LA LIBERTÉ N° 37

Journal indépendant de tous les Djiboutiens de l'opposition.


La résidence personnelle de M. Guelleh à Djibouti.

Toutes les informations
que le régime dictatorial
de M. Ismaël Omar GUELLEH
cherche à vous cacher...

SOMMAIRE N° 37 du 3 au 9 juin 2000
- MULTIPICATION DES APPELS
POUR LOCALISER LES ENFANTS MINEURS,
- 'LA LIBERTE' COMMENCE A DIFFUSER DES ARTICLES EXTRAITS DANS : 'LE RENOUVEAU'
- M. GUELLEH CONTINUE A CONFISQUER DES PASSEPORTS : après ceux de Me Mohamed AREF, Moumin BAHDON, du Général Ali Meidal WAIS, etc.. il confisque celui de M. Aden ROBLEH...
- AMIR ADAWEH est emprisonné maintenant à la Gendarmerie de DJIBOUTI !!!

05/06 DEMANDE D'INTERVENTION HUMANITAIRE
POUR AMIR ADAWE
que les autorités ETHIOPIENNES refusent de soigner ...
(Communiqué du PND)
06/05 : LE RENOUVEAU
DIFFUSION D'UNE SELECTION D'ARTICLES PARUS DEPUIS MARS 2000
06/05 : LA FRANCE se préoccupe du sort des enfants récemment libérés...
08/06 : Nouvelle violation des Droits de l'Homme. Après ceux de Me AREF, de M Moumin Bahdon, etc.. M. GUELLEH confisque le passeprot de M. Aden ROBLEH, Président du PND. Vengeance mesquine, provocation ou besoin de prouver qu'il lui reste encore certains pouvoirs ?
(Communiqué du PND)
 
   
   
   
Sommaire de 'LA LIBERTÉ'
Tous les numéros depuis le N° 0

COURRIER DES LECTEURS
Nous reprenons de façon anonyme en général (pour garantir la sécurité des auteurs)
le contenu intégral des lettres qui nous sont adressées.
Pour éviter toute polémique nous avons volontairement choisi de ne pas répondre aux critiques.

Nous publierons en revanche les messages des lecteurs qui souhaitent répondre.
L'ARDHD n'assume aucune responsabilité quant au contenu des messages de cette rubrique.
L'ARDHD rappelle qu'elle ne soutient aucune action politique, ni aucun parti
et qu'elle milite exclusivement en faveur de la Paix et des Droits de l'Homme.

 

Monsieur Schaal,

Le gouvernement aux abois de Guelleh fait diversion face a la grogne des fonctionnaires non payes depuis des lustres.Dans une entrevue publiee par le site de l"homme aux deux bourses (d'etudes,

Samatar Miguil pour ne pas le nommer) et gendre du ministre de son etat, le dictateur de Djibouti annonce tout simplement la presence de petrole, de diamants dans le sol djiboutien.

Rien de moins

En attendant ni salaires, ni electricite, ni bourses d"etudes (sauf pour les beaux freres)

M.A.

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08/06 : Les enfants de couples bi-nationaux nés à Djibouti,
n'ont pas les mêmes droits que les autres enfants ...

Merci M Schaal pour vos campagnes courageuses et couronnees de succes. Je vous propose si vous le permettez une nouvelle cause.

Si vous reussissiez a mettre en branle l'opinion mondiale comme dans le cas des enfants ethiopiens, alors je vous garantis que beaucouip de monde vous seront reconnaissants.

Voici de quoi il s'agit :

Bien que nes a Djibouti et y ayant vecu toute leur vie, les enfants des couples etrangers ou dont l'un des parents n'est pas de nationalite djiboutienne est traité comme un étranger.

Chaque annee des nouveaux bacheliers ayant vecu toute leur vie a Djibouti se voient dans l'impossibilite de se porter candidat a une bourse d'etudes simplement parce que sa mere est ethiopienne, somalienne.

Et ce, que bien qu'ils soient ne a Djibouti, qu'ils y aient vecu toute leur vie.

Eclairez ma lanterne M Schaal, des cas de personnes apatrides comme cela existe-il dans le monde.Y a t-il une discrimination de ce type dans le monde. Je croyais que les apatrides n'existaient pas dans le monde.

Pendant ce temps, des gens comme Samatar Miguil beneficient de deux bourses parce que leur soeurs sont mariees a des ministres.

Je vous rappelle que du temps de l'administartion coloniale, le droit du sol s'appliquait bien evidemment


Merci

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REVUE DE PRESSE ET NOUVELLES BRÈVES

06/05 APPEL URGENT de Association France-Erythrée

Le conflit frontalier qui oppose l'Erythrée et l'Éthiopie depuis deux ans a , au cours des deux dernières semaines, totalement changé de nature. C'est à une véritable invasion de l'Erythrée que nous assistons aujourd'hui.

Après avoir envahi le sud-ouest érythréen, occupé la capitale provinciale Barentu et les villages des plaines du Gash , l'armée éthiopienne a envahi cette semaine les hauts plateaux du sud erythréen sur plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur et
tente maintenant de progresser vers Asmara.

Elle pousse devant elle des centaines de milliers de civils qui fuient le retour, neuf ans après l'accession à l'indépendance de l'Erythrée, des troupes éthiopiennes. Après Tukumbia, Barentu et Agordat , ce sont maintenant Tsorona, Senafe et Adi Caieh et les
nombreux villages de ces régions que leurs habitants sont désormais
forcés d'abandonner.

Selon les autorités érythréennes, près d'un million de déplacés ont été ainsi jetés en deux semaines sur les routes, tandis que l'aviation éthiopienne continue de bombarder des objectifs civils, comme aujourd'hui encore la centrale électrique de Massawa.

Parmi ces déplacés, plus de 200 000 le sont pour la seconde fois.

Lors de l' éclatement du conflit frontalier en 1998 , ces villageois avaient été déplacés dans des camps, situés en arrière de la frontière internationale, pour échapper aux bombardements éthiopiens.

Ils sont aujourd'hui contraints à un second exode. Parmi ces déplacés, plusieurs dizaines de milliers d'érythréens ou d'éthiopiens d'origine érythréennes, victimes d' un "nettoyage ethnique" en Éthiopie. Raflés ces deux dernières années dans les rues d'Addis Abeba, brutalement déportés malgré les protestations platoniques de la communauté internationale, et littéralement jetés aux frontières par les autorités éthiopiennes, après qu'on leur ait volé tous leurs biens.

Plusieurs dizaines de milliers d'érythréens ont pu trouver refuge au Soudan ou se sont massés aux frontières du Soudan . La grande majorité marche à pied vers les régions érythréennes non occupées.

Leur détresse est immense, leur dénuement total. Ils n'ont rien, ni eau , ni vivres, ni abris.

Cette catastrophe humanitaire est immense . Elle requiert une action d'urgence .Qu'elle soit provoquée par les ambitions guerrières de l'Éthiopie, qui préfère dépenser des centaines de millions de dollars dans cette invasion meurtrière plutôt que de nourrir la
population de ses propres ethnies minoritaires dans le sud de l'Éthiopie - rend évidemment urgente une action politique décidée de la Communauté internationale pour arrêter les envahisseurs et défendre l'indépendance de l'Erythrée dans ses frontières internationalement reconnues.

Mais elle requiert également notre solidarité immédiate avec les populations déplacées. Elles ont besoin de nous . L'Association France - Érythrée lance un appel pressant à toutes les organisations humanitaires et associations de solidarité internationales pour qu'elles apportent d'urgence - Elle appelle les autorités
françaises à sortir de leur indifférence, à envoyer des cette semaine des vivres et du matériel sanitaire en Érythrée.

- Elle lance un appel angoissé à l'Union Européenne pour qu' elle mobilise ses moyens au profit d'un petit peuple courageux, victime d'une catastrophe qui dépasse hélas très largement , par son ampleur en vies humaines anéanties ou brisées, celles survenues ces dernières années au Koweit, au Kossovo ou en Bosnie. Alors que l'Union Européenne ( et ses États membres) participe pour des montants importants à aider les populations éthiopiennes victimes de la disette, la non assistance aux populations érythréennes en danger serait, pour la France et l'Europe, un crime impardonnable.
28 mai 1999


Association France-Erythrée
5 rue Pierre Baudry
92140 Clamart .
Tel. : 02 43 92 23 52/
01 40 46 06 69/
01 46 45 55 72
______________________________________________________________

Jean-Christophe Goux
e-mail: Jeangoux@yahoo.fr

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BRUITS ET RUMEURS

Faites attention si vous recevez un message envoyé par M Samatar MIGUIL : il peut contenir un virus caché dans un fichier NAE7F.MME. En effet, le 8/06, il a tenté, en vain, d'infecter nos systèmes informatiques. Nous conseillons donc à tous les lecteurs la plus grande vigilance face à ces pratiques qui relèvent de la piraterie.

