15/10/2017 (Brève 1085) Un nouveau rapport accablant qui dénonce les pratiques illégales de l’administration Guelleh contre l’opposition et les Défenseurs des D.H. présenté à l’ONU, Groupe de Travail de l’EPU. Il est rédigé et soumis par des ONG qui sont incontestables.

Lien pour télécharger le rapport : https://www.defenddefenders.org/wp-content/uploads/2017/10/Djibouti-UPR_FR-2017.pdf

Ce rapport a été soumis le 5 octobre 2017 par DEFENDTHEDEFENDERS, CIVICUS et la FIDH à la 30ème session du Groupe de Travail de l’EPU sous le titre

Djibouti – Rapport conjoint sur l’Examen Périodique Universel de l’ONU

Ce rapport rappelle de façon quasi-exhaustive toutes les violations des Droits de l’homme commises à Djibouti, le harcèlement systèmatique de l’opposition, les incarcérations arbitraires des membres de l’opposition et des Défenseurs des Droits de l’Homme, les tortures et les morts inexpliquées survenues à Gabode ou dans des locaux de la Police, de la Gendarmerie ou des unités spécialisées au service du Pouvoir.

Ce rapport rappelle les recommandations qui avaient été faites et qui n’ont jamais été suivies d’effet.

Il termine par une série de nouvelles recommandations, qui, en fonction du passé, ont probablement peu de chances, d’être mis en oeuvre par ce régime dictatorial qui pense toujours que tout est permis et qu’il est assuré de l’impunité. Mais pour combien de temps ? Car les preuves à son encontre s’accumulent et pourraient être confiées à la Justice internationale.

30/12/2015 (Brève 588) RFI : Djibouti: la FIDH dénonce l’arrestation d’Ali Omar Ewado

Par RFI Publié le 30-12-2015 Modifié le 30-12-2015 à 12:09

A Djibouti, on a appris l’interpellation de Ali Omar Ewado, défenseur des droits de l’homme près de l’hôpital militaire français Bouffard, où il était venu rencontrer un jeune député de l’opposition hospitalisé.

Omar Ali Ewado est militant de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH). Il venait de publier une liste des victimes des violences survenues à Balbala, le 21 décembre dernier, et s’était exprimé à ce sujet sur les antennes de RFI, ce week-end.

24/01/2014 (Bréve 352) FIDH – Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme – Communiqué de presse

Djibouti : la FIDH exige la libération de Me Zakaria Abdillahi de la LDD

Djibouti, Paris, Nairobi, le 24 janvier 2014 – La FIDH s’insurge contre l’arrestation, le 23 janvier 2014 de Me Zakaria Abdillahi, président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH), son organisation membre à Djibouti. Notre organisation exige sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi que celle des personnes arrêtées avec lui. Me Zakaria Abdillahi défend en tant qu’avocat et président de la LDDH de nombreux militants politiques.

« Les autorités djiboutiennes doivent libérer immédiatement et sans condition Me Zakaria Abdillahi dont la seule faute est de défendre inlassablement les dizaines d’opposants et de journalistes arrêtés et emprisonnés à longueur de temps à Djibouti » a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH. « En emprisonnant Me Zakaria Abdillahi les autorités djiboutiennes veulent neutraliser un des seuls avocats et défenseurs indépendants à Djibouti » a-t-il ajouté.

Le 23 janvier 2014 vers 16h, Me Abdillahi a été arrêté par des gendarmes à Ali-Sabieh, au sud-est de Djibouti en compagnie de deux de ses amis français, son chauffeur djiboutien Djibril ainsi que MM. Mahdi Ali Waberi et Ibrahim Dirir Farah, deux élus de l’Union pour le salut nationale (USN) de la région d’Ali-Sabieh auxquels ils étaient en train de rendre visite. Si les deux élus ont été libérés le même jour, Me Abdillahi, ses deux amis et son chauffeur ont été transférés dans la soirée à la capitale Djibouti-ville et restent détenus à la Section de recherches et de documentation (SRD) de la gendarmerie, sans accès à leurs familles, ni à un médecin ou un avocat.

