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N D
PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE
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LIBERTÉ - RESPONSABILITÉ - SOLIDARITÉ
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Le Président
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B.P. n° 10204
Tél. 35 16 15
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e-mail : awaleh@intnet.dj
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DJIBOUTI
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Discours
de M. ADEN ROBLEH AWALEH,
Président du Parti National Démocratique (PND)
à l'occasion du 23ème anniversaire
de notre pays à l'indépendance
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27
JUIN 2000
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Militantes, Militants,
Chers frères et Surs,
Pour le peuple
djiboutien le 27 Juin est un grand jour. C'est un jour que ne peut être
oublié ou passé sous silence. C'est le jour où
notre peuple a quitté les ténèbres de la domination
coloniale pour la lumière que constitue la souveraineté.
Cette souveraineté
et cette indépendance ne sont pas les fruits du hasard. Elles
sont le résultat d'un combat acharné de notre peuple.
Des hommes et des femmes ont hissé haut le flambeau de la lutte
de libération. Nos cimetières sont pleins de martyrs.
Que Dieu ait leurs âmes. Je vous demande de prononcer le FATAHA
pour nos martyrs.
Il est malheureux
que le régime qui a pris en main notre destinée de nation
libre, le 27 Juin 1977, ne se souvienne pas de ceux et de celles qui,
au péril de leurs vies, ont fait naître cette nation. Tout
se passe comme si ce régime a eu pour charge " d'effacer
" l'histoire de notre glorieuse lutte de libération nationale.
Le fait d'avoir été un héros de la lutte de libération
ne constitue pas aujourd'hui une bonne référence. Les
tenants de ce régime pensent que ce pays n'est qu'un bout de
terrain sans maître et qu'il est tout à fait logique qu'il
soit exploité pour le seul profit du groupe qui a eu la "
chance " de mettre la main dessus. Pour ce régime, ce pays
n'a ni un peuple ni une Histoire. En un mot les tenants du régime
pensent qu'ils n'ont de compte à rendre à personne.
Vous conviendrez
avec moi qu'un tel credo est extrêmement dangereux. C'est cet
état d'esprit qui est à l'origine de la guerre civile
qui a ravagé notre pays. Des milliers de vies ont été
sacrifiés inutilement. Des milliards de dollars sont partis en
fumée.
Cet état
de guerre civile n'est pas prête de disparaître. Au contraire
il y a lieu de craindre que cette guerre civile prenne de plus en plus
d'ampleur et qu'elle finisse par nous être fatale. Comment éviterions-nous
un tel désastre si les causes ne sont pas traitées à
la racine ?
Ces causes sont
parfaitement identifiées par les djiboutiens. Ce sont :
- l'ethnocentrisme,
- le tribalisme
- les emprisonnements arbitraires,
- l'existence d'une véritable police politique dont le seul rôle
est de " mâter " les opposants,
- l'existence d'une justice aux ordres de l'exécutif,
- l'utilisation des services administratifs comme moyens de pression
à l'encontre des opposants (poursuites injustes des services
fiscaux, coupure inopinée d'électricité, de téléphone
et d'eau, viol de la correspondance, etc..),
- l'impossibilité pour les opposants d'exercer une activité
professionnelle, qu'elle soit publique ou qu'elle soit entrepreneuriale,
interdiction qui s'applique également aux familles des opposants,
- les retraits de passeports,
- le népotisme, le clientélisme, les passe-droits, la
corruption.
Au lieu de rechercher le soutien du peuple en libéralisant la
vie politique, économique et sociale, le régime préfère
s'appuyer sur le tribalisme. C'est ainsi que le régime place
à la tête de l'administration le clan tribal appartenant
au chef suprême du régime autrement dit celui qui fait
office de Chef d'Etat. La vérité que je vais dire sur
ce sujet va faire vaciller plus d'un. Savez-vous que deux cent huit
(208) des deux cent quinze (215) Secrétaires Généraux,
Directeurs Généraux, Directeurs et Chefs de Service de
l'administration appartiennent à ce clan ? Savez-vous que cent
soixante-dix (170) des cent soixante-quinze (175) comptables (postes
éminemment stratégiques s'il en est) de l'administration
sont issus de ce même clan ? Les quelques postes qui ne sont pas
tenus par le clan échoient à des personnes qui n'appartiennent
pas au clan mais qui, tout de même, y sont proches par des liens
du mariage. L'armée, la police et la gendarmerie n'échappent
pas à cette règle. La vérité blesse mais
ne tue pas !
