28/11/2017 (Brève 1099) SURVIE : « La coopération militaire et policière en Françafrique : de l’héritage colonial au partenariat public-privé » (Rapport)

Lien avec l’article https://survie.org/themes/militaire/cooperation-militaire/article/nouveau-rapport-de-survie-la-cooperation-militaire-et-policiere-en-francafrique

A l’occasion du discours de politique africaine qu’Emmanuel Macron entend faire à Ouagadougou le mardi 28 novembre, l’association Survie publie un rapport sur la coopération militaire et policière entre la France et des Etats africains.

Cette nouvelle publication éclaire et dénonce la continuité du soutien que les autorités françaises apportent à certaines des pires dictatures du continent.

Pour Survie, il s’agit d’interpeller le président de la République, au moment même où il va prétendre incarner un renouveau de la politique africaine de la France. L’association appelle à la transparence sur la coopération militaire et policière et demande sa suspension immédiate avec des régimes qui répriment brutalement leur population, comme en ce moment au Cameroun et au Togo.

Montreuil, le 27 novembre 2017.

En octobre 2014, face à l’ampleur de la contestation populaire, le dictateur Blaise Compaoré avait été contraint de démissionner, et avait été discrètement exfiltré par les militaires français de l’opération Sabre. Aucune évolution de la coopération militaire et policière n’a été annoncée depuis, ni avec le Burkina Faso ni avec d’autres pays où des régimes autocratiques sont toujours en place.

Pour Thomas Borrel, porte-parole de Survie, « en venant faire son discours de politique africaine à Ouagadougou, où des manifestants à mains nues ont poussé à la démission un dictateur soutenu pendant 27 ans par la France, Emmanuel Macron ne doit pas faire comme si les mécanismes institutionnels de la Françafrique avaient soudainement disparu. La coopération militaire et policière en fait partie, et pour le moment la France la maintient avec des régimes qu’elle devrait contribuer à isoler et fragiliser. Ne rien annoncer à ce sujet, ce serait instrumentaliser l’insurrection burkinabè sans en tirer les leçons. »

Dans son rapport publié ce lundi, Survie démontre de façon précise qu’en dépit de la réforme de la coopération de 1998 et des réductions de moyens et de la baisse importante des effectifs de « conseillers » détachés auprès des autorités civiles et militaires africaines, l’armée, la police et la gendarmerie françaises ont maintenu un lien privilégié avec des forces de l’ordre pourtant régulièrement impliquées dans une répression féroce des opposants et des mouvements citoyens.

En évoquant un glissement vers une forme de « partenariat public-privé », les auteurs du rapport alertent également sur la montée en puissance d’opérateurs privés sur fonds publics européens, de collectivités locales et même de la réserve parlementaire, et sur la recherche de nouvelles sources de financements telles que des fondations d’entreprises. Après avoir exposé cette évolution et le cadre institutionnel actuel de cette coopération, et dénoncé le manque de transparence qui entoure ces pratiques, le rapport prend pour illustration les répressions meurtrières récentes au Cameroun et au Togo.

Pour Thomas Borrel, « il y a aujourd’hui un double enjeu à ce que les parlementaires se saisissent de l’enjeu de la coopération militaire et policière. D’une part, il est inacceptable que cette coopération soit maintenue, au nom d’un prétendu ‘renforcement de l’État de droit’, avec des régimes qui répriment mortellement leur population. D’autre part, il y a une véritable omerta organisée sur le sujet : aujourd’hui, en dehors du gouvernement et de l’état-major, personne ne peut savoir précisément la nature du soutien que nous apportons à tel ou tel pays. C’est d’ailleurs très pratique pour prétendre être simplement ‘attentifs’ à la situation lorsqu’il y a des exactions comme au Togo et au Cameroun en ce moment !  »

Télécharger le rapport en format PdF – Lien https://survie.org/IMG/pdf/survie_rapport_cooperation-militaire-et-policiere_nov2017.pdfhttps://survie.org/IMG/pdf/survie_rapport_cooperation-militaire-et-policiere_nov2017.pdf

Rapport Survie – coopération militaire et policière – novembre 2017

Résumé du rapport :
Ce rapport, préparé à l’occasion du voyage d’Emmanuel Macron au Burkina Faso, pour y prononcer le 28 novembre son discours de politique africaine, entend mettre en lumière un aspect institutionnel trop méconnu de la Françafrique : la coopération militaire et policière française avec des régimes autocratiques.

