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17/07/2014 (Brève 421) Courrie des lecteurs. Un message signé « Che ». Le mal djiboutien

Le mal djiboutien

Les esprits s’affaissent et se régénèrent dans les eaux profondes de la paresse humaine, c’est tellement facile d’avoir des certitudes quand tout vous semble confus! Et avant, les généralisations toutes faites, les regards restreints, les demi vérités qu’on fait passer pour des grandes vérités. 

Quel est le but?
Celui de faire avancer un pays ou de patauger dans les émotions inutiles? Celui de surpasser des différences fabriquées ou de les renforcer à coups d’analyses pâteuses et sans fondements ? Celui de lâchez l’homme ou de le tenir dans des chaînes imaginaires mais non fatales?

Je me demande comment compte-t-on faire avancer le pays quand on l’ôte d’une partie de ses membre? Comment compte-t-on redonner souffle à un peuple qui arrive à peine à respirer? Comment compte-t-on éduquer un peuple que ses leaders subjuguent et déchirent en leur fabriquant des différences fatales afin de se maintenir au pouvoir? Sûrement pas en imitant ce jeu de division dont ils se sont fait les maîtres incontestés!

Il est vrai que le tribalisme érigé en forme de gouvernance -non pas pour profiter à une ethnie ou un clan spécifique- a malheureusement des effets dévastateurs, faisant croire à certains d’être des « exclus » tout en miroitant à d’autres un quelconque sentiment « d’inclusion », voilà comment les colons ont divisé pour mieux régner et voilà comment nos pseudo leaders continuent avec une assiduité remarquable une politique nauséabonde des plus anachroniques. Au final, aucun clan, aucune ethnie n’y gagne sauf une petite minorité non représentatif d’aucun clan /ethnie. La triste affaire, les damnés de la terre s’entrechoquent pour des histoires de clopinettes tandis que les maîtres fouettards se partagent ses restes.  

Une grande partie de nos maux sont d’ordre clanique/ethnique ou pour être plus précis résulte de l’exploitation exacerbée de différences clanique/ethnique par un appareil d’Etat Djiboutien dont les moyens financiers/répressifs/légales restent sans contrepoids dans un contexte de paupérisation élevée d’une très grande majorité de la population. Dans un tel contexte de pauvreté en tout points, les esprits sont prompts à la manipulation, aux divisions, aux conflits orchestrés par une poignée de puissants, à la guerre de tous contre tous. 

Certes comme tous les groupes humains, nous avons des différences, nous sommes issus de différentes communautés mais nous partageons aussi des valeurs communes qui n’ont à rien envier à nos différences! Pour saisir la portée de nos différences et par conséquent valoriser et mieux apprécier nos valeurs communes, devrions nous encore comprendre ce qui nous fait mal.

D’abord l’absence d’un leadership clairvoyant et visionnaire, maintenant le peuple dans l’obscurité, la manipulation, et les divisions, pis un leadership qui malgré ses ronronnements poursuit un système de gouvernance coloniale, quelle ironie! Mais aussi la duplicité d’une très grande partie des alphabétisés qui se fondent dans le moule préconçu de l’appareil d’Etat, participant parfois avec un zèle répugnant à une manière de gouverner qui emprunte honteusement aux périodes les plus sombres de notre histoire.

La compartimentation commence au sommet de l’Etat, un chef de l’Etat issu de la communauté issa, un premier ministre issu de « la communauté afar », suivi de ministres de la communauté issa ou afar, enfin l’attribution d’un poste ministériel pour chacune des communautés issak, gadaboursi et arabe. L’affectation des postes de dirigeants des grandes entreprises publiques suit à peu près le même schéma.

Ceci tout le monde le sait, voilà qui réjouira les aficionados de la clarté clanique/ethnique. Cependant, est ce que ce type de gouvernance profite à une communauté particulière? Aucunement! Aucun groupe n’en tire bénéfice, excepté une minorité non représentatif d’aucun groupe ; par représentatif, j’entends représentant et défendant les intérêts d’un groupe particulier. Même si à premier abord, il peut sembler à certains esprits que ce système profite à une communauté et discrimine envers les autres, il n’en est rien en vérité, pour solde de toute compte, la population djiboutienne dans toutes ses différences et dans sa grande majorité vit dans la misère !.

Mais ciel! Pourquoi donc nous discriminons les uns envers les autres, je veux dire, nous les jeunes, moins jeunes, vieux, moins vieux, alphabétisés ou non? Pourquoi nous nous regardons différemment selon qu’on soit d’un clan ou d’une ethnie autre que la notre? 

