14/07/2017 (Brève 1029) Erythrée : les Français inquiets pour Djibouti. Paris accroît la défense de l’espace aérien de l’ancienne colonie. (Jean-Dominique Merchet / Liberation -Info lecteur ATTENTION ARTICLE DATANT DE 1999)

Lien avec l’article : http://www.liberation.fr/planete/1999/02/12/erythree-les-francais-inquiets-pour-djibouti-paris-accroit-la-defense-de-l-espace-aerien-de-l-ancien_264801

Dans la corne de l’Afrique, où l’Ethiopie et l’Erythrée s’affrontent, les militaires français sont particulièrement inquiets pour la sécurité de leur «bac à sable», la république de Djibouti. Les 3 100 soldats «prépositionnés» dans cette ancienne colonie ont été placés dans une «posture de vigilance confortée», a annoncé hier le ministère de la Défense. Washington a par ailleurs demandé à ses ressortissants de quitter l’Ethiopie et l’Erythrée.

Aux yeux de l’état-major, la principale menace vient de l’aviation érythréenne, qui pourrait s’en prendre au port de Djibouti, par où transite l’essentiel du commerce de l’Ethiopie. Les militaires redoutent moins un bombardement, peu probable, qu’une simple incursion au-dessus de la ville. Une «gesticulation», comme disent les stratèges, qui ridiculiserait la France, incapable d’assurer la défense de l’espace aérien de Djibouti.

++ Satellite espion.

Les Erythréens ont désormais les moyens d’une telle action. Ils ont acquis six Mig 29, et selon la DGSE, d’autres sont en cours de livraison. Ces avions très performants, de fabrication russe, appartiennent à la même génération que les Mirage 2000 ou les F16 C américains. A plusieurs reprises, le satellite espion français Hélios 1 les a photographiés sur leur base d’Asmara, et des vols de reconnaissance de Mirage IVP auraient eu lieu au-dessus de l’Erythrée. Les Mig 29 seraient pilotés par des «conseillers» étrangers. Prudence. Face à cette menace, Paris renforce les moyens de défense aérienne de Djibouti.

Sur place, l’armée de l’air maintient une dizaine de Mirage F1C de l’escadron Vexin, un chasseur nettement moins moderne que le Mig 29. La marine a envoyé une frégate antiaérienne, le Jean-Bart, qui peut surveiller l’espace aérien erythréen depuis la mer Rouge. C’est sans doute insuffisant: «Nous avons un délai d’alerte de trois minutes», reconnaît-on au ministère de la Défense. Dans cette région montagneuse, un avion de chasse peut se faufiler à basse altitude sous les «lobes» radars sans être détecté.

Et déboucher tranquillement devant Djibouti. Prudente, l’armée de l’air a discrètement envoyé des radars mobiles et des moyens de transmissions supplémentaires. Des batteries de missiles Crotale et Mistral protègent la base aérienne, qui sert d’aéroport à Djibouti, alors que l’état-major étudie la possibilité d’envoyer des missiles sol-air moyenne portée Hawk. Ceux-ci avaient été installés à N’Djamena (Tchad), au plus fort des affrontements avec la Libye. 

29/01/2017 (Brève 915) Erythrée : les Français inquiets pour Djibouti. Paris accroît la défense de l’espace aérien de l’ancienne colonie.(Libération) ATTENTION, il s’agit d’un article de 1999, conseillé par un lecteur.

Lien avec l’article original : http://www.liberation.fr/planete/1999/02/12/erythree-les-francais-inquiets-pour-djibouti-paris-accroit-la-defense-de-l-espace-aerien-de-l-ancien_264801

Dans la corne de l’Afrique, où l’Ethiopie et l’Erythrée s’affrontent, les militaires français sont particulièrement inquiets pour la sécurité de leur «bac à sable», la république de Djibouti. Les 3 100 soldats «prépositionnés» (* D’après nos informations, le chiffre serait plus proche d’une fourchette comprise entre 1.700 et 1.900 – Note de l’ARDHD) dans cette ancienne colonie ont été placés dans une «posture de vigilance confortée», a annoncé hier le ministère de la Défense. Washington a par ailleurs demandé à ses ressortissants de quitter l’Ethiopie et l’Erythrée.

