04/05/2017 (Brève 981) À Djibouti, la Chine défie l’Amérique (Extrait de Courrier International / New York Times)

Lien avec l’article original (partiellement gratuit) : http://www.courrierinternational.com/article/enquete-djibouti-la-chine-defie-lamerique

Dans ce minuscule pays de la Corne de l’Afrique se joue en partie la guerre stratégique pour le contrôle des océans du monde. Les ambitions chinoises se heurtent à l’implantation américaine,

Les deux pays ont des dizaines de missiles nucléaires intercontinentaux pointés réciproquement sur leurs villes. De temps à autre, leurs frégates et leurs chasseurs se font face dans les eaux litigieuses de la mer de Chine méridionale. Dépourvus de frontières communes, la Chine et les États-Unis se mesurent de loin, s’en remettant aux satellites et à la surveillance en ligne pour observer les rouages de leurs machines de guerre respectives.

Mais ces rivaux stratégiques vont devenir voisins dans une zone brûlée par le soleil du désert est-africain. En effet, la Chine est en train d’y installer sa première base militaire à l’étranger, à quelques kilomètres de Camp Lemonnier, l’une des bases étrangères les plus vastes et importantes du Pentagone. Alors que la tension monte autour des îles artificielles construites par Pékin dans la mer de Chine méridionale, des stratèges américains redoutent qu’une base navale si proche de Camp Lemonnier ne place la Chine aux premières loges pour suivre la préparation des opérations antiterroristes américaines dans la péninsule Arabique et en Afrique du Nord.

C’est comme si une équipe de foot rivale utilisait un terrain d’entraînement contigu au vôtre, explique Gabriel Collins, spécialiste de l’armée chinoise et fondateur du site d’analyse China SignPost. Ils peuvent étudier votre jeu. En même temps, la possibilité d’épier l’autre vaut dans les deux sens.”

Aménagée après les attentats du 11 septembre 2001, la base de Camp Lemonnier accueille quelque 4 000 militaires.

Certains d’entre eux participent à des missions ultrasecrètes, parmi lesquelles des assassinats ciblés par drone au Moyen-Orient et dans la Corne de l’Afrique ainsi que le raid de janvier dernier au Yémen, qui a coûté la vie à un membre des Navy Seals.

Cette base de la marine américaine, qui jouxte l’aéroport international de Djibouti, est la seule installation militaire permanente des États-Unis en Afrique.

++ Recomposition des alliances
Au-delà du problème de surveillance, et compte tenu des milliards de dollars de […]

Andrew Jacobs et Jane Perlez

29/02/2012 (B645) The Observer avec Courrier international / Somalie : une aide internationale non désintéressée ?

Le jeudi 23 février se tenait à Londres une importante conférence internationale sur la Somalie, où une quarantaine de pays se sont engagés à soutenir financièrement, politiquement et juridiquement cet Etat ravagé par la guerre civile et la famine, et impuissant face au terrorisme.

Un soutien qui pourrait cependant ne pas être dénué d’arrière-pensées, révèle The Observer. La Grande-Bretagne, qui accueillait cette conférence, serait en effet engagée dans une "course" au pétrole somalien.

Des conversations auraient eu lieu entre des représentants britanniques et leurs homologues somaliens sur l’exploitation des réserves pétrolières du pays.

Si les réserves terrestres sont importantes, c’est surtout le potentiel offshore qui attise les convoitises.

D’après The Observer, il pourrait être comparable à celui du Koweït (plus de 100 milliards de barils), ce qui placerait la Somalie au 7e rang mondial.

23/12/09 (B530) Le Journal de la Flibuste (1 article)

_________________ 1 – Courrier international avec Mail&Guardian

Bienvenue à Baraawe, ville des pirates

Située au sud-est de Mogadiscio, la ville de Barawee est un oasis de prospérité dans un pays ravagé par la guerre et la misère.