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URGENT

03/06 TOUJOURS AUCUNE NOUVELLE DES ENFANTS MINEURS LIBERES APRES CINQ MOIS DE DETENTION A GABODE.

La semaine dernière nous avons appris la libération des 29 enfants mineurs qui avaient été incarcérés à Gabode pendant 5 mois. Ces enfants d'origine somalienne et éthiopienne s'étaient réfugiés à Djibouti pour fuir la guerre entre l'Ethiopie et l'Eruthrée. Ils n'ont pas été pris en charge par les autorités djiboutiennes qui les ont laissé à l'abandon dans les rues de Djibouti.

En majorité, ces garçon sont âgés de 10 à 15 ans (on compte 3 jeunes de 18 ans parmi eux). Tout laisse penser que nombre d'entre eux sont des orphelins.

Incarcérés à 10 ans pour avoir 'Sniffé de la Colle' !

La dictature a décidé de les condamner fin 1999, pour avoir "Sniffé de la colle" et d'autres broutilles ... Ils ont été jugés illégalement, sans même l'assistance d'un avocat et ils ont été condamnés à 6 mois de prison ferme, sur réquisition du Procureur Général Ali Mohamed ABDOU, avec la Bénédiction du Ministre de la Justice : Ibrahim Idriss DJIBRIL.

Ne disposant pas d'un centre spécialisé pour les accueillir le directeur de la Prison de Gabode les a 'installé' dans le quartier des adultes où ils ont subi les pires sévices, y compris des sévices sexuels.

Ces enfants ont été libérés le 24 ou le 25 mai, à la suite d'un importante mobilisation internationale déclenchée par LA LIBERTE à la suite des propos de M Kadamy sur leur situation carcérale dramatique.

Une indispensable prise en charge matérielle et psychologique

Mais ils ont été conduits vers une destination inconnue (hors la frontière de Djibouti ??). Ces enfants ont besoin d'un soutien matériel et psychologique évident et nous avions proposé qu'ils soient pris en charge par une ONG. Pour éviter un scandale, le Gouvernement djiboutien, qui méprise la vie et les citoyens, a préféré les abandonner nul ne sait où....

Nous ne pouvons pas tolérer cela et nous lançons un appel pour qu'ils soient retrouvés dans les meilleurs délais et pris en charge par des professionnels. Plusieurs Associations, dont l'Organisation Mondiale contre la Torture ont déjà relayé cet appel et des hommes politiques français se joignent à notre intervention.

MERCI DE VOTRE AIDE POUR LES LOCALISER

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05/06 COMMUNIQUE DU PARTI NATIONAL DEMOCRATIQUE (P.N.D.)
-République de Djibouti-

Paris le 4 Juin 2000,

 

DEMANDE D'INTERVENTION HUMANITAIRE
POUR AMIR ADAWE
que les autorités ETHIOPIENNES refusent de soigner ...

Suite au précedent Communiqué du 1er Juin 2000, nous faisons un APPEL URGENT et international concernant le Journaliste AMIR ADAWE: Son état de santé est grave et nécéssite l'intervention de services médicaux adaptés.

Rappel : M.AMIR avait recu, pendant son incarcération dans un trou à HARRARE (Ethiopie), une balle dans une jambe par la police ethiopienne.

Le service médical de l'Hopital de Police voulait le transferer dans un hopital mieux équipé d'ADDIS ABEBA(Ethiopie) pour une opération de la jambe. Malheureusement les autorités éthiopiennes ont refusé ce transfert, sans donner aucune raison.

Nous demandons une intervention urgente et humanitaire pour que M. AMIR ADAWE soit soigné le plus rapidement possible, afin que sa jambe et sa vie soient sauvés.

Nous demandons l'aide de toutes les associations, états et gouvernements.

Je vous remercie de votre soutien à cet appel au secours et vous demande de me contacter rapidement.


SAIDA BARREH FOURREH

Représentante du Parti National Démocratique en France et en Europe - Paris

Telephone: + 33 (0)1 56 08 12 48
Courriel: flc1@club-internet.fr

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LE RENOUVEAU
Organe du PRD - Parti pour le Renouveau Démocratique -

A compter du Numéro 37, LA LIBERTE diffusera les articles parus
dans LE RENOUVEAU.
La sélection, cette semaine, a été effectuée par
son Directeur Daher Ahmed FARAH,
à partir des numéros publiés depuis le 15 mars 2000.

Cela explique l'importance exceptionnelle de la rubrique.....

Ensuite, LA LIBERTE publiera chaque semaine
les nouveaux articles qui lui seront adressés par 'LE RENOUVEAU'.

A noter que l'ARDHD diffusera, dans les mêmes conditions,
tous les articles et tous les communiqués
qui lui sont envoyés par les organisations et/ou les personnalités
se réclamant de la Défense des Droits de l'Homme et/ou de l'Opposition à Djibouti.
(Voir conditions techniques)

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N° 351 DU MERCREDI 15 MARS 2000

- DE RETOUR, LE RENOUVEAU VOUS SOUHAITE BONNE FÊTE.
- Opposition Armée-Gouvernement : Un Accord inscrit dans l'ordre des choses.
- AFFAIRE ABDOULFATAH MOUSSA AHMED : A travers le fils, atteindre le père.
N° 355 du Jeudi 13 Avril 2000


- LE PRESIDENT DINI AU NORD DU PAYS
- ABDOULFATAH MOUSSA AHMED LIBERE
- LES DIX PRISONNIERS DU FRUD DU SUD LIBERES
- Une mise à la retraite sélective
N° 358 du Jeudi 4 Mai 2000
-
NOUS L'AVONS ECHAPPE BELLE

- MONSIEUR GUELLEH OUVRE " SA " CONFERENCE SOMALIENNE A ARTA
- UN 1er MAI VOLE
- LA JOURNEE MONDIALE DE LA LIBERTE DE PRESSE
- APPEL A VOUS QUI AIMEZ LA LIBERTE D'EXPRESSION
- LES AGENTS OBOCKOIS DE L'ETAT ATTENDENT ENCORE
N° 352 DU JEUDI 23 MARS 2000
- retour au PAYS DU président DU FRUD AHMED Dini AHMED A LA TETE D'UNE FORTE DELEGATION
N° 356 du Jeudi 20 Avril 2000
- djibouti-SOMALILAND :Le pouvoir djiboutien Tel qu'en lui-même

- SOMALIE : LA CRISE COMPLEXE,CREDIBILITE ET CLAIRVOYANCE
-
Les élèves de 3ème en grève
- Les suppléants subissent des retenues de solde
- L
es agents Obockois de l'Etat se plaignent
-
Les média gouvernementaux égaux à eux-mêmes
- Ce pédophile expatrié qui sévissait sous nos cieux.

- Soutien à l'opposant guinéen Alpha Condé

- Soutien au peuple tchetchène
N° 359 du Jeudi 18 Mai 2000
- LETTRE OUVERTE AUX SOMALIENS
par Daher Ahmed Farah

- LA QUESTION VITALE DE L'EAU
par N. S
- Comment se présente-t-elle la problématique de l'eau à Djibouti-ville ?
- LA POPULATION DU PK 12 SE PLAINT

- LE PORT PASSE AUX MAINS DU PRIVE

- DDP CONTRE ETS SOUGUEH

- DAALO AIRLINES INTERDITE DE VOL
-
PLACE HARBI DEVENUE UNE DECHARGE A CIEL OUVERT
- DE FAUX BILLETS A DJIBOUTI

- L'UNION EUROPEENNE FETE SES 50 ANS
N° 353 DU DIMANCHE 02 AVRIL 2000
- LE PEUPLE DJIBOUTIEN RESERVE UN ACCUEIL CHALEUREUX ET MASSIF AU PRESIDENT DINI
- ZOOM SUR L'ADMINISTRATION DJIBOUTIENNE A TRAVERS LE SORT RESERVE AU PERSONNEL DE L'ONAC
N° 357 du Jeudi 27 Avril 2000
- CES EAUX DE LA MORT

