16/02/2018 (Brève 1120) (LDDH) Absence de programme électoral, resultats connus à l’avance. La recette miracle de Guelleh pour que la population djiboutienne se désintéresse totalement du scrutin législatif à venir

Dans un communiqué daté du 15 février 2018, sous la signature de son Président Omar Ali Ewado, la LDDH explique et justifie le désintérêt total de la population pour un scrutin sans enjeu ni surprise.

Selon cette association, la première manifestation de désintérêt est confirmée que seules 10.000 cartes électorales auraient été retirées à ce jour sur 194.000 inscrits. En plus ce nombre d’électeurs inscrits est très bas pour une population estimée à environ 940.000 citoyenns et citoyens.

De plus, il faut savoir que traditionnellement dans les régions du nord et du nord-ouest, les habitants ne votent pas directement : ce sont soit les instances gouvernementales, soit les
chefs coutumiers qui le font pour eux.

(Ce qui avait produit dans le passé des résultats stupéfiants : en 2016, certains bureaux avaient fermé à midi, parce que 100 % des inscrits avaient voté, avec 100% de suffrages exprimés et 100% en faveur de Guelleh. -note de l’ARDHD-)

La LDDH pointe aussi le fait que l’UMP (Majorité présidentielle) n’a pas publié de programme électoral clair et qu’elle ne recherche pas l’édhésion populaire. Ses partisans/rabatteurs se contentent de dire : "le 23 février, votez UMP avec le bulletin vert !!!

Au final la LDDH a relevé une sérieuse violation des droits civils et politiques :

"Il a été signifié par le Ministre de l’Intérieur le refus de remettre aux partis en compétition, les fiches des résultats signées par tous les délégués et ce, en contradiction d’un décret présidentiel datant de Décembre 2013.

Il est à rappeler que le défaut de remise des fiches des résultats ou de publication des résultats par bureau de vote constitue une sérieuse violation des droits politiques et civils lesquels doivent être intégralement respectés dans tout processus électoral."

10/02/2018 (Brève 1119) (LDDH) Des élections législatives sans suspens, dominées par une forte influence des tribus. Les résultats sont déjà connus

Dans un communiqué daté du 9 février 2018, sous la signature de son Président Omar Ali Ewado, la LDDH explique que si l’opposition a été laminée par les dirigeants politiques actuelles, le choix des candidats qui seront élus le 23 février, a été largement réalisé sur des appartenances tribales.

Certaines ont été favorisées, d’autres au contraire sont pratiquement écartées et cela sans aucune considération de leur poids démographique. Ainsi le régime pour se maintenir au pouvoir exacerbe, comme il le fait à chaque fois, les divisisions, pour s’imposer, alors qu’il est totalement minoritaires au sein de la population.

Le trafic des listes électorales est ahurissant. Même le nombre d’inscrits officiellement connaît des variations inexpliquées mais significatives. Entre les annonces du ministre de l’intérieur qui évalue en janvier 2018, sur les média officiels, le nombre d’inscrits à 225.000 et la publication ultérieure de 194.000, sonne comme un aveu officiel de magouillage.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les électeurs inscrits ne se précipitent pas
pour retirer le carte électorale. La RTD annonçait le 8 février que seulement 10 % des électeurs avaient été cherché le fameux sésame.

La LDDH confirme avoir déposé le 7 janvier 2018 une demande d’agrément pour l’Observation Citoyenne des Elections (OCE) mais que le Pouvoir Djiboutien n’a même pas daigné lui répondre pour lui signifier un accord ou un refus.

Au final la LDDH assure l’opinion publique que fidèle à son idéal démocratique, elle poursuivra sa mission d’information sur la situation et les conditions manifestement douteuses de ces élections.

08/03/2017 (Brève 934) Sous la signature de l’équipe de la LDDH – Cellule d’observation, le dernier rapport sur les élections locales à Djibouti, daté du 26 février 2017

FIN DE L’ELECTION

A Djibouti, les élections se suivent et se ressemblent.

L’on est en droit de se demander si l’alternance serait elle possible par la voix démocratique. A priori non car le Pouvoir en place à Djibouti qui est une démocratie de façade est profondément sans faille.

Les élections régionales et communales du 24 Février 2017 sont là pour attester une telle affirmation.

Participation
a) Djibouti : les 3 communes Les taux de participation affiché par les tenants du Pouvoir sont faux car tout un chacun sait pertinemment que ce taux est totalement fantaisiste et que ça n’a pas atteint les 10%.

Cela est su par le Peuple Djiboutien et les tenants du régime. Le Peuple ne s’est pas exprimé comme l’affirme le Régime en place à Djibouti. A lui de tirer les conclusions qui s’impose.

b- Régions de l’Intérieur

Auparavant les régions du NORD détenaient le palmarès des fraudes, des bourrages ou autres procèdes pour appuyer les dires des tenants du régime et ce, en affirmant un taux de participation de 100% puis le vote de 100% en faveur de l’UMP.

Mais les régions du Sud sont gagnées par ce miracle djiboutien. Lors de cette élection les électeurs d’Ali-Sabieh avec ceux d’OBOCK ont eu cette grande intelligence de voter 100% UMP.

L’on ne peut trouver aucune explication pour justifier une telle affirmation. Certes, le ridicule ne tue pas mais marque à vie. En outre les élections se sont clôturées à 13 heures dans les 5 régions de l’intérieur, heure où les habitants de notre pays ont une occupation particulière : s’adonner à la consommation de Khat.

Pratiquement personne ne se déplace après cette heure fatidique et les délégués de l’UMP font leur travail des bourrages d’urnes à la chaine pour être à l’heure et mériter la satisfaction de leurs chefs. Ainsi tous les bureaux de vote des 5 régions ont du et terminé les opérations de vote à 13 heures avec des résultats qui ont été annoncés.

Les malheureux concurrents de l’UMP surpris par l’ampleur de la fraude ne savent plus quoi dire même si le régime leur a promis le remboursement intégral des dépenses effectuées dans le cadre de ces élections.

C’est ce qui a été fait lors de l’élection présidentielle : « Reconnais la victoire du Candidat de l’UMP et on te rembourse tous les frais engagés dans l’élection ».

Certains l’ont accepté, d’autres non. Fidele à son idéal démocratique. La LDDH publiera prochainement un rapport détaillé sur cette élection.

L’équipe de la LDDH
La cellule d’observation

12/05/2016 (Brève 789) Parlement européen : des résolutions qui visent plusieurs Etats dont Djibouti (Communiqué de presse du 12 mai 2016)

Lien avec l’article original: http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/20160504IPR25768/Droits-de-l’homme-Crim%C3%A9e-Gambie-et-Djibouti

Le Parlement demande une enquête approfondie sur la transparence des élections d’avril 2016 à Djibouti, remportées de manière écrasante par le Président Ismaïl Omar Guelleh, réélu pour un quatrième mandat de cinq ans avec 87,1% des suffrages. Le scrutin a été critiqué par les partis d’opposition et les groupes de défense des droits, qui considèrent ce résultat comme le fruit de la répression politique.

