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Madame
Mariam Hassan Ali - Baron, s'adresse
à Hassan Gouled Aptidon |
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Lettre
ouverte publiée
à
Monsieur HASSAN GOULED APTIDON,
Le 27 juin 1977, jour de l'indépendance de notre pays, vous prêtiez serment devant le peuple et devant DIEU en ces termes: "Je lutterai pour l'avancement des Droits de l'Homme et contre l'humiliation des pauvres. (...) Que le Tout-Puissant nous vienne en aide !" L'apothéose de cette fête patriotique a fait couler plus d'une larme d'émotion et de joie. J'avais 18 ans ce 27 juin historique, et, avec l'ensemble des Djiboutiens, je plaçai en vous mon espoir et ma confiance. Par votre discours et votre parcours politique, vous aviez conquis la jeunesse ainsi que tout le reste de la population. Plus de 20 ans ont passé, Monsieur le Président, et cette image rayonnante d'un homme d'état préoccupé avant tout par son pays et ses compatriotes a plus que jauni: elle s'est complètement décomposée...
Il y a tout juste cent ans, au sujet de l'affaire Dreyfus en France, Emile ZOLA écrivait: "La vérité, je la dirai, car j'ai promis de la dire, si la justice, régulièrement saisie, ne la faisait pas, pleine et entière. Mon devoir est de parler, je ne veux pas être complice. (...) Et c'est à vous, Monsieur le Président, que je la crierai, cette vérité, de toute la force de ma révolte d'honnête homme." La force de cette lettre adressée à M. Félix FAURE, président de la République française, relue à l'occasion de son centenaire, a suscité en moi le besoin de me libérer : non, Monsieur le Président, je ne veux pas être complice. Il me faut crier à vous-même, à mon peuple et au monde la "force de ma révolte", cette force qui au moment où j'écris ces lignes me fait trembler et m'arrache quelques larmes... Premier magistrat du pays, vous vous deviez de tenir vos promesses faites devant votre peuple et devant DIEU. Vous êtes à ce titre responsable de la déroute que connaît aujourd'hui notre pays. Et si, comme certains l'affirment, vous ignorez ce qui se passe, votre faute est plus grande encore... "Je lutterai pour l'avancement des Droits de l'Homme" déclariez-vous donc. Djiboutienne mais aussi citoyenne du monde, je partage pleinement les valeurs universelles des Droits de l'Homme. Force est de constater que depuis 1977, votre "lutte" est tombée dans les oubliettes... Lors des manifestations des collégiens, lycéens et étudiants qui se font malheureusement de plus en plus fréquentes, les forces de l'ordre ne cessent d'enfreindre la loi. L'élève HOUSSEIN ABDILLAHI MOHAMED de la 5°1 du C.E.S. de Boulaos a été grièvement blessé par balle le lundi 18 décembre 1995; pire, MOHAMED IDRISS, élève du C.E.T. d'Ali-Sabieh, a été tué le mardi 9 janvier 1996 (qu'il repose en paix!) d'une balle tirée par les forces de l'ordre.
Ignorez-vous
que le 15 août 1995, une trentaine d'enseignants conventionnés, tous militants
du SEP ou du SYNESED, syndicats enseignants, furent radiés ? C'est le cas en particulier de M. AHMED DJAMA EGUEH, et de M. ADAN MOHAMED ABDOU, respectivement président et secrétaire général de l'UDT ainsi que de M. KAMIL DIRANEH HARED, président de l'UGTD, mais aussi de bien d'autres à l'Imprimerie Nationale, aux ministères de la Santé, du Commerce... Je vous accuse, Monsieur le Président, d'avoir laissé s'installer l'arbitraire, le clientélisme et l'incompétence dans l'Education Nationale, maux qui ont tué notre Ecole. Nous étions en droit d'attendre mieux de vous après votre déclaration à l'Assemblée générale des Nations Unies le 27 septembre 1977: "A l'intérieur,
quel serait le sens de la liberté de la presse dans un pays condamné à
l'analphabétisme ?
Pourtant, ce 27 septembre 1977, vous déclariez encore: " Il faut (...) que chaque Etat reconnaisse aux peuples qui le composent le droit de vivre, de s'organiser et de s'exprimer comme nation." C'est là le principe essentiel de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, que nous avons inscrit dans nos tous premiers textes constitutionnels; c'est celui de son article 28; c'est celui du droit pour tout homme de bénéficier d'une organisation sociale telle que chacun des droits et libertés inscrits dans cette déclaration puisse y trouver son plein et entier effet. Cette reconnaissance acquise, les peuples et leurs représentants verront alors qu'il n'y a ni humiliation à craindre, ni vainqueur, ni vaincu, lorsque les armes offensives et défensives de la justice succèdent à la violence. Tous y gagnent en dignité, c'est-à-dire en droit et en liberté, car il n'y a pas de droit sans justice, il n'y a pas de liberté sans libération, il n'y a donc pas de dignité pour l'oppresseur."
