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07/08/04 (B259) L’Est Républicain : une affaire possible de subornation de témoin à Djibouti, aurait motivé la demande d’audition de Guelleh devant la Justice française.

(Extrait de l’Est républicain
du 7/08/04 – Rubrique 24 heures)

Djibouti : les avocats de la veuve du Juge Borrel, décédé
en 1995 dans des conditions suspectes à Djibouti, ont demandé
à un Juge enquêtant sur une éventuelle subornation de
témoin en marge de cette affaire d’entendre le Président Djiboutien,
Ismaël Omar Guelleh, qui doit se rendre en France, à la fin de
la semaine.

Le Juge Borrel, alors
conseiller du Ministre djiboutien de la Justice, avait été retrouvé
calciné. La thèse du suicide avait été retenue
par les Autorités françaises. Un seul témoignage, celui
d’un ancien Officier de la Garde présidentielle, opposant politique
au régime actuel, aurait pu orienter la Justice dans le sens d’un meurtre
ou d’un assassinat.

07/08/04 (B259) Radio-trottoir : la justice de Guelleh, toujours disponible pour prononcer l’injustice, condamne cette fois deux chomeurs à trois mois de prison fermes, au motif qu’ils ont dit la vérité sur certaines pratiques ‘particulières’ d’un Juge et d’un Ministre. Le cas a fait le tour des Mabrazes où les frasques du Juge, du Ministre et de leurs épouses ont fait le tour de la Place publique. Le ridicule ne tue pas même à Djibouti, mais il n’empêche que deux innocents payent d’une incarcération à Gabode les frasques extra-conjuguales de ces hauts personnages. (Lectrice)

Le face à face
entre le juge Lebègue [Gingo] et Abdi l’accusé, au Palais de
Justice de Djibouti, a défrayé la chronique mabrazienne, ces
derniers jours, et a peut-être contribué à apporterun
peu de fraîcheur à la canicule de l’été.

Il s’agit d’une audience
publique du Tribunal de Djibouti.

Sans emploi, Abdi passe
ses journées à pourchasser les connaissances à la place
Lagarde. Il connaît tout le monde ; il repère de loin ses cibles,
le plus souvent par leur voiture. Il connaît aussi les rares jours de
paye de chaque service, l’Armée, la Police, la Santé etc etc…

Ses moments de misère
suprême, ce sont les week-ends, lorsque les Banques sont fermées.
Il doit aller ailleurs pour taxer les cousins, des amis ou des amis d’amis.

Pour le taxage, Abdi ne
connaît aucun repos. Le taxage est intemporel. C’est le système
de survie des chômeurs de la place des Banques et d’ailleurs, dans cette
capitale déprimante sans eau et sans électricité permanentes
depuis dix ans.

L’autre jour alors qu’Abdi
discutait avec un compagnon d’infortune, sous les arcades de la Banque de
l’Indochine un policier à l’uniforme délavé, leur demanda
de circuler. Ils s’exécutèrent et ils partirent vers la Chambre
de Commerce.- Pas par – là… ! dit, le Policier. Par-là….
en montrant le sens inverse.

C’est à ce moment
là qu’Abdi et son ami remarquèrent un groupe de femmes bigarrées,
dont le luxe choquant contrastait avec la rue miséreuse. Elles sortaient
de la Chambre de Commerce.

Abdi, persuadé
d’avoir reconnu une tante éloignée, la fixa consciencieusement
pour être sûr qu’il s’agissait bien d’elle. La taxer pourrait
lui assurer la survie de la journée.

Mais voilà que
le policier surgit une fois encore et leur hurla d’aller voir ailleurs. Le
groupe de femmes parfumées disparut dans de rutilantes 4/4 climatisées
avec escortes de sécurité devant et derrière.

Abdi protesta. Il fut
arrêté aussitôt et conduit avec son ami au Commissariat
central en face de la Poste. Là, Abdi et son ami cherchèrent
un Policier de connaissance en service, certain qu’il les ferait relâcher
dans l’instant. En effet, il commençait à se faire tard pour
la taxage et l’heure du khat s’approchait. Mais en vain, pas une relation
en vue dans le Commissariat !

Après trois jours
de détention, ils se retrouvèrent devant un Juge au Tribunal.

– Abdi, levez- vous
dites la vé-vé-vérité toute la ve vérité,
rien que la vé-vé-vérité, dites je le ju-ju-jure
!

– Je le jure.

– Abdi, vous êtes accusé d’avoir re-re-regarder de trop prés
la Première Dame !

– C’est qui elle ? Votre Honneur, je ne connais ni de première, ni
de deuxième, ni de dernière !

– Soyez po-po-poli, Abdi, ne parlez pas ici de de-de-derrière !

– Mais Votre Honneur,
vous me connaissez, je ne suis qu’un chômeur de la Place Lagarde. Parfois,
j’ai fait quelques courses nocturnes pour vous dans le quartier !

– Vous êtes cul-cul-culotté
Abdi, ne répétez jamais ça. Je vous parle de la Première
Dame.

– Mais Votre Honneur,
moi je suis gentil avec toutes les Dames. Tenez, l’autre nuit, j’ai dit à
votre femme dans quel bar vous étiez, pour qu’elle ne vienne pas dans
le même bar que vous. Elle m’a donné mille francs, comme ça
tout le monde était content.

– Tais-toi Abdi !

– C’est la vérité,
Votre Honneur, tenez l’autre nuit, le Ministre des Affaires Etrangères
était dans le quartier, au bar chez Habiba précisément,
et vous savez quoi ?

– Abdi, TAIS-TOI !
C’est illégal de dire certaines choses.

La Vérité
n’est pas illégale votre honneur, puisque vous me demandez de dire
la Vérité rien que la vérité, tenez l’autre soir….

-Abdi, toi et ton ami,
vous êtes condamné à trois mois de prison ferme ! Gardes
amenez-les !