04/12/02 (B 174 / 2) Me Morice, dans une interview sur RFI, annonce qu’il a porté plainte contre Hassan Saïd et les anciens magistrats pour « subornation de témoins »

Dans l’entretien qu’il a accordé à RFI, Me Morice annonce qu’il aurait porté plainte devant le Tribunal de Grande instance de Paris, contre Hassan Saïd et les juges Leloire et Moracchini, pour tentative de subornation de témoins, sur la base de faits réels et de témoignages, y compris de policiers belges.

Par ailleurs Me Morice a annoncé que les expertises médico-légales concluaient à un assassinat du Juge Borrel qui aurait été frappé à la tête et au bras, dans un mouvement de protection. On peut conclure que ce n’est qu’une fois mort ou inconscient qu’il aurait été carbonisé.

La mise en cause de Guelleh et de ses proches semble maintenant inévitable et nous attendons les décisions qui seront prises par la Justice française.

La France aura-t-elle la capacité de reconnaître les erreurs passées et de s’engager dans la voie de la vérité ? Nous devrions le savoir très vite !

Madame Alliot-Marie continuera-t-elle à apporter un soutien financier à Guelleh et à son régime, sachant qu’il pourrait être considéré comme ayant une responsabilité dans la mort d’un juge français ?

Nous devrions le savoir dans les prochains jours.

A suivre

04/12/02 (B174 / 2) Revue de presse non exhaustive.
1 – RFI. Djibouti : Affaire Borrel – le tournant.
2 – Le Monde : de nouveaux éléments jettent le trouble sur la mort du juge Borrel

Me Olivier Morice
a été invité à parler ce mercredi matin sur RFI.
Pour l’écouter, cliquez ici :
http://www.tv-radio.com/ondemand/rfi/mere/ftp/Audio/Actu/Invite_Matin/rfiac_IMA_20021204.ram

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Extrait du site de RFI

Après sept ans
d’enquête, la justice française effectue un virage à
180 degrés sur le dossier Borrel. Ce juge français, retrouvé
mort en 1995 au pied d’une falaise de Djibouti, n’est pas un «suicidé»
pour le cinquième magistrat instructeur. Plusieurs témoins ont
déjà étayé la thèse de l’assassinat,
défendue par la veuve du magistrat. Dernier en date: Ali Iftin, l’ancien
patron de la garde présidentielle. Nous l’avons rencontré
à Bruxelles.

Six mois d’exil et
déjà sa terre natale lui manque. Sous sa veste en cuir, Ali
Abdillahi Iftin abrite l’amertume d’un homme écœuré
par les dérives d’un régime où règne l’arbitraire.
Ce commandant de gendarmerie était le responsable de la garde présidentielle
d’Ismaël Omar Guelleh. Pendant des années, il a servi avec
loyauté son président. Au printemps dernier, sentant que la
pression devenait trop forte, il a fui son pays par les montagnes, comme d’autres
avant lui. Direction: Addis-Abeba, puis Bruxelles, car Paris lui refuse le
visa de réfugié politique qu’il demande. La Seine, il l’a
finalement aperçu la semaine dernière, en se rendant dans le
cabinet d’instruction du juge Sophie Clément au Palais de justice
de Paris.

