07/07/09 (B506-B) Afrique : insécurité, troubles politiques et conflits armés à l’origine de violations des droits syndicaux (Rapport de la CSI) (Info lectrice) Le régime de Guelleh est encore épinglé pour ses pratiques anti-syndicales et le harcèlement permanent des syndicalistes libres.

Confédération syndicale internationale (CSI) http://www.ituc-csi.org

En Afrique, en 2008, onze personnes ont payé de leur vie leur engagement syndical ou à tout le moins leur participation à des grèves et à des manifestations de travailleurs. Pour ces mêmes raisons, plus d’un demi-millier d’hommes et de femmes ont été arrêtés, plus de 250 ont été blessés, parfois grièvement, certains syndicalistes ont été torturés et passés à tabac directement par les forces de sécurité ou par des inconnus souvent téléguidés par les autorités. Des dizaines de dirigeants et de simples travailleurs ont été condamnés à des peines de prison.

Plus de deux mille grévistes ont été licenciés.

On le voit, si le dernier rapport annuel de la CSI sur les violations des droits syndicaux dans le monde fait état de très nombreuses victimes avérées en Afrique, il n’en demeure pas moins que le caractère antidémocratique de nombreux régimes en place, la collusion entre nombre d’employeurs et les autorités et, plus globalement, l’insécurité, le manque de justice et l’impunité ne permettent que trop rarement de recenser de manière exhaustive tous les cas de violation.

Epinglés année après année par l’OIT et ses organes de contrôle pour les graves atteintes portées aux droits syndicaux, plusieurs pays, le Swaziland et Djibouti notamment, ont continué à harceler de façon notoire les principaux dirigeants syndicaux comme Jan Sithole, le secrétaire général de la Swaziland Federation of Trade Unions (SFTU), arrêté à deux reprises, ou encore Hassan Cher Hared et Adan Mohamed Abdou de l’Union djiboutienne du travail (UDT), continuellement persécutés.

Au Zimbabwe, les principaux leaders syndicaux, Wellington Chibebe et Lovemore Matombo, respectivement secrétaire général et président du Zimbabwe Congress of Trade Unions (ZCTU), Takavafira Zhou, président du Progressive Teachers’Union of Zimbabwe (PTUZ), ont été brutalisés et arrêtés, parfois à plusieurs reprises. Un pic de violence a été atteint durant la campagne électorale quand le pouvoir et ses sbires ont saccagé des bureaux syndicaux, attaqué et torturé des militants et leurs dirigeants.

Soupçonnés de vouloir le changement politique ou simplement de pouvoir influencer le vote dans leur communauté, les représentants des enseignants et plus globalement tous les militants syndicaux ont été pris pour cible par le pouvoir. Ainsi, Sheperd Chegwu (PTZU) a été enlevé, torturé puis assassiné. Ce directeur d’école avait déjà été précédemment inquiété par des miliciens du ZANU-PF, le parti au pouvoir. Des femmes syndicalistes ont aussi été agressées sexuellement. La violence antisyndicale a perduré tout au long de l’année.

Avec la détérioration croissante du pouvoir d’achat, le continent a été secoué par des troubles sociaux. Les actions de protestation légitimes de travailleurs et de la population ont parfois été réprimées avec sauvagerie. En Egypte, à Mahalla, une ville ouvrière dans le delta du Nil, des émeutes ont éclaté après que les forces de sécurité aient contraint les représentants des travailleurs de la Misr Spinning and Weaving Company, la plus importante usine textile du pays, à annuler une grève.

Frustrée par ce qu’elle considérait comme une provocation, la population est descendue massivement dans la rue. La répression aurait fait six morts, 200 travailleurs ont été arrêtés et trois militants syndicaux ont été emprisonnés durant 54 jours. En août, 32 travailleuses d’une usine de cigarettes ont été licenciées et brutalisées parce qu’elles soutenaient l’une de leur collègue de travail injustement renvoyée.

