06/01/2016 (Brève 609) Dans un excellent article en page 4 du Canard enchaîné sorti ce matin sous la signature J-F. J. »La chasse bien gardée de la France à Djibouti », il est fait état des harcélements, arrestations et tortures courantes contre l’opposition et des différents massacres du 21 décembre 2015, commis sans ne susciter de répobration de la part de la diplomatie française, dont l’Ambassade ne répond pas à la demande d’asile d’un député de l’opposition, grièvement blessé par balles.

Afin de respecter la propriété intellectuelle du Canard Enchaîné, nous ne diffuserons pas l’intégralité de l’article qui est à lire sur la version papier. Une exception est prévue pour les internautes à l’étranger et dans l’impossibilité d’acheter un exemplaire : sur une demande simple adressée à equipe@ardhd.org, ils recevront une copie de l’article pour consultation personnelle et l’engagement de ne pas la mettre en ligne.

Canard enchaîné

Le journaliste évoque l’indulgence « incompréhensible » de la France si compréhensive et pas du tout critique à l’égard du régime de Guelleh, contrairement à la position de la diplomatie américaine, qui condamne les récents événements. Le journaliste évoque les massacres du 21 décembre et la situation des dirigeants de l’USN surpris par des tirs à balles réelles et soignés dans un premier temps à Bouffard, puis pratiquement livrés aux forces djiboutiennes qui filtraient les accès et qui ont emprisonné au moins deux personnalités à leur sortie.

L’honnêteté impose de préciser que ce ne sont pas les médecins de Bouffard, comme nous l’avions déjà écrit qui sont responsables de cet état de fait, car ils ont soigné les blessés avec tout leur savoir-faire et leur dévouement. Ils ont été soumis à des ordres supérieurs. D’ailleurs l’attitude s’est renversée littéralement mardi dernier
pour Saïd Houssein Robleh. L’Ambassadeur Mucetti avait déjà quitté le pays, en fin de mission anticipée. Trouvez la relation !!!

28/06/07 (B401) Le Canard Enchaîné : L’indépendance du ventre. (Info lectrice)

Pour la Magistrature, l’indépendance n’est pas seulement une vertu. C’est un métier. Preuve en a été donnée, une nouvelle fois, avec la réception d’Elisabeth Borrel par Sarkozy.

A peine la veuve du Magistrat assassiné à Djibouti en 1995 avait-elle franchi le porche de l’Elysée, forte du soutien présidentiel, que les hermines frémissaient d’enthousiasme.

Le Parquet et le Parquet général de Paris faisaient savoir qu’ils apportaient un soutien sans faille à la recherche de la vérité. Et que plus personne ne soutenait la thèse du suicide.

Après des années de bagarre pour arracher une audition, une expertise, une confrontation, après le déssaisissement d’une Juge à la conviction trop bien arrêtée, après l’épisode du dossier judiciaire qui a failli être aimablement transmis aux autorités djiboutiennes, les magistrats qui avaient si bien dissimulé leur farouche indépendance sortent du bois et montrent qu’ils ne se laissent pas impressionner par la raison d’Etat.

Il a suffi que l’Elysée leur en donne l’ordre.

15/06/07 (B399) Le Canard Enchaîné : UN GROSSIER D’INSTRUCTION.

Ce n’était
plus vraiment un secret : « Le Canard » avait déjà
écrit à plusieurs reprises que tout avait été
tenté au sommet de l’Etat, au Quai d’Orsay et au ministère
de la Justice, pour empêcher l’enquête sur l’assassinat
du juge Bernard Borrel d’empoisonner les relations franco-Djiboutiennes.
Mais tout de même, voir d’étaler dans les gazettes les
documents, procès-verbaux et télégrammes diplomatiques
qui démontrent la connivence entre les deux gouvernements pour développer
le même double jeu, cela fait un choc. D’un côté,
on célèbre « l’entraide judiciaire ». De l’autre,
on bloque toute tentative d’approcher la vérité.

Cette avalanche de preuves fait suite aux perquisitions effectuées
au ministère de la Justice et au Quai d’Orsay par les juges Pons
et Ganascia, chargées d’une enquête annexe pour «
pression sur justice ». Elles y ont récolté quelques pépites.
Parmi lesquelles un télégramme diplomatique, expédié
à Paris par l’ambassadeur de France à Djibouti. Le diplomate
se félicite de voir « notre idée » bien accueillie
par le ministre Djiboutien des Affaires Etrangères.

