26/11/2016 (Brève 872) Affaire Borrel : un combat pour la liberté d’expression des avocats (Par Marc Leplongeon dans Le Point)

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http://www.lepoint.fr/justice/affaire-borrel-une-honte-pour-la-justice-francaise-17-03-2016-2026153_2386.php

La Cour de cassation se prononcera en décembre sur la condamnation en diffamation de Me Morice, avocat de la famille du magistrat assassiné à Djibouti en 1995.

Rarement affaire aura autant cristallisé les dysfonctionnements de l’institution judiciaire. Plus de vingt ans après la mort du juge Bernard Borrel, en octobre 1995, les conditions de son décès n’ont toujours pas été éclaircies. Le magistrat, qui était en mission auprès du ministère de la Justice de Djibouti et qui avait eu à connaître plusieurs affaires sensibles mettant en cause des personnes proches du pouvoir, a-t-il été assassiné ou l’a-t-on poussé au suicide ? Lui, dont le corps avait été retrouvé au bas d’une falaise, en partie dénudé et carbonisé, un jerrican d’essence non loin de la dépouille.

Après des années d’instruction, des dépaysements et dessaisissements de juges, une condamnation fracassante de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le dossier Borrel a été à nouveau examiné ce vendredi après-midi devant la Cour de cassation, qui devait réexaminer la condamnation pour diffamation de l’avocat historique de la famille, Olivier Morice.

– « Connivence »

Tout remonte au 7 septembre 2000. Ce jour-là, Me Olivier Morice, avocat de la veuve Borrel, décide d’attaquer frontalement dans le journal Le Monde les juges d’instruction Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini. L’avocat remet publiquement en cause leur impartialité, les accuse de « connivence » avec le procureur de la République de Djibouti, et affirme qu’ils ont dissimulé une pièce fondamentale de la procédure. Des propos qui lui valent immédiatement un procès pour diffamation, qu’il perd, avant de laver son honneur en avril 2015 devant la CEDH. L’arrêt est resté célèbre et est aujourd’hui enseigné dans les écoles de droit : il dispose que l’avocat n’a pas outrepassé les limites de la liberté d’expression, et que ses propos étaient de nature à « révéler un dysfonctionnement grave du service de la justice ».

Vendredi, devant la Cour de cassation, l’avocat général a expliqué que l’avocat n’était pas un journaliste, et qu’il n’était donc « pas tenu à un devoir d’objectivité ». Des propos salués par Me Morice qui a dit attendre « un grand arrêt de principe sur la liberté d’expression des avocats, hors du prétoire ». La décision est attendue le 16 décembre prochain.


Multiples ingérences politiques et diplomatiques
« Pendant des années, on a expliqué que Bernard Borrel, ancien major de l’École nationale de la magistrature (ENM), s’était suicidé à Djibouti parce qu’il était pédophile. (…) Vous imaginez un instant ce que sa femme et ses enfants ont entendu ? » interrogeait Me Morice en mars dernier. Ajoutant que l’affaire Borrel était une « honte pour la justice française ».

Au lendemain de la mort du juge, en 1995, l’ambassade de France et la DGSE s’étaient empressées de conclure au suicide. Une version des faits reprise par les juges Moracchini et Le Loire, avant que le dossier change de main en 2000. Et que le nouveau juge d’instruction, Jean-Baptiste Parlos, ainsi que ses successeurs privilégient la thèse de l’assassinat. Depuis, le dossier est une succession d’errements judiciaires. Les demandes d’audition et les mandats d’arrêt internationaux sont ignorés des autorités concernées, les juges se heurtant à l’immunité diplomatique des suspects, protégés par la France. Ultime ingérence : le 29 janvier 2005, le ministère des Affaires étrangères français promet par communiqué aux autorités djiboutiennes qu’une copie du dossier d’instruction leur sera bientôt transmise. Du jamais-vu !

