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09/06/2014 (Brève 400) Djibouti « L’ordre des désordres » règne mais derrière le lion à l’agonie se cachent les hyènes et les charognards toujours prêts pour la curée qui devient imminente. (Par Roger Picon)

Palais d'haramousTous les pouvoirs politiques que l’on peut s’octroyer par auto-proclamation, mais surtout pour les avantages financiers que l’on s’est indument octroyés, sont autant de pernicieuses tentations auxquelles Ismaïl Omar Guelleh a cédé.

Aujourd’hui il paie (ou a payé ?) le montant de la facture, avec les intérêts de retard et si l’on donne crédit aux rumeurs persistantes sur son état de santé, alors on peut affirmer qu’il n’est plus en état d’assumer ses responsabilités.

Ce qui est certain c’est que tout est fait pour tenter de nous cacher les vérités sur son état de santé.

A Haramous garder un tel secret sur l’état de santé d’IOG consiste à ne le confier…. qu’à une seule personne à la fois.

Le « Che » des années 80 de la Corne Est de l’Afrique, que nombre de Djiboutiens et d’étrangers saluèrent en 1999 comme étant une victoire de la future démocratie dont le pays avait tant besoin, a succombé à la facilité tout en imposant une image artificiellement trompeuse derrière laquelle il a tenté maladroitement de dissimuler, là encore, de désastreuses vérités.

Des vérités qui ont émergé, immanquablement l’une après l’autre, et contre lesquelles les pitoyables opérations de désinformation, lancées par Haramous pour tenter de les contrer, ont fait « chou blanc »

Le plus grave étant l’image qu’il offre sur le plan international, au point que Guelleh passe depuis bien des mois pour être un pestiféré à qui le « diplomatiquement correct » impose qu’on lui fasse bonne figure et que l’on aille pas « fouiller dans son jardin », certes pour tenter de sauver les apparences, mais qui est devenu incontestablement infréquentable.

Les preuves de ce que nous avançons sont évidentes.
Les avions présidentiels étrangers passent au Djibouti sans y faire escale ou s’ils s’y posent c’est simplement pour une escale technique et un avitaillement en carburant.

Les photos parues lors de la visite d’IOG aux USA en présence du président Obama sont éloquentes ; nul besoin d’un long discours !

En matière de ridicule ; encore tout récemment, la décision de Kadra Mahamoud Haïd de faire remplacer les forces de Gendarmerie, qui composent la Garde Présidentielle (GP), par des policiers a de quoi surprendre ; tout comme le silence du Gal Zakaria Cheick Ibrahim face à cette mesure qui n’est certes pas du ressort et de la compétence de Kadra Haïd.

Si une telle décision il devait y avoir, celle-ci incombait à IOG !!!!

Là encore c’est le silence le plus complet mais l’on sait pourquoi.

Décidemment les évènements qui se déroulent au Cirque Haramous depuis quelques semaines ont de quoi surprendre….. qu’à moitié.

Pour reprendre ce que nous écrivions un peu plus haut, prenez le temps de faire le recensement des Chefs d’Etats qui rendent visite à Djibouti sur invitation et vous comprendrez que Sa Majes  tueuse Majesté Bobard 1er n’est plus en odeur de sainteté.

Ses ruses politiciennes l’ont usé jusqu’à la corde et en ont fait un vieux malade qui a tiré sur trop de ficelles à la fois mais qui ne trompe plus personne sur le plan international.

Depuis bien des années, il en est réduit à inviter quelques vieux crabes politiciens séniles, anciens ministres occidentaux, en leur réservant une haute qualité d’accueil et surtout en leur octroyant généreusement et discrètement quelques « dons d’ordre financier » aux fins qu’ils fassent, devant ses médias à Djibouti, l’apologie de sa politique et l’éloge de …sa réussite.

Cela nous remet en mémoire ce qu’écrivit Paul Eluard lorsqu’il encensait aveuglément le « Camarade Staline »

Toute proportion gardée, on y trouve une étrange similitude !
Il est vrai qu’IOG est allé à la même « Ecole », celle des louanges du grand guide du communisme à la soviétique.