Ces gens se
font un devoir de défendre les intérêts du clan.
Leur premier réflexe est de " faire avaler des couleuvres
" à tous ceux qui sont supposés s'opposer aux prérogatives
du clan. Voilà pourquoi l'administration publique a perdu depuis
belle lurette le rôle qui était son essence même
: être au service du peuple. Ces responsables claniques n'ont
de compte à rendre qu'à leur chef suprême. Ceux
et celles dont on qualifie prétentieusement de " ministres
" n'ont qu'à bien se tenir. Sinon
!
M. ISMAÏL
OMAR GUELLEH continue - en plus mal - ce système fondé
par son oncle HASSAN GOULED APTIDON.
J'avoue qu'au
fond de moi-même je ne m'attendais pas à ce que M. ISMAÏL
OMAR GUELLEH puisse emprunter ce triste chemin, même s'il avait
déclaré lors de sa candidature à la présidence
de la république qu'il ne changerai pas d'un iota à la
politique de son vieil oncle.
Ce qui a fait
naître en moi cet espoir de changement est le fait que ces deux
personnes appartiennent à deux générations que
tout devait normalement séparer. HASSAN GOULED APTIDON appartient
à la génération 1950. C'est un vieux notable élevé
aux coutumes et us archaïques et qui n'était pas outillé
pour se frayer un chemin dans les méandres du monde d'aujourd'hui.
M. ISMAÏL OMAR GUELLEH appartient, quant à lui, à
la génération 2000. C'est un homme suffisamment cultivé
et instruit pour pouvoir comprendre aisément les mécanismes
du monde moderne.
Ma déception
est à la hauteur de mon espoir, en tout cas pour ce qui est de
sa première année d'exercice du pouvoir. Il semble beaucoup
apprécier les prérogatives du pouvoir en ce sens qu'il
en retire le "droit" de vie ou de mort sur ses concitoyens.
Il s'agit là d'une vision du pouvoir que l'on ne peut pas ne
qualifier de néfaste.
Je crois déceler
en ISMAÏL OMAR GUELLEH une double personnalité. Ses bonnes
idées d'aujourd'hui seront démenties par ses actions de
demain. En vérité il n'y a pas d'adéquation entre
ses paroles et ses actions. Dans ces conditions on peut se demander
si ce qu'il avance est sincère ou non. Les quelques exemples
ci-après démontrent ces contradictions.
® au sujet
de la décentralisation
M. ISMAÏL
OMAR GUELLEH a prôné magistralement, dans un discours,
les bienfaits de
la décentralisation.
Personnellement
j'avais applaudi.
Qu'est-ce que
l'on a vu finalement ? Rien ! Sinon la nomination d'une quinzaine de
membres de son parti pour chacun des cinq districts en guise de conseils
régionaux. Et le comble est que M. ISMAÏL OMAR continue
de proclamer que la décentralisation est " désormais
" faite.
® au sujet
du programme de privatisation
La privatisation
de certaines Sociétés d'Etat était un des chevaux
de bataille d'ISMAÏL
OMAR.
Là aussi
j'avais applaudi.
Il était
prévu que la privatisation se fasse dans la transparence.
C'est tout le
contraire qui s'est passé. Aucun appel d'offres national ou international
n'a
été lancé. Tout a été cédé
de gré à gré, ce qui est très grave quand
il s'agit de biens publics. Les sociétés cédées
sont le Sheraton hôtel, la pharmacie d'Etat " indépendance
", l'usine de lait, Air-Djibouti et le port. Les quatre premières
sociétés sont cédées à des membres
du clan tribal ou à des " amis du clan " dont un homme
d'affaire véreux du nom de Charles BOREH, un homme aux multiples
passeports qui ne s'est pas gêné, par ailleurs, à
" christianiser " son nom).
Le sort réservé
au port est de loin le plus grave.
Notre port, le
poumon économique de notre pays a été dépecé
comme une vulgaire
carcasse de viande. Il a été découpé en
trois morceaux. Ce découpage n'a rien à voir avec l'intérêt
du pays. Il a été fait pour le seul profit du clan et
des " amis du clan " qui s'approprient ainsi deux gros morceaux
(Djibouti Dry Port et le terminal vraquier pour marchandises en vrac).
Le dernier morceau , réduit à la portion congrue, est
attribué à l'organisme qui gère le port du Dubaï,
du nom de Dubaï Port International (DPI).
L'intérêt
du pays commandait que la gestion de l'ensemble du port soit confié
à la DPI. Là on aurait rien à en redire. Ce qui
est curieux c'est que M. AL AMOUDI obtienne le terminal vraquier pour
une période de trente ans alors que l'autorité que la
Dubaï Port International n'en a que pour 20 ans. On nous dit que
M. AL AMOUDI a investi pour cette acquisition la somme de 25 millions
de dollars américains. Est-ce que M. AL AMOUDI, qui est un homme
d'affaires averti, aurait investi une aussi importante somme d'argent
pour nos beaux yeux ? Non bien sûr ! Il sait que sa mise sera
récupérée en l'espace d'à peine cinq ou
six ans. Alors pourquoi n'avoir pas laissé ce terminal très
important dans le giron du port ? Il n'y a pas de doute que l'investissement
que nécessitait ce terminal aurait été facilement
trouvé par le port et le gouvernement de Djibouti, notamment
par le biais des fonds arabes. On ne peut s'empêcher de se poser
la même question au sujet de la société Djibouti
Dry Port. Il s'agit là aussi d'une activité extrêmement
juteuse puisqu'il est question de l'extension de la zone franche du
port. Il s'agit d'une zone située à l'est de la rue de
Venise et qui comprend pas moins de 4km2. Il était tout à
fait naturel que le port conserve cette activité.
Les cahiers
de charges régissant toutes ces sociétés n'ont
pas été rendus publics. Il est urgent que le peuple en
connaisse la teneur. Il est préoccupant que le nouveau directeur
du port, M. Fewer, fasse état, dans les médias, de clauses
secrètes entre sa société et le gouvernement djiboutien.
Il ne peut y avoir de secrets dans ce genre de contrats, le gouvernement
est tenu de s'expliquer.
® au sujet
de la création d'une classe d'entrepreneurs djiboutiens et d'une
classe
moyenne.
J'ai dit là
aussi bravo ! Mais on ne verra rien venir.
Comment peut-il
créer une classe d'entrepreneurs ou une classe moyenne lorsque
l'administration freine toute initiative en matière d'entreprise
; lorsque la police politique est chargée de délivrer
toute autorisation administrative ; lorsque l'administration fiscale
vous impose jusqu'à la lie c'est-à-dire jusqu'à
ce que vous n'ayez plus envie d'entreprendre ; lorsque les factures
d'eau, d'électricité, de téléphone se montent,
au minimum, à la somme mensuelle de 600 dollars américains
(eau : 150 $ ; électricité : 200 $ ; téléphone
: 200 $).
® au sujet de l'existence de l'opposition
M. ISMAIL OMAR
ne se prive pas de dire que l'existence d'une opposition est utile pour
notre pays. Pourtant, cela ne l'empêche pas de mener une guerre
sans merci contre elle. Il utilise tous les moyens de répression
pour la museler. Il retire les passeports des leaders de l'opposition
pour les empêcher de prendre part aux réunions internationales
; il ne tolère pas que l'opposition puisse manifester et organiser
des rassemblements et des meetings.
M. ISMAÏL
OMAR a une curieuse conception de l'opposition. Il veut lui-même
désigner ceux et celles qui doivent être ses opposants.
C'est comme si le capitaine d'une équipe de foot choisissait
lui-même l'équipe adverse.
Je pense que
ces quelques exemples suffisent à illustrer le double langage
qui caractérise l'action de M. ISMAÏL OMAR GUELLEH.
La question
que je me pose est de savoir si M. ISMAÏL OMAR peut se prévaloir
de l'excuse de ne pas être au courant de ce qui se passe dans
le pays. C'est à lui de nous le dire.
En tout cas
ce que M. ISMAÏL OMAR GUELLEH doit savoir et assimiler c'est cette
vérité incontournable : rien, je dis bien rien, ne peut
marcher dans notre pays sans l'instauration d'un système démocratique.