Le 24 janvier 2014, Me Zakaria Abdillahi a entamé une grève de la faim afin de protester contre sa détention arbitraire.

Me Zakaria Abdillahi, est avocat et président de la Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH). Il est l’avocat de nombreux membres de l’opposition djiboutienne, de journalistes et défenseurs des droits humains victimes d’actes de harcèlement et de répression de la part des autorités. Depuis plusieurs semaines et en lien avec ses activités de défense des droits humains, Me Abdillahi recevait des menaces de mort et subissait des pressions. Le 16 janvier 2014, il témoignait que « tous les jours je me rends dans les lieux de détention et au tribunal pour tenter d’assister légalement les détenus d’opinion arrêtés, mais on ne me laisse jamais avoir accès aux gardés à vue en violation flagrante de l’article 10 de la Constitution qui garantit l’assistance d’un avocat ».

Cette arrestation, condamnée par l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits l’Homme, intervient dans un climat d’intensification de la répression policière et judiciaire à l’encontre des partis politiques d’opposition, des journalistes indépendants et des défenseurs des droits de l’Homme, qu’a aussi condamné le 22 janvier 2014, Mme Reine Alapini Gansou, la Rapporteur spéciale pour les défenseurs des droits de l’Homme de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) de l’Union africaine.

Rappel des faits

Depuis le début du mois de décembre 2013, des dizaines de dirigeants et militants de l’opposition ont été arrêtés et certains condamnés. Fréquemment, les gardes à vues de militants arrêtés se prolongent au-delà de la durée légale parfois jusqu’à 11 ou 17 jours comme ce fut le cas pour Oumar Waberi et Mohamed Gadito Chehem. Si ces derniers ont été finalement relaxés grâce à leur avocat de nombreux autres demeurent en détention pour avoir affirmé leurs opinion et n’ayant pas pu être assisté de leur conseil.

Des actes de tortures, de traitement dégradant et inhumains sont régulièrement signalés dans les lieux de détention à Djibouti et plusieurs militants sont morts en détention à Djibouti ces dernières années, dont le dernier en date, Mohamed Elmi Rayale, militant de l’USN décédé à la prison de Gabode le 29 août 2013. Fin février 2013, la contestation du déroulement des élections législatives avaient donné lieu à d’importantes manifestations de l’opposition violemment réprimées.

Depuis lors, les arrestations et les procès se succèdent à Djibouti contre les opposants.  En septembre 2013, la LDDH et la FIDH par la voix du président de la LDDH, Me Zakaria Abdillahi, avaient interpellé le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies sur la situation dramatique des droits humains, et en particulier des libertés politiques, publiques, syndicales ainsi que la persistance de la pratique de la torture à Djibouti.

Contacts presse: presse@fidh.org
Arthur Manet (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 72 28 42 94 (à Paris)
Audrey Couprie (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 48 05 91 57 (à Paris)

16/01/2014 (Bréve 350) FIDH / LDDH Djibouti : la répression s’intensifie

La brève arrestation ce jour de nombreux leaders et militants de la principale coalition de l’opposition, l’Union pour le salut national (USN) et des altercations qui en auraient découlé témoignent de l’intensification de la campagne de répression menée par le régime en place à l’encontre de toute voix contestataire à Djibouti que nos organisations condamnent.

«  Le régime condamne, emprisonne et harcèle les opposants politiques, les journalistes indépendants et les défenseurs des droits humains dans des proportions inquiétantes »
 a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH. 

Le 16 janvier 2014, une dizaine de dirigeants de l’USN et un nombre indéterminé de militants qui célébraient le 1er anniversaire de la création de cette coalition d’opposition ont été brièvement arrêtés et placés en détention au centre de rétention de Nagad où des échauffourées auraient éclatés entre les détenus et la police faisant plusieurs blessés. A la suite de ces arrestations, le siège de l’USN situé au Q4 aurait été attaqué et vandalisé par des personnes non identifiées. 

Ces faits interviennent dans un climat d’intensification de la répression policière et judiciaire à l’encontre des partis politiques d’opposition, des journalistes indépendants et des défenseurs des droits de l’Homme. Depuis le début du mois de décembre 2013 des dizaines de dirigeants et militants de l’opposition ont été arrêtés et certains ont été condamnés. Fréquemment, les gardes à vues de militants arrêtés se prolongent au-delà de la durée légale parfois jusqu’à 11 ou 17 jours comme ce fut le cas pour Oumar Waberi et Mohamed Gadito Chehem. Si ces derniers ont été finalement relaxés grâce à leur avocat de nombreux autres demeurent en détention pour avoir affirmés leurs opinion et n’ayant pas pu être assisté de leur conseil. Des actes de tortures, de traitement dégradant et inhumains sont régulièrement signalés dans les lieux de détention à Djibouti et plusieurs militants sont morts en détention à Djibouti ces dernières années, dont le dernier en date, Mohamed Elmi Rayale, militant de l’USN décédé à la prison de Gabode le 29 août 2013. 

« Tous les jours je me rends dans les lieux de détention et au tribunal pour tenter d’assister légalement les détenus d’opinion arrêtés, mais on ne me laisse jamais avoir accès aux gardés à vue en violation flagrante de l’article 10 de la Constitution qui garantit l’assistance d’un avocat » témoigne Me Zakaria Abdillahi, président de la LDDH et un des rares avocats djiboutiens tentant d’assister légalement les opposants, journalistes ou militants des droits humains inquiétés. 

En raison de l’assistance judiciaire qu’il apporte aux militants d’opposition et en raison de ses dénonciations des abus du pouvoir, Me Zakaria Abdillahi, est harcelé, surveillé et reçoit des menaces de mort. De la même, façon toute voix contestataire est soumise à un harcèlement policier et judiciaire. 

La FIDH et la LDDH appellent les autorités djiboutiennes à mettre un terme à cette répression et à se conformer à ses obligations nationales et internationales de respect des droits humains, en particulier les droits civils et politiques. Nos organisations appellent l’Union africaine, l’Union européenne et les diplomaties influentes, notamment celles qui ont des bases militaires à Djibouti (France, USA, Japon, etc) à interpeller les autorités djiboutiennes afin qu’elles respectent les libertés fondamentales. 

Fin février 2013, la contestation du déroulement des élections législatives avaient donné lieu à d’importantes manifestations de l’opposition violemment réprimées. Depuis lors, lesarrestations et les procès se succèdent à Djibouti contre les opposants. En septembre 2013, la LDDH et la FIDH par la voix du président de la LDDH, Me Zakaria Abdillahi, avaient interpellé le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies sur la situation dramatique des droits humains, et en particulier des libertés politiques, publiques, syndicales ainsi que la persistance de la pratique de la torture à Djibouti.

18/03/2013 (Brève 123) FIDH-LDDH / Djibouti / élections législatives : Au moins 6 morts et 80% des sièges pour le régime18/03/2013 (Brève 123) FIDH-LDDH / Djibouti / élections législatives : Au moins 6 morts et 80% des sièges pour le régime

FIDH – Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme
LDDH – Ligue djiboutienne des droits humains

Communiqué de presse conjoint


Paris, Nairobi, Djibouti le 15 mars 2013 –

La FIDH et la LDDH demeurent préoccupées par la situation des droits de l’Homme dans le pays qui reste des plus alarmantes, avec un bilan qui s’élève à au moins à 6 personnes tuées dans les manifestations depuis le février 2013 et des arrestations arbitraires et massives de leaders et militants de l’opposition qui se poursuivent. Nos organisations appellent la communauté internationale à s’investir dans un règlement politique de la crise à Djibouti.

Le mercredi 13 mars 2013, le Conseil constitutionnel a confirmé les résultats provisoires des élections législatives du 22 février 2013 annoncés plus tôt, à savoir une victoire écrasante de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP – coalition des partis au pouvoir) avec plus de 80% des sièges du Parlement, l’UMP remportant 55 sièges contre 10 pour l’opposition.

L’opposition djiboutienne rassemblée au sein de l’Union pour le salut national (USN) a d’ores et déjà rejeté les résultats publiés et exprimé son intention de former un recours. Contrairement à certaines déclarations faites au lendemain des élections, il ressort d’informations recueillies par nos organisations, que ces élections ont été entachées de nombreux manquements et irrégularités, particulièrement dans certains bureaux de vote à Obock, Dikill, Tadjourah et Ali-Sabieh.

« Il est regrettable que les élections législatives du 22 février n’aient pas rempli toutes les exigences de transparence et de crédibilité alors même que pour la première fois depuis près de dix ans, les partis politiques de l’opposition avaient décidé de prendre part aux élections, laissant espérer un véritable pluralisme démocratique», a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Depuis les élections du 22 février 2013 c’est un climat politique tendu qui prévaut à Djibouti. Les élections du 22 février 2013 se sont tenues sur fond de fortes contestations populaires à l’encontre du régime d’Ismail Omar Guelleh. Les manifestations et meetings de l’opposition se sont multipliés, tout comme la répression des forces de l’ordre, faisant preuve d’un usage disproportionné de la force.

Nos organisations ont pu recueillir des informations fiables concernant au moins 6 personnes tuées par balles les 25 et 26 février 2013 par les forces de l’ordre. Il s’agit de 5 militants de l’opposition et d’un lycéen. Plusieurs autres cas de personne décédées au cours des manifestations des 25 et 26 février 2013 ont été signalés, sans que ces nouveaux cas puissent être vérifiés à ce stade en raison des risques et pressions qui pèsent sur les familles de militants de l’opposition tués ou blessés, la population préférant taire ces violations, craignant une répression encore plus forte. Les défenseurs des droits de l’Homme ne sont pas épargnés non plus et subissent harcèlements et menaces.

Depuis les manifestations du 25 février 2013, un grand nombre de militants et sympathisants politiques sont toujours détenus à la prison centrale de Gabode.

D’après les informations recueillies, 90 personnes y seraient à ce jour
incarcérées. Les jugements de certains détenus, accusés entre autres de « participation à une manifestation illégale, incitation à la violence, trouble à l’ordre public » ou encore « participation à un mouvement insurrectionnel », ont commencé et les peines prononcées s’avèrent particulièrement lourdes : jusqu’à 18 mois de prison ferme assortis de perte des droits civiques pour plusieurs années.

Ainsi, M. Daher Ahmed Farah, Président du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD) et porte-parole de l’USN a lui aussi aussi été placé en détention. Poursuivi notamment pour « trouble à l’ordre public et participation à un mouvement insurrectionnel », le Procureur de la République a requis contre lui 1 an de prison ferme le mercredi 13 mars. Le verdict rendu le 17 mars 2013 condamne M. Daher Ahmed Farah à deux mois de prison ferme. Ses avocats ont annoncé qu’ils feraient appel de cette décision.

En outre, les conditions de détention de toutes ces personnes restent préoccupantes. Des cas de mauvais traitement et de torture sont dénoncés, les prévenus n’ont qu’un accès limité voire dans certains cas inexistant à leurs avocats ; et leurs familles ne bénéficient pas de droit de visite. Ainsi, le 8 mars, certains parents de détenus ont tenté de braver cette interdiction et se sont rendus à la prison de Gabode pour tenter de voir leurs proches détenus. La police est arrivée, les a empêchés d’entrer, et les a emmenés sans ménagement dans des camions au centre de rétention administrative de Nagad, où ils ont été placés en détention 72 heures avant d’être relâchés. Parmi eux, il y avait de nombreuses femmes et enfants.

« 
Cette répression à l’encontre de la population civile et de l’opposition politique doit immédiatement cesser », a déclaré la LDDH. « Nos organisations n’ont eu de cesse de condamner la réaction violente et disproportionnée des forces de l’ordre et demandent à nouveau que toute la lumière soit faite par une enquête impartiale et indépendante sur les graves violations des droits de l’Homme qui ont lieu », a-t-elle ajouté.