Face à toutes ces pressions, les juges d’instruction, dont Sophie Clément, tiennent bon et parviennent même à perquisitionner la chancellerie et le Quai d’Orsay. En novembre 2015, coup de massue : la ministre de la Justice Christiane Taubira annonce la destruction de scellés réalisés « dans le cadre de l’information judiciaire conduite sur la mort du magistrat Bernard Borrel ». L’Inspection générale des services judiciaires est saisie. On apprend que les indispensables preuves ont été détruites sur la foi d’une mention manuscrite ajoutée à la hâte sur un document… La famille du juge Borrel décide de porter plainte. En mars dernier, Me Morice avait appelé à ce que « la justice française ait enfin le courage de se remettre en question ». « Nous espérons que même avec la destruction des scellés, ceux qui ont commandité le meurtre de Bernard Borrel seront un jour jugés », avait-il conclu.

26/11/2016 (Brève 873) L’affaire du juge Borrel, la liberté d’expression et la critique de l’instruction (Par Jean-Baptiste Jacquin dans Le Monde, article partiellement réservé aux abonnés)

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http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/11/24/l-affaire-du-juge-borrel-la-liberte-d-expression-et-la-critique-de-l-instruction_5037399_1653578.html


Après une condamnation de la France par la CEDH, la mise en cause de l’instruction par l’avocat de la veuve Borrel revient devant la Cour de cassation.


La justice française n’en a toujours pas fini avec l’affaire du juge Bernard Borrel, retrouvé mort en octobre 1995 à Djibouti. Plus de vingt ans après que le corps de ce magistrat détaché fut retrouvé carbonisé au pied d’une falaise, l’instruction n’est toujours pas bouclée.

La thèse du suicide suivie les premières années s’est écroulée. Depuis 2002, c’est bien un acte criminel qui fait l’objet de l’information judiciaire. Mais les rebondissements n’ont pas cessé. Le 8 novembre, la veuve du juge Borrel et ses deux enfants ont déposé plainte pour « faux en écriture publique aggravé » après la destruction de plus de 70 scellés, notamment un briquet, un short et une sandale appartenant à Bernard Borrel et trouvés sur les lieux du crime.

La justice a détruit ces pièces en 2014 à la suite d’une mention erronée, sinon mensongère, dans le dossier faisant état d’une ordonnance de non-lieu. Un certain nombre d’éléments « concourt à démontrer l’éventualité, voire la probabilité d’une action volontaire destinée à empêcher la manifestation de la vérité », estime la famille Borrel dans sa plainte.

Vendredi 25 novembre, l’assemblée plénière de la Cour de cassation va devoir se pencher sur un tout autre volet de l’affaire. Un volet qui a valu à la France une condamnation (…).

25/11/2016 (Brève 869) MEDIAPART – L’asassinat du juge Borrel, un scandale judiciaire sans fin (Par Michel Deléan)

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https://www.mediapart.fr/journal/international/060515/l-affaire-borrel-maltraitee-par-la-justice-francaise

La Cour de cassation rouvre ce vendredi 25 novembre le dossier Bernard Borrel, l’un des plus sombres de notre justice. Une plainte pour faux en écriture publique vient par ailleurs d’être déposée après la destruction inexplicable de scellés criminels.

Depuis vingt et un ans, l’assassinat du juge Bernard Borrel – commis en 1995 à Djibouti – n’en finit plus d’être maltraité par la justice française. Ce vendredi, la Cour de cassation se réunira en assemblée plénière pour examiner un pourvoi déposé par l’avocat Olivier Morice, qui défend la famille Borrel aux côtés de Laurent de Caunes. Me Morice présente en effet une particularité assez incongrue : alors qu’il se bat pour faire la lumière sur cette affaire depuis deux décennies, il est à ce jour la seule personne à avoir été condamnée dans le dossier Borrel.

Le grand tort d’Olivier Morice est d’avoir osé critiquer publiquement, en 2000, la manière dont les juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire avaient conduit l’instruction du dossier Bernard Borrel (de 1998 à 2000) avant d’être dessaisis. Les deux magistrats avaient conclu un peu rapidement à un suicide de leur collègue, tout en refusant plusieurs demandes d’actes pourtant légitimes déposées par sa famille. Résultat, Olivier Morice avait été condamné pour complicité de diffamation envers des personnes dépositaires de l’autorité publique à 4 000 euros d’amende, ainsi qu’à des dommages et intérêts.

