 1994, justement en Somalie, à Mogadiscio, 2 reporters de la télévision italienne furent assassinés : Ilaria Alpi et Miran Hrovatin. Ils enquêtaient sur le trafic de déchets toxiques. Une commission d’enquête parlementaire avait été créée pour élucider le meurtre des deux journalistes. Entendu, Gianpaolo Sebri un acteur du trafic de déchets, qui collabore depuis quelques années avec les magistrats italiens, avait déclaré : « Je ne sais pas combien de déchets ont été envoyés en Somalie. La Somalie était devenue une nouvelle poubelle, et aussi le pays de destination de plusieurs cargaisons d’armes. Je sais que ces ‘affaires’ pouvaient se réaliser grâce à l’engagement des mafieux qui garantissaient la protection. Je sais que les Calabrais étaient très intéresses par la Somalie ». La Somalie, un pays au carrefour des trafics… selon ce qu’avaient vraisemblablement découvert, les journalistes Ilaria Alpi et Miran Hrovatin.

La Somalie, décharge toxique contre armes à feu


Voici le protocole d’accord signé en 1987 qui est à l’origine du « Projet Urano ». Il s’agit de l’écoulement de déchets industriels toxiques provenant des pays industrialisés, principalement des USA, dans un énorme cratère naturel qui se trouve au Sahara Occidental. Cet accord a été signé par Nickolas Bizzio et Luciano Spada (homme de confiance de l’ancien Premier ministre italien, le socialiste Bettino Craxi) pour la société Instrumag et par Guido Garelli en tant que représentant de l’Administration Territoriale du Sahara et de la Compania Minera Rio de Oro
« Ilaria Alpi a touché au secret le plus jalousement caché en Somalie. La décharge de déchets payée avec de l’argent et des armes », écrivit, dans une lettre adressée aux journalistes Barbara Carazzolo, Alberto Chiara, et Luciano Scalettari de Famiglia Cristiana , Guido Garelli, condamné à une peine de 14 ans pour escroquerie et recel. Il parle en connaisseur.

En effet Guido Garelli est à l’origine du projet « Urano », une opération d’envergure qui prévoyait « l’envoi d’une grande quantité de déchets dans un énorme cratère naturel qui se trouve dans le Sahara espagnol », comme le précise Gianpiero Sebri.

Sebri affirme qu’il existe une organisation très structurée en Italie, avec des ramifications dans toute l’Europe. A sa tête, selon Sebri « il y avait Nickolas Bizzio. Il était le chef du groupe grâce à ses entrées internationales ».

Nickolas Bizzio est un richissime homme d’affaires italo-américain résidant à Monaco.

Il n’est pas très connu du grand public… mais nous l’avions « croisé », dans l’extrême sud de la Corse, sur l’île Cavallo.

Sa luxueuse villa est située juste en face de celle de son ami le prince Vittorio Emanuele de Savoie.


En 1992 a été signée à Nairobi, Kenya, cette « lettre d’intentions » classée « réservée » sur papier à en-tête de l’Administration Territoriale du Sahara. On peut y lire : « Les rencontres et les conversations que nous essaierons d’avoir et de conduire, avec l’œuvre irremplaçable du Consul de Somalie en Italie, le professeur Ezio Scaglione, porteront sur la possibilité de développement du Projet Urano, pour la partie déjà connue, dans la Corne d’Afrique… » Le « Projet Urano », initialement destiné à écouler des déchets toxiques dans le Sahara Occidental, est « exporté » dans la Corne d’Afrique. Ce document est signé par Guido Garelli, pour l’Administration Territoriale du Sahara, par Ezio Scaglione, consul de Somalie en Italie, et par Giancarlo Marocchino, entrepreneur italien vivant en Somalie.

Les aventures de Berlusconi en Somalie

Sebri raconte que lors d’une réunion de travail, qui se déroula à Milan pendant le printemps 1994, un homme des services secrets italiens, en parlant des « affaires » en Somalie, lui affirma « Nous avons arrangé cette journaliste communiste ». Ilaria Alpi et Miran Hrovatin venaient d’être assassinés.

Depuis les années 80, le magistrat italien Carlo Palermo enquêtait sur un trafic international d’armes et de drogue, dont la péninsule italienne figurait comme un centre névralgique important. Au cours de son enquête, Carlo Palermo eut aussi l’occasion d’interroger le « frère » de la loge P2 Giovanni Nistico’, qui occupa la fonction de responsable du service de presse de l’ancien président du Conseil italien Bettino Craxi. Nistico’ déclara au juge que l’ancien patron des services secrets italiens, le général et « frère » de la loge P2 Santovito, lui avait longuement parlé de la Somalie et, plus particulièrement, de ses intérêts en Somalie.