Des élections équitables, libres de toute intimidation, sont importantes, affirment les députés, réitérant l’appel lancé par l’UE pour que les résultats de chaque bureau de vote lors des élections de 2013 et de 2016 soient publiés. Ils font remarquer que les autorités de Djibouti ont décliné la proposition de l’Union d’envoyer une mission d’experts électoraux pour observer le scrutin.

Par ailleurs, la résolution condamne les viols qui auraient été commis par des soldats djiboutiens, signalés par diverses ONG et mis en évidence par les grèves de la faim entreprises par des femmes djiboutiennes à Paris et à Bruxelles dans le but de demander une enquête internationale. Finalement, le texte dénonce l’absence d’une presse indépendante à Djibouti ainsi que la surveillance et la censure de sites internet critiques envers le gouvernement.

Procédure: résolutions non législatives

ContactsPress Officer 
COMM – PRESS

12/05/2016 (Brève 790) Parlement européen : texte intégral de la résolution qui condamne le régime de Guelleh / Vote du 12 mai 2016 sur Djibouti (2016/2694(RSP))

Téléharger le document en PdF : http://wwww.ardhd.org/parlement_europeen/r0512_resolution_parlement_europeen.pdf

Le Parlement européen,
–   vu ses précédentes résolutions sur Djibouti, notamment celles du 4 juillet 2013 sur la situation à Djibouti et du 15 janvier 2009 sur la situation dans la Corne de l’Afrique,
–   vu le programme indicatif national pour Djibouti au titre du 11e Fonds européen de développement (FED) du 19 juin 2014,
–   vu les déclarations du porte-parole du Service européen pour l’action extérieure du 12 avril 2016 et du 23 décembre 2015,
–   vu la déclaration de la haute représentante, Mme Federica Mogherini, au nom de l’Union européenne, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2016,
–   vu le partenariat politique régional de l’UE pour la paix, la sécurité et le développement dans la Corne de l’Afrique,
–   vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques,
–   vu la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
–   vu la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
–   vu la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que Djibouti a ratifiée,
–   vu les actions et les communications de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) concernant Djibouti,
–   vu les conclusions préliminaires du 10 avril 2016 de la mission d’observation électorale de l’Union africaine qui a suivi les élections présidentielles,
–   vu le statut de Rome de la Cour pénale internationale, auquel Djibouti est un État partie depuis 2003,
–   vu l’accord-cadre signé le 30 décembre 2014 entre l’UMP (Union pour la majorité présidentielle), coalition au pouvoir, et l’USN (Union pour le salut national), coalition de partis d’opposition, visant à promouvoir une «politique nationale pacifique et démocratique»,
–   vu le décret no 2015-3016 PR/PM du 24 novembre 2015, adopté par le Conseil des ministres de Djibouti, établissant des mesures exceptionnelles de sécurité à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015,
–   vu la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948,
–   vu le protocole à la charte africaine sur les droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique,
–   vu l’accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 et révisé le 22 juin 2010,
–   vu la Constitution de la République de Djibouti de 1992, qui reconnaît les libertés fondamentales et les principes de base de la bonne gouvernance,
–   vu les directives de l’Union africaine pour les missions d’observation et de suivi des élections,
–   vu l’article 135, paragraphe 5, et l’article 123, paragraphe 4, de son règlement,
__________________________
A.  considérant qu’Ismaïl Omar Guelleh est le président de Djibouti depuis 1999, et qu’il a remporté de manière écrasante les élections d’avril 2016, avec 87,1 % des suffrages, victoire que les partis d’opposition et les groupes de défense des droits dénoncent comme le fruit de la répression politique; que plusieurs candidats de l’opposition ont boycotté les élections de 2005, de 2011 et de 2016; que le président Guelleh a persuadé l’assemblée nationale de modifier la Constitution en 2010 après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2016, ce qui lui a permis de se présenter pour un troisième mandat en 2011; que la contestation de la société civile qui a suivi a été réprimée;

B.  considérant que la situation géographique de premier ordre de Djibouti dans le golfe d’Aden revêt une importance stratégique pour les bases militaires étrangères, étant considérée comme un centre névralgique pour la lutte contre la piraterie et le terrorisme;

C.  considérant que dix femmes djiboutiennes réclamant une enquête internationale sur le viol des femmes djiboutiennes ont entamé une grève de la faim à Paris, quatre d’entre elles affirmant avoir été elles-mêmes victimes de viols, tandis qu’une autre, Fatou Ambassa, âgée de 30 ans, a jeûné en mémoire de sa cousine, Halima, décédée à l’âge de 16 ans des suites d’un viol collectif en 2003; que huit de ces femmes ont poursuivi leur grève de la femme pendant dix-neuf jours, du 25 mars au 12 avril 2016, et que dix autres femmes ont également entamé une grève de la faim à Bruxelles; que les autorités djiboutiennes contestent les affirmations de ces femmes; que des femmes ont été prises en otage dans le cadre du conflit entre l’armée djiboutienne et le FRUD-armé; que le comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité (le COFEDVI), créé en 1993, a recensé 246 cas de viols par des soldats, contre une vingtaine de plaintes introduites;

D.  considérant qu’aucune mission d’observation électorale de l’Union européenne n’a été invitée à observer le scrutin et que les autorités de Djibouti ont décliné la proposition de l’Union d’envoyer une mission d’experts électoraux; que la mission d’observation électorale de l’Union africaine préconise la mise en place d’une commission électorale indépendante chargée du processus électoral, y compris de l’annonce de résultats provisoires;

E.  considérant qu’Omar Elmi Khaireh, Mohamed Moussa Ali et Djama Abdourahman Djama, trois candidats de l’opposition, reprochent aux résultats électoraux d’avril 2016 leur manque de transparence et leur incapacité à traduire la volonté du peuple djiboutien; que les organisations de défense des droits de l’homme n’ont pas reconnu les résultats; que l’espace politique laissé à l’opposition demeure très étroit, et sa liberté d’expression limitée; que les forces de police et les services de sécurité exercent un contrôle étroit sur le pays, et que l’appareil judiciaire est faible et proche du gouvernement; que des responsables de l’opposition ont été constamment soumis à des peines d’emprisonnement et au harcèlement, et que des allégations de torture ont été formulées; qu’il aurait été ordonné à l’armée d’éloigner les représentants de l’opposition de certains bureaux de vote afin de pouvoir en remplir les urnes, tandis que des municipalités telles qu’Ali-Sabieh auraient été placées sous contrôle militaire; que le président Guelleh aurait organisé une fête afin de récompenser l’armée pour sa contribution à l’élection avant même l’annonce des résultats officiels; que l’Union africaine a déploré un certain nombre d’irrégularités (l’absence de registres, d’affichage des résultats et de comptage public des votes);