- LES BOULANGERIES FRAPPEES PAR LA CRISE

- LA PEUR HANTE LES QUARTIERS 1 ET 2
N° 360 du Jeudi 25 Mai 2000
- ISMAEL OMAR GUELLEH
: " L'Etat, c'est moi !
- "
LE PRIX DU CARBURANT MONTE
- DEBUT DE PANIQUE SUR LA VILLE
- LA SOMALIE
- REPRISE DE LA GUERRE ETHIO-ERYTHREENNE
- LE YEMEN FETE LE DIXIEME ANNIVERSAIRE DE SA REUNIFICATION
- LA QUESTION VITALE DE L'EAU par N. S (suite et fin)
- ISRAEL SE RETIRE DU SUD-LIBAN
N° 354 DU DIMANCHE 09 AVRIL - 2000
- Si le ridicule tuait...
- LA CONTREBANDE S'AMPLIFIE A NOS FRONTIERES
- SOMMET AFRIQUE-EUROPE: LA DEMOCRATIE ET LES DROITS DE L'HOMME AU CŒUR DES TRAVAUX
- L'eau potable inégalement repartie
   

LE RENOUVEAU

N° 351 DU MERCREDI 15 MARS 2000


EDITORIAL


DE RETOUR, LE RENOUVEAU VOUS SOUHAITE BONNE FÊTE


Ca y est, le Renouveau, votre fidèle hebdomadaire, qui depuis sa création au début d'octobre 1992 (sa première édition date du 7 octobre 1992 ) a été toujours présent au rendez-vous du jeudi matin avec ses aimables lecteurs et lectrices que vous êtes, votre journal préféré donc vous revient. Il sort de longs mois de silence forcé, suspendu d'abord pour douze mois puis pour six mois par la justice du régime en place dans ce pays.

Souvenez-vous, c'était le 28 août, par une après-midi caniculaire, le directeur de publication du Renouveau et président du Parti Renouveau Démocratique (PRD), Monsieur Daher Ahmed Farah, était arrêté par la gendarmerie, placé en garde à vue dans les locaux poussiéreux et pesants de chaleur de la fameuse Section de Recherches et de Documentation (SRD). En même temps que le Général à la retraite Ali Mehidal Waiss, co-directeur de publication du mensuel le Temps. Dès le lendemain, il s'entendait signifier le tarif : 12 mois d'emprisonnement ferme, un million de nos francs d'amende pour DAF et 12 mois de suspension pour le Renouveau. Ali Mehidal Waiss, lui, écope de huit mois d'emprisonnement ferme, un million de nos francs d'amende et huit mois de suspension du mensuel le Temps.

Mêmes chefs d'accusation contre les deux directeurs de publication et les deux publications : diffusion de fausses nouvelles et atteinte au moral des forces armées. Directement en cause : des articles parus dans les dernières éditions des deux journaux qui rendaient compte des derniers combats au nord entre le Front pour la Restauration de l'Unité et de la Démocratie (FRUD) dirigé par le président Ahmed Dini Ahmed et les troupes gouvernementales. Ils évoquaient surtout la destruction d'un hélicoptère militaire et la mort de ses équipage et passagers, publiant la version du FRUD qui affirmait avoir abattu l'appareil et celle du gouvernement qui concluait à l'accident technique avant même les résultats de l'enquête par lui diligentée.

Le jugement rendu par la chambre correctionnelle du tribunal de première instance restera comme un chef d'œuvre du genre dans les annales judiciaires. Il condamnera sans convaincre. Il mordra en mugissant, sans motiver le moins du monde. Un coup de maître, comme on l'aime bien dans les venelles enkhatées du pouvoir .

Le très fort Maître Djammen Nzepa du barreau de Toulouse (il est d'origine camerounaise) , venu défendre le Renouveau et le Temps au titre d'Avocats Sans Frontières, ne se privera point , en audience d'appel, de dire sa stupeur. Au cours de sa brillante plaidoirie, il démontrera qu'aucun des deux chefs d'accusation n'est établi du point de vue du droit et demandera la relaxe. Il ne sera pas pour autant suivi : le silence forcé du Renouveau et du Temps ne sera écourté que de quelques mois pour se fixer à six mois. Triste jour pour le droit et la liberté. Autres cieux, autres pratiques.

Au terme de trois mois et demi de triste détention dans la sinistre prison de Gabode, les directeurs de publication du Renouveau et du Temps " bénéficieront " d'une remise de peines et recouvreront la liberté. Pas les journaux, qui eux savoureront jusqu'à la dernière seconde le séjour au sanctuaire du silence forcé si apprécié d'un système suceur qui n'a rien à envier à la plus avide des sangsues.

Vous l'avez deviné, le régime, sous des prétextes éloquemment grossiers, cherchait seulement à museler, à bâillonner la presse d'opposition. Il n'aime point la plume, surtout si elle est libre. Pas plus qu'il n'apprécie la cloche qui ne s'avise pas d'émettre le bon son. A l'aune de ses standards, s'entend. Hors du culte du prince, point de salut.

Aura-t-il la réussi ? Rien n'est moins sûr. Car, d'abord, la période de silence aura brui de mille sons, grâce notamment à Internet dont la magie aura enfanté notre confrère le bien nommé Liberté. Un empêcheur que cet Internet ! Qui trouble tant nos tyranneaux, et fait enrager nos roitelets. C'est, transposé dans l'ordre de la liberté d'expression, l 'arme nucléaire qui brutalement relègue dans la nuit des temps l'arsenal conventionnel des tyranneaux de tout poil.

En outre, le Renouveau ne se laisse pas impressionner par les agissements moyenâgeux du régime. Il reprend le flambeau de la lutte et vous promet de faire honneur à votre confiance. Dans la mesure de ses maigres moyens et au rythme de sa pastorale persévérance.

De nouveau, bonne fête de l'Aïd-El-Adha donc, et bienvenus à bord...


POLITIQUE


Opposition Armée-Gouvernement :

Un Accord inscrit dans l'ordre des choses


Un accord de paix est intervenu entre le Front pour Restauration de l'Unité et de la Démocratie (FRUD) dirigé par le président Ahmed Dini Ahmed et le gouvernement de Monsieur Ismaël Omar Guelleh. C'était le 7 février dernier que le texte de cet "accord cadre de reforme et de concorde civile " était signé entre les deux parties à Paris en France.

Cet accord, qui a peut-être surpris tous ceux et toutes celles que la rhétorique moyenâgeuse du régime avait habitués à des prises de position radicales au sujet de la guerre civile au nord et au sud ouest du pays, où le pouvoir claironnait avoir rétabli la paix depuis les accords d'Ab'a du 26 décembre 1994, cet accord donc ne pouvait aucunement étonner l'observeur averti de la situation nationale. Il s'inscrit en réalité dans l'ordre des choses.

La situation de notre pays, n'en déplaise aux thuriféraires du régime et autres courtisans de bas étage, ne fait qu'empirer à tous points de vue. Politiquement, avec la logique du tout verrouillage et du tout répressif qui a trouvé ses limites. L'on ne peut en effet continuer, sans dommages majeurs, à bâillonner indéfiniment tout un peuple, entretenir la discorde nationale et cultiver le langage des armes au détriment du nécessaire dialogue. A la guerre civile, le régime a opposé quelques arrangements avec une faction alimentaire du FRUD, ce qui a donné lieu aux prétendus accords d'Ab'a ; il a éliminé les partis politiques d'opposition (Parti du Renouveau Démocratique et Parti National Démocratique) et a fait de même avec les syndicats de base et les deux centrales syndicales (l'Union Démocratique du travail et l'Union Générale des Travailleurs Djiboutiens), il a mis au pas la justice et les avocats, éliminé les défenseurs des droits de l'homme ; il a pratiqué à outrance l'emprisonnement et l'arbitraire, réprimé dans le sang (pas plus tard qu'au mois dernier un jeune homme tombait sous les balles des sbires du régime à Ali-Sabieh )... Economiquement, sa mal-gestion n'a abouti qu'à aggraver la situation. Les finances publiques asséchées pas la prédation, condamnent à la faillite des pans entiers de l'économie. Les entreprises travaillant pour l'administration disparaissent ; les salariés de l'Etat, de loin les plus nombreux, deviennent insolvables du fait des retards de solde atteignant les sept mois ; les investisseurs sont découragés par l'incertitude politique et le non-droit. Le paysage économique du pays s'en trouve défiguré. Quant à la situation sociale, elle se présente sous le signe éloquent de la misère : dans un pays qui vit du salariat et où l'Etat est le premier employeur et le premier agent économique, cela n'est d'ailleurs guère étonnant. Les relations extérieures, enfin, ne sont guère mieux loties: la fuite en avant exaspère les voisins et chaque jour qu'Allah fait apporte son pesant de doute quant à ce que le fils de Omar Guelleh appelle son plan de paix pour la Somalie.