Parce que nous ne réclamons pas justice mais des faveurs, nous empruntons cette idéologie étatique qui nous divise tant, nous sommes affectés par les mêmes injustices que nous affligeons. Nous reportons nos maux les uns sur les autres au lieu de nous en débarrasser ensemble. Il est une chose que de reconnaître nos différences, il en est une autre que de nous stigmatiser pour ces différences.

Si nous voulons un pays, ce n’est sûrement pas en compartimentant, en figeant dans un rôle préconçu les uns et les autres que nous formerons un pays digne de ce nom. Tant que nous ne rejetterons pas les sectarismes, tant que nous accepterons une forme de gouvernance tribale, nous n’arriverons jamais à entreprendre quoi que ce soit!

Che 

16/11/07 (B421) A lire sur LOI cette semaine.

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN n°1226 – 17/11/2007
AFFAIRES & RESEAUX/ENTREPRISES

Star Cement
( Djibouti) La compagnie de Dubaï, filiale du groupe Eta-Ascon , s’est fait tirer les oreilles par les autorités djiboutiennes pour le retard pris dans la réalisation de la cimenterie d’Ali Sabieh. (…)

16/11/07 (B421) Communiqué de la Communauté Minoritaire Arabe de Belgique

Communiqué de la Communauté Minoritaire Arabe de Belgique

Nous, communauté arabe de Belgique, composée par Messieurs :

Ahmed Mohamed Ali (dit Abdo Ibi), Ali Salem Omar (dit Ali Géhédallah), Nasser Ali Houssein (dit Hassan Briguel), Khaled Soultan Mohamed, Houssein Mohamed Abdallah (dit Houssein Tuister), Idriss Ali Idriss, Mohamed Abdoulrahman Ghanem, Galal Said Abdo, Sadat Said Abdo (dit Sadat Modarek), Mouktar Issa Abdallah, Boulboul Mohamed Boulboul, Ahmed Ismael Farah (dit Ahmadi), Mauktar Ismael Farah, Kamal Mohamed Ibrahim, Alawi Abdo Ali, Ahmed Abdo Ali, Said Abdo Ali, Moustapha Mohamed Seif (dit Moustapha Gohli), Nagui Mohamed Said, Sadam Mohamed Said, Ilyas Salem Hassan…

Dénonçons l’acte barbare et incontrôlé de Ismaël Omar Guelleh (IOG). Par cet acte de bannissement aussi bien raciste que fasciste, IOG a commis l’irréparable. Mais quel message, notre dictateur, souhaiterait-il nous transmettre ?

Bien entendu, cet acte de bannissement de toute une famille djiboutienne veut dire beaucoup de choses. Il va sans doute au-delà de la famille de Monsieur Mohamed Saleh ALHOUMEKANI. Aujourd’hui, toutes les communautés et toutes les familles sont visées. Tout le monde doit se sentir menacé. Pour IOG, le message doit être clair comme l’eau de roche: quiconque refusera de plier l’échine devant Moi, se verra, soit éliminer physiquement (même si ce n’est pas le moment au vu de tout ce qui se passe autour de l’affaire Borrel), soit expulser (gratuitement) du pays vers d’autres cieux (Yémen, Borama, Somaliland, Ethiopie, Erythrée, Khartoum…).

Mais, par ce geste cynique, IOG n’a fait que renforcer notre détermination à le combattre et à le dénoncer sur tous les toits…

Nous, Communauté arabe de Belgique, demandons expressément à IOG de faire autant avec nos familles s’il le souhaite, cela ne changera rien à notre combat pour la démocratie et les libertés humaines. IOG ne pourra jamais nous ôter notre nationalité djiboutienne. Ce n’est pas avec un bout de papier, dont il a l’habitude de « djiboutianiser » certains et de « dédjiboutianiser » d’autres, qu’il sèmera la terreur à Djibouti. Qu’il l’utilise donc comme papier toilette !

Nous voudrions également rappeler à IOG, qu’un jour, lui-même, sera expulsé. Ce jour là, IOG sera étonné comme tant de dictateurs qui l’ont précédé. Que Dieu nous prête vie pour assister à ce jour. De toutes les façons, le peuple djiboutien assistera au moins à son enterrement ! Le peuple iraquien a siroté ce jour…pourquoi pas nous.

Les arabes de Djibouti, comme le reste des communautés, n’ont pas besoin de IOG pour être des djiboutiens. Ils le sont et le resteront à tout jamais car l’Histoire même de ce pays, est faite grâce à eux et à leurs aïeux.