Aux yeux de l’état-major, la principale menace vient de l’aviation érythréenne, qui pourrait s’en prendre au port de Djibouti, par où transite l’essentiel du commerce de l’Ethiopie. Les militaires redoutent moins un bombardement, peu probable, qu’une simple incursion au-dessus de la ville. Une «gesticulation», comme disent les stratèges, qui ridiculiserait la France, incapable d’assurer la défense de l’espace aérien de Djibouti.

Satellite espion. Les Erythréens ont désormais les moyens d’une telle action. Ils ont acquis six Mig 29, et selon la DGSE, d’autres sont en cours de livraison. Ces avions très performants, de fabrication russe, appartiennent à la même génération que les Mirage 2000 ou les F16 C américains. A plusieurs reprises, le satellite espion français Hélios 1 les a photographiés sur leur base d’Asmara, et des vols de reconnaissance de Mirage IVP auraient eu lieu au-dessus de l’Erythrée. Les Mig 29 seraient pilotés par des «conseillers» étrangers. Prudence. Face à cette menace,

Paris renforce les moyens de défense aérienne de Djibouti. Sur place, l’armée de l’air maintient une dizaine de Mirage F1C de l’escadron Vexin, un chasseur nettement moins moderne que le Mig 29. La marine a envoyé une frégate antiaérienne, le Jean-Bart, qui peut surveiller l’espace aérien erythréen depuis la mer Rouge. C’est sans doute insuffisant: «Nous avons un délai d’alerte de trois minutes», reconnaît-on au ministère de la Défense. Dans cette région montagneuse, un avion de chasse peut se faufiler à basse altitude sous les «lobes» radars sans être détecté. Et déboucher tranquillement devant Djibouti. Prudente, l’armée de l’air a discrètement envoyé des radars mobiles et des moyens de transmissions supplémentaires.

Des batteries de missiles Crotale et Mistral protègent la base aérienne, qui sert d’aéroport à Djibouti, alors que l’état-major étudie la possibilité d’envoyer des missiles sol-air moyenne portée Hawk. Ceux-ci avaient été installés à N’Djamena (Tchad), au plus fort des affrontements avec la Libye. 

07/04/2016 (Brève 724) Liberation : Elections en Françafrique : la France doit en finir avec son soutien militaire aux dictatures (signé par SURVIE, ARDHD et de nombreuses associations et personnalités)

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Alors que des élections se tiennent dans plusieurs états de l’ancien pré carré français, plusieurs associations et personnalités lancent un appel à suspendre la coopération militaire et sécuritaire avec des régimes liberticides et criminels et à cesser tout accueil des dictateurs.

Elections en Françafrique : la France doit en finir avec son soutien militaire aux dictatures

En ce premier semestre 2016, des élections présidentielles convoquent devant les urnes plusieurs régimes clés de la «Françafrique» : le Congo du clan Sassou Nguesso le 20 mars passé, Djibouti aux mains d’Ismaïl Omar Guelleh le 8 avril, le Tchad d’Idriss Déby le 10 avril et le Gabon de la dynastie Bongo le 28 août.

La façon dont ces autocrates préparent et gèrent les élections illustre très bien la nature de ces régimes : manifestants tués, coupure des moyens de communication pendant le scrutin, brutalités à l’égard d’opposants et même de la presse étrangère au Congo ; au Tchad, manifestations interdites, militants des droits de l’Homme et jeunes arrêtés et même tués à quelques semaines du scrutin ; tirs à balles réelles sur un rassemblement et une réunion politique faisant de nombreux morts à Djibouti, etc. Djibouti, Tchad, Gabon, Congo-Brazzaville, ces dictatures africaines jouent un rôle central dans le dispositif militaire français en Afrique, dont l’importance stratégique a été réaffirmée depuis 2012 et les «guerres africaines» de François Hollande.

