07/10/08 (B468) IPS / Des victimes de restitution  »portées disparues » en Ethiopie

Wolfgang Kerler

Un nouveau rapport de ‘Human Rights Watch’ (HRW) accuse le gouvernement éthiopien de détenir au moins 10 victimes de restitution illégale en secret et sans chef d’accusation depuis le début de 2007.

 »HRW appelle le gouvernement éthiopien à libérer immédiatement tous les détenus ou à les poursuivre en justice pour des délits flagrants dans un tribunal qui remplit les normes internationales de procès équitable », a déclaré à IPS, Jennifer Daskal, une avocate principale à HRW.

Daskal est l’auteur du rapport de 54 pages publié mercredi dernier et qui retrace la capture et la restitution d’au moins 85 hommes, femmes et enfants en 2006 et en 2007, impliquant des forces de sécurité et des agents de renseignements en provenance du Kenya, d’Ethiopie et des Etats-Unis. (La restitution ici, c’est le transfert secret des personnes d’un pays dans un autre en dehors de toute procédure judiciaire).

A la fin de 2006, des centaines de personnes ont fui la Somalie après l’éclatement d’intenses violences entre le Gouvernement fédéral de transition — assisté par l’armée éthiopienne — et l’Union des tribunaux islamiques.

Sans doute plus de 150 réfugiés ont été capturés par des autorités kenyanes le long de la frontière somalienne. Ils étaient accusés d’avoir des liens avec le groupe terroriste islamique, al Qaeda.

HRW estime que les Kenyans ont gardé des détenus en provenance de plus de 18 pays – y compris les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada — pendant plusieurs semaines sans les accuser formellement.

Parmi ces détenus, figurait Kamilya Mohamed Tuwein, une mère de trois enfants, âgée de 43 ans et originaire de Dubai, qui était venue à Nairobi, au Kenya. Le 10 janvier 2007, Tuwein et deux partenaires commerciaux ont été arrêtés par la police kenyane.

 »Nous continuons de demander à parler à nos ambassades », a déclaré Tuwein à HRW.  »Ils ont répondu : ‘Lorsque le moment viendra’. A un moment, l’un des commissaires de police nous a dit que si nous payions un pot-de-vin de 35.000 shilling (500 dollars), nous serions libérés ».

Tuwein n’a pas payé le pot-de-vin et elle a été restituée à la Somalie et ensuite à l’Ethiopie, sans que personne ne lui dise ni à sa famille l’endroit où on l’a emmenée.

Selon HRW, un total d’environ 85 personnes ont connu le même sort entre le 20 janvier et le 10 février 2007 — y compris 19 femmes et 15 enfants. En juillet, des responsables kenyans ont expulsé trois autres hommes en Somalie où ils ont été remis à des officiels éthiopiens et restitués à l’Ethiopie.

L’un de ceux qui ont été arrêtés en janvier 2007 était Ishmael Noor, un berger éthiopien âgé de 37 ans.

 »Nous avons été menottés les mains derrière le dos avec des menottes plastiques blanches qui nous faisaient très mal. Nos chaussures ont été enlevées et nous avons été poussés dans l’avion. Nos jambes ont été attachées et nous avons été attachés au siège de l’avion. J’ai vu des officiers tabasser un homme — ils lui donnaient des coups de pied, des coups de poing et le maintenaient au sol », a affirmé Noor à HRW.

Les détenus ont rapporté à HRW qu’en Ethiopie, ils ont été  »gardés pendant des mois sans chef d’accusation, interrogés et torturés par des hommes en uniformes militaires éthiopiens ».

Noor a déclaré :  »Ils m’ont battu de la tête au pied. Ils ont utilisé un bâton fait à partir d’un arbre. Ils ont également utilisé le bout de leur fusil. S’ils pensaient que j’étais trop fort, ils viseraient mes testicules ».

Au début de 2007, des agents de l’Agence centrale de renseignements (CIA) et du Bureau fédéral d’investigation (FBI) des Etats-Unis ont interrogé des détenus à Addis-Abeba, selon les informations de HRW qui ont été confirmées par un fonctionnaire du gouvernement américain.

 »Le gouvernement américain est complice de cette affaire », a indiqué Daskal.

Après que les interrogatoires américains ont pris fin en mai 2007, le gouvernement éthiopien a libéré la plupart des captifs sans cependant reconnaître qu’il gardait au moins 41 personnes en détention provisoire qui avaient été transférées du Kenya.