F.   considérant que, le 31 décembre 2015, à la suite de l’exclusion du parlement des députés d’opposition, une loi imposant l’état d’urgence introduite en novembre 2015 a servi à restreindre les libertés individuelles et à réprimer des militants de l’opposition, des défenseurs des droits de l’homme, des syndicalistes et des journalistes;

G.  considérant que, le 30 décembre 2014, l’UMP, la coalition au pouvoir, a signé un accord-cadre avec l’USN, la coalition de l’opposition, qui prévoyait une réforme de la commission électorale nationale indépendante, la création d’une commission parlementaire conjointe, et des réformes à court et à moyen termes; que la commission parlementaire conjointe a bien été créée en février 2015, mais qu’aucun des projets de loi les plus importants (comme la loi sur la création d’une commission électorale conjointe indépendante ou celle sur les droits et obligations des partis politiques) n’a été présenté; que, le 26 août 2015, les autorités djiboutiennes ont annoncé qu’elles renonçaient à réformer la commission électorale;

H.  considérant qu’il n’y a pas de stations de radio ou de chaînes de télévision privées à Djibouti, les autorités suivant de près les sites web de l’opposition et bloquant régulièrement ceux des organisations de défense des droits de l’homme ou ceux des médias sociaux; que le gouvernement est propriétaire de La Nation, le principal quotidien, ainsi que de la Radiodiffusion-Télévision de Djibouti, le radiodiffuseur national, qui pratiquent l’autocensure; qu’en 2015, Freedom House a déclaré que la presse à Djibouti n’était pas libre; que Djibouti se situe à la 170e place (sur 180) dans le classement mondial 2015 de la liberté de l’information établi par Reporters sans frontières; que, sous le gouvernement de la coalition de l’UMP, les partis et les militants de l’opposition ont fait l’objet d’une répression permanente, et de nombreux militants de partis et de journalistes, y compris un journaliste de la BBC durant la campagne électorale présidentielle de 2016, ont fait l’objet de poursuites judiciaires; considérant que, le 19 janvier 2016, le principal journal d’opposition, L’Aurore, a été fermé par décision de justice; que la commission nationale de la communication, censée être mise en place en 1993, n’a toujours pas vu le jour;

I.   considérant qu’en 2012 en particulier, la région de Mablas a connu une vague d’arrestations arbitraires de membres présumés du FRUD-armé;

J.   considérant qu’il a été allégué qu’au moins 27 personnes ont été tuées et plus de 150 ont été blessés par les autorités lors d’une manifestation culturelle à Budulgo le 21 décembre 2015, alors que le gouvernement djiboutien insiste sur le fait que le nombre de décès était limité à sept; que la police a ensuite envahi les locaux où se réunissaient les chefs de l’opposition, que certains d’entre eux ont été blessés et que deux dirigeants influents de l’opposition (Abdourahman Mohamed Guelleh, secrétaire général de l’USN et Hamoud Abdi Souldan) ont été emprisonnés, sans aucun chef d’accusation à leur encontre; que tous deux ont été libérés quelques jours avant les élections présidentielles, le premier faisant l’objet de poursuites pénales; qu’Omar Ali Ewado, dirigeant syndical et défenseur des droits de l’homme, a été placé à l’isolement du 29 décembre 2015 au 14 février 2016 pour avoir publié une liste des victimes du massacre et des personnes qui sont toujours portées disparues; que son avocat a lui aussi été placé en détention à l’aéroport; que Saïd Houssein Robleh, membre de l’opposition et secrétaire général de la Ligue djiboutienne des droits humains, a été blessé par les balles de la police djiboutienne et qu’il est actuellement en exil en Europe;

K.  considérant que les conditions de détention dans les prisons djiboutiennes sont extrêmement préoccupantes;

L.  considérant qu’à la suite des attentats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, le Conseil des ministres de Djibouti a adopté le 24 novembre 2015 le décret n° 2015-3016 PR/PM interdisant les rassemblements et les réunions sur la voie publique en tant que mesure de lutte contre le terrorisme;

M. considérant qu’il n’existe pas de législation contre la violence domestique et les viols conjugaux à Djibouti; que les autorités ont informé le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) qu’elles sont conscientes des lacunes dans leurs efforts visant à lutter contre la violence fondée à caractère sexiste; que, bien qu’elles soient illégales depuis 2005, différentes formes de mutilations génitales féminines ont été effectuées sur 98 % des femmes à Djibouti;

N.  considérant que, selon la Banque mondiale, plus de 23 % des Djiboutiens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, tandis que 74 % d’entre eux vivent avec moins de trois dollars américains par jour; que l’insécurité alimentaire est aggravée par les prix élevés des denrées alimentaires, la pénurie d’eau, le changement climatique et la diminution des pâturages; que Djibouti est parmi les pays bénéficiaires du programme d’aide de 79 millions d’euros de l’Union en faveur des pays de la Grande Corne de l’Afrique touchés par le phénomène « El Niño »;

O.  considérant que le respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’état de droit est à la base du partenariat ACP-UE et qu’il constitue l’un des éléments essentiels de l’accord de Cotonou; que l’Union devrait intensifier sans tarder le dialogue politique régulier avec Djibouti au titre de l’article 8 de l’accord de Cotonou;

P.   considérant que Djibouti bénéficie actuellement de 105 millions d’euros en fonds bilatéraux de l’Union, essentiellement pour l’eau et l’assainissement ainsi que la sécurité alimentaire et nutritionnelle, dans le cadre du programme indicatif national de l’Union au titre du 11e Fonds européen de développement; que de 2013 à 2017, Djibouti aura reçu 14 millions d’euros dans le cadre de l’initiative « Supporting Horn of Africa Resilience » (appui à la capacité de résistance de la Corne de l’Afrique), qui vise à donner aux communautés les moyens de résister à des périodes de sécheresse récurrentes;

Q.  considérant que Djibouti accueille actuellement plus de 15 000 réfugiés en provenance de Somalie et d’Érythrée et quelque 8 000 réfugiés venus du Yémen; que les femmes et les jeunes filles dans les camps de réfugiés sont exposées au risque de la violence à caractère sexiste; que la Commission apporte son soutien, notamment sous la forme de services de secours et d’aide financière aux communautés d’accueil des camps de réfugiés;
________________________________
1.   exprime son inquiétude en ce qui concerne le processus de démocratisation qui est au point mort à Djibouti, une situation aggravée par le fait que le parlement ait apporté des modifications aux dispositions de la Constitution djiboutienne sur la limitation des mandats présidentiels, tout comme par les allégations selon lesquelles des membres de l’opposition ont été harcelés et exclus de plusieurs bureaux de vote; souligne l’importance que revêtent des élections équitables, libres de toute intimidation;