Prononcée au tribunal correctionnel de Nanterre (en 2002), confirmée par la cour d’appel de Rouen (en 2008, après un dépaysement) puis validée par la chambre criminelle de la Cour de cassation (en 2009), cette décision a valu à la France une condamnation retentissante par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), siégeant en Grand chambre, le 23 avril 2015. D’où le retour de l’affaire devant l’assemblée plénière de la plus haute juridiction française, devant laquelle le premier avocat général François Cordier se prononcera ce vendredi en faveur d’une cassation pure et simple, sans renvoi de l’affaire devant une autre juridiction.

Selon l’avis rédigé par François Cordier (75 pages dont Mediapart a pris connaissance), la condamnation de Me Morice constitue une violation de l’article 10 de la Convention de sauvegarde des droits de l’homme, qui garantit le droit à la liberté d’expression. Le magistrat retient notamment que les deux juges d’instruction avaient été dessaisis de l’affaire Borrel pour avoir refusé d’organiser une reconstitution en présence de la partie civile et de ses avocats, qu’une cassette vidéo tournée lors de leur déplacement à Djibouti n’avait pas été versée au dossier d’instruction, et que le procureur de Djibouti dénigrait Olivier Morice dans des écrits au ton très familier adressés à Marie-Paule Moracchini. Conclusion du magistrat : l’avocat de la famille Borrel était fondé à critiquer cette instruction, surtout dans une affaire d’intérêt général, et ayant un retentissement international.

Maltraitée par la justice française, l’affaire Borrel vient par ailleurs de donner lieu à un nouveau dépôt de plainte, pour « faux en écriture publique aggravé », le 8 novembre auprès du tribunal de grande instance de Paris. Plusieurs objets placés sous scellés après la mort du magistrat, le 19 octobre 1995 à 80 km de Djibouti, ont en effet été détruits récemment de façon inexplicable.

Le dernier juge d’instruction en date chargé d’élucider cet assassinat, Cyril Paquaux, souhaitait faire effectuer de nouvelles expertises scientifiques sur un briquet, un short et une sandale retrouvés sur les lieux du crime. Le 2 novembre 2015, le service du greffe du tribunal lui a répondu que ces scellés avaient été détruits le 4 décembre 2014, à cause de « la mention erronée d’une ordonnance de non-lieu ».

Cette affaire dans l’affaire a déclenché une enquête de l’Inspection générale des services judiciaires (IGSJ). Et en décembre 2015, celle-ci a conclu que « la thèse la plus plausible est celle d’une confusion entre le dossier Borrel et l’un des deux dossiers ayant donné lieu à une ordonnance de non-lieu du 16 septembre 2003 et consultés les 17 avril et 19 mai 2014 ».

C’est une adjointe administrative, en fonction au service des scellés depuis trente ans, qui aurait commis cette grosse boulette. Mais les avocats de la famille Borrel ne se satisfont pas de cette explication. Ils relèvent d’abord que cette affaire sort de l’ordinaire, et qu’elle est largement médiatisée.

Selon Olivier Morice et Laurent de Caunes, une simple consultation du logiciel de traitement des dossiers du tribunal aurait suffi à éviter la destruction des scellés. Ils notent en outre qu’un bordereau et un tampon ont été modifiés, que plusieurs personnes ont participé au processus administratif de destruction des scellés, mais que tout le monde n’a pas été interrogé. S’agissant d’une affaire d’État, ils s’interrogent sur des manœuvres et des manipulations qui auraient pu être opérées pour empêcher la manifestation de la vérité.


Raison d’État et pressions sur la justice
Alors chargé de mission auprès du ministre de la justice de Djibouti au titre de la coopération entre les deux États, le magistrat français Bernard Borrel avait été retrouvé assassiné à Djibouti le 19 octobre 1995, son corps en partie dénudé et calciné. Depuis lors, la justice française a joué de lenteur, quand elle n’a pas purement et simplement essayé d’étouffer le scandale afin de maintenir de bonnes relations avec Djibouti, des hommes du pouvoir local étant très sérieusement soupçonnés.