En Tunisie, dans le bassin minier de Gafsa (phosphates), le bilan est à peine moins dramatique : un manifestant est mort, des dizaines de travailleurs et de syndicalistes ont été condamnés à des peines de prison très lourdes. La corruption et le clientélisme sont ici en cause.

Un peu partout en Afrique du Nord, des syndicats ont été harcelés en raison de leur volonté farouche de réformes et leur refus d’allégeance au pouvoir. Pour clore le chapitre des militants morts en 2008, il faut encore mentionner Alhaji Saula Saka. Cette figure emblématique du syndicalisme dans la mégapole de Lagos a été assassinée à son domicile par quatre inconnus. Le meurtre est plus que vraisemblablement lié aux importantes fonctions syndicales qu’il occupait dans le secteur du transport.

L’insécurité, les troubles politiques et les conflits armés sévissant dans de nombreux pays sont à l’origine de maintes violations des droits syndicaux. En Côte d’Ivoire, une grève de fonctionnaires “redéployés” dans le nord a été violemment réprimée par les soldats de l’ex-rébellion qui contrôle toujours cette partie du pays.

En Mauritanie, les militaires qui, le 6 août, ont renversé le premier président démocratiquement élu depuis l’indépendance, n’ont pas tardé à brimer les libertés syndicales : deux manifestations ont été réprimées, des travailleurs molestés, les sièges des syndicats assiégés.

Au Tchad, en République centrafricaine, au Burundi ou encore en République démocratique du Congo (RDC), les syndicats ont peiné à fonctionner en raison des violences récurrentes.

Le rapport de la CSI confirme une autre tendance lourde qui continue d’hypothéquer le développement du continent :

l’exploitation des richesses minières de l’Afrique n’a pas été de pair avec une conception plus respectueuse des libertés syndicales. En Zambie par exemple, dans la Copper Belt, cette région dont le sous-sol regorge de minerai de cuivre, les syndicats n’ont eu de cesse de dénoncer la détérioration croissante du climat social dans un secteur minier largement investi par des opérateurs chinois souvent considérés comme brutaux et indifférents au respect des droits fondamentaux des travailleurs, et notamment au respect des normes de sécurité.

La “malédiction du pétrole”, la thèse selon laquelle la rente pétrolière ne profite qu’à une minorité et est source de conflit, s’est encore vérifiée, que l’on songe au Soudan et au Tchad où l’activité syndicale est soit durement contrôlée, soit réprimée.

Par ailleurs, la CSI note que les entreprises asiatiques, essentiellement chinoises qui se sont implantées massivement sur le continent, emploient un grand nombre de travailleurs de leur pays corvéables à merci et que ces migrants ne bénéficient d’aucune protection syndicale.

En Guinée équatoriale, une grève de travailleurs chinois a été matée dans le sang par les forces de sécurité : deux travailleurs ont été tués et plusieurs autres blessés, 300 grévistes ont été renvoyés en Chine. Le gouvernement guinéen s’est contenté de parler d’une émeute en précisant qu’il ne voulait pas de ce genre de révolte dans le pays. Quant aux autorités chinoises, elles ont fustigé le comportement de leurs compatriotes.

Dans beaucoup de pays du continent, le recours à la sous-traitance, au travail temporaire et à d’autres formes de travail précaire, sert de plus en plus de prétexte aux employeurs pour bafouer les droits syndicaux. Au Nigeria, les syndicats du secteur pétrolier ont dénoncé les manœuvres des multinationales qui profitent des opérations de dégraissage et de restructuration du personnel pour licencier en premier lieu les militants syndicaux.

Le rapport fait toutefois état de quelques progrès.
Au Liberia, le syndicat des travailleurs de Firestone est parvenu à arracher une convention collective après des années de lutte. Quelques syndicats indépendants ont enfin été reconnus dans des pays qui leur sont d’ordinaire très hostiles (Egypte…).

Plusieurs pays ont amendé leur code du travail dans un sens plus favorable à l’exercice des droits syndicaux (Burkina Faso, Kenya, Mozambique, Namibie), mais à Madagascar, c’est l’inverse : les autorités ont introduit une nouvelle restriction au droit de grève et une loi sur les zones franches d’exportation (ZFE) a été adoptée sans consultation avec les syndicats, elle autorise les employeurs à exiger des travailleurs de prester davantage d’heures sous peine de licenciement.