Vous le constatez, le pouvoir autocratique aura tout essayé, tout expérimenté, pour durer et perdurer. Sans parvenir à ses fins Il ne pouvait d'ailleurs en être autrement à l'ère de l'Internet et du village planétaire où aucun pays ne peut vivre en marge du monde : la résistance nationale est grande, portée par la détermination populaire et le soutien international qu'elle suscite.

Les atteintes aux droits de l'homme, le lourd déficit démocratique, la mal-gestion des deniers publics et la mal gouvernance, une guerre civile aux lourdes conséquences qu'entretient l'intransigeance d'un pouvoir qui rejette le dialogue, tout a été désigné du doigt, péremptoirement dénoncé, preuves à l'appui. Condamnations et mises en garde se sont mises à pleuvoir. Le plan d'ajustement structurel s'est violemment heurté à la logique alimentariste qui préside au système gouvernemental. A L'ère où se traquent anciens dictateurs et autres tyrans en place, du " Pinochisme " décrié et d'affaires en tout genre, l'avenir se parait de sombres habits.

La politique de la facilité et du pouvoir confisqué s'est révélée sans issue. L'impasse s'installait.

Il fallait se rendre à l'évidence : le mode de gouvernement anachronique en cours depuis l'Indépendance avait vécu.

Il fallait donc réagir, cesser de faire les choses à contre-courant. Il fallait se résoudre au dialogue. D'où cet " accord-cadre " qui, comme son nom l'indique, se contente de jeter les bases du nécessaire dialogue national sans lequel, le régime le sait maintenant assez, il ne peut y avoir de salut. D'où également la reprise des relations rompues par le gouvernement djiboutien avec l'Erythrée, car là aussi la logique de la tension avait échoué qui devait faire place à l'apaisement...

Cet accord résulte donc de l'évolution des choses qui fait que le régime s'est affaibli et l'opposition renforcée par son unité et sa combativité.

Pour notre part, nous prenons bonne note de cette évolution, saluons l'accord de Paris, sans pour autant nous départir de notre vigilance...


JUSTICE

AFFAIRE ABDOULFATAH MOUSSA AHMED :

A travers le fils, atteindre le père.

Après neuf mois de détention préventive (il a été arrêté le 21 juin 1999 et la durée légale maximale de dépôt est de quatre mois en l'espèce) sous le chef d'accusation fallacieux de détournements de fonds, après maintes demandes de mise en liberté restées lettres mortes, après deux ou trois auditions seulement par le juge d'instruction, Monsieur Abdoulfatah Moussa Ahmed, fils aîné de Moussa Ahmed Idriss, a été condamné le 6 mars 2000 par la chambre correctionnelle du tribunal de première instance à trois ans d'emprisonnement ferme et à une somme de vingt trois millions de nos francs à payer à l'Etat de Djibouti.

Il lui était accusé d'avoir, dans la gestion du projet d'habitat social dit Barwaqo de Balbala ( 1000 parcelles de terrain à bâtir),gestion à laquelle il a été associé en sa qualité de chef de service des Domaines, détourné la somme de trente sept millions cinq cent trente sept mille deux cent quarante huit francs (37 537 248FD). Or, il parvenait sans peine, en grande partie dès sa garde à vue, à justifier ces fonds, preuves à l'appui. En clair, il démontrait qu' en ce qui le concerne ces deniers publics avaient servi, non à des fins personnelles comme il le lui était reproché, mais bien à la réalisation du projet. Il devenait donc rapidement clair qu'il n'y avait pas eu de détournements de fonds dans cette affaire.

Fort de cette évidence, son avocat, Maître Alain Martinet du barreau de Djibouti, adressait le 28 novembre 1999 une lettre démonstrative au juge d'instruction en charge du dossier, Madame Leila. Lettre que nous publions en fin de journal pour l'information de nos lectrices et lecteurs. Nous faisons de même, et dans le même souci, pour une note d'information de Monsieur Abdoulfatah Moussa Ahmed lui même ainsi que pour le communiqué de presse que l'Opposition Djiboutienne l'Unifiée (ODU) a publié après le verdict du 6 mars dernier.

Il va de soi, pour qui s'intéresse un tant soit peu à cette affaire, qu'au delà de ce prétexte au demeurant mal choisi puisqu'il ne tient pas, d'autres considérations sous-tendent l'acharnement du pouvoir contre ce jeune fonctionnaire diplômé en économie de l'université de Grenoble et inspecteur du trésor formé en France. A travers sa personne, c'est, lâchons-le, son père que le régime vise. Un père coupable d'être une figure indépendantiste et, surtout, de sa candidature à l'élection présidentielle du 9 avril 1999 dernier où toute l'opposition (armée comme civile) l'a soutenu. Un père coupable d'avoir remporté haut la main cette élection (qu'il ait été spolié de sa victoire n'enlève rien à son mérite) et de présider l'Opposition Djiboutienne Unifiée (ODU). Ce forum très populaire qui regroupe partis (PRD, PND), mouvements (FUOD, GDR) et personnalités politiques, donne des sueurs froides à un régime en mal de légitimité.

Telle est la vérité dans ce procès.

Mais que le pouvoir autocratique en place le sache :ses manoeuvres de pression à l'encontre du président de l'ODU et de sa famille sont vouées à l'échec. Comme elles le sont à l'encontre des autres leaders de l'opposition. Car, comme toujours, à l'agitation paniquée du fauve, nous opposons la force de nos convictions.

Le PRD condamne donc ce verdict politicard et exige la libération immédiate et sans condition de Monsieur Abdoulfatah Moussa Ahmed Idriss et de tous les autres prisonniers politiques encore détenus à la sinistre prison de Gabode.


Le président du parti, Monsieur Daher Ahmed Farah, et le Bureau National souhaitent une bonne fête de l'Aïd-El-Adha aux militants et sympathisants du PRD et de l'opposition ainsi qu'à l'ensemble des Djiboutiens et Djiboutiennes et des membres et de la communauté musulmane étrangère résidant à Djibouti.

Puisse la prochaine Aïd-El-Adha nous trouver en paix et réconciliés. Amin.

------------------------------------------------- Sommaire 'Le Renouveau' ----------------------

 

LE RENOUVEAU

N° 352 DU JEUDI 23 MARS 2000

POLITIQUE


retour au PAYS DU président DU FRUD AHMED Dini AHMED A LA TETE D'UNE FORTE DELEGATION

ui, chose encore impensable voilà quelques mois, le président du FRUD Ahmed Dini Ahmed rentre au pays mardi prochain 28 mars 2000 dans la matinée, après une longue absence de neuf ans pour cause de résistance armée au régime en place et à son système de verrouillage musclé de la vie publique et de confiscation de l'Etat. Ce retour, très attendu par l'ensemble de la famille de l'opposition djiboutienne comme par le peuple qui, ce n'est un secret pour personne, se reconnaît massivement en elle, s'inscrit dans le cadre de " l'accord-cadre de Reforme et de Concorde civile " signé le 7 février 2000 dernier à Paris entre le Front pour la Restauration de l'Unité et de la Démocratie (FRUD) et le gouvernement de Monsieur Ismaël Omar Guelleh. Accord dont nous avons publié le texte dans notre dernière édition et qui, comme son nom l'indique, fixe le cadre du nécessaire règlement politique de la situation nationale, de manière à rétablir la paix civile et la concorde nationale dans le renouveau démocratique. Accord aussi, faut-il le rappeler, que le PRD, tout comme l'Opposition Djiboutienne Unifiée (ODU) dont il est membre, a salué comme une heureuse initiative.

Le président Ahmed Dini Ahmed rentre donc à la tête d'une forte délégation composée de hauts dirigeants du FRUD dont notamment le vice-président du mouvement d'opposition armée, Chehem Daoud Chehem.

Il va de soi que ces fils du pays seront accueillis comme il se doit par leurs compatriotes qui communient dans le même désir ardent de changement. Changement de mode de gestion des affaires publiques mais aussi de la manière de penser la chose publique. Car c'est la perception qu'ont les acteurs publics de la chose publique qui sous-tend leur action publique.

