03/05/2017 (Brève 980) Le modèle économique de Djibouti voue-t-il sa population à la pauvreté ? (Bellaciao)

Lien avec l’article original : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article154343

Djibouti, petit pays de près de 900 000 habitants, logé dans la Corne de l’Afrique, fait depuis toujours figure de place forte stratégique. Les puissances occidentales y déploient des bases militaires afin de garder la main sur une région hautement explosive, à la croisée de l’Afrique et du Moyen-Orient. Les investissements affluent, Djibouti offrant une porte d’entrée sur l’Afrique que tous se disputent.

Dirigé depuis 1999 par l’autocrate Ismael Omar Guelleh, le pays repose sur un « business model » aussi original que douteux, mêlant aide humanitaire et subsides liés aux implantations militaires étrangères. Un modèle qui évolue au gré des alliances de circonstance, passées avec des partenaires pas toujours recommandables. Une chose reste constante en revanche : la misère de la population djiboutienne.

Aide humanitaire, accueil de réfugiés : à quoi joue Guelleh ?

Le « modèle » djiboutien repose en grande partie sur l’aide humanitaire que le pays reçoit. Ainsi, plus de 25 000 réfugiés seraient présents sur son territoire. Depuis le début des hostilités au Yémen, quelque 4 000 réfugiés yéménites ont afflué à Djibouti, où ils s’entassent au sein de camps de fortune, montés en plein désert.

Pourquoi le régime d’Ismael Omar Guelleh ouvre-t-il ses portes à ces populations fuyant la guerre, alors que le taux de chômage dans son pays avoisine les 60% ? Selon plusieurs sources locales, une partie substantielle de l’aide humanitaire destinées aux camps de réfugiés serait détournée par les autorités djiboutiennes. Rien de surprenant quand on sait que le pays pointe à la 123e place sur 176 dans le classement de la perception de la corruption, établi par l’ONG Transparency International.

Mais cette politique d’accueil est surtout faite pour complaire à la puissante Arabie saoudite, « la grande sœur, le principal soutien et l’Etat pilier sur lequel s’adosse Djibouti », selon la formule du quotidien djiboutien La Nation.

Ryad envisage en effet de bâtir une base militaire à Djibouti et reste l’un des principaux partenaires économiques du pays (16,6% de ses importations, juste derrière la Chine). En attendant, l’Arabie joue un jeu trouble, bombardant le Yémen d’une main et finançant de l’autre, à coup de pétrodollars, de nombreuses infrastructures à Djibouti, tout en arrosant le régime afin de venir en aide aux réfugiés yéménites… qui ont fui ses propres bombes. Une aide humanitaire aussi peu transparente qu’impossible à tracer, puisqu’elle ne passe pas par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), et dont il n’est pas interdit de penser qu’elle est en partie détournée par le gouvernement djiboutien.

Quoiqu’il en soit, Djibouti a dû rompre ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2015 afin de complaire à l’Arabie. Un retournement d’alliance hasardeux, qui s’avère être la marque de fabrique du président Guelleh.

++ Et Djibouti se mit à dos les Etats-Unis

Alors que la France et les Etats-Unis disposent de bases militaires depuis longtemps installées à Djibouti, le régime d’Ismael Omar Guelleh a prié ces derniers de bien vouloir plier bagages du port d’Obock, dans lequel ils avaient investi la bagatelle de 14 millions de dollars. En cause, l’arrivée imminente de l’armée chinoise, forte d’un contingent de 10 000 hommes, Pékin souhaitant disposer à son tour d’une implantation stratégique en Afrique, à même d’y sécuriser ses intérêts économiques grandissants.

A Washington, la nouvelle de cette cohabitation aussi forcée qu’inédite a été accueillie avec fraicheur. Plusieurs parlementaires ont adressé leurs préoccupations à l’administration Obama, puis Trump, déplorant que les hommes de l’Armée de libération du peuple installent leurs quartiers à quelques encablures du Camp Lemonnier, la base stratégique américaine, où tout ce que les Etats-Unis comptent d’espions, de marines surentraînés et de drones près à frapper en Syrie ou en Irak.

Il en fallait pourtant davantage pour froisser le régime djiboutien. L’opinion d’Ismael Omar Guelleh est faite : la Chine est « l’un des investisseurs les plus importants » du pays. Pékin est même passée devant Washington en tant que premier partenaire économique et finance une myriade de projets aussi inutiles que farfelus, à l’image de ce deuxième aéroport – pour un territoire n’excédant pas les 23 000 m2 –, d’un coût de 600 millions de dollars, dont la construction a été confiée à une société chinoise.

++ Un modèle économique bancal

Problème, si les investissements directs étrangers continuent d’affluer, ils ne semblent pas profiter à la population djiboutienne. 80% des Djiboutiens vivent ainsi sous le seuil de pauvreté relative, et 42% sous celui de pauvreté absolue. Djibouti occupe le 164e rang de l’indicateur de développement humain (IDH). Sans parler de la répression qui frappe le pays, Guelleh ne se maintenant au pouvoir depuis plus de 25 ans qu’à force d’intimidation, de censure et d’élections aussi truquées que plébiscitaires.

En somme, si Djibouti continue d’attiser les appétits des Etats et entreprises étrangères, son modèle économique fondé sur les aides humanitaires et les redevances liées aux camps militaires semble bien peu diversifié. Insuffisant, en tout état de cause, pour sortir sa population de la chape de pauvreté, de chômage et répression sous laquelle elle étouffe.

14/08/09 (B512) Otages français à Mogadiscio : Que sont devenus les deux Français enlevés à Mogadiscio ? (Bellaciao)

Le 14 juillet dernier, deux Français étaient enlevés par un groupe armé dans leurs chambres de l’hôtel Sahati situé dans la zone centrale de Mogadiscio, capitale d’une Somalie déchirée par des années de guerre.

Présentés d’abord comme « journalistes », puis comme « conseillers » dépêchés par la France auprès des « autorités » somaliennes, il est désormais confirmé qu’il s’agit d’agents de la DGSE, les services secrets français. Depuis trois semaines, silence total. Aucune information ne filtre du côté gouvernemental et dans les médias. Ces deux fonctionnaires sont-ils toujours entre les mains de leurs ravisseurs où ont-ils été libérés ? Et si oui, comment ?

La jeune Clotilde Reiss emprisonnée en Iran était « lectrice » à l’Université d’Ispahan. Prendre des photos d’une manifestation hostile à la scandaleuse fraude électorale ne constitue pas un crime. Au contraire, un simple témoignage. Mais est-ce sous la contrainte de la police iranienne et de ses geôliers qu’elle reconnaît avoir écrit un rapport à destination de l’ambassade de France à Téhéran sur les manifestations à Ispahan et rédigé également un rapport sur le nucléaire en liaison avec l’Iran alors que son père est expert au CEA ?

Dans les deux cas, ça cloche. Il faut, bien entendu, tout mettre en œuvre pour la libération de nos compatriotes mais dans ces affaires, comme celle de l’agent de la DGSE impliqué il y a un an dans le bombardement d’un camp des Farc en Colombie, souffle un mauvais parfum.

José Fort