Hommage
à Ahmed DINI
Extrait
des numéros spéciaux de "Réalités"
N°104 et N° 105

Le
contenu nous a été adressé par la LDDH à Djibouti
: 1
- Extrait du numéro spécial de "Réalités",
hebdomadaire d'information de l'ARD,
N°
104 Car l'anecdote
a sa morale : c'est peut-être ce qui explique que le parti au pouvoir
ait en même temps assuré la sécurité policière
du cortège funéraire en ce dimanche soir, tout en laissant
sa télévision diffuser des chansons quelque peu déplacées.
Cette
indécence festive officielle venant polluer des condoléances
personnelles, donc sincères, montre dans tout son cynisme et dans
toute sa mesquinerie le despotisme du pouvoir en place : il est futile
de feindre regretter la disparition d'un tel homme d'Etat, hier présenté
comme l'irréductible ennemi à abattre. Mais il ne s'agit
pas de rêver : un dirigeant qui n'a d'Histoire qu'usurpée
et extorquée n'a pas la grandeur nécessaire pour honorer
comme il se doit, et comme l'avait souhaité nos concitoyens, celui
qui a proclamé l'Indépendance de notre pays ! Eu égard
justement à la profonde et unanime tristesse de nos concitoyens,
rappelons l'importance cruciale du contexte dans lequel survient ce qui
est véritablement vécu comme une tragédie nationale
: l'horizon obscur de la prochaine élection présidentielle.
La précipitation dans laquelle le régime a déjà
concentré tous ses efforts vers cette échéance fondamentale
suffit à démontrer qu'avant ce drame, il ne considérait
nullement sa victoire acquise. Car,
entre un candidat à sa propre succession, réduisant la mission
politique à une grossière comédie sur fond de distribution
de khat, au passé connu de tous et au passif enduré par
presque tous, et un leader indépendantiste unanimement considéré
pour son engagement sans faille dans la construction d'une Nation Djiboutienne
respectueuse de sa diversité, pour qui tout dirigeant digne de
ce nom doit avant tout se respecter pour prétendre mériter
la confiance de ses concitoyens, le verdict était indéniablement
connu d'avance. Si, toutefois,
la volonté populaire n'était pas étouffée,
comme dans le passé, par les différents baillons administratifs,
militaro-policiers et constitutionnels. Mais,
Gloire à Lui, le Tout-Puissant qui prédétermine notre
destinée en avait décidé autrement, et c'est ainsi
la fin d'une époque qu'illustre si pitoyablement ceux du régime
: celle où le chef charismatique guidé par ses convictions
est prétendument supplanté par le caïd accidentel et
le figurant circonstanciel. (Suite en page 4) C'est
pourquoi terminons par l'essentiel : contrairement a ce qu'a inconsidérément
propagé une dépêche de presse complaisante et orientée
vers la consommation externe, le regretté Ahmed Dini n'avait absolument
pas été pressenti pour une quelconque candidature, ni par
son parti, ni encore moins par l'opposition démocratique regroupée
au sein de l'Union pour l'Alternance Démocratique. Tout
simplement parce qu'il y a une différence fondamentale entre compétition
sportive et compétition électorale : contrairement à
la première, il ne s'agit pas dans la seconde de tout juste participer,
surtout quand il n'y a ni règles ni arbitre impartial. En clair,
on entre dans l'arène politique pour gagner, pas pour être
spolié ! Or, en
l'état actuel de l'environnement institutionnel djiboutien, et
considérant l'ampleur organisée et le caractère systématique
des fraudes qui ont discrédité les dernières législatives
de janvier 2003, rien ne pourrait justifier un changement miraculeux des
fraudeurs patentés. Coupables de surcroît d'une inacceptable
violation de l'Accord de Paix du 12 mai 2001 : le régime djiboutien
voudrait être le seul au monde à consolider la paix en aggravant
les causes du conflit civil. Quand
on ambitionne un destin politique, la première rigueur consiste
à ne pas mentir à ses concitoyens, à ses sympathisants
et à ses électeurs : puisqu'il est clairement établi
que, dans le système tel qu'il s'impose aujourd'hui, seul l'ancien
parti unique au pouvoir et ses alliés à géométrie
variable peuvent remporter une consultation électorale quelle qu'elle
soit, il est de notre devoir d'en prendre acte
en acte ! Et d'en
informer toutes celles et tous ceux qui voient en nous une chance d'alternance
démocratique pacifique. Ce débat
traverse l'opposition depuis quelque temps et la question devra être
tranchée dans un proche avenir : il n'est pas sérieux de
donner d'infondés espoirs lorsque la mécanique frauduleuse
est si profondément implantée, qui plonge ses racines dans
le déni des droits fondamentaux tels que la citoyenneté
et le travail. Il faut donc impérativement définir la stratégie
qu'implique la situation : si une vaste prise de conscience agissante
de toutes nos concitoyennes et de tous nos concitoyens peut se dresser
contre cette dictature sortie des urnes, il faut en définir les
modalités pratiques, en procédant à l'évaluation
la plus précise de toutes les variables à prendre en considération.