A Maurice ou encore en Namibie, les perspectives sont également peu encourageantes, les autorités s’employant à rendre leurs ZFE encore plus attractives en prévoyant de nouvelles exemptions.

07/06/06 (B353_B) Djibouti à l’honneur dans le rapport de La Confédération internationale des Syndicats libres (CISL) qui vient d’être rendu public ce matin ! Mais pas vraiment en bien !!!

Selon le rapport, Djibouti a également été touché par des drames similaires. Au moins un membre du syndicat des conducteurs a perdu la vie et plusieurs autres ont été sérieusement blessés au cours d’une action menée par la police lors d’une manifestation organisée en septembre.

Les conducteurs ne sont pas les seuls à connaître les affres de la répression antisyndicale.

Les dockers se souviendront longtemps de la grève qu’ils ont organisée et qui a débouché sur 170 arrestations et 70 licenciements. Autre secteur touché : la poste.

Un nouvel article dans le code du travail prévoit la suppression du contrat de travail pour celui qui forme ou rejoint un syndicat de la poste.

05/04/06 (B344-B) ALERTE ROUGE : communiqué de la CISL au sujet de l’arrestation des 4 syndicalistes djiboutiens.

Djibouti : arrestation de syndicalistes et politique commerciale

Bruxelles, le 5 avril 2006 (CISL en ligne):

Au lendemain de sa ferme condamnation, conjointement avec la Fédération internationale des Ligues de Droits de l’Homme (FIDH, Paris) du refoulement musclé de Djibouti, Samedi 1er avril, d’une mission conjointe CISL-FIDH, suivie de l’arrestation le 3 avril et de l’expulsion de Djibouti le 4 avril d’un diplomate de l’Organisation internationale du Travail (OIT, agence spécialisées des Nations Unies), la Confédération internationale des Syndicats libres a aujourd’hui critiqué le gouvernement djiboutien pour l’arrestation, hier, 4 avril, du Secrétaire général de son affiliée dans le pays, l’Union Djiboutienne du Travail.

Le dirigeant de l’UDT, M. Adan Abdou, a été arrêté sans mandat à son domicile par des éléments de la police nationale ce Mardi 4 avril à 15h30 et emmené à la prison centrale de Gabode. Son arrestation est intervenue immédiatement après l’expulsion de M. Ibrahim Mayaki, représentant du Bureau international du Travail (BIT), seul membre de la mission internationale à avoir réussi à entrer à Djibouti, où il avait plaidé auprès du Ministre de la Justice la cause des syndicalistes détenus.

Adan Abdou et Hassan Cher, Secrétaire aux relations internationales de l’UDT, avaient bénéficié d’une mise en liberté provisoire le mercredi 29 mars après 19 jours d’incarcération. Hassan Cher est activement recherché par la police mais serait toujours en liberté. Le Ministre de la Justice avait personnellement ordonné leur ré-arrestation, au lendemain de leur mise en liberté provisoire par le Tribunal de Djibouti.

Deux autres militants de l’UDT, MM. Djibril Ismaël Igueh et Mohamed Ahmed, croupissent en prison depuis leur arrestation le 5 mars 2006, au lendemain de leur retour d’Israël, où ils avaient suivi une formation auprès de la puissante centrale syndicale Histradut, affiliée de la CISL dans ce pays. Les quatre syndicalistes sont à présent accusés d’«intelligence avec une puissance étrangère » et d’ « outrage envers le Président de la République ».

Tous les quatre doivent comparaître demain, Jeudi 6 avril, devant la Chambre d’accusation du Tribunal de Djibouti. Leur défenseur, Maître Tarek, du Barreau de Djibouti, compte plaider leur liberté provisoire et la déclaration de nullité de la procédure, en vertu notamment d’un défaut d’assistance juridique et médicale, contraire au code pénal. En effet, l’ensemble des personnes arrêtées se sont vu refuser un examen médical et une rencontre avec leur avocat.