L’idée en question consiste à saisir la Cour Internationale
de justice pur faire condamner la France et contourner ainsi son refus de
transmettre le dossier d’instruction à la Justice de Djibouti
! Et, selon Libération, (12/6), cette suggestion vient de Chirac en
personne, qui l’avait soufflée le 17 mai 2005 à l’oreille
du Président Omar Guelleh. Lui-même impliqué dans l’assassinat
du Juge Borrel…

Depuis le 19 octobre 1995, lorsque le corps du Juge Borrel a été
retrouvé à moitié brûlé dans un ravin, tout
aura été tenté pour occulter la vérité.
En vrac : une absence d’autopsie, suivie de conclusions péremptoires
sur le suicide. Une enquête confiée à une juge qui avoue
son inébranlable foi dans la thèse du suicide. Une « reconstitution
» qui tourne à la farce macabre. Une succession de quatre juges
d’instruction. Quelques tentatives de subornation de témoins.
Des services secrets français persuadés qu’il s’agit
d’un assassinat mais se taisent.

On en oublie.

Mais il ne faut surtout pas oublier l’essentiel. Le petit Etat de Djibouti
occupe une place stratégique en Afrique de l’Est, fort convoitée
par les USA. Il abrite une des plus importantes bases militaires françaises
avec environ 3 000 hommes. Des juges vivants qui enquêtent sur un juge
mort n’y ont pas leur place.


L.-M. H.

10/05/07 (B394) A lire cette semaine sur le Canard Enchaîné : La justice se mord la queue aux portes de l’Elysée (Info lectrice)

Le
Procureur général de Paris n’aide pas beaucoup les deux
juges qui lui cherchent des poux dans l’hermine.

La confrontation
en est restée au stade de la simple « bousculade ». Mais
elle a prouvé que la séparation des pouvoirs n’est pas
un vain mot, et peut même aller jusqu’à l’affrontement.
Le 2 mai, en fin de matinée, en présence des caméras
de télé, l’autorité judiciaire sous le visage des
deux juges d’instruction, Fabienne Pons et Michèle Ganascia,
s’est présentée à la porte au sommet de l’exécutif,
au palais de l’Elysée. Les deux magistrates avaient l’intention
de perquisitionner le bureau de la cellule africaine, à la recherche
des preuves d’une éventuelle « pression sur la justice
» dans l’Affaire Borrel.

Bernard Borrel est ce juge assassiné à Djibouti en 1995, probablement
avec la complicité des plus hautes autorités locales. En 2006,
le Quai d’Orsay avait annoncé que le dossier allait être
transmis à la justice Djiboutienne, alors que la juge chargée
de l’enquête s’y opposait. C’est la publication de
ce communiqué imprudent qui fait l’objet d’une enquête
distincte, et qui a conduit les deux juges aux portes du château.

La caserne ou le château ?

Elles n’y ont pas été très bien reçues.
Leur expédition a été racontée, par elles-mêmes,
dans un procès verbal dont le « Journal du Dimanche » (6/5)
a publié quelques extraits : « Une résistance physique
nous est opposée, écrivent-elles.

En dépit de nos exhortations à
la mesure et au respect de notre fonction, nous sommes bousculées par
les gardes républicains…

Dans un premier temps, il leur est signifié que l’Elysée
est une enceinte militaire. Le Palais, une caserne ? Qu’à cela
ne tienne, les juges rédigent sur-le-champ la « réquisition
» prévue par la loi et à laquelle l’autorité
militaire est obligée de se soumettre.

Pour cela, elles utilisent une poubelle, que le service d’ordre met
à leur disposition, en guise d’écritoire. Mais tout compte
fait, le directeur de cabinet de Chirac, Michel Blangy, descendu dans le local
à poubelles, leur fait savoir que, selon lui, l’immunité
pénale du chef de l’Etat s’étend à tout le
personnel placé sous son autorité. Une interprétation
audacieuse de la Constitution.

Qui a tort, qui a raison ?

Il aurait été assez farce que la question se règle
par la force.

