12/05/2016 (Brève 789) Parlement européen : des résolutions qui visent plusieurs Etats dont Djibouti (Communiqué de presse du 12 mai 2016)

Lien avec l’article original: http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/20160504IPR25768/Droits-de-l’homme-Crim%C3%A9e-Gambie-et-Djibouti

Le Parlement demande une enquête approfondie sur la transparence des élections d’avril 2016 à Djibouti, remportées de manière écrasante par le Président Ismaïl Omar Guelleh, réélu pour un quatrième mandat de cinq ans avec 87,1% des suffrages. Le scrutin a été critiqué par les partis d’opposition et les groupes de défense des droits, qui considèrent ce résultat comme le fruit de la répression politique.

Des élections équitables, libres de toute intimidation, sont importantes, affirment les députés, réitérant l’appel lancé par l’UE pour que les résultats de chaque bureau de vote lors des élections de 2013 et de 2016 soient publiés. Ils font remarquer que les autorités de Djibouti ont décliné la proposition de l’Union d’envoyer une mission d’experts électoraux pour observer le scrutin.

Par ailleurs, la résolution condamne les viols qui auraient été commis par des soldats djiboutiens, signalés par diverses ONG et mis en évidence par les grèves de la faim entreprises par des femmes djiboutiennes à Paris et à Bruxelles dans le but de demander une enquête internationale. Finalement, le texte dénonce l’absence d’une presse indépendante à Djibouti ainsi que la surveillance et la censure de sites internet critiques envers le gouvernement.

Procédure: résolutions non législatives

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12/05/2016 (Brève 790) Parlement européen : texte intégral de la résolution qui condamne le régime de Guelleh / Vote du 12 mai 2016 sur Djibouti (2016/2694(RSP))

Téléharger le document en PdF : http://wwww.ardhd.org/parlement_europeen/r0512_resolution_parlement_europeen.pdf

Le Parlement européen,
–   vu ses précédentes résolutions sur Djibouti, notamment celles du 4 juillet 2013 sur la situation à Djibouti et du 15 janvier 2009 sur la situation dans la Corne de l’Afrique,
–   vu le programme indicatif national pour Djibouti au titre du 11e Fonds européen de développement (FED) du 19 juin 2014,
–   vu les déclarations du porte-parole du Service européen pour l’action extérieure du 12 avril 2016 et du 23 décembre 2015,
–   vu la déclaration de la haute représentante, Mme Federica Mogherini, au nom de l’Union européenne, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse le 3 mai 2016,
–   vu le partenariat politique régional de l’UE pour la paix, la sécurité et le développement dans la Corne de l’Afrique,
–   vu le pacte international relatif aux droits civils et politiques,
–   vu la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,
–   vu la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes,
–   vu la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que Djibouti a ratifiée,
–   vu les actions et les communications de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) concernant Djibouti,
–   vu les conclusions préliminaires du 10 avril 2016 de la mission d’observation électorale de l’Union africaine qui a suivi les élections présidentielles,
–   vu le statut de Rome de la Cour pénale internationale, auquel Djibouti est un État partie depuis 2003,
–   vu l’accord-cadre signé le 30 décembre 2014 entre l’UMP (Union pour la majorité présidentielle), coalition au pouvoir, et l’USN (Union pour le salut national), coalition de partis d’opposition, visant à promouvoir une «politique nationale pacifique et démocratique»,
–   vu le décret no 2015-3016 PR/PM du 24 novembre 2015, adopté par le Conseil des ministres de Djibouti, établissant des mesures exceptionnelles de sécurité à la suite des attentats de Paris du 13 novembre 2015,
–   vu la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948,
–   vu le protocole à la charte africaine sur les droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes en Afrique,
–   vu l’accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 et révisé le 22 juin 2010,
–   vu la Constitution de la République de Djibouti de 1992, qui reconnaît les libertés fondamentales et les principes de base de la bonne gouvernance,
–   vu les directives de l’Union africaine pour les missions d’observation et de suivi des élections,
–   vu l’article 135, paragraphe 5, et l’article 123, paragraphe 4, de son règlement,
__________________________
A.  considérant qu’Ismaïl Omar Guelleh est le président de Djibouti depuis 1999, et qu’il a remporté de manière écrasante les élections d’avril 2016, avec 87,1 % des suffrages, victoire que les partis d’opposition et les groupes de défense des droits dénoncent comme le fruit de la répression politique; que plusieurs candidats de l’opposition ont boycotté les élections de 2005, de 2011 et de 2016; que le président Guelleh a persuadé l’assemblée nationale de modifier la Constitution en 2010 après avoir annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2016, ce qui lui a permis de se présenter pour un troisième mandat en 2011; que la contestation de la société civile qui a suivi a été réprimée;