2.   demande une enquête approfondie sur la transparence du processus électoral et des élections de 2016 à Djibouti; réitère l’appel lancé par l’Union pour que les résultats de chaque bureau de vote dans les élections de 2013 et de 2016 soient publiés;

3.   dénonce avec fermeté les viols qui auraient été commis par des soldats djiboutiens contre des civils et qui ont été signalés par diverses ONG, ainsi que les ont mis en évidence les grèves de la faim, et demande aux autorités djiboutiennes de mener une enquête approfondie sur les actions de l’armée en particulier et de mettre un terme à l’impunité; invite les Nations unies à enquêter sur la situation des droits de l’homme à Djibouti, en particulier la situation des femmes dans ce pays; exprime sa profonde solidarité avec les femmes djiboutiennes actuellement en grève de la faim en France et en Belgique;

4.   dénonce l’ingérence militaire et policière dans les processus démocratiques et insiste sur le fait qu’une enquête approfondie et transparente sur le processus électoral est indispensable; s’inquiète de la volonté apparente du président de célébrer prématurément la victoire lors des élections d’avril 2016; rappelle que Djibouti est un État qui est partie à la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et que l’article 16 de la Constitution djiboutienne dispose que « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des sévices ou traitements inhumains, cruels, dégradants ou humiliants »; demande aux autorités de Djibouti d’enquêter de manière approfondie sur les allégations de torture et de mauvais traitements et de veiller à ce que les auteurs soient poursuivis et, s’il sont condamnés, punis par des sanctions appropriées, et à ce que les victimes soient indemnisées de façon appropriée; invite ces mêmes autorités à mettre en place un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur toute allégation de mauvaise conduite;

5.   déplore la décision des autorités djiboutiennes de renoncer à la réforme de la commission électorale nationale telle que prévue dans l’accord-cadre signé le 30 décembre 2014, et les invite instamment à collaborer étroitement avec l’opposition afin de parvenir à un processus électoral plus équitable et plus transparent;

6.   rappelle aux autorités djiboutiennes leur engagement en faveur de la protection des journalistes, au titre des lignes directrices de l’Union africaine pour les missions d’observation et de suivi des élections, condamne la façon dont les journalistes ont été traités et rappelle aux autorités djiboutiennes l’importance de la liberté de la presse et du droit à un procès équitable; exige une explication motivée de la part des autorités djiboutiennes à propos du traitement infligé aux journalistes; condamne fermement le harcèlement et l’emprisonnement sans aucune inculpation subis par des dirigeants de l’opposition, des journalistes et des militants indépendants des droits de l’homme au cours de la période précédant l’élection présidentielle; invite les autorités djiboutiennes à mettre un terme à la répression des opposants politiques et des journalistes et à libérer toutes les personnes emprisonnées pour des motifs politiques ou pour avoir exercé le droit à la liberté des médias; invite les autorités djiboutiennes à réformer la législation relative à l’état d’urgence afin de la mettre pleinement en conformité avec le droit international;

7.   condamne l’absence d’une presse indépendante à Djibouti ainsi que la surveillance et la censure de sites internet critiques envers le gouvernement; déplore la pratique de l’autocensure pratiquée par les médias étatiques; invite le gouvernement de Djibouti à accorder des licences de radiodiffusion FM à tout organisme de médias indépendants qui en fait la demande; invite le gouvernement à accorder aux journalistes étrangers un accès libre au pays pour leur permettre d’exercer leur métier en toute sécurité et de manière objective; invite le gouvernement de Djibouti à mettre en place la commission de communication nationale et à autoriser la radiodiffusion privée et indépendante;

8.   déplore les assassinats perpétrés lors de la cérémonie culturelle du 21 décembre 2015 et, partant, les détentions et les actes de harcèlement des défenseurs des droits de l’homme et des membres de l’opposition; exprime ses condoléances aux familles des victimes et exige une enquête complète et indépendante en vue d’identifier et de traduire en justice les responsables; réitère sa condamnation de la détention arbitraire et appelle au respect des droits de la défense;

9.   demande aux autorités djiboutiennes de veiller au respect des droits de l’homme reconnus par les textes nationaux et internationaux, auxquels Djibouti a souscrit, et de garantir les droits et les libertés civils et politiques, y compris le droit de manifester pacifiquement et la liberté de la presse;

10. invite instamment le gouvernement à continuer d’assurer la formation des policiers et autres agents aux fins de l’application de la loi relative à la prévention de la traite des êtres humains, à intensifier ses efforts pour traduire les trafiquants d’êtres humains en justice et à mener des actions de sensibilisation à la question de la traite des êtres humains destinées aux autorités judiciaires, législatives et administratives, à la société civile et aux organisations non gouvernementales qui opèrent dans le pays, ainsi qu’aux citoyens;

11. exige que les hommes et les femmes soient traités de manière égale devant la loi à Djibouti et rappelle aux autorités qu’elles sont partie à la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes;

12. se félicite des interventions du gouvernement de Djibouti face à la pratique généralisée des mutilations génitales féminines, mais souhaiterait que davantage de progrès soient accomplis;

13. invite les autorités à accorder aux ONG un accès aux régions d’Obock, de Tadjourah et de Dikhil;

14. demande aux autorités civiles et militaires de faire preuve de la plus grande retenue lors des opérations policières et militaires dans le nord du pays et, en particulier, de ne pas recourir à un quelconque type de violence contre les populations civiles, et de ne pas utiliser ces populations comme boucliers autour des camps militaires;

15. se déclare prêt à suivre attentivement l’évolution de la situation à Djibouti et à proposer des mesures restrictives éventuelles en cas de non-respect de l’accord de Cotonou (2000), et en particulier de ses articles 8 et 9; demande, à ce titre, à la Commission de suivre également de près la situation;

16. invite instamment le Service européen pour l’action extérieure, la Commission, ainsi que leurs partenaires, à œuvrer avec les Djiboutiens sur des réformes politiques à long terme, ce qui devrait être notamment facilité par la relation étroite qui existe déjà, compte tenu du fait que Djibouti est un élément essentiel de la lutte contre le terrorisme et la piraterie dans la région, que le pays accueille en outre une base militaire et qu’il contribue à la stabilité dans la région;

17. invite la Commission à fournir une aide supplémentaire aux organisations indépendantes et à la société civile, notamment par la publication d’un appel d’offres dès que possible dans le cadre de l’instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme;

18. charge son Président de transmettre la présente résolution au gouvernement djiboutien, aux institutions de l’Union africaine, à l’Autorité intergouvernementale pour le développement, à la Ligue arabe, à l’Organisation de la coopération islamique, à la vice-présidente de la Commission et haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aux États membres de l’Union ainsi qu’aux coprésidents de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE.