La FIDH et la LDDH appellent les autorités djiboutiennes à strictement garantir le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, conformément à leurs engagements régionaux et internationaux. Nos organisations exhortent les autorités politiques à tout mettre en œuvre pour assurer un exercice indépendant, impartial et équitable de la justice, et réitèrent leur demande en faveur de l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire pour faire la lumière sur les agissements des forces de l’ordre et sanctionner les auteurs de violations des droits humains.

Enfin, la FIDH et la LDDH appellent la communauté internationale, notamment les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, la Ligue des États arabes et l’Organisation de la conférence islamique à condamner les violations des droits de l’Homme commises par les autorités djiboutiennes et à contribuer à une solution politique à la crise actuelle.

Contacts presse:

Arthur Manet (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 72 28 42 94 (à Paris) – Email : presse@fidh.org
Audrey Couprie (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 48 05 91 57 (à Paris) – Email : presse@fidh.org

26/02/2013 (Brève 114) Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) Ligue djiboutienne des droits humains (LDDH)

Communiqué de presse conjoint

Djibouti : Des opposants tués par balles par les forces de l’ordre dans les manifestations en cours

Djibouti, Paris, Nairobi, le 28 février 2013 – Depuis le 25 février dans l’après-midi et tard dans la nuit, les forces de l’ordre tirent à balles réelles sur les manifestants qui contestent la régularité des élections législatives du 22 février et protestent contre les arrestations massives d’opposants qui se poursuivent.

Le bilan provisoire serait déjà d’une dizaine de morts, d’une quinzaine de blessés, dont certains très graves et des centaines arrestations.

La FIDH et la LDDH condamnent l’utilisation disproportionnée de la force contraire aux instruments internationaux de protection des droits humains qui lient Djibouti, appellent les parties au calme et demandent aux autorités djiboutiennes l’ouverture d’une enquête judiciaire.

Réunis pour un meeting d’information à l’appel des partis d’opposition pourtant interdit par le ministre de l’Intérieur, de très nombreux manifestants ont exprimé leur mécontentement face aux conditions d’organisation et au déroulement des élections législatives ainsi qu’aux arrestations massives d’opposants et ce jusqu’à tard la nuit en dépit de l’instauration d’un couvre feu, lundi 25 février au soir.

Les forces de l’ordre ont répondu en tirant sur les manifestants.

Selon des témoins, une dizaine de manifestants auraient été tués, dont Youssouf Mahmoud Ahmed, membre du parti l’Union pour le Salut National (USN) et Kadir Mahmoud, un lycéen. D’autres ont été gravement blessés comme Abdourahman Barkat God et Abdourahman Souleimane Béchir, tous deux dirigeants du parti MoDel ou encore Khalid Mahmoud et Hussein Omar Abar, deux lycéens blessés par balle. Ce bilan demeure provisoire dans la mesure où les personnes tuées ou blessés ne sont pas amenées dans  les hôpitaux où les forces de l’ordre arrêtent les personnes s’y faisant soigner.

Des centaines de personnes et de manifestants font en effet fait l’objet d’arrestation. Ainsi, ils seraient des centaines a être retenu dans le centre de rétention administrative de Nagad dont 35 femmes, militantes du MoDel.

Les policiers qui les détiennent réclament 400 000 Francs djiboutiens pour procéder à leur libération. Parmi ces femmes détenues figure notamment Mme Saada Abdi Ibrahim, épouse du militant du MoDel, Abdourahman Barkat God. Mme Saada Abdi Ibrahim est de surcroît diabétique, et demeure sans soins dans des conditions laissant craindre pour son intégrité.

Par ailleurs, au moins 3 militants du MoDel, MM. Abdourahman Barkat, Souleiman Béchir et Guirreh Medal,  ont déjà été déférés devant les juridictions djiboutiennes et condamnés à 3 mois de prison pour « incitation à l’insurrection » et ont été transférés à la prison de Gabode. L’assistance de leur avocat et d’un médecin leur a été refusée. Les principaux leaders de l’opposition demeurent en résidence surveillée, détenus ou leur sort demeure encore inconnu donnant à cette répression de l’opposition un caractère total et radical.