L’historienne Anne Applebaum estime que 18 millions de Soviétiques ont connu le Goulag sous Staline et six autres millions l’exil forcé au-delà de l’Oural ; un à deux millions de personnes y décédèrent.

Ode à Staline (1950) par Paul Eluard
 
Staline dans le coeur des hommes
Sous sa forme mortelle avec des cheveux gris
Brûlant d’un feu sanguin dans la vigne des hommes
Staline récompense les meilleurs des hommes
Et rend à leurs travaux la vertu du plaisir
Car travailler pour vivre est agir sur la vie
Car la vie et les hommes ont élu Staline
Pour figurer sur terre leurs espoirs sans bornes.
Et Staline pour nous est présent pour demain
Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur
La confiance est le fruit de son cerveau d’amour
La grappe raisonnable tant elle est parfaite

Ceci étant dit, les limites de l’acceptable en matière de tyrannie étant largement dépassées, c’est aujourd’hui l’accentuation du régime de la terreur qui s’est imposé à Djibouti soulevant des réactions de la diplomatie internationale – qui semble avoir changé de lunettes – et prive ainsi OG d’une sortie qui aurait pu être honorable à défaut d’être glorieuse.

15 années après l’auto-proclamation d’Ismaïl Omar Guelleh à la tête du pays, l’ambiance est plus que jamais pourrie, vérolée à outrance.

La corruption s’est institutionnalisée, le népotisme et le clientélisme qu’il a favorisés et entretenus ensuite par ses « Collabos » favorisent l’incompétence.

Incompétences et inaptitudes aux caractéristiques des postes à responsabilités qui ont emménagé en toute liberté dans tous les ministères, les grands services du secteur public mais aussi dans le privé.

Les allégeances claniques et le tribalisme ont largement fait « tache d’huile » au fil des ans créant des fractions et des frictions entretenues, y compris parmi « l’opposition de façade » notamment chez de vieux chevaux sur le retour.

Hommes d’une époque révolue mais qui, vissés à leur siège depuis trop longtemps, oublient un peu trop vite qu’il se trouvera toujours quelqu’un pour venir, en temps et en heure, leur demander des éclaircissements sur certains points de leur nébuleux passé.

Pour information, le pays Afar ne sera jamais une forme de « Réserve d’indiens » que l’on fait visiter aux touristes ni un spectacle de danses Massaïe pour quelques USD !

Comme en Tunisie, la rue s’est dressée et n’est pas prête de s’asseoir pour se taire alors que la répression sauvage n’a pas assez de balles pour faire taire plus de 80 % de la population djiboutienne.

La population constituée par les manifestants harcèle sans cesse le pouvoir d’Haramous alors que les « Outils de la Répression » font largement défection, de jour en jour ; des hommes basculent dans l’opposition car las de tirer à balles réelles sur leurs frères, sur leurs sœurs, sur des enfants qui le plus souvent, comme eux, ont faim de Liberté !

Le drame pour l’avenir est ce désenchantement dont souffre le pays avec une jeunesse intellectuelle victime de l’exclusion tribaliste et qui s’exile alors que les familles des opposants politiques sont les premières victimes de l’odieux chantage exercé par le pouvoir d’Haramous pour les faire taire.

Pourtant, à affronter la Tyrannie y compris sur internet, il y a plus à perdre en reculant et en baissant la tête qu’à avancer avec courage en n’hésitant pas à se faire menaçant.

La liberté a un prix, encore faut-il savoir comment la construire et comment l’utiliser pour la faire prospérer !

22/06/07 (B400) AFP : Affaire Borrel : la justice française pas « indépendante », selon Djibouti (Info lectrice)

On
croit rêver – L’hopital se moque de la charité. C’est Djama Souleiman, Grandes oreilels qui le dit !!! (ARDHD)

DJIBOUTI (AFP) – Le
procureur général de Djibouti, Djama Souleiman, estime que la
justice française « n’est plus indépendante » dans l’affaire
de la mort du juge Bernard Borrel, en 1995 à Djibouti, dans un communiqué
publié mercredi soir.