Suite à ces évènements, la CISL a écrit aujourd’hui au Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, en le priant d’intervenir avec les plus hautes autorités de la République de Djibouti en vue de la libération immédiate de tous les syndicalistes détenus.

Par ailleurs, la CISL a annoncé ce jour qu’elle saisirait de cette affaire non seulement les organismes de contrôle réguliers de l’OIT, mais aussi diverses institutions internationales et régionales, dont l’Union Africaine et la COMESA (Marché commun de l’Afrique orientale et australe). Djibouti doit prendre la prochaine présidence de la COMESA et est candidat à l’établissement du siège de cette organisation dans le pays.

D’après des sources diplomatiques, le gouvernement du Président Ismaïl Omar Guelleh aurait très mal pris la publication par la CISL, en février dernier, d’un rapport accablant sur les normes fondamentales du travail à Djibouti. Ce rapport coïncidait avec l’examen de la politique commerciale de Djibouti par le Conseil général de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).
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224 0204 ou au +32 476 621 018.

27/02/06 (B339-A) CISL : nouveau rapport extrêmement critique face à la gestion sociale des crises et au harcèlement systèmatique des syndicalistes dans le royaume de Guelleh / Borreh … (info lecteur)

27/02/2006)Bruxelles, le 27 février 2006 (CISL En Ligne):

Un nouveau rapport de la CISL sur le respect des normes fondamentales du travail à Djibouti paru aujourd’hui dénonce les graves violations dont sont victimes les syndicats de ce pays depuis plus de quinze ans. Le gouvernement Djiboutien limite la liberté d’association, le droit de grève et le droit à la négociation collective tant sur le plan législatif que dans la pratique. De plus, le Gouvernement fait la sourde oreille aux propositions réitérées de dialogue et de conciliation, et manque constamment à ces promesses de mettre en œuvre les recommandations de l’OIT sur la liberté syndicale. Ce rapport de la CISL coïncide avec l’examen de la politique commerciale de Djibouti à l’OMC cette semaine.

« Le triste record de Djibouti en matière de respect des normes fondamentales du travail est extrêmement préoccupant », a déclaré Guy Ryder, secrétaire général de la CISL. « Ce n’est pas en bafouant les droits fondamentaux de ses citoyens que ce pays s’affranchira de l’extrême pauvreté dans laquelle il se trouve.

Les licenciements abusifs, les arrestations arbitraires et le harcèlement permanent des dirigeants syndicaux sont autant de méthodes auxquelles le gouvernement doit immédiatement mettre fin », a ajouté Ryder.

Selon le rapport la persistance des coutumes condamne les femmes à occuper un rang inférieur dans la société et elles n’ont pas les mêmes chances que les hommes ni à l’école ni sur le marché du travail. Le rapport relève également que l’abolition de la loi sur le salaire minimum a rendu encore plus difficile la mise en œuvre des conventions de l’OIT sur l’égalité des rémunérations entre les hommes et les femmes.

Le rapport affirme que le Gouvernement Djiboutien n’investit pas assez dans le bien être et le respect des droits des enfants et déplore le manque de donnés fiables concernant l’étendu du travail des enfants dans le pays.

Enfin le rapport met en exergue la non-conformité de la législation Djiboutienne avec les Conventions de l’OIT sur le travail forcé.

La CISL représente 155 millions de travailleurs dans 236 organisations affiliées dans 154 pays et territoires http://www.icftu.org . La CISL est également membre des Global Unions : http://www.global-unions.org

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21/02/06 (B338-B) La CISL monte au créneau contre les violations commises par le régime de Guelleh dans un communiqué sur le harcèlement des syndicalistes à Djibouti.

CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES

Communiqué de presse

Deux responsables syndicaux Djiboutiens ont été arrêtés par les services de sécurité de Djibouti. Ces incarcérations sont un élément de plus à rajouter à une longue liste de violations des droits syndicaux dans ce pays. La CISL publie la semaine prochaine un rapport sur le respect des normes internationales du travail dans ce pays.