« Berlusconi aussi, toujours selon ce que m’a confié Santovito », affirma Nistico’ au magistrat, « était intéressé à avoir une présence commerciale en Somalie ». (Commission d’enquête parlementaire sur la loge P2, volume 7, tome 4).

Le juge Palermo fut contraint d’abandonner son enquête. Le 2 avril 1985 il fut visé par un attentat à la voiture piégée, bourrée d’explosif. Le magistrat eut la vie sauve, mais un passant ainsi que ses deux fils furent tués par l’explosion.

« Vous rappelez-vous les noms de certaines sociétés utilisées par votre organisation ? »

A cette question, posée par nos confrères de Famiglia Cristiana, Sebri répond sans détours : « Pour les trafics avec Haïti, la société Bauwerk, dont le siège est au Liechtenstein et une filiale est au Liberia, fut utilisée. Pour le projet Urano, il a été utilisé la société Instrumag, et pour d’autres affaires la société Bidata, dont le siège est à Lugano. Je suis l’un de quatre associés de l’International Waste Group Europe, IWG Europa.

Cette société dont le siège est à Dublin a l’exclusivité pour toutes les expéditions au départ du vieux continent. Il existe aussi deux autres sociétés qui opèrent [toujours dans l’écoulement des déchets toxiques, NDLR]. Il s’agit de IWG Argentine et de l’IWG Mozambique ». Pour ce qui concerne l’IWG Europe, les autres associés de Sebri sont Luis Ruzzi (directeur d’une clinique privée à Rome et consultant de l’ambassade argentine en Italie), le financier Diego Colombo et Nickolas Bizzio, l’homme d’affaires italo-américain, qui selon Sebri était le véritable chef de l’organisation « grâce à ses connaissances importantes, même si elles sont dangereuses ».


Les bons plans de la ’ndrangheta

Il est vrai que Nickolas Bizzio fréquente beaucoup de monde. Très proche de l’ancien membre de la loge P2 Vittorio Emanuele de Savoie, il a aussi ses entrées dans la haute société monégasque, pays où il est résident. Mais les fréquentations de Bizzio ne s’arrêtent pas dans les luxueuses et discrètes demeures de la principauté. En effet, toujours selon Sebri, Bizzio entretient aussi des rapports avec le trafiquant d’armes international Mozner Al Kazar.

« Je l’ai connu à l’occasion des tractations concernant le Mozambique. Il m’a été présenté comme l’armateur qui devait fournir les navires pour le transport des déchets. Je ne l’ai vu que pendant une demi-heure, mais je ne savais pas vraiment qui il était », confirme Bizzio lors d’une interview accordée à Famiglia Cristiana en octobre 2000. Pourtant, dans la même interview, l’homme d’affaires s’empresse de démentir toutes les déclarations faites par Sebri à son encontre. A commencer par l’envoi de déchets toxiques au Mozambique : « Il s’agissait d’une hypothèse de travail. Il n’a jamais été possible de faire quoi que ce soit, car les normes pour l’exportation de déchets sont telles, de nos jours, qu’elles rendent la chose impossible d’un point de vue financier ».

Des bateaux à 50 millions

« – Mais vous, monsieur Bizzio, vous êtes-vous déjà occupé de déchets toxiques ? lui demandent nos confrères de Famiglia Cristiana.

J’aurais aimé le faire. Savez-vous combien d’argent on gagne dans des affaires pareilles ? Chaque bateau, selon sa cargaison, peut valoir jusqu’à 50 millions de dollars de bénéfice net.

Vous paraissez désolé… lui glissent nos confrères.

Bien sûr, je suis un homme d’affaires et j’ai essayé d’agir dans ce domaine dans la légalité, sans jamais conclure quoi que ce soit, malheureusement, et même en y perdant de l’argent.

C’est quand même singulier qu’un homme d’affaires de ce niveau se soit intéressé autant à un secteur économique si spécifique, celui de l’écoulement des déchets toxiques, sans jamais arriver à concrétiser quoi que ce soit… » s’interrogent les journalistes italiens

A partir du 25 novembre 1997 jusqu’au 25 juillet 1998, à la suite des déclarations du « repenti » Sebri, le magistrat milanais Romanelli a autorisé une opération d’infiltration. Et voici les résultats des différentes écoutes réalisées par les fonctionnaires de la police judiciaire italienne. Le 18 septembre 1997, par exemple, les fonctionnaires de la PJ italienne écrivent : « Bizzio, pendant le déjeuner au restaurant raconte son expérience dans le domaine de l’écoulement des déchets toxiques en faisant référence à Haïti, à la Guinée et aux déchets toxiques provenant des bateaux ».