05/05/2016 (Brève 781) LDDH / Communiqué / LDDH : Comparution en appel de sept personnalités (deux politiques et cinq responsables de la société civile relaxés en première instance) suite à une décision du parquet d’interjetr appel

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Ligue Djiboutienne des Droits Humains

Djibouti, le 5 Mai 2016

COMMUNIQUE DE PRESSE

Selon les informations recueillies par le LDDH les 7 personnes (les deux politiques et les cinq responsables de la société civile) ont comparu devant la Chambre d’Accusation de Djibouti, le 5 Mai 2016,car le Parquet Général avait interjeté l’appel de la décision de non lieu dont ils avaient bénéficiée.

Comme il est d’usage à Djibouti la Cour a reporté cette affaire pour le jeudi 12 Mai 2016 et cela pourrait se prolonger indéfiniment.

Sachant qu’Abdourahman Mohamed Guelleh est malade et que son état sanitaire nécessite une évacuation à l’étranger dans une structure adaptée.

Et les reports répétitifs pourraient donc avoir des répercussions néfastes sur la santé de Monsieur Abdourahman.

Il en est de même pour le Docteur Hamoud Abdi Soultan qui porte encore une balle logée dans son avant bras gauche depuis le 21 décembre 2015.

Monsieur Hamoud compte se faire soigner à l’étranger mais il est frappé de la même mesure d’interdiction de quitter le pays comme son ami TX.

Arrêtés et incarcérés arbitrairement
puis contraints de signer chaque semaine leur présence dans le pays au tribunal ; tous les sept avaient obtenu un NON LIEU du juge d’instruction en charge du dossier mais de nouveau ils sont dans le collimateur du Parquet et l’acharnement a repris à leur rencontre sans aucune explication depuis qu’Abdourahman Mohamed Guelleh a voulu se rendre à

l’étranger pour des raisons de santé.

La LDDH s’inquiète que des mesures intempestives de la justice Djiboutienne aient des graves répercussions sur la santé des deux responsables politiques de l’opposition.


Enfin, la LDDH demande aux autorités en place à Djibouti de permettre aux personnes malades le droit de se rendre à l’étranger pour des raisons médicales.

Pour la LDDH
Le Président
OMAR ALI EWADO

05/05/2016 (Brève 779) Communiqué du Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique / Congo-Brazzaville, Djibouti, Tchad : le cercle vicieux des processus électoraux sans démocratie (Signé pour Djibouti par l’ARDHD, l’USN et le MRD)

Lien avec l’article original :: https://electionsafrique.wordpress.com/2016/05/04/
congo-brazzaville-djibouti-
tchad-le-cercle-vicieux-des-processus-
electoraux-sans-democratie/

Lire le communiqué en intégralité en PDF : http://www.ardhd.org/collectif/r0505_communiqué_elections..pdf

Les chefs d’Etat tchadien, Idriss Deby Itno, au pouvoir depuis 26 ans, congolais, Denis Sassou Nguesso, au pouvoir depuis 32 ans[1], djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, au pouvoir depuis 17 ans, avec sa famille depuis 39 ans, ont été « réélus », « sans surprise », au premier tour, selon les versions officielles. Vingt-six ans après la fin de la guerre froide et l’introduction du multipartisme, il reste convenu de faire comme si l’organisation d’élections était un critère suffisant de démocratie en se contentant d’émettre quelques réserves[2].

Ces trois chefs d’Etat n’ont pas été « réélus », et ils n’avaient d’ailleurs jamais été « élus » véritablement. Les régimes issus des partis uniques des années 80 se sont maintenus. En 2016 encore, les processus électoraux ont été détournés, comme les précédents. Le traitement de l’information au niveau international semble aussi « sans surprise », faute de considération pour les processus électoraux d’un point de vue technique. Les élections en dictature en Afrique sont toujours présentées selon la version de la communication officielle des Etats, en introduisant une seconde version apparemment dialectique mais reléguée au second rang, comme si en Afrique, la réalité du vote des électeurs, n’existait pas[3].

La nature du régime détermine la crédibilité du processus électoral[4] . Mascarades électorales et dictature sont liées, comme processus électoraux corrects et démocratie sont liés. Il ne s’observe pas de présidentielles correctes en ‘dictature’, sans une ‘transition vers la démocratie’ préalable. Deux exceptions en 25 ans en Afrique, deux cas d’alternances acceptées par des ‘dictateurs’, le 7 décembre 2000 au Ghana, et, le 27 décembre 2002 au Kenya, le confirment. L’absence de processus électoraux corrects, entre autres, définit la dictature : si une élection correcte était organisée, le régime tomberait, sans pouvoir survivre à une alternance. La qualité des processus électoraux dépend beaucoup plus de la nature des régimes, que des données observables sur ces processus électoraux, mais, l’essentiel de ces processus électoraux se joue aussi en amont des scrutins en fonction du contexte. L’inversion finale du résultat d’une élection est la conséquence de l’ensemble d’un processus détourné.

Bien que la nature du régime, si elle est non-démocratique, ne permette pas en pratique d’atteindre une qualité de processus électoraux suffisante pour générer des alternances, la qualité partielle des processus électoraux détermine la suite d’un processus de démocratisation et l’évolution d’un équilibre de l’Etat de droit. Par exemple, la manière d’inverser le résultat de présidentielle, peut déterminer en partie le déroulement de législatives et un futur équilibre entre partis d’opposition. Un progrès dans la qualité des processus électoraux reste essentiel même en l’absence d’alternance. A ce niveau, les trois présidentielles affichent plus de régression que de progrès.

La qualité d’un processus électoral dépend de la nature du régime, d’un historique, du contexte et se juge en fonction de sa réalisation pratique, selon des étapes. Le 24 avril 2016, a eu aussi lieu en Guinée Équatoriale, un autre scrutin dans un contexte non-démocratique et ce scrutin a été boycotté par toutes les oppositions réelles, au contraire du boycott partiel qui a eu lieu à Djibouti. Le processus électoral équato-guinéen est en dessous de toute norme démocratique et ne donne pas lieu à interprétation sur une quelconque crédibilité[5] . Les processus électoraux congolais, djiboutiens et tchadiens font, eux, l’objet d’une prise en compte dialectique.

Ces trois processus électoraux comportent des irrégularités qui participent à la modification de résultat final. Ils comportent un point commun principal, le trucage des résultats du premier tour, pour placer le président sortant au-dessus de 50%. Les présidents habitués des élections fraudés ne supportent pas les seconds tours qui risqueraient de les mettre face au regard des media et diplomates internationaux et face à la possibilité d’une normalisation du processus électoral[6] .

En République du Congo, quatre jours après le scrutin du 20 mars, la nuit, le ministère de l’intérieur a indiqué un chiffre, 60,39%, qui n’était pas basé sur un comptage vérifiable. Internet a été coupé et tout a été fait pour empêcher l’opposition de rassembler les chiffres basés sur les Procès verbaux, ce que la Coordination des Plateformes IDF et FROCAD a pu faire uniquement avec 80% des procès verbaux le 2 avril, indiquant un résultat où Denis Sassou Nguesso est éliminé au premier tour[7] . Le 4 avril, la Cour constitutionnelle a donné un chiffre 60,19% sans preuve supplémentaire. En réalité, un résultat inversé a été imposé militairement, comme le résultat du référendum d’octobre 2015.