Restons donc tous mobilisés et refusons la régression que
ce régime prétend nous imposer ! Le seul
fait de nous lire en cette douloureuse circonstance est la preuve la plus
éclatante que, si le Combattant meurt, la Lutte continue. Nous
en avons toujours été intimement convaincus et le sommes
encore plus aujourd'hui. Merci de nous en assurer. LA
NATION PERD Rappelé à
Dieu le dimanche 12 septembre 2004, Ahmed Dini a rejoint sa dernière
demeure accompagné par tout un peuple profondément attristé.
En ces moments difficiles mais surmontables, nos lecteurs, amis et concitoyens
ne trouveront pas dans nos colonnes une hagiographie de l'honnête
combattant que fut notre maître et compagnon. " Réalité
" rappelle sommairement le parcours exceptionnel d'un croyant engagé
et d'un homme d'Etat. " Quand le croyant
parle, il entend dire la vérité, et quand on lui parle,
il croit entendre la vérité " Cette phrase prononcée
en octobre 2002 par le regretté Président de l'ARD pourrait
résumer l'intensité de l'engagement politique de cet homme
d'action au-dessus du commun des mortels, par la Grâce du Tout-Puissant. Arrivé très
tôt dans la Capitale, son caractère batailleur le conduit
tout naturellement au militantisme syndical, puis à l'action politique.
Son combat politique commencé au début des années
50 lui permettra en 1959 de devenir, à l'âge de 27 ans, vice-président
du conseil, la plus haute responsabilité accessible à un
autochtone en ces temps. En seulement treize
mois de " pouvoir ", Ahmed Dini marque de son empreinte la vie
politique nationale, en faisant de l'africanisation des cadres son principal
cheval de bataille. L'administration coloniale réclame et obtient
alors son limogeage en juin 1960. En démocrate convaincu, Ahmed
Dini se retire élégamment après le vote d'une motion
de défiance contre lui à l'Assemblée Territoriale. De 1960 à 1970,
il devient une personnalité incontournable connue pour sa combativité
indéfectible et sa droiture morale. Ses passages aux affaires restent
éphémères et remarqués, mais ce sont surtout
ses longues périodes dans l'opposition à la direction de
l'UDA qui feront connaître et apprécier l'homme de conviction
que fut Ahmed Dini et qui lui vaudront sa notoriété nationale.
A partir de 1971,
Ahmed Dini sera à la pointe du combat pour l'émancipation
et l'unité nationale. La Ligue Populaire Africaine pour l'Indépendance
(LPAI) qu'il dirige aux côtés de Hassan Gouled et du regretté
Cheiko devient en 1975 le grand parti de masse avec lequel le pouvoir
colonial sera contraint de négocier l'Indépendance de notre
pays. Ahmed Dini est ainsi
le premier leader politique djiboutien à faire autour de sa personne
une unanimité qui dépasse les clivages ethniques. C'est
tout naturellement, qu'après le référendum du 8 mai
1977, il accède à la fonction de premier Président
de la nouvelle Assemblée Nationale. A ce titre, lui échoit
l'honneur historique de proclamer l'Indépendance de la République
de Djibouti le 27 juin 1977 à minuit. Devenu premier Premier
ministre en juillet 1977, il démissionne de ce poste cinq mois
plus tard pour marquer sa désapprobation avec les dangereuses dérives
sectaires initiées par son pourtant ami et compagnon de lutte,
le Président Hassan Gouled Aptidon. Il entre alors en
opposition et tente de créer un parti d'opposition véritablement
national avec un vétéran de la lutte indépendantiste,
Moussa Ahmed Idriss, épaulés par MM. Abdallah Kamil, Hachi
Abdillahi Orah, Mohamed Saïd Saleh et tant d'autres. Ils seront tous
emprisonnés pour être relâchés quelques mois
plus tard, après l'instauration du parti unique. Ahmed Dini se retire
alors à Obock et assiste, pendant plus d'une décennie, à
la destruction de notre pays. Ainsi, qu'il l'avait prévu et déploré
dès sa rupture consécutive aux exactions de décembre
1977, c'est de là qu'il a suivi attristé les déchirements
de l'année 1991. Contraint en novembre
1991 de quitter sa ville entièrement désertée par
ses habitants fuyant les exations gouvernementales, il s'est réfugié
en décembre de cette année dans le nord d'Obock, en zone
contrôlée par la rébellion du FRUD. Coopté
à l'unanimité par le mouvement rebelle en janvier 1992,
comme son porte-parole, Ahmed Dini s'est engagé à l'âge
de 60 ans dans le combat pour la démocratie et l'égalité.