Théoriquement, cela est possible. Les deux juges, et l’officier
de police judiciaire (un commissaire) qui les accompagnait, ont le droit,
dit la loi de « requérir directement la force publique »,
pour l’exercice de leur fonction. Une ou deux compagnies de CRS auraient
pu être « requises » pour prendre d’assaut l’Elysée.
Quel spectacle, ne rêvons pas…

Procureur et Partie

Cette affaire Borrel a décidément failli mettre le feu à
la République. Deux semaines plus tôt, les 19 et 20 avril, les
deux juges avaient perquisitionné, cette fois avec succès, deux
palais nationaux : le Ministère de la Justice et celui des Affaires
Etrangères. Mais il s’en fallu de peu qu’elles ne se heurtent
à un autre obstacle.

La gendarmerie, qui avait été sollicitée pour ces deux
opérations – finalement menées par un commissaire de police
-, a tout simplement refusé. Le lieutenant-colonel Guérin, qui
commande la section de recherches de Paris, a estimé que ces interventions
prendraient « un sens politique ». Cela faisait longtemps qu’un
officier ne s’était pas aventuré dans une analyse personnelle
sur l’opportunité politique d’exécuter un ordre.
Cela rappelle de bons souvenirs.

Heureusement, ce brave soldat ne risque pas grand-chose.

Certes, il a commis une faute grave en n’obéissant pas aux juges.

En 1996, le directeur de la PJ parisienne, Olivier Le Foll, avait
été sanctionné pour avoir refusé d’assister
le juge Halphen dans une perquisition au domicile du couple Tiberi.

Mais qui détient l’autorité disciplinaire sur les officiers de Police judiciaire ? Qui leur donne et leur retire leur habilitation ?

Le Procureur général, dit le Code de procédure pénale.

Or à Paris, ce haut magistrat s’appelle Laurent Le Mesle. Il vient tout droit du Ministère de la Justice, dont ila dirigé le Cabinet, justement à l’époque de la publication de ce communiqué litigieux !

Résumons : un offcier de police refuse une mission qui risque de mettre en cause le Procureur général. Et le Procureur général n’a pas l’intention de mettre en cause cet officier. Où est le problème ?

11/04/07 (B390) AFFAIRE BORREL : Rebondissement dans le Canard Enchaîné sous la plume L-M.H. (Info lectrice)

Quand
un ambassadeur balance un procureur

Un
ambassadeur de France en exercice interrogé comme « témoin
assisté » par deux juges d’instruction, le fait n’est
déjà pas banal. Mais quand l’Excellence met en cause l’ancien
directeur de cabinet du garde de Sceaux, devenu procureur général
de Paris, l’imbroglio judiciaire promet d’être réjouissant.

Le début
de l’histoire remonte au 31 janvier 2005. Ce jour-là, le Quai
d’Orsay, par la voix de son porte-parole Hervé Ladsous, publie
un communiqué sur l’affaire Borrel, du nom du juge assassiné
à Djibouti en 1995. Il affirme que rien ne permet d’accuser les
autorités djiboutiennes, et qu’une copie du dossier judiciaire
leur sera « prochainement transmise ».

Une énorme bévue puisque, au même moment, la juge d’instruction
Sophie Clément s’apprête à mettre en cause plusieurs
personnalités proches du pouvoir à Djibouti, voire le chef de
l’Etat, Omar Guelleh, en personne. Et qu’elle refuse de transmettre
le dossier à la justice djiboutienne, dont le procureur lui-même
est soupçonné d’avoir exercé des pressions sur
les témoins ;

Du coup,
les avocats de la veuve du juge Borrel décident de porter plainte pour
pression sur la justice, contre le porte-parole du ministère des Affaires
étrangères.

Devenu ambassadeur de France en Chine, Hervé Ladsous a répondu,
le 21 mars, à la convocation des juges. Et
il a accusé, sans ménagement, le cabinet du garde des Sceaux
: « Il y a visiblement boulette à la Chancellerie » déclare
le « témoin assisté » qui affirme s’être
borné à publier un communiqué préparé par
le cabinet du ministre de la Justice, Pascal Clément.

Et il ajoute :

« Quelqu’un
qui aurait dû connaitre la bonne procédure. Ce n’était
pas notre métier. C’était celui du ministère de
la Justice ! »

Problème
: le directeur de cabinet du garde des sceaux était, à l’époque,
Laurent Le Mesle, magistrat devenu procureur général à
Paris. Et les deux juges qui instruisent la plainte exercent, elles aussi,
à Paris.

Vont-elles convoquer leur procureur général ? Le mettre en examen
? L’embastiller ?

Et même si elles n’en font rien, le haut magistrat est
désormais sur la sellette pour « pression sur la justice »
dans une procédure qui est traitée à Paris, et dans laquelle
il peut être conduit à prendre des réquisitions. Pourvu
qu’il ne soit pas trop sévère…

L
– M. H.

26/05/05 (B299) Le Canard Enchainé : cette semaine deux articles qui évoquent le sujet djiboutien. (Pages 4 et 8)

1 – Du rififi à RFI (Sous la plume de Lauriane Gaud)

A l’Elysée comme au Quai d’Orsay, le commentaire se veut cruel : « Cette équipe est une erreur de casting. » C’est un comble, la direction de Radio France Internationale (RFI)
– une station écoutée par des millions d’auditeurs sur les cinq continents – n’agace pas seulement sa rédaction. Laquelle vient de lui adresser une nouvelle motion de défiance, le 19 mai…

Diplomatie à l’antenne
En moins de un an de présidence de la radio, c’est la deuxième fois qu’Antoine Schwarz est confronté à un conflit de ce genre. Une première, en revanche, pour le directeur de l’information Bernard Brigouleix. Recommandée par Raffarin pour la succession de Jean-Paul Cluzel, cette équipe directoriale n’a pas rompu avec les habitudes maison. A savoir prendre des gants lorsqu’il s’agit d’évoquer certains épineux dossiers traités par le Quai d’Orsay, tutelle de l’antenne. C’est même le contraire qui lui serait reproché. Sur f« affaire du juge Borrel » par exemple.

Petit retour en arrière : lorsque, en janvier, la justice française a eu l’audace, dix ans après la disparition du juge Borrel, de mettre en cause les autorités djiboutiennes dans
l’enquête sur son assassinat, l’antenne de RFI a été brutalement coupée à Djibouti.

Façon pour Omar Guelleh, le président de cette aimable contrée, de manifester son irritation. Mais, la semaine dernière, on l’a vu, par deux fois, faire la bise à Chirac sur le perron de l’Elysée…

Auparavant, les patrons de RFI, voulant bien faire, ont multiplié les bourdes. En déprogrammant, le jour de sa diffusion, un sujet sur l’affaire Borrel. Mais, comme la rédaction grognait, l’émission a été passée à l’antenne après quelques modifications.

Droit de non-réponse
Puis, toujours pour ménager Djibouti, la direction a passé à la trappe un article intitulé «Affaire Borrel, l’enquête impossible », publié sur le site Internet de la radio.

Résultat :
le 13 mai, le rédacteur en chef adjoint du site demandait à être démis de ses fonctions.

Le même jour, l’édito international du matin ne convient pas non plus. Dans la conclusion de sa chronique, le journaliste annonce qu’un islamologue connu, par ailleurs consultant régulier du Quai d’Orsay et de RFI, a récemment qualifié d’« irresponsable » le comportement d’Ayaan Hirsi Ali. Une députée des Pays-Bas d’origine somalienne pourtant saluée par toute la presse française pour son combat contre les us et coutumes de l’islam intégriste.

« L’édito ne sera pas rediffusé », décide soudain la direction.

Manque de bol, le technicien présent pour la diffusion du soir n’en est même pas averti, et l’édito est rediffusé…

Contactée par « Le Canard », la direction de RFI n’a pas trouvé le temps de répondre. La prochaine fois, on interrogera directement l’Elysée ou le Quai…

Lauriane Gaud
__________________________________________________________

2 – Fissa, l’Issa !

C’est sûrement, comme l’assure un communiqué de ses services, dans l’espoir que « l’instruction sur l’affaire Borrel (lire aussi page 4) aboutisse dans les meilleurs délais » qu’en visite rapide à Paris, la semaine dernière, le président (réélu de fraîche date) de Djibouti, la terre des Afars et des Issas, Ismaïl Omar Guelleh, a boudé la convocation
du juge chargé du dossier.

« Tout chef d’Etat en exercice bénéficie de l’immunité de juridiction dans ses déplacements à l’étranger », a tenu – c’était nécessaire ? – à rappeler le porte-parole du Quai d’Orsay.

Il peut aussi bénéficier d’attentions chaleureuses.

Guelleh, dont le petit pays abrite une forte base militaire française, s’est ainsi vu gratifier d’une bise par Chirac sur le perron de l’Elysée (avant de remonter dare-dare en voiture). Vérification faite, il paraît que ce n’est sûrement pas pour que « l’instruction Borrel aboutisse dans les meilleurs délais ».