Enregistré à son insu, il dit textuellement « cinq cents mille tonnes, 100 dollars par tonne… il y a sept ans… ils envoyaient 10 navires de 50.000 tonnes… » Quelques semaines plus tard (le 9 octobre 1997), Bizzio se fait une gloire de souligner : « Il y a quelque chose qu’il faut comprendre, moi dans ce secteur j’y suis depuis plusieurs années, j’ai été l’un des tous premiers, des tous premiers ».

La nature s’occupe de tout recycler

Le 7 novembre 1997 une note de la PJ fait état que « dans le contexte de la typologie des déchets à envoyer à Maputo [au Mozambique, NDLR], Bizzio fait allusion à des matériaux nucléaires et lui-même affirme : « S’il arrive quelque chose, nous avons imaginé de couler le navire, dans le sens qu’il y aurait une tempête, comme par hasard… » » Le 7 novembre 1997, Bizzio parle du continent africain : « Il y a des pays en Afrique où on pourrait envoyer tout ce qu’on veut…, car c’est la nature même qui s’occupe de tout recycler… c’est la nature même, le degré d’humidité, la chaleur, les mouvements de la terre, des sables… C’est la nature qui pense à les avaler [les déchets toxiques, NDLR], il n’y a même pas besoin de construire des infrastructures [de recyclage, NDLR] ».

Mais qu’à cela ne tienne, Nickolas Bizzio, maintient sa position : il aurait bien voulu « conclure quelque chose »…. Mais, malheureusement, le destin en a décidé autrement. C’est étrange, le destin.

11/03/09 (B489) Bakchich : Djibouti : un cadavre qui fout toujours le Borrel (Info lecteur)

Le fantôme du juge Borrel assasiné en 1995 à Djibouti, continue à hanter la justice française. Dernière visite à la 17e chambre correctionnel du TGI de Paris, pour un procès en diffamation.

Une bien étrange audience s’est tenue jusque tard dans la nuit du jeudi 5 mars devant les magistrats de la XVIIème chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Comparaissaient Elisabeth Borrel, veuve du magistrat français Bernard Borrel, dont le cadavre a été retrouvé partiellement carbonisé à 70 km de Djibouti le 19 Octobre 1995 et son co-auteur, le journaliste-documentariste Bernard Nicolas.

La partie civile, Alain Romani, à l’époque tenancier d’un bar djiboutien, l’Historil, et fils de l’intendant de l’ancien président Gouled Aptidon, entendait laver son honneur, sali selon lui par 9 passages du livre écrit par les deux prévenus, un juge assassiné, paru chez Flammarion, en octobre 2006. Alain Romani se considère gravement diffamé par le témoin-clé de l’instruction, toujours en cours, pour homicide sur la personne du juge Borrel, dont les dépositions sont rapportées et commentées dans le livre.

Baroug

Le jour de la découverte du corps de M. Borrel, Mohamed Aloumekhani, à l’époque lieutenant de la Garde Présidentielle djiboutienne, affirme avoir vu M. Romani débarquer en compagnie de 4 autres personnes de 2 véhicules dans le jardin de la Présidence. L’un des membres du groupe s’approche d’Ismaïl Omar Guelleh, actuel président de Djibouti (à l’époque chef de cabinet du président Gouled Aptidon) et lui dit en langue somalie « le juge fouineur est mort et il n’y a plus de trace ».

Ce témoignage, initialement recueilli en 1999 à Bruxelles, où M. Aloumekhani demandait l’asile politique, permit , après moultes vicissitudes, de faire dessaisir les juges Marie-Paule Moracchini et Roger le Loire, et d’enfin faire litière de ce qui était jusque là la version officielle, le prétendu suicide du juge Borrel.