Le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, a confirmé
mardi l’origine criminelle de la mort du juge Borrel, dont le corps avait
été retrouvé en 1995 au bas d’un ravin à Djibouti,
alors que les autorités djiboutiennes défendent la thèse
du suicide.

« Dans l’affaire Borrel, tous les syndicats de magistrats (français)
se sont constitués partie civile; nous n’attendons plus rien de
ces juges et procureurs qui interviennent dans ce dossier et sont eux-mêmes
membres des syndicats; cette justice n’est plus indépendante »,
affirme le procureur de Djibouti, qui « regrette l’attitude du procureur »
de Paris.

« C’est la justice française qui a établi la thèse
du suicide », ajoute le magistrat djiboutien, selon qui « en tout
état de cause aucun élément du dossier ne met en cause
les autorités djiboutiennes malgré une campagne médiatique
calomnieuses qui perdure depuis 12 ans et qui n’a pas l’air de déranger
les autorités françaises ».

Tout en « prenant acte de la volonté affichée par le président
(français Nicolas) Sarkozy pour que toute la lumière soit faite
sur cette affaire », M. Souleiman « attire l’attention des autorités
françaises sur la nécessité de rechercher le rapport
entre la mort de Bernard Borrel et la soixantaine de diplomates, militaires
et coopérants français +priés+ par l’Etat français
d’écourter leur séjour à Djibouti après la
mort du juge ».

L’enquête djiboutienne a conclu à un suicide du juge, mais l’enquête
française privilégie la thèse d’un assassinat en se fondant
sur une série d’expertises.

22/06/07 (B400) AFRIK.COM Le juge Borrel a bel et bien été assassiné (Info lectrice)

Le procureur de la République
a annoncé, mardi, à Paris, que la thèse du suicide ne
tenait plus

La femme du juge Bernard Borrel a enfin obtenu satisfaction : l’Etat français
a reconnu que la mort de son mari, en 1995, à Djibouti, était
consécutive à un assassinat et non un suicide. Les investigations
vont se poursuivre pour trouver les responsables de ce crime, dans lequel
serait notamment impliqué le président du petit pays est-africain.

 » Le procureur de la République de Paris (…) précise
que si la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée,
les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur
d’un acte criminel « , a annoncé, mardi, dans un communiqué,
le procureur Jean-Claude Marin. Cela faisait douze ans qu’Elisabeth Borrel
attendait une telle reconnaissance pour son défunt époux, le
juge Bernard Borrel, dont le corps avait été retrouvé
à moitié calciné au fond d’un ravin à Djibouti,
le 19 octobre 1995.

 » Lésions osseuses sur le crâne « 

Ce qui a poussé la France à explorer un autre scénario,
ce sont  » les expertises anthropologiques, médico-légales
et de police scientifique « , annonce le procureur. Elles  » concluent
à l’existence de lésions osseuses sur le crâne et sur
l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet contondant, et à
la découverte de deux produits inflammables de nature distincte versés
sur le corps « , précise-t-il, en soulignant que la victime était
couchée lorsque les liquides ont été déversés
sur elle.

Ces précisions arrivent près d’une semaine après que
la vice-présidente chargée de l’instruction de l’affaire Borrel
a demandé au procureur que soient rendus publics ces conclusions. Objectif
de Sophie Clément : éviter  » la propagation d’informations
inexactes « . Le président français a promis de faire la
lumière sur ce retard de communication lors d’un entretien avec Elisabeth
Borrel, mardi, à l’Elysée.

Recherche pour  » identifier les auteurs « 

Cet entretien avec Nicolas Sarkozy a ragaillardi l’auteure de Un juge assassiné
(Flammarion).  » Je voulais le remercier car c’est le seul qui m’ait reçue
depuis douze ans, je n’ai jamais été reçue par qui que
ce soit, aucun ministre, aucun garde des Sceaux auparavant, dans une affaire
qui concerne pourtant l’assassinat d’un magistrat. C’est vrai qu’il m’a un
peu, sur ce plan-là, réconciliée avec mon pays « ,
a-t-elle déclaré. Il faut dire que l’affaire Borrel est un sujet
sensible, à cause duquel diverses pressions politiques et médiatiques
auraient été exercées. Des soupçons indiquent
en effet que le président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, et
une partie de son entourage sont impliqués dans l’assassinat. Or, la
France dispose dans ce petit pays est-africain d’une base militaire stratégique…

