25/03/2019 (Brève 1358) Lettre ouverte du Sénateur Pierre Laurent à Jean-Yves Le Drian Ministre de l’Europe et des A.E. au sujet de Kadamy

17/04/2017 (Brève 975) Surendetté, l’Etat djiboutien s’abandonne peu à peu à ses créanciers chinois (Article de Secret Défense, signé par P. Escande, conseillé par un lecteur)

Lien avec l’article : http://www.secret-defense.org/14/04/2017/surendette-letat-djiboutien-sabandonne-peu-peu-ses-creanciers-chinois/

_____________________Note de l »ARDHD
Cet article très bien rédigé et documenté, confirme ce que nous annonçons depuis plusieurs années.
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Entre Djibouti et la Chine, c’est la lune de miel. Depuis plusieurs années, le petit pays de la Corne de l’Afrique, dirigé par Ismaïl Omar Guelleh (IOG), s’est jeté dans les bras de son nouveau et puissant allié chinois, multipliant les accords bilatéraux de coopération. Aucun secteur n’est épargné : infrastructures, coopération économique et même, depuis l’année dernière, militaire. Pour IOG, cet activisme a pour objectif de faire de son pays un Dubaï ou Singapour africain, un carrefour régional incontournable sur cette nouvelle « route de la soie » reliant la Chine à l’Afrique.

+ Djibouti, avant-poste de la Chinafrique
Prêt à toutes les concessions, IOG multiplie les accords et projets pharaoniques avec Pékin. Un accord de libre-échange a ainsi été signé en janvier 2016, permettant à la Chine d’utiliser les installations portuaires djiboutiennes comme base de transit pour ses navires commerciaux. Une zone franche de 48 km2, la plus grande du pays, s’élèvera bientôt à côté d’un chantier naval et d’une autoroute flambant neufs. Construites par des entreprises chinoises, financées par l’Exim Bank of China (EBC), ces infrastructures constitueront le pivot des nouvelles relations économiques et politiques entre Pékin et Djibouti. Un autre accord prévoit, quant à lui, « l’afflux rapide de banques chinoises à Djibouti » et la création d’une chambre de compensation destinée à minimiser la perte de devises dans les échanges entre les deux pays.

Mais c’est sur le plan militaire que le rapprochement entre Djibouti et la Chine est le plus spectaculaire. Priant les 4 000 militaires américains, installés de longue date, de se rapatrier sur le seul Camp Lemonnier, le régime d’IOG vient d’offrir à l’Armée de Libération du Peuple sa toute première base permanente sur le continent africain. 10 000 militaires chinois devraient désormais stationner dans la Corne de l’Afrique : officiellement, il s’agit pour Pékin d’assurer les opérations de maintien de la paix sur le continent ; officieusement, la sécurisation des intérêts chinois sur le continent fait désormais office de priorité. Et c’est peu de dire qu’à Washington, on voit d’un mauvais œil cette cohabitation forcée.

Les critiques sont pourtant balayées par le régime djiboutien. Pour le ministre des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh, « ce que (Djibouti) obtient de la Chine est beaucoup plus important que n’importe quel autre partenariat installé depuis longtemps ». Et Bill Gates lui-même de citer en modèle d’intégration régionale réussie « la connexion Djibouti-Ethiopie, avec capitaux chinois ». Des capitaux qui pourraient bien finir par plonger Djibouti dans l’hyper-dépendance, tant l’extravagante politique de grands travaux initiée par IOG mène son pays sur la voie d’un endettement record.

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La soutenabilité de la dette en question
La boulimie de projets engagés par Djibouti avec la Chine pose la question de la soutenabilité économique de cette stratégie. Construire à tout va ne résout pas les handicaps structurels dont souffre le pays : une extrême pauvreté endémique, qui touche 80% de la population et des taux de chômage qui avoisinent les 35%, et ce alors que les marchés passés avec les entreprises chinoises ne se traduisent pas en matière d’emplois locaux, ces entreprises « important » leur main d’oeuvre directement depuis la Chine.

« Des projets, encore des projets, toujours des projets. Telle est la nouvelle fièvre qui a saisi le pays. (…) Oui, même ici dans ce coin d’Afrique aux allures de Far West miniature », accuse l’écrivain djiboutien Abdourahman A. Waberi. La folie des grandeurs qui s’est emparée d’IOG a pourtant été sévèrement jugée tant par le FMI que l’Union européenne (UE), qui ont tous deux mis en garde contre le risque de surendettement. Dans le viseur des institutions internationales, l’EBC, dont les prêts, inclus dans le financement des grands chantiers réalisés par des entreprises chinoises en Afrique, sont assortis de conditions que la plupart des pays africains refuseraient aujourd’hui : taux d’intérêt supérieurs à 5%, remboursement sous une dizaine d’années et absence de période de grâce.

Les conditions imposées par l’EBC, qui finance 90% des grands travaux en Afrique, n’ont rien à voir avec celles d’institutions comme la Banque mondiale, qui accorde des prêts à 2% d’intérêt, remboursables sur 30 ans et assortis d’une période de grâce qui permet de ne rembourser l’emprunt qu’une fois le projet mené à terme et devenu rentable. Alors que le secteur tertiaire représente plus de 80% du PIB de Djibouti et que l’Etat reste le premier employeur du pays, cette politique d’endettement déraisonnable menace la stabilité future du pays. La dette de Djibouti atteindrait déjà 60% du PIB, et son niveau d’endettement continue de progresser au rythme effarant de 10 points de PIB par an – on parle d’un endettement externe équivalent à 80% du PIB d’ici à la fin de l’année. Une spirale qui fait peser le risque d’une dette bientôt insoutenable. A terme, le pays pourrait devoir échanger ses créances contre des actifs. Autrement dit, des parts de l’Etat djiboutien seraient cédées à ses créanciers chinois contre l’effacement de l’ardoise.