« Une nouvelle fois, nous condamnons la réaction violente des forces de sécurité contre des manifestants. Cette réaction est symptomatique d’un pouvoir qui a toujours cherché à réduire au silence toute critique contre sa gouvernance », a déclaré Paul Nsapu, Secrétaire-Général de la FIDH. « L’attitude des forces de l’ordre est répréhensible et doit faire l’objet d’une enquête judiciaire », a t-il ajouté.

Alors que les manifestations et la répression se poursuivent, nos organisations appellent les autorités djiboutiennes à stopper immédiatement l’usage d’armes à feu pour assurer le maintien de l’ordre ; et à l’ensemble des partis à appeler leurs partisans au calme.

La FIDH et la LDDH appellent aussi les autorités djiboutiennes à immédiatement ouvrir une enquête judiciaire pour faire la lumière sur les agissement des forces de l’ordre et sanctionner les auteurs de violations des droits humains, à libérer les opposants arrêtés et à respecter les droits de réunion, de manifestation et d’expression garantis par les conventions internationales et régionales ratifiées par Djibouti.

La FIDH et la LDDH appellent la communauté internationale, notamment l’ONU, l’Union africaine, l’Union européenne, la France et les États-Unis à fermement condamner les violations des droits de l’Homme commises par les autorités djiboutiennes et appeler à une solution politique à la crise.

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Contacts presse:
Arthur Manet (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 72 28 42 94 (à Paris) – Email : presse@fidh.org
Audrey Couprie (Français, anglais, espagnol) – Tel: +33 6 48 05 91 57 (à Paris) – Email : presse@fidh.org

Pour voir les prochaines échéances internationales sur les droits humains, visitez l’agenda de la FIDH.

26/02/2013 (Brève 111) FIDH / Djibouti : Arrestations massives d’opposants au lendemain des élections

La FIDH et son organisation membre, la Ligue djiboutienne des droits Humains (LDDH), s’inquiètent des arrestations massives de membres de l’opposition, à Djibouti deux jours après des élections législatives marquées par de très nombreuses irrégularités entachant leur crédibilité. Alors que doit se tenir dans l’après-midi un meeting d’information de l’opposition, la FIDH et la LDDH interpellent les autorités djiboutiennes pour qu’il ne soit pas fait un usage disproportionné de la force publique, qu’elles stoppent immédiatement la vague d’arrestation en cours et libèrent les personnes arrêtées. 

Depuis hier les autorités djiboutiennes mènent une vague d’arrestation sans précédent à Djibouti, la quasi-totalité des leaders de l’opposition ayant été arrêtés ou placés en résidence surveillées. Ainsi, M. Ahmed Youssouf, président de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) et M. Ahmed Dini, président du Parti populaire djiboutien (PPD), ont été arrêtés ce matin vers 10h30. M. Ahmed Youssouf Houmed, président de l’Union pour le salut national (USN) et Ismaël Guedi Hared, tête de liste de l’USN pour la circonscription de Djibouti-ville, ont été arrêté et conduits au Commissariat de police de la capitale sous la responsabilité du colonel Omar Hassan, chef de la sécurité publique. Ils viennent d’être libérés. Pour sa part, M. Sougueh Ahmed Robleh, le président du Mouvement pour le développement et la liberté (MoDel), formation membre de l’USN, est détenu au commissariat de police de la cité Hodane dans la quartier périphérique de Balbala avec trente partisans de l’USN. M. Daher Ahmed Farah dit « DAF », président du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD) et porte-parole des partis d’opposition a, quant à lui, été placé ce matin sous résidence surveillée. La veille, M. Abdourahman Mohamed Guelle, le Maire de Djibouti et deux de ses adjoints, MM. Ali Mohamed Dato et Aden Dalieh Dirieh ont eux aussi été arrêtés, conduits au commissariat central de police de la capitale puis libérés après avoir été interrogés par le chef de la police, le colonel Abdillah Abdi Farah, sur le meeting d’information de l’USN prévu pour le lendemain. 