Par devoir, et «surtout
pour Madame Borrel et ses enfants», il a raconté sa part de vérité
sur cette affaire devenue une affaire d’Etat. Et de commencer par son
faux témoignage. Fin 1999, lorsque les autorités djiboutiennes
apprennent que l’ancien lieutenant de la garde présidentielle,
Mohamed Saleh Alhoumekani, va dire publiquement ce qu’il sait de l’affaire,
le patron des services de renseignements préparent une contre-offensive.
«L’objectif, explique Ali Iftin, est alors de décrédibiliser
le témoignage d’Alhoumekani. Hassan Saïd, le patron des services
de renseignements, me présente un texte que je dois recopier, puis
signer». Menaces à l’appui: «Si je ne le fais pas,
moi ou ma famille auront à en subir les conséquences».
Dans cette lettre, Alhoumekani est présenté comme un mauvais
sujet, instrument d’une vaste «machination» menée
par certains milieux français (l’avocat Arnaud Montebourg est
cité) et djiboutiens, dont le but est de déstabiliser le régime
en place. «J’ai hésité, dit Iftin, et puis j’ai
signé». En droit, cela s’appelle de la subornation de témoin.
Mais ce n’est pas tout: Ali Iftin révèle aussi que quelques
semaines avant la mort du magistrat, il saisit la fin d’une conversation
entre Hassan Saïd et Ismaël Omar Guelleh, l’actuel chef de
l’État et à l’époque chef de cabinet du président
Hassan Gouled Aptidon. Il est question d’un «juge français
qui se mêle d’affaires qui ne le regardent pas. Il ferait mieux
de s’occuper de ses problèmes», mais attention, précise
Iftin, «personne n’évoque alors une élimination physique».
Revenons maintenant aux faits.

19 octobre 1995: Bernard
Borrel, magistrat détaché au titre de la Coopération,
est retrouvé en position fœtale, entre deux pierres en bas d’une
falaise. Sans vie, le haut du corps brûlé à l’essence,
les jambes et les pieds intacts. Version officielle: suicide. Officielle,
puisqu’elle s’étale, comme l’ont révélé
nos confrères de Canal+, dans un télégramme diplomatique
envoyé à Paris par le chef de mission de la Coopération.
Ancien officier de gendarmerie, Jean-Jacques Moulines écrit: «Bernard
Borrel a mis fin à ses jours». L’enquête n’a
pas encore commencé. Dans les jours suivants, on présente cet
homme de 39 ans, père de deux enfants, comme quelqu’un de «déprimé».
Preuve de la thèse officielle: le briquet retrouvé entre les
rochers, puisqu’il a dû faire plusieurs mètres dans son
agonie. Élisabeth Borrel rentre en France et enterre son mari. Aucune
autopsie n’est réalisée.

Plus tard, les radiographies
des poumons, réalisées à l’hôpital militaire
français de Djibouti, disparaissent du dossier médical. En 1996,
une expertise privée, réalisée par le Professeur Lazarini,
légiste renommé, décortique l’impossibilité
de la mort par carbonisation, en raison de l’absence de suie dans les
bronches et de produits de combustion dans les poumons.

Conclusion: le corps ne
peut donc avoir été brûlé du «vivant du sujet».
Instruit à Toulouse, le dossier est «dépaysé»
à Paris, repris par les juges Marie-Paule Moracchini et Roger le Loire,
eux-mêmes dessaisis au profit du juge Jean-Baptiste Parlos.

Le juge fouineur est
mort

Face aux incohérences du dossier, le juge Parlos diligente une batterie
d’expertises. Il fait appel à trois scientifiques, légistes
et anthropologue, pour examiner à nouveau le corps de Bernard Borrel.
En juin dernier, il est exhumé pour la seconde fois au cimetière
de Frouzins, près de Toulouse. Après six mois de travail, les
expertises ont été communiquées au juge et à la
partie civile. L’avocat d’Elisabeth Borrel s’est décidé
à les rendre publique. «Toutes ces expertises concordent dans
le sens de l’intervention de tiers, explique Olivier Morice, que la piste
du suicide n’est pas possible, n’est pas plausible et que par conséquent,
il faut retenir, de plus en plus, la thèse de l’assassinat».

Concrètement, les
experts ont relevé une fracture du cubitus du bras, «fracture
de défense» dit le rapport, ainsi qu’une fracture de la
boîte crânienne. Et le rapport d’élaborer un scénario:
Bernard Borrel aurait été agressé, il se protège
avec le bras et reçoit un coup sur la tête. Puis, alors qu’il
est inconscient ou déjà mort, ses agresseurs lui brûlent
le haut du corps.