Le Parti du Renouveau Démocratique (PRD), son président, Monsieur Daher Ahmed Farah, son Bureau National ainsi que ses militants et sympathisants et son journal le Renouveau souhaitent donc la bienvenue au président Ahmed Dini Ahmed et à sa délégation. Le PRD invite ses militants et sympathisants à se mobiliser pour réserver aux dirigeants du FRUD l'accueil populaire, chaleureux et massif qu'ils méritent.

Il en est de même pour l'Opposition Djiboutienne Unifiée (ODU) qui, par la voix de son président Monsieur Moussa Ahmed Idriss et son Haut Conseil National, adresse son souhait de bienvenue au président Ahmed Dini Ahmed et à sa délégation, qu'elle entend accueillir comme il se doit.

Lire ci-après le texte du communiqué de l'ODU :

" Le Haut Conseil National de l'ODU souhaite bon retour au pays au président du FRUD Ahmed Dini Ahmed et à la forte délégation qui l'accompagne dont l'arrivée est prévue pour le mardi 28 mars 2000 dans la matinée. Retour qui s'inscrit dans le cadre de l'accord signé le 7 février dernier entre le FRUD et le gouvernement et que l'ODU a salué comme une initiative heureuse.

Le Haut Conseil invite ses militants et sympathisants et appelle l'ensemble du peuple djiboutien à réserver un accueil chaleureux et massif au président Ahmed Dini Ahmed et à sa délégation ".

Profitons, pour finir cet article, de l'occasion pour rappeler que, contrairement à une certaine rumeur, le FRUD était bien présent au Sud du pays où il a mené des opérations contre les troupes du gouvernement. Le président du FRUD a d'ailleurs toujours revendiqué les actions du FRUD comme en temoigne le communiqué que nous publions en fin de journal. De même, les 11 prisonniers du FRUD encore détenus à Gabode, capturés en 1998 au Sud du pays, appartiennent bien au FRUD commandement Sud.

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LE RENOUVEAU

N° 353 DU DIMANCHE 02 AVRIL 2000


POLITIQUE


LE PEUPLE DJIBOUTIEN RESERVE UN ACCUEIL CHALEUREUX ET MASSIF AU PRESIDENT DINI

Début février 2000. La situation nationale est à tous égards préoccupante. La guerre civile se révèle bien difficile à éradiquer : les combattants du FRUD malmènent les troupes gouvernementales auxquelles ils infligent régulièrement pertes humaines et dégâts matériels.

Le pays est politiquement verrouillé comme au plus fort de la guerre froide : les droits de l'Homme, les libertés publiques et les règles démocratiques sont foulés au pied, l'opposition civile (regroupée au sein de l'Opposition Djiboutienne Unifiée : ODU) muselée et systématiquement réprimée à coups d'exactions et d'emprisonnements. Ce qui n'empêche d'ailleurs pas cette opposition d'être au fait de sa popularité.

L'économie djiboutienne se trouve aux prises avec une crise qui n'en finit point dont les racines résident dans la mal-gestion des affaires publiques et la défiance que manifestent les investisseurs crédibles face à un environnement national d'incertitude politique et de non-droit. Les graves difficultés financières de l'Etat, dont l'impact sur la vie économique nationale est à la mesure de son poids de premier agent économique et de plus gros employeur du pays, affectent des pans entiers de l'activité économique sous nos cieux. L'Etat insolvable ne contamine pas que ses agents, envers lesquels il accumule les arriérés de solde, mais aussi ses fournisseurs locaux et autres entrepreneurs travaillant pour le compte de l'administration. Le circuit économique propage les difficultés étatiques et les amplifie même par son effet multiplicateur. Le paysage économique s'en trouve singulièrement atrophié.

Or, les conséquences sociales d'un tel mal économique ne peuvent qu'être lourdes. Aux agents de l'Etat en situation de survie difficile du fait d'une solde à la fois drastiquement diminuée et en retard chronique de plusieurs mois (sept mois actuellement), s'ajoutent des cohortes de nouveaux chômeurs et autres entrepreneurs en faillite. Ce qui est des plus graves dans un pays où le chômage sévit à l'état endémique et où la solidarité (chaque salaire fait vivre du monde) n'est pas un vain mot.

En ce début du mois de février 2000, le pays vit donc une situation peu réjouissante. Une situation si préoccupante que le régime, ainsi pris au piège de sa propre logique fossoyeuse, s'attire la réprobation générale au niveau international. Les signaux rouges s'allument en effet dans tous les domaines : violations des droits de l'Homme, absence de démocratie, prisons emplies de détenus d'opinion, opacité de la gestion des deniers publics, tensions aux frontières, un plan de paix controversé pour la Somalie (lire notre article sur le sujet dans notre dernière édition)... bref la confiscation de l'Etat est clairement dénoncée et condamnée comme telle par la plupart de nos partenaires au développement. Tous expriment leur indignation à l'égard d'un régime dont l'anachronisme, à l'ère du village planétaire, d'Internet et d'une opinion publique mondiale sans cesse plus vigilante, ne peut que heurter les consciences. D'autant que le système sécrété par le régime djiboutien produit ses effets jusqu'à l'extérieur des frontières nationales où il ajoute à l'instabilité régionale.

Voilà, brossé à grands traits, dans quel contexte national survient l'accord-cadre du 7 février 2000 (salué par l'ODU comme une heureuse initiative) signé à Paris entre le gouvernement en place et le Front pour la Restauration de l'Unité et de la Démocratie (FRUD) dirigé par Ahmed Dini Ahmed, grande figure indépendantiste et ancien Premier Ministre de la République. Un homme d'Etat qui a une haute idée de la politique.

Surprise au pays où le commun des mortels n'a enregistré que durcissement dans le discours comme dans l'action du régime depuis que Monsieur Ismaël Omar Guelleh a succédé à Monsieur Hassan Gouled Aptidon. Soulagement surtout tant il est vrai que les Djiboutiens et Djiboutiennes sont plus que las de la guerre civile et des difficultés généralisées. Une lueur d'espoir s'allume à l'horizon, pense-t-on, avec cet accord-cadre qui correspond dans ses grandes lignes aux aspirations populaires. Cessation des hostilités, libération des prisonniers politiques, réhabilitations-indemnisations des victimes, réformes, démocratiques, décentralisation, création d'une cour de compte, sont autant de points majeurs pour le règlement de la situation de crise que traverse le pays. D'où également l'enthousiasme national qui se manifeste à l'annonce du retour du président Ahmed Dini Ahmed au pays.

A l'appel de l'ODU, dont le FRUD fait d'ailleurs partie à travers le FUOD, la capitale est donc en effervescence les jours précédant le retour, finalement fixé au mercredi 29 mars 2000, du président Ahmed Dini Ahmed. Les Djiboutiens se mobilisent sur l'ensemble du territoire national et convergent vers la capitale où les habitants vibrent à l'idée de pouvoir enfin s'exprimer sans avoir à subir, pensent-ils, les réflexes répressifs des forces de l'ordre. Mobilisation que le régime, l'on s'en doute, ne voit guère d'un bon œil. La perspective d'une expression nationale massive fait monter en lui l'adrénaline. Laisser déferler une marrée humaine sur les grandes artères de la capitale, laisser le peuple manifester dans la rue son ardent désir de changement, laisser accueillir aussi massivement que chaleureusement le leader de l'opposition armée (par ailleurs fort de l'unité de l'opposition), voilà qui ne peut que hérisser les poils chez les tenants du pouvoir autocratique.

La machine de propagande se met alors en branle. Tandis que la Radio Télévision de Djibouti (RTD), si prompte à chanter les vertus de la paix (pourvu qu'elle relève de la mise en scène) brille par son silence assourdissant, les agents de propagande distillent les mises en garde. " Le président Dini sera accueilli par le seul RPP, parti au pouvoir ", " L'on ne vous laissera pas sortir mercredi pour accueillir Dini", " Les forces de l'ordre sont en état d'alerte pour vous barrer le chemin "... les petites phrases intimidantes abondent. Elles vont crescendo à mesure que le retour tant attendu approche. De sorte que, joignant les actes aux paroles, le régime place ses forces de répression en état d'alerte dès mardi soir. " Nous avons ordre d'agir demain ", s'empresse de prévenir tel officier manieur de matraque, voyant les opposants parachever sereinement les préparatifs d'accueil.

Mais les opposants n'en ont cure. Ils ne se soucient pas outre mesure de l'attitude du régime. Ils sont sûrs de leur bon droit et foncent. Après tout, ils connaissent bien les agissements moyenâgeux du pouvoir pour les avoir subis tant et tant de fois.