Il n'est pas bon de
tout taire ou de faire croire que tout va bien comme l'affirme M. SAID
IBRAHIM BADOUL, président de l'Assemblée Nationale dans un article à La
Nation n°47 du jeudi 20 novembre 1997 : NON
le pluralisme politique n'est pas "dynamique" à Djibouti, Il n'est pas trop tard pour réagir, Monsieur le Président: en toute créature de DIEU il y a du bon. Ce mois béni du Ramadan n'est-il pas l'occasion rêvée pour enfin appliquer toutes les belles déclarations que vous avez faites le jour de l'indépendance ? Il y a à Djibouti suffisamment d'hommes et de femmes intègres, épris de justice et compétents: ils sont disposés à mettre leur savoir et leur abnégation au service du développement durable de notre chère république. Permettez-leur, Monsieur le Président, de s'exprimer et donnez-leur les moyens d'agir !! Trop souvent, nos dirigeants se complaisent dans de belles déclarations dont on connaît à l'avance l'impact dans la population. Votre chef de cabinet, M. ISMAEL OMAR GUELLEH, souhaitant plein succès aux travaux de la SIHA (Initiative Stratégique pour la Corne de l'Afrique, ONG américaine ) le mardi 12 août 1997, "a mis surtout l'accent sur la nécessité de s'inspirer davantage des préceptes de l'Islam, religion où foisonnent tous les nobles idéaux que l'être humain peut prôner." ( La Nation n°33 du jeudi 14 août 1997 page 2 ). Vanter les préceptes de l'Islam est une bonne chose, les appliquer est encore bien meilleur. "Et n'usez pas du nom d'ALLAH, dans vos serments, pour vous dispenser de faire le bien, d'être pieux et de réconcilier les gens. Et ALLAH est Audient et Omniscient." ( Coran: Sourate 2, Verset 224 ) . "Par le Temps! L'Homme est certes, en perdition, sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes oeuvres, s'enjoignent mutuellement la vérité et s'enjoignent mutuellement l'endurance." ( Coran: Sourate 103, Versets 1,2,3 ). Je vous prie d'agréer, Monsieur le président, l'expression de mes sentiments citoyens les meilleurs.
Mariam
HASSAN ALI
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Monsieur le Président, A l'occasion du centenaire du "J'accuse" d'EMILE ZOLA, je vous avais adressé une lettre ouverte paru dans le journal "le Renouveau" n°277 du 22 janvier 1998 et dans laquelle je vous accusais de ne rien faire contre les violations des Droits de l'Homme à Djibouti. Depuis cette date, force est de constater que la situation en matière des Droits de l'Homme se détériore malheureusement chaque jour davantage. En effet : Le 17.02.98, MM. MAHDI IBRAHIM GOD, président du FUOD (Front Uni de l'Opposition Djiboutienne), AHMED ABDI FARAH, membre du FUOD et Directeur de la publication du journal "AL WAHDA" ainsi que M. KAMIL HASSAN ALI, également membre du FUOD et responsable du Comité de soutien aux prisonniers politiques du FRUD, ont été arrêtés et transférés à la prison de Gabode. Le 23.03.98, une
centaine d'employés du Ministère de la Santé ont été arrêtés et transférés
dans le centre de détention de Nagad à la suite d'une grève visant à protester
contre les retards de salaire (5 mois) et la suppression de leur prime de
garde. Le 05.05.98, le directeur de l'hebdomadaire " Le Populaire", M. OMAR AHMED VINCENT, ainsi que son codirecteur M. ABOUBAKER AHMED AOULED, ont été arrêtés et transférés à la prison civile de Gabode. Le 31.05.98, M. MOHAMED ADEN IBRAHIM décède dans la prison de Gabode suite à une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention, contre l'absence de jugement et contre le manque de soins. Le 11.10.98, le Ministre du Travail et de la formation Professionnelle ainsi que le Ministre des Transports et des Télécommunications envoient une circulaire relative à l'élection des bureaux des deux centrales syndicales U.D.T. et U.G.T.D. et ceci en violation de la constitution du Pays, l'organisation des élections syndicales étant en effet du ressort exclusif des syndicats. Le 25.11.98 le Ministre des Travaux Publics de l'Urbanisme et du Logement, appuyé par une impressionnante armada des forces de l'ordre, a expulsé très tôt le matin les syndicalistes et les travailleurs du M.T.P.U.L. de leur lieu de travail pour organiser un simulacre d'élections syndicales. Le 15.12.98 les élèves des deux Lycées de Djibouti en grève pour protester