Rafik Muhammad Dhana

Repères

La Somalie est devenue le repaire d’où partent la plupart des
attaques de pirates qui écument le golfe d’Aden. Les eaux territoriales
somaliennes sont devenues un véritable danger pour la marine internationale.
Plus de 20 000 bateaux croisent chaque année au large de la Corne de
l’Afrique, qui voit transiter 30 % du pétrole à destination de l’Europe.
Pour faire face à cette situation, l’Union européenne s’est résolue à lancer sa
première mission navale, baptisée Atalante ; celle-ci vient d’être
reconduite pour douze mois. Objectif : sécuriser ces eaux troubles et
combattre un phénomène qui menaçait de limiter sérieusement le commerce
maritime.

Depuis, les pirates n’ont pas renoncé à leurs lucratifs coups de
force contre les navires qui se risquent dans la zone. La piraterie maritime
est devenue, pour la Somalie, une véritable marque déposée.

Pour les étrangers, la Somalie est un pays lointain et abandonné, ensanglanté par la guerre, condamné au chaos et au désespoir. Pourtant, au sud-est de la capitale Mogadiscio, la ville de Baraawe (Brava) est une oasis de plaisir, de calme, bordée de plages merveilleuses et pleine de cartons bourrés de dollars américains : bienvenue dans la ville des pirates. Ici, ils sont les héros, distribuant, tels des Robin des bois, les richesses dont ils s’emparent au large.

Leur réputation les fait passer pour d’“impitoyables terroristes” et “renégats” alors qu’à Baraawe les mères rêvent de leur donner leurs filles en mariage.

A l’une des entrées de la ville, on peut lire sur une énorme pancarte écrite en arabe : “Bienvenue à Baraawe, le lieu des branchés et des fêtards”. Il faut se pincer pour se souvenir qu’on est encore en Somalie. Ici, pas de nids-de-poule, de chaussées défoncées, de téléviseurs hors d’usage. Les villas de style italien le long de la plage sont magnifiquement peintes et ne portent aucune trace de balles. Baraawe est devenue la quatrième ville pirate de Somalie. En tout juste cinq ans, les rançons ont transformé le village de pêcheurs en un bourg en plein essor, où se vendent montres de luxe, motos, gadgets électroniques et même vaccins contre la grippe A (H1N1), comme s’en vante un trafiquant.

Des haut-parleurs installés sur les vérandas des villas diffusent à plein volume des morceaux du groupe américain Bon Jovi et un monde fou achète du thon sur le marché, près de la plage. Des antennes de téléphonie mobile et une borne Internet donnent à la ville une apparence d’ordre – un ordre assuré par les seigneurs de la guerre et les pirates lourdement armés. Agés d’une vingtaine d’années, ils sont tous d’anciens pêcheurs reconvertis dans la piraterie. Certains étaient policiers. Ces jeunes aux dents longues ne voient pas l’utilité d’acquérir ne serait-ce qu’une scolarité de base et ils ne veulent pas non plus suivre la plupart de leurs compatriotes en exil au Kenya ou à Dubaï. Quand ils racontent les séances de partage du butin, leurs yeux brillent.

La région a l’une des plus fortes concentrations de munitions légères, de roquettes et de mitrailleuses de toute la Somalie. Pourtant, la paix et la tranquillité règnent à Baraawe. “Au lieu d’être pointés sur la gorge de nos compatriotes comme à Mogadiscio, ici, les fusils servent à nous enrichir et garantir la sécurité de la ville”, se flatte Terrenco, un pirate qui s’est autoproclamé colonel et qui dit avoir douze ans d’expérience dans le métier.

Les mères de Baraawe poussent donc leurs filles à épouser ces flibustiers des temps modernes.

Non pas qu’il faille beaucoup insister pour les motiver : l’entrée dans l’église au bras d’un pirate leur garantit une table bien garnie ainsi que des robes luxueuses et met leur famille à l’abri de la faim et de la pauvreté. C’est ainsi que des pirates de 20 ans peuvent avoir cinq femmes : un chauffeur de bateau se vantait récemment d’avoir payé 3 000 dollars pour sa dernière épouse, la quatrième.