Au Tchad, après le premier tout le 10 avril, le 22 avril, la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) a annoncé un score de 61,56% au premier tour pour Idriss Déby confirmé à 59,92% le 4 mai par la Conseil constitutionnel. Selon les candidats de l’opposition, un maximum de fraudes se sont déroulées dans les régions du Nord: «disparition (puis bourrage) de centaines d’urnes et de milliers de procès-verbaux (puis trucage), … trafic de cartes d’électeurs »[8] qui s’ajoutent aux défauts du fichier électoral contenant mineurs et étrangers[9] . Dans les régions du Nord[10] , les délégués de l’opposition ont été chassés par les militaires et le MPS. Les scores y ont été montés entre 92 et 95% malgré l’évidence de la défaite d’Idriss Déby dans certaines villes et régions. Au Sud, la population et les partis ont, en partie, réussi à empêcher les fraudes.

Le 29 avril, 5 candidats d’opposition parmi les principaux[11] ont annoncé des résultats nationaux à partir des Procès verbaux dans 9 régions[12]  : « Saleh Kebzabo (UNDR) : 33,15%, Laoukein Kourayo Mbaiherem (CTPD) : 25,82 %, Mahamat Ahmad Alhabo (PLD) : 14,89%, Idriss Deby Itno du MPS : 10,10 % », en précisant que si Idriss Déby avait 100% dans les 13 régions du Nord, alors en fonction des Procès verbaux au Sud, son score ne serait au maximum que de 42,12%[13] . Malgré de légers progrès dans le processus électoral, au niveau du fichier électoral, le processus électoral reste hors des normes démocratiques. Les cinq candidats ont en vain demandé l’annulation du vote au Conseil constitutionnel.
___________________________________ DJIBOUTI
A Djibouti, le processus électoral avait été en amont presque détruit avec la mise à mort de l’Accord cadre dans l’attaque violente de l’opposition le 21 décembre 2016[14] . La coalition Union pour le Salut National (USN) empêchée de participer sous sa forme solidifiée lors des législatives de 2013 s’est divisée entre partisans du boycott et partisans d’une participation. Les législatives au niveau des Procès verbaux avaient indiqué un faible électorat du président Guelleh. Le premier résultat de 86,68% puis le résultat indiqué par la Cour constitutionnelle de 87,07% pour le président sortant correspond à des Procès Verbaux falsifiés lors de dépouillement sans témoin d’opposition[15] .

Des procès verbaux ont été montrés à la télévision sans les signatures. Pour 42 bureaux de votes sur les 307 dont les Procès verbaux ont été publiés sur le site de la Radiodiffusion Télévision de Djibouti (RTD)[16] , il apparait 100 % de taux de participation, 100% de suffrages exprimés et 100 % de votes pour Ismail Omar Guelleh. La compilation de faux résultats n’a pas de valeur et rien ne garantit qu’Ismail Omar Guelleh ait obtenu 50% au premier tour. Pour l’essentiel, le processus électoral a été totalement en dehors des normes, très marqué par la répression de l’opposition, et n’a aucune valeur démocratique.

La Mission d’observation de l’Union africaine a « salué la République de Djibouti pour la bonne tenue de ce scrutin qu’elle juge inclusif, libre et suffisamment transparent pour être considéré comme le reflet crédible de la volonté du peuple djiboutien »[17] , affichant une nouvelle fois une complicité avec les mascarades électorales des dictatures. Les recommandations intéressantes en théorie et qui ne seront a priori pas suivies d’effets, renvoient vers un cercle vicieux. En outre, les réactions internationales timides, dont celles de l’Union européenne[18] , ont rappelé la priorité mise sur l’utilisation du pays comme un lieu pour des bases militaires. Au Tchad, la mission d’observation de l’Ua a publié le 12 avril un rapport préliminaire aux conclusions plus nuancées alors que les résultats n’étaient pas encore annoncés[19] .
____________________________________________
Le processus de démocratisation du continent africain, démarré en 1990, est globalement bloqué depuis 2005[20] . Suite aux derniers scrutins, l’année 2016, avec 15 présidentielles et 13 législatives en Afrique[21] est mal engagée et pourrait n’apporter aucun progrès dans ce processus. En 2016, huit élections de présidents sur 16[22] s’organisent en dehors des règles du jeu démocratique. L’année 2016 renvoie à l’année 2011 qui a compté 30 présidentielles et législatives. La qualité des processus électoraux n’a pas progressé de manière visible depuis cette date, malgré les efforts des démocrates[23]  : en 5 ans, les présidents inamovibles en place depuis la guerre froide ont progressé dans leur maîtrise d’une démocratie factice. Sans scrupules dans l’utilisation de la force, ils gardent une marge de manœuvre pour manipuler les processus électoraux.

Personne n’est dupe, ni les populations, ni les observateurs qui dépendent des accords des chefs d’Etat pour proposer leurs services. Les missions d’observations internationales techniques qui essayent de réformer les processus électoraux en dictature bloquent sur le refus de démocratiser des dirigeants. La concomitance des 4 scrutins met également en exergue un échec de la politique européenne dans le soutien de la démocratisation des pays africains associé à l’utilisation de l’aide européenne[24] . Le soutien réel de la démocratie en Afrique nécessiterait une action politique beaucoup plus ferme autour de la technique des processus électoraux. A plus long terme, le devenir de la relation entre l’Europe et l’Afrique en dépend.
Collectif de Solidarité avec les Luttes Sociales et Politiques en Afrique,
Paris, 4 mai 2016

13 signataires
 : Forces vives tchadiennes en exil, Rassemblement National Républicain (RNR), Union pour le Salut National (USN), Mouvement pour le Renouveau Démocratique (MRD, Djibouti), Association pour le Respect des Droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD), Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD, Congo Brazzaville), Mouvement pour la Restauration Démocratique en Guinée Equatoriale (MRD), Alliance Nationale pour le Changement Ile-de-France (ANC-IDF, Togo), Union des Populations du Cameroun (UPC), Réagir (Gabon), Afriques en lutte, Parti de Gauche, Europe Ecologie les Verts (EELV).

[1] Et depuis 1979, 32 ans en tenons compte de l’alternance entre 1992 et 1997 avant la guerre de reconquête du pouvoir par Sassou.

[2] Voir aussi Barack Obama devant l’Ua le 27.7.15 : «  La démocratie n’est pas seulement la tenue d’élections », http://www.jeuneafrique.com/251355/politique/barack-obama-
ethiopie-points-cles-de-discours-historique-siege-de-lunion-africaine/

[3] Les journalistes, en particulier français, donnent souvent l’impression d’être influencés par les positions de leur gouvernement. En France, l’AFP et RFI étatiques jouent un grand rôle dans le traitement de l’information électorale en Afrique.