Une décennie
d'exil après, le leader nationaliste a retrouvé sa terre
natale en mars 2000, à la faveur d'un accord de paix signé
le 7 février à Paris. Qui aboutira, après de difficiles
négociations au cours desquelles il devra faire preuve de toute
sa sagesse, pour éviter au pays un nouveau déchirement,
à l'Accord de Paix du 12 mai 2001 signé à Djibouti
et que le Chef de l'Etat s'était solennellement engagé à
scrupuleusement respecter, tout en décorant Ahmed Dini de la plus
haute distinction nationale. La violation systématique
et éhontée de cet Accord historique par la partie gouvernementale
au plus haut niveau, a certainement et négativement pesé
sur sa santé qu'avaient déjà fragilisée plus
de deux décennies de trahisons et de reniements dont il fut victime. La création
de l'ARD, partie prenante de l'opposition nationale regroupée au
sein de l'UAD, a été son ultime tentative pour uvrer
à l'édification d'une Nation Djiboutienne véritablement
démocratique et enfin réconciliée avec elle-même. Terrassé par
la maladie, c'est enfin entouré de l'amour des siens, de la considération
de ses compagnons de l'UAD et du respect unanime de ses compatriotes,
qu'Ahmed Dini s'est éteint à Djibouti le 12 septembre 2004,
sans avoir assisté à la concrétisation de ses idéaux,
mais apaisé d'avoir tenté, jusqu'à la fin de ses
jours, d'établir entre tous les Djiboutiens la Paix des curs
comme le prône l'Islam. Dini le mortel
est parti, Allah l'Eternel reste ! MESSAGES ET TÉMOIGNAGES Au nom de l'Union
pour l'Alternance Démocratique et en mon nom personnel, j'adresse
mes condoléances les plus attristées à la famille
de notre très regretté Président Ahmed Dini Ahmed.
Homme de parole et combattant de la Liberté, Ahmed Dini Ahmed a
toujours été en première ligne pour la défense
des valeurs chères à tout peuple et à toute personne
: la Justice, les Droits de l'Homme, la Liberté et l'Unité
Nationale. A nos concitoyennes
et concitoyens nous promettons que le Droit et la Justice vaincront l'arbitraire. Pour l'UAD ________________________________ Front pour La Restauration
de l'Unité et de la Démocratie C'est avec stupeur
et grande tristesse que nous avons appris le décès de Monsieur
AHMED DINI AHMED, intervenu dans l'après-midi du 12 septembre 2004. Avec la disparition
d'AHMED DINI, le pays perd un grand homme d'Etat qui s'est toujours distingué,
en première ligne dans les combats pour les causes justes : comme
l'Indépendance, la Démocratie et la Justice. Je sais pour
l'avoir côtoyé quelque temps, son sens élevé
de l'Etat, sa vaste culture et sa ferveur pour la religion musulmane qu'il
pratiquait avec piété et humilité. Je présente
au nom du FRUD et en mon nom personnel nos condoléances les plus
attristées à sa famille et à ses proches et à
ses amis. " INNA LILLAH WA INNA ILEYHI RAJIOUN " Le Président
du FRUD ________________________________ Ligue Djiboutienne
pour la Défense des Droits Humains La République
a perdu, le 12 septembre 2004 vers 15 heures, un grand homme d'Etat, un
sage et courageux patriote Ahmed Dini Ahmed. C'est au nom de la LDDH et
en mon nom personnel que j'adresse mes sincères condoléances
à la famille et aux proches du regretté Ahmed Dini Ahmed.
Il fut, pour moi, un compagnon de lutte pour l'indépendance de
notre pays. Porte-Parole et Directeur du journal " Le Populaire ",
j'ai été, lors de ces heures glorieuses, son proche collaborateur
en charge de l'administration du parti indépendantiste, la Ligue
Populaire Africaine pour l'Indépendance - LPAI. Puis, entre le 8 mai 1976 et le 27 juin 1977, c'est en tant que Secrétaire du Bureau de l'Assemblée Nationale, et sous la Présidence de Ahmed Dini Ahmed, Président du pouvoir législatif, que j'ai travaillé dans la commission mixte composée de la France et du gouvernement de transition.Toujours animé d'une intégrité intellectuelle et morale sans faille, Ahmed Dini Ahmed, une personnalité politique exceptionnelle, avec qui j'ai toujours entretenu d'excellentes relations était, à tous égards, le véritable Père de la Nation. Il était le principal artisan des textes fondamentaux de notre République et des Accords de coopération avec la France dans ces années-là. Courageux, persévérant,
ferme, dans ses décisions et brillant orateur (dans toutes les
langues de notre pays), il fut celui qui avait réussi à
mobiliser l'ensemble de la population djiboutienne, dans l'Unité,
pour l'accession à notre souveraineté nationale et internationale.