B.  considérant que la situation géographique de premier ordre de Djibouti dans le golfe d’Aden revêt une importance stratégique pour les bases militaires étrangères, étant considérée comme un centre névralgique pour la lutte contre la piraterie et le terrorisme;

C.  considérant que dix femmes djiboutiennes réclamant une enquête internationale sur le viol des femmes djiboutiennes ont entamé une grève de la faim à Paris, quatre d’entre elles affirmant avoir été elles-mêmes victimes de viols, tandis qu’une autre, Fatou Ambassa, âgée de 30 ans, a jeûné en mémoire de sa cousine, Halima, décédée à l’âge de 16 ans des suites d’un viol collectif en 2003; que huit de ces femmes ont poursuivi leur grève de la femme pendant dix-neuf jours, du 25 mars au 12 avril 2016, et que dix autres femmes ont également entamé une grève de la faim à Bruxelles; que les autorités djiboutiennes contestent les affirmations de ces femmes; que des femmes ont été prises en otage dans le cadre du conflit entre l’armée djiboutienne et le FRUD-armé; que le comité des femmes djiboutiennes contre le viol et l’impunité (le COFEDVI), créé en 1993, a recensé 246 cas de viols par des soldats, contre une vingtaine de plaintes introduites;

D.  considérant qu’aucune mission d’observation électorale de l’Union européenne n’a été invitée à observer le scrutin et que les autorités de Djibouti ont décliné la proposition de l’Union d’envoyer une mission d’experts électoraux; que la mission d’observation électorale de l’Union africaine préconise la mise en place d’une commission électorale indépendante chargée du processus électoral, y compris de l’annonce de résultats provisoires;

E.  considérant qu’Omar Elmi Khaireh, Mohamed Moussa Ali et Djama Abdourahman Djama, trois candidats de l’opposition, reprochent aux résultats électoraux d’avril 2016 leur manque de transparence et leur incapacité à traduire la volonté du peuple djiboutien; que les organisations de défense des droits de l’homme n’ont pas reconnu les résultats; que l’espace politique laissé à l’opposition demeure très étroit, et sa liberté d’expression limitée; que les forces de police et les services de sécurité exercent un contrôle étroit sur le pays, et que l’appareil judiciaire est faible et proche du gouvernement; que des responsables de l’opposition ont été constamment soumis à des peines d’emprisonnement et au harcèlement, et que des allégations de torture ont été formulées; qu’il aurait été ordonné à l’armée d’éloigner les représentants de l’opposition de certains bureaux de vote afin de pouvoir en remplir les urnes, tandis que des municipalités telles qu’Ali-Sabieh auraient été placées sous contrôle militaire; que le président Guelleh aurait organisé une fête afin de récompenser l’armée pour sa contribution à l’élection avant même l’annonce des résultats officiels; que l’Union africaine a déploré un certain nombre d’irrégularités (l’absence de registres, d’affichage des résultats et de comptage public des votes);

F.   considérant que, le 31 décembre 2015, à la suite de l’exclusion du parlement des députés d’opposition, une loi imposant l’état d’urgence introduite en novembre 2015 a servi à restreindre les libertés individuelles et à réprimer des militants de l’opposition, des défenseurs des droits de l’homme, des syndicalistes et des journalistes;

