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06/03/09 (B489) A quand la fin de la censure sur Internet à Djibouti ? Comme vient de le faire l’Ethiopie, cédant aux pressions internationales. (Info lecteur)

Nous venons d’apprendre que le Gouvernement éthiopien vient de céder aux injonctions internationales et de réouvrir son réseau aux sites étrangers d’opposition dont l’accès était censuré sur son territoire.

Bon exemple et belle occasion pour Guelleh !

A l’occasion du trentième anniversaire du RPP et des engagements pris par Gouled, puis par lui-même, libérer l’Internet à Djibouti, serait un geste qui serait salué par la Communauté internationale.

Il pourrait même s’en servir pour montrer sa volonté d’ouverture du débat démocratique et de rétablissement des libertés. Ca ne lui coûterait d’ailleurs pas grand chose, car comme nous l’avons dit, si la censure gène considérablement les internautes, elle n’empêche pas l’information de passer.

Plusieurs moyens de contournement existent, par exemple :

– l’envoi régulier de nos informations par e-mail
: elles sont imprimées ensuite et dupliquées. On dit même que certains mabrazes qui accueillent des ministres et haut fonctionnaires se réjouissent collectivement à la lecture de certains de nos articles …

– l’utilisation de proxy :
c’est un peu plus long sur le plan technique, mais cela marche fort bien,

– les cyber cafés de l’autre côté de la frontière somalilandaise,

– etc.

Allons, M. Guelleh, faites enfin un geste qui vous honorera, sans qu’il ne vous en coûte un sou ! Imitez celui de votre grand copain du moment, Méles Zenawi et ouvrez en grand le robinet.

D’ailleurs en vous disant cela, nous prêchons contre les intérêts de l’ARDHD, car il est de notoriété publique, qu’un site censuré est beaucoup plus recherché et écouté qu’un site non censuré ….

06/03/09 (B488) Source XINHUA : Somalie : L’UA demande au Conseil de sécurité de différer le mandat d’arrêt contre le président soudanais

L’Union africaine (UA) a indiqué jeudi qu’elle enverra une délégation à New York pour persuader le Conseil de sécurité de l’ONU de différer d’un an le mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir.

Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA a tenu une réunion d’urgence jeudi pour coordonner les mesures à la suite du mandat d’arrêt contre le président el-Béchir.

Dans un communiqué rendu public à l’issue de la rencontre, le conseil a sollicité que le président de la commission de l’UA, Jean Ping, "prenne de toute urgence toutes les mesures requises pour dépêcher une délégation de haut niveau à New York afin d’engager directement le Conseil de sécurité."

Mercredi, la Cour pénale internationale (CPI) a émis un mandat d’arrêt contre le président soudanais el-Béchir pour crisme de guerre.

En juillet de l’année dernière, le procureur en chef de la CPI, Luis Moreno-Occampo, a accusé el-Béchir pour son rôle présumé dans ce qu’il a appelé génocide au Darfour. Il a sollicité un mandat d’arrêt contre le président soudanais.

L’Union africaine fait du lobbying depuis juillet auprès du Conseil de sécurité des Nations Unies pour retarder d’un an le mandat d’arrêt contre le président el-Béchir.

Selon la Charte de l’ONU, le Conseil de sécurité a la responsabilité première de maintien de la paix et de la sécurité dans le monde globalement et a le pouvoir de suspendre une enquête ou des poursuites judiciaires sur une affaire pour un maximum d’un an une fois, d’après l’article 16 du Stat de Rome qui a constitué le tribunal international.

06/03/09 (B488) A lire sur LOI cette semaine …

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN – 07/03/2009
SOMALIE
Mohamed Dhere
L’ancien chef de guerre de la région de Jowhar (au nord de Mogadiscio), Mohamed Omar Habeb, plus connu sous le nom de Mohamed Dhere, pourrait reprendre du service. (…)

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN – 07/03/2009
ETHIOPIE

Addis-Abeba
La sécurité et la défense font partie des secteurs d’activité considérés comme porteurs pour les sociétés françaises dans la Corne de l’Afrique. (…)

06/03/09 (B488) Avis de l’ARDHD à propos du mandat d’arrêt délivré par la CPI contre Omar Hassan El Bachir. (ARDHD / Jean-Loup Schaal)

Le Soudan ne fait pas partie de la zone géographgie dont l’ARDHD s’occupe en priorité. En revanche, nous ne pouvons pas ignorer les suites pénales contre un dictateur en exercice parce qu’il aurait pu avoir commis des crimes « si graves » qu’ils sont du ressort non pas d’une Juridiction nationale, mais d’une Juridiction mondiale.