J'ai connu cet homme de parole qui a toujours respecté ses engagements
dans la patience et l'abnégation. Fin négociateur, il avait
réussi à mener avec doigté le long et difficile processus
des pourparlers avec l'administration coloniale entre 1975 et 1977. Je
rends ici hommage à mon compagnon, à l'homme d'Etat, au
grand Homme qui m'a appris que la fermeté et l'intransigeance doivent
toujours guider toute question relevant de la défense des Libertés
et des Droits fondamentaux. Pour lui, ce n'était qu'ensemble que
nous pouvions combattre avec efficacité en faveur du Bien-être
de nos populations rassemblée contre l'arbitraire et l'injustice. Depuis la création
de la LDDH le 9 mai1999 jusqu'à la signature de l'Accord Cadre
à Paris du 7 février 2000, grâce à ses impulsions
démocratiques, à sa foi et ses convictions personnelles,
il n'avait pas manqué, quelles que soient les circonstances, de
consulter les Défenseurs des Droits de l'Homme de la LDDH, pour
le respect des Libertés, sur toutes les questions relevant du respect
des Droits de l'Homme, surtout en cette période difficile où
les exactions sur les populations civiles du nord et sud-ouest étaient
des pratiques régulières et courantes du régime,
pratiques intolérables, insoutenables et inadmissibles. Avec sa disparition,
nous perdons aujourd'hui, le négociateur hors pair, actuellement
le seul homme politique clairvoyant et soucieux de la promotion de l'intérêt
général dans un pays qui sort d'une guerre fratricide de
dix ans. Il appartient aujourd'hui à tout responsable politique
et principalement au gouvernement de réaliser les vux de
notre regretté, compagnon et ami populaire, Ahmed Dini Ahmed :
l'application effective des accords de paix du 12 mai 2001, car Ahmed
Dini Ahmed n'a jamais failli à ses engagements. Mon frère Ahmed
Dini Ahmed, je peux t'assurer que le peuple est reconnaissant et compatissant. Adieu frère Ahmed Dini Ahmed, que Dieu Tout-puissant garde ton âme en Paix. Amin Le Président
de la LDDH ________________________________ En cette douloureuse
occasion qu'est la disparition d'Ahmed Dini, Père de la Nation,
la Direction de l'ARD partage sa tristesse avec l'ensemble de la population
djiboutienne. La Direction de l'ARD
remercie toutes ses concitoyennes et tous ses concitoyens pour l'émouvant
hommage rendu à la mémoire du regretté Ahmed Dini
et les exhorte à continuer son juste combat pour l'édification
d'une Nation harmonieuse, juste et démocratique. Enfin, la Direction
de l'ARD demande à ses militants de rester mobilisés et
de continuer les travaux au sein des annexes pour préparer le futur
congrès du parti. La Direction de l'ARD ________________________________ REMERCIEMENTS La famille du regretté
Ahmed Dini remercie toutes celles et tous ceux qui, par leurs messages,
témoignages, prières, présence et soutien, lui ont
témoigné leur sympathie en cette douloureuse circonstance. Qu'ils trouvent ici
l'expression de sa plus sincère gratitude. Inna Lillaah Wa Innaa
Ilayhi Raaji'uun Au nom de toute
la famille _______________ Fin Numéro 104 _________________ Haut de page ______________ SOMMAIRE 1
- AHMED YOUSSOUF L'Histoire coloniale
a en son temps enregistré les sacrifices consentis par les ancêtres
du regretté Ahmed Dini dans leur résistance aux Italiens
et aux Français, tout comme l'Histoire contemporaine a retenu sa
propre contribution à l'émancipation du Peuple djiboutien.
Même si le sectarisme post-indépendance l'a empêché
de consolider l'Unité d'une Nation dont il est le fondateur, en
dépit de toutes les tentatives postérieures de manipulation,
l'Histoire immédiate de ses contemporains lui reconnaît d'avoir
toujours subordonné son action aux impératifs supérieurs
de l'intérêt général. Toutefois, pour que
sa vision d'une société djiboutienne réconciliée
avec elle-même et oeuvrant, harmonieuse, dans le sens de son Développement,
puisse s'inscrire, pour pleinement se réaliser, dans une durée
dépassant celle de son existence par définition trop courte,
notre ancien et regretté Président se savait compter sur
la détermination de celles et de ceux qui l'ont indéfectiblement
soutenu dans l'exaltante construction de l'ARD, comme dans la consolidation
de l'UAD. C'est avec fierté et humilité que la Direction
du parti qu'il a fondé s'est immédiatement attelé
à la mission historique qui lui incombe : démontrer jusqu'à
la victoire que l'uvre survit à son créateur et que
chez nous, les personnes sont au service d'un idéal. Tout naturellement
donc, et conformément à nos Statuts, M. Ahmed Youssouf a
été désigné Président de l'ARD en remplacement
de M. Ahmed Dini. La simplicité de notre nouvel homme fort témoigne
de ses convictions sans faille : il n'a jamais transigé sur ses
principes, jamais confondu compromis et compromission. Son inébranlable
détermination à poursuivre le Combat lui insufflera tant
d'énergie, qu'avec l'aide du Très-Haut, il réussira