Ce dernier détail
avait déjà été mis en lumière par l’analyse
du Pr Lazarini. Si elle reste hypothétique, cette version permet de
remettre en perspective les propos d’Alhoumekani.

En effet, dans les heures
qui suivent la découverte du corps de Bernard Borrel par une patrouille
de la prévôté -la gendarmerie de l’armée française-
le lieutenant assiste médusé à un étrange conciliabule,
dans les jardins de la présidence. Il y a là Ismaël Omar
Guelleh, le chef de cabinet, Hassan Said, le chef des services et le patron
de la gendarmerie, le colonel Mahdi, ainsi que deux étrangers. Mais
aussi deux individus soupçonnés d’avoir exécuté
des attentats anti-français: Adouani, un Tunisien et Awalleh Guelleh,
un homme qui, normalement, devrait être derrière les barreaux
de la prison de Gabode.

Ce dernier dit: «ça
y est, le juge fouineur est mort».

Question d’IOG: «le
travail a été fait correctement ?»

Réponse de l’un
des deux étrangers: «pas de trace, mais il faut demander au colonel
de récupérer la main courante» (le registre tenu par des
militaires à un point de contrôle où est passé
Bernard Borrel). Le colonel Mahdi: «c’est fait». A Djibouti,
cette version a toujours été qualifiée de mensongère,
Alhoumekani n’étant qu’un affabulateur. Une défense
qui pourrait bientôt changer.

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Extrait Le Monde

De nouveaux éléments
jettent le trouble sur la mort du juge Borrel, à Djibouti, en 1995.
Son épouse vient de porter plainte pour « subornation de témoin »
après le revirement d’un officier djiboutien. Deux expertises médicales
contrediraient la thèse du suicide.

Sept ans que le corps de Bernard Borrel, magistrat français en coopération
à Djibouti, a été découvert, au pied d’une falaise,
en aplomb de la mer Rouge, aspergé d’essence et à moitié
brûlé. Sept ans, et déjà cinq juges d’instruction,
deux exhumations, une demi-douzaine d’expertises médicales. Sans se
décourager, Elisabeth Borrel, l' » Epouse du Juge assassiné »
le 18 octobre 1995, comme dit le carton d’invitation avec majuscules, devait
présenter devant la presse, mercredi 4 décembre, de nouveaux
éléments qui, pour ses avocats, Mes Olivier Morice et Laurent
de Caunes, confirment que son mari, conseiller technique du ministre de la
justice, ne s’est pas suicidé, comme l’avait d’abord conclu la justice.
Selon elle, il a été éliminé parce qu’il dérangeait
le pouvoir djiboutien en s’intéressant à un attentat commis
en 1990 au Café de Paris, à Djibouti.

L' »affaire Borrel »
connaît de fait quelques rebondissements. D’abord, un témoin
djiboutien, le capitaine Ali Iftin, chef de la garde présidentielle
du président de Djibouti en 1995, aujourd’hui réfugié
à Bruxelles, revient sur ses déclarations de novembre 1999.
Recueilli dans le magazine « 90 minutes » diffusé lundi sur
Canal+ (Le Monde daté 1er-2 décembre), son nouveau témoignage
a permis à Mme Borrel de porter plainte, le 19 novembre, avec constitution
de partie civile pour « subornation de témoin », et conduit
la juge d’instruction parisienne, Sophie Clément, à organiser,
le 29 novembre, une confrontation entre M. Iftin et un autre témoin
djiboutien, Mohamed Saleh Alhoumekani.

Cet ancien membre de la
garde présidentielle, lui aussi réfugié en Belgique,
était sorti de l’ombre il y a deux ans. Il disait avoir assisté,
le 19 octobre 1995, dans les jardins du palais présidentiel, à
une discussion entre cinq personnes, dont Ismaël Omar Guelleh, l’actuel
président djiboutien, alors directeur de cabinet du chef de l’Etat,
évoquant le meurtre du  » juge fouineur » (Le Monde du 14 janvier
2000). Les enquêteurs avaient recueilli de nombreux témoignages
prouvant qu’une telle discussion n’avait pu avoir lieu.