G.  considérant que, le 30 décembre 2014, l’UMP, la coalition au pouvoir, a signé un accord-cadre avec l’USN, la coalition de l’opposition, qui prévoyait une réforme de la commission électorale nationale indépendante, la création d’une commission parlementaire conjointe, et des réformes à court et à moyen termes; que la commission parlementaire conjointe a bien été créée en février 2015, mais qu’aucun des projets de loi les plus importants (comme la loi sur la création d’une commission électorale conjointe indépendante ou celle sur les droits et obligations des partis politiques) n’a été présenté; que, le 26 août 2015, les autorités djiboutiennes ont annoncé qu’elles renonçaient à réformer la commission électorale;

H.  considérant qu’il n’y a pas de stations de radio ou de chaînes de télévision privées à Djibouti, les autorités suivant de près les sites web de l’opposition et bloquant régulièrement ceux des organisations de défense des droits de l’homme ou ceux des médias sociaux; que le gouvernement est propriétaire de La Nation, le principal quotidien, ainsi que de la Radiodiffusion-Télévision de Djibouti, le radiodiffuseur national, qui pratiquent l’autocensure; qu’en 2015, Freedom House a déclaré que la presse à Djibouti n’était pas libre; que Djibouti se situe à la 170e place (sur 180) dans le classement mondial 2015 de la liberté de l’information établi par Reporters sans frontières; que, sous le gouvernement de la coalition de l’UMP, les partis et les militants de l’opposition ont fait l’objet d’une répression permanente, et de nombreux militants de partis et de journalistes, y compris un journaliste de la BBC durant la campagne électorale présidentielle de 2016, ont fait l’objet de poursuites judiciaires; considérant que, le 19 janvier 2016, le principal journal d’opposition, L’Aurore, a été fermé par décision de justice; que la commission nationale de la communication, censée être mise en place en 1993, n’a toujours pas vu le jour;

I.   considérant qu’en 2012 en particulier, la région de Mablas a connu une vague d’arrestations arbitraires de membres présumés du FRUD-armé;

J.   considérant qu’il a été allégué qu’au moins 27 personnes ont été tuées et plus de 150 ont été blessés par les autorités lors d’une manifestation culturelle à Budulgo le 21 décembre 2015, alors que le gouvernement djiboutien insiste sur le fait que le nombre de décès était limité à sept; que la police a ensuite envahi les locaux où se réunissaient les chefs de l’opposition, que certains d’entre eux ont été blessés et que deux dirigeants influents de l’opposition (Abdourahman Mohamed Guelleh, secrétaire général de l’USN et Hamoud Abdi Souldan) ont été emprisonnés, sans aucun chef d’accusation à leur encontre; que tous deux ont été libérés quelques jours avant les élections présidentielles, le premier faisant l’objet de poursuites pénales; qu’Omar Ali Ewado, dirigeant syndical et défenseur des droits de l’homme, a été placé à l’isolement du 29 décembre 2015 au 14 février 2016 pour avoir publié une liste des victimes du massacre et des personnes qui sont toujours portées disparues; que son avocat a lui aussi été placé en détention à l’aéroport; que Saïd Houssein Robleh, membre de l’opposition et secrétaire général de la Ligue djiboutienne des droits humains, a été blessé par les balles de la police djiboutienne et qu’il est actuellement en exil en Europe;

K.  considérant que les conditions de détention dans les prisons djiboutiennes sont extrêmement préoccupantes;

L.  considérant qu’à la suite des attentats terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, le Conseil des ministres de Djibouti a adopté le 24 novembre 2015 le décret n° 2015-3016 PR/PM interdisant les rassemblements et les réunions sur la voie publique en tant que mesure de lutte contre le terrorisme;

M. considérant qu’il n’existe pas de législation contre la violence domestique et les viols conjugaux à Djibouti; que les autorités ont informé le comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (CEDAW) qu’elles sont conscientes des lacunes dans leurs efforts visant à lutter contre la violence fondée à caractère sexiste; que, bien qu’elles soient illégales depuis 2005, différentes formes de mutilations génitales féminines ont été effectuées sur 98 % des femmes à Djibouti;

N.  considérant que, selon la Banque mondiale, plus de 23 % des Djiboutiens vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, tandis que 74 % d’entre eux vivent avec moins de trois dollars américains par jour; que l’insécurité alimentaire est aggravée par les prix élevés des denrées alimentaires, la pénurie d’eau, le changement climatique et la diminution des pâturages; que Djibouti est parmi les pays bénéficiaires du programme d’aide de 79 millions d’euros de l’Union en faveur des pays de la Grande Corne de l’Afrique touchés par le phénomène « El Niño »;

O.  considérant que le respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’état de droit est à la base du partenariat ACP-UE et qu’il constitue l’un des éléments essentiels de l’accord de Cotonou; que l’Union devrait intensifier sans tarder le dialogue politique régulier avec Djibouti au titre de l’article 8 de l’accord de Cotonou;

P.   considérant que Djibouti bénéficie actuellement de 105 millions d’euros en fonds bilatéraux de l’Union, essentiellement pour l’eau et l’assainissement ainsi que la sécurité alimentaire et nutritionnelle, dans le cadre du programme indicatif national de l’Union au titre du 11e Fonds européen de développement; que de 2013 à 2017, Djibouti aura reçu 14 millions d’euros dans le cadre de l’initiative « Supporting Horn of Africa Resilience » (appui à la capacité de résistance de la Corne de l’Afrique), qui vise à donner aux communautés les moyens de résister à des périodes de sécheresse récurrentes;

Q.  considérant que Djibouti accueille actuellement plus de 15 000 réfugiés en provenance de Somalie et d’Érythrée et quelque 8 000 réfugiés venus du Yémen; que les femmes et les jeunes filles dans les camps de réfugiés sont exposées au risque de la violence à caractère sexiste; que la Commission apporte son soutien, notamment sous la forme de services de secours et d’aide financière aux communautés d’accueil des camps de réfugiés;
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1.   exprime son inquiétude en ce qui concerne le processus de démocratisation qui est au point mort à Djibouti, une situation aggravée par le fait que le parlement ait apporté des modifications aux dispositions de la Constitution djiboutienne sur la limitation des mandats présidentiels, tout comme par les allégations selon lesquelles des membres de l’opposition ont été harcelés et exclus de plusieurs bureaux de vote; souligne l’importance que revêtent des élections équitables, libres de toute intimidation;

2.   demande une enquête approfondie sur la transparence du processus électoral et des élections de 2016 à Djibouti; réitère l’appel lancé par l’Union pour que les résultats de chaque bureau de vote dans les élections de 2013 et de 2016 soient publiés;

3.   dénonce avec fermeté les viols qui auraient été commis par des soldats djiboutiens contre des civils et qui ont été signalés par diverses ONG, ainsi que les ont mis en évidence les grèves de la faim, et demande aux autorités djiboutiennes de mener une enquête approfondie sur les actions de l’armée en particulier et de mettre un terme à l’impunité; invite les Nations unies à enquêter sur la situation des droits de l’homme à Djibouti, en particulier la situation des femmes dans ce pays; exprime sa profonde solidarité avec les femmes djiboutiennes actuellement en grève de la faim en France et en Belgique;

4.   dénonce l’ingérence militaire et policière dans les processus démocratiques et insiste sur le fait qu’une enquête approfondie et transparente sur le processus électoral est indispensable; s’inquiète de la volonté apparente du président de célébrer prématurément la victoire lors des élections d’avril 2016; rappelle que Djibouti est un État qui est partie à la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et que l’article 16 de la Constitution djiboutienne dispose que « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des sévices ou traitements inhumains, cruels, dégradants ou humiliants »; demande aux autorités de Djibouti d’enquêter de manière approfondie sur les allégations de torture et de mauvais traitements et de veiller à ce que les auteurs soient poursuivis et, s’il sont condamnés, punis par des sanctions appropriées, et à ce que les victimes soient indemnisées de façon appropriée; invite ces mêmes autorités à mettre en place un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur toute allégation de mauvaise conduite;

5.   déplore la décision des autorités djiboutiennes de renoncer à la réforme de la commission électorale nationale telle que prévue dans l’accord-cadre signé le 30 décembre 2014, et les invite instamment à collaborer étroitement avec l’opposition afin de parvenir à un processus électoral plus équitable et plus transparent;