L’instruction, désormais conduite par la juge Clément, a notamment donné lieu, à la fin du quinquennat de Chirac, à une fructueuse perquisition à la cellule Africaine de l’Elysée et au domicile de son chef M. de Bonnecorse…

Me Dupont-Moretti, principal avocat d’Alain Romani, a tout tenté pour déstabiliser le témoin Aloumekhani, n’hésitant pas à provoquer des incidents d’audience et allant jusqu’à suggérer que se targuer d’un témoignage sur l’affaire Borrel avait été pour lui un bon moyen d’obtenir le statut de réfugié politique en Belgique. L’ancien lieutenant, imperturbable, n’a pas de mal à démontrer que son témoignage, loin de lui avoir été utile, est à l’origine de menaces contre sa vie et de persécutions contre les membres de sa famille restés au pays…

Un témoin chargé

A l’appui du témoignage de M. Aloumekhani, les avocats de la défense, Me Olivier Morice et Laurent de Caunes font appeler à la barre Ali Iftine, ex-commandant de la garde présidentielle djiboutienne. Celui-ci explique sereinement à la cour comment il a été conduit à écrire, sous la dictée -et la menace- une lettre destinée à décrédibiliser son ancien subordonné Aloumekhani.

Il expose enfin à la cour les offres (forte somme d’argent, poste d’ambassadeur etc) de MM Hassan Saïd, chef des services secrets djiboutiens et Djama Souleiman, procureur de la République, venus spécialement en Belgique pour tenter de convaincre Aloumekhani de retirer le nom d’ Alain Romani de son témoignage…

Cette tentative de subornation de témoin est solidement établie puisqu’elle a valu une condamnation par contumace par le tribunal correctionnel de Versailles à un an de prison ferme au chef des services secrets et au procureur de Djibouti. Cette affaire vient en appel fin mars.

Le délibéré de la XVIIème chambre sera lui rendu le 30 avril.

16/02/09 (B486) A lire sur Bakchich / En 1999, les limiers de la crim’ pondent un rapport sur la mort du juge Borrel. Conclusion des flics : suicide. Raté !

Lien avec l’article original : http://www.bakchich.info/Affaire-Borrel-affaire-de-zele.html

En onze ans d’enquête et dix juges d’instructions, l’affaire du juge Borrel, retrouvé mort à Djibouti, n’est toujours pas refermée. Les investigations ont vu défiler nombre de fins limiers, dont ceux de la brigade criminelle.

Les flics ont, en 1999, pondu un savoureux rapport accréditant la thèse du suicide du juge Borrel à Djibouti. Aujourd’hui, l’enquête tend à démontrer l’assassinat. Mais les investigations sur la personnalité du magistrat méritent quelques citations…

Retrouvé mort, à moitié carbonisé dans un ravin de Djibouti, le juge Bernard Borrel est, depuis quelques temps, sûr de son sort : il a été assassiné. Longtemps pourtant, la thèse officielle a été celle d’un suicide. La faute à une autopsie réalisée à la va-vite, sur laquelle se base le rapport de la brigade criminelle de Paris, saisie de l’affaire depuis le début.

Un médecin français basé à Djibouti, « non spécialiste en médecine légale » précise la note de 19 pages datée du 21 septembre 1999, s’en est chargé. Le légiste amateur confirme aux dires de la Crim’, « la brûlure des muqueuses des voies aériennes supérieures ». En clair, Bernard Borrel s’est bien aspergé d’essence et immolé. Le suicide est avéré, circulez il n’y a rien à voir…

Cadavre exquis

Très pro, les limiers ont néanmoins poussé au plus profond leurs investigations sur la psychologie du juge Bernard Borrel. Ainsi apprend-on que « Bernard Borrel, élevé par sa mère, semblait en effet avoir reçu une éducation très stricte ».

Conséquence indue, « ce catholique pratiquant était décrit comme un homme rigide, introverti et peu enclin aux confidences ». Seul un certain Claude Sakpas Keller, « considéré comme un personnage ambigu, dont l’homosexualité est de notoriété publique », pouvait être considéré comme un ami « très proche ».

Mais de là à accréditer la rumeur d’un scandale pédophile – « dans un pays où prostitution enfantine et pédophilie est monnaie courante » précisent les poulets – auquel « le juge aurait pu être impliqué », il y a un gouffre que les enquêteurs refusent de sauter. « A ce stade de nos investigations, aucun élément concret permettant d’imputer à Bernard Borrel des pratiques pédophiles n’a été recueilli tant en France qu’à l’étranger ».

Un point pour eux. De toute façon, le juge n’avait pas besoin d’un scandale pour se suicider.

Gentlemen enquêteurs

« Monsieur Pouech, psychiatre militaire et ami du couple, remarquait ces derniers temps, la détresse et la souffrance secrète du magistrat. A posteriori, ce praticien évoque un ensemble sémiologique cohérent évocateur d’un état mélancolique ». Un ensemble de facteurs qui serait « peut-être à l’origine du zona » dont a souffert Borrel…Charmant !