Comme les dromadaires, les vaches ou encore les moutons pour les autres communautés ; les bâtiments, les ânes, les boutres, les poissons ou encore la culture des légume et fruits en disent long sur l’oeuvre des arabes à Djibouti. N’est-ce pas grâce aux ânes des arabes, introduits comme premier moyen de locomotion, que se déplaçait OMAR GUELLEH (papa d’IOG) ? Qui n’a pas entendu parler du poisson yéménite tant apprécié par les djiboutiens ? A contrario, qui a entendu parler du « poisson mamassane ou poisson Issa » ? (Personne !)

Qui n’a pas entendu parlé des jardins d’Ambouli et de leurs productions de fruits et légumes ? Dans quelle mosquée OMAR GUELLEH faisait-il sa petite prière ? A la mosquée Hamoudi ou celle de Sayiid-Hassan ?….la liste est normalement plus longue et IOG le sait très bien.

IOG devrait commencer à avoir honte, même si ce mot ne lui est pas familier !

Que nos familles soient donc expulsées pour rejoindre la famille ALHOUMEKANI au Yémen (pays dont restera fier d’être originaire) ! Que IOG le sache, nous sommes désormais tous de la famille ALHOUMEKANI !!!

16/11/07 (B421) Le Monde : Ratissages à Mogadiscio, théâtre d’une guerre urbaine sans merci

Aucun chef de guerre, aucun milicien, aucun fou de Mogadiscio n’avait encore réalisé cette performance : imposer silence et faire le vide dans le grand marché de Bakara.

Le quartier, même en période de combats dans la capitale somalienne, est d’ordinaire une ruche où règne le vacarme des coups de klaxon et des coups de feu, le son crachotant des appels à la prière et le cliquètement plus discret des transactions qui s’y concluent, allant de l’achat de lots de chaussettes synthétiques chinoises à celui de cargos entiers bourrés d’électronique ou de voitures d’occasion "reconditionnées" à Dubaï.

Aujourd’hui, pour la première fois de son histoire, Bakara est silencieux comme un sépulcre, ses rues abandonnées aux soldats. Les forces éthiopiennes entrées en Somalie en décembre 2006 et qui, depuis un an, subissent les assauts d’une insurrection à forte composante islamiste radicale, ont lancé, avec les soldats du gouvernement fédéral de transition (TFG) somalien qu’ils parrainent et protègent, une vaste opération à l’échelle de la capitale pour tenter d’en chasser leurs ennemis. A Bakara, cela consiste techniquement à cerner le quartier à l’aide de chars, à y déployer des troupes et à se livrer au porte-à-porte pour en chasser les "chababs", les groupes armés fondamentalistes somaliens qui se fondent habituellement dans la foule.

L’opération, jusqu’ici, a eu pour effet de faire fuire toute la population, qui s’entasse à présent dans les rares logements disponibles en périphérie ou sous des huttes en brousse, à la merci des pluies. Cela ne semble pas avoir rendu Bakara plus sûr. Dans l’une de ses rues, le gouverneur adjoint de la capitale, Abdifatah Ibrahim Shaawey, avance prudemment, tandis que ses hommes, doigt sur la détente, braquent kalachnikov et lance-roquettes sur la moindre venelle. Voici l’ex-marché aux armes, où les stands ont été démantelés, les stocks saisis. "Ici se concentraient tous les terroristes", affirme le gouverneur adjoint.

Pendant des mois, depuis Bakara et les quartiers environnants, des insurgés ont tiré au mortier ou au canon sans recul sur la présidence située en contrebas, qui répliquait avec des orgues de Staline, hachant indistinctement insurgés et civils.

Alors que les insurgés attaquent à nouveau forces éthiopiennes et troupes du gouvernement de transition, Abdi Qeybdid, ancien chef de guerre, ancien membre de la coalition soutenue par les Etats-Unis pour mener à Mogadiscio la "guerre contre le terrorisme" et actuel directeur de la police du TFG, explique le sens des ratissages en cours : "La dernière fois (lors des combats d’avril), nous avions commis une erreur, celle de ne pas fouiller la ville en profondeur. C’est ce que nous sommes en train de faire à présent. Nous allons rétablir la sécurité, et les habitants pourront regagner leurs quartiers."

