04/08/09 (B510) L’Expression (Algérie) Mme Clinton veut témoigner du nouvel engagement US envers l’Afrique.

La chef de la diplomatie américaine Hillary Clinton entame demain une tournée dans sept pays africains, avec le souci de démontrer au continent noir l’implication des Etats-Unis, accaparés jusque-là par d’autres régions du globe.
Au cours de ce périple de onze jours, le plus long depuis sa prise de fonctions, Mme Clinton, qui défend ardemment les droits des femmes, prévoit notamment de rencontrer des victimes de viols.

La secrétaire d’Etat veut tisser de nouveaux liens avec trois puissances africaines, le Kenya, le Nigeria et l’Afrique du Sud, et visitera aussi trois pays, l’Angola, la République démocratique du Congo et le Libéria, frappés par des violences.
Elle terminera son voyage par le Cap Vert, petit Etat allié de Washington.

Elle prévoit également de rappeler à l’ordre l’Erythrée, accusée de financer les militants islamistes chez son voisin somalien, et de pousser à une plus grande démocratie au Zimbabwe. «L’administration est engagée envers l’Afrique.

L’administration est capable de s’occuper de plusieurs sujets de politique étrangère en même temps», a souligné Johnnie Carson, secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique. Il a rejeté l’idée selon laquelle les Etats-Unis s’inquièteraient de l’influence grandissante de la Chine en Afrique mais a mis l’accent sur la démocratie et les droits de l’homme. Mme Clinton commencera sa tournée par le Kenya, pays natal du père du président américain Barack Obama.

M.Obama avait choisi le Ghana pour sa première visite présidentielle sur le continent le mois dernier. Il y avait exhorté les Africains à prendre leur avenir en main en réclamant une meilleure gouvernance et en luttant contre la corruption.

Le voyage de Barack Obama au Ghana «était plus symbolique que substantiel.
Il est resté moins de 24 heures et a fait un discours que certains ont considéré comme un peu paternaliste», a estimé Jendayi Frazer, ancienne secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique sous George W.Bush. Il y a eu «un grand vide» dans la politique africaine des Etats-Unis depuis l’arrivée de M. Obama à la Maison- Blanche, a ajouté Mme Frazer, aujourd’hui professeur à la Carnegie Mellon University.

Elle salue la longue tournée de Mme Clinton en Afrique mais «la question est de savoir (…) quelle en sera la substance», relève-t-elle. A Nairobi, la secrétaire d’Etat participera à un forum sur la coopération économique et rappellera l’importance accordée par les Etats-Unis au fonds de 20 milliards de dollars adopté par le G8, en juillet en Italie, pour dynamiser l’agriculture et lutter contre la faim.

Ce sera la première fois que Mme Clinton se rendra dans ces pays africains, à l’exception de l’Afrique du Sud. L’ancien président Bill Clinton, champion du développement en Afrique, ne l’accompagnera pas dans ce voyage.

La chef de la diplomatie américaine ne se limitera pas aux palais présidentiels et réunions officielles, mais consacrera une grande partie de son temps, ce qui est devenu sa marque, à des rencontres avec des étudiants, des personnels médicaux ou des femmes entrepreneurs.
En République démocratique du Congo, Mme Clinton se rendra à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu (est), où se trouve une foule de réfugiés depuis le génocide de 1994 au Rwanda voisin.

Elle y rencontrera des victimes de violences sexuelles, dont le nombre a monté en flèche depuis l’offensive gouvernementale en janvier.
Selon l’ONU, près de 3500 femmes ont été violées, par les groupes armés des deux bords, depuis le début de l’année.

14/10/08 (B469) L’Expression (Algérie) PRÉSENCE US DANS LE CONTINENT NOIR

L’Afrique aux… Américains

Ils ont rencontré des autorités politiques et militaires en Algérie, au Maroc, en Libye, en Égypte et à Djibouti.