Le communiqué du procureur n’établit pas de responsabilités.
 » En l’état, l’instruction vise à compléter ces
éléments par des auditions et de nouvelles expertises afin,
notamment, d’identifier les auteurs et de connaître leurs mobiles « ,
souligne son communiqué.  » Le président Sarkozy va également
demander à ce que l’on fasse des recherches pour savoir pour quelles
raisons des documents classés secret défense de 1995 à
1997 n’ont pas été retrouvés « , a précisé
Me Olivier Morice, avocat de la veuve, à l’AFP. L’affaire Borrel semble
prendre une autre dimension.

22/06/07 (B400) AGORA VOX /Quand la justice règle ses pendules sur l’heure de l’Elysée… (Par Danie RIOT – Info lectrice)

Par Daniel RIOT, sa biographie

Cet article a été rédigé par un reporter d’AgoraVox,
le journal média citoyen qui vous donne la parole.

France : L’affaire Borrel, une preuve de l’extrême dépendance
politique de l’injustice française et de la persistance structurelle
de la déraison d’Etat.

« Indépendance de la justice » ? Voici une preuve (parmi
bien d’autres) que la République française ne respecte pas ce
principe républicain de simple bon sens… Je comprends la satisfaction
(la consolation) de la veuve du juge Borrel : « L’Etat n’est pas contre
la vérité ». Enfin… Quels combats menés par elle
et d’autres (souvent ignorés par les médias et les politiques)
depuis 1995 ! La justice retient enfin la thèse d’un homicide et non
plus d’un suicide. Enfin…

Mais la clef du déverrouillage se trouvait dans le coffre-fort de la
« raison d’Etat », donc de la déraison démocratique
et de la négation de la justice. Même la chronologie affichée
de ce déverrouillage illustre à la fois le primat du «
fait du Prince », le caractère monarchique et arbitraire de notre
pyramide judiciaire et l’extrême dépendance du pouvoir judiciaire.

C’est quelques heures après avoir reçu (devant les caméras,
bien sûr) la veuve Borrel que, subitement, le procureur de la République
(du roi) a publié un communiqué qui vaudrait analyse de texte
à l’école de la magistrature : « Si la thèse du
suicide a pu un temps être privilégiée, les éléments
recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel (…)
Les expertises anthropologiques, médico-légales et de police
scientifique concluent à l’existence de lésions osseuses sur
le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un objet
contondant, et à la découverte de deux produits inflammables
de nature distincte versés sur le corps. (….) Bernard Borrel était
couché sur le sol lorsque les liquides ont été répandus
sur sa personne de manière aléatoire », Comme tout cela
est bien dit ; un « suicidé » qui réussit à
s’assommer, à s’arroser, et à gratter une allumette…

Comme l’information circule vite : « Depuis 2002 » ! Le temps
d’un mandat présidentiel… Comme la justice est rapide ! Douze ans
d’enquête, cinq juges d’instruction, des pressions djiboutiennes sur
RFI (pour déplacer un journaliste trop curieux), des résultats
d’analyses (y compris ADN) non publiés et haussements d’épaules
d’hommes de loi sans foi qui prenaient Elisabeth Borrel « pour une folle,
aveuglée par son chagrin ».

Dans ce communiqué, précisent les agences de presse, «
le magistrat précise qu’il répond à une demande de la
juge d’instruction chargée de l’affaire et ne mentionne pas l’Elysée
». Belle pudeur.

Le procureur ne se prononce évidemment pas sur la piste d’un meurtre
commandité par le pouvoir politique de Djibouti, hypothèse soutenue
par Mme Borrel. « En l’état, l’instruction vise à compléter
ces éléments par des auditions et de nouvelles expertises afin,
notamment, d’identifier les auteurs et de connaître leurs mobiles »,
conclut le communiqué. C’est bien, cela. Djibouti vaut bien qu’on attende
encore… Elle est digne et belle, la France d’aujourd’hui.

