26/11/2016 (Brève 872) Affaire Borrel : un combat pour la liberté d’expression des avocats (Par Marc Leplongeon dans Le Point)

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La Cour de cassation se prononcera en décembre sur la condamnation en diffamation de Me Morice, avocat de la famille du magistrat assassiné à Djibouti en 1995.

Rarement affaire aura autant cristallisé les dysfonctionnements de l’institution judiciaire. Plus de vingt ans après la mort du juge Bernard Borrel, en octobre 1995, les conditions de son décès n’ont toujours pas été éclaircies. Le magistrat, qui était en mission auprès du ministère de la Justice de Djibouti et qui avait eu à connaître plusieurs affaires sensibles mettant en cause des personnes proches du pouvoir, a-t-il été assassiné ou l’a-t-on poussé au suicide ? Lui, dont le corps avait été retrouvé au bas d’une falaise, en partie dénudé et carbonisé, un jerrican d’essence non loin de la dépouille.

Après des années d’instruction, des dépaysements et dessaisissements de juges, une condamnation fracassante de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), le dossier Borrel a été à nouveau examiné ce vendredi après-midi devant la Cour de cassation, qui devait réexaminer la condamnation pour diffamation de l’avocat historique de la famille, Olivier Morice.

– « Connivence »

Tout remonte au 7 septembre 2000. Ce jour-là, Me Olivier Morice, avocat de la veuve Borrel, décide d’attaquer frontalement dans le journal Le Monde les juges d’instruction Roger Le Loire et Marie-Paule Moracchini. L’avocat remet publiquement en cause leur impartialité, les accuse de « connivence » avec le procureur de la République de Djibouti, et affirme qu’ils ont dissimulé une pièce fondamentale de la procédure. Des propos qui lui valent immédiatement un procès pour diffamation, qu’il perd, avant de laver son honneur en avril 2015 devant la CEDH. L’arrêt est resté célèbre et est aujourd’hui enseigné dans les écoles de droit : il dispose que l’avocat n’a pas outrepassé les limites de la liberté d’expression, et que ses propos étaient de nature à « révéler un dysfonctionnement grave du service de la justice ».

Vendredi, devant la Cour de cassation, l’avocat général a expliqué que l’avocat n’était pas un journaliste, et qu’il n’était donc « pas tenu à un devoir d’objectivité ». Des propos salués par Me Morice qui a dit attendre « un grand arrêt de principe sur la liberté d’expression des avocats, hors du prétoire ». La décision est attendue le 16 décembre prochain.


Multiples ingérences politiques et diplomatiques
« Pendant des années, on a expliqué que Bernard Borrel, ancien major de l’École nationale de la magistrature (ENM), s’était suicidé à Djibouti parce qu’il était pédophile. (…) Vous imaginez un instant ce que sa femme et ses enfants ont entendu ? » interrogeait Me Morice en mars dernier. Ajoutant que l’affaire Borrel était une « honte pour la justice française ».

Au lendemain de la mort du juge, en 1995, l’ambassade de France et la DGSE s’étaient empressées de conclure au suicide. Une version des faits reprise par les juges Moracchini et Le Loire, avant que le dossier change de main en 2000. Et que le nouveau juge d’instruction, Jean-Baptiste Parlos, ainsi que ses successeurs privilégient la thèse de l’assassinat. Depuis, le dossier est une succession d’errements judiciaires. Les demandes d’audition et les mandats d’arrêt internationaux sont ignorés des autorités concernées, les juges se heurtant à l’immunité diplomatique des suspects, protégés par la France. Ultime ingérence : le 29 janvier 2005, le ministère des Affaires étrangères français promet par communiqué aux autorités djiboutiennes qu’une copie du dossier d’instruction leur sera bientôt transmise. Du jamais-vu !