dans sa priorité : mener ses troupes en rangs serrés au
prochain Congrès de notre mouvement. C'est sous sa conduite que
les responsables de l'ARD entameront, dès vendredi prochain, une
tournée dans les annexes du Parti à Djibouti-ville d'abord,
dans les districts de l'Intérieur ensuite. Autant que la Nature,
l'ARD a horreur du vide. Si le régime peut se permettre de laisser
vacant plus d'un an le poste de Premier ministre, trahissant ainsi tous
les déséquilibres qui le condamnent inéluctablement
à la disparition, la dramatique urgence de la situation nationale
intime à notre Président Ahmed Youssouf de ne ménager
aucun effort en direction de toutes les régions de notre territoire
et de toutes les composantes de notre Nation : un très proche avenir
lui en sera reconnaissant. Il ne peut pas faillir à son Destin,
dans l'intérêt général ! 2
- Hommage à Chehem Daoud Chehem Issu d'une famille
notable de la région de Tadjourah, le regretté Chehem Daoud
faisait partie de cette génération de bâtisseurs qui
auront marqué l'histoire de notre pays pour avoir forgé
l'identité djiboutienne. Entreprenant et intrépide,
il entre très tôt dans la vie active et s'impose rapidement
comme un homme d'affaires influent membre de la Chambre de Commerce de
Djibouti. Grand voyageur, chaleureux
et polyglotte, il devient une des personnalités nationales les
plus en vue dans les années 70 en tant que député
et ministre. Au lendemain de l'indépendance,
il s'oppose à la politique du nouveau régime qu'il pressentait
lourde de dérives sectaires et prend alors le chemin de l'exil,
en Ethiopie puis en France. C'est ainsi qu'en
27 années d'indépendance, notre regretté compagnon
connaîtra par deux fois l'exil et n'aura vécu qu'une dizaine
d'années dans sa patrie. Peu avant le déclenchement
de la lutte armée, accusé de soutenir activement le mouvement
armé djiboutien, Chehem Daoud et trois de ses compagnons sont arrêtés
et emprisonnés durant six mois en Ethiopie. En reconnaissance
de sa contribution à la lutte et aux souffrances endurées
dans les sinistres geôles éthiopiennes, il est désigné
par le mouvement rebelle en août 1992, comme son représentant
dans les pays Arabes et Africains. Ami intime et proche
conseiller d'Ahmed Dini, son compagnon de lutte et d'exil, il est tout
naturellement élu à la Vice-Présidence du FRUD-armé
au troisième congrès de ce mouvement tenu dans le maquis
en novembre 1997. Pendant son exil en
Europe, notre Vice-Président usera de toute son influence pour
aider à l'installation des réfugiés et exilés
djiboutiens en Europe et en Amérique. La diaspora djiboutienne,
à laquelle il avait tant apporté, a durement ressenti sa
disparition et continue de faire parvenir de nombreux messages de condoléances
à sa famille et à l'ARD. Pour l'ARD, continuité
historique du FRUD-armé et pour tous les militants de la démocratie,
Chehem Daoud restera un des artisans de l'Accord-cadre de réforme
et de Concorde civile signé à Paris le 7 février
2000. Nos concitoyens gardent
en mémoire la cérémonie émouvante au cours
de laquelle il a été décoré aux côtés
du Président Dini au Palais du Peuple. Au nom de tous les
militants de l'ARD, des anciens combattants du FRUD-armé, de la
Direction du parti, de la Rédaction de Réalité, et
en son nom personnel, le Président Ahmed Yousouf Houmed présente
ses condoléances les plus attristées à toute la famille
de Chehem Daoud Chehem. Qu'Allah l'accueille
en son Paradis éternel ! Amin. INNA LILLAH WA INNA
ILEYHI RAJI'UN. 3 - CONDOLÉANCES ET REMERCIEMENTS Condoléances
du Parti Populaire Social Démocrate Au Vice-Président
de l'ARD C'est avec une réelle
émotion que je viens d'apprendre le décès de M. Ahmed
Dini Ahmed. J'en suis peiné. En cette pénible
circonstance, permettez-moi de vous adresser au nom du Comité Exécutif
du Parti populaire Social Démocrate (PSD), de l'ensemble de nos
adhérents, militants, sympathisants et en mon nom personnel, nos
condoléances les plus attristées. M. Ahmed Dini Ahmed
fut pour moi, non seulement un compagnon de lutte, mais un frère
dont j'apprécie à sa juste valeur, ses qualités d'homme
d'Etat et le rôle déterminant qu'il a mené pour faire
de Djibouti une nation unie, libre, indépendante et indivisible. Croyez bien que son
action restera vivace et graver pour toujours dans nos mémoires. Nous sommes de tout
cur avec vous en ces moments difficiles. Avec ma gratitude,
je vous prie d'agréer, Monsieur le Vice-Président, l'expression
de mes pensées les plus dévouées. Moumin Bahdon Farah ____________________ Papa Dini, nous resterons
à jamais reconnaissants de ta générosité,
ta sincérité, ta grande patience, ta longue et difficile
lutte pour nous bâtir une vraie Nation. Vous avez été
croyant, pieux, pratiquant, défenseur du Bien et des causes justes.
Nous continuerons le combat jusqu'à la réalisation de vos
vux d'une totale alternance démocratique dans notre pays.