Sans regretter le temps où ce « beau et grand pays » déclarait
la guerre au peuple pour un coup de chasse-mouche sur un émissaire
qui ne remplissait qu’un rôle de facteur, on devrait tout de même
ouvrir une vraie enquête sur « les raisons du silence de l’institution
judiciaire », pour reprendre la belle litote de Sarkozy…

Sur le site du Quai d’Orsay, on peut lire : « Djibouti accueille la
première base militaire française à l’étranger
(2 700 hommes). Cette implantation dans une zone stratégique (accès
à la mer Rouge et au Golfe persique) constitue un relais pour des opérations
de projection et un terrain d’entraînement en conditions arides. La
signature, le 3 août 2003, de la convention sur la situation financière
et fiscale des Forces françaises de Djibouti (FFDJ) pour une durée
de dix ans inscrit dans la durée la présence militaire française
à Djibouti. En vertu de cette convention, la France verse chaque année
30 millions d’euros à la République de Djibouti en contrepartie
de la présence des FFDJ sur le territoire djiboutien. Plus de 4 000
ressortissants français vivent à Djibouti. » No comment,
comme on dit sur Euronews.

Question subsidiaire et bien évidemment stupide : Combien d' »affaires
Borrel », c’est-à-dire de dossiers dits « politiques »
classés sans suite au mépris des règles les plus élémentaires
de la justice, sur « ordre » des grands décideurs de la
« déraison d’Etat » et avec la complicité lâche
de magistrats prisonniers d’un système qui favorise la soumission à
l’arbitraire ?

A ce stade, Chantal Cutajar ne manquerait pas d’évoquer les mille et
un dossiers liés aux « affaires politico-financières »
et à « l’argent sale ». Elle aurait raison. La déraison
d’Etat se manifeste surtout de nos jours dans ce secteur de l’économie
criminelle. Allô, Eva Joly ? Allô, Denis Robert ? Mais où
est donc passé « l’appel de Genève »? Et qui connaît
encore le « manifeste de Strasbourg »? Aucun rapport avec Djibouti
? Non, mais…

La vraie « ouverture politique » consisterait, non à plagier
partiellement, avec perversité, les exhortations (si décriées
durant la campagne présidentielle) de Bayrou pour un « gouvernement
de rassemblement », mais à reprendre les proposition concrètes
du même Bayrou sur l’indépendance de la justice. Puisque c’est
le seul qui faisait preuve d’audace et de raison dans ce domaine-là.
Un domaine où nos partenaires européens ont de grandes leçons
à nous donner, même si la formule de Georges Brown, l’ancien
ministre britannique, reste sans doute vraie : « Tous les Etats ont des
cadavres dans leurs placards ».

Mais l’image de
saint Louis rendant la justice sous son chêne est sans doute trop prégnante
dans nos esprits… Même si nous ne sommes que très rarement
gouvernés par des saints !

Au fait, si Chirac a étouffé ce dossier que Sarkozy vient de
sortir des oubliettes de l’injustice d’Etat, on ne lui demande aucun compte
? Je dois vraiment être resté très naïf….


Daniel RIOT

22/06/07 (B400) LIBERATION / Elisabeth Borrel: «Il n’y aura plus les obstructions qu’on a connues» (Info lectrice)

Reçue mardi matin
par Nicolas Sarkozy, Elisabeth Borrel, veuve du juge français retrouvé
mort à Djibouti en 1995, dit avoir constaté un «vrai changement
de ton» dans la manière d’aborder le dossier.

Elisabeth Borrel, qui avait demandé une audience au chef de l’Etat
pour qu’il lui garantisse que l’enquête sur la mort de son mari serait
menée à bien, a été reçue mardi matin à
l’Elysée.

«Je voulais remercier (Nicolas Sarkozy) car c’est le seul qui m’ait
reçue depuis douze ans, je n’ai jamais été reçue
par qui que ce soit, aucun ministre, aucun garde des Sceaux auparavant, dans
une affaire qui concerne pourtant l’assassinat d’un magistrat. C’est vrai
qu’il m’a un peu, sur ce plan-là, réconciliée avec mon
pays», a-t-elle déclaré à la presse à sa
sortie de l’Elysée.

