03/04/02 SOS de Palestine !

 

Note
de l’ARDHD : bien que cette région du monde ne fasse
pas partie du domaine traditionnel d’intervention de l’ARDHD,
surtout parce qu’elle n’a pas une connaissance suffisante
de la situation, notre équipe n’a pas pu rester insensible
à cet appel que nous avons reçu et que nous
avons décidé de publier, en dehors de toute
arrière-pensée politique ou ethnique. Nous n’avons
pas pu vérifier la source, mais nous pensons que le
message est authentique et c’est la raison pour laquelle nous
avons pris le risque de l’inclure dans notre journal.

Je suis
la directrice du Centre culturel Khalil Sakakini de Ramallah

(http://www.sakakini.org).

Assiégée
chez moi dans Ramallah, j’envoie ce témoignage aux
journalistes, amis et autres personnes pour leur demander
de retransmettre ce message à d’autres personnes.

J’espère
qu’il n’alimentera pas une chaîne d’e-mails pour susciter
la piété, demander des prières ou des
dons, mais plutôt des actes. Nous faisons notre part
en résistant ou en restant constants dans l’adversité
et nous demandons au monde de faire sa part au nom de l’humanité
à laquelle nous appartenons tous.

Nous ne
voulons pas devenir les Peaux-Rouges du monde arabe, nous
voulons tout simplement vivre libres sur cette terre, dans
la paix et la dignité.

En ce
qui me concerne, je suis confinée chez moi depuis vendredi
matin, comme les dizaines de milliers d’habitants de Ramallah
et El-Bireh, sans éventualité que cela finisse
bientôt. Nous n’avons pas eu d’électricité
pendant une journée, mais grâce à Dieu,
aujourd’hui dimanche, le courant est rétabli.

L’armée
israélienne a pénétré hier dans
le village (Kobar) d’un de nos employés du Centre Sakakini.
Elle a détruit leurs affaires et arrêté
son plus jeune frère avec 30 autres jeunes du village.

La femme
de ménage de notre Centre vit dans une maison dont
les toilettes sont à l’extérieur. Pendant trois
jours, les Israéliens se sont postés à
la porte de chez elle en empêchant toute sortie. Quand
l’aîné de la famille s’est glissé dehors
pour aller aux toilettes extérieures, ils l’ont attrapé
et l’ont battu. Son père, un enseignant, a essayé
d’intervenir, les Israéliens l’ont battu et arrêté.

Un de
membres du conseil de notre Centre a été arrêté
avec tous les employés de l’immeuble à bureaux
où il travaillait jeudi soir tard. Ils ont tous eu
les yeux bandés et les mains liés, on les a
confinés dans une pièce pendant 16 heures. Les
Israéliens ont détruit du mobilier de bureau
et volé les disques durs des ordinateurs. Ils se sont
tous détachés quand ils ont réalisé
que les Israéliens étaient partis à la
recherche d’une proie plus intéressante… Mon beau-frère,
sa femme et leurs 3 enfants de moins de 10 ans n’ont ni téléphone
ni électricité depuis vendredi et ne peuvent
pas aller vivre chez quelqu’un d’autre car on leur tirerait
dessus.

Le père
de ma voisine immédiate a 70 ans et habite près
des bureaux d’Arafat. Les Israéliens ont fait irruption
chez lui vendredi, ils ont tout cassé à coups
de crosses de fusil (TV, évier, meubles, etc.) puis
ils ont volé de l’argent. On dit aussi que des soldats
israéliens ont pénétré dans des
banques, bureaux de change et bijouteries et qu’ils ont volé
argent et bijoux.


DES TÉMOIGNAGES D’ENFANTS

À vous tous,
Je suis la directrice du Centre culturel Khalil Sakakini de
Ramallah, je vous écris de chez moi pendant le siège.
Vous trouverez ci-joint 13 courts témoignages d’enfants
palestiniens qui vivent sous le siège à Ramallah.

Veuillez
les publier et les diffuser immédiatement.