Selon HRW, neuf ressortissants kenyans et un ressortissant canadien-éthiopien sont toujours en détention, et personne ne sait où se trouvent 22 Somaliens, Ethiopiens, Erythréens, et Kenyans qui ont été également restitués à la Somalie au début de 2007.

A travers cette restitution systématique, l’Ethiopie, le Kenya et la Somalie ont violé plusieurs droits humains élémentaires garantis par le droit international, souligne HRW. Les forces de sécurité éthiopiennes sont également soupçonnées de torturer et de maltraiter leurs détenus.

Appuyées par les Etats-Unis, les forces militaires éthiopiennes ont d’abord envahi la Somalie en 2006 pour soutenir le Gouvernement fédéral de transition (TFG) à combattre l’Union des tribunaux islamiques (ICU).

Au début de cette année-là, les ICU avaient repris la capitale de la Somalie, Mogadiscio, et de grandes régions du pays — assistée par l’ennemi juré de l’Ethiopie, l’Erythrée. L’Ethiopie craignait aussi que les ICU et l’Erythrée ne supportent des groupes d’insurgés éthiopiens basés en Somalie.

Le 29 décembre — neuf jours après l’éclatement d’intenses combats — le TFG et les troupes éthiopiennes ont gagné le contrôle de Mogadiscio, évinçant les ICU de la ville. Ce combat a déclenché des vagues de réfugiés.

Le soutien des Etats-Unis à l’Ethiopie a été une partie importante de la  »guerre contre le terrorisme » menée par l’administration de George W. Bush dans la région de la Corne de l’Afrique, puisque les ICU ont été accusés de supporter des groupes islamistes militants et d’abriter des membres d’al Qaeda qui étaient responsables des bombardements de l’ambassade américaine en 1998 au Kenya et en Tanzanie.

Se référant aux tactiques de l’administration Bush, lesquelles ont fait l’objet de critiques des associations des droits de l’Homme à travers le monde, Daskal a déclaré :  »Trop souvent, les droits de l’Homme et l’Etat de droit ont été négligés pendant ces sept dernières années ».

31/07/08 (B458) IPS / SOMALIE : La famine menace comme des travailleurs humanitaires sont forcés de partir.

Par Najum Mushtaq

Des agences humanitaires estiment que d’ici à décembre, le nombre de personnes déplacées et affamées dans le besoin d’aide de sauvetage en Somalie atteindra les 3,5 millions — près de la moitié de la population.

Cependant, comme la sécheresse et les conflits concourent pour empirer la crise, l’espace humanitaire pour fournir de la nourriture et d’autres secours essentiels dans cette zone de conflits a pratiquement disparu.

 »En mer, les navires transportant de l’aide sont confrontés à la menace des pirates, sur terre (les travailleurs humanitaires font face) au vol à mains armées et aux enlèvements », déclare Abdullahi Musse, un travailleur somalien pour une organisation humanitaire internationale.

 »Ensuite, dans le processus pour atteindre nos entrepôts de même que sur leur chemin vers les bénéficiaires, les camions ne peuvent pas bouger sans les escortes de sécurité et doivent passer à travers d’innombrables postes de contrôle qui ne peuvent pas être traversés sans payer des ‘frais’ aux différents groupes armés.  »C’est une activité à haut risque avec des garanties de sécurité minimes », affirme Musse.

Au cours de ces quelques derniers mois, même ceci est devenu presque impossible. Pour cette année seule, 20 travailleurs humanitaires, y compris des étrangers, ont été tués. Dix-sept travailleurs humanitaires ont été libérés après avoir été enlevés pour la rançon, tandis que 13 autres sont encore en captivité.

Tous les travailleurs humanitaires internationaux et le personnel de l’ONU sont obligés de quitter à cause des combats continus entre les groupes insurgés islamiques et les forces du Gouvernement fédéral de transition (TFG) soutenues par des troupes éthiopiennes. Les deux parties s’accusent mutuellement pour les attaques perpétrées contre des travailleurs humanitaires et jurent de les protéger. Ajouté à ceci, ce sont des réseaux d’enlèvement professionnels, qui sont encouragés par les grandes rançons payées par les étrangers pour libérer les navires pris par des pirates.

Les agences de l’ONU et neuf organisations internationales maintiennent encore leur présence à Mogadiscio, la capitale somalienne, mais elles comptent exclusivement sur le personnel local. Musse a déclaré à IPS au téléphone, en provenance de Mogadiscio, que des travailleurs somaliens, également, sont maintenant en train d’être ciblés et la fourniture d’aide est complètement en perte de vitesse.

Il y a 250 habitations informelles de personnes déplacées à Mogadiscio et plus de 200 le long de la route à Afogye. L’ONU dit que pour juin, 857.000 personnes ont été déplacées de Mogadiscio et comptent sur l’aide internationale. D’autres régions agricoles dans le sud-centre de la Somalie, le principal théâtre des conflits, sont restées sans pluie pendant cette saison et la pénurie alimentaire est grave.

 »L’une des raisons pour lesquelles plusieurs personnes avaient fui Mogadiscio pour installer des camps à Afgoye (45 kilomètres de la capitale) était que cette région était plus accessible aux travailleurs humanitaires que la ville elle-même », dit-il.  »Plusieurs familles se séparent pour obtenir de l’aide qu’elles ne pouvaient pas obtenir à Mogadiscio. Pendant les deux dernières semaines, des gens frustrés, dans les habitations du corridor d’Afgoye, protestent également au sujet du manque de fourniture d’aide ».

Si l’on ne peut pas augmenter suffisamment l’aide alimentaire et d’autres secours humanitaires dans les mois à venir, Oxfam International voit une grave famine en préparation :  »Si ces conditions devaient continuer et que les agences humanitaires ne peuvent pas fournir de l’aide adéquate, alors la situation pourrait basculer dans la famine dans plusieurs régions de la Somalie, plus tard dans cette année ».

Dans son discours au Conseil de sécurité le 23 juillet, le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour la Somalie, Ahmed Ould-Abdalla, a insisté pour les escortes navales internationales pour les navires transportant des secours du Programme alimentaire mondial (PAM) et pour plus de sécurité pour les travailleurs humanitaires.

 »Je compatis avec les ressortissants somaliens qui constituent plus de 95 pour cent des travailleurs humanitaires dans le sud et le centre de la Somalie. Ils risquent leur vie quotidiennement et sont très souvent les victimes innocentes des meurtres ciblés », a déclaré Abdalla au Conseil de sécurité de l’ONU.

Impasse politique

Malheureusement, ce sens d’urgence dans le secteur humanitaire ne correspond pas aux développements sur le front politique. Avec l’aide des forces éthiopiennes, le TFG contrôle quelques villes dans la région du sud-centre, tandis qu’une variété de groupes islamiques demeurent influents dans une grande partie du territoire. (Le Puntland et les régions du Somaliland dans le nord et le nord-ouest de la Somalie revendiquent un statut autonome).

L’accord de paix négocié par l’ONU à Djibouti entre le Gouvernement fédéral de transition et les responsables de l’Union des tribunaux islamiques (UIC) a divisé cette dernière. Des factions islamiques radicales rejettent l’accord et ont accru les attaques dans les régions du sud-centre.

Les tribunaux islamiques sont maintenant divisés en deux principaux groupes : le groupe de Djibouti présidé par Sheikh Sharif et signataire de l’accord de paix avec le TFG, et le groupe d’Asmara basé en Erythrée et dirigé par Hasan Dahir Aweys, un vétéran de la guerre d’Afghanistan qui est actuellement recherché par les Etats-Unis pour des accusations de terrorisme en raison de ses liens présumés avec al-Qaeda.

 »C’est difficile de dire quel contrôle ces deux ont sur Al-Shabab, un groupe, qui est également sur la liste des terroristes des Etats-Unis, et d’autres groupes insurgés de ‘mujaheddin’ (guerriers saints) qui ont mené une guerre pour chasser les forces éthiopiennes hors de Somalie », affirme Bashir Awale, un journaliste de la radio basé à Mogadiscio.

Bashir indique que plusieurs groupes précédemment inconnus avec des noms islamiques ont récemment émis des menaces contre des travailleurs humanitaires.  »Mais les forces du TFG sont aussi accusées d’empêcher l’aide », déclare Bashir qui souligne le fait qu’il existe quatre postes de contrôle du TFG dans l’intervalle de quelques kilomètres de route de Mogadiscio à Afgoye et des douzaines et plus à l’intérieur de la ville.

Etant donné la nature volatile et complexe du conflit, le représentant spécial de l’ONU est à la recherche d’une force de maintien de la paix internationale pour stabiliser le pays et fournir une couverture aux opérations humanitaires. Ould-Abdalla croit que dans  »le contexte politique favorable actuel faisant suite à l’Accord de Djibouti, il est temps pour le Conseil de sécurité de prendre des mesures hardies, décisives et rapides ».

Toutefois, lorsqu’il est interrogé pour savoir si les Etats-Unis présideraient une coalition de pays en Somalie pour mettre en œuvre l’accord de paix, l’ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, Zalmay Khalilzad a répondu :  »Eh bien, vous savez que nous sommes assez occupés comme vous le savez, première chose. Deuxième chose, qu’il y a toujours des problèmes avec les Etats-Unis à la tête d’une coalition… »

Accusant les groupes liés à al-Qaeda des attaques contre les travailleurs humanitaires, Khalilzad n’est pas d’accord pour pousser le Conseil de sécurité à agir. Il a affirmé qu’aucun plan pour une force de maintien de la paix ne sera discuté avant le 15 août, lorsque le secrétariat du Conseil de sécurité doit présenter un plan d’avenir pour la Somalie. Une force de maintien de la paix avec un mandat fort pourrait prendre des mois.

 »La Somalie demeure l’endroit le plus dangereux au monde pour les travailleurs humanitaires », souligne Musse,  »et pourtant, sa population a le plus désespérément besoin d’aide humanitaire. La résolution de ce dilemme exige une intervention internationale impartiale et immédiate, et elle est nécessaire aujourd’hui ».

15/07/08 (B456) IPS / L’UE attaquée pour son aide à l’Erythrée (par David Cronin)

BRUXELLES, 14 juil (IPS) – L’aide accordée à l’Erythrée par l’Union européenne (UE) encourage un régime particulièrement répressif au regard des droits humains, dénoncent plusieurs organisations de défense des droits de l’Homme.

Dirigée par le régime du président Isaias Afewerki depuis son indépendance, au début des années 1990, l’Erythrée enregistre les pires indicateurs en matière de respect des droits humains à travers le monde.

Selon l’organisation Reporters sans frontières (RSF), des milliers de journalistes y seraient détenus au secret depuis 2001. Plusieurs d’entre eux seraient déjà morts en détention. D’après le rapport annuel de l’organisation, ce pays mérite la triste première place en matière de non-respect de la liberté de la presse.

Mais tandis que le despotisme du régime d’Afewerki a déjà provoqué l’ire de l’administration américaine, il entretient encore des relations cordiales avec l’UE.

La Commission européenne (la branche exécutive de l’UE) est en train de mettre la dernière main à une stratégie de soutien à l’Erythrée, qui se verrait ainsi accorder une aide de plus de 115 millions d’euros (plus de 181 millions de dollars) d’ici à 2013.

Alors que les organisations non gouvernementales (ONG) sont interdites d’activité sur le territoire érythréen, les activistes des droits de l’Homme estiment qu’il existe un manque de transparence quant à la manière dont seront utilisés ces fonds. Ils craignent que les hommes de main du régime d’Afewerki s’approprient cette aide pour maintenir le pays en état de guerre permanent.

Embourbée depuis de longues années dans un conflit territorial avec l’Ethiopie, l’Erythrée occupe, derrière la Corée du Nord et l’Angola, la troisième place des pays dont les dépenses militaires sont les plus importantes au monde en comparaison de la taille de leurs populations. Selon des données publiées en 2000 à Asmara, la capitale, l’armée érythréenne serait composée de près de 300.000 hommes, un chiffre qui aurait presque doublé depuis cette date en raison de la conscription.

« Au sein de la communauté érythréenne, beaucoup pensent que l’Union européenne soutient le régime en place », déclare Kassahun Checole, un expatrié érythréen installé aux Etats-Unis. « Cette situation est devenue une source de consternation et de désespoir ».

Pour cet activiste, qui s’est notamment illustré lors de la lutte pour l’indépendance de l’Erythrée et contre l’apartheid en Afrique du Sud, la visite du commissaire européen au développement, Louis Michel, le mois dernier à Asmara pour des entretiens privés avec le président Afewerki, est révoltante.

« Nous ignorons la teneur des entretiens qu’il a eus avec le président. On ne sait pas si les questions relatives aux droits humains, aux conditions économiques dans le pays ou aux relations entre l’Erythrée et ses voisins ont été abordées », constate-t-il.

« Il y a un an, lorsque Michel a tenu une conférence commune avec le président Afewerki lors de la visite de celui-ci à Bruxelles, aucune critique n’a été émise à propos de la situation des droits de l’Homme dans le pays », se rappelle l’activiste.

« Ces derniers temps, le Zimbabwe a reçu toute l’attention de la communauté internationale parce que le président Robert Mugabe a été accusé d’avoir truqué les élections et d’avoir mené une vaste campagne de déstabilisation contre ses opposants », indique Checole, « mais la situation en Erythrée est encore bien pire que celle du Zimbabwe », affirme-t-il.

« Au Zimbabwe, il y a un semblant de démocratie. Les partis d’opposition sont légitimés. Dans le cas de l’Erythrée, il n’y a aucun signe de processus démocratique. Pourtant, la communauté internationale, y compris l’UE, exerce des pressions directes sur le régime de Mugabe, tandis qu’elle laisse le champ libre au président Afewerki », souligne-t-il.

Selon Meron Estefanos, un activiste basé en Afrique du Sud, qui milite au sein du Mouvement érythréen pour la démocratie et les droits de l’Homme, les jeunes d’Erythrée sont contraints et forcés de joindre l’armée, et ses responsables militaires, pourtant accusés d’avoir commis des crimes et des viols, sont restés impunis à ce jour.

« L’une des conséquences de la militarisation croissante de l’Erythrée est la suppression d’une des franges les plus dynamiques de la société », dénonce Estefanos. « Cette situation reste l’une des causes majeures de violations massives des droits humains, de la pauvreté chronique et du retard qui prévalent dans notre société. Elle ne sert que les intérêts d’une élite politique et militaire, en lui fournissant suffisamment d’emprise pour éliminer toute forme de contestation », ajoute-t-il.

Contrairement à la plupart des pays d’Afrique, des Caraïbes ou du Pacifique, le gouvernement érythréen ne bénéficie pas d’une aide directe de l’UE, a cependant précisé, à Bruxelles, un porte-parole de la commission, souhaitant ne pas être cité. « Le manque de transparence de la part du gouvernement érythréen ferme totalement cette option », a-t-il indiqué.

« Les projets financés par l’UE dans ce pays sont gérés directement par le bureau de la commission à Asmara et font l’objet d’un contrôle financier », a-t-il encore souligné. « L’UE n’aide aucunement le régime d’Afewerki. En réalité, la commission soutient le pays et non le gouvernement ou un parti politique. Nous offrons notre soutien au pays par la coopération au développement et en entretenant un dialogue franc avec le gouvernement, y compris au sujet des droits humains et de la démocratie », a affirmé ce porte-parole.

Glenys Kinnonck, un député européen gallois, qui suit de près la situation en Erythrée depuis les années 1980, a demandé à ce que l’Union européenne détaille les conditions de son aide à ce pays de la Corne de l’Afrique.

« Personne n’a jamais remis en cause le fait que l’Erythrée a besoin d’une assistance humanitaire pour soutenir le secteur de l’éducation et des soins de santé, mais il y a clairement d’énormes difficultés à surveiller et à contrôler ce que la commission fait dans ce domaine. Il n’y a pas d’ONG en Erythrée, donc, qui distribue l’aide? Qui s’assure que cette aide ne tombe pas entre de mauvaises mains? », se demande l’eurodéputé. (FIN/2008)

15/04/08 (B443) IPS (Le Cap)  »La peine de mort a été utilisée comme un moyen d’intimidation »

Interview avec Léonard Vincent (RSF)

LE CAP, 14 avr (IPS) – Le journalisme est devenu de plus en plus une activité dangereuse en Ethiopie au cours des dernières années. Des mesures de répression sur les médias, dans le sillage des élections de 2005, continuent de résonner dans le pays, pendant que certains membres de la presse se sont même trouvés confrontés à la peine capitale.

En juillet 2007, les journalistes nommés Andualem Ayele Legesse, Mesfin Tesfaye Gobena, Wonakseged Zeleke Tessema et Dawit Fasil Woldeselassie ont été condamnés à mort pour des chefs d’accusation comprenant la trahison — ceci en liaison avec les troubles qui ont suivi les élections de 2005.

Bien que les quatre aient été acquittés plus tard, leurs sentences sont considérées comme ayant eu un effet quelque peu effrayant sur la liberté de la presse en Ethiopie.

Pour en savoir plus, la correspondante de IPS Miriam Mannak s’est entretenue avec Léonard Vincent, chef du bureau Afrique de Reporters sans frontières (RSF). Cette organisation de plaidoyer, basée à Paris, a aidé à négocier la libération des quatre journalistes condamnés.

IPS : La décision de prononcer des sentences de mort contre ces journalistes doit être intervenue comme un choc à RSF…

Léonard Vincent (LV) : D’une part elle l’a été, puisque c’est une affaire très sérieuse. D’autre part, nous n’avons jamais pensé que le gouvernement éthiopien l’appliquerait et tirerait sur ces journalistes. La peine de mort a été utilisée comme un moyen d’intimidation, une manière de mettre les journalistes à leur place et de s’assurer qu’ils comprennent les conséquences du fait de défier les aux autorités.

Bien que nous soyons conscients de cela et sachions que le gouvernement exagérait, nous avons traité la situation avec la plus grande urgence…

IPS : Quel effet cet événement a-t-il eu sur les médias en Ethiopie?

LV : Il a eu un grand impact. L’autocensure est monnaie courante pour les journalistes éthiopiens, spécialement pour ceux qui vivent et travaillent à Addis-Abeba, la capitale. Toute forme de critique et toute attaque contre le président ou le gouvernement peuvent entraîner des menaces téléphoniques, l’intimidation ou même l’arrestation et (une) peine de prison…

Néanmoins, deux des journalistes impliqués ont recommencé à écrire dans des journaux indépendants à Addis-Abeba, il y a deux mois. Bien sûr, les deux rédacteurs sont sous surveillance stricte et il a été très difficile d’obtenir une autorisation, mais ils se débrouillent.

IPS : Des journalistes d’Ethiopie ont-ils peur de la peine de mort?

LV : Aucune peur réelle n’existe au sein des hommes et femmes des médias quand il s’agit de la peine de mort. Ce sont des circonstances exceptionnelles qui ont entraîné les événements de 2005, et tout le monde le comprend, y compris RSF.

Il y a une peur plus grande d’être emprisonné. Les prisons d’Ethiopie ont une très mauvaise réputation : nous parlons des cellules de 120 personnes et une seule latrine, de même que des droits de visite restreints.

IPS : Y a-t-il eu de cas récents de condamnations à mort de journalistes ailleurs en Afrique?

LV : Pas à ma connaissance. Peut-être certains artistes ont-ils été condamnés à mort, mais pas des journalistes — du moins pas dans les 10 dernières années.

Il y a eu des cas d’emprisonnement à vie. Moussa Kaka, un journaliste du Niger, a été arrêté en septembre de l’année dernière pour complicité d’atteinte à la sécurité de l’Etat. Il est accusé d’être en contact avec les rebelles qui combattent dans le nord du pays. Moussa risque une peine de mort, mais il n’a pas encore été jugé. Dans la même affaire, deux journalistes français ont été arrêtés et menacés de peine de mort. Ils ont été relâchés en janvier dernier.

IPS : En général, est-il difficile aux journalistes en Afrique d’écrire sur la peine de mort?

LV : Oui, commenter des décisions de justice est difficile dans plusieurs pays. Dans certaines nations, des journalistes ne sont même pas autorisés à faire de commentaires sur le système judiciaire. Le mois dernier au Niger, le directeur de publication du journal indépendant ‘L’Eveil Plus’, Aboubacar Gourouza, a été condamné à un mois de prison pour un article dans lequel il a comparé la libération provisoire du maire de la ville de Maradi à une décision de garder le maire de Niamey (la capitale) en prison. Les deux maires avaient été accusés de fraude.

IPS : Quel type de difficultés votre organisation rencontre-t-elle quand elle essaie de mettre en lumière ces problèmes?

LV : Dans certains pays, les autorités ont plutôt des préjugés et sont sceptiques envers nous. Au Rwanda, par exemple, elles soupçonnent que RSF est financée par le gouvernement français.

D’autres pensent que nous sommes payés par les services de renseignement américains. Cela n’est évidemment pas vrai… Nous essayons d’ouvrir le débat avec les autorités et de leur parler de la liberté de la presse. Parfois cela marche, parfois cela ne marche pas. (FIN/2008)