C'est ainsi que, dès les premières lueurs du jour, les Djiboutiens jaillissent en masse de leurs habitations pour se jeter sur les axes menant à l'itinéraire routier emprunté par le président du FRUD et sa délégation : Route de l'Aéroport - Boulevard de Gaulle- Boulevard de la République- Avenue Maréchal Luyautey. Une véritable marée humaine se met en marche, slogans tout de maturité politique à la bouche et sur les banderoles : " Bienvenue au président Dini, un grand homme d'Etat " ; " Dini, l'homme de la paix et de l'unité, tu portes l'espoir de tout un peuple ", " Nous attendons des réformes démocratiques " ; " Sans paix civile, point de concorde ni développement " ; " Pour un Etat de droit et une société juste et fraternelle, démocratique et prospère ", etc. C'est toute la capitale qui s'anime d'un mouvement dont la majesté ramène l'auteur de ces lignes en arrière, en ces années 1975 et 1976 où, alors jeune homme, il ne manquait aucune manifestation pour une Indépendance qu'il ne pouvait se représenter autrement que porteuse de lendemains radieux. Un grand jour que ce mercredi.

Panique du côté du pouvoir. La propagande intimidante, en action à longueur de semaines et de jours, n'a pas produit ses effets. La dissuasion puérilement escomptée ne s'est pas réalisée. Que faire ? L'imagination étant ce qu'elle est en ces venelles poussiéreuses du pouvoir, l'on s'en remet à l'appareil répressif. Les forces de l'ordre entrent alors en action. " Chassez le naturel, il revient au galop ", n'est-ce pas ce que dit joliment le proverbe ?

Les voies de communication empruntées par la masse d'accueillants sont alors fermées. Le siège du PRD à l'Avenue Nasser, un des hauts lieux de la résistance civile, d'où le président Daher Ahmed Farah (DAF) n'a cessé de mobiliser pour l'accueil populaire, est assiégé, les accès des domiciles des président du FUOD Mahdi Ibrahim A. God et de l'ODU, Moussa Ahmed Idriss, interdits.

Déterminée, la marée populaire parvient quand même à ruser et passe à travers les mailles du filet gendarmo-policier. Se retrouvant massivement sur le lieu de rendez-vous. L'entrée de l'aéroport est noire de monde et la Route de l'Aéroport s'emplit progressivement en dépit de l'hostilité policière. Les accueillants vont jusqu'à feinter les forces de l'ordre en se transportant massivement sur la route de la Siesta aux lieu et place des Boulevards de Gaulle et de la République jugés par trop exposés aux coups de matraque et autres grenades lacrymogènes des détachements gendarmo-policiers. La jonction se fait ainsi avec les accueillants de l'Avenue Luyautey.

La mobilisation populaire est telle que gendarmes et policiers prennent à partie les accueillants à l'entrée de l'aéroport, les dispersant à coups de grenades lacrymogènes. Une ménagère du coin, au retour du marché, se retrouve à terre, son panier volatilisé, des mères de familles blessées dont les mères du président DAF, Amina Iyeh Doubad, et de Mohamed Houssein Ali, membre de la délégation du président Dini. Plusieurs accueillants sont interpellés par les gendarmes commandés par le jeune chef d'escadron Zakaria (récemment promu) dont l'ascension donne la mesure de sa fidélité au pouvoir. Ils ne seront relâchés que plusieurs heures plus tard pour certains, le lendemain pour d'autres.

Il n'empêche que les rangs des accueillants se reforment aussitôt, preuve de leur pugnacité. Si bien que le président Ahmed Dini Ahmed, que le Haut Conseil de l'ODU n'a pu accueillir à sa descente d'avion pour cause d'interdiction à l'aéroport, peut aisément noter la très grande mobilisation populaire et la chaleur de l'accueil réservé par un peuple assoiffé de paix, de concorde et de renouveau démocratique. Il salue de sa voiture cette marée humaine massée jusqu'à son domicile de la Siesta. Qui est littéralement inondé par une foule en liesse. A l'intérieur de sa demeure, il prend juste le temps de saluer membres de sa famille, du Haut Conseil de l'ODU et autres amis djiboutiens. Car il est très attendu dehors où a été installée une estrade. Il ressort et prend alors la parole pour remercier toutes et tous de leur accueil. Parlant de son retour au pays, après neuf ans d'absence, il déclare qu'il est venu pour l'application des termes de l'accord-cadre de Paris. Ce qui suppose la poursuite des négociations avec le pouvoir, le respect des premières dispositions de l'accord telles que la libération des prisonniers politiques encore détenus à la sinistre prison de Gabode et la levée de toutes entraves à la libre circulation des biens et des personnes au nord du pays. Ce qui implique également un dialogue politique national auquel doit participer l'opposition civile. Afin qu'enfin, pour reprendre la jolie formule du président Dini, la politique s'exerce de manière citoyenne dans ce pays.

Cette journée d'accueil s'achève par un déjeuner de retrouvailles à la ferme pionnière du premier vice-président du PRD, Mohamed Ahmed Kassim dit Haïssama, dont la générosité et la disponibilité ont été particulièrement utiles pour restaurer un nombre de Djiboutiens et Djiboutiennes bien plus grand que prévu. Car beaucoup, sans être invités, se sont laissés aller à la joie du jour, gonflant plus que de raison les rangs des convives. C'est en fait l'atmosphère de liesse populaire de la rue qui s'est transportée dans l'espace privé (et abondamment fleuri) du premier chef de corps et artisan de la gendarmerie nationale.

Grand jour donc que ce mercredi 29 mars 2000. Grand jour pour la paix, la concorde, la démocratie et le développement. Grand jour pour le pays. Il s'agit maintenant de ne pas manquer ce rendez-vous avec l'histoire : un pays, un peuple, un projet.

Le monde comme la nation regardent les décideurs. Et les jugeront. Sans complaisance.


ADMINISTRATION


ZOOM SUR L'ADMINISTRATION DJIBOUTIENNE A TRAVERS LE SORT RESERVE AU PERSONNEL DE L'ONAC


La liquidation, prononcée par décret présidentiel en date du 14 août 1999, de l'Office National d'Approvisionnement et de Commercialisation (ONAC), établissement public dont la mission était pourtant vitale dans un pays comme le nôtre qui importe la quasi-totalité des produits nécessaires à ses besoins, y compris les besoins élémentaires, cette disparition officialisée donc de l'ONAC plongeait son personnel (de plus de trente personnes) dans la détresse. Outre que cette mise en liquidation créait un grand vide, livrant les consommateurs que nous sommes à la merci des commerçants locaux dont la propension aux marges bénéficiaires excessives n'est que trop connue (situation facilitée par l'état quasiment monopolistique des marchés des produits de consommation courante où quelques importateurs se partagent les principales marchandises), elle s'abattait comme une épée de Démoclès sur le personnel. L'espoir caressé durant toutes ces années où l'ONAC agonisait par suite d'un mal appelé mauvaise gestion, s'est soudain brisé sous le choc de la terrible nouvelle. D'un instant à l'autre, des hommes et des femmes, de toutes catégories socio-professionnelles, pour la plupart en service depuis longtemps, se sont retrouvés sans ressources.

Par réflexe de survie, ils se sont adressés aux membres du gouvernement par un courrier en date du 8 septembre 1999 aux Ministre des Finances et de l'Economie nationale, chargé de la Privatisation, avec copie aux Premier Ministre, Ministre de Affaires présidentielles, Ministre de l'Emploi, Ministre du Commerce.

Ils exposaient leur situation et sollicitaient de l'attention. Ils pensaient que le gouvernement devait assumer ses responsabilités et trouver une solution. Dans le même mouvement, ils ont demandé de l'aide alimentaire au Ministre de l'Intérieur sous l'autorité duquel est placé " l'Office National d'Assistance aux Réfugiés et Sinistrés (ONARS) ". En vain. Aucune de ces démarches n'a pu aboutir :seule réponse, le liquidateur de l'ONAC, Monsieur Mohamed Sikieh Kayad, directeur des Affaires économiques au Ministère des Finances et de l'Economie, les informe de l'impossibilité du règlement de leurs indemnités, subordonné à la vente des actifs de l'ONAC qui, écrit-il, est en cours : au moment où nous publions cet article, la vente des actifs de l'ONAC est toujours en cours, les entrepôts sont utilisés par l'UNFD et certains de ses véhicules toujours en circulation.

