19/06/2017 (Brève 1010) Djibouti: l’opposant Mohamed Ahmed, dit Jabha, condamné à 15 ans de prison (RFI)

Lien avec l’article original : http://www.rfi.fr/afrique/20170618-djibouti-opposant-mohamed-ahmed-jabha-condamne-15-ans-prison

A Djibouti, après 7 ans de détention sans jugement, l’opposant Mohamed Ahmed, dit Jabha, a été jugé et condamné, ce dimanche matin 18 juin, par la Cour criminelle de Djibouti, à 15 ans de prison. Son avocat, Maître Zacharia, dénonce une condamnation politique et un arrêt de mort pour son client dont l’état de santé est critique.

Accusé par Djibouti d’être à la solde de l’Erythrée, l’opposant Mohamed Ahmed, membre du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD), n’avait jamais été jugé depuis sa mise en détention, en juin 2010. En quelques heures, ce dimanche, il a été reconnu coupable d’intelligence avec une puissance étrangère et organisation d’une formation paramilitaire.

Joint par RFI, Maître Zacharia, son avocat, dénonce le manque d’indépendance de la Justice djiboutienne. Selon lui, le dossier est vide et ces accusations ne sont qu’une instrumentalisation de la Justice à des fins politiques.

« Le Premier ministre avait dit, au mois d’octobre 2016, devant les députés djiboutiens, que Monsieur Jabha resterait en prison tant qu’il serait aux affaires. Effectivement, aujourd’hui, on lui a donné raison. C’est non seulement scandaleux, mais cela montre le manque d’indépendance de la justice djiboutienne. Rien ne pouvait justifier ce verdict. Et pour cause ! Pas de témoin, pas d’arme, pas de preuves matérielles et pourtant, ils requièrent trente ans, quasiment suivis à 15 ans par magistrats et les jurés », a-t-il précisé.

Maître Zacharia dénonce non seulement une condamnation politique, mais aussi un arrêt de mort pour son client dont l’état de santé est critique.

« La Cour n’a même pas fait preuve d’humanité. Ils avaient en face d’eux un homme malade. Il était assis parce qu’il ne pouvait même pas tenir debout. C’est vous dire. Et aujourd’hui, en plus des sept ans de détention arbitraire, on nous dit 15 ans. Mais c’est fini ! C’est une condamnation à mort. Ils savent très bien qu’à tout moment, il peut mourir. Il a un cancer inguérissable, il a subi des tortures. Il l’a expliqué devant la Cour. Garder ce monsieur dans un milieu carcéral, c’est la mort assurée », a-t-il affirmé.

Le procureur n’était pas joignable pour commenter ce verdict.

18/06/2017 (Brève 1008) Djibouti: après 7 ans de prison Mohamed Ahmed, dit Jabha, comparaît ce dimanche (RFI)

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Accusé par Djibouti d’être à la solde de l’Erythrée, l’opposant n’a jamais été jugé depuis sa mise en détention en juin 2010. Malgré une annulation de la procédure en octobre dernier, l’opposant est resté en prison et a même été privé de contact avec son avocat. La décision d’annuler les poursuites a été retoquée et finalement, Jabha va être jugé ce dimanche 18 juin par une cour criminelle.

En octobre dernier, la chambre d’accusation de Djibouti avait annulé l’ensemble de la procédure visant Mohamed Ahmed, dit Jabha, membre du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (FRUD). Accusé par Djibouti d’être à la solde de l’Erythrée, l’opposant n’avait jamais été jugé depuis sa mise en détention en juin 2010. Malgré cette décision, Jabha est resté en détention et a même été privé de contact avec son avocat durant plusieurs mois.

Pendant ce temps, le parquet a fait appel et la procédure a repris. « C’est quelqu’un qui a été détenu pendant plus de sept ans dans la plus grande illégalité et donc c’est la première fois qu’il va être jugé devant une cour criminelle, pour savoir si effectivement ce qu’on lui reproche est fondé ou pas », explique à RFI son avocat, Me Abdalahi Zacharia.

« Je vais vous dire une chose, c’est que je suis en face d’un dossier vide. Aucune preuve matérielle ! Et on lui reproche des prétendues intelligences avec une puissance étrangère, appartenance à un groupe de combat… Voilà… C’est des infractions ou des crimes fourre-tout.

Parce que plus de sept ans qu’il est en détention, l’accusation n’a pas voulu le juger ! Et comme par hasard, maintenant, après sa disparition pendant trois mois, il revient gravement malade. Le procureur lui-même dans son réquisitoire a reconnu que la santé de Monsieur Mohamed est critique.

C’est la raison pour laquelle ils se sont précipités pour qu’il ne meure pas en prison. Donc ils veulent le juger rapidement ».

17/06/2017 (Brève 1005) Après le retrait du Qatar, nouvelles tensions entre Djibouti et l’Erythrée (RFI)

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La tension monte entre Djibouti et l’Erythrée. Mercredi, le Qatar a annoncé qu’il avait retiré ses troupes de la région du Ras Doumeira, un secteur revendiqué par les deux pays. Or, Djibouti accuse les soldats érythréens d’avoir profité du retrait qatarien pour se déployer dans la zone. Suite à sa saisine, le Conseil de sécurité de l’ONU examinera officiellement la question lundi prochain.

Face à l’opportunisme de son voisin, Djibouti a formellement protesté auprès des Nations unies. Le chef de la diplomatie du pays a écrit au Conseil de sécurité pour dénoncer « une atteinte directe » à sa souveraineté territoriale et « un danger majeur pour la paix et la sécurité de la région ».

Dans son message, Djibouti reproche au passage au Qatar d’avoir retiré ses troupes de façon unilatérale et sans consultation. Un choix qui a, selon le ministre djiboutien des Affaires étrangères, créé un vide dans la zone. « L’opposition des forces entre les deux pays peut dégénérer à tout moment », dit-il.

++ Derrière Djibouti, le spectre de l’Ethiopie

Djibouti demande ainsi au Conseil de sécurité d’ordonner à l’Erythrée de se retirer.
En effet, l’escalade n’est pas à exclure. Des affrontements armés entre les deux pays ont déjà eu lieu en 2008. Il s’étaient soldés par quelques victimes et des prisonniers de part et d’autre. C’est à ce moment que le Qatar avait joué les médiateurs.

Mais le contexte est aujourd’hui bien différent. Car l’an dernier, les gouvernements djiboutien et éthiopien ont signé un accord de défense. L’Ethiopie, ennemi héréditaire de l’Erythrée, pourrait donc réagir en cas d’attaque contre Djibouti, et provoquer un nouvel embrasement de la région.

24/03/2017 (Brève 960) ALERTE ROUGE – Mobilisation internationale contre la répression à Djibouti – RFI

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A Djibouti, le parti d’opposition MRD déplore une vingtaine d’arrestations parmi ses membres ou sympathisants en 10 jours. Ce jeudi, 9 d’entre eux ont été présentés au procureur de la République, accusés d’activités politiques illégales, 4 ont été placés sous mandat de dépôt. Mais les opposants ne sont pas les seuls touchés, les syndicalistes et les défenseurs des droits de l’homme sont également victimes d’une répression qui suscite une mobilisation internationale.

Omar Ali Ewado, entame son 6e jour aux mains des services secrets djiboutiens. La famille du défenseur des droits de l’homme a tenté de lui faire parvenir de la nourriture, mais les vivres lui ont été rendus sans plus d’explication.

La Fédération internationale des ligues des droits de l’homme appelle à sa libération : « On craint évidemment qu’il soit objet de mauvais traitements, d’autant plus qu’on a des informations comme quoi d’autres détenus ont été battus et molestés au cours de leur détention, explique Florent Geel, le directeur Afrique de la FIDH. Et le fait que l’on ignore encore aujourd’hui clairement les faits qui lui sont reprochés sont des signes extrêmement négatifs qui s’inscrivent aussi, et il faut bien le dire, dans une répression plus large des partis politiques, de syndicalistes… »

Omar Ali Ewado, radié de l’enseignement public il y a trois semaines pour des raisons encore inconnues, est aussi membre du syndicat de l’enseignement primaire, dont le secrétaire général est détenu dans les mêmes conditions. La Fédération internationale des syndicats de l’éducation s’en est indignée par la voix de Jean-Hervé Cohen, le président de la branche francophone : « C’est absolument intolérable. On a saisi immédiatement des syndicats français dans d’autres réseaux, notamment la FSU qui s’est adressée au président Hollande. Nous avons aussi saisi le ministère des Affaires étrangères, l’ambassadeur de France à Djibouti ».

Aucune déclaration officielle n’est pour l’instant venue de l’Elysée où le président djiboutien a été reçu avec les honneurs le mois dernier. Mais le Parti socialiste, auquel appartient François Hollande, demande la libération immédiate des opposants emprisonnés.

16/03/2017 (Brève 940) A Djibouti, quatre membres du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD, opposition) ont été arrêtés depuis avant-hier dont M. Naguib Ali Gouradi, membre du bureau national. (RFI)

Lien avec l’article : http://www.rfi.fr/afrique/20170315-djibouti-plusieurs-membres-mrd-opposition-arretes

Le président du MRD, Daher Ahmed Farah, dénonce des arrestations illégales visant selon lui, à faire taire l’opposition. « Quatre personnes ont été arrêtées, rapporte le président du MRD. La dernière, Mako Houssein Miguil, étant la doyenne des militants du parti puisqu’elle a plus de 80 ans. Il semble que Madame Mako ait été relâchée, mais les trois autres sont encore en garde à vue. 

Depuis, ils n’ont pas accès à leurs avocats, ni à leurs médecins… Rien ne peut être reproché à ces personnes. C’est une détention arbitraire. Cela relève de la réduction au silence du MRD ! 

Ces gendarmes n’avaient pas de mandat d’amener, ils n’avaient pas de mandat d’arrêt, nous n’avons été informés d’aucune ouverture d’information par le Parquet de la République… C’est donc en toute illégalité que ces personnes ont été arrêtées. Ce sont des arrestations à motivation politique. C’est clair ».

RFI a eu le procureur de la République au téléphone. Celui-ci assure ne pas avoir eu connaissance de ces arrestations.

11/03/2017 (Brève 937) Djibouti: inquiétudes autour de l’état de santé d’un opposant emprisonné (RFI)

Lien avec l’article, avec accès à l’intervention à écouter de Me Zakaria: http://www.rfi.fr/afrique/20170311-djibouti-jabha-frud-justice-zakaria

Mohamed Ahmed, dit « Jabha », est emprisonné à Djibouti depuis 2010.

Cet opposant, membre du Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie (Frud), est accusé par le pouvoir d’être à la solde de l’Erythrée. Le 6 octobre, la chambre d’accusation avait annulé l’ensemble de la procédure le visant.

Mais, malgré une obligation de remise en liberté, « Jabha » était resté en prison. Depuis, le procureur général a fait appel de la décision. Jeudi 9 mars, l’opposant a été amené devant le juge de la Cour d’appel.

L’audience n’a finalement pas eu lieu, Mohamed Ahmed étant trop faible pour s’exprimer. Le procureur général a demandé une expertise médicale. Son avocat, maître Zakaria, le revoyait pour la première fois depuis des mois.

Il affirme que la vie de son client est en jeu et demande sa libération immédiate. On l’écoute au micro de RFI.

08/03/2017 (Brève 932) Reprise de nos publications – La visite « discrète » de Guelleh a Paris a suscité une réprobation générale et des manifestations pour la dénoncer (plusieurs articles et photos)

3/03/2017 ____ 2 – RFI

Lien avec l’article : http://www.rfi.fr/afrique/20170227-visite-president-djibouti-france-hollande

La visite discrète et controversée du président djiboutien en France Ismaïl Omar Guelleh doit rencontrer son homologue François Hollande ce mardi matin à l’Elysée.

Au cours de ces trois jours en France, le chef de l’Etat djiboutien rencontrera également le Medef, le président du Sénat Gérard Larcher puis le ministre français de la Défense ainsi que le secrétaire d’Etat chargé du Développement et de la coopération. Les échanges devraient porter sur la coopération militaire et l’économie, notamment face à la montée en puissance du concurrent chinois.

Une rencontre dénoncée par l’opposition en exil et les ONG de défense des droits de l’homme.

D’autant qu’il y a peu de chance que soient évoqués les dossiers sensibles. Comme lors de la dernière visite en 2011, ni point presse ni déclaration publique ne sont à l’ordre du jour. La rencontre reste discrète et peu d’éléments fuitent sur la teneur des discussions. Au menu certainement : la coopération militaire.

Car, par sa position géographique, Djibouti est un acteur incontournable de la sécurité internationale. Un partenaire qui abrite le plus important contingent militaire français à l’étranger, déployé ces dernières années en Centrafrique, en Irak, au Yémen et au Mali. Les deux pays sont liés par un accord de défense, le seul à contenir encore une clause d’assistance automatique en cas de déstabilisation du régime.

– Concurrence chinoise
Mais Djibouti joue la carte du multilatéralisme. Les Etats-Unis, l’Union européenne et tout récemment la Chine y ont aussi leurs bases. La Chine qui investit massivement dans les infrastructures pour permettre à Djibouti de bénéficier au maximum de sa position dans le commerce international. Sur ce point la France « accuse le retard » estime Sonia Le Gouriellec, spécialiste de l’Afrique de l’Est, et c’est peut-être pourquoi Ismaïl Omar Guelleh vient en compagnie d’une délégation d’entreprises et participe à une rencontre au siège Medef, le syndicat des patrons français.

– De nombreux sujets de tensions
Peu de chance en revanche de voir aborder les « sujets qui fâchent » tels que la situation des droits de l’homme dans le pays. C’est en tout cas l’avis de Sonia Le Gouriellec, qui rappelle que cette visite a lieu tardivement, à quelques semaines de la fin du mandat de François Hollande et que les points de tensions ne manquent pas.

En premier lieu, l’affaire Borrel, du nom de ce juge français assassiné en 1995 à Djibouti. Vingt ans plus tard, le crime n’est toujours pas élucidé. En novembre dernier, la famille a déposé une nouvelle plainte concernant la destruction des scellés de l’instruction.

Ensuite, il y a le renvoi de l’ambassadeur français fin 2015, juste après les violences de Balbala, lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur une manifestation religieuse en périphérie de la capitale.

Peu probable que soient évoqués la réélection contestée du chef de l’Etat l’an dernier, le respect des droits de l’homme ou encore le cas de l’opposant Jabha maintenu en détention malgré l’annulation des poursuites à son encontre. Cela explique peut-être la discrétion de cette rencontre.

31/01/2017 (Brève 917) Détention de l’opposant djiboutien Jabha: une situation ubuesque pour son avocat (RFI – Carol Valade)

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Me Zakaria Abdillahi est le président de l’une des deux ligues de défense des droits de l’homme à Djibouti et député d’opposition à l’Assemblée nationale. Lui-même incarcéré à plusieurs reprises, Me Zakaria consacre sa vie à défendre les opposants politiques face à la justice djiboutienne. Parmi eux, Mohamed Ahmed, dit Jabha, dont les proches sont toujours sans nouvelles malgré l’annulation de la procédure à son encontre. Me Zakaria Abdillahi répond aux questions de Carol Valade.

« Ce monsieur Jabha, où toutes les charges ont été abandonnées, et dont toute la procédure a été annulée pour non-respect des règles les plus élémentaires du Code de précédure pénale djiboutien, se trouve toujours dans les prisons de la République de Djibouti mais sans que nous sachions où. C’est quelque chose qui est quand même assez ubuesque, qui n’existe qu’à Djibouti. Et rappelez-vous ce qu’a dit le Premier ministre de la République de Djibouti: « Tant que je serai aux affaires, il restera en prison. » Le procureur général était aussi ce jour là à l’audience de la Cour suprême. Je m’adresse au procureur général et je lui dis: « mais il est où mon client ? » Il a été incapable de me répondre… »

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♦ Contacté par RFI, le procureur de la République de Djibouti n’a pas tenu à répondre aux accusations formulés par Me Zakaria. « Dans les deux affaires, l’instruction est en cours » a-t-il précisé.