S’il vous arrivait, un samedi, de croiser un cortège nuptial dans les rues de Baraawe, vous pourriez penser qu’une personnalité occidentale est de passage dans la ville. Des Porsche Cayenne flambant neuves défilent, flanquées de véritables Harley Davidson de collection conduites par des pirates surexcités qui brandissent des armes dans une démonstration de machisme aussi triomphante que provocante.

Les rançons permettent d’offrir de fabuleux festins de viande de bœuf, accompagnée de riz thaïlandais et de pommes de terre, à toute la ville.

Les détonations de kalachnikovs fusent à l’intérieur des tentes : une salve de dix-sept coups est une tradition pour ces aventuriers des mers.

Quand arrive la séance des cadeaux aux mariés, le rôle des pirates dans l’économie de Baraawe devient encore plus manifeste. Avec un sourire radieux, ils jettent BlackBerry, chaînes à six CD, colliers en or… dans les corbeilles de mariage. Des hommes enivrés, en tenue de camouflage, dansent avec des liasses de billets sur la tête et, à leur tour, y déposent leur butin. De quoi faire pâlir d’envie le ministre des Finances de Sa Majesté. Les pseudo-sommets de paix organisés dans les capitales étrangères feraient bien de venir faire un tour à Baraawe. Les délégués pourraient enfin rédiger des rapports enthousiastes sur la belle vie que l’on mène dans cette oasis perdue au milieu des atrocités et de la mort.

Repères

La Somalie est devenue le repaire d’où partent la plupart des
attaques de pirates qui écument le golfe d’Aden. Les eaux territoriales
somaliennes sont devenues un véritable danger pour la marine internationale.

Plus de 20 000 bateaux croisent chaque année au large de la Corne de
l’Afrique, qui voit transiter 30 % du pétrole à destination de l’Europe.
Pour faire face à cette situation, l’Union européenne s’est résolue à lancer sa
première mission navale, baptisée Atalante ; celle-ci vient d’être
reconduite pour douze mois.

Objectif : sécuriser ces eaux troubles et
combattre un phénomène qui menaçait de limiter sérieusement le commerce
maritime. Depuis, les pirates n’ont pas renoncé à leurs lucratifs coups de
force contre les navires qui se risquent dans la zone.

La piraterie maritime est devenue, pour la Somalie, une véritable marque déposée.

27/11/09 (B526) Courrier international (Blog) L’And participe à une Opération de maintien de la paix en Afrique

L’AND est présente à Djibouti

Dans le cadre de cette exercice, trois officiers comoriens, devant servir dans le commandement, ont déjà quitté le pays, a informé, à l’occasion d’une conférence de presse, le général de brigade Salimou Mohamed Amiri. Ils sont rejoints par dix officiers qui joueront le rôle d’observateurs. Le directeur de cabinet de la présidence chargé de la défense et le chef d’Etat major partiront ce jeudi 26 novembre pour prendre part à l’événement.

Dans le cadre des activités de maintien de la paix en Afrique de l’Est, dix officiers de l’Armée nationale de développement (And) ont quitté Moroni le mardi 24 novembre, pour Djibouti, où ils vont participer à un exercice de manœuvre dit “ftx 09” de la brigade de l’Afrique de l’Est, du 26 novembre au 5 décembre prochain. Cet exercice militaire s’inscrit dans le cadre des missions de maintien de la paix et de sécurité civile de l’Afrique de l’Est dans les zones en catastrophe ou en proie à une rébellion afin d’apporter une aide d’assistance sociale aux populations civiles.

Il s’agit ‘une initiative de l’Union africaine qui a recommandé aux cinquante trois pays du continent noir de mettre en place une brigade de chaque région de l’Afrique qui puisse aider à faire face, le cas échéant, aux catastrophes de toute sorte auxquelles est confrontée l’Afrique. Au total, une vingtaine d’observateurs comoriens doivent prendre part à cet exercice financé par les pays membres de l’Eabriscom.

La brigade de l’Afrique de l’Est comprend treize Etats membres dont les Comores qui en assurent la présidence pendant deux ans. Cette brigade est l’une des cinq mises en place dans le cadre de la force africaine en attente conformément au protocole signé en 2004 par les Etats membres de l’Union africaine.