Les agents de l'ONAC saisissent alors la Présidence de la République en écrivant directement à Monsieur Ismaël Omar Guelleh par courrier daté du 8 novembre 1999. Devant le silence, ils le relancent par une autre lettre, rappelant leur sort peu enviable. C'est alors que, le 27 janvier 2000, leur répond le Ministre des Affaires présidentielles, qui leur apprend que " le chef de l'Etat a expressément chargé le Ministre des Finances du règlement de la question ".

Fort de ces assurances, les employés de l'ONAC prennent de nouveau la direction du Ministère des Finances et de l'Economie, chargé de la Privatisation. Ils se heurtent à l'attitude qu'ils jugent peu apaisante du Ministre qui ne cache pas son agacement. Osent-ils insister qu'il s'en prend à leur représentant. Celui-ci y laisse d'ailleurs ses lunettes de vue, brisées au cours de l'empoignade ministérielle. Ne comprenant plus rien, ils se retournent vers le Chef de l'Etat, Ismaël Omar Guelleh, en lui écrivant de nouveau une lettre datée du 10 février 2000 où ils font état de leur déception, liée notamment à l'attitude du Ministre des Finances et de l'Economie nationale. Mention est même faite dans ce courrier du bris des lunettes du délégué du personnel de l'ONAC Monsieur Ali Hassan Aïnan. Cette correspondance est restée sans effet.

Devant cette situation, le personnel, désespéré, n'a pu s'empêcher de saisir à nouveau le Chef de l'Etat dans un courrier en date du 18 mars 2000 (lire en fin de journal). Dans cette énième lettre, il lui rappelle son sort déplorable. " Tous nos efforts et démarches, écrivent les employés de l'ONAC, pour faire valoir nos droits sont restés vains. Par conséquent, nos familles sombrent et vivent dans une misère et un dénuement indescriptibles ; nous sommes dans l'impossibilité de leur procurer jusqu'à la nourriture. Nos enfants connaissent une scolarité perturbée car affamés et en haillons ". Ils espèrent encore, sans trop d'illusions, une suite.

Voilà où en sont les agents de l'ONAC près d'un an après la mise en liquidation de l'établissement public qui les employait. Les difficultés rencontrées et le sort où ils ont été précipités témoignent de l'état de délabrement avancé de notre administration. Une administration et des décideurs devenus si prédateurs, si avides, que les malheurs des administrés leur indiffèrent. Tout le pays peut périr, cela leur importe peu. L'essentiel, c'est leur ventre. Se servir, non servir, voilà le mobile, visiblement le seul, qui les anime.

Les résultats n'en sont que catastrophiques. Comme nous les voyons au quotidien. Comme nous les subissons tous les jours. Comme l'illustre jusqu'à l'absurde la situation peu enviable du personnel de l'ONAC. Tel un arrêt sur image.

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LE RENOUVEAU


N° 354 DU DIMANCHE 09 AVRIL 2000

Information

Si le ridicule tuait...

Fin mars 2000. Le pays entre en effervescence à l'annonce du retour du président du Front pour la Restauration de l'Unité et de la Démocratie (FRUD), signataire de " l'accord-cadre de réforme et de concorde " du 7 février à Paris.

Le président Dini et sa délégation reviennent donc au pays, après une longue absence de neuf ans pour cause de résistance armée à l'autocratie régnante. Ils rentrent en parfait accord avec les autorités en place.

Le journaliste Ali Barkad Siradj, qui assure alors par intérim les fonctions de rédacteur en chef du journal gouvernemental la Nation, juge tout à fait de son devoir d'annoncer cet événement national. Il passe à l'acte et rédige un entrefilet, pour l'édition du lundi 27 mars 2000, où il informe lecteurs et lectrices du retour du président Ahmed Dini Ahmed et de sa délégation.

L'article, très bref, est intitulé " La paix des braves ".Objectif, il se borne à inscrire cet événement dans l'accord-cadre du 7 février 2000 à Paris et à rappeler fort sommairement quelques éléments d'information sur le parcours politique du président Ahmed Dini Ahmed et de son vice-président Chehem Daoud Chehem. Rien de tendancieux ni même de laudatif donc.

Pourtant, cela déplaît instantanément au Secrétaire Général à l'Information, par ailleurs directeur de publication du journal la Nation, qui sort de ses gonds. Prévenu en pleine nuit (par quelque âme fidèle, semble-t-il), il débarque sur les lieux de travail en deux temps, trois mouvements, et vide sa colère sur la journaliste en chef auteur de l'article. Que le journaliste ait pris l'initiative (des plus professionnelles) d'annoncer cet événement imminent dans une édition à paraître la veille (en réalité l'avant-veille en raison d'un changement de dernière minute), sans lui en référer et en soumettre ensuite (en cas de feu vert, s'entend) chaque phrase ainsi que chaque mot à sa censure, voilà qui est grave, très grave même, à ses yeux. Cela dénote, c'est clair pour le chef hiérarchique, un parti-pris pour l'opposition de la part du journaliste. Ce que, selon nos informations, il ne se prive point de le crier sur le champ. Avant de faire retirer l'entrefilet de l'édition à paraître, ne soufflant ainsi mot sur le retour du président Ahmed Dini Ahmed et de sa délégation. Heureusement qu'il y à Le Renouveau et les communiqués de l'ODU pour s'en charger.

Stupéfait, le journaliste, l'un des meilleurs de la maison, s'est donc exécuté et a ôté du journal l'article en question. Mais il n'est pas, pour autant, au bout de ses surprises. Dès le 29 mars 2000, c'est-à-dire dès le jour du retour de la délégation du FRUD, il se voit remettre une " demande d'explication " du Rédacteur en chef en titre de la Nation qui lui demande de s'expliquer sur " son acte"

Il lui demande de lui expliquer " les raisons pour lesquelles il a tenté de publier un article tendancieux de nature à nuire aux accords de paix auxquels le gouvernement est parvenu. De plus, écrit-il, votre acte est aggravé par la terminologie utilisée dans votre article, lequel ne comportait pas votre signature, était sensé semer le doute dans l'esprit de nos lecteurs et ainsi jeter les discrédit sur le journal "

Devant de telles affirmations, l'on ne peut que rester coi de stupéfaction. A moins d'être anormalement constitué, l'on ne voit pas en effet en quoi ce bref article pourrait nuire aux " accords de paix auxquels le gouvernement est parvenu ". Lisez-le plutôt dans son intégralité et jugez-en:

" Le président et le vice-président du FRUD M .Ahmed Dini et M. Chehem Daoud sont attendus à Djibouti le 28 mars 2000, c'est-à-dire demain. Ce retour au pays des dirigeants du mouvement armé fait suite à l'accord-cadre de cessation des hostilités signé à Paris avec le Gouvernement le 7 février 2000.

Monsieur Ahmed Dini, qui fut dans les années 70 l'un des principaux acteurs de la lutte pour l'indépendance, a occupé en 1977 le poste de premier ministre dont il a démissionné avec panache six mois seulement après sa nomination. Il est à la tête du FRUD depuis 1992.

Quant à M. Chehem Daoud ancien ministre de la Santé du gouvernement Aref, il est numéro deux du FRUD depuis 1994.

Cet accord de paix ouvre donc la voie à un règlement définitif du conflit interne déclenché en 1991 ".

L'on a beau lire et relire cet article, rien n'apparaît qui soit susceptible de " nuire aux accords de paix ", ni de" semer le doute dans l'esprit des lecteurs ", encore moins de " jeter le discrédit sur le journal ". Tout ce qui y est écrit est vrai, y compris la date du retour qui, au moment où l'article est écrit, n'a pas encore changé pour se fixer au mercredi 29 mars 2000.

Monsieur Dini et son vice-président n'étaient-ils pas attendus à Djibouti ? Leur retour n'était-il pas officiel, annoncé notamment par l'Opposition Djiboutienne Unifiée (ODU) et par le journal le Renouveau ? Ce retour au pays ne fait-il pas suite à l'accord-cadre de concorde et de réforme signé à Paris le 7 février 2000 entre le gouvernement et le FRUD représenté par ces mêmes Ahmed Dini et Chehem Daoud ? M. Dini n'a-t-il pas été dans les années 1970 l'un des principaux acteurs de la lutte pour l'indépendance, aux côtés de M. Hassan Gouled Aptidon ? N'était-il pas en première ligne en ces temps-là dans le combat pour l'indépendance ? N'était-il pas avec Gouled à la tête de la LPAI ? N'était-ce pas lui que nous applaudissions abondamment dans les manifestations et autres meetigs de la LPAI ? Ne criions-nous pas :" Waa Dini iyo Dinta : c'est Dini et Dinta (la réligion en somali) " ? Avec tout ce que cela comporte de connotation positive. N'a-t-il pas été en 1977 et pendant six mois, le premier Premier Ministre de la République ? N'a-t-il pas, avec courage, démissionné de ce poste dès qu'il perçu les prémices de la future confiscation autocratique de l'Etat ?