Le cas de Bechir est exemplaire !

D’autres dictateurs ou criminels agissant « en gouvernements organisés » et jusqu’aujourd’hui en toute impunité, pourraient avoir (enfin !) à répondre de leurs actes.

Guelleh fait-il partie de cette catégorie ?

Probablement, mais à la condition essentielle que des Djiboutiens, victimes ou parents de victimes, se décident à porter leurs plaintes devant la CPI. Tant qu’il n’y aura pas de plaintes, il n’y aura pas d’instruction ni de mises en examen.

Chaque victime djiboutien a sa part de responsabilité dans la mise en cause ou non du régime de Guelleh.

Comme nous l’avons toujours écrit, à l’instar du GED qui a multiplié les appels en ce sens, le massacre d’Arrhiba en 1991 pourrait être l’un des éléments importants dans la constitution d’un dossier pénal visant Guelleh et/ou ses sbires.

D’autant qu’il devrait y avoir encore de nombreuses preuves disponibles.

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Rappelons que l’ARDHD avait déposé en 1992 en France une plainte contre Gouled et Guelleh pour crimes contre l’humanité, avec un plaignant djiboutien qui avait été torturé.

Dans sa réponse,
le procureur de la République de Paris a simplement estimé que les tribunaux français n’étaient pas compétents à l’époque pour juger un Chef d’Etat en exercice.

Mais il n’a jamais dit qu’il n’y avait pas « matière » à poursuite.
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Si la CPI, sachant la médiatisation et les critiques qu’elle devrait supporter, a estimé qu’elle devait délivrer un mandat d’arrêt international, contre Bechir, c’est qu’elle détient assez de preuves et malheureusement probablement trop !

Pourquoi se molibiliser contre cette mesure ?

D’abord son application concrète sera extrêment difficile. Imaginons, par exemple, que Bechir se rende dans un pays étranger : quelle police pourra l’arrêter alors qu’il bénéficie par ailleurs, en vertu des règles diplomatiques, d’un statut d’immunité ??? Simplement les pays étrangers, pour éviter un tel dilemme, éviterons certainement de l’inviter à l’avenir, sauf ceux qui ne respectent pas le droit international …

La position de l’UA est incompréhensible et elle va à l’encontre de l’indépendance de la justice.


En découvrant la position de l’UA qui annonce l’envoi d’une délégation aux Nations unies pour demander l’ajournement de la mesure, nous sommes véritablement choqués. Chacun demande des justices indépendantes ! Et voilà qu’une organisation internationale, censée défendre les peuples et être exemplaire sur le plan des bonnes pratiques, prétend faire pression sur la justice.

Même si nous comprenons les risques qui se profilent derrière cette prise de position, la position de l’UA constitue une véritable honte à nos yeux !

C’est vrai que cela va poser de nombreux problèmes politques, diplomatiques, etc.

Mais c’est le rôle et la responsabilité des politiques et des représentants internationaux de les assumer pour sauvegarder à tout prix la Justice. Si nous voulons pérenniser et /ou rétablir l’indépendance de la justice, au contraire, il faut soutenir, contre vents et marées, tous les magistrats honnêtes et indépendants, dans l’exercice difficile de leurs fonctions.

Sinon nous aurons la justice que nous mériterons : celle des dictateurs et de la Loi du plus fort !

06/03/09 (B488) ADI – Fin du congrès RPP : c’est parti pour un troisième mandat en violation de la constitution actuelle … mais on la changera pour l’occasion !


Humour par Roger Picon
RPP: les congressistes adoptent une résolution portant soutien à la politique du chef de l’Etat et demandant prorogation du mandat présidentiel.

Les travaux du congrès extraordinaire du Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) ont pris fin aujourd’hui, par l’adoption d’une résolution dans laquelle tous les arguments justifiant la nécessité, pour M. Ismail Omar Guelleh, de briguer un 3ème mandat sont ardemment défendus.