En outre, 120 partisans de l’opposition ont été arrêtés dans la nuit du 24 au 25 février et sont détenus au centre de retenue administrative de Nagad. 7 militants de l’opposition arrêtés la même nuit au quartier 7 bis et au Vieux Balbala (Balbala Caadi) demeurent toujours non-localisables. En effet, plusieurs témoins ont affirmé que dans la nuit du 24 au 25 février, l’armée, notamment la Garde républicaine, la police et la gendarmerie, s’étaient largement déployés dans la capitale et avaient bloqué tous les accès de plusieurs quartiers populaires de la capitale dont le quartier de Balbala et que la police et la gendarmerie avaient procédé à de nombreuses arrestations. 

En dépit de cette vague d’arrestations, des milliers de militants de l’opposition doivent se retrouver cet après-midi à 15 heures aux alentours de l’Avenue Nasser, prêts à prendre part à un meeting d’information qui a été interdit par le Ministre de l’intérieur. 

« Ces arrestations jettent le discrédit sur la légalité du scrutin législatif et sur la volonté des autorités de permettre un réel pluralisme politique. Il est impératif que les arrestations, les actes de représailles et d’intimidations cessent, et que soit garantie la liberté de manifestation à Djibouti  » a déclaré Paul Nsapu, Secrétaire-général de la FIDH. 

Les élections législatives se sont tenus le 22 février 2013 dans un climat tendu et, selon les résultats donnés par le ministre de l’Intérieur Hassan Darar Houffaneh, ont été remportées par l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), la coalition des partis au pouvoir, qui empocherait 80% des 65 sièges de députés selon la nouvelle loi électorale. Pour la seule ville de Djibouti où vivent les trois quarts des habitants du pays, « l’UMP a eu 49,39% des voix contre 47,61% pour l’opposition », a-t-il déclaré à la presse. 

Des observateurs ont toutefois relevé de nombreuses irrégularités au cours des opérations électorales qui semble avoir été marquées par de nombreuses fraudes, en particulier dans les villes Obock, Tadjourah et Dikhil : manque de cartes électorales, expulsion des représentants de l’opposition des bureaux de vote, présence de la Garde républicaine à l’entrée de bureaux de vote, filtrage des entrées par des militants du parti au pouvoir, « bourrage » d’urne à l’issue du scrutin, etc. 

La FIDH et la LDDH appellent la communauté internationale, et en particulier l’Union africaine (UA), la Ligue des États arabes (LEA), l’Organisation de la conférence islamique (OCI), et l’Autorité intergouvenementale pour le développement (IGAD) dont des observateurs électoraux ont été dépêchés dans le pays ; la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples ; les Nations Unies et l’Union européenne à : 

  • dénoncer les pratiques contraires aux droits humains du pouvoir djiboutien particulièrement dans le contexte post-électoral actuel ;
  • se prononcer sur les conditions d’exercice du vote et la validité du scrutin ;
  • rappeler les autorités djiboutiennes à se conformer à leurs engagements régionaux et internationaux.

Contexte
Pour la première fois depuis près de dix ans, les partis politiques de l’opposition djiboutienne avaient décidé de prendre part aux élections législatives. Réunis depuis un mois au sein de l’Union pour le salut national (USN), plusieurs de leurs représentants ont, depuis lors, eu à faire face à des arrestations et détentions arbitraires, actes de harcèlement et autres formes d’intimidation. Depuis son retour d’exil le 13 janvier 2013, Daher Amhed Farah, président du Mouvement pour le Renouveau démocratique et le Développement (MRD), et porte parole de l’USN a été arrêté à quatre reprises. 

Depuis plus de dix ans, les opposants, les syndicalistes, les défenseurs des droits humains et les citoyens subissent une répression continue à Djibouti, qui s’intensifie à l’approche de chaque élection. Lors de la présidentielle d’avril 2011, le bilan de cette répression a été le plus lourd de toute l’histoire du pays : plusieurs dizaines de jeunes manifestants tués, des centaines d’autres arrêtés et détenus durant des mois.