Un témoin clé, l’ancien militaire Mohamed Alhoumekani, a même été interpellé, détenu, puis retenu au Yémen, sans raison légale. Des ministres, des intermédiaires, et le président djiboutien Ismail Omar Guelleh lui-même – par téléphone – ont fait pression pour qu’il modifie, sous la contrainte, le témoignage qu’il avait livré aux juges français en février 2000. Ancien membre de la garde présidentielle djiboutienne, Alhoumekani avait surpris en 1995 le chef de cabinet d’alors, un certain Ismail Omar Guelleh, s’enquérir, dans le palais présidentiel vidé de ses occupants, de la disparition d’un juge qualifié de trop « fouineur » : Bernard Borrel, dont le corps avait été jeté dans la nuit au fond d’un ravin.

Ce même Ismail Omar Guelleh a été élu président de la République de Djibouti en 1999. Toujours en poste, il a effectué depuis lors plusieurs visites officielles en France. Une demande de la juge d’instruction Sophie Clément, qui voulait l’entendre comme témoin dans l’affaire Borrel, a été rejetée en 2007, pour cause d’immunité présidentielle.

L’historique judiciaire de l’affaire Borrel est consternant. D’abord instruite à Toulouse, l’affaire est dépaysée au bout de deux ans vers le tribunal de grande instance de Paris, fin 1997. La juge désignée, Marie-Paule Moracchini, secondée par son collègue Roger Le Loire, privilégie la thèse d’un suicide du juge Borrel, qui est celle de la raison d’État. Les deux juges parisiens refusent d’entendre un témoin important, et s’opposent également à ce qu’une reconstitution soit organisée à Djibouti en présence de la partie civile. Les deux magistrats instructeurs finissent par être désavoués, et sont dessaisis du dossier par la chambre d’accusation de la cour d’appel de Paris en juin 2000.

Plus grave encore, le nouveau juge désigné, Jean-Baptiste Parlos, découvre alors qu’une pièce importante, l’enregistrement filmé d’un transport sur les lieux à Djibouti, n’a pas été versée au dossier d’instruction par ses collègues. Quand la juge Moracchini lui remet finalement la cassette vidéo, l’enveloppe comporte une carte manuscrite du procureur de Djibouti, Djama Souleiman, au ton plus qu’amical. « Salut Marie-Paule, je t’envoie comme convenu la cassette vidéo du transport au Goubet. J’espère que l’image sera satisfaisante. J’ai regardé l’émission “Sans aucun doute” sur TF1. J’ai pu à nouveau constater combien madame Borrel et ses avocats sont décidés à continuer leur entreprise de manipulation. Je t’appellerai bientôt. » Le courrier se conclut ainsi : « À très bientôt. Je t’embrasse. Djama ». De quoi douter – pour le moins – de l’impartialité de certains juges dans le traitement de l’affaire Borrel.

Le juge Parlos change de poste en 2002, et le dossier est repris par Sophie Clément, qui va le faire avancer non sans difficulté. La juge rassemble des indices sérieux et des témoignages suggérant que des officiels djiboutiens, jusqu’au sommet de l’État, ont pu être mêlés à l’assassinat de Bernard Borrel. Elle délivre deux mandats d’arrêt internationaux en 2006, qui visent des témoins clés, un Tunisien et un Djiboutien. Ces mandats d’arrêt ne sont pas suivis d’effet. Sophie Clément finit par changer de poste à son tour, en 2012. Le dossier est alors repris par un collège de trois juges d’instruction, sans avancée notable à ce jour.

Dans un deuxième volet du dossier Borrel, les pressions exercées par le procureur de Djibouti et le chef des services secrets sur un protagoniste important de l’affaire aboutissent tout de même à un procès pour subornation de témoin, à Versailles, qui donne lieu à des condamnations en mars 2008… puis à une relaxe générale en appel, en mai 2009. Fermez le ban.

