02/07/2012 (Brèves 007) Alerte à Tadjourah. MANIFESTATION A TADJOURAH CONTRE LA DISCRIMINATION A L’EMBAUCHE : L’OPPOSITION AU DEFI DE PROPOSER UN VERITABLE PROJET DE SOCIETE

Dans une note en date du 11 mars 2012 et intitulé « Le sous-développement imposé », l’ARD (Alliance Républicaine pour le Développement) dénonçait la volonté politique du régime qui, pour mieux les asservir, privait les populations du Nord et du Sud-ouest de toute possibilité, même sous financement extérieur, d’amélioration de leurs conditions de vie : chômage généralisé, effondrement des services sociaux, détournements à des fins partisanes de l’aide alimentaire internationale, etc.

Dernière provocation en date,
celle de trop aux conséquences incalculables, les conditions de recrutement de la main-d’œuvre du nouveau Port de Tadjourah, à vocation régionale. Pratiquement aucun natif de la région de Tadjourah ne figure parmi les 200 embauchés. D’où une légitime colère de la Jeunesse tadjourienne dimanche 2 juillet 2012. Pour dénoncer cette discrimination et exiger de bénéficier un tant soit peu des projets de développement se déroulant dans leur région, ils étaient plusieurs centaines à participer à une manifestation pacifique dans la Ville-Blanche. Une centaine est détenue au poste de Police de la ville pour avoir oser demander de pouvoir travailler.

Est-il si difficile que cela de comprendre la frustration de cette génération condamnée à la misère, à la dépendance familiale et au désœuvrement ? Quelle serait la réaction de la population d’Ali-Sabieh, pour ne prendre que cet exemple, si elle voyait débarquer des natifs d’Obock, embauchés exclusifs dans le cadre d’un projet financé pat l’Etat ou l’étranger et se déroulant dans le pays Assajog ? Quel être humain digne de ce nom, peut accepter de se voir condamné à la passivité du spectateur impuissant regardant passer, comme une vache dan son pré, le train de la prospérité et de la décence ?

Cette inadmissible discrimination et la légitime résistance qu’elle rencontre interpellent toute opposition sérieuse et à prétention nationale. Peu de nos compatriotes savent qu’en 1963, l’administration coloniale, construisant une jetée à Obock, avait refusé de recruter un seul habitant de cette ville, préférant exploiter les prisonniers incarcérés au bagne local. Ce qui se solda par une violente émeute au terme de laquelle les hommes valides d’Obock furent embauchés.

Cette même logique coloniale d’exclusion est malheureusement à l’œuvre aujourd’hui, rendant illusoire toute construction d’une Nation djiboutienne réconciliée avec elle-même. Le défi posé à l’opposition djiboutienne est d’oser énoncer les vrais problèmes et de proposer des solutions justes et durables.

Il s’agit tout d’abord de s’entendre sur le fondement idéologique du régime qu’elle prétend combattre, unie de préférence : depuis 1999, cette dictature fonde sa légitimité sur une philosophie guerrière de la razzia. En clair, il s’agit d’une guerre contre une composante de la communauté nationale (supposée de plus en plus vaincue, comme en témoigne la violation de chaque accord de paix) tandis que le chef des vainqueurs procède, au bénéfice exclusif des siens, à la redistribution du butin confisqué par ses valeureux combattants (administrateurs, ministres, députés, juges, indics, etc.).

Donc, loin d’inculquer une culture de la paix dans un pays qui n’a pas connu beaucoup d’heures de quiétude depuis 1977, ce régime continue, ici comme dans la région, de susciter la haine entre les différentes composantes de la communauté nationale.

Il s’agit ensuite pour l’opposition de mettre en œuvre un travail méthodique de désintoxication, en expliquant qu’il est absolument impossible d’assurer la pérennité d’une coexistence pacifique sur une logique de dépossession, de spoliation, bref de négation de l’Autre. Très explicitement, la République de Djibouti est condamnée à disparaître si toutes les communautés qui la composent ne trouvent pas un intérêt suffisamment fort à justifier sa raison d’être.

Seule l’Egalité dans le respect de notre diversité constitue le meilleur contrat social devant fonder notre Unité. Bien que faiblement doté en ressources naturelles, notre pays est capable de subvenir aux besoins de ses enfants, à condition que la préservation de l’intérêt général devienne enfin le moteur de toute politique publique de développement. Tant que chaque composante de l’opposition djiboutienne ne sera perçue que comme l’expression d’une frustration insulaire, au détriment d’un épanouissement collectif, elle ne vaudra pas mieux que l’ignominie qu’elle prétend combattre.