Inch Allah en 2005
" année de l'espoir " pour notre Peuple. Le combattant
est mort, le combat continue. Papa Dini, repose en paix, au revoir au
Paradis Inna Lillaah Wa Inna
Ilayhi Raaji'uun Le Président
de l'ARD ________________________ Remerciements
de M. Mohamed Ahmed Kassim Mohamed Ahmed
Kassim ________________________________________________________________________ 4
- LE DERNIER MESSAGE POLITIQUE DE MONSIEUR AHMED DINI Colloque Les
Nouvelles d'Addis - Les Verts/Paris, Assemblée nationale. Message de M. Ahmed
Dini Ahmed, ancien Premier ministre de Djibouti, président de l'Alliance
Républicaine pour le Développement (ARD). Monsieur Dini, souffrant,
n'a pu participer aux travaux du Colloque du 2 février; il a adressé
à l'Assemblée le message ci-dessous, transmis par Mohamed
Kadamy. Ahmed Dini est décédé
le 12 septembre 2004 à Djibouti. Ce texte est son ultime message
politique extérieur. Que les initiateurs
soient remerciés pour l'immense effort consacré à
l'organisation de ce colloque et tout spécialement le député
Vert, Noël Mamère et le secrétaire transnational de
ce parti, Patrick Farbiaz, Les nouvelles d'Addis et certains démocrates
de la région.D'abord,
l'avantage de l'approche adoptée permet ou permettra, je l'espère,
des débats sereins, sans risque de voir s'instaurer des échanges
acrimonieux entre les participants. Ce qui aurait altéré
la portée des idées débattues. Cela n'empêchera
pas les nécessaires contradictions qui en enrichiront le contenu,
il faut l'espérer. Quant aux thèmes choisis, sans prétention
de viser à une portée académique tous les sujets
importants, ils permettent cependant de couvrir certains aspects saillants
qui nous posent problème, en tant que peuples de la région.
Ceci, bien entendu,
découle de constats aussi multiples qu'irréfutables. Or, que constatons-nous
dans nos différents pays ? L'existence des gouvernements
en principe pour gouverner les pays, les diriger sur le développement
général, en veillant à la création et au maintien
des conditions favorables à ce développement général.
Ce qui comporte nécessairement et notamment l'aménagement
du pays, support et source des richesses nécessaires à l'amélioration
générale des conditions d'existence des peuples. La réalité
concernant le gouvernement met en évidence le peu de moyens mis
à sa disposition qu'il consacre à réaliser les objectifs
qui devraient être les siens, maintenant un état de sous
développement généralisé, facteur essentiel
dans sa politique visant à garder le pouvoir. Aucune politique de
dialogue avec son opposition ne lui paraît tolérable, ni
même concevable. Et lorsque ce dialogue
s'amorce à l'initiative de l'opposition, dans de rares occasions
dramatiques, les engagements pris sont bafoués par le gouvernement,
sans possibilité de recours. En ce qui concerne l'opposition, tenue
par le gouvernement en absolu ostracisme et mépris, n'ayant accès
à aucune transparence pour s'informer et agir, elle se limite au
rôle ingrat et apparemment négatif de critiquer. Ce qui parvient
à sa connaissance, au risque de finir par ressembler à un
unilatéralisme au pouvoir contre lequel elle lutte. Que faire alors pour
sortir de cette situation qui apparaît sans issue ? C'est pour rechercher
des éléments essentiels à ces difficiles questions
que les thèmes de ce colloque ont été élaborés
et soumis à nos débats ; tout en tenant compte du fait majeur
que les peuples de la région ne seront pas les seuls concernés
par les réponses qui seront trouvées, mondialisation oblige. La Somalie, étant
donné ses conditions internes, est soupçonnée à
tort ou à raison, de représenter des foyers potentiels de
problèmes régionaux. C'est pourquoi ce pays se trouve mis
sous surveillance étroite par les grandes puissances, sur sa façade
maritime, ce qui viole, en quelque sorte, sa souveraineté. Exemple, lorsque la
diplomatie d'une grande puissance s'arrange pour faire participer des
contingents militaires - forces de répression dans leur pays -
aux forces des Nations Unies pour veiller à la légalité
internationale, alors que le contingent constitue une force de répression
aveugle chez lui. Ou bien que cette
même diplomatie insiste pour l'envoi comme observateurs d'élections
à l'étranger d'agents qui pratiquent chez eux des fraudes
électorales en faveur du pouvoir en place. C'est le cas de Djibouti
: Contingent militaire en Haïti, observateurs au Togo, en 2003. Ceci pour démontrer
que tout va bien à Djibouti. Pour finir, je tiens personnellement à saluer parmi vous, Madame la Ministre des Affaires Etrangères du Somaliland, Edna Adan Ismaïl. Ahmed Dini
Ahmed 5
- HOMMAGES ET TÉMOIGNAGES Ne pouvant tous les publier, nous en reproduisons ici ceux qui nous semblent les plus significatifs, dont un leimotiv se dégage : poursuivre le combat politique. Nous essayerons
d'être fidèles à tes idéaux de justice et de
liberté. Nous sommes sous le
choc de la disparition prématurée de Ahmed Dini "Hamza". J'adresse mes condoléances
les plus attristées à sa famille. Je m'associe à
la peine de ses nombreux amis et des milliers de personnes qui ressentent
douloureusement son décès. Nous perdons : Vivant, il a été
de tous les combats pour la justice et la démocratie ; Mort, Ahmed Dini restera