Tous les maux
qui asphyxient notre pays ne peuvent disparaître sans l'existence
de ces deux conditions que seul le système démocratique
permet, à savoir
1) l'existence
de contre-pouvoirs ;
2) la participation de la population à la gestion des affaires
de leur pays.
Les contre-pouvoirs
et la participation de la population passe par :
- l'existence
de multipartisme non limitatif ;
- l'existence d'une Commission Nationale Electorale Indépendante
(CENI), seul et unique
moyen garantissant des élections libres et honnêtes et
pouvant permettre la représentation
des partis politiques de l'opposition au parlement ;
- la décentralisation ;
- le droit de la société civile de jouer le rôle
primordial qui est le sien en s'organisant
librement en associations et organisations non gouvernementales (ONG)
;
- l'existence de médias libres (radios, journaux).
Si je peux me
permettre de donner à M. ISMAÏL OMAR GUELLEH quelques conseils
fraternels et désintéressés, je lui dirais ceci
:
- Cessez de vous
considérer comme une citadelle assiégée ; personne
n'en veut à votre
personne ;
- Les opposants ne sont pas vos ennemis ; ils sont simplement vos adversaires
politiques qui veulent jouir de leur droit inaliénable de s'exprimer
sur la conduite des affaires de leur pays ;
- Entourez-vous de vrais ministres c'est-à-dire des hommes politiques
emprunt de philosophie politique et porteur de projets de société.
Le système monolithique que vous semblez chérir ne peut
qu'engendrer des courtisans et des opportunistes de tout bord ;
- Ne ratez pas la chance historique que vous est offerte et qui vous
donne la possibilité inestimable de procéder à
la démocratisation de votre pays.
Avant de terminer
mon allocution, je voudrais dire quelques mots sur la situation de l'ODU
(Opposition Djiboutienne Unifiée) dont notre parti est membre
à part entière.
Cette organisation
existe depuis un an et quelques mois. Je pense que le temps est venu
pour elle de faire un bilan de ses activités. Selon moi, l'ODU
a remporté des succès dans certains domaines mais elle
a aussi enregistré des échecs dans d'autres. Le succès
de l'ODU a surtout été remarquable au plan international.
Elle a su obtenir le soutien et la sympathie des organisations internationales
des droits de l'homme. Son combat pour la justice et la démocratie
est largement reconnu au niveau international. Par contre, nous ne pouvons
pas cacher son échec au plan national. Dans ce domaine, l'ODU
n'a pas réussi à mobiliser le peuple comme il se devait.
Cet échec est d'autant plus inacceptable et incompréhensible
que l'ODU regroupe en son sein les sommités politiques du pays.
Pour que l'ODU
devienne plus offensive et plus efficace à l'intérieur
du pays il va falloir qu'elle change de stratégie. L'ODU, de
par sa structure, est une instance de coordination et non un parti politique.
Elle ne peut, par conséquent, mobiliser directement le peuple.
Pour mobiliser le peuple il faut avoir des militants et seules les structures
d'un parti politique peuvent répondre à cette attente.
Selon moi, plus l'ODU comptera de partis politiques plus son efficacité
sera accrue. A présent, seuls deux partis politiques dignes de
ce nom - le PND et le PRD - composent l'ODU.
L'ODU aurait
gagné en puissance si les éminentes personnalités
qui en sont membres à titre individuel créaient, chacune,
son propre parti. Le peuple apprécierait beaucoup de voir les
Moussa Ahmed, Guedi, Ali Meïdal, Moumin Bahdon, Ahmed Boulaleh
prendre la tête de vrais partis. Il y verrait une grande détermination.
Rien ne s'oppose
à ce que de nouveaux partis voient le jour puisque le régime
a battu en brèche la constitution du quatre septembre 1992 qui
limitait le nombre de partis à quatre. N'a-t-on pas vu la création,
par le régime, de deux nouveaux partis parallèlement aux
quatre partis initialement prévus par la constitution du quatre
septembre ? Ainsi le nombre de partis politiques existant présentement
dans le pays se monte à six.
En regroupant
un grand nombre de partis en son sein, il n'y a pas de doute que l'ODU
ratissera large. Telle doit être la nouvelle stratégie
de lutte de l'ODU.
Militantes, militants,
chers frères et surs, je vous remercie pour votre précieuse
attention.
ADEN ROBLEH AWALEH
Président du PND
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