Mohamed Ahmed Mohamed, responsables aux affaires juridiques de l’Union des Travailleurs du Port, affiliée de l’Union Djiboutienne du Travail (UDT), elle-même affiliée à la CISL, et Djibril Ismael Egueh, Secrétaire général du syndicat de la MTS, également affiliée à la CISL ont été arrêtés le 20 février dernier. Ils rentraient tous les deux d’une formation en matière de coopératives rurales délivrée par l’Institut international d’Histadrut, l’organisation affiliée de la CISL en Israël.

L’arrestation de ces deux dirigeants syndicaux fait suite aux mesures de harcèlement contre le Secrétaire aux affaires internationales de l’UDT, Hassan Cher Hared, précisément parce qu’il avait répondu positivement à l’invitation du syndicat israélien en envoyant ces collègues en Israël. Les renseignements généraux de Djibouti l’ont interrogé pendant près de trois heures le 22 janvier dernier.

La liste des violations des droits syndicaux à Djibouti ne cesse de s’allonger.

Outre les arrestations du 20 février par les services de sécurité, on peut ajouter, entre autres, le harcèlement des dirigeants de l’UDT, l’interception par les RG à la poste de Djibouti d’une plainte envoyée par l’UDT au Bureau international du travail (BIT) et son remplacement par un faux, la mort de plusieurs travailleurs et travailleuses lors de la répression de grèves et d’autres mouvements sociaux au cours de l’année 2005 ou encore la récente condamnation de plusieurs syndicalistes du Port autonome de Djibouti dans des circonstances loin d’êtres claires.

Ces violations sont détaillées dans le rapport de la CISL sur le respect des normes internationales du travail à Djibouti. Il sera publié la semaine prochaine à l’occasion de l’examen de la politique commerciale de Djibouti par l’Organisation mondiale du Commerce.

Dans une lettre envoyée aux autorités du pays (lien vers la lettre http://www.icftu.org/www/PDF/DjiboutiProtestationCISLcontrearrestation.pdf) la CISL prie instamment les autorités du pays de relâcher sans conditions Mohamed Ahmed Mohamed et Djibril Ismael Egueh et de faire cesser au plus vite toute mesure de harcèlement et de répression contre le mouvement syndical Djiboutien. L’internationale syndicale continuera à suivre de près cette affaire et est prête, si les violations des droits syndicaux se perpétuent à Djiboutri, à saisir les organes de contrôle compétents de l’OIT.

La CISL représente 155 millions de travailleurs dans 236 organisations affiliées dans 154 pays et territoires. La CISL est également membre des Global Unions : http://www.global-unions.org

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Mathieu DEBROUX
Press Officer – Attaché de presse

ICFTU International Confederation of Free Trade Unions
CISL Confédération Internationale des Syndicats Libres
Boulevard du Roi Albert II 5, B 1, B – 1210 Brussels, Belgium
Tel: +32 (0)2 224 02 04 Fax: +32 (0)2 203 07 56
Mobile: +32 (0) 476 62 10 18
E-Mail: mathieu.debroux@icftu.org

03/12/05 (B327) ORAF / CISL : résolution du 14ème Congrès AFPRO et condamnation du régime de Guelleh pour ses pratiques anti-sociales et anti-syndicales. Recommandation pour une intervention du BIT.

Résolution N°17

ORGANISATION REGIONALE AFRICAINE
DE LA CONFEDERATION INTERNATIONALE
DES SYNDICATS LIBRES

14ème Congrès de l’ORAf-CISL
Tunis, 28-30 septembre 2005

La situation sociale à Djibouti

Le 14ème Congrès de l’ORAf-CISL tenu à Tunis du 28 au 30 septembre 2005,

Considérant que :

1- La quasi-totalité des dirigeants syndicaux des deux centrales du pays, à savoir l’UDT et l’UGTD, et de certains syndicats de base sont licenciés en raison des activités syndicales entreprises, notamment de la grève générale faite entre septembre 1995 et 1997 ;