Par définition, l’avenir appartient aux jeunes : il est donc de leur devoir de se montrer partout solidaires de ce qui se passe à Tadjourah.

Le combat aujourd’hui mené par la Jeunesse de Tadjourah, tout en dénonçant les fondements ségrégationnistes du système RPP, met l’opposition au défi de proposer une alternance crédible en osant poser les vraies questions et définir un projet de société dans lequel nul ne sera oublié. Mais si c’est pour singer…

Cassim Ahmed Dini
ARD

08/02/2012 (B642) Entretien avec Cassim Ahmed Dini, qui a accepté de répondre aux questions de l’ARDHD depuis Djibouti où il séjourne actuellement (à écouter / télécharger)

Cassim Ahmed Dini a accepté de répondre aux questions que nous lui avons posées à propos de la situation au pays, à la veille du deuxième tour dans certains districts. Il s’exprime aussi sur la position de l’ARD, après son départ de l’UAD et sur la situation de l’opposition à la veille de la mobilisation du 18 février.

Toutes les organisations de l’opposition appellent à une mobilisation ce même jour, certaines plus précisément à des rassemblements, mais pas au même endroit …

Nous avons découpé l’entretien en trois parties, parce que la qualité de la liaison téléphonique n’était pas à son meilleur niveau dans la première partie. Elle est améliorée dans les enregistrements 1 et 2

1°) Le deuxième tour des élections.

1°) A écouter en WMA

2°) A télécharger en MP3
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2°) L’opposition en général et les positions de l’ARD

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3°) La situation du Juge Souleman et l’intervention d’Avocats sans frontières

a) A écouter en WMA


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06/05/11 (B602) L’ARMÉE DJIBOUTIENNE EN GUERRE CONTRE LES AFAR D’ETHIOPIE : LA PREUVE PAR LA CARTE. (Par Cassim Ahmed Dini)

Un abondant courrier m’est parvenu, de toutes les communautés, me demandant si j’avais une quelconque preuve de mon accusation selon laquelle l’armée djiboutienne est impliquée dans les affrontements entre Issa et Afar en Ethiopie. Croyez bien que si tel n’était pas le cas, je ne me serais jamais hasardé sur ce terrain.

Je n’insisterai pas sur tout ce que j’ai entendu là-bas, pour avoir longtemps séjourné à Aouache, Matak, Gawani, Millé ou Loggia, tout ce qui a été observé au fil des ans comme transformations dans les techniques de combat et l’armement utilisés par les assaillants, tout ce qui a été récupéré comme preuves matérielles, dont des pièces d’identité djiboutienne sur les assaillants.

Je n’insisterai pas non plus sur l’énorme dossier de contentieux établi par les responsables de l’Etat régional Afar en charge de ce dossier. Pas plus que les propos du Docteur Abdoulmagid, somali d’Ogaden qui, lors d’une réunion de conciliation, a assuré la délégation Afar que l’Etat régional Somali n’avait aucune visée territorial et que la solution conflit entre Afar et Issa devait être recherchée à Addis-Ababa et à Djibouti ; propos qui ont certainement failli lui coûter la vie lors d’une tentative d’assassinat en 1997 à deux cents mètres du ministère éthiopien de la Défense, c’est-à-dire l’une des zones les mieux surveillées d’Addis-Ababa. Je vous relaterai ce que j’ai personnellement vu à Djibouti.

En application de l’accord de paix du 12 mai 2001, 300 combattants du FRUD devaient être intégrés : 150 dans l’AND, 75 dans la FNP et 75 autres dans la Gendarmerie. Connaissant les aptitudes de chacun, j’ai été chargé de dresser les listes et de procéder aux affectations. Ensuite, avec Kabir Hamza, responsable de la commission Paix civile, nous devons prendre l’attache avec chaque Etat-major concerné pour finaliser ces incorporations.

Après ceux de la Police et de la Gendarmerie, nous nous sommes rendus un jour de juillet 2001 au BQG (Bataillon Quartier Général) pour rencontrer l’officier en charge de ce dossier. Dans son bureau, une carte géante couvrant presque tout le mur attira notre attention.

Pourquoi ?

Parce que ce n’était pas exactement la carte de la République de Djibouti. En fait, elle couvrait une zone allant des rives du lac Abbé jusqu’à celles du fleuve Awash aux environs de la bourgade de Matahara non loin de la limite sur du pays afar, les Monts Fantallé (Namma-Lé Fan). Extrêmement bien détaillée, cette carte indiquait les points d’eau, les campements afar et les pistes d’infiltration.