[4] 30.3.16, Régis Marzin, https://regardexcentrique.wordpress.com/2016/03/30
/apres-26-ans-de-democratisation-dictature-et-democratie-bientot-a-lequilibre-en-afrique/

[5] Le résultat de 93,7% en 2016 ressemble aux précédents 1996 : 97.85%, 2002 : 97.06%, 2009 : 95,76%, https://electionsafrique.wordpress.com/2016/04/20/guinee-equatoriale-lettre-ouverte-
a-ue-et-aux-gouvernements-francais-espagnol-et-americain/

[6] En 2011, en RDC, Joseph Kabila a été accusé d’avoir corrompu les députés pour passer la présidentielle à un tour.

[7] Guy Brice Parfait Kolélas 30,1% et Jean Marie Michel Mokoko 28,6%, https://www.facebook.com/CharlesZBowao/photos/pcb.1608390336153458/
1608390179486807/?type=3&theater

[8] http://www.liberation.fr/planete/2016/04/22/tchad-idriss-deby-reelu-pour-un-5e-mandat-
sans-surprise_1447858
, Communiqué PLD 27.4.16 : http://www.makaila.fr/2016/04/tchad
-le-pld-appelle-a-la-resistance-toute-forme-d-oppression.html

[9] https://electionsafrique.wordpress.com/2016/04/04/tchad-aporie-
geopolitique-et-silence-international-avant-la-presidentielle/

[10] sauf dans la région du Ouaddaï qui a voté massivement PLD mais ou le score de la CENI de Déby est pourtant donné à 92%.

[11] 5 parmi les 6 candidats unis après la présidentielle : Laoukein Kourayo Médard, Joseph Djimrangar Dadnadji, Gali Ngothé Gatta, Saleh Kebzabo, Mahamat Ahmat Alhabo et Brice Mbaïmon Guedmbaye

[12] http://www.tchadactuel.com/?p=13933, http://www.makaila.fr/2016/04/
idriss-deby-a-perdu-au-tchad-voici-les-vrais-resultats-electoraux-donnes-
par-les-candidats.html

[13] 35,62% + 10,1%(1-0,3562) = 42,12% où 35,62% est le pourcentage d’électorat du Nord et 10,1% le pourcentage de votes de Déby au Sud, le communiqué des 5 candidats indique lui 45,72%.

[14] https://electionsafrique.wordpress.com/2016/04/04/djibouti-terreur-
electorale-a-lombre-des-bases-militaires-et-dans-lindifference-internationale/

[15] Rapport LDDH 13.4.16 : http://www.ardhd.org/info.asp#article_16587, et rapport UA, http://au.int/en/sites/default/files/newsevents/reports/27519-rp-conclusions_preliminaires_de_la_moeua_en_republique_de_djibouti.pdf

[16] La page web a ensuite été supprimée du site de la RTD, de même que la page de la première annonce du Ministre de l’intérieur.

http://au.int/en/sites
/default/files/newsevents/
reports/27519-rp-conclusions_preliminaires_de_la_moeua_en_republique_de_djibouti.pdf

[18] 12 avril, http://eeas.europa.eu/statements-eeas/2016/160412_02_en.htm

[19] « Dans l’ensemble, l’élection présidentielle a donné l’occasion aux citoyens de choisir librement leurs dirigeants. … Elle (l’élection) constitue une étape importante du processus de normalisation de la vie politique tchadienne. Dans cette phase cruciale du processus de remontée et de centralisation des résultats, la Mission exhorte la CENI à faire preuve d’encore plus de professionnalisme et de transparence, afin que les résultats provisoires qui seront rendus publics soient effectivement l’expression de la volonté des Tchadiennes et des Tchadiens. … La Mission invite les candidats à respecter le verdict des urnes et à utiliser les voies légales en cas de contestation éventuelle des résultats. » http://www.au.int/en/sites/default/files/pressreleases/28815-pr-moeua_en_republique_du_tchad_declaration_preliminaire_-_avril_2016.pdf

[20] 30.3.16, Régis Marzin, https://regardexcentrique.wordpress.com/2016/03/30/
apres-26-ans-de-democratisation-dictature-et-democratie-bientot-a-lequilibre-en-afrique/

[21] Avec 2 présidents élus par un parlement, Synthèse agenda des élections en Afrique 54 pays 2015-2016 : https://regardexcentrique.files.wordpress.com/2012/08/
151203syntheseagendalectionsafrique2015-
2016limitationnombremandats.pdf

[22] 15 présidentielles et une élection par un parlement,

[23] Régis Marzin, 30.3.16, 6.3.3, Prévision de la qualité des processus électoraux en 2016, https://regardexcentrique.wordpress.com/2016/03/30/apres-26-ans-de-
democratisation-dictature-et-democratie-bientot-a-lequilibre-en-afrique/

[24] 9 propositions à l’Ue pour soutenir la démocratisation en Afrique, https://electionsafrique.wordpress.com/2015/02/24/19/

[25] http://www.liberation.fr/planete/2016/04/22/tchad-idriss-deby-reelu-pour-un-5e-mandat-sans-surprise_1447858

[26] http://www.rfi.fr/afrique/20160422-tchad-opposition-conteste-resultats-
idriss-deby-itno-president-nord-politique

http://www.rfi.fr/afrique/20160423-
tchad-internet-telephonie-mobile-perturbes
-reseaux-sociaux

27/04/2016 (Brève 770) Blog de Mediapart. C’est reparti pour 5 années de désespoir (FreeDjib)

Lien avec l’article : https://blogs.mediapart.fr/freedjib/blog/260416/djibouti-guelleh-remporte-la-presidentielle-cest-reparti-pour-5-ans-de-desespoir?utm_source=twitter&utm_medium=social&utm_campaign=Sharing&xtor=CS3-67

Djibouti : Guelleh remporte la présidentielle, c’est reparti pour 5 ans de désespoir.

En remportant une présidentielle à laquelle il avait pourtant promis de ne pas se présenter, IOG maintient son pays dans un état de peur et de torpeur qui, sauf sursaut de l’histoire, devrait durer 5 années de plus.

Ismaël Omar Guelleh a été largement réélu à la tête de la République de Djibouti dès le premier tour de la présidentielle. Ce vote, boycotté par une partie de l’USN, et jugé peu crédible par les observateurs, reconduit un des dirigeants les plus autoritaires d’Afrique. Si les derniers évènements semblent être en train de fragiliser le soutien occidental, il peut compter sur la Chine, nouveau soutien majeur de son régime, pour poursuivre sa politique féroce. 