2- La plupart d’entre eux ont connu une répression policière sévère, des arrestations répétées et des emprisonnements pour les mêmes raisons ; les leaders actuellement en activité sont persécutés dans leur travail et dernièrement des incitations à la haine contre les dirigeants de l’UDT ont été orchestrées dans l’une des principales mosquées de Djibouti, la capitale, par le biais d’un prêche de vendredi ; même des cas de torture ont été observés sur certains membres des syndicats affiliés à l’UDT (notamment le syndicat des dockers) ;

3- A chaque rencontre internationale, le gouvernement « accrédite » et substitue aux dirigeants des organisations légales et légitimes des individus qui prétendent être des syndicalistes ;

4- Le gouvernement ne respecte pas ses engagements pris lors des missions de conciliations entreprises par les organisations internationales telles que le BIT et les organisations syndicales internationales, en particulier la CISL et l’ORAF ;

5- Le gouvernement refuse tout dialogue direct et toute reconnaissance des syndicats libres et indépendants dans le pays et ce faisant usurpe les noms, les titres et les rôles des centrales existantes et de leurs dirigeants légitimes ;


6- Cette attitude du gouvernement constitue le véritable obstacle au développement d’un syndicalisme authentique, source de progrès social, et retarde l’avènement d’une culture démocratique dans le pays ;

7- Le gouvernement vient d’adopter en conseil des ministres, le 08 novembre 2004, le projet d’un nouveau code de travail concocté unilatéralement par le ministère de l’emploi et de la solidarité nationale, sans aucune concertation avec les partenaires sociaux, projet qui voile ouvertement toutes les conventions fondamentales de l’OIT au premier rang desquelles celles relatives à la liberté syndicale (n°87), à la négociation collective et à l’organisation (n°98) etc..

Le 14ème Congrès de l’ORAF/CISL,

1- Condamne le gouvernement de Djibouti pour les violations répétées des conventions de l’OIT (87 et 98) relatives à l’exercice des libertés syndicales, la Charte africaine des droits de l’homme et la Charte des Nations Unies sur les droits de l’Homme.

2- Exige du gouvernement :

– De procéder sans délai à la réintégration professionnelle avec droits pertinents de tous les syndicalistes sanctionnés pour leurs activités syndicales.

– De mettre fin aux entraves à la liberté syndicale en reconnaissant et en respectant les syndicats libres et indépendants, démocratiquement constitués et affiliés aux organisations internationales telles que la CISL et les fédérations syndicales nationales à savoir l’UDT et ses affiliées et l’intersyndicale UDT/UGTD.

– D’ouvrir des négociations avec ces syndicats visant à parvenir à une normalisation de la situation syndicale dans le pays.

3- Demande au BIT :

– De dénoncer ou de condamner ces attitudes du gouvernement tendant à violer systématiquement les droits syndicaux et humains ainsi que les normes internationales du travail.

– De faire tout ce qui est en son pouvoir pour ramener le gouvernement de Djibouti à des meilleurs sentiments et l’obliger à respecter toutes les conventions fondamentales qu’il a ratifiées depuis 1978 ainsi que ses engagements à l’égard des recommandations successives et répétées du BIT concernant la réintégration des dirigeants licenciés pour fait de grève depuis 1995.

18/10/05 (B320) CISL : Extrait du rapport 2004 sur les violations des Droits syndicaux (Djibouti) : une longue énumération de toutes les violations, de tous les harcèlements et de toutes les injustices et illégalités commises par le régime de Guelleh.

DJIBOUTI
Mis à l’écart du marché du travail, privés de salaire, arrêtés sous de faux prétextes, les
syndicalistes indépendants vivent dans la peur et la précarité. Le projet de nouveau Code du
travail, élaboré unilatéralement par le gouvernement, risque de rendre encore plus difficile
l’exercice de leurs activités.

DROITS SYNDICAUX DANS LA LÉGISLATION

Le projet de nouveau Code du travail a été adopté par le Conseil des ministres en 2004 et doit encore être approuvé par l’Assemblée
parlementaire. S’il passe cette ultime étape, il entrera en application en 2005 et constituera une nette régression sur le plan social par
rapport au Code du travail du 15 décembre 1952.

