23/03/11 (B596) Libération (Blog) Djibouti : une présidentielle qui s’annonce mal (Info lecteur)

Par Sabine Cessou

L’opposition djiboutienne va boycotter l’élection présidentielle du 8 avril, qui sera remportée sans problème par le président en place, Ismail Omar Guelleh, au pouvoir depuis 1999, dont le parti dirige l’ancienne colonie française depuis son indépendance en 1977. Pratique courante en Afrique, mais qui passe de plus en plus mal à l’heure des révolutions tunisienne et égyptienne : le chef de l’Etat a fait modifier la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat…

Les opposants dénoncent une répression tous azimuts, depuis la manifestation monstre du 18 février, au moins 20 000 personnes, qui s’est soldée par deux morts (un gendarme et un manifestant).

Trois leaders de l’opposition, arrêtés après la manifestation, sont en résidence surveillée.

Leurs résidences seraient encerclées par les forces de l’ordre.

Quelque 200 personnes sont portées disparues depuis la manifestation, et des "révoltés" potentiels, y compris des mineurs, seraient "enlevés" par la police, qui demanderait ensuite aux familles 50 000 Francs djiboutiens (150 euros) pour les libérer. Du coup, les parents bouclent leurs enfants à la maison.

Des membres de l’opposition, notamment de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), accusent l’armée française d’assister sans rien faire à la répression – en envoyant des hélicoptères surveiller les manifestants, dans un pays hautement stratégique où se trouve la plus grande base militaire française en Afrique, mais aussi une base américaine et une base japonaise.

C’est de Djibouti, notamment, que les puissances occidentales mènent la bataille contre les pirates somaliens, et envoient des avions de chasse dans le cadre de l’opération militaire en cours en Libye.

Djibouti, principal débouché sur la mer de l’Ethiopie, est l’un des pays les plus pauvres du monde, et affiche un taux de chômage d’au moins 60 %.

01/02/11 (B589) Egypte : une nouvelle initiative pour contourner la censure et le blocage des connexions Internet … A noter car elle sera certainement utilisée souvent dans d’autres circonstances / pays. C’est aussi un avertissement aux régimes qui pourraient être tentés de bloquer toutes les liaisons Internet … (Extrait de Libération)

Le groupe internet américain Google annonce qu’il va coopérer avec Twitter durant le week-end pour mettre en place un système permettant aux Egyptiens d’envoyer des messages sur le site de microblogs par téléphone, en contournant le blocage d’internet.

«Cela marche déjà et tout le monde peut tweeter en laissant simplement un message téléphonique à l’un des numéros internationaux suivants: +1 650 419 4196 ou +39 06 62 20 72 94 ou + 97 316 199 855. Le service mettra instantanément le message (sur Twitter) en utilisant le mot-clé #egypt», ont annoncé des responsables de Google.

«Aucune connexion internet n’est nécessaire.

Les gens peuvent écouter les messages en composant les mêmes numéros de téléphone ou en allant (sur le site internet) twitter.com/speak2tweet», ont-ils ajouté.

29/11/10 (B580) Libération : Le crépuscule de la françafric (Info lectrice)

Thomas Hofnung

La plainte dans l’affaire des « biens mal acquis » en France par trois dirigeants africains vient d’être jugée recevable. Récit de trois années de péripéties judiciaires, entre corruption et manœuvres politiques.

Quoi de mieux qu’une bouteille de champagne pour fêter ça ?

Jean Merckaert, du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), ne pouvait décemment pas rater ce moment-là. En cet après-midi pluvieux du 9 novembre, dans le cabinet de l’avocat William Bourdon, rue de Rivoli à Paris, un petit groupe de militants anticorruption déguste une décision historique. Quelques heures plus tôt, la Cour de cassation vient de juger recevable la plainte de l’association Transparence internationale France (TI) dans l’affaire dite des « biens mal acquis » (BMA).

Dans quelques jours, un juge d’instruction va être nommé pour enquêter sur le financement du vaste patrimoine immobilier acquis en France par trois dirigeants africains : feu Omar Bongo (l’ancien président du Gabon, décédé en juin 2009), Denis Sassou-NGuesso (à la tête du Congo-Brazzaville) et Teodoro Obiang (président de la Guinée-Equatoriale). Après des années de péripéties judiciaires, Jean et les autres n’osaient plus espérer une telle issue.

Car le parquet aura tout tenté pour tuer dans l’œuf cette procédure inédite, initiée par une poignée de militants anticorruption et qui a, d’ores et déjà, provoqué quelques dégâts diplomatiques. La décision de la Cour de cassation marque l’épilogue – provisoire – d’une saga judiciaire entamée en mars 2007, quelques semaines avant l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Une saga qui a vu un ministre de la République, Jean-Marie Bockel, se faire éjecter du gouvernement ; un vieux président africain, Omar Bongo Ondimba, mourir fâché avec sa seconde patrie, la France ; et des plaignants intimidés, menacés et même, pour l’un d’entre eux, emprisonné… Et en janvier 2009, un journaliste franco-congolais, impliqué dans l’affaire, décéder dans des conditions étranges.

Tout est parti d’un simple rapport, concocté en 2006 par Jean Merckaert et un stagiaire. Au sein du CCFD, ce dernier planche sur les campagnes menées par l’ONG sur la dette des pays pauvres et les paradis fiscaux. Des sujets ardus avec peu de visibilité médiatique. « Nous cherchions une façon de rendre tangibles ces combats, notamment vis-à-vis de la presse », raconte-t-il. Le jeune homme a une idée : pourquoi ne pas raconter comment les potentats africains détournent l’argent public pour mener grand train à l’étranger, notamment en France ?