L’opération Barkhane englobant le «G5» Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) permet à la France de défendre une de ses zones d’influence économique et géostratégique. Actuellement, sur les deux bases militaires permanentes au Gabon et à Djibouti ainsi qu’au Tchad où se trouve le commandement de l’opération Barkhane, ce sont au bas mot 3150 soldats français qui stationnent en permanence.

Au nom de la stabilité, de la «guerre contre le terrorisme», et ceci malgré les mouvements de contestation croissants, les atteintes à la liberté de manifestation et d’expression et la répression sanglante à l’encontre des populations (à Djibouti, au Tchad, au Congo), la France maintient son soutien indéfectible à Sassou, Guelleh, Déby et Bongo, en particulier au travers de sa coopération militaire et sécuritaire, ce qui la rend complice, a minima indirectement, des exactions.

Comme l’a révélé récemment Mediapart au sujet du Tchad (confirmant un rapport d’information de 2014 de députés de l’Assemblée nationale), cette diplomatie de soutien à des dictatures sous couvert de stabilité est tout à fait assumée et promue par les diplomates et militaires, qui n’hésitent pas à demander un renforcement de la coopération militaire, au moment où les forces armées s’en prennent aux civils, au mépris des populations des pays concernés et de leurs droits économiques et politiques. Cette situation intolérable ne peut déclencher que le désespoir et la colère.

Quand les appels à la résistance pacifique (journées mortes au Tchad) n’engendrent aucune inflexion du politique et accentuent même la répression, quand les manipulations des résultats des urnes apparaissent de façon flagrante (au Congo), on ne peut s’étonner de voir certains opposants recourir à des formes d’action plus radicales. Cette colère s’exprime aussi en France. A Paris en 2015, des opposants congolais avaient tenté de reprendre symboliquement «leur» ambassade puis de marcher vers l’Élysée. Le 24 mars dernier, des militants tchadiens ont occupé l’ambassade du Tchad pour protester contre l’arrestation d’opposants à Idriss Déby.

Ces actions interpellent aussi la France. Il est urgent que les autorités françaises cessent de soutenir les dictateurs. Nous exprimons notre pleine solidarité avec les peuples, qui se battent contre ces dictatures.

Est-il admissible de voir encore des coopérants militaires français opérant sous uniforme tchadien ou congolais en qualité de conseillers des responsables des armées, des directions et services des ministères de la Défense de ces pays ? Est-il admissible de continuer à délivrer des formations et des armes depuis des décennies à des forces armées dont les méthodes habituelles reposent sur la répression ?

Pour nos organisations, la réponse est non. Alors que ces élections sont imminentes, Monsieur le Président, messieurs les ministres, nous vous demandons de suspendre la coopération militaire et sécuritaire avec des régimes liberticides et criminels et de cesser tout accueil de ces dictateurs. Cet acte serait un premier signal fort pour annoncer la fin du soutien inconditionnel français à ces régimes et à leurs exactions.

Nous ne voulons plus de promesses ni de discours incantatoires. La rupture avec la Françafrique se mesure par les actes.

Signataires

association Survie, Tournons la Page France, Sortir du colonialisme, Makaïla Nguebla (Blogueur tchadien /Militant des Droits de l’Homme) Brice Mackosso (Publiez ce que vous payez, Tournons la Page Congo) Christine Delphy (sociologue, collectif Ni Guerres ni état de guerre) Jacques Bidet (philosophe) Daniel Blondet (syndicaliste) Déborah Cohen (historienne) Catherine Samary (économiste) Jules Falquet (socioloque) Félix Bongo (Réagir Gabon) Françoise Kessany (Ca suffit comme ça, Gabon) Gloria Mika (Anges gardiens du Gabon) Marc Ona Essangui (Publiez ce que vous payez, Tournons la page Gabon) Jean Loup Schaal (Association pour le respect des droits de l’Homme à Djibouti) Jacques Lecronc (coprésident de la FASTI) Saïd Bouamama (sociologue)