Elisabeth Borrel a expliqué avoir constaté chez le chef de l’Etat
«un vrai changement de ton sur le fond et sur la forme» dans la
manière d’aborder le dossier. «J’ai ressenti la parole libre
d’un homme chaleureux», a-t-elle confié, ajoutant: «Il
n’y aura plus les obstructions qu’on a connues. Il s’y est engagé.»

Après la mort du juge Borrel, en 1995 à Djibouti, l’enquête
française a privilégié dans un premier temps la thèse
du suicide avant de retenir celle d’un assassinat après de nouvelles
expertises. Des témoignages mettent directement en cause le président
djiboutien Ismaël Omar Guelleh et son entourage.

Elisabeth Borrel avait dénoncé le 13 juin devant la presse «des
pressions politiques incontestables» de l’Etat français dans
cette enquête, mettant notamment en cause le rôle joué
par Jacques Chirac.

Nicolas Sarkozy «a pris l’engagement de demander à ce que Mme
Borrel soit entendue en tant que témoin par la Cour internationale
de justice (CIJ) de La Haye, ce que seul un Etat peut demander», a précisé
à l’AFP Me Olivier Morice, avocat de Mme Borrel, qui l’accompagnait
à l’Elysée.

La CIJ a été saisi le 12 janvier 2006 d’une plainte de Djibouti
contre la France à laquelle l’Etat africain reproche d’avoir manqué
à ses devoirs d’entraide judiciaire en refusant de lui transmettre
une copie du dossier français sur la mort du magistrat. La juge Sophie
Clément a demandé jeudi au procureur de Paris de rendre publics
les éléments du dossier prouvant la piste criminelle afin d’éviter
«la propagation d’informations inexactes». Le 9 mai, les avocats
d’Elisabeth Borrel avaient déjà formulé la même
demande.

22/06/07 (B400) LIBERATION : Borrel : Sarkozy fait plier le Quai d’Orsay

L’intervention de l’Elysée
avait déjà conduit le parquet de Paris à reconnaître
l’assassinat.

Par Brigitte
VITAL-DURAND

L’entretien accordé à Elisabeth Borrel, mardi, par le président
de la République, dans son bureau à l’Elysée, déclenche
une cascade d’effets secondaires. La veuve de Bernard Borrel s’évertuait
depuis douze ans à faire reconnaître l’assassinat de son mari,
magistrat français mort en coopération à Djibouti en
1995. Les services de l’Etat, relayés par de nombreux organes de presse,
lui opposaient le suicide, thèse à laquelle s’accroche désespérément
le gouvernement de Djibouti.

L’appui apporté par Nicolas Sarkozy ­
qui a ostensiblement raccompagné Elisabeth Borrel jusqu’à la
porte de l’Elysée ­ a eu deux effets immédiats.

Après la confirmation, mardi soir, de l’origine criminelle de la mort
du juge Borrel par le parquet de Paris, c’est, hier, la déclaration
inédite du Quai d’Orsay. Le porte-parole du ministère des Affaires
étrangères, Jean-Baptiste Mattéi, a fait valoir que «Djibouti
est un partenaire important de la France, avec lequel nous entretenons des
relations étroites dans tous les domaines […] Nous souhaitons poursuivre
ces relations dans un climat de confiance, de coopération et d’amitié».
Mais il a ajouté: «Nous souhaitons que toute la lumière
soit faite sur cette affaire.»

L’ancien porte-parole, Hervé Ladsous, lui, avait promis de faire passer
une copie du dossier judiciaire aux autorités de Djibouti précisément
visées par l’enquête. Ce qui a valu à ce diplomate une
plainte en octobre 2006 pour «pression sur la justice», l’ouverture
d’une information judiciaire et un refus de la part de la juge Sophie Clément.