Nous avions devant nos yeux la preuve que les affrontements entre Issa et Afar en Ethiopie étaient planifiées dans le bureau de ce colonel de l’AND. C’est ce que je lui d’ailleurs demandé : "Colonel, à voir cette carte, c’est donc bien d’ici que partent les attaques contre les campements afar en Ethiopie et comme on l’entendait, il ne s’agit pas de simples combats entre pasteurs ? ".

Sans me répondre, il me jeta un regard noir : je l’avais compris, il m’avait compris, nous nous étions compris.

Une dernière question se pose alors : Djibouti n’ayant aucune compétence en matière cartographique, quel Etat a bien pu lui établir une carte militaire aussi précise et aussi spéciale, qui déborde sur un autre Etat ?

La France avec l’IGN (Institut Géographique National) ?

L’Irak de Saddam Hussein qui avait conclu en 1990 un accord de coopération avec Djibouti pour, entre autres, "régler les problèmes de nationalité" et qui a formé les premiers éléments de l’AND impliqués dans des opérations militaires hors du pays ?

Ou enfin l’Ethiopie d’après Menguistu, ce qui n’est pas improbable considérant l’actuelle position des autorités fédérales éthiopiennes qui cautionnent cet Anschluss ?

J’allais oublier : cet officier de l’AND dans le bureau duquel nous avons vu cette carte, c ‘est le colonel Youssouf Kayad.

Cassim Ahmed Dini
Coprésident FRUD
de la Commission des Réformes Démocratiques
durant les négociations de 2000-2001

06/05/11 (B602) Ismaël Omar est-il un délinquant qu’il faudrait éliminer ? (Par Cassim Ahmed Dini – reprise d’un article de mai 2001)

"A la veille de sa troisième investiture, voici le portrait que Cassim Ahmed Dini avait dressé du dictateur, dans un tract signé en date du 3 mai 2001. Gratis pro Deo (Li Wadjhillah) pour ceux qui seraient amnésiques au point de (se) faire croire que cet homme aurait pu miraculeusement changé. Coupable de parjure en violant un accord de paix. N’avait-il pas juré sur le Coran de respecter ces accords et coupable d’avoir mentià un homme qui était sur son lit de mort. "

Djibouti, le 3 mai 2001

Lorsqu’il est engagé dans une action collective (parti syndicat, guérilla, etc…) les décisions de tout individu sont conditionnées par deux exigences.

1. Une exigence de discipline organisationnelle qui veut que l’on se soumette au choix majoritaire,

2. Une exigence de responsabilité individuelle selon laquelle il convient de se démarquer d’une entreprise dont on reprouve certaines implications politique ou morales.

Venu à Djibouti en vertu de la première pour mettre en application un accord cadre approuvé par un congrès du FRUD, je quitte aujourd’hui Djibouti en vertu de la seconde car je ne peux cautionner l’issue de ces négociations.

Il ne s’agit pas ici de faire des révélations sur des " pourparlers " dont le secret irrite la durée : en temps utile, tout sera rendu public et chacun verra si la montagne a accouché d’une souris ou si les acquis démocratiques sont à la hauteur des espérances.

Comme le disait lui-même le FRUD dans son communiqué du 12 février 2001 "

La nature et l’importance des réformes ou concessions seront alors concrètement jugées, le cas échéant, par rapport au statut quo actuel ". Il est connu que l’espoir fait vivre, surtout ceux qui ont peu de prise sur les événements : Ismael Omar est peut être un délinquant terroriste, mais certainement pas un démocrate et il faut être gentil pour croire qu’il acceptera de porter lui-même atteinte à son pouvoir personnel qui est la seul garanti des ses intérêts mafieux.

Rappelons juste quelques points du programme politique du FRUD trahi par les dissidences : instauration d’un régime parlementaire, Premier Ministre Chef du gouvernement, multipartisme intégral, indépendance de la magistrature, révision des listes électorales et d’état civil falsifié, rééquilibrage dans les emplois civils et militaires, indemnisation des victimes civiles et châtiments des militaires assassins de civils, etc..

Toutefois, à l’heure où des vessies se prennent pour des lanternes, des traîtres pour des héros et où la frontière devient floue entre compromis et compromission, il n’est pas utile de rappeler quelques vérités élémentaires connues de beaucoup et que le terrorisme de ce régime de tontons macoutes cherche vainement à étouffer.