Enfin, un troisième volet, qui concerne les pressions exercées par l’exécutif français sur la justice, a été rouvert en mars 2015. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a ordonné la reprise du cours d’une information judiciaire pour « publication de commentaire en vue d’influencer une décision de justice » qui avait été clôturée par un non-lieu en décembre 2013.

Cette dernière affaire concerne la diffusion d’un communiqué stupéfiant du Quai d’Orsay, le 29 janvier 2005, visant à calmer l’État de Djibouti qui venait d’expulser six ressortissants français à cause de l’affaire Borrel. Ce communiqué annonce tout de go que « rien », dans les documents déclassifiés des enquêtes judiciaires sur l’assassinat du magistrat, « ne permet de conclure à la mise en cause des autorités djiboutiennes ». Mieux : « À la demande de ces mêmes autorités, une copie du dossier relatif au décès du juge Borrel sera prochainement transmise à la justice djiboutienne en vue de permettre aux autorités compétentes de ce pays de décider s’il y a lieu d’ouvrir une information judiciaire à ce sujet », annonce alors carrément le Quai d’Orsay.

Pour les avocats de la famille Borrel, il s’agit-là d’une immixtion flagrante du politique dans le judiciaire, de la diffusion d’un mensonge d’État, et d’une pression directement exercée sur la juge alors en charge du dossier principal, Sophie Clément, pour lui forcer la main.

Celle-ci a finalement refusé de transmettre une copie de son dossier à la justice djiboutienne. Et une enquête sur la genèse de ce communiqué sans précédent démarre en août 2005. Elle aboutit au placement sous le statut de témoin assisté, en 2007, des diplomates Hervé Ladsous et Pierre Vimont (en qualité de porte-parole et directeur de cabinet du ministre des affaires étrangères à l’époque des faits), ainsi, en juin 2010, que du haut magistrat Laurent Le Mesle (en qualité de directeur de cabinet du ministre de la justice à l’époque des faits).

Cette partie du dossier montre des interventions de l’Élysée tous azimuts pour retenir les juges tout en calmant Djibouti. Les juges Fabienne Pous et Michèle Ganascia, qui l’instruisaient à l’époque, ont d’ailleurs tenté d’effectuer une perquisition à l’Élysée, mais avaient été repoussées sans ménagement par les gardes républicains, et n’avaient pu rédiger leur procès-verbal sur place que sur une poubelle…

L’enquête montre également que bizarrement, quand il a quitté la direction des affaires criminelles du ministère de la justice pour devenir procureur de Paris, en décembre 2004, Jean-Claude Marin ne disposait pas de tous les éléments de ce dossier pourtant “signal锠: il manquait notamment un document important (un soit-transmis du 13 septembre 2004) dans lequel la juge Sophie Clément expliquait les raisons de fond pour lesquelles elle refusait de transmettre une copie du dossier Borrel à Djibouti. Encore une bizarrerie.

Peu après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée, et quelques heures seulement après que le nouveau président a reçu Élisabeth Borrel et son avocat, qui demandent un geste fort de l’État, c’est un communiqué… du procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui rend officiel l’assassinat du juge, le 17 juin 2007. « Si la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée, les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel », expose ce communiqué. « Les expertises anthropologiques, médico-légales et de police scientifique concluent à l’existence de lésions osseuses sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables de nature distincte versés sur le corps. Elles précisent que Bernard Borrel était couché sur le sol lorsque les liquides ont été répandus sur sa personne de manière aléatoire », expliquait alors le procureur de Paris. Un assassinat qui ne sera peut-être jamais jugé.

17/11/2016 (Brève 864) RFI (14/11) Djibouti: l’affaire Borrel relancée par une plainte de la famille

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http://www.rfi.fr/afrique/20161114-djibouti-affaire-juge-borrel-relancee-plainte-famille-faux-aggrave

Nouveau rebondissement dans l’« affaire Borrel ». Les avocats de la famille du juge français retrouvé mort en 1995 à Djibouti ont annoncé qu’une plainte pour « faux en écriture publique aggravé » a été déposée le 8 novembre dernier. En cause: la destruction en décembre 2014 des scellés contenant les objets retrouvés sur les lieux du crime.