« Il n’y aura rien de nouveau puisque le dictateur va gagner », mettait en garde l’écrivain et professeur franco-djiboutien Abdourahman Ali Waberi, à la veille de l’élection. « Mais tout peut changer si une colère monte de la base, du peuple. L’histoire est toujours en mouvement. » Ce pessimisme quant au vote était largement partagé au sein de la société civile, et personne ne se faisait d’illusion. Les partis d’opposition historiques ont même, pour certains, appelé au boycott d’un scrutin qu’ils qualifient de simulacre électoral. Pour eux, les« conditions minimales de transparence ne sont pas garanties » et l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), parti au pouvoir, imposerait de graves « restrictions à la liberté de réunion et d’expression. » Et l’histoire leur a donné raison. Ismaël Omar Guelleh, que l’on surnomme « IOG », a été réélu dès le premier tour pour un quatrième mandat avec 86,68% des voix. Le premier candidat de l’opposition, Omar Elmi Khaireh (USN) arrive loin derrière avec 7,3% – un résultat à des lieues des mouvements populaires d’opposition qui ont enflammé le pays l’année dernière.

Les signes avant-coureurs s’étaient multipliés. Après une victoire peu crédible de l’UMP aux élections législatives, Djibouti a connu une vague de vives protestations, qui ont mené à une crise politique. Afin d’apaiser les esprits, le gouvernement et l’USN ont ratifié en 2014 un accord-cadre pour la création d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Celle-ci n’a néanmoins toujours pas été mise sur pied. Daher Ahmed Farah, le porte-parole de l’USN, dénonce ce qu’il considère être « une mascarade », alors que les analystes ont condamné des manœuvres politiciennes. Pour arracher cet accord, l’opposition avait dû accepter de n’avoir que 10 députés, au lieu des 52 auxquels elle estimait avoir droit. Difficile après ça de s’attendre à une conduite exemplaire du régime. Et les craintes ont été largement confirmées. L’ancien Premier ministre du Mali Soumana Sako encadrait l’activité des observateurs de l’Union africaine, qui ont pu visiter 124 des 456 bureaux de vote. Au sein des bureaux contrôlés, il a noté un certain nombre d’irrégularités.

Dans un quart des bureaux visités, « le procès-verbal (de dépouillement) n’a pas toujours été rédigé, ni signé par les membres du bureau de vote et les délégués des partis », soulignait M. Sako quelques jours après la tenue du scrutin. De plus, « les procès-verbaux n’ont pas été affichés publiquement sur la porte du bureau. » La mission d’observation a également déploré que la vérification de l’index des électeurs, trempé dans une encre indélébile pour s’assurer que personne ne puisse voter plusieurs fois, avait été loin d’être systématique. De même, les urnes n’ont souvent pas été dûment scellées et des assesseurs ont été vus arborant des tee-shirts à l’effigie du président Guelleh à l’intérieur des bureaux de vote. Enfin, les observateurs de l’UA ont constaté l’absence des délégués de candidats de l’opposition dans certains bureaux de vote. Ainsi, sans grande surprise, M. Guelleh, 68 ans, est donc réélu pour un nouveau mandat de cinq. Cette victoire perpétue une tradition de longue date : l’ancienne colonie n’a connu que deux présidents depuis son indépendance en 1977. 

L’exaspération de l’opposition au lendemain de ce simulacre démocratique est d’autant plus compréhensible qu’IOG avait annoncé qu’il se retirerait de façon répétée, et ce jusqu’au lancement de sa campagne. Ainsi le site d’information Jeune Afrique titrait en 2011 : « En 2016, je m’en irai, cette fois je peux le jurer. » En 2014, « Encore deux ans et je m’en irai, mission accomplie. » Et finalement, en mars 2016, « Les Djiboutiens m’ont interdit de partir. » Et pendant ce temps, le pays sombre un peu plus dans la corruption et la pauvreté. Le taux de chômage avoisine les 60%, et 79,4% des Djiboutiens vivent en-dessous du seuil de pauvreté. Pour ne rien arranger, ancien auxiliaire de la police coloniale française, Ismaïl Omar Guelleh s’est illustré par la violence de sa répression de toute opposition dans son pays. « Aller à l’élection c’est comme aller à l’abattoir », s’indignait Mohamed Daoud Chehem, candidat indépendant.

Le dernier fait marquant remonte au 21 décembre, lorsque l’armée réprime violemment une cérémonie religieuse traditionnelle, en périphérie de la capitale, dans le bidonville de Balbala. L’intervention de l’armée fait 27 morts, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), mais le bilan officiel est de sept morts. Pour avoir publié la liste des victimes de Balbala, le fondateur de la LDDH, Omar Ali Ewado, est arrêté et condamné à trois mois de prison ferme. Le 31 décembre, le Parlement proclame l’état d’urgence, et deux députés de l’opposition sont exclus de l’Assemblée. Pourtant, la communauté internationale détourne les yeux – au mieux, elle condamne mollement les abus, sans prendre de mesure. Cela est dû au fait que la payse accueillie des bases étrangères sur son territoire – notamment française et américaine. Selon Dimitri Verdonck, président de l’Association culture et progrès, partenaire de la FIDH : « [les pays présents à Djibouti] préféraient que le minimum qu’on demande au président soit respecté : la liberté d’expression, au moins un média indépendant, tout cela n’existe pas à Djibouti. IOG ne remplit pas sa part du contrat. Mais en même temps, ils ont besoin de Djibouti pour ce que représente ce pays dans la lutte contre la piraterie ou le terrorisme. »

Un nouvel acteur qui a également changé la donne est la Chine. A l’heure où les abus de Guelleh deviennent si flagrants qu’ils sont difficilement tolérables pour les puissances occidentales, son régime s’est fait un nouvel allié. Pékin et Djibouti avancent dans la construction d’une base militaire chinoise, dont l’ouverture est prévue pour 2017. Officiellement, cette base doit servir aux opérations anti-piraterie menées par la Chine dans le golfe d’Aden. Mais elle sert aussi les intérêts économiques de Pékin en lui donnant accès à une position stratégique unique en Afrique. Progressivement, la Chine s’installe donc à Djibouti, rejoignant les Français, les Américains et les Japonais. De fait, un million de Chinois vivent en Afrique et Pékin se doit de protéger ses ressortissants et ses investissements. 

Les preuves de ce rapprochement se multiplient : le gouvernement chinois a investi 185 millions de dollars en avoirs dans le port de Djibouti. La China Civil and Engineering Construction Corporation (CCECC) a elle contribué à hauteur de 420 millions à sa construction. La Chine assure également la construction de la ligne de chemin de fer liant la capitale à l’Ethiopie voisine. En outre, le pays s’est engagé à payer 20 millions par an pour la décennie à venir en droit d’utilisation du sol djiboutien pour sa nouvelle base. Ces investissements fleuves interviennent alors que nombre de sociétés européennes ont choisi de mettre un terme à leur activité dans un pays où la pression politique a considérablement augmenté ces dernières années. Mais, renforcé par le soutien de Pékin, IOG peut continuer de fouler aux pieds les principes démocratiques.