Cette force vise à “prévenir et à gérer les situations de conflits et à faciliter la reconstruction d’une paix durable”.

Dans le cadre de cette exercice, trois officiers comoriens, devant servir dans le commandement, ont déjà quitté le pays, a informé, à l’occasion d’une conférence de presse, le général de brigade Salimou Mohamed Amiri. Ils sont rejoints par dix officiers qui joueront le rôle d’observateurs. Le directeur de cabinet de la présidence chargé de la défense et le chef d’Etat major partiront ce jeudi 26 novembre pour prendre part à l’événement.

Mohamed Bacar Dossar devrait autoriser l’exercice et le général Salim en qualité d’officier officiellement responsable de sa conduite. La mission des deux personnalités prend fin le 5 décembre prochain.

16/08/09 (B512)  Courrier international : « La contrée native fait partie de notre imaginaire, de notre ADN ; elle hante nos jours et nos nuits » Une interview d’Abdourahman Waberi (Info lecteur)

A travers son œuvre littéraire, l’écrivain djiboutien Abdourahman Waberi se donne aussi pour mission de mieux faire connaître son petit pays au reste du monde.

Propos recueillis par Pierre Cherruau

Courrier international : Les médias Occidentaux évoquent très rarement Djibouti en particulier et la Corne de l’Afrique en général. Comment expliquer une telle indifférence ?

Abdourahman Waberi : Ces médias ne parlent de Djibouti, et plus généralement des terres dites lointaines, indigentes et périphériques, que quand ça va mal. Djibouti a pourtant des liens assez forts et anciens avec la France et l’Europe.

Pour mémoire, c’est la dernière colonie française d’Afrique à avoir été décolonisée, en 1977. Et c’est depuis toujours la première base militaire française d’outre-mer.

Pourtant, peu de Français sont en mesure de la situer sur une carte. Une des tâches que je me suis données est de faire connaître ma contrée native au reste du monde, un peu à la manière de Derek Walcott, poète de Sainte-Lucie et Prix Nobel de littérature [en 1992].

C.I. : Dans votre dernier roman, qui se déroule à Djibouti, l’un des personnages principaux est un islamiste prêt à tuer pour faire triompher ses idées. L’islam radical gagne-t-il en influence ?

A.W. : La religiosité gagne du terrain partout dans le monde. On parle beaucoup des fondamentalismes musulmans. On évoque un peu moins les fondamentalismes et les revivalismes protestants qui déferlent sur l’Afrique. La Corne de l’Afrique n’échappe pas à ce déferlement. La pauvreté, l’absence de perspective politique, le prosélytisme des pays du golfe Persique expliquent en partie cette situation dramatique dans le cas somalien, potentiellement dangereux à Djibouti, en Erythrée ou en Ethiopie.

C.I. : A quoi ressemble la vie quotidienne des Djiboutiens ? S’améliore-t-elle ?

A.W. : La vie quotidienne est beaucoup plus difficile que du temps de mon adolescence. Le commun des mortels a du mal à joindre les deux bouts. Pourtant, il y a beaucoup de projets, plus d’argent. Mais en même temps plus d’injustice et d’inégalité. Une petite minorité, sans vision ni pitié, accapare tout.

C.I. : Un grand nombre d’écrivains africains reconnus ont quitté le continent. Comment expliquer ces départs ?

A.W. : Les écrivains et les artistes ne sont que la partie visible de l’iceberg. Il y a aussi des ingénieurs, des infirmières ou des enseignants qui sont partis, notamment pour fuir l’arbitraire, l’injustice et la gabegie que les élites politiques ont instaurés en système. Cela dit, cette diaspora arrive, au bout de quelques années, à réinjecter des ressources sur le continent. On connaît le poids de la manne « immigrée » dans les économies africaines. Western Union en sait quelque chose.

C.I. : Est-il plus difficile de travailler et de créer en Afrique qu’en Occident ?