dans les curs de centaines de milliers de personnes comme un symbole
de résistance à toutes les injustices. Le meilleur hommage
que l'on puisse rendre à cet homme exceptionnel, c'est de permettre
à son pays d'emprunter la voie de la démocratie. A son école,
nous avons appris à ne pas nous résigner à l'injustice. ___________________________________________ Un homme qui a
épuisé ses dernières forces à éradiquer
la dictature djiboutienne Reims (France), le
14 septembre 2004.- La disparition d'Ahmed Dini est bien entendu un drame
pour sa famille. Avant tout, je tiens à présenter mes condoléances
à ses enfants et à ses proches. Né en 1932 à
Mèle (district d'Obock), il disparaît à 72 ans, au
moment où il incarnait la dernière chance d'alternance démocratique
pour son pays. Plus qu'un simple
responsable politique, Ahmed Dini faisait partie de ces hommes "
sur qui la société repose" . Ses moindres propos étaient
commentés à travers le pays, suscitant ici l'admiration,
là la haine. Il avait le don, le génie, des formules frappantes
auxquelles l'opinion publique adhérait spontanément. Pour
fustiger la fraction du FRUD qui prit la partie de négocier avec
le régime en 1993, il lance en 1994 le terme Agabaa. Le décès
brutal de l'ancien Premier ministre de Djibouti (de juillet à décembre
1977) n'endeuille pas seulement sa famille. Elle plonge dans la consternation
tous ses concitoyens (Afars, Somalis et Arabes). Au-delà de
sa patrie, le triangle Afar peut pleurer légitimement ce "fils"
prodige. Cet été,
des nouvelles contradictoires circulaient sur l'état de santé
d'Ahmed Dini. Nombre de nomades et de citadins que j'ai croisés,
en Ethiopie, désiraient lui témoigner leur compassion. Ahmed Dini était
un homme pieux, très versé dans le domaine religieux. Tout
aussi immense était son érudition en matière de la
culture afar. Sa famille appartenait à la plus prestigieuse et
la plus ancienne dynastie sultanique afar : Ad'ali ou Adal. Pourtant,
la postérité ne retiendra de lui qu'une seule image : la
figure attachante du dirigeant politique. Son éloquence
fiévreuse et litanique (propre à la culture afar et somali),
émaillée d'ironie et de séduction, galvanisait des
foules. Dans un pays manquant cruellement de culture politique, il n'a
jamais pu donner toute la mesure de son génie. C'est pourquoi,
parfois incompris, il était capable de prendre le parti de se "taire".
Ce qu'il fit de 1977 à 1981, puis de 1982 à 1991, en s'exilant
à Obock, dans le nord du pays. L'avènement
du FRUD, en 1991, allait transfigurer ce politicien singulier et le propulser
de nouveau au devant de la scène politique. Son tempérament
naturel le poussait davantage à séduire qu'à convaincre
son interlocuteur. C'est pourquoi il sera regretté et par ses amis
et par ses adversaires. A cause de sa propension à vouloir concilier
croyances religieuses et convictions politiques, de la trahison de ses
" amis " et de ses volte-face brusques, Ahmed Dini a manqué
beaucoup de rendez-vous. En dehors d'une brève vice-présidence
de 1959 à 1960, des fonctions de ministre et de député
(de 1963 à 1973), et enfin de la primature en 1977 (de juillet
à décembre), il n'a jamais occupé la première
place. Pourtant, il en avait
le profil, la pondération et la maturité. Entre lui et la
magistrature suprême, la distance fut souvent petite. Mais le destin
a voulu qu'il s'en approche souvent sans jamais pouvoir le saisir. Nul
doute qu'il aurait donné une notoriété enviable à
notre petit pays ! Pour ma part, je garderais
du défunt l'image d'un homme qui a épuisé ses dernières
forces, entre 2001 et 2003, à éradiquer la dictature djiboutienne.
Une dictature archaïque et moyenâgeuse. Sa vie se confond quelque
part avec l'histoire de son pays. Animée de grandes espérances,
mais si souvent contrariée. _________________________________________ Né en 1932
à Obock dans la première capitale de la future Djibouti,
Ahmed Dini Ahmed aura tout donné pour son pays. Père de
l'indépendance nationale, homme d'Etat et homme de culture, la
personnalité immense de Monsieur Dini a couvert de son ombre toutes
les générations d'hommes politiques djiboutiens, comme elle
a tracé les sillons de toutes les carrières politiques et
administratives nationales depuis 50 ans. L'honneur revient
aux Djiboutiens dans leur ensemble d'avoir un jour compté un homme
de cette graine parmi eux. C'est toute la nation djiboutienne qui est
désarmée face au défi du vide sidéral laissé
par cette disparition. Les centaines de condoléances
reçues par la famille et par les militants du parti donnent la
mesure de la reconnaissance des Djiboutiens pour la lutte menée
par leur père à tous. Et la seule manière de persévérer
est encore d'être digne de lui, et digne du combat qu'il a légué. En revanche, l'horreur
dans toute sa froideur, orne aujourd'hui les visages de l'ancien président
Hassan Gouled Aptidon et de son successeur Ismaël Omar Guelleh qui
ont, tour à tour, misérablement trahi la confiance placée
en eux et la main tendue par M. Dini pour construire ensemble une nation