Ces témoignages
ont été transcrits en arabe par Mme Manal Issa,
préposée aux finances et à l’administration
du Centre Sakakini, et ils ont été traduits
en anglais, puis en français. Nous espérons
que vous pourrez les publier comme «instantanés»
sur le sort qui est nôtre, nous les Palestiniens assiégés
par les Israéliens.
Merci et salutations


Dimanche 30 mars 2002

Je
m’appelle Alayyan Zayed, j’ai 9 ans. Je ne peux pas jouer
dans ma cour. Je ne peux pas sortir devant la porte d’entrée
de ma maison à cause du couvre-feu. J’ai caché
mes jouets parce que j’ai peur que les soldats israéliens
m’emmènent parce que j’ai des fusils jouets et des
tanks jouets.
Je ne peux même pas aller au magasin acheter des bonbons
à cause du couvre-feu.
Voici une lettre de Rana au monde entier: En ce moment, mon
père est au loin. Quand j’ai remarqué pour la
première fois que ma sœur et ma mère pleuraient
en regardant la TV où on voyait les soldats israéliens
qui tuaient les hommes
qu’ils avaient arrêtés, j’ai cru que mon papa
était l’un d’eux. J’ai commencé à pleurer
et pleurer et puis au bout d’une minute je me suis demandée
pourquoi je pleure, c’est notre destinée. Mon père
est policier et nous devons résister.


Je m’appelle Lema Zayed, j’ai 11 ans: je veux aller à
l’école finir mes études cette année.
Je veux être libre pendant l’été, aller
nager et m’amuser. Je veux que les soldats israéliens
quittent notre pays, arrêtent l’occupation et arrête
d’utiliser ces gros tanks. Nous n’avons rien pour les confronter.
Je ne veux pas qu’ils occupent nos maisons ou qu’ils tirent
des
obus dessus.
Je m’appelle Ahmed Tuqan, j’ai 7 ans. Depuis que l’Intifada
a commencé, nous avons commencé à déménager
d’une maison à l’autre. Chaque semaine, nous habitons
une maison différente. Les Israéliens entrent
dans les maisons et
ils font peur aux gens. Quand ils sont entrés dans
Jérusalem, nous avons déménagé
à Ramallah et quand ils sont entrés à
Ramallah, nous avons déménagé à
Jérusalem.


Mustafa Mulhem, 8 ans: je veux dire merci aux pays étrangers
parce qu’ils veulent aider les enfants palestiniens. Notre
situation est très, très mauvaise. Nos villes
sont occupées, Je suis à Ramallah, c’est l’occupation
totale par les soldats israéliens, la ville est pleine
de tanks et de véhicules militaires. J’ai du chagrin
pour les shuhada (morts) et les blessés
mais nos hôpitaux et nos docteurs nous protégerons.


Je m’appelle Ala’ Jibrin, j’ai 12 ans: j’habite Ramallah dans
une vieille maison d’une pièce. Il n’y a pas de toilettes,
alors nous utilisons les toilettes dehors (lieux d’aisances)
de nos voisins, à 30 mètres de chez nous.
Les soldats israéliens nous empêchent d’y aller
ou d’aller à la cuisine, qui est aussi à l’extérieur
de chez nous. Nous ne pouvons même pas faire la cuisine.
Nous sommes 8 frères et sœurs dans cette situation
difficile. Nous
n’y comprenons rien et nous ne savons pas quoi faire, si nous
sortons, il se pourrait qu’ils nous tirent dessus. En plus,
les soldats jettent leurs ordures, ils chient et pissent devant
notre porte d’entrée. L’électricité est
coupée depuis hier. Nous sommes nerveux et c’est une
situation psychologiquement difficile. Nous demandons à
Dieu et à toute personne sur
cette terre qui a des sentiments humains de s’interposer et
de mettre fin à ce cauchemar que vivent les enfants
palestiniens.

Je
m’appelle Yanal Zayed, j’ai 4 ans. Je veux nager. Je veux
être chez moi, avoir une maison et une fenêtre
pour regarder dehors.

Je
m’appelle Sara Atrash, j’ai 5 ans, Maman, je t’aime.

Heba
Burkan: 12 ans: Nous désirons ardemment la paix et
la sécurité. Nous voulons de l’amour et de l’affection.
Donnez-nous notre enfance et la liberté.
Dimanche 31 mars 2002

Ahmed
Atrash, 8 ans: C’est une situation très difficile.
Je m’ennuie. Mes parents ne me laissent pas jouer dans la
cour. Ils ne me laissent pas regarder la TV, parce qu’ils
regardent les nouvelles. Je suis triste pour les shuhada (morts)
et j’étais encore plus triste quand j’ai entendu que
leur nombre augmentait. Mais je joue avec mes amis dans le
quartier. Mon seul
souhait est que les soldats israéliens partent de mon
pays et c’est le meilleur vœu que je fais.