Juriste de formation, ce militant associatif baigne dans le combat contre la corruption en Afrique depuis sa plus tendre enfance : son oncle n’était autre que François-Xavier Verschave, le pourfendeur le plus célèbre de la Françafrique, décédé en 2005.

Merckaert décide d’embaucher un stagiaire pour rassembler les éléments épars qui traînent ici ou là dans des articles ou des livres publiés sur le sujet au fil des ans. C’est Antoine Dullin, un ex-étudiant de Sciences-Po, aujourd’hui au Conseil économique et social, qui s’y colle. Le duo travaille bien, si bien que le discret CCFD s’inquiète à la lecture de ce rapport qui sent la dynamite. Il faudra batailler en interne pour que le document soit publié, comme prévu.

William Bourdon, lui, flaire tout de suite le bon coup. Ancien secrétaire de la FIDH (Fédération internationale des droits de l’homme), c’est un fonceur. L’avocat à la crinière blanche n’a pas hésité, il y a quelques années, à s’attaquer à Total, soupçonné d’avoir recouru à du travail forcé en Birmanie pour exploiter des gisements de gaz. Toujours par monts et par vaux, William Bourdon a quand même trouvé le temps de fonder une petite association de juristes, Sherpa, spécialisée dans la lutte contre le crime économique. A la lecture du rapport de Jean Merckaert et Antoine Dullin, sa religion est faite : « On va porter plainte pour recel de détournement d’argent public ! » clame-t-il devant des proches, médusés.

C’est chose faite en mars 2007. Il faut faire vite : l’élection présidentielle approche, un timing idéal pour obliger les candidats à prendre position sur la question de la corruption et des paradis fiscaux. Quelques semaines plus tard, Nicolas Sarkozy l’emporte. Et trouve sur son bureau, en arrivant à l’Elysée, le dossier des BMA. Que faire ? Durant la campagne, en déplacement au Bénin, il a promis, s’il était élu, de rompre avec « des pratiques d’un autre temps », fustigeant les intermédiaires et les réseaux de la Françafrique. Le Président n’a pas le choix : il laisse passer la plainte.

La justice ouvre une enquête préliminaire en juin 2007. Et quelle enquête ! Les policiers tirent les fils de la pelote et n’ont qu’à se baisser pour ramasser. Hôtels particuliers en pagaille, comptes en banque à gogo, voitures de luxe en veux-tu en voilà… Les pandores sont sidérés par ce qu’ils découvrent. La famille régnante du Gabon, les Bongo, possède ainsi 39 propriétés en France, dont un magnifique hôtel particulier rue de la Baume, dans le VIIIe arrondissement de Paris, acquis pour 18 millions d’euros.

Le « doyen » des chefs d’Etat africains, au pouvoir depuis 1967, et ses proches disposent aussi de 70 comptes en banque. Les policiers découvrent également que l’achat de l’une des berlines de luxe destinées à la « première dame », Edith Bongo (et, par ailleurs, fille de Denis Sassou-NGuesso), a été réglé par le Trésor public gabonais. Ils mettent même la main sur une copie du chèque…

Les autres dirigeants visés par la plainte ne sont pas en reste. Denis Sassou-NGuesso, grand ami de Jacques Chirac, réinstallé au pouvoir à Brazzaville en 1997 à l’issue d’une guerre civile sanglante, grâce à l’aide active de Paris, soutient la comparaison avec les Bongo et ses 24 propriétés et ses 112 comptes bancaires.

Quant à la famille Obiang, aux commandes à Malabo, en Guinée-Equatoriale, l’enquête préliminaire met surtout en lumière le goût immodéré du fils pour les voitures de luxe. Teodoro junior, qui partage son temps entre Los Angeles, Miami, Londres et Paris, a acquis trois Bugatti Veyron. Ce modèle, le plus rapide du monde, coûte un million d’euros.

Faut-il rappeler que, dans leurs pays respectifs, la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté ? Les policiers ont bien travaillé. Et pourtant, en novembre 2007, le parquet décide de classer l’affaire, jugeant l’infraction « insuffisamment caractérisée ». Une plaisanterie qui n’est pas du goût de Jean Merckaert et William Bourdon. La riposte s’organise.

Quelques semaines plus tard, le contenu explosif de cette enquête préliminaire « fuite » dans la presse. Le Monde titre : « Avenue Foch, j’achète ! » La télévision embraye, notamment France 2 qui diffuse un reportage sur les propriétés à Paris de la famille Bongo. Furieux, le pouvoir de Libreville accuse les médias français de « néocolonialisme », leur reprochant de ne s’intéresser qu’aux biens des dirigeants africains à Paris. Bongo et Sassou harcèlent l’Elysée pour qu’il mette un terme au plus vite à ce grand déballage.