unie et démocratique. Il faut se le dire simplement. L'injustice et les frustrations sont si grandes à Djibouti que, si nous ne nous inspirons pas de M. Dini, nous risquons de compter les morts à Djibouti. __________________________________________________ Humains (LDDH) : comment le régime djiboutien et certains donateurs extérieurs osent-ils impunément et toute honte bue prétendre avoir réhabilité pour à peine un million de nos francs une salle de classe à Médého ? Quand on sait que le régime dépense beaucoup plus dans la plus petite de ses distributions électorales de khat, le constat a de quoi être alarmant : la communauté internationale contribue à sa manière à la consolidation de la mauvaise gouvernance et à l'oppression des peuples, et subsidiairement à la dilapidation des deniers publics prodigués par certains peuples européens démocratiquement plus avancés. Pour vérifier de visu la situation dans une de ces zones dévastées par le conflit civil, M. Jean-Paul Abdi Noël, le Président de la LDDH, a tenu à se rendre lui-même sur place pour mesurer l'ampleur du chantier. De ce carnet de voyage, il a ramené une discussion à bâtons rompus avec les plus jeunes citoyens de cette portion de notre territoire national. A nos concitoyens de lire avant tout ce témoignage, en gardant à l'esprit ce lucide constat du Président Bush selon lequel il convient, pour durablement combattre le terrorisme international, d'en éradiquer les racines : celles qui nourrissent le désespoir de l'être humain. Voici, en toute simplicité, ce que les jeunes écoliers et collégiens d'Obock ont tenu à raconter. Ali : On vient nager tous les jours car, à part jouer au foot par cette chaleur étouffante et dans ce khamsin, il n'y a aucune autre distraction ici : pas de salle de cinéma, la maison des Jeunes toujours fermée depuis longtemps, aucune salle de lecture, rien ! C'est complètement mort ici. Même en période scolaire, il n'y a rien pour se distraire. D'ailleurs, c'est même difficile de tout simplement s'instruire car, la plupart du temps, la centrale électrique est en panne : demandez aux autres écoliers citadins comment ils feraient s'ils étaient obligés de faire leurs devoirs le soir chez eux à la lueur d'une lampe. Ahmed : Ne pensons pas qu'à nous-mêmes. Moi, ce qui me chagrine aussi, c'est que cette année, aucun écolier d'une école de notre brousse n'a passé son entrée en sixième, comme si le CM2 n'existait plus là-bas. Je crois que dans notre district, il y a au moins si autres écoles en dehors d'Obock, je ne comprends donc pas pourquoi aucun écolier n'en est venu pour passer son entrée en sixième. C'est grave et personne ne s'en soucie. Mohamed : C'est
peut-être un problème de transport. Toutes les pistes en
brousse sont fichues depuis la guerre et en plus il y a très peu
de 4x4 qui circulent dans notre région. Peut-être parce que
les gens sont devenus tellement pauvres à cause de cette guerre
qu'ils n'ont plus les moyens de louer un 4x4 pour amener les provisions
qu'ils viennent acheter à Obock. Hassan : Justement, moi j'ai de la famille à Mabla et j'aimerais bien y aller. Le problème, c'est que je ne trouve aucun 4x4 pour m'y emmener. En plus, mon père manifeste tous les jours devant le bureau du chef du district car on lui refuse sept mois de salaires Ahmed : C'est vrai ! Toute la ville est au courant. C'est injuste. Ils sont une vingtaine de coolies et de cantonniers auxquels le gouvernement refuse sept mois de salaire alors qu'ils ont travaillé dur. La politique, c'est vraiment méchant ! Hassan : Il paraît même qu'une parente de l'un d'eux a été récemment ramenée de la brousse parce que sa grossesse se passait mal. Eh bien, je vous jure qu'il a fallu se cotiser pour acheter le gasoil pour l'ambulance ! D'ailleurs, c'est toujours comme ça que ça se passe : si on ne paye pas le gasoil, pas d'ambulance. Mais il paraît que c'est aussi comme ça dans tous les autres districts du pays, sauf dans la ville de Djibouti. Mohamed : Mais les choses sont plus graves à Obock. La ville a été détruite pendant la guerre. Le gouvernement nous a fait beaucoup de promesses. Le Président de la République a même apporté des sacs de ciment pour commencer à reconstruire, mais tout a disparu mystérieusement sans qu'aucune maison n'ait été bâtie avec. Maintenant, il paraît que les Européens ont donné beaucoup d'argent au gouvernement pour reconstruire les maisons détruites, mais on le donne parfois à des habitants dont la maison n'a pas été détruite. En plus, je ne comprends pas pourquoi les Européens veulent qu'on habite dans des maisons aussi petites, qui n'ont qu'une seule chambre pour dormir. Je ne sais pas si les maisons sont aussi petites que ça en Europe. Je me demande où les enfants dormiront quand il pleut : peut-être dans la cuisine où les WC ; en tout cas, la véranda n'est pas couverte. Je sais qu'il ne pleut pas souvent chez nous, mais ce n'est pas une raison pour construire des maisons qui n'ont qu'une seule chambre à coucher Ali : En plus,
ce n'est pas totalement gratuit, parce que le gouvernement demande aux
gens de payer eux-mêmes une grande partie des travaux de construction.
Ici, les gens qui travaillent ne sont pas nombreux, c'est pour cela qu'il
n'y a aucune banque dans notre ville. Hassan : Excusez-moi,
mais je dois vous quitter. Il est l'heure d'aller prier et je dois ensuite
apporter à manger à ma tante qui est hospitalisée
au dispensaire depuis avant-hier.
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