contre la suppression des bourses, vous ont personnellement avisé par lettre du comportement agressif des forces de l'ordre à leur égard, plusieurs d'entre eux ayant été frappés, des coups de feu ayant même été tirés. Le 04.02.99, HOUMED YAIDI ALI, ALI YAIDI ALI, YAIDI HOUMED ALI, tous membres d'une même famille et appartenant à la tribu dont le chef AIDAHIS HANFARE IBRAHIM a été assassiné le 18.11.98, ont été arrêtés à Weima et mis en détention à la garnison de Assa Gaila. La répression à l'égard des populations ne cesse de s'amplifier, particulièrement dans le nord du pays. Le 15.02.99, Maitre AREF MOHAMED AREF, militant reconnu des Droits de l'Homme, est condamné à deux (2) ans de prison dont six (6) mois ferme. Aucun de ses avocats français n'a pu se rendre à l'audience, les autorités djiboutiennes ayant refusé de leur délivrer un visa. Le 12.03.99, ABDI HOUFANEH LIBAN, détenu politique, est mort dans sa cellule à la prison civile de Gabode par manque de soins. Le 28.03.99, les
forces de police ont réprimé très violemment une marche pacifique organisée
par l'Opposition Djiboutienne Unifiée (O.D.U.) à l'occasion de la campagne
électorale pour les élections présidentielles du 9 avril 1999. Le 29.03. 99, les prisonniers politiques détenus à la prison civile de Gabode ont entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions de détention auxquelles ils sont soumis. Les autorités djiboutiennes refusent toujours tous soins médicaux, même pour ceux qui sont gravement malades. Vous exprimant devant des journalistes français, vous avez déclaré, Monsieur le Président, que " Djibouti était le seul pays encore stable de la Corne de l'Afrique"( cf : le journal La Nation n°43 du jeudi 29 octobre 1998 ). Comment osez-vous vous enorgueillir de la situation dans laquelle vous avez conduit notre pays, alors que frustration, amertume et humiliation sont le quotidien du peuple djiboutien, alors que les dirigeants et les militants des organisations syndicales apolitiques et laïques mais aussi ceux des partis politiques se retrouvent derrière les barreaux de la terrible prison civile de Gabode pour avoir tout simplement réclamé les droits que leur confère la Constitution ? Comment osez-vous parler de stabilité lorsque l'indignation et la colère grondent de partout ? J'ai le regret de vous dire, Monsieur le Président, que cette "stabilité" que vous vous attribuez et dont certains responsables français se font honteusement les porte-parole ne dépend pas de vous mais des citoyens djiboutiens que nous sommes : contrairement à vous, nous n'aspirons qu'à la Paix et à la Justice, piliers de la Démocratie. Il est écrit dans le préambule de la Déclaration des Droits de l'Homme et je cite : " Il est essentiel que les Droits de l'Homme soient protégés par un régime de droit pour que l'Homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression". A trop vouloir bâillonner, casser, enfermer, tuer, exiler et torturer, vous ne vous rendez pas compte, Monsieur le Président, que cette stabilité dont vous êtes si fier risque d'aboutir à une situation difficilement maîtrisable. Monsieur le Président, le peuple Djiboutien en a assez de 22 ans de dictature, il aspire au changement, à la démocratie à la paix et sa voix doit être entendue. Laissez-le choisir librement et dans la sérénité son nouveau Président. Répression, fraudes et bruits des armes ne font qu'entraver le développement de notre beau pays. Monsieur le Président, combien vous faut-il de morts pour entendre la souffrance de notre peuple et pour satisfaire nos attentes ? MM.MOHAMED ADEN IBRAHIM et ABDI HOUFANEH LIBAN ont déjà quitté cette Terre parce que vous vous êtes montré incapable d'assurer ne serait-ce que la sécurité de nos concitoyens. Etes-vous aveugle ou insensible à ce point ? Il est grand temps pour tout le monde que les choses changent ! Je m'adresse une nouvelle fois à vous parce que je veux défendre le droit à l'existence dans la dignité et le respect de tous. Le sort réservé à PINOCHET ne peut que renforcer l'espoir que nous portons en l'avenir ! Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'expression de mes sentiments démocratiques les meilleurs.
Mme
Mariam HASSAN ALI
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