Les flics ne manquent pas non plus de sollicitude pour la veuve Borrel. « Il n’est pas exclu que Madame Borrel se sente une part de responsabilité dans la mort de son mari. Il semble que celui-ci ait essayé, en vain, de se confier à elle peut avant les faits ».

Et les enquêteurs-gentlemen d’ajouter : « Bien compréhensible, son désarroi profond la rend désormais inaccessible et rétive à tout argumentaire contraire à la conviction qu’elle s’est forgée au fil du temps (ndr : l’assassinat de son mari) ».

Passées les « rumeurs relatives à la vie professionnelles » et les « rumeurs liées à un assassinat politique », les limiers se sont faits une religion. « Aucun des témoins n’a été en mesure de fournir le moindre élément tangible et vérifiable, ou un seul mobile de nature à accréditer la thèse de l’homicide.

Seuls les inévitables ragots, proliférant au sein du microcosme djiboutien ont été avancés sans que rien ne vienne conforter ces allégations ».

Aussi, « sauf à envisager l’existence d’un vaste complot politico-judiciaire », concluent les policiers au nez creux, « l’hypothèse de l’assassinat ne peut, à ce jour, être sérieusement retenue ». Bien vu…

06/10/08 (B468) Bakchich / Les frasques architecturales du frangin d’Oussama Ben laden

par Anne Giudicelli

Tarek Ben Laden, l’aîné de la famille, voit les choses en grand et fait construire une ville lumière à Djibouti qui reliera le Yémen par un pont de 28 km. Un projet faramineux au coût total de 200 milliards de dollars qui ne plaît guère aux Etats-Unis.

Chez les Ben Laden, voir le monde en grand fait partie des gènes. Un héritage du père, Mohammed, l’émigré yéménite parti de rien vers l’Arabie voisine au début du siècle dernier, et de son fabuleux destin : celui d’un maçon devenu bâtisseur d’empire, premier constructeur d’un pays alors en chantier et l’une de ses plus grandes fortunes. Depuis, chez les enfants Ben Laden, on croit aux rêves. Comme celui de pouvoir changer le monde. Et tant qu’à faire, le rendre meilleur. Chacun à sa manière : le détruire d’abord, version Oussama. Ou le reconstruire, version Tarek.

Tarek, c’est l’aîné.

Moins connu de l’opinion internationale que sa starroriste de petit demi-frère, mais tout aussi internationaliste et globalisant. Principal actionnaire du puissant Saudi Bin Laden Group (SBG) créé par le paternel, le digne successeur de son père, âgé de 60 ans, est également à la tête du groupe de construction immobilière qu’il a créé il y a quatre ans, Middle East Development (MED) basé à Dubaï, qui conçoit et réalise des grands projets de développement urbains. Et comme Oussama, il a des grandes idées pour l’humanité.

Sanaa pas l’air mal

La dernière s’appelle « Medinat Al Noor ». Plus que la huitième merveille du monde, la « ville lumière » qu’il veut ériger ex nihilo de Dijbouti et relier par un pont de 28 km au-dessus du détroit de Bab Al Mandeb jusqu’au Yémen, doit être le paradis sur terre. Celui rêvé par Dieu, mais créé « par un homme pour le futur de l’humanité ». Tarek Ben Laden veut faire plus fort encore que les grandes réalisations de l’homme, rappelées pour comparaison dans le film de présentation du projet. Car après « les pyramides d’Egypte, la muraille de Chine » quatre mille ans plus tôt, « les grandes cathédrales, les bouddhas de Bamiyan et les mosquées du monde arabe » au Moyen âge, ou encore « la Tour Eiffel et le canal de Suez » à l’ère de la révolution industrielle et « le Golden Gate, les tours de Manhattan (sic) » du XXème siècle, « que peux nous offrir le XXIème siècle, qui puisse encore nous étonner » sinon un miracle, signé Ben Laden ?

Les Bin Laden font du business ( © Khalid)

Pour accéder à ce paradis, nul besoin de mourir en martyr. Tarek est un homme de son temps qui n’a pas oublié d’où il venait. Alliant nouvelles technologies et écologie, business et plaisir, profits et éducation, ce projet est d’abord humaniste : il doit œuvrer à éradiquer la pauvreté frappant la Corne de l’Afrique et le Yémen que le pont reliera, en créant du développement économique et de l’emploi. Tarek y croit, et met le paquet.