Désormais, on se rallie derrière la nouvelle bannière
de l’Elysée. Dans son communiqué que la juge Clément
réclamait en vain depuis quelque temps, le procureur détaille
comment «les expertises concluent à l’existence de lésions
osseuses sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide
d’un objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables
de nature distincte versés sur le corps. […] Bernard Borrel était
couché sur le sol lorsque les liquides ont été répandus
sur sa personne ». Ces preuves du crime ne figurent dans le dossier
Borrel que… depuis cinq ans.

22/06/07 (B400) REUTERS : La thèse de l’assassinat officielle dans l’affaire Borrel

La justice retient la
thèse d’un homicide et non plus celle du suicide dans l’enquête
sur la mort du magistrat français Bernard Borrel, en 1995 à
Djibouti, déclare officiellement mardi soir le procureur de la République
de Paris dans un communiqué.

L’affaire est au
centre de vives tensions diplomatiques. Ce communiqué avait été
demandé quelques heures auparavant au président Nicolas Sarkozy
par la veuve du magistrat, reçue à l’Elysée pour la première
fois depuis la mort de son mari, pour laquelle elle met en cause les autorités
de Djibouti.

Le magistrat, Jean-Claude Marin, assure dans ce communiqué – démarche
sans précédent dans ce dossier – qu’il répond à
une demande du juge d’instruction et ne mentionne pas l’Elysée.

« Le procureur de la République de Paris, en accord et comme suite
à la demande de Madame Sophie Clément, vice-présidente
chargée de l’instruction de l’affaire Borrel, précise que si
la thèse du suicide a pu un temps être privilégiée,
les éléments recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur
d’un acte criminel », dit le procureur.

Elisabeth Borrel souhaitait ainsi qu’il soit répondu à des reportages
de presse qui ont examiné diverses hypothèses, dont le suicide,
un temps envisagé dans l’enquête, ce qui aux yeux de son avocat
Olivier Morice constitue une manipulation.

« Les expertises anthropologiques, médico-légales et de
police scientifique concluent à l’existence de lésions osseuses
sur le crâne et sur l’avant-bras gauche, faites à l’aide d’un
objet contondant, et à la découverte de deux produits inflammables
de nature distincte versés sur le corps. Elles précisent que
‘Bernard Borrel était couché sur le sol lorsque les liquides
ont été répandus sur sa personne de manière aléatoire' »,
explique le procureur.

Il ne se prononce cependant pas sur la piste d’un meurtre commandité
par le pouvoir politique de Djibouti, défendue par la veuve du magistrat.
« En l’état, l’instruction vise à compléter ces éléments
par des auditions et de nouvelles expertises afin, notamment, d’identifier
les auteurs et de connaître leurs mobiles », dit-il.

22/07/07 (B400) BERNARD BORREL : LA VERITE, DOUZE ANS APRES ! Par Claude MONIQUET, Président de l’ESISC (Info Lecteur)

Parfois,
la justice se hâte lentement.

Dans
l’affaire Borrel, elle a mis douze ans à commencer à reconnaître
une vérité qui aurait pu l’être depuis les premiers
jours de l’enquête.

Seuls
l’acharnement d’une veuve à obtenir justice, Madame Elisabeth
Borrel, l’honnêteté d’un homme
seul, un ancien officier qui a tout perdu, Monsieur Mohamed Saleh Aloumekani
,
et l’instruction sans concession d’une juge, Mme Sophie Clément,
ont fait sortir la vérité de l’ornière.

Le
19 octobre 1995, à Djibouti, était retrouvé au pied d’une
falaise le corps carbonisé de Bernard Borrel, magistrat français
détaché à Djibouti. Après avoir été
procureur de la République de Lisieux, monsieur Borrel, âgé
de 39 ans, avait été nommé conseiller technique du ministre
de la Justice, chargé, entre autres, de l’aider à éclaircir
les causes d’un attentat qui avait frappé des Français,
à Djibouti, en pleine guerre du Golfe.

Dès
les premières heures ayant suivi la découverte du corps, avant
même que celui-ci soit déplacé et qu’une autopsie
eut été pratiquée, l’ambassade de France à
Djibouti avisait le quai d’Orsay que le magistrat s’était
suicidé en s’immolant par le feu.

Belle
intuition qui donnera le ton de la position française pour les années
qui suivirent !