« FAUX TÉMOIGNAGE »

M. Iftin, lui, se souvient
désormais qu’un jour de septembre 1995, il  » entre en coup de
vent » dans le bureau de M. Guelleh, alors en conversation avec Hassan
Saïd, chef des services secrets djiboutiens. Il les entend,  » en
langue somalie »,  » dire qu’un juge européen les dérangeait »,
a-t-il expliqué le 29 novembre. Il assure que son  » faux témoignage »
– une attestation préétablie qui discréditait le témoignage
de M. Alhoumekani – lui avait « été dicté à
la demande d’Hassan Saïd pour défendre les autorités djiboutiennes ».
« Je peux me permettre de parler librement maintenant que je suis en Europe »,
explique M. Iftin pour justifier son revirement. Il a créé,
à Bruxelles, le Gouvernement en exil de Djibouti (GED).

Mme Borrel devait aussi
rendre public, mercredi, le résultat de deux expertises médicales
et deux expertises toxicologiques ordonnées par le juge Jean-Baptiste
Parlos – aujourd’hui à la Cour de cassation – après que la chambre
de l’instruction de la cour d’appel de Paris eut dessaisi, le 21 juin 2000,
les juges Marie-Paule Moracchini et Roger Le Loire, puis fait droit, en janvier
2001, aux demandes de contre-expertise de la partie civile. Rendue le 13 novembre
par Patrice Mangin, Daniel Malicier et Eric Baccino, directeurs des instituts
médico-légaux de Lausanne, Lyon et Montpellier, la première
expertise médicale conclut que « l’hypothèse d’une autoagression
à l’origine du décès est difficilement plausible »
et que, « dès lors, l’hypothèse de l’intervention d’un ou
de plusieurs tiers peut être envisagée ».

Le rapport anthropologique
de Gérald Quatrehomme, expert auprès de la cour d’appel d’Aix-en-Provence,
conclut aussi, le 18 novembre, que « l’hypothèse d’une chute »
est « peu vraisemblable en termes de probabilités ». Il relève
deux lésions survenues au moment du décès : un « coup
direct » sur le crâne, une fracture sur le cubitus qui serait une
« lésion de défense » et non la conséquence d’une
chute. Fin 1997, un spécialiste sollicité par Mme Borrel avait
écarté le suicide par immolation, car il n’avait décelé
aucune trace de suie dans les bronches du défunt.

Ariane
Chemin

04/10/02 Dans un article paru sur le site de RFI « Une visite pour rassurer Paris », nous apprenons que Guelleh n’a pas voulu répondre aux questions des journalistes sur la situation politique et sur son implication possible dans l’affaire Borrel

(…)La visite en France du président Guelleh est ponctuée par une rencontre avec la presse étrangère à Paris. Le président a habilement évacué toutes les questions se rapportant à la situation politique dans son pays.

Il n’a pas non plus voulu répondre, à sa citation à témoigner, devant un juge français, dans l’affaire du magistrat français, Bernard Borrel, retrouvé mort à Djibouti le 19 octobre 1995.

L’enquête avait conclu à un suicide. Mais sa veuve parle d’assassinat politique avec la complicité de l’actuel président Guelleh. Bernard Borrel, au titre de la coopération technique était conseiller du ministre de la Justice de Djibouti.

DIDIER SAMSON
03/10/2002


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L’article ne précise pas que Guelleh s’est vivement emporté à la suite des questions qui lui étaient posées et qu’il a perdu son sang-froid, proférant des menaces et des injures dans sa langue natale, avant de mettre un terme prématuré à la conférence de presse.