Bernard Borrel est retrouvé mort le 19 octobre 1995, à 80 km de la capitale de Djibouti, son corps dévêtu est à demi carbonisé. Un briquet, un jerricane, son short et une sandale gisent à quelques mètres. Certains portent des empreintes ou des traces ADN qui n’appartiennent pas au magistrat français.

Lorsqu’en 2015 la cour d’appel demande des vérifications sur ces scellés, on s’aperçoit qu’environ 70 pièces ont été détruites par la justice un an plus tôt. La garde des Sceaux demande alors une enquête interne qui conclut à une « confusion » d’étiquetage : une mention indique qu’un non-lieu a été rendu dans cette affaire en 2003, ce qui est faux.

Selon Maître Morice, avocat de la famille Borrel, ce rapport est « confus », plein d’« incohérences », et la destruction de ces pièces pourrait être volontaire.Me Morice, l’avocat de la famille n’est pas convaincu. « Il y a tellement d’incohérences dans l’enquête qui a été effectuée par l’inspection générale des services judiciaires que nous avons demandé au garde des Sceaux un complément d’enquête. Nous n’avons jamais eu de réponse sur ce point, malgré des demandes réitérées, et c’est la raison pour laquelle nous avons directement déposé une plainte avec un caractère criminel puisqu’il s’agit de faux en écriture publique aggravé », explique-t-il.

Si les soupçons de la famille se confirment, il s’agirait alors d’une nouvelle tentative d’interférence dans ce dossier, souvent qualifié d’« affaire d’Etat ».

15/11/2016 (Brève 862) Affaire Borrel : une nouvelle plainte (La dépêche du midi)

Lien avec l’article : http://www.ladepeche.fr/article/2016/11/15/2458926-affaire-borrel-une-nouvelle-plainte.html

La famille du magistrat Bernard Borrel, dont la mort en 1995 à Djibouti n’a jamais été élucidée, vient de déposer une nouvelle plainte en dénonçant la destruction de «pièces à conviction d’une importance majeure» dans l’enquête ouverte à Paris pour assassinat. Elisabeth Borrel, veuve du magistrat, et ses deux enfants ont déposé plainte le 8 novembre pour «faux en écriture publique aggravé».

Plus de 70 scellés, notamment un briquet, un short et une sandale appartenant à Bernard Borrel et trouvés sur les lieux du crime, avaient été détruits en décembre 2014. Leur destruction avait été opérée à la suite d’une mention erronée dans le dossier, indiquant qu’une ordonnance de non-lieu avait été rendue le 19 septembre 2003, alors que l’instruction ouverte en 1997 est toujours en cours.

Un certain nombre d’éléments «concourt à démontrer l’éventualité, voire la probabilité d’une action volontaire destinée à empêcher la manifestation de la vérité», estime la famille Borrel dans sa plainte.

L’un de ses avocats, Me Olivier Morice, a dénoncé de son côté des «dysfonctionnements extrêmement graves». «La thèse la plus plausible est celle d’une confusion» entre le dossier Borrel et un autre dossier qui avait donné lieu à une ordonnance de non-lieu le 16 septembre 2003, d’après le rapport de l’Inspection générale des services judiciaires.

Magistrat détaché à Djibouti (Djibouti), Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995. L’enquête française avait d’abord privilégié la thèse du suicide, avant de se réorienter sur celle d’un assassinat. Vingt ans après, l’enquête piétine. L’un des principaux suspects, Awalleh Guelleh, à l’encontre duquel un mandat d’arrêt a été délivré en 2006, est probablement mort.

06/02/2016 (Brève 660) La revue dessinée de décembre 2015 (N°10) A lire : LE SUICIDE ÉTAIT PRESQUE PARFAIT

Lien pour télécharger : http://www.ardhd.org/borrel_dossier/Revue_dessinée_complet.pdf

revue dessinéeCela se passe au milieu d’un désert aride, quelque part en Afrique. L’histoire est digne d’un polar de Série noire, avec ses bons et ses méchants. Pourtant, elle est tellement vraie qu’il nous appartient d’en faire le récit.