6.   rappelle aux autorités djiboutiennes leur engagement en faveur de la protection des journalistes, au titre des lignes directrices de l’Union africaine pour les missions d’observation et de suivi des élections, condamne la façon dont les journalistes ont été traités et rappelle aux autorités djiboutiennes l’importance de la liberté de la presse et du droit à un procès équitable; exige une explication motivée de la part des autorités djiboutiennes à propos du traitement infligé aux journalistes; condamne fermement le harcèlement et l’emprisonnement sans aucune inculpation subis par des dirigeants de l’opposition, des journalistes et des militants indépendants des droits de l’homme au cours de la période précédant l’élection présidentielle; invite les autorités djiboutiennes à mettre un terme à la répression des opposants politiques et des journalistes et à libérer toutes les personnes emprisonnées pour des motifs politiques ou pour avoir exercé le droit à la liberté des médias; invite les autorités djiboutiennes à réformer la législation relative à l’état d’urgence afin de la mettre pleinement en conformité avec le droit international;

7.   condamne l’absence d’une presse indépendante à Djibouti ainsi que la surveillance et la censure de sites internet critiques envers le gouvernement; déplore la pratique de l’autocensure pratiquée par les médias étatiques; invite le gouvernement de Djibouti à accorder des licences de radiodiffusion FM à tout organisme de médias indépendants qui en fait la demande; invite le gouvernement à accorder aux journalistes étrangers un accès libre au pays pour leur permettre d’exercer leur métier en toute sécurité et de manière objective; invite le gouvernement de Djibouti à mettre en place la commission de communication nationale et à autoriser la radiodiffusion privée et indépendante;

8.   déplore les assassinats perpétrés lors de la cérémonie culturelle du 21 décembre 2015 et, partant, les détentions et les actes de harcèlement des défenseurs des droits de l’homme et des membres de l’opposition; exprime ses condoléances aux familles des victimes et exige une enquête complète et indépendante en vue d’identifier et de traduire en justice les responsables; réitère sa condamnation de la détention arbitraire et appelle au respect des droits de la défense;

9.   demande aux autorités djiboutiennes de veiller au respect des droits de l’homme reconnus par les textes nationaux et internationaux, auxquels Djibouti a souscrit, et de garantir les droits et les libertés civils et politiques, y compris le droit de manifester pacifiquement et la liberté de la presse;

10. invite instamment le gouvernement à continuer d’assurer la formation des policiers et autres agents aux fins de l’application de la loi relative à la prévention de la traite des êtres humains, à intensifier ses efforts pour traduire les trafiquants d’êtres humains en justice et à mener des actions de sensibilisation à la question de la traite des êtres humains destinées aux autorités judiciaires, législatives et administratives, à la société civile et aux organisations non gouvernementales qui opèrent dans le pays, ainsi qu’aux citoyens;

11. exige que les hommes et les femmes soient traités de manière égale devant la loi à Djibouti et rappelle aux autorités qu’elles sont partie à la convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes;

12. se félicite des interventions du gouvernement de Djibouti face à la pratique généralisée des mutilations génitales féminines, mais souhaiterait que davantage de progrès soient accomplis;

13. invite les autorités à accorder aux ONG un accès aux régions d’Obock, de Tadjourah et de Dikhil;

14. demande aux autorités civiles et militaires de faire preuve de la plus grande retenue lors des opérations policières et militaires dans le nord du pays et, en particulier, de ne pas recourir à un quelconque type de violence contre les populations civiles, et de ne pas utiliser ces populations comme boucliers autour des camps militaires;

15. se déclare prêt à suivre attentivement l’évolution de la situation à Djibouti et à proposer des mesures restrictives éventuelles en cas de non-respect de l’accord de Cotonou (2000), et en particulier de ses articles 8 et 9; demande, à ce titre, à la Commission de suivre également de près la situation;

16. invite instamment le Service européen pour l’action extérieure, la Commission, ainsi que leurs partenaires, à œuvrer avec les Djiboutiens sur des réformes politiques à long terme, ce qui devrait être notamment facilité par la relation étroite qui existe déjà, compte tenu du fait que Djibouti est un élément essentiel de la lutte contre le terrorisme et la piraterie dans la région, que le pays accueille en outre une base militaire et qu’il contribue à la stabilité dans la région;