Ce texte remet en cause les droits fondamentaux de l’OIT, notamment la liberté
syndicale, la négociation collective et le droit à l’organisation.
Nécessité d’une autorisation gouvernementale : La loi actuelle reconnaît le droit des travailleurs à adhérer à un syndicat mais
impose des restrictions à ce droit. Un syndicat ne peut être constitué que s’il dispose de l’autorisation préalable du gouvernement.

Seuls
les ressortissants de Djibouti peuvent détenir une fonction syndicale. Avec le nouveau Code du travail, il faudra, pour créer un syndicat,
l’autorisation du ministère de l’Intérieur, du ministère de l’Emploi, de l’inspection du travail, du ministère de la Justice et du Procureur
de la République. Et si ces ministères demandent la dissolution du syndicat, le Procureur de la République pourra, sur simple décision
administrative, dissoudre le syndicat.
Restrictions au droit de grève dans le secteur public : Ici aussi, alors que le droit de grève est reconnu, il est restreint.

Les
autorités jouissent d’amples pouvoirs qui leur permettent de réquisitionner des fonctionnaires en grève; un syndicat qui prévoit de faire
grève doit en informer le ministère de l’Intérieur 48 heures à l’avance.

DROITS SYNDICAUX DANS LA PRATIQUE

Dans la pratique, les droits syndicaux ne sont quasiment pas respectés.

Les actions syndicales ont été réprimées à maintes reprises
depuis le licenciement par le gouvernement, en 1995, de neuf dirigeants de l’Union djiboutienne du travail (UDT), affiliée de la CISL, et
de l’Union générale des travailleurs de Djibouti (UGTD), en représailles à une grève de protestation contre des mesures d’ajustement
structurel. Depuis lors, la plupart de ces syndicalistes n’ont plus été payés – certains ont d’ailleurs émigré – et le gouvernement a
activement soutenu des groupes syndicaux non représentatifs.

Le gouvernement avait promis, à plusieurs reprises, une amélioration de la
situation,
notamment avec l’autorisation de la tenue des congrès de l’UDT et de l’UGTD, mais jusqu’à présent ces promesses sont restées
lettre morte.
Le gouvernement s’efforce de bloquer chaque aspect de l’activité des syndicats indépendants. Les dirigeants syndicaux sont harcelés sans
cesse, notamment en étant licenciés de leur poste, et des manifestations de protestation se sont heurtées à la violence policière.

Le
gouvernement a ignoré les propositions réitérées de dialogue et de conciliation
, et a constamment manqué à ses promesses de mettre
pleinement en oeuvre les recommandations de l’OIT sur les libertés syndicales. En 2004, la décision de mettre sur pied une organisation
tripartite pour discuter du nouveau Code du travail a poussé le gouvernement à faire passer le texte au « forcing » au sein du Conseil des
ministres.

VIOLATIONS EN 2004

L’attitude du gouvernement envers l’UDT et l’UGTD au cours de l’année a été caractérisée par le harcèlement, les intimidations et le
refus d’entreprendre d’authentiques consultations et négociations avec les dirigeants syndicaux élus démocratiquement.

DES VIOLATIONS DES DROITS SYNDICAUX 2 0 0 5

Discrimination en raison d’activités syndicales :

En janvier 2004, Abdoulkalek Waberi Ouffaneh, secrétaire général du
Syndicat du personnel du bâtiment et des travaux publics (SP-BTP), a été transféré à un autre emploi au sein de la Direction de la
formation, de la communication et de la documentation (DFDC) du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme, de l’Environnement et de
l’Aménagement du Territoire (MHUEAT). Le MHUEAT a justifié cette mutation en arguant de l’expertise technique d’Abdoulkalek
Waberi Ouffaneh.