Le rapport souligne tout d’abord la continuité de cette coopération militaire et policière, en dépit de réformes et d’évolutions institutionnelles. Aujourd’hui, l’argument du double continuum, entre sécurité et défense d’une part et entre sécurité et développement d’autre part, vient justifier une pratique indéfendable : le maintien d’un appui, à forte portée symbolique, à des armées ou polices coupables de graves violations des droits humains. Une approche « technique », qui voudrait former ces forces de l’ordre à réprimer moins brutalement, ne peut pas apporter de solution à un problème politique : les régimes en question sont illégitimes et ne devraient pas être soutenus.

Ce rapport insiste en outre sur le grave manque de transparence qui entoure la coopération militaire et policière française : absence d’information exhaustive sur les conseillers mis à disposition pays par pays, et à quel poste ; et opacité complète sur les fournitures de matériels dits « de sécurité », c’est-à-dire utilisés par les appareils répressifs de ces régimes.

Ce rapport met également en lumière une tendance inquiétante : la montée en puissance d’opérateurs parapublics ou privés pour mener les projets de coopération militaire ou policière, en lien avec les autorités françaises ; mais également une diversification des sources de financement de la Direction de la coopération de sécurité et de défense (DCSD) qui va de fonds relevant de la réserve parlementaire à des financements privés d’entreprises. C’est cette tendance que le titre du rapport entend dénoncer, en évoquant un « partenariat public-privé ».

Enfin, le rapport revient sur les cas récents de répression féroce au Cameroun et au Togo, pour montrer que l’absence de condamnation française claire des violations des droits humains par les forces de l’ordre est d’autant plus inacceptable que la présence de conseillers français sur place permet au Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères d’avoir toutes les informations en temps réel. En ne suspendant pas immédiatement sa coopération militaire et policière, le gouvernement français refuse ainsi de se désolidariser d’un appareil répressif brutal. Au Cameroun, l’Ambassadeur de France, lui-même militaire, a même remis des décorations françaises à des représentants des forces de l’ordre camerounaises à l’occasion des commémorations du 11 novembre, soit juste après qu’elles aient tué entre 40 et 100 personnes lors de la répression des manifestations dans les régions anglophones.

Et au Togo, des matériels produits par des entreprises françaises ont été utilisés lors de la répression récente. Le gouvernement d’Édouard Philippe pourrait même valider la vente au forces armées togolaises d’hélicoptères d’attaque de l’armée française, qui avait été bloquée par le gouvernement précédent en arguant qu’ils pourraient être utilisés contre des civils.

Les revendications de l’association Survie, présentées en conclusion, portent notamment sur la transparence sur la coopération militaire et policière et sur sa suspension immédiate avec des appareils répressifs qui commettent de graves violations des droits humains.

27/10/2016 (Brève 854) Communiqué du 17/10 – Survie partie civile dans le procès en appel de Simbikangwa : contre l’impunité des auteurs du génocide des Tutsi

Lien avec l’article : http://survie.org/genocide/nos-actions-en-justice/article/survie-partie-civile-dans-le-5174

17 octobre 2016 par Survie

En mars 2014, le premier procès d’un Rwandais accusé de génocide, Pascal Simbikangwa dit Safari, avait lieu à Paris. L’association Survie y était partie civile aux côtés d’autres associations (CPCR, FIDH, LDH, LICRA).

Le génocide des Tutsi au Rwanda a eu un profond impact sur notre association et l’a orientée vers une dénonciation sans équivoque du soutien criminel qu’apportent les autorités françaises aux dictatures africaines. En 1993, un an avant le génocide, une commission internationale à laquelle participait le président de Survie de l’époque, Jean Carbonare, alertait les responsables politiques français des massacres déjà perpétrés contre les Tutsi et du risque de génocide. Mais l’exécutif, en dehors de tout contrôle parlementaire, a préféré continuer de soutenir le camp des extrémistes Hutu.

Dès 1995, des plaintes avec constitution de partie civile ont été déposées par des membres de l’association contre des présumés génocidaires réfugiés en France. Par la suite, Survie a modifié ses statuts pour pouvoir ester en justice en son nom propre.
Lutter contre l’impunité est en effet essentiel pour empêcher qu’un génocide ne se retrouve banalisé et tombe dans l’oubli, mais surtout pour empêcher qu’un tel drame puisse se reproduire.