1. Il est vraiment déshonorant pour le Peuple djiboutien d’être dirigé par un voyou politique comme Ismael Omar, au présent aussi sombre que le passé : racketteur de prostituées du temps de la Brigade mondaine, délateur infiltré dans le milieu indépendantiste du temps où il était inspecteur Chedarleh dans la police coloniale, tortionnaire et génocidaire du temps où il était Chef de Cabinet (massacre d’Arhiba et en brousse) et même en tant que président (il est au moins complice de crimes de guerre puisqu’en sa qualité de Chef suprême des Armées, il a assuré l’impunité aux soldats qui ont tué des civils après son élection).

A ce chapitre, comme il est assez facile de prévoir les actions de ce voyou égaré en politique, j’avais prévenu qui de droit dès juillet 1990 de l’imminence d’un attentat contre les intérêts français. La justice française serait bien inspirée de chercher quelque mobile du côté du FSU (Front Somali Unifié) dont la consolidation passait à l’époque par la répression des Gadaboursi.

Ce voyou, qui rappelle Ariel Sharon par son physique obèse, ses méthodes terroristes et son sionisme anti-afar, n’hésite pas à mettre en péril les intérêts nationaux si ses intérêts mafieux ou ceux des ses amis sont menacés (voir l’actuelle crise avec le Somaliland), qui confond diplomatie et prostitution (voir sa pyromanie dans la guerre entre les deux voisins) et dont l’aventurisme a déjà fait des dizaine de morts à Mogadiscio, ce voyou donc constitue un danger pour la stabilité régionale : l’éliminer relève de la salubrité publique et de la voirie politique.

2. Il est vraiment déshonorant de trouver normale qu’un découpeur de poissons à la pêcherie de Boulaos se retrouve Chef de Cabinet de la Présidence comme salaire de sa trahision. Beaucoup savent par exemple, qu’Ali Guelleh pour ne pas le nommer, a réussi l’exploit en février 1993 de faire écouter à son maître Ismael Omar, grâce a un micro miniature, la dernière réunion du Comité Central du FRUD tenue à Assa-Gueyla. Il est intolérable de banaliser des telles trahisons dont de valeureux combattants du FRUD et même des civils ont été victimes : une Organisation digne de ce nom doit établir toutes les responsables et châtier tous les coupables tôt ou tard quels que soient leurs niveaux hiérarchique.

3. Il est vraiment déshonorant de tolérer que le traître Ougouré Kiflé continue à terroriser les familles dont il a fait massacrer les enfants. Beaucoup savent par exemple qu’au petit matin du 5 juillet 1993, au lieu dit Gi-Garu 12km de Tadjourah sur la route Randa, trois combattants du FRUD ont été faits prisonniers puis sauvagement exécutés par les mercenaires gouvernementaux. Un de ces martyrs du FRUD s’appelait WAHIB MOHAMED DILLEYTA.

Quelques heures plus tard ce même 5 juillet, à quelques kilomètre de là à Randa exactement, Ougouré se réveillait d’un sommeil lourd et se mettait tranquillement à brouter jusqu’à tard dans la nuit, alors qu’il devait organiser les défensives du FRUD. Sang – froid du héros ? Irresponsabilité du drogué ?

Non : Il savait tout simplement que l’ennemie n’investirait pas tout de suite Randa et lui laisserait surtout le temps d’organiser la désorganisation des unités combattantes du FRUD. Il faut châtier ces traîtres criminels, ne serait ce que par respect pour tous les morts car, plus que les vivants ce sont les morts qui ont droit au respect.

Le FRUD n’appartient ni à ceux qui se sont rendus à l’ennemi, ni ceux qui continuent à résister : le FRUD appartient à la mémoire de tous ses martyrs, morts pour que les survivants et les générations à venir vivent dans la paix, l’égalité et la dignité retrouvées. Pas pour que nous rampions devant une saleté comme Ismael Omar ! Ni pour que nous pardonnions à des déchéances comme Ali Guelleh ou Ougouré Kiflé.

Lui-même pourriture sortie du néant par un malheureux accident de l’Histoire, Ismael Omar a plus que jamais besoin de ces traîtres avec lesquels il compte durablement transformer Djibouti en Haïti du temps des Duvalier. Il faut les en empêcher et les combattre. Jusqu’à la mort !. Il faut éliminer ce voyou d’Ismael Omar et ses chiens de garde délinquants qu’il prétende imposer comme relève politique.