Annoncé officiellement en juin dernier à Dubaï, le méga projet, d’un montant global de 200 milliards de dollars, a reçu l’aval des deux présidents djiboutien et yéménite, et a déjà su convaincre des partenaires étrangers. Et pas des moindres : les groupes américains Bechtel et Hewlett-Packard, le suédois Ericsson et le français Veolia environnement. Le pont, évalué à 14 milliards de dollars, dont la construction doit démarrer en 2009 et durer 15 ans – autant que le canal de Suez – bénéficiera de l’expertise en engineering du danois Cowi, déjà présent aux côtés du français Vinci pour la construction du plus long pont du monde (40 kms) reliant Qatar à Bahreïn.

Et Oussama dans tout ça ?

Sûr que le frangin Oussama, qui a déjà beaucoup donné pour le Yémen, va aussi aimer. Pas seulement en investissant ses fonds personnels pour le développement de la vallée de Wadi Do’an, sa région de naissance dans le grand désert de Hadramout. Son héritage inspire encore une partie de la jeunesse locale, comme l’atteste l’émergence récente d’un nouveau groupe – Al-Qaïda dans le sud de la Péninsule arabe – Brigades des soldats du Yémen – particulièrement actif, qui revendique ses attentats en louant son nom et son « œuvre »…

Avec le pont de Tarek, les frères du Soudan et de la Somalie – la destination très tendance des nouvelles recrues d’Al-Qaïda – ne seront plus qu’à une portée de 4×4 pour apporter de nouveaux renforts au service de la « cause ». Et toutes ces nouvelles tours prévues pour « la ville lumière » : de quoi avoir envie de refaire le coup du 11 septembre…

Sans compter les bases militaires, notamment françaises et américaines, présentes à Djibouti. Les Etats-Unis, qui viennent de lancer leur programme USAFRICOM et commencé à y installer leur commandement militaire censé contrer la présence d’Al-Qaida dans cette région, voit l’initiative de Tarek d’un très mauvais œil. D’autant que l’homme d’affaires saoudien a également proposé à l’Algérie un projet similaire, le pont en moins : une ville touriste clé en main pour retraités européens… Manquerait plus qu’il leur fasse un parc d’attractions avec montagnes russes en Afghanistan.

05/02/08 (B433-B) Bakchich Info / AFFAIRE BORREL: Quand Chirac jugeait discutables les reportages de RFI …

mardi 5 février 2008 par Guillaume Dasquié

À RFI, le journaliste David Servenay suivait de près l’enquête sur l’assassinat à Djibouti du juge Bernard Borrel. Des documents révélés par « Bakchich » démontrent que Chirac, alors à l’Elysée, discutait avec son homologue djiboutien des reportages diffusés par la radio tricolore. Très vite, la direction de la chaîne demande au journaliste d’abandonner les sujets d’investigation…

Lors d’une rencontre entre Jacques Chirac, alors à l’Elysée, et le président de Djibouti Ismaël Omar Guelleh, le 17 mai 2005, les deux hommes consacrent l’essentiel de leur entretien à trouver une issue à l’affaire Borrel, du nom du magistrat français assassiné à Djibouti.

À cette période, la juge Sophie Clément, en charge de l’instruction, dirige déjà ses investigations contre plusieurs responsables de l’appareil d’État djiboutien, suspectés de relations avec les exécutants de ce crime. Le président de tous les Français recherche une solution pour sortir de cette mauvaise passe son allié stratégique dans la Corne de l’Afrique.

Une note de synthèse consacrée à cette discussion donne la mesure du sacrifice consenti pour l’occasion.

Sur le front juridique, Chirac encourage ni plus ni moins son ami Guelleh à porter plainte contre la France devant la Cour internationale de justice, pour faire plier la petite juge.

Sur le front médiatique, il se lamente contre le manque d’esprit d’équipe de RFI, la radio française très écoutée en Afrique, à l’égard du régime corrompu et délétère du président djiboutien.

À cette date, l’émetteur de RFI sur Djibouti demeure coupé depuis près de quatre mois, soit le 12 janvier précédent, c’est-à-dire au lendemain d’un reportage de son journaliste David Servenay sur l’implication dans le dossier Borrel du propre procureur de Djibouti, pour un délit de subornation de témoin. Il n’est pas fréquent qu’un journaliste agace le président de la République au point que ce dernier s’en plaigne à ses homologues. David Servenay appartient à ce club des reporters mal vus du pouvoir.

