29/12/09 (B531) Le Devoir.com (Ca) D’al-Qaïda à al-Qaïda.

François Brousseau

Le première décennie du XXIe siècle a commencé avec al-Qaïda et s’achève avec al-Qaïda. De l’attentat perpétrée contre le navire USS Cole, dans le golfe d’Aden en octobre 2000 — antécédent oublié du 11 septembre 2001 — jusqu’aux tout récents événements de Detroit, l’ombre de ce fantôme malfaisant a ponctué la décennie: Bali 2002, Casablanca 2003, Madrid 2004, Londres 2005, sans oublier, de façon plus continue, l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan…

La très réelle organisation hiérarchisée qui, il y a bientôt dix ans, complota dans les grottes de l’Afghanistan et commanda aux 19 forcenés du 11-Septembre est devenue, aujourd’hui, un label sous lequel se coalisent, de façon lâche, une nébuleuse de terroristes et d’intégristes davantage liés par leur rage antioccidentale et une vulgate islamique que par une quelconque chaîne de commandement commune.

Il serait ridicule de prétendre, en cette fin de 2009, qu’Oussama Ben Laden aurait tiré les ficelles derrière Umar Farouk Abdul Mutallab… et sa tentative teintée d’amateurisme dans l’avion de la Delta Airlines. Pourtant, par-delà les différences opérationnelles, et malgré l’éclatement d’«al-Qaïda-1», il y a continuité et il y a un rapport entre tous ces événements.

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Ces derniers temps, ce qui est nouveau sur le front «Al-Qaeda and Co.» nous provient de deux pays dont on a peu parlé ces dernières années: la Somalie et le Yémen. Deux pays sur deux continents, qui se font face à travers le golfe d’Aden. Deux pays voisins et ressemblants, tant physiquement que politiquement. Deux pays de misère où le djihad international vient, peu à peu, parasiter un chaos local pour en tirer sa nourriture et de nouvelles perspectives stratégiques.

Le terroriste en herbe dans l’avion Amsterdam-Detroit a déclaré avoir séjourné au Yémen, plus tôt cette année, pour y recevoir instructions et équipement. Que cette affirmation soit exacte ou non, il est significatif qu’une «piste yéménite» émerge spontanément. Quelques jours plus tôt, le Yémen était apparu à la une lorsqu’on a annoncé — jeudi dernier — que 30 membres présumés d’al-Qaida avaient été tués lors d’une série de raids aériens de l’armée yéménite… épaulés logistiquement par les Américains!

De là à dire que le Yémen figure parmi les nouvelles «terres de missions» d’al-Qaïda, il n’y a qu’un pas… Et, d’une certaine façon, ce diagnostic est juste, même s’il s’agit aussi — en l’occurrence — d’un retour aux sources: Oussama Ben Laden est né en Arabie saoudite, mais il est d’origine yéménite et ses racines sont là.

Le Sud-Yémen — pays séparé du Nord jusqu’en 1990 — échappe en bonne partie au contrôle du régime de Sanaa, devenue capitale du pays unifié. On y trouve des tribus sunnites en rébellion ouverte contre le pouvoir central. Mais ces conflits internes et immémoriaux (qu’ils soient tribaux, qu’ils opposent le nord au sud, les chiites contre les sunnites), fondamentalement locaux, ont pris une nouvelle tournure, après 2007, avec l’arrivée de combattants venus de l’Irak, de l’Afghanistan et du Pakistan… qui y ont semé un discours de djihad longtemps resté marginal.

Cette nouvelle donne a changé les cibles des guérillas locales. Depuis quelque temps déjà — deux, trois ans — on vise directement les intérêts étrangers au Yémen, on prend des otages occidentaux… et on «forme» quelques esprits dérangés à la guérilla mondiale, exactement comme en Afghanistan à la fin des années 1990.

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Le discours anti-impérialiste radical, en expansion au Yémen, se trouve renforcé en retour par une intervention américaine, de moins en moins déguisée, qui enrôle le régime de Sanaa dans la «guerre contre le terrorisme» reprise par le gouvernement Obama. Depuis à peine plus d’un an — le fait est donc nouveau — les États-Unis aident militairement le gouvernement du Yémen: de zéro, en 2008, à 70 millions de dollars, en 2009, à 120 millions, en 2010…

Malgré de nombreuses différences locales, on trouve un cas de figure semblable dans la Somalie voisine, où Washington a soutenu ces dernières années l’intervention militaire de l’Éthiopie contre le pouvoir des tribunaux islamiques à Mogadiscio. Là aussi, ce qui était un phénomène strictement interne a changé de nature après l’intervention maladroite de puissances extérieures. Avec le résultat que le chaos somalien est devenu à son tour une affaire internationale, avec al-Qaïda et tutti quanti.

Et aussi avec une amère sensation de déjà vu…

François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. On peut l’entendre tous les jours à l’émission Désautels, à la Première Chaîne radio, et lire ses carnets dans www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.

08/08/09 (B511) La tournée d’Hillary Clinton en Afrique (Le devoir – Canada)

La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a appelé hier à Nairobi l’Érythrée à cesser de soutenir les insurgés islamistes radicaux somaliens des shebab, les qualifiant d’organisation terroriste menaçant la sécurité internationale.

«Il est plus que temps pour l’Érythrée de cesser et de renoncer à son soutien aux shebab et de commencer à devenir un voisin plus coopératif que déstabilisateur», a déclaré Clinton lors d’une conférence de presse conjointe avec le président somalien, Sharif Cheikh Ahmed, à qui elle a réaffirmé son «très fort soutien».

«Il ne fait aucun doute que les shebab veulent obtenir le contrôle de la Somalie pour en faire une base afin d’influencer et même infiltrer les pays voisins et lancer des attaques contre des pays éloignés et voisins», a-t-elle assuré.

Ironie de l’Histoire, l’actuel président somalien, souvent décrit comme un islamiste modéré, était à la tête des tribunaux islamiques qui ont contrôlé une large partie du pays au deuxième semestre 2006, puis a été à la pointe de la résistance contre l’intervention militaire éthiopienne soutenue par les États-Unis.

La secrétaire d’État, actuellement en tournée en Afrique, a par ailleurs qualifié hier de «grand regret» le fait que les États-Unis ne soient pas partie à la Cour pénal Internationale (CPI).

Washington avait officiellement refusé de ratifier ses statuts en mai 2002, craignant que des soldats américains ne puissent y être jugés pour des raisons politiques dans le cadre de leurs interventions à l’étranger.