A.W. : Les cinquante-trois nations africaines ne sont pas logées à la même enseigne. Certains trouvent leur miel au pays, comme Mia Couto [écrivain mozambicain], d’autres à l’étranger. Il ne faut pas non plus oublier la migration interne au continent. Des écrivains comme Nuruddin Farah ou Véronique Tadjo, des chercheurs comme Achille Mbembe ou Kole Omotose ont délaissé respectivement la Somalie, la Côte d’Ivoire, le Cameroun et le Nigeria pour vivre et travailler en Afrique du Sud.

C.I. : Les séjours prolongés en Occident ont–ils une influence majeure sur l’œuvre des écrivains d’origine africaine ?

A.W. : Certainement. Quand ils sont hors de leur contrée native, ces écrivains continuent à trimballer le pays quitté. Il fait partie de leur imaginaire ou de leur ADN, il hante leurs jours et leurs nuits. Ces écrivains n’ont pas un pays mais deux, trois, voire dix.

05/02/09 (B484-B) Courrier International avec The Times / ZIMBABWE • Un dictateur en cachait un autre

A Harare, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) veut extrader Mengistu Hailé Mariam, l’ami de Mugabe, vers l’Ethiopie, où il est accusé de génocide.

Pendant dix-sept ans, Mengistu Hailé Mariam, l’ancien dictateur éthiopien qui a éliminé ses opposants à une échelle industrielle au cours de la « terreur rouge », a vécu au Zimbabwe en tant qu’invité d’honneur de Robert Mugabe, partageant son temps entre une villa sévèrement gardée à Harare, une ferme près de la capitale et une retraite sur le superbe lac Kariba. En 2008, un tribunal éthiopien a condamné à mort le « Boucher d’Addis » après l’avoir inculpé de génocide par contumace.

Mais Mugabe a froidement refusé d’extrader l’homme qui avait livré des armes à la guérilla du ZANU-PF durant la guerre de libération du Zimbabwe, dans les années 1970.

Pourtant, l’avenir de l’un des pires tyrans qu’ait connus l’Afrique paraît compromis avec l’entrée du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), le parti d’opposition zimbabwéen, dans un gouvernement d’union avec le ZANU-PF. Le 4 février, Nelson Chamisa, son principal porte-parole, a déclaré que l’extradition de Mengistu vers l’Ethiopie serait « une des priorités » du nouveau cabinet. « Le Zimbabwe ne saurait servir de refuge ou de zone de villégiature à des criminels contre l’humanité comme M. Mengistu. Nous ne pouvons pas donner asile aux responsables de telles injustices. »

Rares sont les Zimbabwéens qui verseront une larme si Mengistu, âgé de 71 ans, est renvoyé dans son pays pour y finir derrière les barreaux. Mugabe a dépensé des millions de dollars pour lui trouver une villa dans une impasse barricadée du quartier de Gun Hill, ainsi qu’une protection 24 heures sur 24 et bien d’autres avantages. En échange, Mengistu a conseillé son hôte sur les questions de sécurité et aurait été à l’origine de l’opération Murambatsvina, au cours de laquelle, en 2006, les forces de sécurité et les gros bras du ZANU-PF ont rasé des bidonvilles où vivaient 700 000 personnes considérées comme des partisans du MDC.

Il s’agit, en effet, d’un domaine où Mengistu bénéficie d’une expérience considérable. C’est en 1974 qu’il a pris le pouvoir, à l’issue d’un coup d’Etat militaire qui mit fin au règne de quarante-quatre ans de l’empereur Hailé Sélassié. Il imposa alors l’un des régimes les plus sanguinaires qu’ait subis le continent. En 1976, il déclencha la campagne dite de la « terreur rouge », contre les opposants à son régime. Debout dans le centre d’Addis-Abeba, il hurla « Mort aux contre-révolutionnaires ! » et fracassa des bouteilles pleines de sang de porc pour montrer le sort qui les attendait.