06/03/2000 – RFI : les détails de la mission des juges LE LOIRE et MORACCHINI à Djibouti. Pourraient-ils étouffer l’affaire ?

1 – M GUELLEH, comme nous nous y attendions a refusé de recevoir les juges pourtant munis d’une commission rogatoire. (Rappelons-nous, aussi invraissemblable que cela paraisse, que le juge Le Loire s’était rendu à un déjeuner chez M. GUELLEH lors de sa précédente mission…)

Et maintenant que va faire la France : « écraser le coup », lancer un mandat d’arrêt international, changer les juges ? (Nos députés semblent se lasser de cette comédie et cela pourrait expliquer les bruits de couloir entendus à l’Assemblée Nationale)

2 – Faute d’interroger M. GUELLEH, les juges se concentrent alors sur la famille d’Alhoumekani, qui n’a rien à dire sur l’affaire elle-même et qui ne peut parler que de son parent réfugié à Bruxelles.

3 – Comme tous les interrogatoires ont lieu en présence d’un policier djiboutien qui prend des notes : on voit mal comment les témoins pourraient donner une vision des choses différentes de celle de M. GUELLEH, apparemment encore approuvée (avec réticence) par la France. Sinon les témoins risquent la prison, le harcélement policier et toutes les mesures de rétorsion pratiquées à Djibouti : coupure d’électricté (quand il y en a …), etc.

4 – Les avocats de Mme Borrel n’ont pas obtenu de visa pour se rendre à Djibouti en violation flagrante de la convenion franco-djiboutienne d’assistance judiciaire. Comme cela ils ne dérangeront pas les juges en demandant de respecter le formalisme et la logique de la commission rogatoire.

AH la belle mission des juges français … En acceptant toutes ces contraintes sans les contester (officiellement du moins), ils ont vraiment mis toutes les chances de leur côté pour éviter de rencontrer « un seul témoin susceptible de leur faire penser que la mort de B. BORREL n’est pas un assassinat ». (Comme ce fut le cas à l’issue de leur première visite).

Espérons au moins qu’ils auront bien profité de la mer aux frais du contribuables français et qu’ils nous reviendront bronsés et en pleine forme.

24/11/1999 – RFI: Interview de Me Georges Henri Beauthier, de la FIDH, qui dénonce les violations des D.H. à Djibouti.

RADIO FRANCE INTERNATIONALE,
RFI, LE 24 NOVEMBRE 1999

INTERVIEW DE Me Georges Henri BEAUTHIER
de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme – FIDH

RFI: On savait les conditIons de détention pénibles dans les prisons de DJibouti. On ignorait toutefois l’ampleur du désastre. Le système judiciaire du pays est à l’agonie. A la demande du gouvernement français, quatre experts viennent de conduire une mission. Les résultats sont accablants. Corruption, absence de juges et d’avocats, c’est l’univers du non-droit expliqué à Christine Muratet, par l’un des membres de la délégation, Maître Georges Henri Beauthier de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme.

Georges Henri Beauthier :
Il y a des violations flagrantes des droits de l’homme, non pas uniquement dans la prison mais aussi dans tout le système qui amène des gens à la prison. (~comme le disait la magistrate de la Cour Suprême de Djibouti, « le système judiciaire est à l’agonie », nous a-t-elle dit, « s’il n’est pas mort ».

RFI: Qu’est ce qui vous a frappé particulièrement au cours de cette mission ?

Georges Henri Beauthier :
L’absence totale de juges et je dirais la grande absence des avocats. On ne s’occupe pas de ces gens qui sont en détention préventive pendant, pour certains, sept ans. J’ai bien dit sept ans. Il y en a qui sont condamnés, ils sont condamnés pour des raisons politiques. Et quand ils sont condamnés pour des crimes de droit commun, il n’y a aucune réinsertion possible. A la limite, c’est eux qu’on libérera les premiers pour vider les prisons et les remplir d’opposants quand il y a une manifestation.

RFI: Il y a une corruption, il y a manifestement des juges qui ne sont pas à leur place, il y a une justice qui se délite complètement, on a un arbitraire total, donc c’est le non-droit.

Georges Henri Beauthier :
Je crois que c’est important de voir que, à côté des organismes comme la Fédération internationale des droits de l’homme et l’Observatoire des prisons, il y a des instances officielles françaises comme le ministère de la justice par son administration pénitentiaire, qui peuvent, sur la base d’un rapport, faire une évaluation de leur coopération.

Le gouvernement français va-t-il continuer à donner de l’argent, à coopérer, pour que le moyen âge s’installe un peu plus, pour que la corruption continue à faire des ravages, pour que manifestement le non-droit soit la loi ?

Georges Henri Beauthier :
La personne qui était avec nous, qui dépendait de l’administration pénitentiaire, est un ancien directeur de la Prison de la Santé qui a pu, avec son expertise, clairement dire  » ce type de bâtiment ne peut pas être conçu pour un pays chaud, il n’y a pas d’aération, on a 39-40 degrés à l’ombre. »

L’absence de soins, l’absence de suivi juridique, l’absence de juges de l’application des peines, font en sorte que le constat est limpide. Le gouvernement français va donner, je l’espère, rapidement une réponse pour éviter que la coopération ne sert de marche-pied à ce régime médiéval.

FIN DE LA TRANSCRIPTION

27/10/1999 – Entretien du Général Kelche, Chef d’état-major des Armées françaises avec Christophe Boisbouvier sur RFI le 21/10

RADIO France INTERNATIONAL – RFI –

Le jeudi 21 octobre 1999

Entretien de M. Kelche,
Chef d’état-major des Armées françaises

avec Christophe Boisbouvier

Christophe Boisbouvier : Vous êtes le chef d’état-major des Armées françaises. Le gouvernement djiboutien affirme que l’Érythrée soutient les rebelles du FRUD. Est-ce que vous avez des informations qui vont dans le même sens ?

Général Kelche : nous n’avons pas de présence dans la zone la plus difficile, celle qui fait l’objet de minages, voire même d’affrontements comme en juillet dernier à Medeho. Nous n’avons pas d’information directe. Il est clair, effectivement, que les Djiboutiens disent que le FRUD reçoit un soutien érythréen.

Ch. B : alors est-ce que vous avez des informations qui vont dans le même sens ?

G. K. : Je ne peux pas faire d’état d’information directe française sur ce point.

Ch. B : Est-ce que vous ne craignez pas d’être entraînés dans une intervention militaire interne à Djibouti dans un conflit entre le gouvernement et le FRUD ?

G. K. : Ceci est hors de question. Nous n’interviendrons pas dans un problème interne de la république de Djibouti. Et nos amis djiboutiens en sont d’ailleurs parfaitement conscients et d’accord.

Ch. B : alors vous savez comme moi que Djibouti a choisi son camp dans cette guerre Ethiopie-Erythrée. Elle a choisi l’Éthiopie et elle a rompu avec l’Érythrée. Est-ce que ce choix djiboutien ne vous met pas en porte-à-faux dans ce conflit Erythrée-Ethiopie ?

G. K. : Djibouti n’est pas engagé dans le conflit à côté de l’Éthiopie. Et nous n’encourageons pas du tout la république de Djibouti à s’engager dans ce sens. Il est certain que les facilités portuaires de Djibouti ont toujours été utilisées par l’Éthiopie et continuent de l’être. Cela ne fait pour autant de la république de Djibouti une partie prenante au conflit.

Ch. B : Quelle précaution prenez-vous, c’est bien faire comprendre aux pays qui entourent Djibouti que nous sommes solidaires des Djiboutiens en ce qui concerne l’intégrité de leur territoire. Donc, nous mettons en garde les pays voisins en disant : vous ne pouvez pas utiliser le territoire de Djibouti pour mener vos conflits.