Pour l’heure, les hommes d’Abdi Qeybdid ont déjà les plus grandes peines à rester en vie dans leurs postes de police, régulièrement attaqués. Une cinquantaine d’entre eux ont déjà été tués au cours des derniers mois par les insurgés, qui n’hésitent pas désormais à les décapiter et à exhiber leurs têtes, message destiné à bien faire comprendre que la terreur n’est pas un simple concept politique, mais l’arme d’une guerre urbaine sans merci.

A l’autre bout de Mogadiscio, d’autres quartiers qui devraient être "nettoyés" offrent un spectacle moins encourageant encore que Bakara. Dès la sortie de Karan, l’un des bastions gouvernementaux, il n’y a plus âme qui vive, hormis des soldats embusqués qui s’abritent de leur mieux pour éviter de se faire assassiner et tentent de se convaincre qu’ils sont en train de prendre le contrôle des quartiers nord où ne s’aventurent que de rares véhicules, hérissés d’armes, roulant plein gaz.

A l’hôpital SOS, au coeur d’un autre bastion insurgé théoriquement "ratissé", la tension règne. Terriblement nerveux, un des responsables de l’hôpital tente d’abord d’éluder les questions avant de glisser : "Bon, d’accord, les chababs sont partout dans le quartier. Ils n’entrent pas ici, ils passent seulement devant l’hôpital et nous font des signes de la main à travers la clôture. Maintenant, par pitié, allez-vous en, c’est dangereux." A Karan, les autorités de transition organisent dans un petit stade une manifestation de soutien aux opérations en cours. Le nombre des participants est inférieur à celui des soldats chargés de les protéger. La pluie menace, la chaleur s’épaissit, nul n’a envie de traîner et de s’exposer à un jet de grenade, un attentat- suicide ou un tir de mortier des insurgés.

Tous les dirigeants du TFG qui comptent sont là, à commencer par Mohammed Dheere, le gouverneur de Mogadiscio, qui les domine tous par la taille et affirme que "la sécurité s’améliore", en précisant que les insurgés ont déjà fui la capitale. Les discours à peine achevés, les lieux se vident en un instant. Moins d’une heure après la cérémonie, un camion de transport de troupes sautait près d’une base éthiopienne sur une mine actionnée par un dispositif télécommandé.

16/11/07 (B421) LIBERATION Le chaos somalien, entre rebelles islamistes et occupation éthiopienne

CHRISTOPHE AYAD

Est-ce la deuxième, la troisième ou la quatrième bataille de Mogadiscio de l’année en cours ? Plus personne ne compte, plus personne ne sait vraiment. Les habitants de Mogadiscio ont pris l’habitude de déménager au gré des offensives de l’insurrection d’obédience islamiste, qui a juré de chasser par les armes l’armée d’occupation éthiopienne. Ces deux dernières semaines, plus de 170 000 personnes ont fui Mogadiscio, en proie à de violents combats. L’insécurité est telle que le Programme alimentaire mondial (PAM) est dans l’incapacité de distribuer de l’aide.

Qui sont les insurgés ?

L’essentiel de la mouqawama (la résistance) est constitué de l’aile radicale des Tribunaux islamiques, notamment les Chebab (jeunes), la milice la plus extrémiste de cette coalition disparate qui régna sur Mogadiscio de juin à décembre 2006. Mais il serait faux de réduire la guérilla aux seuls Chebab. Les principaux clans de la capitale, apparentés au groupe Hawyie, ont rejoint l’opposition armée par hostilité au président Abdallah Yusuf, originaire du Puntland, et à ses alliés éthiopiens. Les principaux chefs politiques des Tribunaux islamiques sont réfugiés en Erythrée, principal ennemi régional de l’Ethiopie.

De plus en plus, les insurgés somaliens mobilisent sur un mode nationaliste et rallient tous ceux qui veulent en finir avec l’occupation de la Somalie – musulmane – par l’Ethiopie, l’«ennemi chrétien séculaire».

Que fait le gouvernement ?

En bientôt un an de pouvoir à Mogadiscio, le gouvernement fédéral de transition n’a jamais su imposer la loi et l’ordre, ni sa crédibilité. Le marché de Bakara, véritable poumon économique de la capitale, a été ravagé par les flammes lors de combats.

L’insurrection mène des attentats quasi quotidiens et n’hésite plus à décapiter les agents du pouvoir accusés de traîtrise. Les forces gouvernementales et éthiopiennes ne se privent pas de piller les quartiers vidés par les combats ou de rançonner les habitants aux barrages. Huit journalistes ont été assassinés depuis le début de l’année. Le pouvoir, qui a assiégé une radio pendant plusieurs jours, a même fait arrêter le représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) pour des déclarations jugées déplaisantes.