Djibouti dépecé au profit des financiers de Pékin ? Ce mauvais scénario n’a hélas plus rien d’une fiction. Faute de liquidités, la Société publique djiboutienne des chemins de fer a déjà été contrainte de céder une partie de son capital à l’EBC en décembre 2014.

P. Escande

 

16/11/2016 (Brève 863) Les incessantes et couteuses croisades judiciaires de Djibouti (Secret-Defense)

Lien avec l’article
http://www.secret-defense.org/16/11/2016/
les-incessantes-et-couteuses-croisades-
judiciaires-de-djibouti/

Avec près de huit habitants sur dix vivant sous le seuil de pauvreté relative, et 42% sous le seuil de pauvreté absolue, le petit Etat de Djibouti, dirigé depuis 1999 par Ismaïl Omar Guelleh (IOG), ne semble pourtant pas particulièrement inquiet du sort de sa population. La misère dans laquelle se débat son peuple n’est en effet pas la préoccupation première d’IOG, qui préfère se lancer dans de dispendieuses batailles juridiques internationales contre ses opposants et même… Facebook.


Aberrantes croisades judiciaires
Le régime djiboutien s’est engagé, depuis plus de quatre ans, dans une croisade judiciaire à l’encontre de l’homme d’affaires et compatriote Abdourahman Boreh. Instruite par la Haute cour de justice britannique, l’affaire concerne l’implication financière de Boreh dans la modernisation des installations portuaires de Djibouti. Une fois le projet mené à son terme, le régime a tenté d’évincer le businessman et le poursuit depuis devant la justice du Royaume-Uni. Mais pas à son avantage. Jugement après jugement, le gouvernement de Djibouti est sommé de régler les frais de justice d’Abdourahman Boreh. La Haute cour de Londres a ainsi condamné Djibouti à payer 3 millions de livres sterling à Boreh, en avril 2016, qui s’ajoutaient aux 9,3 millions de livres déjà demandés après la victoire de ce dernier lors d’un procès intenté par le régime pour trahison, pots de vin et corruption.

En tout et pour tout, le régime aurait déboursé la bagatelle de 90 millions de dollars afin de poursuivre – en vain – son ancien partenaire. « Une pure perte de temps », pour ce dernier, qui affirme n’avoir pas mis les pieds dans son pays depuis huit ans. Et de l’argent jeté par les fenêtres, selon un opposant au régime cité par NewsGhana : « Pour un pays dans lequel la pauvreté est si forte, cela représente beaucoup d’argent dépensé dans le seul but d’assouvir une vendetta personnelle de la part du président Guelleh ». Mais la frénésie judiciaire du régime ne semble pas connaître de limites. Dernière lubie présidentielle en date, l’assignation de Facebook en justice, pour avoir relayé des messages prétendument « offensants » à l’égard d’IOG.

Cette fois, c’est au tour de la Haute cour irlandaise, pays où est implanté le siège social pour les activités européennes, moyen-orientales et africaines du groupe, d’être le théâtre choisi par le régime de Djibouti pour porter le fer.

– L’enjeu ?
Restreindre, voire annuler, la publication de contenus publiés sur le réseau social par des opposants au président, et considérés par ce dernier comme « offensants » et « diffamatoires ». Dans sa requête auprès de la Haute cour de Dublin, IOG ne demande rien de moins que la suspension par Facebook des comptes incriminés, l’effacement des passages en question et la révélation par l’entreprise des noms, comptes emails, numéros de téléphone, adresses postales et adresses IP des comptes visés par la plainte. Si peu de doutes subsistent quant au succès d’une telle démarche, les menaces proférées par IOG ne sont pourtant pas à prendre à la légère.

Maydaneh Abdallah Okieh, un journaliste et opposant djiboutien, peut en témoigner, lui qui a passé cinq mois dans les geôles du régime pour avoir osé poster sur Facebook des photographies montrant la police en train de battre des manifestants opposés au président. Sans parler d’un autre journaliste du pays, Mohamed Ibrahim Waiss, battu lui aussi par des officiers de police djiboutiens, jusqu’à ce qu’il soit contraint de révéler le mot de passe de son compte Facebook, sur lequel ses tortionnaires ont par la suite publié des messages critiquant l’opposition au despote local.

– De l’argent pour les poursuites judiciaires, pas pour la population
De l’argent, Djibouti semble en trouver autant que nécessaire pour poursuivre de vaines croisades. Le contraste entre ces dépenses somptuaires et inutiles et le manque criant d’argent qui frappe le pays n’en est que plus saisissant. Malgré les sommes importantes que le régime retire de la présence militaire de nombreuses superpuissances sur son sol – les Etats-Unis, le Japon, la France et depuis peu, la Chine, ont tous une base à Djibouti –, le pays demande constamment de l’aide d’urgence de la part des organisations internationales. A peine deux mois après sa réélection, IOG a ainsi reçu de la Banque mondiale pas moins de 43 millions de dollars de prêts à conditions avantageuses, afin, notamment, de lutter contre la pauvreté endémique de sa population et le chômage des jeunes et de développer les services élémentaires dans un pays qui, non content de ne pas subvenir aux besoins de sa propre population, doit également pourvoir à ceux de milliers de réfugiés en provenance des zones de conflits situées dans les pays voisins.