Après les procès en Belgique et la création en France du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda – CPCR – les dossiers ont été étoffés et d’autres plaintes ont été déposées dans notre pays. La création du Pôle d’instruction contre les crimes contre l’Humanité et les crimes de génocide, qui compte plusieurs magistrats, greffiers et enquêteurs dédiés, permet enfin une avancée sur des dossiers dormant parfois depuis des années : présumés génocidaires réfugiés en France, plaintes contre des militaires français de l’opération Turquoise, plaintes déposées plus récemment par l’association, contre Paul Barril et au sujet des livraisons d’armes par la France pendant le génocide [1].

Pascal Simbikangwa, ancien officier des services de renseignement, appartenait au premier cercle du pouvoir rwandais. Il a été arrêté à Mayotte en 2008 dans le cadre d’une enquête pour falsification de documents administratifs, alors qu’une fiche Interpol existait contre lui pour une accusation de génocide. Son extradition vers le Rwanda a été rejetée et c’est donc en France que ce cadre du génocide a été jugé et condamné le 14 mars 2014 à 25 ans de réclusion criminelle par la Cour d’Assises de Paris pour « crime de génocide et complicité de crime contre l’humanité, pratique massive et systématique d’exécutions sommaires pour des motifs idéologiques et en exécution d’un plan concerté contre un groupe de population civile ».

Un tribunal français affirmait ainsi pour la première fois que le génocide des Tutsi n’était pas contestable – on peut noter que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR) avait retenu cette qualification dès 1998 (procès contre Jean-Paul Akayesu et Jean Kambanda), et qu’il affirmait le 16 juin 2006 que ce génocide était « un fait de notoriété publique », qui n’est donc plus à démontrer et ne peut être réfuté en justice.

Ce verdict de la Cour d’Assises de Paris fut une vraie brèche dans l’impunité en France des crimes commis lors du génocide des Tutsi
. Survie s’était réjouie d’avoir pris sa part dans ce procès.

Pascal Simbikangwa avait immédiatement fait appel de cette condamnation. Il comparaîtra donc devant la Cour d’Assises de Bobigny à partir du 25 octobre et jusqu’au 10 décembre 2016. Survie sera à nouveau partie civile et vous invite à être aussi présent que lors de son premier procès.

Contact presse
[1] Voir la liste des plaintes dans lesquelles Survie est partie civile en ligne http://survie.org/genocide/nos-actions-en-justice/

05/06/2016 (Brève 803) Survie / Un article à lire. Publications d’un dossier : Dossier d’analyse « Elections en Françafrique »

Lien avec l’article original :
http://survie.org/publications/article/dossier-d-analyse-elections-en-5100

Documents joints
ELECTIONS EN FRANCAFRIQUE – CONGO, DJIBOUTI, TCHAD, GABON. LA COOPERATION MILITAIRE FRANCAISE AU SERVICE DES DICTATURES (PDF – 7.3 Mo)

Rapport de SurvieA l’approche des élections, ces dictatures s’illustrent par un regain des violences à l’égard d’opposants politiques et de manifestants pacifiques. Dans ce contexte, ce rapport met en regard les pratiques de ces régimes clés de la Françafrique, avec une composante essentielle et souvent méconnue et minimisée du soutien de la France, à savoir la coopération militaire et policière.

Pour chaque pays, il présente les caractéristiques de ces régimes dictatoriaux soutenus de longue date par la France et examine en détail le contexte préélectoral puis analyse d’une part les dispositifs de l’armée française, présents de façon permanente à Djibouti, au Gabon et au Tchad et d’autre part la coopération militaire et sécuritaire déployée avec chacun de ces quatre régimes. Le rapport révèle par exemple que jusqu’à aujourd’hui, des coopérants militaires français opèrent sous uniforme tchadien ou congolais en qualité de conseillers des responsables des armées, directions et services des ministres de la Défense de ces pays ; ou encore que l’armée française délivre des formations depuis des décennies à des forces armées dont les méthodes habituelles confinent aux actes criminels.

