24/06/07 (B401) Plus. NEWS.FR / Pourquoi Sarkozy reçoit la veuve du juge Borrel

Douze ans après la mort du juge français Bernard Borrel à Djibouti dans des circonstances mystérieuses, sa veuve est reçue ce mardi à l’Elysée. Objectif : demander à Nicolas Sarkozy de «restaurer l’honneur de la France».

Elle reproche à la France d’être intervenue pour éviter que la lumière soit faite sur cette affaire, afin de protéger son amitié avec les autorités de Djibouti, soupçonnées dans la mort du juge. Djibouti est pour la France un allié stratégique. Des pressions sont attribuées à Jacques Chirac.

20/06/07 (B400) PLUSNEWS.fr : Pourquoi Sarkozy reçoit la veuve du juge Borrel ?

Douze ans après la mort du juge français
Bernard Borrel à Djibouti dans des circonstances mystérieuses,
sa veuve est reçue ce mardi à l’Elysée. Objectif
: demander à Nicolas Sarkozy de «restaurer l’honneur
de la France». Elle reproche à la France d’être
intervenue pour éviter que la lumière soit faite sur cette
affaire, afin de protéger son amitié avec les autorités
de Djibouti, soupçonnées dans la mort du juge. Djibouti
est pour la France un allié stratégique. Des pressions sont
attribuées à Jacques Chirac.

12 ans d’affaire Borrel

Le 19 octobre 1995,
à Djibouti, petit Etat de la corne de l’Afrique, à
l’est du continent, le corps de Bernard Borrel, 39 ans, est retrouvé
à moitié carbonisé, à 80 km de Djibouti-ville,
la capitale. Ce magistrat français était chargé de
conseiller le ministère de la Justice djiboutien pour réformer
son code pénal. Depuis, sa mort est un mystère judiciaire
et elle empoisonne les relations diplomatiques entre la France et Djibouti.

Suicide ou
assassinat ?
L’enquête locale, à Djibouti, conclut le 2
novembre 1995 au suicide par le feu (immolation). Un des principales raison
: Bernard Borrel avait retiré le 18 octobre l’équivalent
de 32 800 €, qu’il avait laissés à son domicile
avec une lettre demandant à sa femme de payer quelques dettes.

Pourtant en février 1996, une autopsie indique
que le corps a été brûlé et les faits sont
requalifiés en assassinat. L’enquête montrera que le
suicide a été mis en scène. Une fracture du crâne
et du bras gauche sont découvertes, et deux types d’essence
sont retrouvées sur le corps, alors qu’un seul bidon a été
ramassé sur place. Mais les autorités françaises
ont très longtemps défendu la thèse du suicide.

Par qui et
pourquoi aurait-il été tué ?
En décembre 1999, un membre de la garde présidentielle
djiboutienne, exilé en Belgique, dit avoir entendu des hommes déclarer
à l’actuel président Omar Guelleh (alors directeur
de cabinet de son prédécesseur) : «Le juge fouineur
est mort», «il n’y a pas de trace». Ces paroles
remontent au jour de la mort du juge.

Pourquoi Omar
Guelleh aurait-il commandité cet assassinat ? Il y a deux pistes,
selon Bernard Nicolas, journaliste et coauteur du livre ‘Un juge assassiné’
(Flammarion, 2006):

Le juge Borrel pensait
qu’Omar Guelleh avait commandité un attentat contre la communauté
française de Djibouti en septembre 1990 – l’attentat
du Café de Paris. Omar Guelleh aurait voulu l’empêcher
de parler.

Bernard Borrel aurait découvert un trafic de matériaux nucléaires
à Djibouti. Des hommes d’affaires français et le pouvoir
djiboutien seraient mêlés. Bernard Nicolas va plus loin :
la France et Djibouti avaient toutes deux intérêt à
se débarrasser du juge, affirme-t-il.

Les juges français ont par deux fois convoqué le président
djiboutien lors de ses visites en France, mais il ne s’est pas présenté.

Quelle est
la responsabilité de la France ?
Personne ne croit que la France a commandité l’assassinat,
mais beaucoup d’observateurs sont désormais persuadés
que la France a essayé d’empêcher la justice de faire
son travail pour protéger son amitié avec Djibouti (lire
les ‘Faits’).

Aurélie
Blondel aurelie@plusnews.fr

La
veuve Borrel accuse Jacques Chirac

Reçue à l’Elysée mardi 19 juin
dans la matinée, Elisabeth Borrel compte demander à Nicolas
Sarkozy d’assurer que l’enquête sur l’assassinat
de son mari en 1995 puisse avancer sans entrave. Elle accuse le pouvoir
politique français d’avoir fait pression sur la justice pour empêcher
que l’affaire n’aboutisse.

Des documents
contre la France

Cette rencontre survient une semaine après la publication de documents
trouvés lors de perquisitions aux ministères de la Justice
et qui impliquent la France.

Certains documents
montrent que le ministère de la Justice aurait voulu transmettre
en 2004 les éléments du dossier Borrel aux autorités
de Djibouti, alors que celles-ci étaient soupçonnées
d’avoir commandité l’assassinat. La juge d’instruction
française Sophie Clément a refusé à deux reprises.

D’autres documents insinuent que l’ancien président
Jacques Chirac a suggéré à Djibouti de porter plainte
contre Paris devant la Cour internationale de justice (CIJ) pour obliger
la justice française de lui remettre une copie du dossier. Djibouti
a effectivement déposé début 2006 une plainte devant
la CIJ contre la France pour non-respect de la convention d’entraide
judiciaire bilatérale

Des pressions
sur RFI ?
Dans une conférence de presse le 13 juin dernier, Elisabeth
Borrel a également dénoncé des pressions sur RFI,
Radio France internationale, une antenne en partie financée par
le ministère des Affaires étrangères. Une note diplomatique
indique que Djibouti a demandé en 2005 la mise à l’écart
d’un journaliste de cette radio.

La direction de RFI nie avoir subi des pressions. Le journaliste
en question, David Servenay, qui s’est vu retiré progressivement
le dossier Borrel à partir de 2005, n’a pas souhaité
commenter pour l’instant.

Quels sont
les intérêts en cause?
Beaucoup pensent que la France a voulu protéger son amitié
avec Djibouti, ancienne colonie et première base militaire à
l’étranger (lire les ‘Chiffres’). D’autant
plus que les Etats-Unis s’intéressent désormais aussi
à ce pays de l’est de l’Afrique.

Djibouti est un excellent site d’entraînement
pour les soldats français, qui peuvent s’y habituer aux conditions
désertiques. Le pays offre aussi un accès stratégique
à la Mer rouge et au Golfe persique. Djibouti sert aussi de base
relais pour les opérations françaises dans la région.

Mais ces intérêts ne suffisent pas à
expliquer l’acharnement de la France à protéger Djibouti,
selon Bernard Nicolas, journaliste et coauteur du livre ‘Un juge assassiné’
avec la veuve du juge Borrel. Il pense que des Français sont directement
impliqués dans l’assassinat, dans le cadre d’un trafic
de matières nucléaires.