Dans une totale discrétion et loin des projecteurs de l’actualité, le drapeau du nouveau commandement des États-Unis en Afrique (Africom) a été déployé, le 1er octobre dernier, lors d’une cérémonie officielle organisée au Pentagone et à laquelle ont assisté des dignitaires africains et des membres du Congrès.

L’occasion était la célébration de la naissance officielle de l’Africom, tant décrié par certains dirigeants et organisations africains. Aucune précision n’a été donnée sur le nom de ces «dignitaires» qui ont assisté à la naissance d’un projet qui suscite encore une grande réticence. Ainsi, c’est dans la discrétion que l’armée américaine a inauguré son 6e commandement géographique, qui est consacré exclusivement à l’Afrique.

C’est également dans la discrétion la plus totale qu’ont été entamées les consultations au sujet de ce commandement. Pendant deux mois, avril et mai derniers, une délégation gouvernementale américaine conduite par le sous-secrétaire d’Etat américain à la Défense, Ryan Henry, a effectué deux tournées en Afrique. On a appris, de source sûre, qu’à l’issue de sa tournée, le responsable américain a rencontré des autorités politiques et militaires en Algérie, au Maroc, en Libye, en Egypte et à Djibouti ainsi que des responsables de l’Union africaine.

Les Américains ne se sont pas limités à ces rencontres. M.Henry s’est également entretenu avec de hauts responsables français lors de son escale à Paris, où il a également eu des entretiens avec les attachés militaires d’une quarantaine de pays. Une autre série d’entretiens a eu lieu avec des représentants du Royaume-Uni, de la France et d’autres pays européens.

De ce fait, le projet américain aux contours très peu clairs, devient une affaire internationale qui regroupe les grandes puissances. Sinon, comment expliquer le fait d’associer la France et la Grande-Bretagne à un projet élaboré et pensé par les Américains? Cela étant, M.Henry a tenté de convaincre les pays africains qui ont ouvertement émis des réserves, dont l’Algérie, en rassurant que l’Africom «ne signifie pas l’installation de bases militaires en Afrique» de même que «cette structure n’est pas destinée à faire la guerre».

Théoriquement destiné à prévenir la guerre, et non pas à la faire, ce nouveau commandement, dont le quartier général est à Stuttgart, en Allemagne, a été créé afin de «renforcer la sécurité des partenaires africains des États-Unis, et non pas pour établir une présence militaire américaine sur le continent africain». C’et du moins ce que soutiennent les responsables de cette structure. Mais plusieurs raisons, parfois subjectives, légitiment la réticence et la perplexité des Etats africains.

A commencer par la formulation même de ce projet où l’aspect militaire, même camouflé, déteint sur le reste des objectifs annoncés. Echaudés par l’expérience de l’armée américaine en Afghanistan et en Irak, les dirigeants africains, poussés par leurs oppositions internes, affichent une opposition envers une présence militaire même symbolique. Une crainte d’autant plus justifiée que l’un des premiers objectifs de cet Africom est d’abord d’ordre sécuritaire, à savoir la lutte implacable contre le terrorisme islamiste même si, dans le pacte que propose l’Oncle Sam, il y a d’autres préoccupations: le général William Ward, qui est responsable de cette structure, a déclaré qu’il se concentrerait sur un large éventail de programmes, notamment la lutte contre le trafic des stupéfiants et le terrorisme ainsi que le renforcement des capacités des forces maritimes et terrestres des pays africains. Si l’on croit les responsables américains, cet Africom jouera également un rôle sur le plan de la prévention des conflits, ce qui contribuera à la protection de précieuses ressources.

Selon une étude réalisée par l’université d’Oxford, un conflit dans un pays à faible revenu coûte environ 64 milliards de dollars. Or, au cours des 25 dernières années, 21 pays africains ont vécu un conflit. Ce qui donne un argument de taille aux Américains pour asseoir leur stratégie même si les doutes et les réticences persistent.

Brahim TAKHEROUBT