Nicolas Sarkozy et ses conseillers sont pris de court. Comme Jacques Chirac avant lui, le président français a beau expliquer à ses interlocuteurs africains que la justice et les médias sont indépendants, le « doyen » Bongo et Denis Sassou-NGuesso n’en croient rien. Ils tempêtent et menacent. Le président du Gabon, grand allié de la France, toujours prêt à lui rendre service, ne décolère pas. D’aucuns pensent même que Bernard Kouchner, mis en cause dans un livre (1) par Pierre Péan pour ses lucratives activités de consultant à Libreville et Brazzaville, a été victime de la furie des Gabonais, prêt à lâcher quelques secrets de la Françafrique…

Il faut relâcher la pression, et la soupape de sécurité va s’appeler Jean-Marie Bockel. Cet ancien socialiste, qui occupe, depuis 2007, le poste de ministre de la Coopération, a pris au mot les promesses du candidat Sarkozy sur la « rupture » avec la Françafrique.

Début 2008, lors de ses vœux à la presse, il décide de frapper un grand coup en appelant publiquement le chef de l’Etat à « signer l’acte de décès de la Françafrique », ajoutant qu’il faut conditionner l’aide financière de Paris à la bonne gouvernance, notamment dans les pays producteurs de pétrole…

Avant de dégoupiller, Jean-Marie Bockel a consulté le cabinet de Bernard Kouchner et Claude Guéant. Personne n’a rien trouvé à redire. Contrairement à Bongo qui, sitôt le discours prononcé, va mettre la pression sur Paris, demandant la tête de cet impétrant. De guerre lasse, l’ex-puissance coloniale cède : après les municipales de mars 2008, Bockel est muté aux Anciens Combattants…

Le maire de Mulhouse est remplacé par un fidèle de Sarko, Alain Joyandet. Dans la foulée, ce dernier, totalement novice sur le continent, est intronisé auprès du doyen Bongo lors d’un voyage à Libreville en compagnie du secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant.

L’incendie n’est pas éteint pour autant. Car la bande de Jean Merckaert et William Bourdon est déterminée à relancer la procédure coûte que coûte. Pour tenter d’arracher l’ouverture d’une information judiciaire, la phalange anticorruption veut déposer une plainte avec constitution de partie civile. Pour qu’elle ait une chance de passer, il faut trouver des plaignants ayant intérêt à agir.

On cherche tous azimuts.

Et, encore une fois, la solution va venir du militant du CCFD. Jean Merckaert a l’idée de contacter une organisation dont l’objet réside exclusivement dans la lutte contre la corruption internationale : Transparency International. En France, cette ONG est dirigée par une personnalité plutôt atypique : un grand commis de l’Etat, qui a dirigé le Trésor public, Daniel Lebègue. Il n’hésite pas longtemps, et décide de soutenir la plainte concoctée par les amis de William Bourdon. Pour mettre toutes les chances de leur côté, ces derniers se lancent aussi dans la quête de particuliers dont les intérêts pourraient apparaître lésés aux yeux de la justice du fait du détournement de fonds publics. Un couple de militants franco-congolais résidant près d’Orléans, les Toungamani, est approché. Ils donnent leur accord.

Au Gabon, la poignée d’activistes de la société civile qui suit de très près l’affaire des biens mal acquis, apprend que Bourdon et consorts cherchent des plaignants. L’un d’entre eux décide de sauter le pas. Ancien journaliste et fils d’un ex-ambassadeur à Paris, Grégory Mintsa fustige depuis des années les lâchetés de l’opposition politique. « Je suis convaincu que le changement dans mon pays viendra, non pas des partis, mais des citoyens », explique-t-il. Il ne connaît ni Merckaert ni Bourdon, et ne les rencontrera que bien plus tard, à l’étranger. Cela ne l’empêche nullement de rejoindre la plainte, malgré les risques encourus. « Je les connaissais, dit-il. J’avais prévenu ma famille. » Il avait raison.

A l’automne 2008, Grégory Mintsa subit des pressions tous azimuts. L’entourage d’Omar Bongo lui promet un poste enviable s’il renonce à porter plainte. Il refuse. Pour l’impressionner, on le pousse dans le bureau du grand chef, Omar Bongo. Mais l’ancien journaliste ne se démonte pas, il ne lâche rien et explique devant le vieil homme pourquoi il s’est engagé dans cette affaire. Le 2 décembre, Transparency International et Grégory Mintsa portent plainte à Paris avec constitution de partie civile. Quelques jours plus tard, à l’aube, ce dernier est raflé à son domicile par la police, comme plusieurs autres activistes gabonais, et embastillé durant plusieurs jours à Libreville. Tous sont accusés de comploter contre le régime. Ils seront relâchés après de multiples pressions internationales.

Les Toungamani, eux, vont renoncer à s’associer à la plainte de Transparency International. Durant des semaines, ils ont été harcelés au téléphone par de mystérieux correspondants qui leur proposent de l’argent ou menacent leurs parents restés au pays. En janvier 2009, la maison de Benjamin Toungamani est la cible d’un incendie. Pas de victime, mais une grosse frayeur. L’enquête conclut à un accident.

Mais, coïncidence troublante, le même jour, à plusieurs milliers de kilomètres de là, à Brazzaville, un autre feu se déclare avec des conséquences dramatiques. Le journaliste franco-congolais Bruno Jacquet Ossébi, qui animait un blog dédié à l’affaire des biens mal acquis, venait de manifester sa volonté de se porter partie civile. Le soir du 21 janvier, il est en train de suivre à la télévision la retransmission de la cérémonie d’intronisation de Barack Obama quand un feu se déclare dans l’appartement de sa compagne.

Celle-ci, ainsi que ses deux filles, périssent dans les flammes. Ossébi s’en tire avec des brûlures au second degré. Hospitalisé, il décède soudainement à la veille de son transfert sanitaire en France. On ne connaîtra jamais les causes du sinistre : quelques heures après l’incendie, la carcasse calcinée du bâtiment a été détruite à coups de masse, officiellement à la demande du propriétaire des lieux pour éviter l’effondrement des décombres. Ossébi, lui, a été enterré sans qu’une autopsie ne soit pratiquée.

En mars 2009, de passage à Brazzaville, Nicolas Sarkozy se gardera bien d’évoquer ce décès pour le moins suspect.

Nouveau coup de tonnerre, en mai 2009, dans le ciel de la Françafrique : la doyenne des juges du pôle financier de Paris, Françoise Desset, estime que la plainte de Transparency International, déposée en décembre, est recevable. En revanche, elle écarte Grégory Mintsa de la procédure. La guérilla franco-française reprend de plus belle : le parquet fait, à nouveau, appel. En octobre 2009, la cour d’appel lui donne raison, classant une nouvelle fois l’affaire. Les plaignants jouent alors leur dernière carte : ils saisissent la Cour de cassation. Sans trop y croire.

Omar Bongo Ondimba, lui, ne verra jamais la fin du feuilleton. Il est décédé le 8 juin 2009, dans une clinique de Barcelone, des suites d’un cancer. Loin de sa seconde patrie, la France, qu’il ne comprenait plus et qu’il jugeait ingrate.

Lors de ses funérailles, organisées en grande pompe à Libreville, Nicolas Sarkozy fait le déplacement avec Jacques Chirac. En arrivant dans l’enceinte de la présidence gabonaise, des sifflets fusent lorsque le président Sarkozy s’extrait de la voiture flanquée du drapeau tricolore. Dans le palais marbré situé en bord de mer, les deux hommes, main dans la main, déposent une gerbe devant le cercueil du défunt président du Gabon, un homme installé aux commandes à Libreville, en 1967, avec la bénédiction de Jacques Foccart et du général de Gaulle.

Quelques semaines plus tard, Ali Bongo, le fils du défunt doyen des chefs d’Etat africains, est élu à la tête du pays. A la grande fureur des partisans de l’opposition gabonaise qui incendient le consulat de l’ancienne puissance coloniale, à Port-Gentil, le bastion de Elf-Total. Au Gabon, la France est empêtrée : conspuée parce qu’elle est incapable de mettre au pas des ONG qui ciblent le président Bongo, attaquée parce qu’elle approuve sans broncher l’élection contestée de son fils…

Ces derniers jours, l’ancienne puissance coloniale est à nouveau vilipendée au Gabon. La faute, encore et toujours, à ces maudits BMA. A la suite de la décision de la Cour de cassation, le parti au pouvoir, le PDG (Parti démocratique gabonais) a fait lire une déclaration en direct au journal de 20 heures : « En quoi le peuple français serait-il légitime pour juger des faits qui ne le concernent en rien ? » D’autres envisagent d’organiser des sit-in devant l’ambassade de France et font circuler des pétitions contre l’ancienne puissance coloniale.

Après des années de combat à armes inégales avec l’Etat français et les régimes africains incriminés, Jean Merckaert et ses amis ont le sentiment enivrant d’avoir gagné une bataille. « Le 9 novembre, on a assisté à une petite révolution, dit le militant. En validant la plainte de Transparency International, la Cour de cassation a reconnu que le parquet n’avait pas le monopole de la défense du bien public et que des associations étaient également légitimes dans ce domaine.

Cela crée un précédent pour d’autres associations dans d’autres affaires de corruption présumée. » Selon Merckaert, une nouvelle affaire Elf se profile à l’horizon : « Si les juges font bien leur boulot, ils vont tirer les fils et enquêter sur le rôle des intermédiaires, sur celui des banques par lesquelles les fonds ont transité. Va-t-on découvrir sur certains comptes des commissions et rétrocommissions versées à l’occasion de l’obtention de marchés publics ? » L’affaire des BMA prendrait alors une nouvelle coloration, plus franco-française que françafricaine.

Mais on n’en est pas encore là.

L’enquête promet d’être longue et les dirigeants africains, bénéficiant de l’immunité attachée à leur fonction, ne sont pas près d’être jugés… En revanche, leurs proches pourraient bien avoir quelques surprises. Gageons qu’ils fréquenteront peut-être un peu moins Paris, ses palaces et ses boutiques de luxe.

A l’orée de ce nouveau chapitre qui s’ouvre dans la saga des BMA, Jean Merckaert, l’homme qui est à l’origine de toute cette affaire, ne se départit pas de sa modestie : « Quand j’ai appris la nouvelle de la décision de la Cour de cassation, j’ai surtout pensé à ceux qui, sur le continent africain, ont pris des risques considérables.

 » Le 9 novembre, Grégory Mintsa était à Bangkok, où se tenait un forum sur la lutte contre la corruption, organisé par Transparency International, quand il a appris la nouvelle. « Je n’y croyais pas, dit-il à Libération. D’ailleurs, je n’y ai jamais cru depuis le début ! Finalement, nous avons réussi à montrer que les présidents étaient des justiciables comme les autres, et qu’ils doivent rendre des comptes comme les autres. »

08/07/10 (B559) Il y aura bientôt moins de 5000 militaires français en Afrique (Secret Défense – Blog de Libération)

Le ministre de la Défense doit présenter cet après-midi les évolutions du dispositif militaire français en Afrique aux députés de la commission des affaires étrangères. Au terme des évolutions en cours, liées à la rénégociation des accords de défense, on devrait compter moins de 5000 militaires sur le continent, contre 30.000 au moment des indépendances, dont on fête cette année le cinquantenaire.

Concernant les forces de présence, trois pays sont concernés : Djibouti, Gabon et Sénégal. Au Sénégal, les forces françaises, en très forte diminution (de 1200 à 300) pourraient voir leur statut évoluer, avec la disparition programmée du 23ème Bima. Comme le prévoyait le Livre blanc de la défense, une seule implantation sera maintenue sur la façade atlantique de l’Afrique : il s’agira du Gabon, où les effectifs sont d’un peu moins de 1000 hommes.

Quant à Djibouti, les effectifs devraient également baisser, en lien avec la montée en puissance de l’Implantation militaire française aux Emirats arabes unis (IMFEAU). Le maintien, à terme, de deux unités (5ème RIAOM et 13ème DBLE) est improbable.

Concernant les opérations, la plus importante reste Epervier au Tchad, avec 1000 hommes. En Centrafrique, Boali concerne 240 hommes. Quant à la Cote d’Ivoire, les forces de présence (43ème Bima) y ont été transformées l’an passé en "opérations" avec Licorne (966 hommes). Il faut également compter les 200 marins de l’opération Corymbe dans le Golfe de Guinée. D’autres marins sont présents au large de la Corne de l’Afrique, avec l’opération européenne Atalante de lutte contre la piraterie.

Enfin, 280 militaires servent au titre de la coopération militaire sur le continent africain.

La renégociation des accords de défense, annoncée par le président de la République lors de son discours du Cap en février 2008, se poursuit. Huit pays sont concernés. De nouveaux accords ont été signés avec le Togo, le Cameroun, le Gabon et la Centrafrique. Seuls les deux premiers sont en cours de ratification. Les discussions se poursuivent avec le Sénégal, Djibouti et les Comores. En revanche, les négociations avec la Cote d’Ivoire ont été renvoyées après l’élection présidentielle dans ce pays, dont la date reste incertaine. A noter qu’il n’existe pas d’accord de défense avec le Tchad, mais de simples accords de coopération et d’assistance militaires. Comme s’y est engagé le président de la République, les accords de défense devraient être rendus publics après leur ratification.

18/10/09 (B521) Libération : «Les Etats-Unis ont toujours su rectifier leurs erreurs»

Interview // Expert en stratégie, tant dans les livres que sur le terrain des conflits, Gérard Chaliand analyse la politique étrangère d’Obama tout récent Nobel de la paix.

Par JEAN-DOMINIQUE MERCHET

Gérard Chaliand est un expert unique en son genre. Spécialiste de stratégie et de géopolitique, auteur de nombreux ouvrages dont l’Anthologie mondiale de la stratégie (Robert Laffont) ou le Nouvel Art de la guerre (Pocket), il est aussi une sorte d’aventurier qui a parcouru le monde et ses conflits. Né en 1934, ni journaliste, ni universitaire, il est un observateur impliqué. «J’ai, bien sûr, comme tous ceux qui se passionnent pour les problèmes de stratégie, beaucoup lu, dit-il, mais le fait d’avoir passé des années dans des guérillas ou des zones de guerre, sur quatre continents, c’est-à-dire d’avoir un rapport concret sur les conflits armés, permet de mieux évaluer la dynamique d’une situation.

Des erreurs de jugement sont toujours possibles, mais rien ne remplace, à mes yeux, ce savoir de la peau qui, joint à une capacité d’analyse, permet une évaluation qui échappe aux vérités proclamées du moment. La connaissance intime du terrain est irremplaçable.» Son expérience du terrain démarra en Guinée-Bissau, dans les années 60, aux côtés du leader indépendantiste Samora Machel et, après maintes étapes (Vietnam, Colombie, Erythrée, Kurdistan…), elle se poursuit aujourd’hui en Afghanistan, où il a créé un centre de géopolitique. Il travaille actuellement à la rédaction de ses mémoires.

Que pensez-vous de l’attribution du prix Nobel de la paix à Barack Obama ?

Il encourage des intentions qui ne manqueront pas d’être partiellement déçues. Le prix a été attribué autant aux Etats-Unis qu’à Obama : son élection à la Maison Blanche rappelle cette «virginité historique perpétuellement renouvelée des Etats-Unis», dont parlait le politologue Stanley Hoffmann. Le Nobel salue une politique qui renvoie aux traditions les plus généreuses du wilsonisme [en référence au président Woodrow Wilson, inspirateur des traités de paix après la Première Guerre mondiale].

Obama a-t-il, selon vous, une véritable stratégie internationale, en rupture avec les années Bush ?

Au terme de moins d’une année de pouvoir, on mesure, une fois de plus, le hiatus entre ce qui est annoncé, même de bonne foi, et ce qu’il est possible de réaliser, compte tenu de multiples entraves. On sait ce qu’a voulu Barack Obama. On ignore où il va sinon vers une multiplication des difficultés. Sa politique étrangère consiste, jusqu’ici, à restaurer une image des Etats-Unis mise à mal par George W. Bush et son projet de remodeler le grand Moyen-Orient.

Celui-ci, contrairement aux prévisions des néoconservateurs, a été mené si maladroitement durant le premier mandat que le président a dû l’infléchir avant la fin du second. Les Etats-Unis ont toujours su, mieux que d’autres, rectifier leurs erreurs. La politique étrangère de Barack Obama entend redonner à la diplomatie la place qui est la sienne, se dégager de l’Irak, trouver si possible, une issue négociée à l’égard de l’Iran et obtenir un gel des implantations en Cisjordanie, afin de favoriser la création d’un Etat palestinien. En marge d’autres dossiers (Corée du Nord, Russie, Otan, Chine, etc.), Barack Obama s’est engagé sur celui de l’Afghanistan de façon prioritaire et la crédibilité de sa politique étrangère en dépend.

L’Amérique peut-elle gagner la guerre d’Afghanistan ?

Il n’y a pas de perspective de victoire, mais d’une non-victoire décente. L’Afghanistan a été la victime collatérale de la guerre d’Irak. Adossés au sanctuaire pakistanais, les talibans ont, durant plusieurs années, profité, au sud et à l’est du pays, du vide administratif laissé par un gouvernement et des alliés initialement soucieux de sécuriser Kaboul, les villes principales et les grands axes routiers.

La nouvelle stratégie américaine (limiter les bombardements aériens, occuper le terrain, apporter sécurité et amélioration économique aux populations) est cohérente, mais débute avec sept ans de retard, dans un contexte largement dégradé. Elle est bridée par les ambiguïtés pakistanaises. Par ailleurs, elle nécessiterait davantage de troupes (l’Irak en a deux fois plus pour un terrain infiniment moins difficile) et se trouve handicapée par une opinion publique américaine de plus en plus hostile à cet engagement.

La nouvelle administration est victime de la lassitude de l’opinion publique après des années de guerre en Irak qui ont durement malmené l’image – je pense à Abu Graïb – que les Etats-Unis se font d’eux-mêmes. L’afghanisation de la guerre passe par la mise en place d’un gouvernement qui ne soit pas corrompu et inefficace.

Le déroulement des élections et les alliances tactiques, avec d’anciens chefs de guerre, contractées par Hamid Karzaï, augurent mal de l’avenir. On peut augmenter le nombre de soldats de l’armée afghane, mais on ne peut pas, à terme, assurer la survie d’un régime pour lequel une armée n’a pas envie de risquer de mourir. C’est le seul parallèle pertinent, sur la durée, avec le Vietnam : le régime de Saigon, une fois les Américains partis, ne valait pas qu’on se batte pour lui. Cela dit, la plus mauvaise solution serait un retrait à court terme. Mais, en Afghanistan, les étrangers ne sont bienvenus que s’ils sont de passage et s’ils apportent des changements tangibles.

Avec le succès en Irak du «surge» (le renfort militaire entamé début 2007), Obama a hérité d’une situation qui lui permet de retirer ses troupes. Comment voyez-vous l’évolution de la situation ?

Le retrait américain d’Irak, annoncé pour fin 2011, laisse un peu plus de deux années pour déboucher sur un Irak à peu près stable. On en est loin. Les attentats, depuis l’effacement des troupes américaines, se sont intensifiés et ont pour but de discréditer le Premier ministre, Nouri al-Maliki, qui avait fait du retour à la sécurité, son cheval de bataille. Il n’aborde pas dans les meilleures conditions les élections de janvier.

Cependant, il est probable que celles-ci seront truquées. Rien, en somme, n’est encore réglé. Ni l’absorption dans l’appareil d’Etat des quelque 100 000 membres sunnites des «Awakening Councils» qui avaient naguère lutté contre les djihadistes d’Al-Qaeda, ni l’éventuel partage des bénéfices des hydrocarbures, ni les rapports avec les autres partis chiites ou avec les sunnites en général. L’avenir immédiat de l’Irak est grevé de conflits plus ou moins latents.

L’un des problèmes les plus sérieux est celui de Kirkouk et de l’assiette territoriale de l’autonomie du Kurdistan d’Irak. La tentation de faire l’unité circonstancielle des Arabes contre les Kurdes est présente. Les ingérences étrangères, plus ou moins indirectes de l’Iran et de la Syrie d’une part et de l’Arabie Saoudite de l’autre, grèvent aussi l’avenir. Le véritable bilan de l’Irak, comme de l’Afghanistan, consiste à reconnaître qu’il faut, pour des Occidentaux, éviter chaque fois qu’il est possible, de s’engager dans une situation impliquant un conflit irrégulier.

La marge de manœuvre est étroite, avec des opinions publiques qui veulent des résultats rapides et estiment qu’environ 5 000 morts en sept ans pour deux conflits à la fois est excessif, alors que les victimes locales se chiffrent, elles, sans doute au-dessus du quart de million.

Le dossier le plus délicat n’est-il pas l’Iran, surtout avec le maintien d’Ahmadinejad au pouvoir ?

L’Iran est un dossier épineux pour Barack Obama qui, avec raison, cherche une issue négociée à la crise du nucléaire iranien. L’arme nucléaire aurait l’avantage de sanctuariser l’Iran et le désavantage de priver Israël du monopole de la bombe au Moyen-Orient. Tout semble pousser progressivement le président américain à augmenter la pression en matière de sanctions, tandis que l’Iran cherche à gagner du temps. Pour que cette diplomatie coercitive ait une chance d’aboutir dans des délais raisonnables – le facteur temps est ici important -, les Etats-Unis ont besoin non seulement de leurs alliés de l’Otan, ce qui est acquis, mais de la coopération de la Russie et de la Chine.

Or, ils apparaissent réticents à appuyer la politique de sanctions souhaitée par Washington. En renonçant à mettre en œuvre le projet de bouclier antimissiles en Pologne et en République tchèque, Barack Obama a pris une décision destinée à améliorer les relations avec la Russie qui, de son côté, plus ou moins discrètement, pèse sur l’Iran. Aussi, le fait d’accepter l’inspection – partielle ? – de ses sites nucléaires par l’Iran est-il à mettre actuellement au crédit de Barack Obama.

Le discours d’Obama au Caire à destination de l’islam a marqué les esprits. Faut-il s’attendre à un infléchissement sérieux dans le conflit entre Israël et les Palestiniens ?

A l’égard du monde musulman, le discours de Barak Obama constitue une rupture nette avec les années Bush. Ses résultats concrets se mesureront entre autres à sa capacité de faire pression sur Israël en ce qui concerne le gel des implantations. Mais, comme en Afghanistan, Obama arrive bien tard. Le dernier président américain qui se trouvait dans une situation favorable pour agir était Bill Clinton, lorsque survint l’affaire Levinsky… Aujourd’hui, les chances d’aboutir à la création d’un Etat palestinien, compte tenu du développement des colonies juives, semblent très minces. Les implantations vont faire un bond en avant suivi d’un gel provisoire sur une période limitée, avant une reprise probable.

La division du mouvement national palestinien – dont une aile refuse de reconnaître l’évidence de la réalité de l’Etat d’Israël et dont l’autre, notoirement corrompue, n’a ni la volonté ni les moyens de contraindre le gouvernement israélien à négocier – est pathétique. Profitant, depuis des décennies, des erreurs stratégiques des dirigeants palestiniens, les tenants israéliens de l’expansion territoriale ont mieux mis à profit le temps, aidés, aux Etats-Unis, par un puissant appui pro-israélien. Le gouvernement israélien n’a qu’à sembler céder, en attendant un inévitable affaiblissement d’Obama. Les moyens de faire pression sur Israël, déjà très limités, seront surtout verbaux, tandis que d’autres dossiers vont requérir l’attention de Washington.

L’émergence de la Chine et de l’Inde, le retour de la Russie modifient la géopolitique mondiale. L’Europe ne semble pas la priorité d’Obama. Qu’en est-il ?

Hier, le Japon se contentait d’être le seul membre d’honneur du club des Occidentaux. Ce temps est révolu. L’émergence de la Chine, tout particulièrement, provoque, à terme, un nouvel équilibre. Aussi n’est-il pas étonnant que Barack Obama se soucie davantage de l’Asie-Pacifique en pleine mutation – une zone que nos médias, hélas, couvrent à peine – plutôt que de ses alliés européens.

L’Europe, d’ailleurs, avec l’extension de l’Otan et ce qui a été grignoté à la périphérie de l’ex-URSS, est le grand succès de l’ère Bush. Les relations avec la Russie, sur la défensive, jusqu’à l’intervention intempestive du président géorgien durant l’été 2008, ne peuvent être qu’ambivalentes. Le projet de mordre sur la périphérie de celle-ci (le «proche étranger» des Russes) est toujours à l’ordre du jour. Partenaire partielle, concurrente, alliée circonstancielle, la Russie, pour Washington reste rivale, sans être ennemie.

Peut-on encore parler d’hyperpuissance, comme le faisait Hubert Védrine, à propos des Etats-Unis ?

La présidence de Barack Obama, malheureusement pour lui, vient à un moment difficile, celui du recul relatif des Etats-Unis, dû en partie à la politique financière et économique suivie depuis la chute de l’Union soviétique. Le zénith de la puissance politique des Etats-Unis a été atteint par deux fois : au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les Etats-Unis détenaient 45 % de la production industrielle mondiale et disposaient seuls du feu nucléaire.

Une seconde fois en 1989-2007, après l’effondrement de l’URSS. Malgré la crise et leur endettement, les Etats-Unis continuent d’occuper la première place. Mais en dehors de la dimension militaire, ils ont amorcé leur déclin relatif.

Obama rêve d’un monde sans armes nucléaires. Qu’en pensez-vous ?

C’est une utopie. La perspective d’être sanctuarisé, grâce à la possession d’armes nucléaires, est la meilleure garantie de la sécurité. On voit mal un Etat puissant, ou menacé dans son existence même, y renoncer. Une réduction des armements des deux grandes puissances nucléaires est, elle, possible et souhaitable.

Croyez-vous que nous allions vers un monde dominé par les Etats-Unis et la Chine ?

Un duopole Etats-Unis-Chine a été envisagé par Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller pour la sécurité nationale de Jimmy Carter. Ce duopole serait fondé sur l’interdépendance économico-financière qui lie les deux pays.

Même si ce duopole n’est pas institutionnalisé, il fonctionne aujourd’hui de facto.

Les deux géants ont besoin l’un de l’autre : l’un comme consommateur, l’autre comme épargnant. Les liquidités financières chinoises sont placées en dette publique américaine. Mais cette alliance est-elle faite pour durer ? On peut en douter sérieusement. Chacun des partenaires circonstanciels cherchant à tirer un maximum d’avantages afin de renforcer sa position.

28/09/09 (B518) (Blog Secret Défense sur Libération) Iran: la menace du Shahab-3

L’Iran vient de procéder à deux tirs d’essai de missiles Shahab-3, dont la portée maximale est estimée à 2000 kilomètres. Si tel est le cas, quelles cibles pourrait atteindre un tel engin tiré à partir du (vaste) territoire iranien, sachant qu’il s’agit d’un missile installé sur un lanceur mobile ?

En Europe : un Shahab-3 tiré du nord-ouest de l’Iran « bat » la partie orientale des Balkans, c’est-à-dire des pays membres de l’Union européenne et/ou de l’Otan – alliés de la France. Sont à portée des villes comme Bucarest, Sofia, Athènes, Istanbul… Plus au nord, Kiev (Ukraine) est menacé, comme Moscou, en limite de portée.

Au Moyen-Orient : seraient sous le feu, l’ensemble du Proche-Orient arabe, en particulier Le Caire, en Egypte, Israel, la Turquie, toute la péninsule arabique.

En Afrique : un Shahab tiré de l’extrême-sud de l’Iran pourrait atteindre Djibouti…

En Asie centrale : toutes les Républiques ex-soviétiques d’Asie centrale, l’Afghanistan et l’extrême-ouest de la Chine.

En Asie du sud: le Pakistan et le nord-ouest de l’Inde, dont les villes de New-Dehli et de Bombay.

Conjuguée au programme nucléaire iranien, on comprend pourquoi cette affaire inquiète beaucoup de monde…

25/08/09 (B513) Otages en Somalie (Secret défense / Libération) Somalie : une « preuve de vie » pour l’un des agents de la DGSE enlevés le 14 juillet.

Selon nos informations, les autorités françaises ont reçu au cours des dernières semaines une « preuve de vie » de l’un des deux agents de la DGSE enlevés le 14 juillet dernier à Mogadiscio (Somalie). Il serait détenu par des militants du groupe Hizb-el-Islam. L’autre Français est, lui, entre les mains de Shebab – ces militants somaliens qui s’apparentent aux Taliban afghans.

Les autorités françaises rencontrent des difficultés à trouver les bons intermédiaires pour négocier leur libération. Il s’agit d’une question essentielle : ainsi, la libération des personnels d’Action contre la faim – dont deux Françaises – le 11 aout, a eu lieu au lendemain d’un changement d’intermédiaire. Ces otages étaient détenus depuis le 5 novembre 2008.

On en sait aujourd’hui un peu plus sur les conditions à la fois rocambolesques et dramatiques de l’enlèvement des deux membres de la DGSE. « Conseillers français en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien », ils ont été kidnappés dans leur hôtel par des hommes appartenant à la milice du ministre de l’Intérieur somalien, Ali Omar !

Or, l’un des 4×4, dans lesquels ils avaient été embarqués, est tombé en panne à quelques centaines de mètres de l’hotel, dans un quartier peu sûr. Aussitôt des membres du groupe Hizb-el-Islam sont arrivés, ont encerclé les véhicules, et n’ont laissé les miliciens repartir vivant qu’en échange des deux otages français. Un autre groupe, appartenant aux Shebab, est alors arrivé sur les lieux de l’incident et a exigé à son tour, sous la menace des armes, l’un des deux otages…

29/04/09 (B496) Libération : Le Quai d’Orsay réorganise sa coopération de défense

Le ministère des affaires étrangères réorganise la coopération internationale en matière de défense, en y incluant désormais les questions de sécurité intérieure. Depuis le 16 mars dernier, l’ancienne Direction de la coopération militaire de défense (DCMD) est devenue la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD).

Elle est traditionnellement dirigée par un général, détaché au Quai d’Orsay, actuellement le général Emmanuel Beth. A ses activités traditionnelles de coopération militaire, relevant essentiellement de la formation, la DCSD ajoute désormais un champ d’action dans le domaine de la police et de la sécurité civile, des compétences relevant du ministère de l’Intérieur.

La DCSD reste très tournée vers l’Afrique subsaharienne, une zone qui représente plus de 75% de ses activités. Parmi ces réalisations, on compte l’Ecole de maintien de la paix à Bamako (Mali), qui forment les militaires africains dans un cadre très multinational, ainsi que le Centre de déminage au Bénin. La DCSD finance 3000 stages de longue durée par an, dont la moitié se déroule en France. Au total, près de 40.000 personnes seraient peu ou prou concernées par son action. Son budget d’élève à 88 millions d’euros.

Les affaires étrangères s’occupent de "coopération structurelle" et non "opérationnelle" ; il s’agit d’aider les pays demandeurs à se doter de systèmes de sécurité plus performant. A cet égard, le Togo et le Bénin font figure de réussites, affirme-t-on au Quai, puisque les forces armées de ces pays ont joué un rôle stabilisateur lors des processus électoraux troublés, "Les armées africaines sont désormais orientées vers des missions de maintien de la paix, plus que de sécurité intérieure" se réjouit-on au Quai.

En revanche, la Centrafrique apparait comme un échec dans ce domaine.

La DCSD cherche à élargir son action au-delà des anciennes colonies françaises. Elle finance par exemple des cours de français pour les cadets de l’armée éthiopienne et souhaite créer un centre de formation navale en Guinée équatoriale pour lutter contre la piraterie.

Un projet comparable existe dans la Corne de l’Afrique, avec un centre de formation à Djibouti et de coordination au Yemen.