La synthèse de la rencontre Chirac-Guelleh du 17 mai 2005 démontre la prise en compte de ces préoccupations radiophoniques au sommet de l’État. Chirac n’hésite pas : « Le traitement de l’affaire Borrel par RFI est très discutable : certains journalistes ont pris fait et cause pour Mme Borrel, dont ils ont épousé les vues ». Pourtant le script du reportage incriminé par Chirac – diffusé le 11 janvier 2005 – mentionne à deux reprises que la rédaction a sollicité un commentaire du procureur de Djibouti, qui l’a refusé.

En outre, hasard du calendrier : le 19 mai 2005, deux jours après cette rencontre à Paris entre les deux chefs d’État, un communiqué interne à la rédaction de RFI dénonce un cas de censure à l’encontre d’un reportage online de David Servenay sur l’affaire Borrel, suspendu de diffusion sur le site de RFI à la demande de la direction. Après des modifications, et avec quelques jours de retard, il sera finalement publié sur le Net.

Un journaliste spécialisé sur la Françafrique

Embauché durant l’été 1996 à Radio France International, David Servenay se spécialise depuis 2002 sur les affaires sensibles de la Françafrique, parfois à la manière d’un « électron libre », selon la formule d’un ancien voisin de bureau.

Après ces tensions de l’année 2005 avec sa hiérarchie, il prend des vacances puis un congé sans solde – le temps d’écrire un livre sur la tragédie du Rwanda, Une guerre noire (avec Gabriel Périès, éditions La Découverte). Il réintègre les équipes de RFI au second semestre 2006, avec l’espoir de poursuivre ses recherches sur les zones d’ombres de la politique française sur le continent noir.

Peine perdue.

Le 31 mai 2007, il quitte ses fonctions à la suite d’un licenciement assorti d’une transaction et d’une clause de confidentialité. Cette dernière interdit aux protagonistes d’évoquer les conditions précises de ce départ ; un comble pour des professionnels de l’info.

Moins d’un mois après ses adieux à la Maison de la Radio, le 20 juin dernier, alors qu’il rejoint la prometteuse équipée de Rue89, une dépêche de l’AFP révèle l’existence d’un télégramme diplomatique français suggérant « que Djibouti a demandé en 2005 la mise à l’écart » du journaliste.

Aussitôt, une crainte en forme d’interrogation parcourt une partie de la radio : David Servenay a-t-il été victime d’un licenciement politique ?

La directrice de la rédaction, Dominique Burg, tout comme la présidence de RFI, récuse un tel scénario. « On avait expliqué à David qu’il n’y avait pas de place sur RFI pour un journaliste qui ne ferait que de l’investigation. Mais lui ne voulait faire que cela (…). Je n’ai personnellement jamais subi la moindre pression, jamais reçu de coup de fil des Djiboutiens ou du Quai d’Orsay. Je suis affirmative », déclarait-elle ainsi avant l’été. Contactée ce lundi 4 février, elle maintient ses propos : « Pour nous, il s’agit d’un départ volontaire » sans aucun lien avec d’éventuelles demandes du ministère des Affaires Étrangères.

Soit.

Cependant, selon des confrères de David Servenay à RFI, son licenciement prend son origine dans une réunion tenue le 15 janvier 2007, au cours de laquelle les directrices de la station lui demandent de ne plus traiter les dossiers de la Françafrique, et de travailler exclusivement sur des sujets de politique intérieure française, en sa qualité de journaliste rattaché au pôle France de la rédaction.

Dominique Burg participait à cette discussion, ainsi que Geneviève Goetzinger, directrice de l’information de RFI. Ce que cette dernière confirme. Au lendemain de cette décision, comprenant qu’il ne pourrait plus enquêter sur ses sujets de prédilection, le journaliste engage des négociations avec la direction des ressources humaines de la radio ; selon une chronologie que garde en mémoire Anne Corpet, alors présidente de la Société des journalistes de RFI.

Les ministres aussi se plaignent de RFI

Bakchich a pu prendre connaissance de l’intégralité des courriers diplomatiques et des notes politiques consacrées aux reportages de RFI sur l’affaire Borrel, rédigées entre avril 2004 et mai 2005 par l’Élysée, le Quai d’Orsay ou les autorités Djiboutiennes.

Période clé pour comprendre la crise entre le journaliste et la direction de sa station. Dès le 10 août 2004 par exemple, les responsables ministériels se préoccupent des enquêtes de Servenay.

Ce jour-là, le ministre de la Justice de Djibouti, Abdallah Abdillahi Miguil, écrit son courroux à son homologue parisien Dominique Perben : « La chaîne de radio RFI répétait à satiété des déclarations fallacieuses sur les conditions mystérieuses de la mort de M. Bernard Borrel. RFI, chaîne publique française, faisait fi de la déontologie journalistique, se substituant à l’autorité judiciaire française… ».

Et le 24 janvier 2005, l’ambassadeur de France à Djibouti Philippe Selz, dans un télégramme diplomatique, cite les propos du ministre djiboutien des Affaires Etrangères rencontré sur place. Lequel, pragmatique, se demande : « Pourquoi RFI laisse-t-elle systématiquement l’un de ses journalistes attaquer Djibouti et son président à l’antenne ? (…) On sait, vous savez, que ce journaliste, toujours le même, prend systématiquement fait et cause pour la veuve Borrel. Ne pouvez-vous demander à RFI, et obtenir, qu’il ne s’occupe plus de Djibouti ? ».

Putain de question.

19/07/07 (B404) BAKCHICH / Imbroglio Borrel.

L’ex-ministre djiboutien de la Justice a démenti formellement ce dimanche avoir chargé le juge français d’une « enquête sur des personnalités » du pays.

Moumin Bahdon Farah affirme, dans un communiqué publié à Djibouti : « Un membre du renseignement militaire français aurait prétendu que, ministre de la Justice de la République de Djibouti, j’aurais chargé le juge Bernard Borrel d’une mission d’enquête sur des personnalités de mon pays.

Je démens catégoriquement ces propos mensongers ». Et précise que le juge français retrouvé mort en 1995 à Djibouti « n’avait aucune qualité pour effectuer quelque enquête que ce soit ».

L’ancien ministre de la Justice insiste et martèle que cette affaire est purement « franco-française », écartant sans surprise la thèse selon laquelle le juge Borrel enquêtait sur « des trafics » auxquels l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh, directeur de cabinet du chef de l’Etat à l’époque, aurait été mêlé.

29/06/07 (B402) BAKCHICH / BORREL, un assassinat franco-français

L’acharnement du patron de la cellule africaine de Chirac à soutenir contre vents et marées la fable du suicide du juge Borrel en 1995 à Djibouti cache de plus en plus mal une sordide réalité : il fallait à tout prix protéger les français impliqués dans cet assassinat.

Alors que les jours de Chirac à l’Élysée étaient comptés, Michel de Bonnecorse, jusque là peu connu pour son amour des journalistes, multiplie politesses et invitations,s’évertuant à convaincre ses convives de la réalité du suicide du juge Borrel. Ses efforts ont finalement été récompensés par Paris-Match, qui, dans sa livraison du 6 juin, consacre 6 pages, oscillant entre désinformation et ragots douteux, sobrement titrées « la thèse du suicide demeure ».

Cette tardive percée mediatique n’a pas eu les effets escomptés : la juge d’instruction, furieuse, a réclamé, et exceptionnellement obtenu du parquet, après que Mme Borrel ait été reçue (le 19 juin) par Sarkozy, la confirmation de l’origine criminelle de la mort du juge Borrel. Quant au porte-parole du Quai d’Orsay, qui avait tout tenté pour valider le suicide, il souhaite désormais que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Chirac en personne, comme l’attestent des télégrammes saisis par la justice lors de sa perquisition au Quai d’Orsay, avait suggéré en 2005 à son homologue djiboutien Ismail Omar Guelleh de saisir la cour internationale de justice contre la France pour récupérer le dossier d’instruction et ainsi boucler l’affaire.

Ces grandes manœuvres ne sauraient avoir pour seul objet de protéger la réputation du chef d’un état qui héberge la plus grande base militaire française hors de l’hexagone. Si, comme on le murmure, le juge Borrel avait découvert , avant sa mort en 1995, quelques turpitudes de M. Guelleh, alors directeur de cabinet du président Hassan Gouled, il suffisait de l’expulser de Djibouti pour que tout s’arrête.

En revanche, le rapatriement en France de M. Borrel n’interromprait pas ses recherches sur de graves agissements de personnalités françaises… Il fallait alors le liquider sur place, avec pourquoi pas, l’assistance de M.Guelleh. L’enquête de Canal + établit qu’un français accompagnait dans sa voiture le juge Borrel dans son dernier voyage. Ce personnage n’a jamais été ni cherché ni trouvé, alors que des check points de l’armée française et de l’arméee djiboutienne ont nécessairement relevé son identité.

Combien de temps encore Ismail Omar Guelleh jouera-t-il seul les boucs émissaires ?