Les Tribunaux islamiques avaient rétabli un calme sans précédent depuis le début de la guerre civile en 1991. Même la piraterie, dont les Tribunaux islamiques étaient venus à bout, est en plein essor : l’US Navy, qui patrouille dans les parages, ne parvient pas à en venir à bout.

Les institutions fédérales elles-mêmes traversent une grave crise. Le Premier ministre Ali Gedi, qu’une rivalité opposait au Président Abdallah Yusuf, a démissionné au début du mois. Le président du Parlement avait été démis en janvier pour sa sympathie envers les Tribunaux islamiques, malgré les protestations de la communauté internationale. Dans ce contexte, aucun projet de reconstruction ou de développement n’a été mené à bien, ni même lancé.

La Somalie est-elle un nouveau front de la guerre contre le terrorisme ?

Ce que dénonçait Washington est en train de se réaliser. En accusant, il y a un an, les Tribunaux islamiques d’être sous la coupe d’Al-Qaeda, l’administration américaine a travesti la réalité (moins d’une demi-douzaine de membres étaient hébergés et protégés par les Chebab) et donné un feu vert explicite à Addis Abeba pour envahir son voisin. Malgré les communiqués sur l’amélioration sécuritaire, l’armée éthiopienne est de plus en plus engluée dans un conflit qui ressemble par bien des aspects au fiasco américain en Irak. Plus le conflit dure et plus les radicaux, proches d’Al-Qaeda, s’imposent à la tête de l’insurrection.

A part l’Ouganda, qui a envoyé un millier d’hommes, régulièrement pris pour cible, aucun autre pays africain ne veut participer à l’Amisom, la force de paix de l’Union africaine quasi mort-née

16/11/07 (B421) RSF / Somalie SOMALIE – Reporters sans frontières appelle le président Abdullahi Yusuf à clarifier la position du gouvernement sur la liberté de la presse

Dans une lettre adressée au président du Gouvernement fédéral de transition somalien, Abdullahi Yusuf Ahmed, Reporters sans frontières a protesté contre "la violation de ses engagements que constituent les propos du maire de Mogadiscio, Mohamed Omar Habeb, exigeant des médias et journalistes de s’enregistrer auprès des autorités pour pouvoir travailler dans la capitale".

Le 14 novembre 2007, Mohamed Omar Habeb a appelé "tous les médias", y compris "les représentants des médias étrangers", à s’enregistrer auprès des autorités "dans les 30 jours pour continuer à travailler à Mogadiscio, sinon ils ne seront pas autorisés".

"Outre qu’il n’existe pas de base légale à cette décision, aucune loi en Somalie n’étant susceptible de la justifier, il n’appartient pas au maire de la capitale de déterminer qui est autorisé à couvrir l’actualité et qui ne l’est pas. Les règles élémentaires de la profession stipulent que les seules autorités habilitées à assigner des missions aux journalistes sont leurs rédactions en chef", peut-on lire dans le courrier, daté du 16 novembre 2007.

Quatre radios privées (Radio Quran Karim, Radio Mogadishu, Voice of Democracy, Radio Somaliweyn), une chaîne de télévision (Universal TV, basée à Londres) et cinq correspondants locaux de médias internationaux (AFP, Reuters, Associated Press, BBC, VOA) sont les derniers journalistes à pouvoir travailler à Mogadisicio.

"Certes, la délivrance d’accréditations par les autorités, pratiquée par de nombreux pays, peut se comprendre dans une situation de conflit armé. Mais l’enregistrement sélectif des médias, dans un contexte où trois radios privées ont été récemment fermées arbitrairement par la force et où des journalistes sont régulièrement incarcérés hors de toute procédure légale, constitue une mesure supplémentaire de censure et de contrôle de l’information, incompatible avec les engagements du gouvernement que vous présidez", a ajouté l’organisation.

Reporters sans frontières cite l’exemple de la fermeture, les 12 et 13 novembre 2007, de Radio Shabelle, Radio Banadir et Radio Simba, et de la détention arbitraire du photographe indépendant Salah Mohammed Adde, arrêté le 15 novembre par la brigade criminelle lors d’un meeting au stade de football Banadir, dans le nord de Mogadiscio. Le journaliste a été interpellé alors qu’il prenait des photographies de manifestants qui soutenaient l’opération de police lancée par les troupes somaliennes, appuyées par l’armée éthiopienne, dans le centre de la capitale. Il est toujours en détention depuis.