Face à toutes ces pressions, les juges d’instruction, dont Sophie Clément, tiennent bon et parviennent même à perquisitionner la chancellerie et le Quai d’Orsay. En novembre 2015, coup de massue : la ministre de la Justice Christiane Taubira annonce la destruction de scellés réalisés « dans le cadre de l’information judiciaire conduite sur la mort du magistrat Bernard Borrel ». L’Inspection générale des services judiciaires est saisie. On apprend que les indispensables preuves ont été détruites sur la foi d’une mention manuscrite ajoutée à la hâte sur un document… La famille du juge Borrel décide de porter plainte. En mars dernier, Me Morice avait appelé à ce que « la justice française ait enfin le courage de se remettre en question ». « Nous espérons que même avec la destruction des scellés, ceux qui ont commandité le meurtre de Bernard Borrel seront un jour jugés », avait-il conclu.

05/04/2016 (Brève 721) Le Point avec AFP / Pour dénoncer des viols, des Djiboutiennes en grêve de la faim

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De l’eau, du jus de pomme, du thé sucré: depuis onze jours, Fatouma, Aïcha et les autres, n’ont rien mangé. Après des années de lutte silencieuse – et vaine -, ces neuf Djiboutiennes mènent une grève de la faim en France pour dénoncer des viols dans leur pays.

« Ce n’est pas par plaisir que je m’affame », explique Fatou Ambassa. Cette Djiboutienne de 30 ans jeûne en mémoire de sa cousine, Halima. « Ils étaient plusieurs soldats. Ils l’ont violée devant ses parents. C’était en 2003, elle avait 16 ans ». Hémorragie, dépression. « Elle s’est laissé mourir », dit Fatou.

Le 25 mars, avec neuf membres du « Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l’impunité », elle a cessé de manger. Vendredi, l’une d’elle, trop affaiblie, a été contrainte par les médecins de se réalimenter.

Ses compagnes restent couchées, serrées sur des lits de camp dans le local exigu de l’association Femmes solidaires qui les accueille à Arcueil, au sud de Paris. Sous leurs voiles multicolores, traditionnels sur les bords de l’océan Indien, leurs visages trahissent la fatigue mais restent déterminés.

Quatre d’entre elles affirment avoir été violées par des soldats dans leur pays, il y a plusieurs années. Des « allégations sans aucune crédibilité », selon le gouvernement de Djibouti, petit pays de la corne de l’Afrique stratégiquement situé.

Ces femmes sont Afar – une ethnie qui vit dans un vaste triangle à cheval sur l’Ethiopie, Djibouti et l’Erythrée. Avant de se réfugier en France ou en Belgique, elles habitaient à Djibouti, dans les régions du nord et du sud-ouest où opère depuis 25 ans la rébellion armée du FRUD.

Ce Front pour la restauration de l’unité et la démocratie, un mouvement de rébellion Afar, combat sporadiquement les forces régulières depuis sa création en 1991.

A l’encontre de ce mouvement armé mais aussi des populations civiles qui le soutiennent ou qui l’entourent, l’armée djiboutienne mène des opérations de représailles », explique Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH). « Des arrestations arbitraires, parfois des exécutions sommaires, mais surtout des violences sexuelles », qui ont pour but « de couper la population civile de la rébellion du FRUD », selon ce responsable.

– Enquête internationale –

C’est par gestes que Fatou Abdallah raconte le viol dont elle a été victime début 2007. Malentendante, elle montre les barrettes sur les épaules des militaires, croise les poignets pour dire qu’elle exige leur arrestation. Son père s’est battu pour obtenir justice. Sans succès.

« On réclame que ces viols soient reconnus comme crimes de guerre et qu’une enquête internationale soit menée », lance Aïcha Dabalé, porte-parole du Collectif. Elle est l’épouse de Mohamed Kadamy, actuel président du FRUD, mais assure ne pas agir au nom de la rébellion.

Ses accusations sont rejetées par le gouvernement djiboutien. « Depuis 1991, aucune preuve n’a été fournie aux autorités djiboutiennes pour étayer ces affirmations » de viols, a assuré un porte-parole, dans une déclaration à l’AFP.

Le Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l’impunité, créé en 1993, a recensé depuis 246 cas de viols par des militaires, mais selon Aïcha Dabalé, bien d’autres agressions sexuelles ont été commises. Toute la difficulté est de rassembler les témoignages, et les preuves, souligne-t-elle.

Médecins et avocats refusent de prendre en charge ces femmes, parce qu’elles accusent des soldats, dénonce-t-elle. « Une vingtaine de plaintes ont été déposées, mais aucune n’a abouti ».

« Notre espoir c’est la France », lance Fatou Ambassa, à l’ancienne puissance coloniale qui maintient à Djibouti sa principale base en Afrique. « La France ne peut pas fermer les yeux sur des violations massives des droits fondamentaux », ajoute Aïcha.

Le gouvernement djiboutien dénonce lui « une campagne » coordonnée par « l’opposition politique », à l’approche des élections présidentielles du 8 avril. En poste depuis 1999, le président djiboutien Ismaël Omar Guelleh y briguera un quatrième mandat de cinq ans.

04/02/2014 (Bréve 355) Le Point / Génocide rwandais: procès historique à Paris d’un ancien officier

C’est un procès historique qui s’ouvre mardi matin devant les assises de Paris. Près de 20 ans après le génocide au Rwanda, la France, souvent accusée d’avoir soutenu le régime génocidaire, juge un ancien officier rwandais pour son rôle dans ce drame.

Pascal Simbikangwa, 54 ans, paraplégique et qui comparaîtra en fauteuil roulant, est jugé pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité, accusé d’avoir incité, organisé et aidé, notamment en organisant des barrages et en armant les miliciens qui les tenaient, les massacres qui firent quelque 800.000 morts en 100 jours, entre avril et juillet 1994. L’ancien capitaine, passé dans la police secrète après l’accident qui l’a privé de l’usage de ses jambes en 1986, nie en bloc les faits, pour lesquels il risque la perpétuité.

Le procès, exceptionnellement filmé pour l’Histoire, doit durer six à huit semaines. Après la sélection du jury, la première journée sera consacrée au résumé des accusations et au début de l’interrogatoire de CV de l’accusé. Simbikangwa avait été arrêté en octobre 2008 sur l’île française de Mayotte où il vivait sous une autre identité, pour une affaire de trafic de faux papiers.

Alors qu’il était recherché par Interpol, la justice française a refusé son extradition vers Kigali, comme elle l’a toujours fait, et le juge donc elle-même aujourd’hui, en vertu d’accords avec le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Les deux premières semaines d’audience seront principalement consacrées à retracer le contexte ayant conduit, il y a deux décennies et à des milliers de kilomètres, au massacre de centaines de milliers de Tutsi, ainsi que de Hutu modérés, par les milices endoctrinées et armées par le régime du président hutu Juvénal Habyarimana, dont l’assassinat le 6 avril fut l’événement déclencheur du génocide.

« Un rouage qui met en route la mécanique »
Simbikangwa reconnaît volontiers sa proximité avec le premier cercle du pouvoir hutu, « l’akazu » (petite maison), dont de nombreux responsables ont été condamnés pour leur rôle dans le génocide.

Mais il réfute toute implication dans les massacres et ses avocats, Alexandra Bourgeot et Fabrice Epstein, dénoncent un dossier fragile où « les seules accusations, ce sont des témoignages ». La justice a d’ailleurs renoncé à le poursuivre pour génocide, ne retenant que la complicité. La complicité « n’est en rien une diminution de responsabilité », réplique Simon Foreman, avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), pour qui Pascal Simbikangwa est « un rouage qui met en route la mécanique exécutée par d’autres ».

La cour entendra une trentaine de témoins rwandais sur les faits, dont par visioconférence certains détenus condamnés par le TPIR ou la justice rwandaise, et d’autres que la justice fera venir du Rwanda pour évoquer les événements dans la préfecture de Gisenyi, région d’origine de Simbikangwa (et de la famille Habyarimana) où il avait une ferme, et dans le quartier chic de Kigali où il habitait.