Pendant
plusieurs années, en effet, cette thèse restera, contre vents
et marées, la seule officielle. Ce qui importe avant tout à
la France de Monsieur Jacques Chirac, c’est de maintenir de bonnesrelations
avec Djibouti, qui abrite la principale base française de la région.
Coûte que coûte, fût-ce au mépris de la vérité
due à un fonctionnaire français mort en service et à
sa famille. Paris ne reculera devant rien pour préserver la belle amitié
qui nous unit à Djibouti : d’une justice couchée et ne
respectant pas les droits des parties civiles à une enquête plus
que partiale d’une Brigade criminelle aux ordres, en passant par les
intimidations de Madame Borrel et de témoins ou par les pressions plus
ou moins discrètes sur les médias, on aura droit à toute
la panoplie d’une« affaire d’Etat» aux relents nauséabonds
de Françafrique et d’intérêts occultes.

En
2000, un témoin clé sort de l’ombre: Monsieur Mohamed Saleh
Aloumekani, ancien officier de la garde présidentielle djiboutienne
en exil
–et dont nous honorons, à l’ESISC, qu’il
soit aujourd’hui l’un de nos collaborateurs – affirme avoir
entendu, le lendemain de la mort de Monsieur Borrel, dans les jardins du Palais
présidentiel, une conversation accablante entre plusieurs hommes.

L’un
d’eux n’était autre qu’Ismail Omar Guelleh, à
l’époque chef de cabinet du Président et responsable des
services de sécurité. Guelleh est aujourd’hui président
de la République. Ce 19 octobre 1995, des hommes de main venaient lui
affirmer que « le juge fouineur » était mort et «
qu’il n’y avait aucune trace ».

Entendu
à plusieurs reprises au cours des années qui suivirent, Monsieur
Aloumekani ne devait jamais varier d’un mot dans ses dépositions.
Enfin, après une enquête plus que chaotique et manifestement
orientée de manière à coller à la thèse
officielle, Madame Sophie Clément reprenait le dossier en juin 2002.

Elle
devait mener son instruction avec indépendance et diligence. Quand
il deviendra clair que l’affaire échappe à tout contrôle,
la France de Monsieur Chirac ira plus loin encore dans la voie du renoncement
: elle conseillera le président Guelleh quant aux meilleurs moyens
de… contre-attaquer. En 2004, le ministre de la Justice, Monsieur Perben,
s’engage à remettre une copie du dossier Borrel aux autorités
de Djibouti. La juge Clément refuse cette consigne qui visait exclusivement
à permettre à des personnes susceptibles d’être mises
en cause de prendre connaissance des éléments accumulés
contre eux.

Alors,
l’ambassade de France –qui ne peut agir de la sorte, on s’en
doute, qu’à l’initiative des plus hautes autorités
à Paris – avisera le président Guelleh que Djibouti peut introduire
un recours à la Cour internationale de Justice.

Une
ambassade française conseillant un gouvernement étranger sur
la meilleure manière de porter plainte contre Paris : c’est sans
doute là un cas unique dans les anales diplomatiques françaises
sinon mondiales…

Mais
la vérité est désormais en marche.

Le
19 juin 2007, Madame Elisabeth Borrel est reçue par le président
français de la République. Monsieur Sarkozy l’assure que
«son souci est la vérité ». Dans la soirée,
le parquet de Paris publie le communiqué suivant : « Le procureur
de la République de Paris, en accord et comme suite à la demande
de Mme Sophie Clément, vice-présidente chargée de l’instruction
de l’affaire Borrel, précise que si la thèse du suicide a pu
être un temps privilégiée, les éléments
recueillis notamment depuis 2002 militent en faveur d’un acte criminel. »

C’est
une première victoire.

L’acharnement
d’une veuve,d’une magistrate et d’un homme seul ont porté
leurs fruits. Les relations entre Paris et Djibouti viennent de prendre un
sérieux coup de froid mais l’on peut désormais espérer
que Monsieur Bernard Borrel, mort pour la France, obtiendra enfin douze ans
après sa mort, ce à quoi il a droit : la justice.