Ce rapport montre que la France est impliquée au moins indirectement dans les exactions actuelles de ces régimes, du fait du maintien de sa coopération militaire et sécuritaire. Et pointe aussi le fait que la politique de la France envers ces dictatures est liée à leur rôle central dans le dispositif militaire français en Afrique ; ainsi au nom de la lutte contre le terrorisme ou de la nécessaire « stabilité », la France fait fi des espoirs démocratiques et des droits humains des populations réprimées.

Le rapport conclut sur le nécessaire départ de l’armée française du sol africain, et dans l’immédiat, sur la demande de suspension immédiate de la coopération militaire et sécuritaire avec ces régimes dictatoriaux, à la veille d’élections qui confinent à la mascarade.

09/05/2016 (Brève 784) Rwanda/France : 22 ans après : deuxième procès en France de Rwandais accusés de génocide / Communiqué collectif FIDH, LDH, CPCR, Survie, LICRA, l’Association CRF et l’ensemble des parties civiles.

Communiqué
Lien avec le communiqué sur le site de SURVIE : http://survie.org/genocide/nos-actions-en-justice/article/rwanda-france-22-ans-apres-5108

Paris, le 9 mai 2016

Le 10 mai 2016 le procès de Octavien Ngenzi et Tito Barahirwa s’ouvrira devant la Cour d’assises de Paris.

Durant ce procès – le deuxième d’une longue série de procédures judiciaires ouvertes contre des ressortissants rwandais installés en France – Octavien Ngenzi et Tito Barahirwa, tous les deux anciens bourgmestres de la commune de Kabarondo au sud-est du Rwanda durant le génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda, en 1994, seront jugés pour génocide et crime contre l’humanité.

« Nous nous félicitons de l’ouverture de ce procès, qui marque, deux ans après celui de Pascal Simbikangwa, une nouvelle étape importante dans la lutte contre l’impunité des auteurs du génocide commis contre les Tutsis au Rwanda au cours duquel sont mortes près d’un million de personnes  » ont déclaré l’ensemble des parties civiles, personnes physiques et associations (FIDH, LDH, CPCR, Survie, LICRA et Association CRF).

Les parties civiles ont cependant appris avec une grande inquiétude le retrait subit de la représentante du Parquet du pôle spécialisé crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre du Tribunal de grande instance de Paris, qui ne soutiendra donc pas l’accusation aux côtés de l’Avocat général, comme cela avait été le cas lors du précédent procès de 2014.


Les parties civiles rappellent que ce pôle a vocation à répondre au besoin de spécialisation des magistrats ayant à poursuivre et instruire ce type de crimes, en raison de leur complexité et des nombreux éléments d’extranéité qui entourent leur perpétration.

« Nous nous interrogeons sur les raisons d’une telle situation dont nous espérons qu’elle ne marque pas un changement d’orientation du parquet dont les réquisitions écrites ont grandement contribué au renvoi des accusés devant la Cour d’Assises. Nous souhaitons que la bonne administration de la justice ne s’en trouve pas affectée et que toutes les conditions d’un procès équitable et exemplaire restent réunies dans l’exercice normal du rôle et des prérogatives de chacun de ses acteurs » ont déclaré les parties civiles.
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Communiqué commun de FIDH, LDH, CPCR, Survie, LICRA, l’Association CRF et l’ensemble des parties civiles.

09/04/2016 (Brève 747) Les photos du rassemblement : Élections en Françafrique contre le soutien français aux dictatures !

Le samedi 9 avril 2016 à 11h30, près de Beaubourg à Paris,
a lieu un rassemblement participatif contre la coopération militaire française en Afrique.

Plusieurs pays africains sont concernés en ce moment par des élections présidentielles.

Un certain nombre d’entre eux sont les ‘dictateurs amis de la France’, en place depuis de longues années avec le soutien diplomatique et militaire de la France (Congo, Tchad, Djibouti, Gabon…).

Dans ce contexte électoral, plusieurs arrestations et représsions ont lieu. Cette politique françafricaine, faite en notre nom, est inacceptable.
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Survie est en train de finaliser un dossier d’analyse sur la coopération militaire avec quatre ‘dictateurs amis de la France’ concernés par des élections en ce moment. Nous le diffuserons en début de semaine. La partie sur le Congo ayant déjà été publiée (pour coller à la date de l’élection), vous pouvez la télécharger ici – http://survie.org/activites/campagnes-et-mobilisation/article/elections-en-francafrique-le-congo-5090

D’autres publications et supports (notamment un quiz à distribuer et qui permettra d’engager la conversation, un document synthétique avec des fiches pays) sont en cours de finalisation et/ou seront disponibles pour interpeller les passant.e.s. Vous êtes tou.te.s invité.e.s à participer à ce rassemblement!