Quant à Chehem Daoud, n'a-t-il pas été membre du gouvernement Aref avec le portefeuille de la Santé ? N'est-il pas vice-président du FRUD depuis plusieurs années maintenant ?

Et cet accord-cadre, n'a-t-il pas pour raison d'être même de mettre fin au conflit armé en restaurant la paix civile, la concorde nationale et la démocratie sans lesquelles il ne peut y avoir de développement ? Ne sont-ce pas là ses objectif clairement affirmés ?

Décidément, l'auteur de la " demande d'explication " est à mille lieues de convaincre du bien fondé de sa réaction. Il donne l'impression de se gargariser de mots sans prise aucune sur la réalité ?

Mais au fait, qui est derrière cette sortie contre l'accord-cadre de Paris, car ce n'est point le journaliste culpabilisé, qui n'a fait que son travail, mais ceux qui le lui reprochent qui nuisent aux " accords de paix auxquels le gouvernement est parvenu " ? S'agit-il là de la simple exécution d'une instruction venue du sommet de l'Etat ou de l'initiative de quelque chefaillon craignant pour ses petits privilèges ?

Ce sont là des questions qui méritent réponses de la part de qui droit.

A suivre.


ECONOMIE


LA CONTREBANDE S'AMPLIFIE A NOS FRONTIERES


La contrebande apparaît où l'économie va mal. C'est l'un des symptômes d'un Etat malade où les agents économiques trouvent plus avantageux de tourner la loi pour toutes sortes de raisons. Symptôme, elle est aussi alerte et doit comme telle interpeller les décideurs.

Dans notre pays, la contrebande a toujours été un phénomène insignifiant. Elle s'opérait plutôt, quand elle apparaissait, depuis le territoire national vers les pays limitrophes. Signe que nos produits et nos prix étaient jugés intéressants par les ressortissants voisins qui leur faisaient franchir les frontières en contrebande pour éviter la taxation.

Depuis quelques temps maintenant, précisément depuis que notre économie est en crise et nos produits chers du fait de l'inflation fiscale, le phénomène s'est inversé. C'est vers nous que viennent les marchandises de contrebande. Du Somaliland voisin mais aussi d'Ethiopie.

La contrebande a pris une telle ampleur que le gouvernement a fini par en reconnaître l'existence, allant jusqu'à mettre en place un dispositif de lutte contre cette pratique. Dispositif regroupant les ministères de l'Economie et des Finances, de la Défense, de l'Intérieur et de la Justice. Le ministre de l'Intéreur s'est même transporté récemment à la frontière avec le Somaliland, où la contrebande s'est très développée ces temps-ci. Toutes sortes de marchandises nous proviennent de l'Etat auto-proclamé, depuis les cigarettes jusqu'au carburant en passant par les produits de beauté. Et l'on ne compte plus les accrochages violents (à l'arme à feu) entre les contrebandiers et les forces de police chargées de la réprimer. Pas plus tard qu'il y a quelques jours, un véritable combat a opposé policiers et contrebandiers armés du côté de Chabelley.

Face au problème, le ministre de l'Intérieur, nous apprend la Nation du 5 avril 2000, a exhorté la population de la région frontalière côtière du Sud (Doudah-Damerjog-Atar-Loyada) à faire preuve de vigilance et de civisme. Il s'est contenté de cette exhortation, aurait dû écrire la Nation, car le problème est trop grave pour être traité par le seul verbe. Si le ministre s'imagine qu'il suffit d'aller prêcher la bonne parole, au volant de sa rutilante grosse cylindrée et dans une mise luxueuse, à une population à bout de souffle à force de misère, il se fourvoie lourdement.

Interrogé par Le Renouveau, un habitant de la région a eu ces mots : " Ils viennent, puant l'argent public, oser nous donner des leçons de civisme, à nous autres que leur mauvaise gestion accable de misère. Comme le dit le proverbe djiboutien, ce n'est pas par hasard si la marmite vient à ébullition ".

La contrebande n'est pas tombée du ciel ni sortie de terre, elle a des causes objectives qu'il faut avoir le courage d'admettre et de traiter. Il y a contrebande parce qu'il y a demande. Le corps social -paupérisé à force de chômage, de baisses et de retards de salaires (surtout dans le secteur public)- n'arrive plus à acquérir sur le marché local des produits sans cesse plus chers du fait de la hausse des taxes. Il cherche alors d'autres sources, accessibles à ses maigres ressources, d'où la contrebande. La contrebande vient du Somaliland parce que dans cet Etat auto-proclamé, la pression fiscale est faible et les marchandises d'autant moins chères. Comme aux Emirats Arabes Unis où nombre de nos commerçants vont s'approvisionner.

Elle vient également d'Ethiopie, avec ou sans la complicité des routiers éthiopiens en provenance des Hauts Plateaux. Des produits tels que le carburant, l'alcool populaire éthiopien, le café ou le têf (servant à préparer la célèbre galette éthiopienne " anjero " franchissent clandestinement la frontière éthio-djiboutienne et s'écoulent à bon prix sur le marché national, quand ils ne repartent pas pour d'autres destinations.

La contrebande offre ce que n'offre plus l'économie officielle à un pouvoir d'achat social fortement réduit : un bon rapport qualité-prix.

Voilà pourquoi il devient tentant, pour des particuliers mûs par l'appât du gain, de se lancer dans le commerce illicite. Et que cela marche...

Mais il n'y pas que les contrebandiers individuels qui opèrent, mais aussi et surtout les gros importateurs qui trouvent dans la contrebande une nouvelle source d'approvisionnement. Selon nos informations, moyennant bakchich à qui convient, des tonnes de marchandises de toutes natures franchissent de nuit la frontière pour garnir les rayons et autres stocks de la place. Il faut dire que lorsque ceux-là mêmes (civils ou en uniforme) censés combattre la contrebande, ne sont pas payés depuis sept mois, l'argument sonnant et trébuchant peut permettre des prouesses pour les inconditionnels du profit substantiel.

Comment alors soigner ce symptôme ? En soignant la maladie, c'est-à-dire en l'attaquant aux racines. Et l'attaquer aux racines, c'est mettre fin à la crise économique et à l'inflation fiscale. Or, une crise économique telle que la nôtre puise ses causes dans le système de gouvernement créé et entretenu par le régime en place. Elle est liée à la logique de prédation, de pouvoir personnel et de dépenses injustifiées. Elle est liée à l'environnement d'incertitude politique, de non-droit et de guerre civile.

Le redressement économique ne peut donc s'opérer sans paix civile et sans concorde nationale, sans démocratie et sans droits de l'Homme, ni sans bonne gouvernance. Toutes conditions élémentaires nécessaires au renouveau démocratique et à la reconquête de la crédibilité internationale.

Loin d'être un phénomène superficiel, la contrebande galopante dont nous gratifient nos frontières est un symptôme sérieux du mal profond qui secoue notre pays. Et pas seulement un symptôme de plus...


MONDE

SOMMET AFRIQUE-EUROPE: LA DEMOCRATIE ET LES DROITS DE L'HOMME AU CŒUR DES TRAVAUX


Au cœur des travaux du premier sommet Afrique-Europe qui s'est tenu au Caire en Egypte lundi 27 et mardi 28 mars 2000 derniers, la démocratie et les droits de l'Homme ont été au centre des discussions. Encore une fois, les débats ont fait ressortir le caractère vital de l'enracinement démocratique et du respect des droits de l'Homme ainsi que de la bonne gouvernance pour les peuples. Il ne peut en effet y avoir véritable développement sans liberté, c'est-à-dire sans protection des droits sacrés de la personne humaine. Le développement étant, faut-il le rappeler, pour et par la personne humaine.

Dans un pays démocratique, où la liberté est garantie sous toutes ses formes (pensée, conscience, opinion, expression, réunion, association, etc.), l'exercice du pouvoir d'Etat ne peut se faire comme le veut celui ou celle qui le détient à un moment donné. Il est soumis à la vigilance nationale et au contrôle démocratique. Qu'il s'éloigne du droit chemin, du programme pour lequel il a été élu, et la sanction populaire tomb