Au cours des années qui suivirent, plus de 500 000 personnes auraient perdu la vie, le pouvoir pratiquant « l’un des massacres les plus systématiques jamais perpétrés en Afrique ». Les proches étaient contraints de verser une taxe dite de la « balle perdue » pour récupérer les corps de leurs morts. Au nombre des victimes, citons l’ancien empereur et de nombreux membres de la famille royale. Mengistu en aurait exécuté certains personnellement. Il a fait de l’Ethiopie un Etat marxiste soutenu par l’Union soviétique, ce qui lui a valu le surnom de « Staline noir ». Il a mis en place d’immenses fermes collectives qui ont, sur la production agricole, les mêmes effets désastreux que les saisies de terres ordonnées par Mugabe au Zimbabwe, causant une famine terrible.

Equipée par les Soviétiques, son armée a cherché à écraser le mouvement sécessionniste en Erythrée, ainsi qu’un soulèvement dans la province du Tigré, mais, avec l’effondrement de l’Union soviétique, Mengistu a perdu ses bailleurs de fonds. En 1991, le dictateur s’est enfui au Zimbabwe alors que le Front de libération des peuples du Tigré et le Front populaire de libération de l’Erythrée cernaient Addis-Abeba. Washington a alors demandé à Robert Mugabe de l’accueillir pour que prenne fin le bain de sang.

L’ancien dictateur éthiopien s’est fait tout petit. En 1998, il a déclaré à un journaliste être un « réfugié politique » et passer son temps à écrire, lire et regarder la télévision. En 1999, grâce à son passeport diplomatique zimbabwéen, il s’est rendu à Johannesburg pour recevoir des soins médicaux et donner une de ses très rares interviews à un journal sud-africain. Sa révolution socialiste, avait-il déclaré, était nécessaire pour en finir avec le « système arriéré, archaïque et féodal » de Sélassié et avait été bénéfique à des millions d’agriculteurs. Par la suite, Mengistu n’a plus fait parler de lui. Ses gardes armés étaient invisibles, le 4 février, à proximité de son domicile. Nous avons remonté toute l’impasse en voiture, avant que des soldats n’apparaissent et ne nous intiment l’ordre de partir. On dit que Mengistu, confronté à la chute spectaculaire de la popularité de Mugabe, aurait échafaudé un plan de repli en Corée du Nord. Le temps est probablement venu pour lui de le mettre à exécution – si ce n’est déjà fait.

Martin Fletcher
The Times

29/06/07 (B402) Courrier International / Le Temps (CH) / ÉTATS-UNIS. Pourquoi le Pentagone lorgne sur l’Afrique (Info lectrice)

Alors que les Etats-Unis sont de plus en plus dépendants du pétrole africain, le ministère de la Défense a décidé de faire de ce continent l’une de ses priorités stratégiques. Et de renforcer sa présence sur le terrain

Christopher Thompson, Courrier International

Le Pentagone redoute que les Etats-Unis ne soient de moins en moins à même de mener la guerre contre le terrorisme en Afrique ; il a donc décidé de réorganiser la structure globale de son commandement militaire. Cette décision, lourde de conséquences, revient à admettre que les Etats-Unis doivent redéfinir l’ensemble de leur politique militaire s’ils espèrent pouvoir conserver un certain contrôle sur l’Afrique pendant toute la durée de ce que l’ancien ministre de la Défense Donald Rumsfeld a baptisé la "longue guerre".

Et ce, d’autant plus que le continent le plus négligé de la planète revêt une importance croissante dans la mesure où les groupes pétroliers occidentaux exploitent de plus en plus les abondantes réserves de la côte ouest de l’Afrique.

Aujourd’hui, le Pentagone dispose de cinq commandements opérationnels unifiés, qui couvrent le monde entier. Or l’Afrique est partagée entre trois d’entre eux.

L’essentiel du continent, soit quarante-trois pays, est sous la responsabilité du Commandement européen (Eucom). Le reste est réparti entre le Commandement Pacifique et le Commandement centre (qui gère également les conflits en Irak et en Afghanistan). Le Pentagone travaille désormais à l’élaboration d’un commandement militaire unifié pour le continent africain, qui s’appellera "Africom".

Deux priorités : le pétrole et la lutte contre le terrorisme

Le Pentagone espère avoir finalisé la structure et bouclé le budget d’Africom cette année. Le nouveau commandement devrait pouvoir être opérationnel et indépendant d’Eucom vers le milieu de 2008. "La rupture avec l’Europe aura lieu avant le 30 septembre 2008", affirme le Pr Peter Pham, consultant spécialiste de l’Afrique auprès du Pentagone.

La nouvelle stratégie africaine de l’Amérique est le reflet de ses deux priorités au Moyen-Orient : le pétrole et la lutte contre le terrorisme. Pour l’instant, les Etats-Unis assoient leur stratégie sur l’Initiative de lutte antiterroriste transsaharienne, aux contours flous. Son but est d’interdire l’immense Sahel, une zone difficile à surveiller, aux réseaux terroristes. Mais, à en croire certains observateurs, les Etats-Unis, ne disposant pas d’une politique africaine cohérente et uniformisée, voient leurs efforts contrariés au Moyen-Orient. De source militaire américaine, un combattant étranger sur quatre en Irak vient d’Afrique, essentiellement d’Algérie et du Maroc. Les Etats-Unis s’inquiètent également de plus en plus de la "radicalisation" des musulmans d’Afrique, phénomène accentué par l’implantation de religieux extrémistes (souvent wahhabites) venus de la péninsule Arabique. "La menace terroriste a connu un véritable regain en Afrique l’an dernier", assure Peter Pham.

Mais cette nouvelle orientation dans la lutte contre le terrorisme est rendue d’autant plus urgente par la dépendance croissante de l’Occident vis-à-vis du pétrole africain. En mars 2006, s’exprimant devant le Sénat, le général James Jones, alors chef d’état-major d’Eucom, assurait : "L’Afrique fournit actuellement plus de 15 % des importations de pétrole des Etats-Unis. Des explorations récentes effectuées dans la région du golfe de Guinée laissent envisager la présence de réserves qui pourraient représenter de 25 % à 35 % des importations américaines dans les dix ans à venir."

En 2005, les Etats-Unis ont importé plus de pétrole du golfe de Guinée que d’Arabie Saoudite et du Koweït ; d’ici dix ans, ils importeront davantage de pétrole d’Afrique que de l’ensemble du Moyen-Orient. Les géants pétroliers comme ExxonMobil, Chevron, le français Total et les britanniques BP et Shell prévoient d’investir des dizaines de milliards de dollars en Afrique subsaharienne.

Un renforcement de la présence militaire américaine

Mais, bien que le golfe de Guinée soit l’une des rares régions du monde où la production pétrolière est vouée à augmenter de façon exponentielle dans un avenir proche, c’est aussi l’une des plus instables. Dans les trois grands pays producteurs de la région (le Nigeria, la Guinée-Equatoriale et l’Angola), la manne pétrolière n’a été pour beaucoup qu’une malédiction, enrichissant les élites aux dépens de populations appauvries. L’Angola est aujourd’hui le principal fournisseur de la Chine, et les Chinois, gourmands en pétrole comme toute l’Asie, couvent d’un regard envieux les réserves de l’ensemble de la région.

L’Afrique de l’Ouest court le risque de connaître le même sort que le delta du sud du Niger, d’où provient la majeure partie des 2,4 millions de barils produits quotidiennement au Nigeria. Depuis 2003, le delta est pour ainsi dire une zone de guerre, où des bandes rivales lourdement armées s’affrontent pour l’accès aux oléoducs, tout en réclamant leur part de pétrodollars. Le vol de pétrole coûte chaque année près de 4 milliards de dollars au Nigeria. Quant aux compagnies étrangères, elles ont dû ralentir leur production après des enlèvements perpétrés par les militants du delta. Les incertitudes de cet ordre contribuent à la flambée mondiale des prix.

La nouvelle politique africaine du Pentagone devrait comporter un volet humanitaire "substantiel", ayant notamment pour objectif d’endiguer l’instabilité et la criminalité.

Mais, en réalité, la Chine, en pleine ascension économique, est prête, de son côté, à proposer des milliards sous forme de prêts et de projets d’infrastructures à des taux défiant toute concurrence, pour s’assurer le contrôle de zones lucratives. Pour Nicholas Shaxson, auteur de Poisoned Wells : the Dirty Politics of African Oil [Puits empoisonnés : les sombres enjeux du pétrole africain], "Africom surgit dans le contexte d’un conflit montant avec la Chine à propos du pétrole".

Africom se traduira par un net accroissement de la présence militaire américaine sur le continent. Actuellement, les Etats-Unis comptent 1 500 hommes déployés en Afrique, principalement à Djibouti. Mais ce chiffre pourrait doubler. Washington procède d’ores et déjà à des exercices navals au large du golfe de Guinée, notamment pour empêcher les insurgés du delta d’atteindre les plates-formes pétrolières. Le Pentagone prévoit en outre de muscler les capacités militaires des gouvernements africains afin que ceux-ci puissent se charger eux-mêmes de leurs dissidents, des unités américaines de "réaction rapide" étant disponibles en renfort si besoin est. Mais d’aucuns redoutent que les nombreux régimes autoritaires d’Afrique subsaharienne ne se servent de ces forces d’élite pour faire taire leurs opposants.

Le renforcement de la présence militaire américaine est déjà perceptible en Somalie, où, de concert avec l’Ethiopie, Washington a discrètement ouvert un nouveau front dans sa guerre contre le terrorisme. La cible : les islamistes basés dans le pays, qui, d’après les Américains, sont responsables des attentats de 1998 contre les ambassades des Etats-Unis au Kenya et en Tanzanie.

Au début de l’année, des forces spéciales américaines y ont opéré des frappes aériennes contre des militants supposés d’Al-Qaida. D’après l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, des interrogateurs du FBI ont également été envoyés dans les prisons éthiopiennes, où des centaines de suspects sont détenus depuis l’invasion de la Somalie par les troupes d’Addis-Abeba, en décembre dernier.

Les risques liés à cette approche plus belliqueuse de la politique américaine en Afrique sont manifestes. "On court clairement le danger que les Etats-Unis soient considérés comme des exploiteurs impérialistes, prévient Shaxson. La présence militaire américaine va faire grincer des dents dans certains pays. Les Etats-Unis doivent se montrer prudents."

Le Pentagone, lui, espère qu’Africom ouvrira une ère plus constructive pour la politique américaine dans la région, en rupture avec le passé. "Politiquement, l’Afrique est importante, et ce sera de plus en plus le cas dans les années à venir, insiste Pham. "Le tout est de savoir si Washington saura poursuivre son effort."

16/02/05 (B285) COURRIER INTERNATIONAL / Force africaine en Somalie: manifestation hostile à la participation de l’Ethiopie et de Djibouti avant l’arrivée d’une mission.


Au moins 3.000 personnes ont manifesté lundi dans les rues de Mogadiscio
contre la participation de l’Ethiopie et de Djibouti à une force africaine
de paix en Somalie, pays qui tente de sortir de 14 ans de guerre civile, a
constaté un correspondant de l’AFP.

Cette manifestation hostile
intervient alors qu’une mission d’évaluation était attendue
lundi en Somalie pour évaluer les conditions d’envoi d’une force régionale
dans ce pays de la Corne de l’Afrique. Son départ était prévu
le week-end dernier mais a été reporté pour des raisons
de sécurité.

« L’Ethiopie a donné
des armes aux chefs de guerre rivaux. Elle ne devrait pas faire partie de
la mission », pouvait-on lire sur une des pancartes. « Nous voulons
des troupes neutres », indiquait une autre.

« Djibouti a soutenu
le gouvernement national de transition (TNG, mis en place en 2000 mais qui
n’avait pas été reconnu par les principaux chefs de guerre et
ne contrôlait que quelques quartiers de la capitale). Nous n’en voulons
pas », précisait une autre bannière. (…)

___________________________
Note de l’ARDHD
Est-ce l’officialisation de la faillite du processus d’ARTA, où Guelleh
était passé en force pour nommer un Président du GNT
? La gloire qu’il avait voulu récupérer dans cette opération
semble bien émoussée …