05/04/2016 (Brève 719) Liberation / Djibouti, un pays à la position stratégique fondamentale pour les grandes puissances

Lien avec l’article original : http://www.liberation.fr/societe/2016/04/04/djibouti-un-pays-a-la-position-strategique-fondamentale-pour-les-grandes-puissances_1443841

Les marines françaises et américaines ont mené il y a quelques jours un entraînement conjoint dans le golfe de Tadjourah à Djibouti, énième preuve de l’intérêt des grandes puissances, Chine comprise, pour ce petit pays de la corne de l’Afrique à la position stratégique.

Fin mars, autour de la ville d’Arta, à 50 km à l’ouest de Djibouti-ville, quelque 500 membres des Forces françaises stationnées à Djibouti (FFDj) et une cinquantaine d’hommes du 26e Marines expeditionnary unit ont participé à l’exercice interarmées et interallié Wakri.

Partie de Toulon (sud de la France) le 3 mars, la Mission Jeanne d’Arc, composée du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre et de la frégate Guépratte, était aussi de l’exercice dont le scénario faisait débarquer des forces à terre et simulait une évacuation d’étrangers.

«Nous avons avec les Américains un certain nombre d’intérêts communs et une vision partagée de nos intérêts stratégiques dans cette région très importante», explique le capitaine de vaisseau Laurent Sudrat, commandant du Tonnerre.

Avec son climat désertique et sa topographie, Djibouti est particulièrement adapté à la préparation des forces armées. Situé en face du détroit de Bab-el-Mandeb, quatrième passage maritime mondial pour l’approvisionnement énergétique, il dispose aussi d’un positionnement géographique sans équivalent.

– L’épicentre de la mouvance djihadiste –

«C’est certainement la raison pour laquelle en plus des Français, on trouve aujourd’hui autant de forces étrangères qui veulent venir s’implanter à Djibouti: les Américains bien sûr, les Japonais, les Italiens, les Chinois maintenant, et certainement dans un avenir proche les Saoudiens», remarque le général Philippe Montocchio, commandant des FFDj.

Un traité prévoyant que la France défende l’intégrité territoriale de Djibouti lie depuis 2011 les deux pays. Même si le nombre de soldats des FFDj est en réduction (d’environ 2.000 en 2014 à 1.350 en 2017), Djibouti reste la principale base française en Afrique.

«Pour nous Français, c’est aussi un excellent observatoire», souligne le général Montocchio. «Djibouti se trouve exactement à l’épicentre de toute cette mouvance djihadiste de la Corne de l’Afrique et de la partie sud du Moyen-Orient.»

C’est la lutte contre le terrorisme, dans le cadre de l’opération «Enduring Freedom» déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001, qui a amené les Etats-Unis à Djibouti.

Quelque 4.000 soldats sont présents au Camp Lemonnier, seule base permanente américaine sur le sol africain et pour laquelle Washington verse environ 60 millions de dollars par an à Djibouti. Elle leur sert à lutter contre les islamistes shebab en Somalie et contre Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa).

Djibouti est aussi au coeur du dispositif naval qui a permis la baisse drastique des actes de piraterie au large des côtes somaliennes. Selon les chiffres de l’opération Atalante de l’Union européenne (UE), 176 attaques avaient été enregistrées en 2011 et aucune en 2015.

– L’apparition de la Chine –

Le pays accueille aussi depuis 2012 le siège de la mission civile de l’UE Eucap Nestor, dédiée au renforcement des capacités maritimes des Etats de la région.

C’est la lutte anti-piraterie qui a attiré à Djibouti le Japon, soucieux de protéger ses navires en transit. Il y maintient depuis 2011 sa seule base à l’étranger, pour un coût estimé à 30 millions de dollars.

La location de ces bases militaires est une des principales sources de revenus de Djibouti.

Un autre acteur vient d’y faire son apparition: la Chine. Elle a conclu avec Djibouti un accord en décembre 2015 pour l’installation d’ici fin 2017 d’une base «logistique navale», qui pourrait accueillir jusqu’à 10.000 hommes, et servir à sécuriser les énormes intérêts économiques et commerciaux (transports, industrie, énergie…) chinois dans la région.

«La présence chinoise, navale ou militaire, s’inscrit dans cette logique de pays ayant les moyens de contribuer à la paix et la sécurité dans cette région du monde, qui est très tourmentée», explique le ministre djiboutien des Affaires étrangères, Mahamoud Ali Youssouf.

L’entrée dans ce «Grand jeu» régional de la Chine, qui finance déjà la plupart des projets d’infrastructures du pays, est toutefois un pari risqué pour Djibouti. Elle pourrait être mal perçue par ses alliés traditionnels, Etats-Unis en tête.

27/03/2014 (Brève 378) Libération : Affaire Borrel: offensive contre le secret défense

A son tour, un gouvernement de gauche est mis à contribution pour éclaircir l’affaire Borrel, du nom de ce magistrat français détaché à Djibouti décédé en octobre 1995. Ses prédécesseurs de droite n’ayant jusqu’à présent communiqué que des informations «insuffisantes et trop partielles».

Thèse.
Cela ressort d’un courrier de la juge d’instruction Brigitte Marchais, adressé début mars au ministère de la Défense, incarné par Jean-Yves Le Drian.

Succédant à Sophie Clément, promue, elle est l’une des trois juges d’instruction désormais en charge du dossier, signe que la justice française n’entend pas lâcher prise. De fait, l’entame de son courrier est sans ambages, évoquant «l’assassinat» de Bernard Borrel, alors que les autorités françaises ont longtemps défendu la thèse d’un suicide –il se serait immolé par le feu avant de se précipiter dans un ravin…

La missive revient sur trois précédentes demandes de levée du secret défense, en 2003, 2004 et 2007 : avec parcimonie, les différents ministres avaient accepté la transmission –après déclassification totale ou partielle– de treize notes de la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure) et de dix fiches de la DPSD(Direction de la protection et de la sécurité de la défense).«Insuffisant et partiel», donc, à en croire les magistrats.

Pour preuve de la mauvaise volonté des pouvoirs publics à éclairer la justice, aucune note de la DGSE concernant la période 1995-1997 (soit les deux premières années suivant «l’assassinat» de Bernard Borrel) n’a été transmise.

Cette «carence des services de renseignement sur un événement aussi important est inenvisageable», ironise la magistrate dans son courrier à Le Drian. Car de deux choses l’une : soit la DGSE est alors dépassée par les événements, soit elle cache aujourd’hui quelque chose. Brigitte Marchais paraît pencher pour la seconde hypothèse: «Certains des témoins entendus ultérieurement, et dont certains appartiennent à la DGSE, soulignent, qu’à l’époque déjà, les circonstances entourant le décès de ce magistrat étaient considérées comme troublantes et n’excluaient ni l’hypothèse d’un assassinat ni l’hypothèse d’un mobile politique.»

«Fouineur». Bernard Borrel, éliminé par le régime djiboutien sous l’impavidité bovine des autorités françaises, sous prétexte qu’il s’agissait d’un juge «fouineur»? L’affaire n’a pas fini d’empoisonner la Françafrique ou la Françocéanie. Tout récemment, un témoin à charge de l’affaire Borrel, Mohamed Saleh Alhoumekani, ancien membre de la garde présidentielle et dénonciateur de l’actuel leader djiboutien, Ismaïl Omar Guelleh, a été arrêté au Yemen puis finalement libéré en dépit d’une demande d’extradition de cet Etat croupion. Pour cette fois, le pire a été évité.

RENAUD LECADRE

11/10/2013 (Brève 283)ALERTE ROUGE Revue de presse Libération – Affaire Borrel : le témoin-clé cible de coups de feu

Mohamed Alhoumekani est considéré comme un acteur clé dans l’enquête sur la mort du juge Borrel.

Le témoin-clé dans l’affaire du juge français Bernard Borrel, retrouvé mort à Djibouti en 1995, a été jeudi la cible de coups de feu au Yémen, deux jours après sa sortie de prison, a-t-on appris auprès de sa famille en Belgique.

«Des hommes habillés en policier ont tiré sur lui», a déclaré à l’AFP son frère, Saleh Houssein Nadrin. Il n’a «pas été blessé», mais un policier qui l’accompagnait «aurait été tué», a-t-il ajouté.

L’attaque s’est déroulée jeudi matin à Al Bayda, une zone tribale du sud d’où est originaire Mohamed Saleh Alhoumekani, selon son frère. «On ignore les raisons de cette attaque. Dans les zones tribales, il y a parfois des erreurs», a avancé Saleh Houssein Nadrin.

Joint au téléphone par la radio France Inter, Mohamed Alhoumekani a expliqué n’avoir pas le droit de quitter le territoire yéménite et lancé un appel aux autorités françaises et belges. «Ici, je suis devenu une cible. Le Yémen est une prison à ciel ouvert.

Tout le monde est armé.

C’est la raison pour laquelle je demande à la France et à la Belgique d’intervenir (…) pour que je puisse quitter le territoire», a-t-il dit à France Inter. Mohamed Alhoumekani, qui est domicilié à Bruxelles et a la double nationalité belge et yéménite, est considéré comme un acteur clé ayant permis de relancer l’enquête sur la mort du juge Borrel.

Cet ancien officier de la garde républicaine de Djibouti avait mis en cause auprès des autorités judiciaires françaises l’actuel président djiboutien, Ismaël Omar Guelleh, et son entourage, pour leur implication dans la mort du juge. Il avait été arrêté à son arrivée au Yémen le 24 août. Les autorités yéménites avaient mis en avant une demande d’arrestation faite par Interpol à l’initiative des autorités de Djibouti, qui réclament son extradition, selon sa famille.

Il a été libéré mardi.

Magistrat français détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, son corps en partie carbonisé. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais en se fondant sur de nouvelles expertises et des témoignages, l’enquête française privilégie désormais celle d’un assassinat. L’affaire Borrel a empoisonné pendant des années les relations entre Paris et son ex-colonie, où la France dispose de l’une de ses plus importantes bases militaires à l’étranger.

31/08/2013 (Brève 196) ALERTE ROUGE – LIBERATION / les fils du juge Borrel dénoncent des pressions (Même article que Le Point)

Les fils du juge Borrel ont demandé samedi au président de la République et aux ministres de la Justice et des Affaires étrangères d' »agir sans délai » pour que cessent menaces et pressions de Djibouti pour obtenir l’extradition d’un témoin-clé dans cette affaire.

Mohamed Saleh Alhoumekani avait mis en cause, dans la mort en 1995 du magistrat français Bernard Borrel, l’actuel président djiboutien Ismaël Omar Guelleh et son entourage. Il a été interpellé au Yémen la semaine dernière, selon son avocat Me Luc Cambier, qui redoute son renvoi vers Djibouti. Mais les autorités yéménites, citées mardi par le ministre belge des Affaires étrangères, ont assuré qu’il ne risquait pas d’être extradé.

Dans un communiqué de leur avocat Me Laurent de Caunes, Louis-Alexandre et François-Xavier Borrel, fils du juge, demandent à François Hollande et à ses ministres, « ainsi qu’à tous les responsables politiques attachés à la défense des droits de l’Homme, d’agir sans délai pour que cessent les menaces et les pressions qu’exerce le gouvernement de Djibouti pour obtenir, contre toutes les règles du droit international, son extradition ».

« Ils savent, par l’expérience tirée de l’instruction, que les autorités djiboutiennes n’ont jamais cessé de tenter d’intimider, d’influencer ou de faire taire les témoins les mettant en cause dans la mort de leur père, et ce qui se passe en ce moment en est une nouvelle – et peut-être dernière – illustration », ajoutent-ils.

De son côté, l’Association pour le respect des droits de l’Homme à Djibouti (ARDHD) a estimé dans un communiqué que « la pression et la manipulation s’intensifient vers le gouvernement du Yémen pour qu’il extrade vers Djibouti » Mohamed Saleh Alhoumekani. Il pourrait être jugé extradable dans le week-end, « entraînant de fait le risque de clôture de l’instruction en cours en France », affirme l’ARDHD.

Magistrat français détaché à Djibouti, Bernard Borrel avait été retrouvé mort le 19 octobre 1995, en contrebas d’un ravin, à 80 km de Djibouti. Son coprs étaient en partie carbonisé. Les enquêteurs djiboutiens et français avaient privilégié dans un premier temps la thèse du suicide. Mais en se basant sur de nouvelles expertises et témoignages, l’enquête française privilégie désormais celle d’un assassinat.

23/12/2011 (B635) Blog de Libération / Le dictateur de Djibouti vient pactiser avec Paris

Par MARIA MALAGARDIS

Alors que vient de se clore l’ère Kadhafi, doit-on encore dérouler le tapis rouge pour un dictateur ?

Hier, Ismaël Omar Guelleh, président de Djibouti depuis 1999, était en visite officielle à Paris. Son régime est accusé de réprimer violemment les voix discordantes dans cette enclave d’Afrique orientale. Une dérive d’autant plus inquiétante qu’elle est ignorée.

«On réprime dans le silence», déplore Florent Geel, responsable Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Le durcissement du régime sera-t-il abordé lors de l’entrevue avec Nicolas Sarkozy ? Pas certain. En revanche, une autre affaire criminelle pourrait être évoquée : celle de l’assassinat, en 1995, du juge français Bernard Borrel, qui vient de connaître de nouveaux développements.

Pourquoi Ismaël Omar Guelleh est-il à Paris ?

Pour demander de l’argent. Djibouti accueille la plus importante base militaire française à l’étranger avec 3 000 hommes, ce qui se monnaye. La présence de bases américaines pourrait faire monter les enchères.

Que reproche-t-on au président de Djibouti ?

De museler toute critique, en arrêtant journalistes, opposants et militants des droits de l’homme. Deux journalistes arrêtés en novembre ont été libérés récemment. Après avoir été torturés. Le juge qui s’était opposé à leur arrestation a aussi été interpellé et il est toujours emprisonné. Le président de la Ligue locale des droits de l’homme subit quant à lui un harcèlement judiciaire permanent.

Mais c’est surtout la misère qui menace la pérennité d’un Président qui a modifié la Constitution pour se faire réélire en mars cette année. En février, 40 000 personnes étaient descendues dans la rue pour protester contre les difficultés du quotidien. Face à l’ampleur inédite de la contestation, Guelleh a aussitôt interdit toute manifestation, multipliant les rafles dans les quartiers populaires. «De plus en plus contesté, le régime se recroqueville sur un clan et se radicalise», constate Florent Geel, de la FIDH.

L’affaire Borrel va-t-elle rebondir ?

Hier, un témoin a révélé que, peu après la mort du juge, l’armée française avait intercepté des appels de la police djiboutienne, accréditant la thèse du meurtre : «Il a été tué et des militaires français étaient au courant», aurait dit ce témoin.

C’est aussi la thèse de la veuve du juge Borrel qui n’a jamais cru au suicide. Hier, cette dernière a à nouveau demandé que tous les documents classés secret-défense soient déclassifiés.