L’organisation estime que ces incidents "violent la Charte fédérale de transition de février 2004, qui sert de corpus législatif suprême à la Somalie, sur plusieurs points". L’article 3, alinéa 1, stipule que le gouvernement fonde son action sur "la suprématie de la loi" et sur "une gouvernance conforme à la Charte". L’article 4, alinéa c, précise que l’interprétation de la Charte doit privilégier "ce qui fait avancer la dignité humaine, l’intégrité, les droits et les libertés fondamentales, ainsi que l’Etat de droit". Enfin, l’article 20, alinéa 1, engage le gouvernement fédéral de transition à "garantir la liberté de la presse et des médias indépendants, conformément à la loi".

"Ces trois dispositions essentielles de la Charte donnent manifestement tort au maire de Mogadiscio. Du reste, ce dernier, en tant qu’ancien gouvernement de Jowhar sous le nom de guerre de ‘Mohamed Dhere’, a déjà, par le passé, fait la démonstration de son mépris pour la liberté de la presse, en faisant régulièrement arrêter des journalistes selon son bon vouloir", a écrit Reporters sans frontières.

L’organisation appelle donc Abdullahi Yusuf Ahmed "à prendre des engagements publics clairs en faveur de la presse indépendante somalienne, qui a payé un lourd tribut à la guerre cette année et qui se trouve prise entre les feux croisés des insurgés et de votre armée. De deux choses l’une, soit votre gouvernement fonde son action sur la Charte fédérale de transition et le maire de Mogadiscio ne doit pas mettre ses menaces en pratique, Radio Shabelle, Radio Banadir et Radio Simba doivent être autorisées à reprendre leurs activités et Salah Mohammed Adde doit être libéré ; soit votre gouvernement décide de s’affranchir de ses règles fondatrices et il est indispensable que son président l’assume publiquement", a conclu l’organisation.

15/11/07 (B421) Le Temps (Suisse) INTERNATIONAL : Ratissage dans les rues de Mogadiscio

Auteur: Jean-Philippe Rémy, envoyé spécial à Mogadiscio, Le Monde

SOMALIE. Sanglante reprise en main de la capitale par les forces gouvernementales.

On ne détruit pas méthodiquement une ville, au mépris des conventions de la guerre, sans avoir besoin de reprendre son souffle de temps à autre. Contrairement aux jours précédents, Mogadiscio n’a pas connu de combats importants, le mardi 13 novembre, entre les insurgés embusqués dans la capitale somalienne et leurs ennemis, les troupes éthiopiennes et leurs alliés du gouvernement fédéral de transition (TFG) du président Abdullahi Yusuf.

La trêve a peu de chances de durer avant que ne reprenne, à Mogadiscio, la nouvelle phase d’une guerre sans front et sans règles, seconde bataille menée par des insurgés qui regroupent milices de clans majoritaires dans la capitale et groupes fondamentalistes de la galaxie des Shabab (jeunesse). Ils sont lancés dans une lutte à mort contre les forces éthiopiennes entrées en Somalie voilà presque un an pour chasser les Tribunaux islamiques qui avaient pris le pouvoir dans le sud du pays.

La bataille précédente, en avril, avait fait plusieurs centaines de morts, sans épargner les habitants de la ville. Des secteurs entiers de Mogadiscio avaient été ravagés par des pilonnages de l’artillerie lourde éthiopienne. Puis les insurgés, après avoir été écrasés sous un déluge de feu, s’étaient retirés de la capitale. Après s’y être infiltrés à nouveau, ils ont repris crescendo, au cours des dernières semaines, des attaques frontales avec plusieurs centaines de combattants appuyés par des mortiers et de petits canons contre les bases et les positions de l’armée éthiopienne ou du TFG.

En réponse, les forces éthiopiennes ont lancé une vaste opération de ratissage qui touche au moins un tiers de la ville. Le principe en est simple et dévastateur. Partout où les insurgés sont soupçonnés de pouvoir s’abriter, au nord comme au sud de Mogadiscio, les troupes éthiopiennes et leurs alliés du TFG ont entrepris de faire le vide, chassant les habitants pour fouiller les maisons au porte-à-porte, et pillant allégrement tout ce qui peut l’être. Ceux qui en ont les moyens ont déjà fui dans les environs de Mogadiscio ou d’autres quartiers de la ville, désormais surpeuplés. Les plus démunis, n’ayant nulle part où aller alors que les prix s’envolent, restent aux abords de leur maison, exposés à la mort.