Le fait que ce dernier ne possède aucune expertise technique en électricité du bâtiment prouve que cette mutation
était une mesure disciplinaire. Sa mutation a également coïncidé avec la suspension du paiement de son salaire.
Licenciements abusifs : En février et mars 2004, deux délégués syndicaux du Syndicat du personnel de l’hôtellerie des forces
françaises stationnées à Djibouti (SPH-FFDJ) ont été licenciés « pour raison économique ».

Les licenciements d’Abdi Moussa Ahmed,
secrétaire à la coordination, et d’Abdi Bileh Darar, délégué du personnel, font suite à ceux de trois autres membres du syndicat en 2003
pour les mêmes raisons. En réalité, ces licenciements constituent des mesures répressives liées à leurs activités syndicales. La direction
qui n’est pas déclarée en faillite et qui n’a introduit aucune mesure légale requise en cette matière n’a en effet licencié que ces
syndicalistes.

Le gouvernement cherche à manipuler une réunion avec l’OIT :

Le 13 mai, une réunion devait se tenir dans les locaux du
ministère de l’Emploi et de la Solidarité Nationale entre deux experts du BIT et des délégués des centrales UDT et UGTD. A 11 heures,
des prétendus membres de l’UGTD, et quatre délégués de l’UDT qui se trouvaient déjà dans la salle ont été rejoints par Ali Yacoub, le
conseiller du ministre et secrétaire général du ministère par intérim.

D’un ton menaçant, ce dernier a ordonné aux délégués de l’UDT de
quitter les lieux.
Mohamed Ahmed Mohamed, Mohamed Ahmed Abdillahi, Farah Abdillahi Miguil et Souleiman Ahmed Mohamed ont
refusé de répondre à la provocation, mais en vain. Alors que les deux experts du BIT, Telou Keneado et Ngandu Mukendi, arrivaient sur
les lieux, le représentant du ministère a ordonné à six policiers armés d’expulser les délégués de l’UDT.

Le BIT a décidé d’annuler la
réunion.

Le gouvernement continue ses manipulations : Au cours de l’année, l’UDT a également appris que quatre courriers portant
quatre signatures différentes avaient été envoyées au BIT en son nom.
Tentatives de déstabilisation du syndicat du port : La direction du port de Djibouti a fait obstacle à l’organisation des
élections des délégués du personnel par le Syndicat du personnel du port (SPP), organe le plus représentatif de l’établissement.

Elle a
aussi remis en cause le système de perception des cotisations syndicales alors que celles-ci sont librement consenties par les 800
travailleurs, membres du syndicat.
Harcèlement persistant : Depuis cinq ans, Cher Hared Hassan, secrétaire aux relations internationales de l’UDT et secrétaire
général du syndicat des postiers de Djibouti (SP) est la victime d’actes répétés de harcèlement.

Après avoir reçu une note de suspension
de salaire pour « refus de coopérer » en 1999, puis une note de suspension de fonction en 2002, il s’est vu, en avril 2004, purement et
simplement rayé des listes de son entreprise suite à « la disparition » de son dossier au sein du service des ressources humaines.

Licenciement d’un syndicaliste pour allégations mensongères :

En juillet 2004, Ahmed Mohamed Djilani, trésorier adjoint
du Syndicat du personnel du service maritime et de transit (SP-MTS), un affilié de l’UDT, a été licencié sous le prétexte d’avoir volé des
sacs à grain. La direction n’a pu fournir, au travailleur qui le lui demandait, aucune preuve étayant ces accusations. Ahmed Mohamed
Djilani a également fait remarquer qu’aucune plainte n’avait été déposée à la police de Djibouti.

Ce licenciement constitue clairement
une mesure répressive à l’encontre de ses activités syndicales.

17/10/05 (B320) CISL : rapport 2004 sur les violations syndicales commises dans le monde.

L’embargo sur le rapport tombe ce lundi soir à minuit. Nous publierons aussitôt la partie qui concerne Djibouti et qui est fort instructive et franchement extrêmement critique … Déjà en 2004. Mais les forces de répression du régime à l’encontre des salariés ont accéléré le rythme depuis septembre 2005, ce qui est confirmé par les nombreux communiqués émis par la CISL.