Proposition à ce voyou : sans préjudice d’autres poursuites, qu’il demande au FRUD de me sanctionner ? Au fait, je dois me présenter : comme le disait Jacques Brel " J’insiste, persiste et signe "

Cassim Ahmed Dini
Coprésident FRUD
De la Commission des Réformes Démocratiques

11/04/11 (B599) ARD : Cassim Ahmed Dini, conseiller politique du Président de l’ARD, répond aux questions de Jean-Loup Schaal à propos de l’élection du 8 avril, des mesures pour redresser l’économie du pays et des relations avec les pays voisins, en particulier la résistance au Yémen (Version 2 Audio – pour les internautes qui ne disposent pas d’une connexion à haut débit)

1°) A écouter (Format .wma / Windows Media Player)

 





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11/04/11 (B599) ARD : Cassim Ahmed Dini, conseiller politique du Président Youssouf, répond aux questions de Jean-Loup Schaal à propos de l’élection du 8 avril, des mesures pour redresser l’économie du pays et des relations avec les pays voisins, en particulier la résistance au Yémen (Version 1 Vidéo – disponible sous Youtube)

21/03/11 (B596) 1967 – 2011 – Le combat continue (Par Cassim Dini)

L’année dernière, Mahdi Ibrahim et moi avons été invités à Ottawa par nos amis Hassan Aden et Houssein Andoleh afin de participer à la commémoration des événements du 19 mars 1967. A cette occasion, j’ai constaté à quel point toutes les composantes de la diaspora djiboutienne se sentaient concernées par ce douloureux épisode de notre Histoire commune, au sens où nous avons tous été, peut-être à des moments et dans des contextes différents, victimes du fait colonial.

Un consensus s’était dégagé: pour comprendre ce qui nous arrive aujourd’hui et y faire face, nous devions éviter les pièges d’une instrumentalisation du passé à des fins de justification ou de contestation des discriminations actuelles. En clair, lorsque cela sera possible au pays, laissons les véritables historiens faire leur travail pour expliquer avec rigueur et impartialité les différentes phases de peuplement de ce qui est aujourd’hui notre patrie à tous: la République de Djibouti. Voilà pour ce qui est du passé.

Mais ce qui a été le plus frappant, et le plus prometteur pour la suite, c’est la nécessité unanimement reconnu d’une action unitaire de la diaspora contre la dictature. Et là, l’image que mes compatriotes du Canada ont envoyée à notre Peuple par leur mobilisation et leur soutien sans faille est exemplaire. A tel point que, tyran en tête, le régime se bouscule sur les ondes locales d’Ottawa!

Alors, quel parallèle entre 1967 et aujourd’hui? Celui qui m’intéresse ici est le ressort de la révolte. En mars 1967, le Peuple n’a eu besoin de personne pour manifester son rejet du système colonial. Aujourd’hui non plus, il n’a pas à être constamment encadré dans la rue par des responsables de l’opposition pour dire à Ismael Omar «Hirou» (il comprendra, c’est la version amharique du célèbre “dégage”). Je crois que si les femmes et les enfants manifestaient tous les jours et les jeunes tous les soirs (avec tout ce que cela suppose), l’appareil répressif, vite surmené, ne saurait plus où donner de la tête.

Cette constance dans le harcèlement, ajoutée à l’établissement d’un équilibre de la terreur (je ne comprends pas ceux qui supplient les militaires de ne pas tirer sur des civils) peut conduire à une sorte d’effondrement institutionnel, première phase d’un renversement complet du régime. Je crois qu’une révolution mentale doit s’accomplir (comme les Tunisiens l’ont fait en quelques jours): le militant qui obéit à un parti doit devenir le citoyen qui assume ses responsabilités. Là réside la clé de la victoire et je suis persuadé que mes compatriotes en sont largement capables.

Aucun peuple au monde n’a jamais demandé à une dictature l’autorisation de la renverser !

C’est malheureusement ce qui se passait à chaque demande de manifestation de l’opposition civile. Ce qui doit se passer ne peut absolument pas relever d’une quelconque légalité concédée par le régime. La Liberté s’arrache, mais ne se négocie pas. Il faut être encore plus déterminé que le dictateur, partir du principe qu’il n’y a rien à négocier avec lui et surtout agir en conséquence.

L’enjeu, c’est de restaurer fierté collective et dignité individuelle, pas de remplacer untel par untel. Pour mettre en place les institutions démocratiques, chaque communauté devra choisir les plus intègres d’entre elle, surtout des femmes neuves et des hommes neufs. C’est possible, il ne faut pas avoir peur de la liberté!

Cassim Ahmed Dini
19 Mars 2011

30/10/10 (B576) L’équipe de l’ARD nous transmet la traduction du discours que Cassim Ahmed Dini a prononcé à Bruxelles, en Afar, lors du Forum Afar

La transcription et la traduction du discours de M. Cassim Ahmed
Dini, prononcé en Afar, lors du forum Afar, ont été réalisées par l’ARD  »
Alliance Républicaine
pour le Développement –
République de Djibouti »


FORUM AFAR DE BRUXELLES,
22/24 OCTOBRE 2010

Ce forum a débuté hier sous les meilleurs auspices par la présentation de remarquables travaux académiques à laquelle je n’ai pas pu assister : que leurs auteurs veuillent bien m’en excuser.

De même, je vous prie de bien vouloir excuser l’absence du vice-président Mahdi Ibrahim, retenu à Londres. Le texte de son intervention vous sera distribué.

Néanmoins, il me charge de vous en transmettre l’essentiel de vive voix : il est inexact de penser que tous les Issa et, a fortiori tous les Somali, soient impliqués dans les agressions multiformes que les Afar subissent où qu’ils vivent.

D’une part parce que le pansomalisme a disparu depuis la défaite de Siad Barré
en Ogaden en 1977. D’autre part du fait que les Issa eux-mêmesdésapprouvent la politique tribaliste du régime djiboutien et son aventurisme meurtrier dans les pays voisins. Voilà l’essentiel du message de Mahdi Ibrahim.

De plus, j’ai été officiellement délégué par le Président Ahmed Youssouf et l’ensemble du Bureau Politique de l’ARD pour clarifier notre position. Ceci parce que notre parti n’oublie pas les multiples sacrifices consentis pour arracher le peu d’espace démocratique qui nous permet de nous exprimer.

Mais vous n’ignorez pas que, lors du forum tenu ici il y a deux ans, je ne représentais pas l’ARD. Ce changement de statut mérite explication pour une meilleure compréhension du message que je suis chargé de délivrer et, pour cela, rien de mieux qu’un survol historique.

2000 : un accord de paix est signé à Paris entre le Gouvernement de Djibouti et le FRUD.

2001 : au terme d’une année de négociations durant lesquelles je coprésidais la
commission des réformes démocratiques, je rejoins le maquis pour convaincre mes compagnons de lutte que cette paix est vouée à l’échec.

Mais une fois que celui qui personnifiait ce combat avait signé l’accord de paix du 12 mai 2001, il devenait politiquement irresponsable de prétendre continuer une lutte armée à laquelle cadres, combattants et concitoyens souhaitaient mettre un terme à 99,99%. Et plus un seul combattant armé n’est resté sur le terrain.

2002 : grâce au multipartisme intégral ainsi obtenu, le frud-armé devient l’ARD,
l’Alliance Républicaine pour le Développement.

2003 : dans le cadre de l’Union pour une Alternance Démocratique (UAD),
l’opposition participe aux élections législatives du 10 janvier.

Suite aux fraudes massives qui l’ont spoliée d’une victoire sans appel, l’UAD adresse au Chef de l’Etat une correspondance dans laquelle elle conditionne toute participation à quelque scrutin que ce soit à la mise en place effective et concertée de conditions de transparence. Aucune réponse à ce jour.

2004 : le signataire de l’accord de paix du 12 mai 2001 et fondateur de l’ARD
décède. Lui succède démocratiquement à la présidence de l’ARD M. Ahmed Youssouf.

2005 : l’ARD dénonce l’accord de paix du 12 mai 2001.

2006 : au cours du congrès tenu à Balbala, certains cadres et militants, prenant
acte de l’impossibilité de toute alternance par la voie des urnes, proposent
d’explorer d’autres formes de résistance en dehors des structures du Parti.

Et c’est là que je parle à la première personne : étant un de ceux-là, je quitte l’ARD et propose mes services à la direction de la lutte armée. Celle-ci ayant refusé de m’intégrer, pour des raisons que j’ignore et que je déplore, malgré deux années de patience, je reviens à la direction de l’ARD en 2008. Depuis cette date, je ne m’occupe que des activités partisanes et ne suis concerné ni de près ni de loin par d’autres formes d’action.

Malheureusement, beaucoup de rumeurs circulent sur cette triste expérience comme sur ses développements ultérieurs. Il n’est pas question pour moi d’y répondre, ni ici ni ailleurs, les faits étant connus de qui de droit, ici comme ailleurs.

Quant au message que je suis chargé de vous transmettre, il s’articule autour de deux points, la situation actuelle et les perspectives de lutte.

Concernant le premier point, nous somme engagés, avec toute l’UAD, dans un processus visantà imposer le changement démocratique par une mobilisation populaire aussi multiforme que pacifique : c’est la seule voie qui reste à l’opposition légale, entre deux refus : celui de la mascarade électorale et celui del’action violente. Fort d’un mécontentement grandissant contre ce régime rétrograde, responsable des principaux maux de notre pays et des plus intolérables souffrances de notre Peuple, et avec l’aide du Très-Haut, nous croyons résolument en la victoire de la Justice, du Droit et de la Démocratie en empêchant le dictateur de briguer une présidence à vie.

Si, par le plus grand des malheurs, et c’est le second point, tel n’était pas le cas, nous nous en remettrons encore une fois à la volonté populaire, après avoir démontré l’impossibilité de la voie pacifique que nous nous serons acharnés à maintenir depuis si longtemps.

Et si, en dépit de l’idée que nous en aurions, d’autres se hasardaient dans des formes d’action radicales, la recherche de l’intérêt général commanderait qu’elles concernent toutes les composantes de la communauté nationale et toutes les portions du territoire national.

Je vous remercie de votre attention et vous dis, loin de la virtualité, welcome to the real world !

Cassim Ahmed Dini

01/10/10 (B572) LA MAISON EN VERRE ET LA MAISON EN DUR (Par Cassim Ahmed Dini)

Sous le numéro (B571) l’ARDHD a publié le 28 dernier le courrier d’un lecteur évoquant une réunion entre opposants qui se serait tenue à Paris. (*)

Médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose : ce texte m’ayant été indûment attribué par tel ou tel ectoplasme politique s’essoufflant à dénigrer urbi et orbi depuis près de deux ans (les oreilles agressées ou complaisantes savent de quoi je parle), je me dois de préciser deux ou trois points.

Préalable prophylaxique : n’étant plus délégué plénipotentiaire de l’ARD, les lignes qui suivent n’engagent que moi.

Il ne m’appartient pas de confirmer ou d’infirmer la tenue d’une telle réunion de l’opposition, mais je tiens à relever dans ledit courrier de lecteur deux contrevérités qui semblent procéder d’une sournoise intention de semer la zizanie.

1) Présenter Abdourahman Boreh comme « l’ancien homme de paille et d’affaires d’IOG » est mesquin et inexact : ancien peut-être, homme de paille certainement pas. Même dans un système démocratique et de libre concurrence, Boreh aurait réussi et, pour preuve, son implantation à Dubaï. Que l’opposition travaille avec lui montre son importance pour elle. Et tout le monde sait que, dans une dictature comme celle d’IOG, aucun opposant n’a réussi en affaires. Ni en politique d’ailleurs…

2) Evoquer, même au conditionnel, l’intention d’Ismael Guedi Hared, de se présenter à la prochaine élection présidentielle est une deuxième contrevérité. Telle qu’il l’a présentée dans le cadre de l’UAD, sa position est claire : si participation électorale il y aura, elle fera l’objet d’un débat au sein de cette coalition à l’examen des conditions de transparence exigées par elle depuis 2003.

Pour mettre en perspective tous les sous-entendus de ce courrier de lecteur, il ne faut pas oublier que c’est LOI qui, dans son édition du 25 septembre, fait état d’une telle réunion de l’opposition autour d’Abdourahman Boreh à Paris.

Si la réunion a véritablement eu lieu, il s’agirait alors d’une indiscrétion qui n’arrange pas tous les participants présumés au même titre et qui augure mal d’une future entente entre eux.

Mais on croit deviner d’où vient la fuite car LOI semble avoir au moins visité la conscience (l’inconscience ?) d’un des participants présumés.

Lequel, partisan de la lutte armée, mettrait « comme condition à sa participation à une telle alliance la rédaction d’une plateforme politique commune ne se limitant pas à la demande de transparence électorale. »

Certes, il est normal de se retrouver entre compatriotes pour discuter des problèmes du pays et des moyens de les résoudre. Il y a d’ailleurs un célèbre précédent : un ministre en exercice du gouvernement Gouled se rendant à Addis-Abéba s’entretenir avec le dirigeant du FRUD.

Il y a perdu son poste, mais n’a pas été emprisonné pour cela.

Par contre, dire que l’opposition pacifique prépare un plan d’action avec un mouvement armé est à la fois bête et méchant.

D’une part parce que ce serait à coup sûr condamner son parti à l’illégalité et à la dissolution, ce à quoi aucun responsable politique digne de ce nom ne se risquerait, sous peine de devenir le François Bayrou de Djibouti conduisant son mouvement à la perte pour cause de mésalliance stérile.

D’autre part, pour légitimes que soient les réticences quant à la pertinence de l’option pacifique face à ce genre de régime (aucune dictature de ce type n’a jusqu’à présent été vaincue sans recours aux armes), exhiber une quelconque alliance entre ces deux options, ne renforcerait en rien la lutte armée. Ce serait tout juste un coup de projecteur éphémère sur une prétendue direction exilée et dont l’action se réduit à l’infraction : sans aucune légitimité procédant des vrais combattants sur le terrain, l’illusionniste finit par être publiquement démasqué et démystifié. Ce qui ne saurait tarder.

En attendant, la médisance croit pitoyablement cacher l’impuissance.

Il ne s’est pas agi pour moi ici d’y répondre : un autre point de vue se semblait utile au lecteur soucieux de confronter différentes versions.

Enfin, Li Wadjhillah, à méditer ce conseil de Mengistu : « celui qui habite une maison en verre ne doit pas jeter des pierres contre celle d’autrui construite en dur ».

Cassim Ahmed Dini
Ancien délégué de l’ARD

(*) Afin d’éviter toute mauvaise interprétation, je signale qu’en écrivant cela, il n’est nullement dans mes intentions de reprocher à l’ARDHD d’avoir publié ce courrier des lecteurs (car l’équipe a raison de permettre à chacun de s’exprimer librement dans ses colonnes) mais je réagis simplement par rapport au contenu proposé par ce lecteur.

28/06/10 (B558) Cassim Dini : la réaction de M. Mohamed Daoud Chehem, président d’un PDD exclu de l’UAD en 2005, avec qui j’ai les rapports les plus cordiaux, n’est pas pour m’étonner :

1) il est effectivement un ami personnel de M. Boreh qui est, soit dit en passant, une de mes connaissances d’adolescence ;

2) M. Mohamed Daoud, quand bien même son parti a été exclu de l’UAD, a gardé de bons rapports avec Mahdi Ibrahim et moi en Europe : je ne saurais te dire quelles ont été ses démarches pour réintégrer une UAD qui, de mon point de vue et dès son premier meeting, lui a donné la parole au cours d’un fameux meeting en mai 2005 ;

3) considérant les nombreuses discussions entre lui et moi, je le crois volontiers lorsqu’il m’assure qu’il a maintes fois mis en garde M. Boreh, de s’engager dans une alliance qui excluerait, sinon toute l’UAD, du moins l’ARD ;

4) au vu de tout ce qui précède, il me semble, et c’est ce en quoi vous n’avez pas tout à fait tort, que la coalition telle que mise en scène par Maître Morice ne correspond pas exactement au positionnement de M. Mohamed Daoud Chehem : c’est un "carrosse à cinq roues" dans lequel Daf et Kadamy ont, depuis 2005, une alliance visant à l’affaiblissement de l’ UAD. Les deux gagnants dans cette affaire étant Abdourahman Boreh (utilisant Kadamy comme faire-valoir afar (un Dilleyta mis à jour pour l’évincer au profit d’un Agaba) et Aden Robleh dont l’ancien collabo, après maints clonages, a justement rejoint les rangs des Agaba et qui accueille favoralement la "demande d’embauche" de mon ami Mohamed Daoud.

Cher ARDHD, la chorégraphie de cette conférence de presse vous donne raison : qu’il le veuille ou non, M. Mohamed Daoud a, de facto, cautionné une alliance dans laquelle il ne se reconnaît pas du tout.

Peut-être parce que sa réelle sincérité le rend aveugle à l’alliance fondatrice de cette usurpation prétendant, sinon affaiblir toute l’UAD (que Daf et Kadamy combattent depuis 2005) du moins isoler l’ARD : se joue ici une lutte pour la représentation politique del’ethnie afar au sein de l’opposition, lutte dans laquelle les intérêts de Kadamy rejoignent fondamentalement ceux des Agaba de Jean-Marie et d’Ismael Ibrahim, mais qui ne sont nullement ceux de Mohamed Daoud.

Espérant avoir modestement contribué à l’obectivation des véritables enjeux de cette mascarade, et j’autorise l’ARDHD à publier mon point de vue pour engager un débat constructif,

Cassim Ahmed Dini
Délégué plénipotentiaire de l’ARD