Ala’
Jibrin, 12 ans: Pendant qu’on dormait, on a entendu un bruit
de verre cassé. Nous avons regardé par la fenêtre
et avons vu des soldats israéliens qui cassaient les
vitres des voitures et qui volaient les lecteurs de CD. Ils
ont cassé les vitres de notre voiture mais, Dieu merci,
ils n’ont pas volé notre lecteur. Le matin, 15 soldats
sont entrés chez nous en criant. Ils ont tout mis sens
dessus dessous, ils ont arrêté mon père
et nous ont gardés dans notre petite cuisine à
l’extérieur de la maison. Je crois qu’ils ont emmené
mon père parce qu’il avait un drapeau palestinien.
Je les ai vus battre très fort les hommes qu’ils avaient
arrêtés. Est-ce que ce n’est pas en soi du terrorisme,
oh mon Dieu!

Mizer
Jibrin, 15 ans (frère d’Ala). Les soldats israéliens
nous ont empêchés de sortir pour aller à
la cuisine ou aux toilettes. Nous étions dans une situation
incroyable. Comme les toilettes sont loin de la maison, mes
plus jeunes sœurs utilisaient une boîte à
ordure vide. J’ai refusé et insisté pour aller
aux toilettes dehors. Mes parents ont essayé de m’empêcher,
et comme j’insistais il ont été d’accord en
me disant de faire attention. Quand j’ai eu fini aux toilettes,
les soldats m’avaient encerclé et m’ont demandé
de mettre les mains en l’air. L’un d’eux m’a poussé
et a commencé à me questionner: Qu’est-ce que
tu fais, comment tu t’appelles, quel âge as-tu? Je leur
ai répondu et ils allaient me battre quand mon père
a crié: «arrêtez, arrêtez, c’est
un enfant qui est sorti pour aller aux toilettes». Ils
m’ont relâché et ont fait irruption dans la maison.
Ils ont emprisonné mes sœurs, mes frères
et moi dans notre petite cuisine et ont détruit nos
affaires. Ils ont arrêté mon père et l’ont
battu avec d’autres hommes. Puis ils leur ont couvert la tête
avec des sacs en plastique en les emmenant vers une destination
inconnue. J’ai connu l’occupation et je n’oublierai jamais,
jamais. Je veux dire arrêtez votre occupation, arrêtez
votre tyrannie et arrêtez votre tuerie, arrêtez…

Alayyan
Zayed, 9 ans: Les soldats israéliens tuent les hommes
jeunes et effrayent les enfants. Ils emprisonnent les soldats
palestiniens et tuent les journalistes. Soutenez-nous et protégez-nous.


Merci de faire circuler et de diffuser largement.

02/04/02 Madagascar : un nouvel article de Jean-Luc Raharimanana, il dit mieux que moi ce qu’il y a à dire. (Envoyé par Survie)

L’"Amiral"
a fait sauter les ponts conduisant à Tana. L’armée
nationale est désarmée, les régiments
des forces d’intervention sous le commandement direct de Ratsiraka
sont armés. Une tentative de constituer des milices
est amorcée.

On comprends
aisément l’ensemble de la situation, et la stratégie
conduite par le représentant de Ravalomanana en Europe,
à Paris notamment (Mamy Andriamasomanana). Ce dernier
commence tout juste à sortir de la "discrétion
diplomatique" et à communiquer (cf conférence
de presse vendredi à Paris). Inquiétude cependant
de mise. On attend de la Communauté Internationale
qu’elle reconnaisse l’autorité de fait de Ravalomanana
(quoi qu’on en pense par ailleurs, là n’est pas la
question).

Quel est
l’élément principal qui détermine la
réticence française à l’égard
de Ravlomanana ? Pour des raisons que je comprends, son représentant
n’y répond pas publiquement pour l’heure. Je suis certaine
qu’il s’agit que ne vienne pas au pouvir (en Afrique, en l’occurence
l’Afrique qui donne à l’ouest sur l’Afrique et à
l’est sur l’Asie) une personne non "contrôlable".
Car, entre nous, Ravalomanana n’est pas un "gauchiste
perturbateur de la quiétude internationale"..
peut-être seulement une personne "indépendante",
de celles qu’"on" n’aime pas ici.

Et la
grande presse française présente l’affaire comme
un bras de fer entre la peste et le choléra ! La volonté
du peuple malgache n’est pas un sujet.

L’article
de Raharimanana a été soumis à Libération,
sans obtenir de réponse. Face à la difficulté
de le faire publier, au nom de Survie, je le fais connaître
le plus largement possible.