N’hésitez pas à diffuser l’information autour de vous. La date choisie, le 9 avril, correspond aux élections à Djibouti et au Tchad mais nous aborderons plus largement le rôle de la France et son soutien diplomatique et militaire aux régimes dictatoriaux en place en Afrique aujourd’hui.

Manifestation
Manifestation contre l'intervention militaire en Afrique

05/04/2016 (Brève 718) SURVIE / »ELECTIONS EN FRANCAFRIQUE – CONGO, DJIBOUTI, TCHAD, GABON. LA COOPERATION MILITAIRE FRANCAISE AU SERVICE DES DICTATURES »

Lien avec l’article original : http://survie.org/publications/article/dossier-d-analyse-elections-en-5100

Survie.orgA l’approche des élections, ces dictatures s’illustrent par un regain des violences à l’égard d’opposants politiques et de manifestants pacifiques. Dans ce contexte, ce rapport met en regard les pratiques de ces régimes clés de la Françafrique, avec une composante essentielle et souvent méconnue et minimisée du soutien de la France, à savoir la coopération militaire et policière.

Pour chaque pays, il présente les caractéristiques de ces régimes dictatoriaux soutenus de longue date par la France et examine en détail le contexte préélectoral puis analyse d’une part les dispositifs de l’armée française, présents de façon permanente à Djibouti, au Gabon et au Tchad et d’autre part la coopération militaire et sécuritaire déployée avec chacun de ces quatre régimes.

Le rapport révèle par exemple que jusqu’à aujourd’hui, des coopérants militaires français opèrent sous uniforme tchadien ou congolais en qualité de conseillers des responsables des armées, directions et services des ministres de la Défense de ces pays ; ou encore que l’armée française délivre des formations depuis des décennies à des forces armées dont les méthodes habituelles confinent aux actes criminels… Lire la suite …

29/02/2016 (Brève 679) Lettre ouverte du Président de Survie à J-Marc Ayrault, Ministre français des A.E., pour lui demander son positionnement lors de la 31 ème session du Conseil des Droits de l’Homme, au regard des graves événements survenus à Djibouti, au Tchad et en République du Congo.

SURVIE
Lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault
Paris, le 28 février 2016

Monsieur le Ministre,

Vous participerez ce lundi 29 février à la 31ème session du Conseil des droits de l’Homme et indiquez qu’à cette occasion vous souhaitez «  renouveler l’engagement déterminé de la France en faveur de l’universalité des droits de l’Homme et apporter notre soutien au conseil des droits de l’Homme. »

Pour notre association, l’engagement de la France en faveur des droits de l’homme est largement mis en cause par la politique menée par la France en Afrique, et son soutien à de nombreuses dictatures en place. Ainsi en est-il du Tchad, de Djibouti et de la République du Congo où des élections présidentielles vont avoir lieu dans les prochaines semaines.

Dans ces trois pays, la période préélectorale de ces derniers mois a été marquée par de graves violations des droits de l’Homme et répressions de manifestations. Face à cela, loin de condamner ou de se distancier de ces régimes, la France qui entretient une coopération sécuritaire et militaire d’ampleur avec eux a maintenu un silence lourd voire même montré de nouveaux signes de soutien.

Ainsi au Congo, en octobre dernier, l’Élysée a confirmé la légitimité de Sassou Nguesso à organiser un référendum sur la Constitution, a pris note des résultats et n’a à aucun moment condamné les violences à l’encontre des personnes qui manifestaient contre le projet de nouvelle constitution ; à Djibouti, alors qu’une opération policière du régime faisait plus de 60 morts et disparus fin décembre, l’ambassadeur de France a discrètement ordonné la sortie de l’hôpital militaire français d’un député d’opposition blessé par balle, qui a alors été arrêté par les forces djiboutiennes ; au Tchad, nous recensons, rien que depuis novembre 2014, au moins 24 personnes tuées par les forces de l’ordre lors de manifestations – dont des mineurs. A chaque fois, la France n’a émis aucune condamnation publique de ces exactions et n’a pas suspendu sa coopération sécuritaire.

