10/08/09 (B511) A écouter en langue Somali, l’interview qu’Ahmed Reyaleh a donné à une station danoise, à propos du 1er forum de l’opposition qui s’est tenue à Bruxelles le 27 juin. L’intégralité des propos a été traduite en Français ci-dessous. Merci à notre correspondant pour ce travail.

1°) Pour écouter

2° Pour télécharger (Lien – MP3 – 11,8 Mo env.)

_____________________ Traduction réalisée par notre correspondant

Interview donnée en Somali par Ahmed Reyaleh, porte parole du Comité d’organisation du forum de Bruxelles à une station danoise.

Journaliste : Nous vous invitons à une émission consacrée à la tenue d’une grande conférence par l’opposition Djiboutienne à Bruxelles.

Journaliste : Nous apprenons que l’Opposition Djiboutienne organise une grande conférence réunissant la société civile Djiboutienne, la diaspora de part le monde et l’ensemble de l’opposition Djiboutienne à Bruxelles, que pouvez vous nous dire sur l’objectif et la nature de celle-ci ?

Ahmed Reyaleh : L’objectif de cette conférence est de sensibiliser l’ensemble de la diaspora Djiboutienne sur les situations catastrophiques que traverse Djibouti actuellement notamment le danger que cours le pays à savoir l’imminence d’une guerre civile, ainsi que l’urgence du refus du changement de la constitution Djiboutienne.

Journaliste : Djibouti est l’un des pays le plus stable de la région depuis son indépendance, il a été notamment épargné des guerres civiles des pays de la région, quels genres de problèmes souffre Djibouti ?

A.R : Ce sont des problèmes cruciaux qui font souffrir le peuple djiboutien et dont le système en place est responsable. En apparence la république de Djibouti paraît politiquement stable, mais le système dictatorial en place utilise des méthodes extrêmement violentes, il règne par la terreur, les intimidations, les arrestations voir les exactions sommaires, il appauvrit la population pour mieux les gouverner.

Pis encore, il veut modifier la constitution pour pérenniser ce système.Ce qui amènera une guerre civile sans précédente voir une catastrophe. D’où notre mobilisation aujourd’hui à Bruxelles.

Journaliste : Si je comprends bien, vos problèmes sont d’ordre politique ; il existe pourtant un multipartisme à Djibouti, vous pouvez constituer des partis politiques pour battre par les urnes ; cela ne vous est-il pas possible ?

A.R. : A Djibouti, la liberté même les plus élémentaires sont inexistantes , on accepte plus aucune voix discordante, chaque citoyen est sommé soit de rentrer dans les rangs du système soit les menaces et la prison, n’en parlons alors même pas de parti , les droits les plus fondamentaux, travailler, penser, de proposer, sont quotidiennement bafoués.

Toute personne se réclamant d’un parti politique est systématiquement isolée, expropriée, licenciée, l’on ne peut même pas s’asseoir, discuter avec un supposé opposant politique, vous consentirez avec moi que même les partis existants sont tous chassés du pays.

Journaliste : D’après nos informations la dernière élection était ouverte à l’opposition mais cette dernière a été incapable d’y participer ?

A.R. : Les citoyens qui sont privés de penser autrement ne peuvent pas participer à une élection, militer ou s’identifier à un parti politique autre que le régime est synonyme de prison, c’est la raison pour laquelle les opposants Djiboutiens sont tous contraints à l’exil et dénoncer de l’extérieur est la seule issue. C’est aussi pourquoi personne, je dis bien personne ne peut exposer des idées neuves, un programme, un projet politique, une vision pour Djibouti.

Journaliste : Pourquoi n’avons-nous pas entendu parler par les medias Djiboutiens, des ONG internationaux sont présents à Djibouti, pourquoi ne parlent ils pas des souffrances que vous dénoncez ?

A R : Les médias à Djibouti ne sont pas libres, le journaliste qui doit exercer son métier n’a plus aucune liberté, ni vous ni quiconque ne peut parler des difficultés des Djiboutiens au risque de subir des pressions.

Actuellement la célèbre artiste Djiboutienne NIMA DJAMA, croupit en prison depuis deux mois pour avoir parler de la situation inacceptable du peule, ceci est l’illustration parfaite, Mahdi Abdillahi, numéro deux d’un parti politique a été torturé jusqu’à ce que mort s’en suive en prison, l’homme d’affaire Abdourahman Boreh est chassé de son pays et son business est liquidé à Djibouti.

Je peux vous en citer un millier d’exemples récents, tous cela sous les yeux impuissants de la presse Djiboutienne qui est réduite au silence. Djibouti a la particularité d’être un petit pays ou tout le monde connaît tout le monde et les medias ne sont pas indépendants.

Journaliste : L’image que le monde a de Djibouti est que vous êtes un petit pays qui a su tirer son épingle du jeu vu l’instabilité de la région de la corne d’Afrique, son économie se développe exponentiellement, le chômage recule, beaucoup de projet y sont menés , c’est le cas du port de l’aeroport,et du pont entre l’Afrique et l’Asie passant par Djibouti en cours. Vous jouez aussi un rôle important par la présence des armées du monde, existe-t-il une autre image que celle-ci de Djibouti ?

A.R. : Un progrès économique se répercuté sur la vie de la population de ce pays, or il y a une extrème pauvreté dont souffre 80% des Djiboutiens. Un progrès économique est-il compatible, peut-il cohabiter avec une misère totale de toutes les couches sociales à votre avis ? Je dois malheureusement vous avouer qu’en réalité la population Djiboutienne dans son ensemble vit dans la pauvreté la plus absolue.

Quant aux projets que vous énoncez, plus de 80% d’entre eux sont des mensonges, de la poudre aux yeux, certes des investissements existent mais le peuple n’en profite absolument pas.

A vrai dire peut-on dire que Djibouti n’a pas les moyens d’offrir de l’électricité, de l’eau et une vie décente à son peuple ?

Non, c’est honteux, il y a là un système qui appauvrit son peuple pour mieux le maîtriser, qui l’harcèle, le persécute, le terrorise pour rester au pouvoir, c’est inadmissible aujourd’hui. En réalité le régime n’accepte aucune voix discordante, soit on est corrompu à coup de billets soit la prison est la dernière alternative, voir jusqu’à assassiner comme il a fait ce dernier temps.

Journaliste :
Si je reviens à votre rencontre, les participants sont ils des Djiboutiens longtemps expatriés ?

A.R. : Pas seulement, notre mobilisation rassemble la société civile, la diaspora de part le monde, les intellectuels, les commerçants, nous invitons chaque Djiboutiens où qu’il soit à apporter sa contribution et ses idées pour sauver Djibouti.

Journaliste : peut-on envisager que des participants viennent de Djibouti ?

A.R. : Il faut savoir que la majorité des opposants Djiboutiens, des intellectuels, des indépendants ont quitté le pays et vivent à travers le monde, n’ayant pas pu supporter la situation extrêmement préoccupante du peuple Djibouti et ce régime irresponsable.

Tous ceux-là nous communiquent constamment leurs préoccupations et sont prêts à participer à une quelconque rencontre pourvu qu’elle sauve le pays et le peuple d’un désastre annoncée que l’opinion internationale et l’occident ferme les yeux.

Journaliste : Pour finir, pouvez vous nous dire quelque chose sur l’organisation d’un tel événement et vos attentes ?

A.R. : L’une des attentes de ce rassemblement est la mobilisation de la masse Djiboutienne dans le monde, parce qu’elle n’a plus raison d’avoir peur, pour recréer la confiance des uns aux autres et de s’unir, de ne plus s’isoler avec la souffrance et de se mettre ensemble pour chercher comment chasser cette dictature de notre pays et de le sauver d’une catastrophe imminente.

Journaliste : je vous en remercie Ahmed Reyaleh

A.R. : Je vous remercie également.

08/08/09 (B511)  A lire sur le site d’Uguta-Toosa dans le dernier numéro, un dossier sur le rapprochement entre ce parti et l’ARD.

lien avec le site et le dossier complet : www.uguta.org

_____________________ Extrait de la Lettre d’Uguta à l’ARD

Pour quoi ce rapprochement avec l’ARD ?

Uguta-Toosa
51 100 Reims
Tel : 03 26 85 59 01
ali.coubba@free.fr

Reims, le 12 juillet 2009

Ali Coubba
Président de Uguta-Toosa

à

Monsieur Ahmed Youssouf
Président de l’ARD
S/C Cassim Ahmed Dini
Représentant plénipotentiaire de l’ARD

Objet : Réponse à votre courrier

Monsieur le président,

Notre organisation politique, Uguta-Toosa, a décidé de rejoindre les rangs de votre parti politique dans un but précis : renforcer l’opposition djiboutienne. Condition indispensable si l’on désire donner de l’espoir à notre peuple et rendre possible une alternance démocratique.

Nous avons initié ce rassemblement au nom de l’intérêt général. Votre réponse, rapide, souligne également que vous êtes à même de comprendre l’urgence de créer, autour de nos idéaux, une opposition forte et unie.

Ce projet de rassemblement est nécessaire. Dans l’avenir, il devra englober d’autres partis de l’opposition. Notre famille politique en sortira renforcée et nous nous en félicitons d’avance. Mais seul un travail colectif et soutenu le rendra attractif.

Vous le savez, dans le meilleur des cas, les questions d’amour-propre et la division dispersent nos énergies. Dans le pire des cas, elles affaiblissement notre camp. Conjuguée à une campagne de communication, cette alliance mobilisera la diaspora djiboutienne, lassée par l’éparpillement de nos querelles intestines.

Elle convaincra les indécis de nous rejoindre.

Ces deux dernières années, notre parti UGUTA /TOOSA a le vent en poupe. Continuer son ascension politique ne lui aurait fait que du bien. Il aurait acquis plus de notoriété, plus de renommée, auprès du peuple djiboutien. Après tout, la notoriété n’est-elle pas le but ultime de toute organisation politique ? Tôt ou tard, conforté par ce capital de popularité, UGUTA/TOOSA aurait participé, dans un cadre démocratique, à des élections nationales. Mais notre direction politique a tranché la question. Elle a privilégié l’intérêt général.

En prônant une alliance politique avec l’ARD, elle a arrêté ses choix politiques.

Bien sûr, il y a des réticences internes mais nos militants et sympathisants dans leur majorité plébiscitent cette stratégie. Outre de réelles affinités politiques existant entre l’ARD et notre parti, ils sont conscients que tous ceux qui privilégient les luttes pacifiques devraient se rassembler et lutter ensemble contre la dictature.

Cette alliance apportera, nous l’espérons, un plus en matière de réflexion, d’actions et d’efficacité à notre combat collectif. Cependant, dans la mesure du possible, notre parti entend conserver une certaine marge de manœuvre tant que la dictature sera en place. Vous l’avez bien souligné.

Dans l’espoir que notre collaboration ouvre une nouvelle page de l’histoire de l’opposition djiboutienne, veuillez agréer Monsieur le Président, l’expression de mes sincères salutations.

Ali Coubba
Président de UGUTA/TOOSA

03/08/09 (B510)  Forum de l’opposition du 27 juin. Les organisateurs réagissent à propos de la contribution d’un lecteur qui se prétendait être représentatif du comité d’oganisation et que nous avons publiée dans ‘Point de vue » le 1/08/09.

_________________________________ Note de l’ARDHD
Comme nous l’avions anticipé (et écrit), la contribution qui nous avait été adressée le 1er août
par un lecteur (lien) n’était pas représentative des positions collectives du Comité d’organisation du forum de l’opposition.

Elle émanait d’un lecteur qui a probablement eu des contacts au sein de ce comité, mais dont les avis étaient minoritaires ….

Le comité d’organisation remet les choses en place.

_________________________________ Réponse du Comité

Bonjour,

Je me permets de vous écrire suite au point de vue de l’un des initiateurs du forum du 27 juin de Bruxelles. Je tiens à vous signaler que cette contribution n’est pas représentative des décisions prises par le comité d’organisation du forum et n’engage seulement son auteur.

Dans cette évidence et pour respecter les décisions (non participation) prisent par Kadamy et DAF à propos de ce forum, le comité d’organisation n’a eu aucun conseil direct ou indirect ni appui de la part des dirigeants du Frud et du MRD lors de l’organisation de ce forum. Mais par contre des contacts et des échanges objectives ont eu lieu après le forum entre les organisateurs et des émissaires des ces partis pour les actions futures.

Contrairement au point de vue personnel de notre collègue, Je tiens à vous précisez que notre équipe est et restera dans sa logique de neutralité et toute interprétation comme parti prenante suite à ce sujet serait de mauvaise foi.

Notre rôle et notre objectif ne sont pas de se constituer en avocat sur le net à toutes critiques ou suggestions contre les partis d’oppositions qui n’ont pas besoin de notre aide à ce niveau et d’ailleurs ont leurs stratégies de communications pour ces genres de sujets.

Nous conseillons à toute personne ou association de soutenir les partis d’opposition dans leurs initiatives politiques et de dépasser les critiques non fondés et personnelles.

Au nom de toute l’équipe d’organisation, je tiens à m’excuser auprès des djiboutiens concernés de la précipitation de notre collègue.

Quant à l’accusation soulevée à l’encontre du blogueur Freedjibouti, notre collègue assumera tout seul la responsabilité de ces égarements.

Notre objectif primordial est de rallumer la mèche de rassemblement de tous les partis d’opposition et des associations ou individualités soutenants cette même initiative pour mettre fin à cette dictature d’IOG.

Merci de votre attention

Vive la République de Djibouti,
vive les partis de l’opposition,

vive la diaspora djiboutienne.

 

01/08/09 (B510)  Point de vue (signé « organisateur du forum du 27 juin – Diaspora djiboutienne »)

_____________________________ Note de l’ARDHD

Sans information sur l’auteur ni sur sa qualité effective, nous publions cette contribution comme un point de vue (*), sans aucune modification, ni commentaires sur le fond. Il est d’usage que nous publiions tous les articles qui nous sont adressés, aux seules réserves (cf nos conditions) qu’ils ne fassent pas l’apologie du régime, de la dictature ni de l’asservissement des Djiboutiens par le régime de Guelleh.

Nous nous interdisons de susciter une polémique fraticide (et probablement suicidaire) entre les opposants ni de l’encourager, car cela ne servirait au final qu’à pérenniser le régime de Guelleh.

A notre sens, l’objectif prioritaire de toutes les organisations d’opposition ne peut être que de militer pour la fin de la tyrannie à Djibouti. Toutes les querelles entre les organisations différentes sont contre-productives. Tant que ce régime exercera un pouvoir monopolistique, les citoyennes et les citoyens djiboutiens devront le subir.

Le jour venu de leur libération du joug, ces citoyens demanderont des comptes aux différents leaders politiques : qu’avez-vous fait pour nous débarasser de Guelleh depuis 10 ans ?

Leur réponse sera certainement déterminante, quand le peuple pourra enfin exercer un choix démocratique.

Les faits sont là ! Les Djiboutiens sont suffisamment informés pour les analyser et pour se forger leur propre opinion sur les comportements de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous ne publierons aucun autre article sur ce sujet afin de ne pas contribuer même involontairement à entretenir des divergences stériles entre les différentes organisations de l’opposition.

Divergences,
en particulier entre les organisations qui ont compris qu’il fallait réaliser l’Union de toutes les composantes politiques et celles qui, au contraire, rêvent de réaliser l’Union de tous les citoyens au sein de leur parti qu’il voudrait unique (ou inscrit dans une fédération très limitée aux seuls partis qui trouvent grace à leurs yeux), à l’image de ce qu’avait voulu faire le RPP avec son UMP.

Et par voie de conséquence, elles ne contribuent que très exceptionnellement à faire progresser les idées et le débat et elles ne communiquent pratiquement jamais sur leurs programmes, leurs positions, leurs objectifs et leurs propositions.

L’article, « un peu provocateur », reconnaissons-le, du blogeur qui nous l’a adressé, aura permis au moins d’obtenir quelques informations sur les projets de plusieurs partis et c’est une bonne chose.

Mission accomplie ?

Pas sur, car il faudra encore du temps pour faire avancer les mentalités et la reconnaissance des diversités nationales, mais c’est un premier pas … que nous saluons !

A noter toutefois qu’il nous semble que l’auteur de cette contribution, aurait pu évoquer, ne serait-ce qu’une fois, la lutte contre le régime tyrannique …. et non uniquement celle contre les autres organisations de l’opposition. Ah les vieux démons quand vous nous tenez !!!

______________________________ Point de vue

Bonsoir,



J’aimerai adressé un droit de réponse aux écrits diffamatoires dont le bloggeur FREEDJIBOUTI est l’auteur, à maintes réprises, vous avez tenues des propos non fondés et obsolètes à l’égard des membres de l’UAD, du président du MRD et du responsable du FRUD Kadamy.



Je dois préciser en tant qu’un des initiateurs de la tenue d’un forum du 27 juin de Bruxelles, dois-je vous rappeller que DAF et Kadamy étaient partisants d’une grande conférence rassembleuse de tous les djiboutiens de la diaspora, nous n’avons aucun différent avec nos dirigeants de l’opposition au contraire, nous étions en permanence éclairer par leurs conseils.



Ceci dit, à chacun de tes écrits nous sommes blessés et offensés par tes dires qui puisent leurs sources de certaines personnes mal attentionnées et qui desere notre combat. Tes accusations sont toutes mensongères et les djiboutiens qui sont concernés n’ont pas besoin de tes positions pour en prendre parties, ils connaissent mieux que toi DAF et Kadamy et sont des leaders respectés et respectables qui ont sacrifié toute leur vie à la cause noble qu’est l’établissement de la démocratie à Djibouti, tes délires n’engagent que toi et rien que toi.



Nous vous comminuquerons les décisions prises lors de la dernière rencontre entre le comité d’organisation et l’ensemble des representants de l’UAD, et comment ce prémier delègue l’organisation de la grande conférence aux responsables du MRD, ARD, et FRUD.

(*) Rappelons simplement que l’auteur parle à tort d’un droit de réponse qu’il n’a pas, car il n’a pas été mis en cause dans l’article de Freedjibouti. Sa contribution est un point de vue et n’engage que lui. Si Daf ou Kadamy souhaitaient répondre personnellement, ils pourraient exercer ce droit.

12/07/09 (B507) Forum de l’opposition du 27 juin (Comptes-rendus 4 et 5) – La nécessité d’une union agissante des forces démocratiques Djiboutiennes (par MM. Ali Iftin -MDLN / GED- et Mohamed Alhoumekani -GED-)


Ali Abdillahi Iftin (MDLN – GED)

Mohamed Saleh Alhoumékani
(GED)

L’intervention de M. A.A.Iftin en tant que représentant du MDLN (Mouvement djiboutien de Libération Nationale) et du GED (Gouvernement en Exil de Djibouti) lors de la conférence-débat du 27 juin 2009 à Bruxelles portant sur la nécessité d’une union agissante des forces démocratiques Djiboutiennes dans le but de favoriser l’instauration d’un régime politique plus juste et plus équitable dans notre pays.

Prenant la parole après M Mohamed Daoud Chehem Président du PDD, M.Iftin a insisté sur l’obligation morale de tout Djiboutien de prendre ses responsabilités de citoyen à la situation catastrophique dans laquelle notre pays a plongé du fait de la mauvaise gouvernance qui y sévit.

Estimant que celle-ci n’est que la résultante de la gestion dictatoriale et sectaire du régime d’IOG, M.Iftin a évoqué certaines méthodes coercitives utilisées par ce système pour réprimer toute aspiration démocratique et toute volonté de changement émises par les Djiboutiens. Il est donc essentiel que ces derniers, surtout ceux issus de la diaspora qui ont la chance d’évoluer dans un espace démocratique, dépassent leurs peurs des menaces et des pressions physiques ou psychologiques exercées contre eux ou contre leurs familles pour commencer à prendre en main l’avenir de leur pays.

En effet pour M.Iftin cela s’impose, car tout désir d’union des forces démocratiques englobe non seulement les mouvements ou les partis politique de l’opposition mais aussi et surtout l’ensemble des Djiboutiens de la société civile. C’est d’ailleurs dans cet ordre d’idée qu’il recommande la tenue d’un symposium élargi qui permettrait aux Djiboutiens de se concerter sur l’avenir de leur pays.

Sur un autre plan et suite à une intervention de l’un des organisateurs de la conférence qui portait sur la réticence de certains partis de l’opposition face à une coopération avec le GED, M.Iftin a eu l’opportunité de préciser que conformément à l’esprit d’union qui caractérise cette rencontre de Bruxelles, le GED s’engageait d’ores et déjà, à évoluer quand à son appellation Il a toutefois invité les partis d’oppositions pour qui la disparition du GED serait un préalable à toute union des forces démocratiques, à faire preuve de pragmatisme politique et à ne pas hésiter à venir en débattre publiquement.

M. Mohamed Saleh Alhoumekani représentant du GED a présenté le mouvement politique à l’auditoire. Il a rappelé que le GED avait été crée le 28 février 2002 afin de répondre politiquement à l’élection illégitime et illégale de 1999 qui a porté au pouvoir M. Ismail Omar Guelleh s’appuyant sur un système de fraude électorale suivi de violentes répressions.

Il précise qu’au sein du GED se retrouvent plusieurs mouvements et partis politiques qui ainsi mènent leur combat démocratique non pas contre un individu mais contre un système dictatorial. Il souligne que les mouvements politiques ont opté délibérément pour constituer un Gouvernement en exil afin de faire obstacle et de se prémunir contre le système de clonage des partis politiques d’opposition dont M. IOG s’est fait le champion.

Pourtant dans le souci de favoriser l’union des forces démocratiques de l’opposition à ce régime et pour rassurer certains politiques pour qui l’existence du GED est une hérésie, M. Mohamed Saleh Alhoumekani soutient lui aussi que le GED s’engage à évoluer mais qu’au préalable une concertation au cours d’un débat public sur l’évolution de l’opposition s’imposait..

Les deux intervenants du GED (M.Iftin et M.Alhoumekani) ont remercié et loué les efforts des organisateurs. Ils ont en outre chaudement remercié les auditeurs qui ont eu le courage de participer à cet événement.

09/07/09 (B506-B) Communiqué en Anglais du SAF / Somali Afar Front

Résumé en Français : Le SAF apporte son soutien à la réunion du 27/06 à Bruxelles qui a réuni la majorité des responsables de l’opposition et la société civile d’opposition…. L’organisation annonce qu’elle enverra une délégation pour participer à la prochaine réunion, si les organisateurs l’invitent ..

S.A.F(Somali Afar Front) support the gathering on 27 06 2009 in Bruxelles who participate the most oppositions parties and civilian population oppositions of Djibouti,who it was discussing about harassment,detains presons and killing like: Mahdi Ahmed of population of Rep of the Djibouti.Also S.A.F is ready to delegate a delegion to participate the next confrence, if we get a invition from organizator.