Les attentats-suicides avaient été introduits en avril. Ces dernières semaines, l’assassinat ciblé ou aveugle s’est imposé comme une nouvelle tactique de la sale guerre urbaine. Des cas de décapitation ont été signalés. Les insurgés sont soupçonnés d’en être responsables. Plusieurs sources confirment l’existence de tireurs d’élite éthiopiens qui abattent quiconque passe dans leur ligne de mire dans les quartiers que les alliés du TFG veulent vider, sans distinction d’âge ou de sexe.

Depuis que la foule a traîné les corps de plusieurs des leurs dans les rues de Mogadiscio, les troupes d’Addis-Abeba ont perdu toute retenue. Les soldats éthiopiens tirent sur les passants, et ont ouvert le feu avec des chars sur des quartiers d’habitation ou sur le marché de Bakara. Ce quartier, poumon économique d’un dynamisme qui inondait, il y a encore un an, toute l’Afrique de l’Est de produits en provenance d’Asie du Sud-Est, est désert et ses entrepôts sont pillés, selon les rares informations qui en filtrent. Quiconque s’en approche risque de se trouver dans le viseur d’un tireur, comme cela s’est encore produit mardi.

Dans le quartier de Hamar Weyne, moins exposé aux destructions – il a été en grande partie démoli pendant les grands combats entre clans, il y a quinze ans -, les ruelles grouillent de monde. Dans l’une des maisons où s’entassent les familles, Cheikh Abba, un leader spirituel, s’interrompt au milieu de consultations de médecine traditionnelle pour implorer «la communauté internationale d’arrêter le massacre».

Alors que la ville suffoque, les hôpitaux regorgent de blessés. A Medina, les corps racontent une guerre qui n’épargne aucun civil. Une famille exhibe la balle ôtée du corps d’Abdinur Uluso. La pointe du projectile a été rognée par le tireur, technique qui rend les blessures plus horribles encore. Non loin, une adolescente fixe le plafond, hébétée par les sédatifs. Un tir de lance-roquettes lui a emporté le bras droit.

«Les Ethiopiens entrent dans les maisons et tirent sur nous en nous traitant de terroristes», hurlent des femmes dans le couloir. Un homme, blessé à la tête, trouve encore la force d’injurier les troupes du TFG.

15/11/07 (B421) RUE 89 / Sur la plage de Marero, les passeurs veillent sur le butin (Info lectrice)

Par Stéphanie Braquehais (Journaliste)

Quatrième volet de notre reportage en Somalie. Aujourd’hui, visite mouvementée au point d’embarcation des candidats à l’exil.

La voiture emprunte une route rocailleuse, qui l’empêche de rouler à plus de 40 km/h. A la sortie est, sur la gauche, une opulente villa louée par la CIA. Sur la droite, le palais du Président (le général Adde Muse, un fidèle d’Abdulahi Yusuf).

A Bossasso, deux personnes, Farah, passeur, et Jamal, propriétaire d’un bateau, ont accepté de nous conduire vers un des lieux d’embarcation des migrants. Après avoir réclamé le triple, ils finissent par se « contenter » de 800 dollars (!) qu’ils comptent distribuer à tous les miliciens sur place, ce qui n’en reste pas moins la visite guidée la plus chère jamais effectuée. « Par jour, ils gagnent 4000 dollars, explique placidement Farah. Alors, ils n’ont pas vraiment besoin de votre argent. »

Avant de quitter Bossasso, ils s’arrêtent pour acheter plusieurs kilos de khat (plante euphorisante), et commencent à en détacher des branches pour les mâcher consciencieusement, tout au long du trajet, parallèle au littoral. Les collines forment un arc de cercle et convergent vers la mer, à l’horizon.

« C’est là-bas », annonce Farah avec un semblant de fierté, la joue gonflée de khat et les dents verdâtres. Jamal, lui, est apparemment un taiseux. « Combien de bateaux possédez-vous? » Il ne daigne pas répondre, puis, lorsque j’insiste, me lâche un cinglant: « Aucun! » J’apprends par la suite que Jamal détient deux bateaux et qu’il s’est constitué un abondant pactole depuis dix ans, grâce à la traite des migrants.

« Nous n’avons pas mangé depuis quatre jours »

Nous approchons du site en question. Farah intime l’ordre au chauffeur de s’arrêter à quelques mètres d’une butte rocheuse. Il sort de la voiture et s’approche d’un milicien armé. Il le prend par l’épaule, lui donne un sac de khat, et récupère l’AK-47, tandis qu’un jeune titube vers les pierres qui bloquent la route et entreprend de les ôter une à une, avec une lenteur infinie.