Dans les années 1990, le financement de la vie politique n’était pas vraiment réglementé. Les juges d’instruction n’avaient pas encore conquis leur autonomie et les colonies n’avaient pas tout à fait disparu des esprits. À Djibouti, l’une des dernières possessions françaises d’Afrique à avoir acquis son indépendance en 1977, une transition politique se dessinait sous l’œil sourcilleux de la métropole…

D’un côté, 5 000 soldats « pré-positionnés », dont de nombreux légionnaires, et de l’autre, une voyoucratie à la manœuvre, mélange de clans somalis et de familles corses exilées noyautant les casinos.

Dans ce marigot, Bernard Borrel, magistrat intègre, pur produit de la méritocratie républicaine, a certainement franchi, sans le savoir, l’une de ces lignes jaunes du pouvoir qui mènent les hommes vers les zones grises où tout est permis. Seule certitude : son rendez-vous avec la mort n’avait rien de fortuit. Il ne doit même rien au hasard, mais tout à la préméditation.

Grâce à une volonté de fer, au travail d’un duo d’avocats pugnaces et au soutien de quelques journalistes, sa femme Elisabeth Borrel est parvenu, peu à peu, à dévoiler les contours de ce que l’on peut appeler une véritable affaire d’État…

Une enquête de David Servenay dessinée par Thierry Martin

16/11/2015 (Brève 518) Communiqué du Comité de soutien à Elisabeth Borrel.

L’affaire Borrel ou la dé-raison d’Etat.
Qui protège les assassins du magistrat Borrel ?

Nouveau rebondissement et quel rebondissement dans l’affaire Borrel : des objets placés sous scellés et essentiels à la poursuite de l’enquête ont été détruits, soi-disant accidentellement avant même la moindre enquête !

Après l’assassinat déguisé en suicide, après une campagne de désinformation nauséabonde, après le refus de déclassifier des documents sensibles sous couvert du secret-défense, 20 ans d’instruction judiciaire n’ont toujours pas permis de savoir par qui et pour quoi le magistrat Bernard Borrel a été assassiné le 18 octobre 1995 alors qu’il était en mission à Djibouti.

Le combat courageux d’Elisabeth Borrel, la ténacité de ses avocats et la sagacité de plusieurs journalistes n’auront pas encore eu raison de la dé-raison d’Etat.
Car enfin, comment expliquer que dans cette affaire qui dure depuis 20 ans, c’est toujours la veuve de la victime qui a porté l’action publique et jamais le Parquet ?

Comment expliquer que les pouvoirs publics aient cherché à étendre le secret défense à de nombreux lieux de pouvoir, projet de loi retoqué par le Conseil Constitutionnel ?

Comment expliquer que nombre de responsables politiques et militaires sachent précisément ce qui s’est passé ce 18 octobre 1995 et pas Elisabeth Borrel et ses enfants?

Quand on voit tous les moyens mis en oeuvre pour empêcher que la vérité sur cette « ténébreuse affaire » ne soit connue, cette affaire d’Etat apparait de plus en plus comme exemplaire de la dé-raison d’Etat.

Le comité de soutien pour la vérité sur l’assassinat du juge Borrel est plus que jamais aux côtés d’Elisabeth Borrel et de ses enfants dans son combat tenace et courageux pour connaître la vérité et pour que justice leur soit rendue.

« Dans la paix comme dans la guerre, le dernier mot appartient à ceux qui ne se rendent jamais ». Albert Camus

Fait à Lisieux le 12 novembre 2015

Le bureau du Comité.

14/11/2015 (Brève 516). Vos encombrants vous dérangent ? N’attendez plus ! Nous avons trouvé la solution.

Mieux que des entreprises comme Veolia, Sita ou Derichebourg ou les services municipaux, c’est au Greffe du Tribunal de Paris que vous trouverez la meilleure réponse : destruction totale garantie, pas de trace … (Dessin de Roger Picon)