L’engagement de la France pour les droits de l’Homme ne pourra être crédible tant que la France ne cessera pas sa coopération avec ces régimes, qu’elle ne condamnera pas les atteintes aux droits qui y sont perpétrés et qu’elle n’examinera pas sa part de responsabilité dans ces mêmes exactions au vu de la coopération sécuritaire existante.

A l’occasion de votre participation à cette 31ème session du Conseil des droits de l’Homme, nous vous demandons donc de vous exprimer sur les perspectives d’évolution de la coopération sécuritaire française avec ces trois régimes, à l’approche de ces scrutins présidentiels.

Dans l’attente de votre positionnement sur cette question essentielle, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération.

Fabrice Tarrit,
Président de Survie

13/01/2016 (Brève 630) SURVIE : Violation des droits de l’homme à Djibouti, la vigilance internationale s’organise

A lire sur le site de Survie, le communiqué conjoint SURVIE, LDDH, ARDHD à l’adresse http://survie.org/francafrique/djibouti/article/violation-des-droits-de-l-homme-a-5062

09/01/2016 (Brève 618) Survie (Billets d’Afrique et d’ailleurs N° 253 Janv 2016) TERREUR D’ÉTAT À DJIBOUTI (Sous la signature de Jean-Loup Schaal)

Lien avec le site de Survie: http://survie.org/billets-d-afrique/?lang=fr

Pour tenter de conserver sa présence à Djibouti, la diplomatie française sacrifie une fois de plus la
population, les opposants et les défenseurs des droits humains livrés à la répression sanglante du
régime.

SurvieAux élections législatives du 22 février
2013 à Djibouti, l’USN (Union pour le
Salut National, qui regroupe les 7
partis d’opposition) avait présenté des
candidats après plusieurs scrutins boycottés.
Officiellement la coalition (UMP) qui soutient
le dictateur Ismaël Omar Guelleh, au pouvoir
depuis 1999, obtenait 80% des suffrages et
remportait 55 sièges sur 65 à l’Assemblée
nationale.

Les responsables de l’USN et de nombreux
observateurs indépendants avaient protesté
contre une fraude massive, loin du satisfecit
émis par Bruxelles et par la France :
l’opposition aurait obtenu selon elle la
majorité absolue dans toutes les
circonscriptions (cf. Billets n°223, avril 2013). Le Gouvernement djiboutien a toujours refusé
de publier les résultats détaillés par
circonscription, ce qui accrédite la thèse d’une
manipulation massive.

L’opposition refusa de siéger tant qu’il n’y
aurait pas d’accord avec le Gouvernement sur
un texte reconnaissant son statut et ses droits
et instituant une Commission électorale
indépendante. Après un accord conclu fin
décembre 2014 mais jamais mis en oeuvre, la
situation est restée bloquée.
En octobre 2015, contrairement à ses
déclarations précédentes, le Président Guelleh
a annoncé qu’il se représenterait en avril 2016
pour un 4ème mandat.

En dépit d’une manifestation « de soutien
forcé » des fonctionnaires, début novembre
2015 l’immense majorité de la population a
manifesté son opposition à ce quatrième
mandat à plusieurs reprises. La répression de
ces manifestations a été dure et des militants
ont été emprisonnés.

Le Gouvernement a décrété la mise en
place d’un état d’urgence dans le pays (plus
rigoureux que le français, limitant
drastiquement les libertés individuelles),
décision ratifiée par l’Assemblée nationale le
27 décembre, hors la présence des
députés de l’opposition expulsés
avant le scrutin par les gendarmes.

Massacres du 21
décembre


Le 21 décembre 2015 au matin,
une commémoration religieuse
annuelle de la tribu Issa / Younis
Moussa, autorisée à l’origine par le
ministre de l’Intérieur, a été encerclée
par des forces de police qui ont tiré
sur les femmes, hommes et enfants qui y
assistaient. La Ligue djiboutienne des droits
humains (LDDH) a établi un première liste
non exhaustive de 62 morts ou disparus
(probablement jetés en mer), 52 blessés et 13
arrestations.

Plus tard, dans l’aprèsmidi,
un groupe de
policiers cagoulés et armés a investi le
domicile d’un dirigeant de l’USN qui avait
réuni ses militants pour faire le point sur le
massacre de la matinée. Les policiers ont tiré
sans sommation, blessant gravement le
Président de l’USN Ahmed Youssouf, atteint
par plusieurs balles, le député de l’opposition
Saïd Houssein Robleh (secrétaire général de la
LDDH) et l’ancien ministre Hamoud Abdi
Souldan. Abdourahman Mohamed Guelleh a
pour sa part été sauvagement tabassé.

Les blessés ont été pris en charge aux
urgences de l’hôpital militaire français
Bouffard, où ils ont été soignés et opérés. Les
forces armées djiboutiennes ont alors encerclé
l’hôpital, mais cette provocation n’a pas
semblé émouvoir la diplomatie française.

Mensonges français

L’Association pour le respect des droits
humains à Djibouti (ARDHD) a alerté
l’ambassadeur de France à Djibouti Serge
Mucetti (sur le départ le 31 décembre 2015),
pour appuyer la demande d’asile et protection
faite par Saïd Houssein Robleh. Le diplomate a
déclaré prendre la situation en main. Mais bien
qu’ayant affirmé qu’il pouvait rester à l’hôpital
où il était en sécurité, l’ambassadeur a imposé
au médecin général de faire sortir le blessé,
qui a aussitôt été arrêté par les forces
djiboutiennes. Il a depuis été relâché, mais ses
affaires ont été saisies. Surtout, le Président de
la LDDH Omar Ali Ewado, qui était venu
l’aider, a été arrêté sur le champ et transféré
dans des locaux de la gendarmerie, connue
pour sa pratique de la torture.

Les conseillers du Quai d’Orsay que
l’ARDHD a pu rencontrer ont tenu le même
double langage, préférant mettre leurs
interlocuteurs au défi de prouver leurs
affirmations (ce qui fut fait avec des
témoignages écrits) plutôt que de reconnaître
la complicité criminelle de leur diplomatie sur
place.

Une situation
délicate pour les opposants

Le 31 décembre 2015, Omar Ali Ewado a
comparu, sans avocat, devant le Tribunal pénal
de Djibouti pour « diffamation publique et
diffusion de fausses nouvelles » en raison de la
publication de la liste des victimes du
massacre du 21 décembre et des personnes
incarcérées.

Le juge a émis un mandat d’incarcération
provisoire dans la sinistre prison de Gabode et
a programmé une audience de jugement pour
le dimanche 3 janvier 2016. Ewado s’y est
défendu seul mais un mandat signé par sa
femme va permettre une intervention
d’Avocats sans Frontières, afin d’assister le
prévenu et probablement de demander une
mise en liberté conditionnelle.
Saïd Houssein Robleh s’est pour sa part
présenté le 31 décembre à l’hôpital Bouffard
pour un changement de pansements, prévu
par l’ordonnance qui lui avait été remise à sa
sortie. L’hôpital militaire lui a refusé les soins.
Cette position s’est inversée depuis le départ
de l’ambassadeur .

Il devient clair que les autorités françaises
n’ont cherché qu’à se débarrasser au plus vite
de lui et qu’elles lâchent tous les défenseurs
des droits humains. Il est actuellement chez
lui, sans soins, craignant pour sa vie.
Comme à son habitude, Guelleh cherche à
créer des tensions tribales. Il l’a fait avec les
Afars, il s’attaque aujourd’hui à une des tribus
Issas, avec l’objectif de créer des violences
entre les deux clans Mamasan et Yonis Moussa.
Guelleh se présentera alors comme le seul
recours pour rétablir l’ordre.

Le président Guelleh peut compter sur le
silence des grandes puissances (France, EtatsUnis,
Japon et maintenant Chine), trop
attachées à la « stabilité » dans ce petit pays
stratégique de la Corne de l’Afrique où elles
possèdent des bases militaires.

Jean-Loup Schaal

08/01/2016 (Brève 615) SURVIE : répression à Djibouti

Survie Agire ensemble
Djibouti fait partie des nombreux pays africains concernés prochainement pour une échéance électorale importante. Des élections présidentielles sont prévues dans trois mois alors que la répression s’accentue.

Survie a soutenu et diffusé ce communiqué de l’ARDHD – http://survie.org/francafrique/djibouti/article/la-france-lache-les-droits-de-l-5060 et continuera à suivre de près la situation dans ce pays ainsi qu’au Gabon, au Tchad, au Congo B et au Bénin, tous concernés par des élections présidentielles prochaines.