Plusieurs bateaux recouverts d’une bâche bleue, qui sert à dissimuler les clandestins censés se terrer au fond de la coque, sont amarrés un peu plus loin. Quittant soudain les cavités rocheuses qui semblaient désertes, des dizaines d’hommes armés se dressent et commencent à charger leur kalachnikov car ils ont repéré la voiture non identifiée pénétrer dans le sanctuaire.

Deux bateaux remplis d’une centaine de migrants chacun ont quitté la côte à l’aube. Seule une demi-douzaine de personnes sont encore là et attendent leur tour pour les prochains jours: des jeunes, d’une vingtaine d’années, qui ont parcouru, de nuit, les 20 km à pied depuis Bossasso quatre jours auparavant, pour rejoindre le lieu d’embarcation.

Ils viennent de Mogadiscio, ont fui les terribles combats du week-end dernier, les plus violents depuis le mois d’avril. Ils savent qu’ils risquent leur vie en traversant, mais ce qui semble vraiment les préoccuper est l’absence de nourriture. Les passeurs éloignés, ils nous glissent:

« Nous n’avons pas mangé depuis quatre jours, nous n’avons plus d’argent, nous leur avons tout donné. »

Coup de feu sur la voiture

Tout à coup, un vieil homme s’agite et se met à pousser des cris de fureur. Par des grands gestes, il nous invite à ficher le camp immédiatement. Farah s’approche:

« Certains réclament encore plus d’argent, ils demandent pourquoi on vous a amenée ici et ont alerté d’autres miliciens qui sont sur la route, il ne vaut mieux pas traîner ici. »

Je tente de protester en leur rappelant que j’ai tout de même dépensé 800 dollars pour avoir le droit de faire mon travail. Pour toute réponse, ils me poussent vers le véhicule. Oumar, le chauffeur, passe la première et roule doucement vers la sortie, mais est vite contraint de stopper son élan, lorsque le même garde à qui Farah avait pris son arme, et qui l’a entre temps récupérée, vise le pare choc et tire une balle.

Dans la voiture, tout le monde baisse la tête d’un coup. Il a les yeux rouges et exorbités. « Il a trop fumé de marijuana celui-là, il aurait pu nous tuer! », s’exclame Oumar, qui arrête le moteur et hausse les épaules d’un air excédé. Farah et Jamal se précipitent à l’extérieur vers le mécontent, lui tapent dans le dos, comme s’ils étaient amis de trente ans, et lui glissent des liasses de billets somaliens, qui ne semblent l’apaiser qu’à moitié puisque Jamal revient cinq minutes après, fouille sous le siège de la voiture et en sort encore deux autres, jaunâtres et reliées par un élastique.

« Vous avez un scoop maintenant »

Sur le chemin du retour, Farah se retourne vers moi et a le culot de me dire d’un ton enjoué: « Vous avez un scoop maintenant, ça va vous rapporter beaucoup d’argent. » Je lui demande de quel scoop il parle. « Vous avez pu voir comment les gens partent au Yémen, le lieu où tout se passe! » Il semble occulter l’épisode qui a largement écourté ma visite et en partie avorté le reportage.

« -Les gens m’ont dit qu’ils n’avaient plus à manger depuis quatre jours?

-C’est faux, nous leur apportons de la nourriture chaque matin, répond-il.

-Si le bateau rencontre des policiers yéménites, que se passe-t-il?

-Il faut éviter les policiers, car ils tirent sur les bateaux et tuent les migrants.

-Pourquoi certains racontent que ce sont plutôt les passeurs qui obligent les voyageurs à sauter à l’eau pour une mort certaine, dès qu’ils aperçoivent les forces de sécurité yéménites?

-C’est faux, nous risquons notre vie pour eux, ce sont les yéménites qui les tuent.

Autant les patrouilles du Yémen constituent un danger, autant, les passeurs accueillent avec plaisir les patrouilles maritimes anti-terroristes américaines ou européennes. Farah nous explique pourquoi en gloussant:

« En général, ils nous offrent de la nourriture, discutent avec nous, nous demandent de prendre une ou deux photos du bateau parfois, mais c’est tout. Ils s’en fichent de nous, tout ce qu’ils veulent c’est Al Qaeda! »

Puis, fatigué sans doute d’avoir trop parlé, il pioche à nouveau dans le sac plastique un nombre non négligeable de branches de khat et les mâchera imperturbablement jusqu’à notre arrivée.