17. invite la Commission à fournir une aide supplémentaire aux organisations indépendantes et à la société civile, notamment par la publication d’un appel d’offres dès que possible dans le cadre de l’instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme;

18. charge son Président de transmettre la présente résolution au gouvernement djiboutien, aux institutions de l’Union africaine, à l’Autorité intergouvernementale pour le développement, à la Ligue arabe, à l’Organisation de la coopération islamique, à la vice-présidente de la Commission et haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, aux États membres de l’Union ainsi qu’aux coprésidents de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE.

06/07/2013 (Brève 150)  Le Parlement européen condamne, à la quasi totalité des représentants, le régime djiboutien pour les résultats électoraux, pour les arrestations massives et les condamnations d’opposants et pour les violences contre la population.

Lien avec l’original sur le site du parlement européen (télécharger)

Résolution du Parlement européen du 4 juillet 2013 sur la situation à Djibouti (2013/2690(RSP))

Le Parlement européen ,

  • vu ses résolutions antérieures, notamment celles du 15 janvier 2009 sur la situation dans la Corne de l’Afrique et du 18 décembre 1997 sur la situation des droits de l’homme à Djibouti,
  • vu la déclaration commune faite à Djibouti le 24 février 2013 par les missions d’observation internationale (composées de l’Union Africaine (UA), de la Ligue arabe, de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) et de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD)) qui ont suivi les élections législatives du 22 février 2013 en République de Djibouti,
  • vu la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, que Djibouti a ratifiée,
  • vu la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948,
  • vu l’accord de Cotonou signé le 23 juin 2000 et révisé le 22 juin 2010,
  • vue la déclaration du porte-parole de Catherine Ashton, haute représentante de l’Union européenne, du 12 mars 2013 sur la situation après les élections législatives à Djibouti,
  • vu l’article 122, paragraphe 5, et l’article 110, paragraphe 4, de son règlement,

A.  considérant qu’en raison de sa position à la pointe de la Corne de l’Afrique et à l’entrée de la mer Rouge, Djibouti et ses infrastructures stratégiques (ports et zones franches) jouent un rôle important pour toute la région;

B.  considérant que Djibouti joue un rôle clé dans la lutte contre la piraterie et le terrorisme dans la région;

C.  considérant que, depuis son indépendance en 1977 jusqu’à 2003, Djibouti a connu un système de parti unique;

D.  considérant qu’une grave crise politique secoue le pays depuis les dernières élections législatives du 22 février 2013;

E.  considérant qu’Ismail Omar Guelleh, arrivé au pouvoir en 1999, a été réélu président en 2005 avec 100 % des suffrages et qu’il a annoncé qu’il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2016; qu’il a été réélu en avril 2011 avec près de 80 % des voix dans un scrutin largement boycotté par l’opposition après que le parlement de Djibouti eut amendé la Constitution de façon à permettre au président Guelleh d’être candidat à un nouveau mandat;

F.  considérant que, pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir d’Ismail Omar Guelleh, les partis de l’opposition, espérant le pluralisme démocratique, avaient décidé de prendre part aux élections législatives du 22 février 2013, en raison d’un nouveau mode de scrutin partiellement proportionnel, permettant la représentation parlementaire de la minorité politique;

G.  considérant que, lors de ce scrutin, les opérations de vote ont été observées par l’UA, la Ligue arabe, l’OCI et l’IGAD, qui ont supervisé 154 bureaux de vote et 12 centres de dépouillement, et ont souligné la transparence du scrutin, n’ayant relevé aucun cas de fraude ni de bourrage d’urnes;

H.  considérant que, selon les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel, l’Union pour la majorité présidentielle (UMP) a obtenu 68% des suffrages;

I.  considérant que l’opposition, qui, pour la première fois depuis l’indépendance, peut faire son entrée au parlement, dénonce des fraudes massives et proclame sa victoire électorale; que le Conseil constitutionnel a rejeté le recours de l’opposition visant à contester le résultat des élections;

J.  considérant que l’opposition boycotte le parlement issu de ce scrutin; que les autorités reprochent notamment à une partie de l’opposition d’avoir constitué une «Assemblée nationale légitime’ (ANL), en marge de l’Assemblée nationale, suite aux élections contestées de février dernier; que l’ANL est présidée par la tête de liste USN de Djibouti-ville, Ismail Guedi Hared;

K.  considérant que les résultats des élections législatives du 22 février n’ont toujours pas été publiés par bureau de vote, malgré les demandes de l’Union européenne, ce qui entraîne des soupçons de fraudes;

L.  considérant que le nombre d’inscrits dans la circonscription de Djibouti-ville a fait l’objet de plusieurs annonces divergentes;

M.  considérant que la répression, par un usage disproportionné de la force, des manifestations des partis de l’opposition, qui contestent la régularité des élections législatives, aurait fait au moins dix morts, tués par balles par les forces de l’ordre;

N.  considérant les arrestations massives de manifestants de l’opposition; considérant que les ONG dénoncent des cas de morts suspectes, de tortures et de disparitions;

O.  considérant que, depuis les élections du 22 février, plus d’un millier d’opposants auraient été emprisonnés pour des périodes plus ou moins longues;

P.  considérant que les prisonniers politiques actuellement détenus seraient une soixantaine; considérant la répression constante des autorités contre les militants politiques de l’opposition;

Q.  considérant les poursuites judiciaires engagées contre la plupart des dirigeants de l’opposition et contre de nombreux journalistes;

R.  considérant que le journaliste Mydaneh Abdallah Okieh, par ailleurs chargé de la communication de la coalition d’opposition USN, est accusé de «diffamation envers la police» pour avoir posté sur le réseau social Facebook des images de manifestants victimes de la répression; que, le 26 juin, la Cour d’appel a alourdi sa peine de 45 jours à cinq mois d’emprisonnement;

S.  considérant la condamnation, en avril 2013, à deux ans de prison et à la privation de leurs droits civiques et civils de trois dirigeants de la coalition de l’opposition USN; considérant que l’examen de leur recours a été reporté au 25 novembre;

T.   considérant, dans ce contexte, l’arrestation, le 4 mars 2013, du porte-parole de l’opposition USN, Daher Ahmed Farah; considérant qu’il a été jugé coupable d’appel à la rébellion à la suite des élections législatives contestées de février 2013; que deux autres personnes étaient poursuivies dans ce même dossier, que l’une d’entre elles a été condamnée à de la prison avec sursis et que l’autre a été relaxée; que, le 26 juin, la Cour d’appel a, de nouveau, condamné Daher Ahmed Farah à deux mois de prison ferme;

U.  considérant les conditions extrêmement préoccupantes de détention dans les prisons djiboutiennes;

V.  considérant que la Constitution de 1992 reconnaît les libertés fondamentales et les principes de base de la bonne gouvernance;

W.  considérant que l’article 10 de la constitution dispose que «le droit à la défense, y compris celui de se faire assister par l’avocat de son choix, est garanti à tous les stades de la procédure»;

X.  considérant que Djibouti est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels;

Y.  considérant que les femmes djiboutiennes sont confrontées à des formes diverses de violence, dont le viol, les mutilations génitales féminines, les violences domestiques, le harcèlement sexuel et le mariage précoce, qui ont de lourdes conséquences en termes de destruction physique et psychologique des femmes;

Z.  considérant que Djibouti se situe à la 167e place (sur 179) dans le classement mondial 2013 de la liberté de l’information établi par Reporters sans frontières; considérant l’interdiction faite aux journalistes étrangers de se rendre à Djibouti et les difficultés que cette interdiction entraîne pour obtenir des informations fiables sur ce qui se passe dans le pays;

AA.  considérant qu’en mars 2012, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a estimé que 180 000 personnes à Djibouti avaient besoin d’une assistance alimentaire;

AB.  considérant qu’au cours des vingt dernières années, l’Union européenne et ses États membres ont été les principaux bailleurs de fonds de Djibouti; que les sommes versées par les États-Unis, le Japon et la France, pour l’occupation de leurs bases militaires, représentent une rente assurant à Djibouti une croissance continue;

AC.  considérant que le respect des droits de l’homme, des principes démocratiques et de l’état de droit est à la base du partenariat ACP-UE et qu’il constitue l’un des éléments essentiels de l’accord de Cotonou;

  1. exprime la préoccupation que lui inspirent la situation prévalant à Djibouti depuis les élections législatives du 22 février 2013 et le climat politique tendu dans le pays; est particulièrement préoccupé par les informations faisant état d’arrestations massives de membres de l’opposition, de la répression des manifestations contestant la régularité des élections et d’atteintes à la liberté des médias;
  2. demande aux autorités djiboutiennes de mettre un terme à la répression des opposants politiques et de libérer toutes les personnes détenues pour des motifs politiques;
  3. demande aux autorités djiboutiennes de veiller au respect des droits de l’homme reconnus par les textes nationaux et internationaux, auxquels Djibouti a souscrit, et de garantir les droits et les libertés civils et politiques, y compris le droit de manifester pacifiquement et la liberté de la presse;
  4. condamne fermement les actes de violence sexuelle perpétrés à l’encontre des femmes et rappelle qu’il incombe au gouvernement de Djibouti de mettre un terme à l’impunité en traduisant en justice les auteurs de ces violences;
  5. demande le respect des droits à la défense, en particulier l’accès des accusés à un avocat de leur choix à tous les stades de la procédure; demande aux autorités de permettre aux familles des détenus de leur apporter une aide matérielle, en particulier dans le domaine de la santé;
  6. demande au gouvernement d’ouvrir le dialogue politique avec l’opposition conformément à l’annonce faite par le chef de l’État le 27 juin, à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance nationale, avec l’aide des institutions ayant validé les résultats électoraux, en particulier l’Union africaine; appelle l’Union européenne à appuyer l’action des organisations régionales et à apporter sa contribution pour trouver une solution politique afin de sortir de la crise actuelle;
  7. appelle à l’ouverture immédiate d’une enquête judiciaire pour faire la lumière sur les agissements des forces de l’ordre lors des manifestations et sanctionner les auteurs des violations des droits de l’homme;
  8. salue le déroulement pacifique du scrutin législatif du 22 février 2013, reconnu par les différents acteurs de la communauté internationale, y compris la haute représentante / vice-présidente de l’Union européenne et les chefs des quatre missions d’observation électorale dépêchés sur place; se réjouit, pour l’avenir du pays, de l’engagement civique dont ont fait preuve la population et l’ensemble des partis politiques lors de ces élections;
  9. se félicite de la participation, pour la première fois depuis l’indépendance du pays en 1977, des forces de l’opposition, c’est-à-dire de l’Union pour le salut national (USN), au scrutin législatif du 22 février 2013;
  10. réitère l’appel de l’Union européenne pour une publication transparente des résultats du scrutin du 22 février 2013 pour chaque bureau de vote;
  11. appelle l’ensemble des forces politiques djiboutiennes à respecter l’état de droit, y compris le droit de manifester pacifiquement, et à s’abstenir de recourir à la violence et à la répression;
  12. se déclare prêt à suivre attentivement l’évolution de la situation à Djibouti et à proposer des mesures restrictives éventuelles en cas de non-respect de l’accord de Cotonou (2000), et en particulier de ses articles 8 et 9; demande, à ce titre, à la Commission de suivre également de près la situation;
  13.  invite instamment le SEAE et la Commission, ainsi que leurs partenaires, à œuvrer avec les Djiboutiens à des réformes politiques à long terme, ce qui devrait être notamment facilité par la relation étroite qui existe déjà entre ces parties, compte tenu du fait que Djibouti est un partenaire essentiel dans la lutte contre le terrorisme et un acteur central de la région et que ce pays accueille des bases militaires;
  14. charge son Président de transmettre la présente résolution au gouvernement djiboutien, aux institutions de l’Union africaine, à l’IGAD, à la Ligue arabe, à l’OCI, à la haute représentante et vice-présidente de la Commission, ainsi qu’aux coprésidents de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE.