24/01/2016 (Brève 649) Dans un article publié le 30/05/2013, sur un ton provocateur et humoristique, nous avions imaginé que Guelleh ferait tout ce qu’il pouvait pour améliorer le classement de son régime par R S F, c’est à dire de se rapprocher de l’élite des dictateurs, dont l’Erythrée tient toujours la première place. En 2016, à l’observation de la situation de la presse à Djibouti, on mesure combien nos prévisions s’avéraient justes.

Lien avec le site RSF : https://fr.rsf.org/djibouti-harcelement-contre-les-19-01-2016,48747.html

Notre article du 30/05/2013 (breve 142)  » target= »_blank »http://www.ardhd.org/affinfo.asp?articleID=15899″>http://www.ardhd.org/affinfo.asp?articleID=15899

RSF : HARCÈLEMENT CONTRE LES JOURNALISTES À DJIBOUTI (19/01/2016)

Mohamed ibrahimReporters sans frontières (RSF) condamne vigoureusement les mauvais traitements subis par Mohamed Ibrahim Waïss, reporter pour la radio La Voix de Djibouti injustement retenu en détention du 11 au 17 janvier, et demande aux autorités djiboutiennes de cesser de harceler les journalistes.

Arrêté et détenu 11 au 17 janvier, le journaliste djiboutien Mohamed Ibrahim Waïss aurait été victime de graves violences de la part de la Section de Recherches et de Documentation (SRD). Les gendarmes l’ont contraint par la force à signer un procès verbal contre son gré et à livrer ses identifiants et mots de passe Facebook afin de publier en son nom des images insultantes à l’encontre de l’opposition.

RSF dénonce les conditions de détention dont le journaliste a été victime : privé de tout contact avec son avocat, il n’a pas eu accès à un médecin après ces violences et a refusé de manger par peur que la nourriture de la prison de Gabode ne soit pas comestible. 

Face à l’absence de charges, le tribunal de Djibouti devant lequel le reporter a comparu le 17 janvier n’a pas eu d’autre choix que de le relâcher. Il est néanmoins reconvoqué le 24 janvier.

RSF avait déjà défendu le journaliste, arrêté arbitrairement à plusieurs reprises ces dernières années : il a ainsi passé plus de quatre mois dans la même prison de Gabode en 2011, quelques jours en décembre 2013 et dix jours en août 2014.
Mohamed Ibrahim Waïss n’est pas le seul journaliste dans le viseur des autorités puisque son arrestation a précédé de peu celle de Kadar Abdi Ibrahim, co-directeur de L’Aurore, un journal lancé il y a quelques mois par la principale coalition d’opposition, l’Union pour le salut national (USN).

Kadar Abdi Ibrahim a été arrêté le 14 janvier pour avoir publié en Une la photo d’une victime du massacre de Buldhuquo, lors duquel les policiers ont ouvert le feu sur une manifestation interdite, faisant au moins 29 morts d’après la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme. Relâché le 16 janvier, il reste poursuivi bien que les parents de la défunte -une fillette de 7 ans- aient confirmé qu’ils ne portaient pas plainte pour l’utilisation de la photo.

« A l’approche des élections présidentielles d’avril 2016, les autorités djiboutiennes cherchent à réprimer toute voix dénonçant les agissements du gouvernement, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Nous demandons aux autorités djiboutiennes d’abandonner ces poursuites judiciaires et de cesser de harceler les journalistes ».

A Djibouti, les journaux sont traditionnellement les porte-paroles des différents partis politiques mais au fil des ans, les organes d’opposition ont progressivement disparu. Objets d’un harcèlement permanent et de campagnes d’intimidation orchestrées par le gouvernement, les journalistes sont régulièrement arrêtés et torturés, avant d’être relâchés et poursuivis en justice.

La situation s’est aggravée depuis le début de la campagne du président sortant Ismaël Omar Guelleh, candidat à un 4ème mandat. Les autorités djiboutiennes ne reculent devant rien pour faire taire l’opposition et les arrestations de journalistes se multiplient.

Djibouti est classé 170 sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par RSF.

23/05/2015 (Brève 462) RSF DÉNONCE LE HARCÈLEMENT JUDICIAIRE CONTRE LE RESPONSABLE DE LA VOIX DE DJIBOUTI

Reporters sans frontières (RSF) est indignée par le harcèlement judiciaire dont est victime Maydaneh Abdallah Okieh, journaliste pour le site d’informations La Voix de Djibouti (LVD), première radio libre et critique de l’histoire du pays. Le journaliste risque la prison s’il ne règle pas une amende exorbitante de plus de 11 000 dollars.

Maydaneh Abdallah Okieh, journaliste et responsable technique du site d’informations La Voix de Djibouti créée en 2010 par la diaspora djiboutienne, a été arrêté lundi 18 mai 2015 par la police à Djibouti-ville pour refus d’exécution judiciaire, puis libéré par le parquet de la République le 20 mai 2015. Néanmoins, le journaliste doit toujours régler l’amende de 2 084 000 francs Djibouti, soit 11 740 dollars américains, à laquelle il a été condamné à titre de dommages et intérêts pour diffamation au profit du lieutenant-colonel de police Elmi Daher Miguil en mai 2013. Dans le cas contraire, il risque d’être à nouveau incarcéré.

Doublement accusé d’”outrage à un officier de police » et de « diffamation de la police » pour avoir posté sur Facebook des photos de la répression de manifestations pacifiques, il a déjà purgé cinq mois de prison ferme du 15 mai au 19 octobre 2013 alors qu’il avait été initialement condamné à 45 jours de détention. Cette dernière s’est déroulée dans des conditions que le journaliste a lui-même qualifié d’“inhumaines”, déclarant avoir été torturé et interdit de soins médicaux.

“Les charges retenues contre Maydaneh Abdallah Okieh sont sans fondement et s’apparentent ni plus ni moins à un acharnement de la part des autorités djiboutiennes contre l’un des piliers de la première radio libre et critique de l’histoire de Djibouti,
 déclare Virginie Dangles, adjointe à la direction des programmes de RSF. Ce journaliste se bat avec la diaspora pour informer la population djiboutienne et diffusait une information libre et indépendante qui dérange la dictature djiboutienne depuis longtemps. Nous exhortons les autorités à mettre un terme à ce harcèlement et à annuler cette amende aberrante contre un journaliste qui ne fait qu’exercer
librement son travail”.

Maydaneh Abdallah Okieh, un des 100 héros de l’information de RSF en 2014 a de multiples fois été arrêté, maltraité par les autorités djiboutiennes et condamné injustement. Sa dernière détention arbitraire remonte à mars 2014 en raison de sa couverture d’une réunion de l’Union pour le Salut national (USN), coalition de sept partis d’opposition, à Balbala au cours de laquelle il avait été témoin une fois encore de la violente répression de la gendarmerie sur les sympathisants présents au meeting. Il avait été accusé de « participation à des troubles à l’ordre public”. En 2013, ce sont des charges de « provocation à la rébellion et à des manifestations illicites » qui lui avaient valu de passer un mois en prison.

Djibouti, dont le gouvernement a signé le 30 décembre 2014 un accord-cadre de sortie de crise avec l’opposition, occupe la 170e place sur 180 dans l’édition 2015 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

13/12/2013 (Brève 336) RSF Un autre journaliste de la Voix de Djibouti arrêté

Reporters sans frontières a appris l’arrestation le 12 décembre 2013 au matin, de Mohamed Ibrahim Waiss, reporter du journal et site d’information La Voix de Djibouti, arrêté par la police alors qu’il couvrait une manifestation de femmes du quartier de Buldhuqo dans la banlieue populaire Balbala de Djibouti.

« Nous demandons la libération immédiate de Mohamed Ibrahim Waiss, arrêté dans l’exercice de son métier et qui n’a rien à faire en prison », a déclaré Reporters sans frontières.

« Cette arrestation arbitraire s’ajoute à une liste déjà longue d’intimidations au cours des dernières semaines. Elle participe d’une claire tentative de museler toute voix pouvant relayer une information défavorable au régime du président Ismael Omar Guelleh, qui n’a de cesse de censurer les médias indépendants, au mépris des lois nationales et des engagements internationaux pris par Djibouti », a ajouté l’organisation.

Selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, le journaliste est actuellement détenu au Commissariat de police du 4ème arrondissement de Balbala dans de très mauvaises conditions. Son matériel de reportage et son téléphone portable ont été confisqués.

Les mères de familles de Buldhuqo, un quartier récemment démantelé par le régime, manifestaient pour demander au gouvernement de tenir ses promesses et de leur attribuer des parcelles de terrain à bâtir dans un autre quartier.

Cette arrestation est la dernière en date d’une vague qui a visé plusieurs journalistes indépendants ainsi que militants de l’opposition.

Le 7 décembre 2013, le journaliste Farah Abadid Hildid de la Voix de Djibouti, également vice-président de la Ligue djiboutienne des droits de l’Homme (LDDH) et membre du parti d’opposition MRD avait été arrêté par la police, sans raison apparente. Les journalistes du même média, Moustapha Abdourahman Houssein et Sadam Ainan Darar, avaient été interpellés et brutalisés par la police le 4 décembre 2013, alors qu’ils couvraient une descente policière contre de petits marchands du marché Maka Moukarama, exploité par un proche du couple
présidentiel.

Avec cinq autres collaborateurs de La Voix de Djibouti, dont Moustapha Abdourahman Houssein et Farah Abadid Hildid, le journaliste Mohamed Ibrahim Waiss avait déjà été incarcéré plus de quatre mois en 2011, à la prison centrale de Gabode à Djibouti.

Djibouti occupe la 167e place sur 179 pays selon le classement établi par Reporters sans frontières

05/12/2013 (Brève 322) – SOMMET DE L’ELYSEE – Le repli sécuritaire compromet les nécessaires avancées démocratiques (Par RSF)

Les 6 et 7 décembre 2013 se tient à Paris le Sommet de l’Élysée, consacré aux questions de paix et de sécurité et de développement sur le continent africain. Organisé à l’initiative de la France, l’évènement doit rassembler 54 représentants des pays africains, ainsi que ceux des Nations unies, de l’Union européenne et de l’Union africaine.

Reporters sans frontières appelle la France, les États d’Afrique, ainsi que les organisations internationales présentes à ce Sommet à aborder la question de la sécurité des journalistes et du respect de la liberté de l’information dans le cadre des actions destinées à garantir la sécurité nationale.

« Les crises du Mali et de la Centrafrique, la piraterie dans le Golfe d’Aden, le terrorisme des Shabaab somaliens ou de la secte Boko Haram, les conflits pro-tractés de la République démocratique du Congo ou du Soudan font du continent africain un lieu où les questions de sécurité et de paix se posent en priorité et mobilisent les puissances occidentales et africaines qui y voient une nécessité pour préserver un équilibre régional et international.

Ces mêmes nations savent bien que l’impératif sécuritaire immédiat ne dispense pas de considérer le moyen et le long terme : les transitions démocratiques et le renforcement des États, qui sont à l’agenda de toutes les négociations multipartites en faveur de la paix.

Or les jalons du moyen et du long terme se posent dès à présent. Il est illusoire de penser que des pays opérant un repli sécuritaire législatif aujourd’hui, adopteront des mesures démocratiques demain.

Nous demandons, qu’au cours de ce Sommet, les questions sécuritaires n’éludent pas les nécessaires considérations démocratiques sur le long terme, qui passent par le développement d’une presse libre et la garantie de la liberté de l’information », déclare Reporters sans frontières

« La tendance au repli sécuritaire à travers des lois liberticides pour l’information gagne de nombreux États africains. La sécurité nationale et la lutte contre le terrorisme ne doivent pas être utilisées comme prétextes pour affaiblir le débat démocratique et empêcher que les pratiques des dirigeants soient soumis au regard et à la critique légitime du public », ajoute l’organisation.

Argument sécuritaire

Dans de nombreux pays d’Afrique, les journalistes continuent de faire les frais de persécutions et de violences armées, malgré les protections dont ils bénéficient au niveau international aux termes de la Résolution 1738 du Conseil de sécurité des Nations unies, des Conventions de Genève et de la Résolution de l’Assemblée générale des Nations unies du 26 novembre 2013. Le plan d’action des Nations unies fait aussi obligation aux États « d’enquêter concrètement et poursuivre les crimes contre la liberté d’expression ». Ainsi la responsabilité de garantir la sécurité de l’exercice de la profession de journalistes échoit à ces mêmes États.

Pourtant dans son bilan annuel 2012, Reporters sans frontières a dénoncé une « hécatombe » pour les acteurs de l’information, avec 88 journalistes et 47 citoyens-journalistes tués, dont 22 sur le continent, sans que des enquêtes soient systématiquement ouvertes.

Reporters sans frontières a constaté que les États recourent de plus en plus à un arsenal législatif et judiciaire pour réprimer les journalistes. Dans ce cadre, l’argument « sécuritaire » se retourne alors souvent contre eux et devient un prétexte pour mettre en œuvre une politique liberticide. Les lois relatives au terrorisme, à la trahison, à la sécurité nationale ou au secret d’État sont utilisées de façon abusive et détournées de leur objectif pour réprimer des journalistes et en dissuader d’autres, en violation flagrante des obligations internationales, notamment de l’article 19 du Pacte International sur les droits civils et politiques.

Car, si la « sauvegarde de la sécurité nationale » est un motif légitime pour restreindre la liberté d’expression, il n’est admis que sous certaines conditions, notamment de prévisibilité de la loi, de proportionnalité et de nécessité. Le rapporteur spécial sur la liberté d’expression Frank LaRue l’a rappelé : « La protection des secrets de sécurité nationale ne peut jamais être utilisée comme prétexte pour intimer la presse au silence et la contraindre à renoncer à son travail crucial de clarification des violations des droits de l’homme ».

Les exemples d’instrumentalisation de l’argument sécuritaire pour restreindre la liberté de l’information ne manque pas. D’autant plus que, le plus souvent, ce sont des pays « en paix » qui adoptent ces textes et comportement liberticides.

En Éthiopie, la loi anti-terroriste est utilisée comme un prétexte pour mettre derrière les barreaux toute personne critique du régime. Ironiquement, le porte-parole d’un syndicat de journalistes éthiopiens le revendique même : « Nous sommes fiers qu’en Éthiopie il n’y ait aucun journaliste emprisonné pour ses activités professionnelles ». En effet, les quatre journalistes emprisonnés en raison de leur activité professionnelle, le sont sous le coup de la loi anti-terrorisme de 2009.

En Sierra Leone, deux journalistes sont toujours inculpés pour « sédition » après avoir publié un éditorial jugé critique du chef de l’État.

Au Tchad, l’éditeur Samory Ngaradoumbé est poursuivi pour avoir « diffamé l’armée » dans un article faisant état du mécontentement de l’armée nationale tchadienne.

Au Burundi, la loi sur la presse, votée au printemps 2013 jugée très répressive, prévoit dans ses articles 14 et 18, vingt sujets que les journalistes ne peuvent tout simplement pas traiter. En premières places ont trouve évidemment les questions liées à « l’unité nationale », « l’ordre et la sécurité publics », « la souveraineté nationale.

« Régulation » à la dérive

Après les attentats du centre commercial Westgate et alors que ses deux plus hauts représentants comparaissent devant la Cour pénale internationale, le Kenya considère un projet de loi qui confèrerait à l’organe de régulation des médias, le Kenya Media Council, le pouvoir de modifier à loisir les textes relatifs au statut des journalistes, comprenant des provisions sur le ton que les médias doivent employer et la façon dont ils doivent présenter certains évènements sécuritaires.

Parfois, ce sont les organes de régulation, censés protéger les journalistes, dont la composition ou le fonctionnement sont cooptés par l’exécutif afin d’en faire des outils de contrôle et de répression.

Cette semaine même au Congo Brazzaville, deux journaux ont écopé d’une suspension de neuf mois de la part du Conseil Supérieur sur la Liberté de la Communication pour avoir « insulté la police nationale et manipulé l’opinion » après une interview d’une victime de violences policières, et pour avoir « insulté l’armée » à la suite d’un article critique de l’institution.

Au Cameroun, c’est le Conseil supérieur de la communication, dont le Président est proche du pouvoir, qui a lancé une procédure à l’encontre d’un journal accusé d’avoir enfreint le « secret défense » pour avoir parlé d’une opération de rapatriement de membres présumés de Boko Haram qui avait fait plusieurs morts civils.

Ce durcissement se retrouve à travers tout le continent. En 2013, la Tanzanie, la Gambie, le Rwanda et la Somalie ont soumis ou fait passer des textes faisant état de préoccupations sécuritaires justifiant des limites dans le traitement de l’information.

Au moment où les experts de l’ONU s’alarment dans une déclaration du 3 décembre 2013 des tendances au durcissement contre les libertés publiques en Afrique, il est important que la liberté de l’information soit, moins que jamais, sacrifiée.