La défense dénonce un procès éminemment politico-diplomatique, alors que Kigali et Paris, accusé par les autorités rwandaises issues de l’ex-rébellion tutsi d’avoir soutenu les génocidaires, se sont rapprochés, après trois années de rupture des relations diplomatiques (2006/09). « On a l’impression que c’est les 20 ans du génocide des Tutsi et que donc il faut condamner Pascal Simbikangwa, parce que c’est le premier qui est traduit devant une cour d’assises et qu’il faut en faire un exemple », fustige Me Epstein.

C’est au contraire auparavant qu’il « y avait une volonté politique que ces affaires n’aboutissent pas », rétorque Michel Tubiana, avocat de la Ligue des droits de l’Homme, partie civile. « C’est le procès en responsabilité d’un homme, une cour d’assises n’est pas faite pour faire l’Histoire (…) Mais les choses peuvent et doivent être dites. »

31/08/2013 (Brève 195) ALERTE ROUGE – Le Point / Djibouti: les fils du juge Borrel dénoncent des pressions

Les fils du juge Borrel ont demandé samedi au président de la République et aux ministres de la Justice et des Affaires étrangères d' »agir sans délai » pour que cessent menaces et pressions deDjibouti pour obtenir l’extradition d’un témoin-clé dans cette affaire.

Mohamed Saleh Alhoumekani avait mis en cause, dans la mort en 1995 du magistrat français Bernard Borrel, l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh et son entourage. Il a été interpellé au Yémen la semaine dernière, selon son avocat Me Luc Cambier, qui redoute son renvoi vers Djibouti. Mais les autorités yéménites, citées mardi par le ministre belge des Affaires étrangères, ont assuré qu’il ne risquait pas d’être extradé.

Dans un communiqué de leur avocat Me Laurent de Caunes, Louis-Alexandre et François-Xavier Borrel, fils du juge, demandent à François Hollande et à ses ministres, « ainsi qu’à tous les responsables politiques attachés à la défense des droits de l’Homme, d’agir sans délai pour que cessent les menaces et les pressions qu’exerce le gouvernement de Djibouti pour obtenir, contre toutes les règles du droit international, son extradition ».

« Ils savent, par l’expérience tirée de l’instruction, que les autorités djiboutiennes n’ont jamais cessé de tenter d’intimider, d’influencer ou de faire taire les témoins les mettant en cause dans la mort de leur père, et ce qui se passe en ce moment en est une nouvelle – et peut-être dernière – illustration », ajoutent-ils.

De son côté, l’Association pour le respect des droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) a estimé dans un communiqué que « la pression et la manipulation s’intensifient vers le gouvernement du Yémen pour qu’il extrade vers Djibouti » Mohamed Saleh Alhoumekani. Il pourrait être jugé extradable dans le week-end, « entraînant de fait le risque de clôture de l’instruction en cours en France », affirme l’ARDHD.

Magistrat français détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, en contrebas d’un ravin, à 80 km de Djibouti. Son coprs étaient en partie carbonisé. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais en se basant sur de nouvelles expertises et témoignages, l’enquête française privilégie désormais celle d’un assassinat.

21/12/2011 (B635) Nouveaux rebondissements dans l’affaire Borrel..

_______________________________ Note de l’ARDHD

Ce n’est certainement pas par hasard que sort dans toute la presse une information capitale sur l’affaire Borrel, à savoir que l’Armée française était au courant dès 1995, de l’assassinat ….

Pas par hasard, puisque c’est le jour où Guelleh va rencontrer Sarkozy à l’Elysée …

Qui a choisi ce moment pour faire sortir cette information ? L’Elysée ? ou … ? Nous le savons pas pour le moment.

Mais la visite de Guelleh tout à l’heure s’annonce probablement sous des auspices difficiles …

Nous reprenons uniquement l’article du Point, mais les lecteurs pourront trouver des articles sur le sujet dans toute la presse française et africaine.

____________________________________ Le Point

L’armée française a été informée de l’assassinat du juge Bernard Borrel, via des écoutes de la police djiboutienne, peu après son décès, selon le témoignage d’un militaire français en poste à Djibouti à l’époque

L’armée française a été informée de l’assassinat du juge Bernard Borrel, via des écoutes de la police djiboutienne, peu après son décès, selon le témoignage d’un militaire français en poste à Djibouti à l’époque et révélé mercredi par la radio France Culture et consulté par l’AFP.

Magistrat détaché à Djibouti, Bernard Borrel a été retrouvé mort le 19 octobre 1995, le corps en partie carbonisé, en contrebas d’un ravin, à 80 km de Djibouti. L’enquête française a privilégié dans un premier temps la thèse du suicide avant de retenir celle d’un assassinat après de nouvelles expertises.

Fabrice Paraschos était affecté de 1995 à 1997 comme chauffeur au détachement autonome de transmission (DAT) de l’armée française à Djibouti, « c’est-à-dire aux +grandes oreilles+ de l’armée qui écoutent en ce qui concerne l’Afrique de l’Est, toute intrusion sur le territoire djiboutien », a-t-il expliqué à la juge Sophie Clément en juillet.

« Un jour, j’ai entendu dire au centre qu’un homme avait été immolé par le feu par des personnes du nord du territoire à l’aide de jerricanes d’essence. C’était un Français qui avait été brûlé non loin du Goubet. C’était dans la ville d’Arta », a-t-il déclaré à la juge. Le corps de M. Borrel a été retrouvé non loin du Goubet.

« On n’était pas censé entendre les écoutes mais on vivait en permanence avec des militaires qui procédaient aux écoutes. C’était vers 11 heures-midi, je ne sais même pas si nous n’étions pas à table. L’information venait de sortir », a ajouté le témoin.

« C’était une information provenant de la surveillance des communications internes de la police djiboutienne », a précisé M. Paraschos.

Selon ce témoin, la Prévôté (détachement de la gendarmerie en charge de la police militaire) est alors « intervenue », a-t-il dit sans savoir de quelle façon.

« Aujourd’hui je peux donc affirmer que M. Borrel ne s’est pas suicidé. Il a été tué et des militaires étaient au courant », a-t-il ajouté.

Après ce témoignage, la veuve du juge Borrel, Elisabeth Borrel demande à nouveau que tous les documents classés secret défense relatifs à la mort de son mari soient déclassifiés.

« Le chef de l’Etat (Nicolas Sarkozy) m’avait assuré en 2007 que le secret-défense serait levé. Or rien n’a été fait. Il faut que tous les documents datés d’avril 1994 (date d’arrivée du juge à Djibouti, ndlr) à 1997 soient déclassifiés » a dit Mme Borrel à l’AFP.

Pour l’ancien militaire, « il y a forcément une trace » de l’écoute de la police djiboutienne « sauf si elle a été délibérément supprimée », a-t-il dit, précisant que les informations du jour étaient transmises par télex au ministère de la Défense.

Cette information est révélée alors que le président Nicolas Sarkozy doit s’entretenir dans l’après-midi à Paris avec son homologue djiboutien Ismaël Omar Guelleh.

L’enquête française menée à Paris par la juge Clément privilégie désormais la thèse d’un assassinat. Des témoignages, dont celui de l’ex-membre de la garde présidentielle Mohamed Saleh Alhoumekani, mettent directement en cause le président Guelleh et son entourage.

L’affaire Borrel a empoisonné pendant des années les relations entre Paris et son ex-colonie, où la France dispose de sa plus importante base militaire à l’étranger avec près de 3.000 hommes.

16/12/2011 (B634) Un franco-djiboutien, qui vivrait en Suisse officiellement, mais qui serait établi à Paris, est mis à l’honneur dans l’affaire de détournements de fonds et de commissions occultes (dite Karachi / Vente d’armes) par le Journal Le Point, dont nous reprenons des extraits. (Infos lecteur)

____________________________ Note de l’ARDHD

Fils de l’ancien directeur de la Banque Indosuez Mer Rouge à Djibouti, beau-frère de Me Aref (« Le corbeau repenti ») et neveu du Premier Ministre Dileita (« La vache qui rit »), Wahib Nacer sévit dans la haute finance … Sont citées : une filiale du Crédit Agricole, domiciliée … aux Bahamas et une société financière appartenant à la famille du ministre de la Défense saoudien de l’époque, Ali Bugshan, ???

Trés discret de nature et on comprend maintenant pourquoi, il est désigné par Takiedine dans une interview accordée au Journal Le Point, comme le mystérieux banquier au sein de l’affaire, qui aurait mis en place un système de commissions occultes en faveur du clan Chirac.

On pourrait alors se demander s’il n’aurait pas aussi servi d’intermédiaire entre le clan Chirac et IOG pour solder des « petites » affaires courantes. N’allons pas jusqu’à parler des arrangements dans le règlement de l’assassinat du Juge Borrel ou d’autres.

________________________ Encadré du Point :

Un mystérieux banquier au coeur de l’affaire

A en croire Takieddine, le banquier Wahib Nacer serait l’homme qui a mis en place un système de commissions occultes en faveur du clan Chirac.

Ce Franco-yéménite de 67 ans chargé de la clientèle banque privée pour la zone Moyen-Orient au Crédit agricole suisse aurait, parallèlement à ses activités bancaires, été le gérant (de fait ou de droit) de la société écran Parinvest, qui a perçu 85 millions de francs en marge du contrat Sawari II.

Cette structure, immatriculée aux îles Vierges avec une domiciliation en Suisse, aurait ensuite servi, selon Takieddine, à redistribuer l’argent des commissions, via un compte Crédit agricole aux Bahamas. Vers quel(s) destinataire(s) ? Takieddine pointe les liens entre Nacer et l’intermédiaire concurrent Alexandre Djouhri, domicilié comme lui à Chêne-Bougeries, près de Genève.

Des élucubrations, selon l’entourage de Djouhri, qui certifie que ce dernier ne connaissait pas à l’époque Nacer et qu’il n’a aucun lien avec la société Parinvest.

L’intermédiaire nous fait savoir qu’il a porté plainte pour dénonciation calomnieuse

____________________________ Extraits de l’article principal

Takieddine : « Je veux faire tomber le système »

Rebondissement dans l’affaire Karachi.

Les juges Le Loire et Van Ruymbeke viennent d’obtenir le feu vert du parquet de Paris pour élargir leurs investigations. Jusqu’à présent, les deux magistrats pistaient les commissions en marge du contrat de vente de sous-marins au Pakistan qui auraient pu bénéficier au clan d’Edouard Balladur, alors Premier ministre. L’enquête vient de bifurquer vers l’entourage de Jacques Chirac.

La justice soupçonne les chiraquiens d’avoir détourné après leur arrivée au pouvoir, en 1995, une partie des commissions sur un autre contrat d’armement signé sous Balladur avec l’Arabie saoudite, cette fois.

A l’origine de cette nouvelle piste, l’intermédiaire Ziad Takieddine, homme clé des négociations avec les Saoudiens. Mis en examen pour complicité et recel d’abus de biens sociaux, l’insaisissable Libanais évoque aujourd’hui un véritable système de corruption et réclame, comme le révèle Le Point, l’audition de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin.

Tentative d’assassinat, libération des infirmières bulgares, négociation de la dernière chance avec Kadhafi… « Monsieur T. » se livre.

(…)

Qu’est devenu l’argent des commissions qui n’a pas été versé aux intermédiaires saoudiens ?

Sur ordre de l’entourage de Jacques Chirac, l’ancien contrat Sawari II a été déchiré et remplacé par d’autres, à l’insu de l’Arabie saoudite. Ces nouveaux contrats prévoyaient le versement par la Sofresa de 85 millions de francs à Parinvest, une société domiciliée en Suisse.

Une autre société, Issham, en Arabie saoudite, aurait perçu 1,4 milliard de francs. Les transferts à ces deux sociétés ont le même destinataire, la structure Al Bugshan à Genève, appartenant à la famille du ministre de la Défense saoudien de l’époque, Ali Bugshan.

213 millions d’euros se seraient évaporés dans la nature…
Oui. C’est du détournement de fonds. Une partie de l’argent a transité par une filiale du Crédit agricole suisse, aux Bahamas.

Son directeur était Wahib Nacer.

C’est l’homme le plus discret de la République. Il est né à Djibouti, mais il est de nationalité française, marié à une Française. Il est supposé vivre en Suisse, mais je sais qu’il habite à côté de chez moi, à Paris. C’est lui qui a géré la société suisse Parinvest, détenue par le groupe saoudien Al Bugshan.

Quel rapport avec Dominique de Villepin ?
Wahib Nacer est un proche de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, grand ami de Villepin. En 1997, alors qu’officiellement le nouveau gouvernement a coupé le robinet des commissions en marge de Sawari II, l’Elysée me demande de reprendre langue avec les Saoudiens. Sur place, je découvre qu’il existe un deuxième contrat négocié par un deuxième intermédiaire, Alexandre Djouhri.

Ce contrat prévoit des commissions de l’ordre de 17 %, bien supérieures à ce qui était prévu initialement.

(…)

Avez-vous les preuves de ce que vous avancez ?
Il faut maintenant que l’enquête soit élargie à d’éventuels faits de corruption ayant eu lieu après 1995. C’est le sens du supplétif demandé grâce à moi par les juges le 3 novembre.

Le juge trouvera les preuves s’il donne suite à mes demandes d’acte et procède aux auditions de Michel Mazens, président de la Sofresa jusqu’en 2006, de Wahib Nacer, dirigeant de Parinvest, et de Dominique de Villepin, qui prétend avoir arrêté les commissions, alors que c’est faux. Entendu le 23 septembre, l’ancien directeur général délégué de la Sofresa Jacques-Yves Gourcuff a confirmé le reroutage des commissions.

Le juge devrait aussi obtenir du Crédit agricole en Suisse, à Bahreïn et aux Bahamas les mouvements de fonds concernant les sociétés Sofresa, Parinvest et Sofresa-Issham. S’il fait cela, il sera proche de la vérité.

(…)

JEAN-MICHEL DÉCUGIS,
MÉLANIE DELATTRE
ET CHRISTOPHE LABBÉ


24/11/2011 (B631) Le Point : Djibouti condamne Total

Deux succursales de la compagnie pétrolière écopent d’amendes records pour ses rejets d’hydrocarbures en mer.

Par Karyn Poupée

La chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Djibouti a condamné, le 16 novembre, deux succursales de Total pour mise en danger d’autrui. Chacune devra verser 100 millions d’euros de dommages et intérêts ainsi qu’un million d’euros d’amende. Le gouvernement djiboutien reproche à la firme française ses rejets d’hydrocarbures en mer.

Selon le jugement, consulté par Le Point.fr, Total dispose de trois mois pour remettre en état les sites touchés par la pollution, sous peine d’astreinte de plusieurs milliers d’euros par jour.

Record

Contacté par Le Point.fr, l’avocat parisien de Djibouti Me Ardavan Amir Aslani a confirmé l’information, mais n’a pas souhaité faire de commentaire. Total semble avoir pris acte de la décision. Un porte-parole a déclaré : "Nous avons fait appel de cette décision le 19 novembre et nous ne souhaitons pas commenter une affaire en cours."

La justice djiboutienne a ordonné le règlement rapide du montant des dommages et intérêts.

Ce n’est pas la première fois que Total fait l’objet d’une condamnation, par exemple à la suite de la catastrophe de l’Erika en France ; il s’agit néanmoins d’une première pour des montants aussi importants.

19/02/11 (B592) Le Point avec AFP / DJIBOUTI – Manifestation de l’opposition contre le régime, heurts avec la police

L’ancienne colonie française compte moins de 900 000 habitants.

De violents affrontements ont éclaté vendredi soir à Djibouti à l’issue d’une manifestation sans précédent de l’opposition qui a rassemblé plusieurs milliers de personnes dénonçant le régime du président Ismaël Omar Guelleh. Les affrontements ont commencé à la nuit tombée autour du stade Gouled, où étaient rassemblées depuis l’après-midi plusieurs milliers de personnes à l’appel de la principale coalition de l’opposition, l’Union pour l’alternance démocratique (UAD). Les forces de l’ordre tiraient des grenades lacrymogènes pour disperser les manifestants, qui répondaient par des jets de pierres et harcelaient les forces de l’ordre par petits groupes.

De nombreuses détonations pouvaient être entendues dans ce secteur de la capitale, où des voitures étaient en flammes et les policiers, matraque en main, tentaient d’interpeller les émeutiers.

Dans la soirée, toute la capitale djiboutienne était quadrillée par les forces de l’ordre, alors que les violences se poursuivaient encore vers 21 heures, heure locale. Les locaux d’une ONG présidée par Kadra Mahmoud Haïd, l’influente épouse du président Guelleh, ont été saccagés. Vendredi soir, la radio et la télévision publiques n’avaient fait aucune mention de la manifestation du jour ou des incidents en cours.

« Soulèvement populaire pacifique »

Le rassemblement s’est déroulé dans le calme toute la journée et a rassemblé plusieurs milliers de personnes faisant sans cesse référence aux révolutions tunisienne et égyptienne. « IOG (Ismaël Omar Guelleh) dehors ! », proclamaient les banderoles des manifestants, composés essentiellement de jeunes et d’étudiants, entre les discours successifs des responsables de l’UAD appelant au « soulèvement populaire pacifique » pour faire tomber le régime.

En fin d’après-midi, les protestataires ont annoncé leur intention de poursuivre leur sit-in jusqu’à la chute du régime, précipitant l’intervention des forces de l’ordre.

Un tel rassemblement de l’opposition est extrêmement rare à Djibouti, petit pays de la Corne de l’Afrique, où le président sortant brigue un troisième mandat à l’élection présidentielle prévue le 8 avril prochain. Des manifestations de lycéens et d’étudiants avaient eu lieu les 5 et 6 février à Djibouti, à l’origine pour protester contre un problème de notation à de récents examens des étudiants en droit.

Pièce maîtresse de la lutte antiterroriste

Les manifestants s’étaient alors violemment opposés aux forces de l’ordre, leur rassemblement tournant au fil des heures en une contestation plus globale du régime.

Les autorités avaient procédé dans les jours suivants à plusieurs arrestations de militants de l’opposition, mais également de défenseurs des droits de l’homme, dont certains ont été inculpés, depuis lors, de « participation à un mouvement insurrectionnel ».

Ancien directeur de cabinet du premier président djiboutien Hassan Gouled Haptidon (1977-1999), Omar Guelleh lui avait succédé en 1999 à la tête du pays. Il a été le seul candidat à la présidentielle de 2005, l’opposition ayant appelé au boycott. En avril 2010, le Parlement a voté une réforme constitutionnelle lui permettant de se représenter pour un troisième mandat.

Ancienne colonie française, Djibouti compte moins de 900 000 habitants et est majoritairement peuplé d’Afars et d’Issas. Les pouvoirs sont répartis entre ces groupes par la Constitution. Petit État bénéficiant d’une position stratégique hors pair à l’entrée de la mer Rouge, le long d’une des voies maritimes les plus fréquentées au monde,

Djibouti abrite la principale base militaire française à l’étranger, une importante base militaire américaine et, depuis 2010, une base japonaise.

Le pays est devenu la pièce maîtresse de la lutte antiterroriste dans la Corne de l’Afrique depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis.