12/03/2019 (Brève 1332) RFI : Visite d’Emmanuel Macron à Djibouti: où en est-on de l’affaire Borrel ?

15/03/02 REBONDISSEMENT DANS l’AFFAIRE BORREL (RFI)


Ismaïl
Omar Guelleh,
président de la République

Source AFP


Source ARDHD / R.Picon

Djibouti

Rebondissement
dans l’affaire Borrel
(Extrait RFI)

Le juge français
Jean-Baptiste Parlos a ordonné une nouvelle autopsie. Bernard
Borrel est ce juge français retrouvé mort en 1995 à
Djibouti, alors qu’il était conseiller spécial du ministre
de la Justice. Sa veuve a toujours soutenu la thèse de l’assassinat
politique, contre la thèse officielle du suicide.

Après une
reconstitution à Djibouti, du 23 février au 3 mars 2002,
le juge parisien Jean-Baptiste Parlos n’aura pas tardé
pour demander l’exhumation de Bernard Borrel. Le 7 mars, le magistrat
a ordonné, pour la seconde fois, que l’on exhume le corps
pour y pratiquer une autopsie. Une célérité qui
tranche avec le rythme chaotique suivie par cette instruction hors
normes. En six ans, l’affaire a déjà connu trois
magistrats. Le quatrième veut une enquête exemplaire,
c’est pourquoi il a accepté la présence et la participation
des avocats d’Elisabeth Borrel, la veuve du juge, elle aussi
magistrate à Toulouse, dans le cadre de la reconstitution.
«Depuis notre voyage et la reconstitution, nous avons la certitude
que cela ne peut pas être un suicide, tonne Maître Olivier
Morice, on prétend que la victime se serait aspergée
d’essence avant de s’immoler, mais seul le haut du corps
est brûlé.»

Dans l’enquête
à trous qui entoure l’affaire Borrel, les éléments
de médecine légale sont en effet les plus troublants
pour contester la thèse du suicide. Le 19 octobre 1995, sur
les lieux de la mort, un belvédère situé à
60 kilomètres au sud de la capitale, les gendarmes retrouvent
aussi une sandale carbonisée, mais les pieds de la victime
sont intacts. L’expertise privée, conduite par le professeur
Lazarini, une sommité de la médecine légale,
relève qu’il n’y a pas de traces de suie dans les bronches,
ni de produits de combustion dans les poumons. Conclusion : le corps
ne peut donc avoir été brûlé du vivant
du sujet.

Le déroulé
des événements semble lui aussi très improbable.
Bernard Borrel aurait d’abord enlevé une sandale, puis
serait descendu de trois mètres sur des cailloux. Là,
il serait donc aspergé d’essence avant de s’immoler,
puis de parcourir 17 mètres dans une pente assez raide formée
de gros cailloux de pierre volcanique. Or, à la première
autopsie, ses plantes de pieds nues ne portaient aucune trace de coupure
ou de plaie. Enfin, le magistrat «déprimé»,
père deux jeunes enfants, se serait recroquevillé seul
entre deux pierres. Un scénario jugé parfaitement fantaisiste
par maître Morice. Le collège des trois experts de médecine
légale désigné par le juge Parlos, pourront aussi
effectuer des analyses toxicologiques, jamais réalisées,
afin d’apporter de nouveaux éléments à l’enquête.

Une décision
rarissime
Cette décision rarissime d’exhumer à nouveau le corps
de Bernard Borrel marque un nouveau tournant dans ce qui ressemble
à la chronique d’une enquête ratée, truffée
d’absences. A l’origine, il n’y a pas d’autopsie effectuée
à Djibouti. Les premiers enquêteurs n’ont même
pas le réflexe d’opérer des relevés d’empreintes
ou des prélèvements sur les taches de sang découvertes
près du corps. Un peu plus tard, c’est un dossier médical
qui disparait à l’hôpital militaire français de
Djibouti : le dossier de Bernard Borrel qui contient, entre autres,
les radios des poumons censées prouver le suicide. Il y aussi,
dans les bizarreries de l’enquête, ce pompiste qui assure
avoir servi le magistrat, le jour de sa disparition. Que dit ce témoin
? Que la victime était accompagnée d’un «autre
Blanc». De qui s’agit-il ? Question sans réponse.

Quatre ans après
les faits, un ancien lieutenant djiboutien, adjoint de la Garde présidentielle,
témoigne devant les deux premiers magistrats parisiens chargés
de l’affaire, les juges Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini.
Mohamed Saleh Alhoumekani leur raconte une conversation ayant eu lieu
le 19 octobre 1995, le lendemain de la mort. Lors de cette discussion,
avec notamment le patron des services secrets de Djibouti, Ismaïl
Omar Guelleh aurait affirmé : «Le juge fouineur a été
tué sans aucune trace». Un témoignage qui accrédite
la thèse de l’assassinat et accuse l’homme qui, en 1995, était
le chef de cabinet du président Hassan Gouled Aptidon. Aujourd’hui,
IOG est président de la République. Le témoignage
du lieutenant ne sera pas vraiment pris en compte par les deux magistrats
qui, finalement, sont dessaisis du dossier l’an dernier.

Aujourd’hui,
le quatrième magistrat veut une enquête exemplaire. C’est
pour cela qu’il a ordonné cette seconde exhumation. Pour mener
une nouvelle autopsie dont il espère que la vérité
sortira grandie.

DAVID
SERVENAY
15/03/2002