To prevent frighting, injustice we have do what action agains dictator Ismael Omar Guelleh

ddso2008@hotmail.com
SAF Oslo
Moumin Hassan,

05/07/09 (B506) Forum de l’opposition du 27 juin (Compte-rendu) 2 – La place de la diaspora dans le combat démocratique (Cassim Ahmed Dini – ARD)

FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN 2009

UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE PAR LA DICTATURE

La place de la disapora
dans le combat démocratique


par Cassim Ahmed Dini
représentant de l’ARD

FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN 2009

UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE PAR LA DICTATURE

LA PLACE DE LA DIASPORA DANS LE COMBAT DEMOCRATIQUE

Intervention de M. Cassim Ahmed Dini

Un aveu : je ne me suis jamais senti concerné par un 27 juin !

Pourtant, simple constat d’état civil, je devrais avoir au moins une raison de plus que d’autres d’y accorder une importance particulière.

Sachant que celui qui a proclamé l’Indépendance n’a jamais été invité à aucune de ses célébrations et qu’il n’a eu droit à aucun égard officiel le jour de son décès, on comprendra aisément que j’ai toujours eu quelques réticences quant à la célébration de cette date.

Plus gravement, il y a à cela une raison disons collective : le fait que l’hymne national ne soit chanté que dans une seule langue montre de façon brutale que tous les Djiboutiens ne sont pas les bienvenus dans l’espace politique.

Non pas que tous les somalophones considèrent que l’Indépendance leur appartient en exclusivité, loin de là, mais il est clair que les locuteurs des autres langues du pays sont interdits de s’approprier ce moment fondateur de l’identité nationale.

Compted-tenu du caractère discriminatoire et anticonstitutionnel des paroles de l’hymne national djiboutien, dans lequel je ne me reconnais absolument pas, je constatel’expression d’une inacceptable réalité : la citoyenneté à deux vitesses instituée par le régime issu du 27 juin 1977 dont mon ami Mohamed Daoud Chehem vient à l’instant de dresser les principaux méfaits historiques.

Toute cette introduction pour vous donner une petite idée de tout le travail de violence sur soi qu’il a fallu à certains d’entre nous pour être présents ici aujourd’hui : remercions-les.

Comme il s’agit de vous donner une petite idée l’énorme détermination déployée par les membres du comité d’organisation, tous issus de la société civile, afin de rendre possibles ces premières retrouvailles entre compatriotes pour, non pas fêter, mais plutôt rendre utile, ici à Bruxelles, un 27 juin de l’opposition : remercions-les.

Si nous sommes ensemble aujourd’hui, c’est parce qu’une même conviction nous anime : refuser les cloisonnements ethniques et claniques dans lesquels le régime dictatorial qui asservit notre Peuple dans son ensemble tente obstinément d’enfermer la majorité qui lui est opposée. Cette même conviction d’unité dans l’action anime l’UAD, dont est membre l’ARD que je représente officiellement en ma qualité de Délégué plénipotentiaire à l’étranger.

Les nombreuses tentatives d’agents du régime infiltrés pour saboter notre rencontre montre à quel point la communauté djiboutienne installée en Belgique est devenue un enjeu politique. Une délégation de prétendus réfugiés s’est même rendue à Djibouti, aux frais du contribuable djiboutien, pour chanter les louanges d’une dictature qu’ils prétendent avoir fui : la bêtise et le ridicule sont par définition insondables !

Se réunir entre concitoyens pour débattre des problèmes de notre pays est hautement subversif.

Pour la dictature, il est donc fondamental de ne pas laisser s’organiser les Djiboutiens installés à l’étranger car, libérés des urgences quotidiennes de survie, ils ont le temps et les moyens de s’engager dans l’action démocratique. C’est pour cela que l’opposition nationale accorde l’importance qui lui revient à leur conscientisation et à leur mobilisation : nous avons besoin de vous !

Encore faut-il pour cela que notre communauté exilée se sente concernée par les conditions de vie dramatiques imposées à nos concitoyens par un régime à l’agonie. Si j’emploie le terme communauté au lieu de diaspora, c’est parce qu’une diaspora suppose une prise de conscience agissante que l’on ne trouve, hélas, pour le moment qu’à l’état embryonnaire. Il est urgent, et c’est le message que je suis venu vous délivrer aujourd’hui, que vous vous conduisiez en dignes filles et fils d’un Peuple qui, sans attendre son salut de l’extérieur, s’attend au moins à ce que vous participiez activement au combat pour l’amélioration de ses conditions matérielles et symboliques d’existence, pour la restauration de sa dignité.

Trois impératifs se dégagent :

1. C’est une condition sine qua non dans le Coran : avant de prétendre changer les choses au niveau collectif, il faut soi-même changer au niveau individuel. C’est-à-dire que l’exilé doit d’abord être conscient des raisons et des implications de son exil et tout faire pour améliorer ses conditions d’existence. Ne pas se contenter de vivre en assisté sur le dos de la société d’accueil, mais se former, s’éduquer et travailler. Avec ses ressources, il pourra déjà être utile pour sa famille restée au pays.

2. Rester dans son coin à ne penser qu’aux siens ne suffit pas : il faut ensuite militer au sein d’associations diverses et variées. Par exemple, envoyer des livres scolaires ou des médicaments à un quartier, un village ou une région, est un acte de très haute portée : de l’extérieur, cela contribue à vivifier la solidarité communautaire. C’est pourquoi je vous incite fortement à cultiver l’esprit associatif en vous affranchissant des insularités de toutes sortes. Rassemblez-vous aussi au sein d’une association de défense des droits de tous les Djiboutiens pour dénoncer les exactions que le régime commet tous les jours contre toutes les composantes de notre Peuple.

3. Enfin, le penchant à la familiarité de mabraze peut conduire les membres de la communauté djiboutienne en exil à ignorer l’incontournable hiérarchie de terrains de lutte. La contribution que les partis d’opposition attendent de vous est certes nécessaire et souhaitée, mais elle ne sera jamais qu’un renfort aux actions concrètes et multiformes qui se déroulent dans notre pays. Le Peuple qui combat la dictature est par définition resté à Djibouti, la diaspora est à son service : elle n’est ni un guide ni une quelconque avant-garde, encore moins un gouvernement en exil.

C’est pourquoi je vous exhorte à devenir membres, militants ou sympathisants du parti d’opposition de votre choix. Il est inconséquent de participer à un forum politique tel que celui d’aujourd’hui et n’adhérer à aucun parti. Par votre mobilisation ici, vous amplifierez le bruit de l’inévitable révolte populaire. Par votre contribution financière, vous renforcerez les capacités d’action des partis politiques d’opposition pour en finir pacifiquement avec un régime de parti unique qui s’est accaparé toutes les richesses du pays.

A l’occasion du premier anniversaire de son premier mandat, le dictateur a déclaré que la communauté djiboutienne en exil était composée non pas de réfugiés politiques, mais uniquement de réfugiés économiques qui avaient préféré fuir à la recherche d’une vie matériellement plus facile au lieu de rester en se mettant au service du pays et du Peuple.

Démontrez-lui encore plus fort qu’il a tort dans sa médisance en oeuvrant massivement à sa chute, de l’extérieur et en concertation avec toutes les forces de changement qui luttent à l’intérieur.

Etant ici avant tout pour écouter et échanger, je vous remercie de votre attention.

Texte transcrit et diffusé
par le COMITE D’ORGANISATION

05/07/09 (B506) Forum de l’opposition du 27 juin (Compte-rendu) 3 – Mahmud Harbi, le pionnier de l’indépendance de Djibouti – Dr Ali Coubba, historien et Président d’Uguta-Toosa

FORUM DJIBOUTIEN DU 27 JUIN 2009

UNE INDEPENDANCE CONFISQUEE PAR LA DICTATURE

Mahmud Harbi, le pionnier
de l’indépendance de Djibouti

par le Docteur Ali Coubba

Historien et Président d’Uguta-Toosa

Pour la commémoration du 32ème anniversaire de l’indépendance de Djibouti, une affiche est publiée à Ottawa. On y note d’abord la sur-représentation des membres de la communauté somali. On y dénombre quinze Somali, un Afar et un Arabe ?

Les images, dit-on, disent plus que le texte.

En observant ces photos, il vous vient à l’esprit une série de questions. Les Somalis ont-ils été plus précoce et plus nombreux à exiger la libération de Djibouti ? Oui. Oeuvraient-ils pour l’indépendance de Djibouti seulement ? Non.

En effet, il faut expliciter ce que les Somali entendaient par « indépendance ». En tout cas les Afar ne pouvaient apporter leur caution à l’indépendance caressée par leurs concitoyens d’origine somali. Le nationalisme de Mahmud Harbi et son engagement précoce expliquent ce contentieux.

De leurs côtés, les Français, les Ethiopiens et une partie de la population djiboutienne (en particulier les Somali) n’imaginaient pas que la Côte française des Somalis puisse accéder à la souveraineté internationale.

1) Mahmud Harbi : une instruction très limitée

Né à Ali-Sabieh vers 1921, Mahmud Harbi était un Somali Issa, du clan Fourlaba.

Il avait fait ses études dans sa ville natale. Nous ne sommes pas sûr qu’il soit né vraiment dans cette localité. Il avait sept frères et sœurs. Sa scolarité fait l’objet de controverse. En recoupant les informations, elle semble avoir été très limitée. Thompson et Adloff, dans Djibouti et la corne de l’Afrique, écrivent que « Hassan Gouled …était plus instruit que lui ».Ils ajoutent également que Harbi était « dépeint comme un « illettré aussi bien en français qu’en arabe » .

De son côté, Maurice Mécker, Chef du Territoire de la Côte française de 1957 à 1958, affirme que le député du territoire (1956) manquait d‘instruction quand il est entré en politique. Compte tenu de la qualité du portrait de Harbi dans « Djibouti 1958 : l’homme du non », je donne du crédit à ce témoignage. En revanche, le député djiboutien maîtrisait le somali. Il passait pour un tribun. De plus, son charisme fait merveille au lendemain du référendum de 1958.

2) Les grands évènements et évolutions qui agitent le monde

Lorsque Mahmoud Harbi accède à la fonction la plus élevée dévolue à un autochtone en juin 1957 – poste de vice-président du Conseil de gouvernement nouvellement créé par la Loi-cadre – on observe trois évolutions. Au niveau international, la Seconde Guerre mondiale est passée par là. Les mentalités ont changé.

Les colonisés veulent plus de progrès et d’émancipation. En métropole, le gaullisme commence à s’agiter. Le R.P.F. (Rassemblement pour la France) rêve le retour du général de Gaulle et il est très actif. Jacques Foccart sillonne l’Afrique francophone. En Côte française des Somalis, les Djiboutiens citadins commencent à rêver mais modestement. Plus que tout autre évènement, l’indépendance de la Somalia italienne, annoncée pour l’année 1960, alimente le rêve le plus fou de la population du minuscule territoire français de la corne de l’Afrique.

3) Les acteurs muets : le chef-lieu du Territoire et les districts de l’intérieur

Dans la lutte pour l’indépendance, Djibouti-ville, le chef-lieu de la Côte française des Somalis, joue un rôle très important. C’est là où il y a la population lettrée, qui compte sur le plan économique. L’administration française dorlote cette population multi-ethnique. Les Somali y sont majoritaires avec un pourcentage élevé de ceux que l’administration française nomme les Somali allogènes (Issaq et Gadaboursi).

Cette ville a une personnalité. Sa géographie correspond à la « ville coloniale » décrite par Frantz Fanon dans « Les damnés de la terre ». Elle a vu le jour sur un terrain frontalier entre les nomades afar et issa vers 1887. De ce fait, elle paraît étrangère aux autochtones. La langue urbaine dominante est l’arabe.

L’élite djiboutienne écoute avec ferveur la radio égyptienne. D’où le nationalisme arabo-musulman auquel les arabophones sont très sensibles. L’arrière-pays comprend les autochtones afar et somali-issa, vivant péniblement de l’élevage. Les uns et les autres souffrent de la marginalisation. Sur le plan politique, cette population, mal recensée, pauvre, constitue une aubaine pour les Français.

Pour bien comprendre la trajectoire de Mahmud Harbi, il faudrait rappeler sa culture et la structure sociale de la société somali-issa, l’influence du nationalisme arabo-musulman, la passion qui l’anime pour réveiller les peuples somalis de la corne de l’Afrique.

4) Mahmud Harbi et l’administration française (1956-1960)

Son engagement dans la vie publique débute d’abord dans le syndicalisme. Il est signalé au début des années cinquante aux côtes des hommes qui vont l’accompagner jusqu’à sa mort, notamment Ahmed Goummané et Abdourahman « Gabode ».

A partir de 1956, sa biographie devient plus touffue, plus lisible. Il est vrai qu’en 1956, il remplace Hassan Gouled au poste de député du Territoire. Cette ascension n’est pas du goût des Gaullistes. Avant même de devenir vice-président du Conseil de gouvernement, Mahmud Harbi est critiqué, épinglé, surveillé par les services de renseignements français. On ne fait pas confiance en lui. Ses voyages au Yémen sont mal compris. Son caractère hautain agace les administrateurs français. Il est décrit comme un agitateur anti-français et partisan convaincu du pan-somalisme.

5) La vice-présidence de Mahmoud Harbi (juillet 1957- octobre 1958)

La Loi-Defferre (ou Loi cadre) est promulguée le 14 avril 1957 en CFS. Elle remplace le Conseil Représentatif et donne une relative autonomie aux territoires d’outre-mer. Mahmud Harbi, qui est déjà député du Territoire, saura profiter des réformes et de sa notoriété pour s’imposer face à son adversaire le plus coriace, Hassan Gouled Aptidon.

Les Gaullistes tentent de l’évincer. Jacques Foccart fait le déplacement pour soutenir la liste de Hassan Gouled/Mohamed Kamil. Le gouverneur du territoire, René petitbon, est accusé de faire le jeu de la liste Harbi/Coubèche/Bats. En tout cas, Mahmud Harbi a bénéficié de l’appui d’une partie de l’administration française.

Parmi les autochtones, les rivalités entre Harbi et Gouled s’exacerbent les rivalités et se déteignent sur les Issa Fourlaba et Issa Mamassane, sur les Dalol et Abgal. Les rivalités des partis politiques français influent également sur les jeux politiques de la colonie.

Mahmud Harbi devient vice-président du Conseil de gouvernement au mois de Juillet 1957. Il est élu par les Conseillers de l’assemblée territoriale qui se répartissent ainsi : Somalis (14 sièges), Afars (8 sièges), Européens (5 sièges), Arabes (3 sièges). Cette répartition n’est pas anodine, elle abusera le vice président du Conseil de gouvernement qui ne se rend pas compte du caractère factice de la majorité accordée aux Somalis au sein de l’Assemblée territoriale.

Le Gouvernement de la Côte française des Somalis (1957) comprend alors René Petitbon: Chef du territoire et Président du Conseil de gouvernement ; Mahmoud Harbi : Vice-président du Conseil de gouvernement Député à l’Assemblée nationale. On y trouve les ministres Saïd Ali Coubèche, Ahmed Hassan Liban, Pierre Blin, Ibrahim Sultan, Osman Ali Bahdon, Mohamed Ali Dini

6) Le référendum de 1958 et la stratégie de Mahmoud Harbi

Mahmud Harbi n’a pas du jour au lendemain devenu un indépendantiste djiboutien. Le projet d’un référendum émanait du général de Gaulle qui revient au pouvoir en 1956 précipite les choses.

En juin 1958, Mahmud Harbi déclare « sa dévotion et sa loyauté personnelle à de Gaulle » . Invité par le président Gamal Abdel-Nasser en décembre 1957 au Caire, il décline l’offre pour ne pas indisposer ses amis métropolitains. Des rumeurs font état cependant de son voyage en URSS. En juillet, Mahmoud Harbi évoque pour la première fois la perspective de l’autodétermination de la Côte des Somalis.

Le 7 août 1958, Dans une lettre adressée au quotidien français, Le Monde, Mahmoud Harbi écrit : « L’indépendance, que nous demandons, ne veut pas dire divorce, ni sécession… Notre choix à nous est déjà fait. C’est avec la France que nous ferons bloc au sein d’une alliance fraternelle dont nous fixerons les contours dès que nous aurons obtenu l’indépendance… »

Les Français sont mécontents. Les Conseillers de l’assemblée territoriale rejettent l’option proposée par Harbi. Mais à cette date, il faut le souligner, l’écrasante majorité des responsables africains, du Sénégalais Senghor au Guinéen Sékou Touré, expriment leur désir de demander l’indépendance de leurs territoires respectifs.

En Côte française des Somalis, beaucoup des gens se sont trompés sur le VPCG. Philippe Oberlé et Pierre Hugot, ainsi que tous ses camarades, le soupçonnent d’avoir changé subitement ses opinions. Ahmed Dini, que j’ai eu la chance d’interroger, abondait dans ce sens. « Harbi, soutenait-il, qui n’avait rien laissé filtrer de ses intentions en faveur du « non » tant qu’il était à Paris, a fait déclarer lors de son retour à Djibouti au pied de la passerelle de l’avion, par sa fille âgée de cinq ou six ans, qui l’accompagnait :’je dis non au référendum’. »

Or le VPCG était habité par l’idée d’indépendance. Le seul qui avait compris CELA est le Chef du territoire Maurice Mécker. Entre autres, il fut témoin d’un fait troublant lors du défilé du 14 juillet 1958 aux Champs Elysées. Un soldat, d’origine algérienne, qui participe à la revue, brandit le drapeau de son pays.

Alors M. Harbi souffle à l’oreille de son voisin, M. Méker : « Bientôt la même chose à Djibouti … » M. Méker en parle aussitôt au ministre de la France d’Outre-Mer, Bernard Cornut-Gentille.

Ce n’est pas le seul témoignage que nous avons. Le Djiboutien se plaignait tout le temps de n’avoir pas assez de subventions et de fonds pour mener les grands travaux en CFS. Quant il broutait du khat, il se laissait sans doute aller à quelques confidences involontaires…

Le 27 septembre, au cinéma Odéon, Mahmoud Harbi tient un meeting en somali. Il y fait un discours incendiaire sur la colonisation française. Tel qu’il est c’est un discours d’anthologie (dont je n’ai pas encore trouvé l’original).

« La France est chez nous depuis 88 ans, elle n’a pas fait pour nous un hôpital …Sachez que la France qui devant vous est grande, n’est que le dernier des pays de ce monde »

Il conclut : (…) Sachez que ce n’est pas moi qui ai demandé l’indépendance à la France. (…) Moi, j’ai choisi la liberté et je vous demande de voter ‘non’. (…)

Alors chers frères, pourquoi ne pas saisir l’occasion unique ?

Pourquoi ne pas prendre cette liberté qui nous tombe du ciel ? »

La suite de l’histoire, vous le savez. Mahmoud Harbi est battu au référendum de 1958 par les partisans du oui. Les autorités locales l’empêchent de se présenter aux élections suivantes. Alors il s’installe en Somalia, à Mogadiscio. Condamné à 20 ans d’interdiction du territoire par contumace. Le 21 septembre 1960, les agents des renseignements français font exploser son avion au dessus de la Méditerranée.

7) L’indépendance de Djibouti d’abord, la « Grande Somalie » ensuite

Toutes les formations politiques (LPAI, MPL et UNI) sont apparues ou sont devenues indépendantistes sur le tard, en 1975, sauf le FLCS. En dédramatisant l’indépendance de Djibouti, Ahmed Dini et Hassan Gouled l’ont rendue possible.

Mais l’idée d’indépendance de la CFS nous le devons à Mahmud Harbi.

(Mohamed Kamil, ayant participé à la conférence de Cotonou, désirait aussi l’indépendance, mais nous ignorons tout de cet épisode).

Le vice-président fut le pionnier et le premier martyr de l’indépendance de Djibouti. Ce fut une personnalité complexe. Toutes ses déclarations, à partir de son installation en Somalia, font l’éloge du peuple somali et de sa libération. En tant vice-président de la Ligue de la jeunesse somali, il fustige ses homologues somali qui n’en font pas assez d’après lui.

Le contentieux entre Afar et Somali réside dans un fait historique incontestable et une lecture biaisée des uns et des autres. Avant 1975, parmi les Somalis, il n’y avait aucun nationaliste djiboutien. On ne comptait que des nationalistes somalis.

Le nombre de martyrs et la précocité du militantisme somalis sont justifiés par leur rêve d’un rattachement futur de notre pays à la Somalie. Cette idée peut froisser certaines personnes mais c’est la vérité. Toutefois, le sacrifice de ces hommes ont précipité et popularisé l’idée de la décolonisation du Territoire français des Afars et des Issas (TFAI). Ils sont morts à Djibouti-ville et pour notre pays.

Toutefois, les Somali de Djibouti ont tort de fustiger l’absence des martyrs afar en se prévalant du nombre élevé de leurs martyrs et indépendantistes morts sous les balles coloniales. Ils oublient trop vite les martyrs afar, y compris leurs sultans, morts ou persécutés de 1884 à 1944.

En conclusion, il convient de dire que la résistance à la pénétration coloniale fut à majorité afar tandis que la révolte citadine, de 1967 à 1975, fut à majorité somali et urbaine. Le consensus national entre Afar, Arabes et Somali, n’a duré que deux ans (1976 à 1977). Depuis cette date, la république de Djibouti a renoué avec ses vieux démons, avec les oripeaux des « nationalismes à la somalienne ».

CONCLUSION

Mahmud Harbi défendait une conception de l’indépendance de la Côte française des Somalis en deux étapes. D’abord, il militait pour la décolonisation de la CFS. Ensuite, il souhaitait que notre pays rejoigne une entité appelée la « Grande Somalie ».

Quelle image faut-il conserver de Mahmud Harbi ?

Celle d’un indépendantiste qui abandonne l’argent et le pouvoir, afin de s’engager dans le chemin ardu de la libération de son pays ? Ou celle d’un pan-somaliste désireux avant tout de faire le bonheur des Somali ? Les deux volets de son engagement sont inséparables. Cependant, n’oublions pas que si les Français ont tué Mahmud Harbi, ce fut parce qu’il militait pour l’indépendance de Djibouti.

Et puis, en 1958, personne n’imaginait notre pays accédant à la souveraineté internationale. Son avenir reposait sur le statu quo ou la fusion à l’ensemble somali ou à l’empire éthiopien. Les données économiques, les idéologies en vigueur, la réalité régionale disqualifiaient d’autres options.

Les Afar reprochent à Mahmud Harbi de n’avoir pas été un « nationaliste djiboutien » dès 1958. On lui reproche en fait de n’avoir pas été prophète ou oracle. Le concernant on est sûr d’une chose : alors que les autres Djiboutiens dissimulaient leur aspiration à la Grande Somalie, lui professait l’indépendance de Djibouti et le pan-somalisme.

Sa mémoire mériterait d’être mieux commémorée à Djibouti. Elle demeure vivace en nous parce qu’il a été, avant tout, le premier Djiboutien à sacrifier sa réussite matérielle, sur l’autel de la liberté et de l’indépendance. Cela a de quoi surprendre. Pour ma génération, du moins pour ceux qui n’ont pas peur des mots et méprisent le culte de l’argent, il constitue un modèle, un exemple, quand il affirme, en 1959, « nous n’avons pas voulu des richesses que l’on nous a offertes pour mieux nous dominer.

Je préfère garder de cet homme l’idéal qu’il a défendu, l’idéal qui provoqué sa disparition précoce, plutôt que de critiquer ses rêves.

Teste transcrit et diffusé
par le Comité d’organisation