Cette résolution a été unanimement accueillie et approuvée par les congressistes qui ont exprimé leur « pleine satisfaction quant aux nombreuses réalisations accomplies dans les différents secteurs socio-économiques et aux promesses tenues durant l’exercice de ses fonctions ».

Dans leur décision politique, les membres du RPP ont adressé un « sincère et vibrant hommage » au Président du Parti dont ils ont « loué le courage et la persévérance, la sagesse et le leadership, mais surtout la détermination, le dévouement constant et le sacrifice consenti pour le développement du pays et la stabilité régionale ».

Tout en sollicitant « la révision de la constitution » notamment l’article 23 relatif au mandat présidentiel, les congressistes ont manifesté leur « profond attachement à la personne du chef de l’Etat », le priant de « répondre instamment à l’appel du devoir patriotique ».

Dans cette même résolution, adoptée à la majorité écrasante des congressistes, le RPP a demandé par conséquent au Président de la République de « continuer à assumer les charges du pouvoir et de mener à terme le processus de développement national engagé dans cette conjoncture régionale et internationale lourde de défis ».

Les participants ont enfin « invité les Partis amis, membres de l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), les organisations syndicales, les mouvements associatifs et toutes les autres forces vives à soutenir cet appel ».

06/03/09 (B488) Le journal de la Flibuste. Déstockage = un navire égyptien. La Suède prépare plusieurs navires de guerre. (4 articles en Français et en Anglais)

____________ 4 – Point de bascule (Info datée du 5/03 sur le site)

Somalie – Djihad en mer. Un bateau de croisière transportant 1200 vacanciers britanniques attaqué au lance-roquettes par des pirates
(jeudi 5 mars 2009
)

Incroyable !

Plus de 1200 vacanciers britanniques en croisière autour du monde ont été terrorisés par des pirates somaliens armés de lance-roquettes qui ont attaqué leur navire.

Le Balmoral (photo ci-dessus), mesurant 715 pieds, a été attaqué à quatre reprises par des bandits somaliens, a déclaré un membre de l’équipage.

Le navire de croisière de 43.000 tonnes a été forcé de zigzaguer violemment pour échapper aux pirates qui le pourchassaient dans deux petites embarcations dans les eaux notoirement dangereuses au large de la Somalie.

Un membre de l’équipage a déclaré dans des e-mails à son ami en Grande-Bretagne que les pirates tournaient autour du navire dans un rayon de moins de 400 mètres, a rapporté le Sun.

« Je suis restée sur le pont et je regardais avec des jumelles les hommes dans les bateaux de pêche armés de fusils AK-47 et de lance-roquettes », a-t-elle dit.

« Les gens couraient partout et tout le monde était en larmes ».

« Nous avons pu entendre des coups de feu. Ils ont commencé à nous suivre et nous avons dû appeler la US Navy ».

« De nombreux passagers étaient terrorisés et ont fondu en larmes », a-t-elle ajouté.

L’alerte a été donnée mardi matin quand les bateaux ont surgi de nulle part et se sont rapidement approchés.

Alarmé par l’activité « suspecte » du bateau non identifié, l’équipage du Balmoral a lancé des appels d’urgence, a dit aujourd’hui la firme Olsen Cruise Lines.

Ils ont également lancé des fusées de détresse et le personnel du navire a manié des faux « fusils » faits avec des morceaux de bois dans l’espoir que les pirates seraient découragés si l’équipage semblait armé, selon les rapports.

Les 1300 passagers, dont 95% de Britanniques, surtout des personnes âgées, ont ensuite été rassemblés sous le pont dans un « refuge » sur le Balmoral.

L’attaque a été évitée seulement grâce à l’intervention d’un navire de la US Navy qui escortait le bateau de croisière à travers les eaux périlleuses du golfe d’Aden.

L’incident est survenu un peu plus de deux semaines après le début d’une croisière de trois mois alors que le Balmoral naviguait de la Jordanie vers l’Inde.

Les pirates ont attaqué plus de 130 navires marchands dans le golfe d’Aden l’année dernière – soit plus du double de l’année précédente. D’avril à décembre l’année dernière, 42 navires ont été détournés et des pirates somaliens ont extorqué 100 millions de livres sterling en rançon.

_________________________ 3 – Shabelle (En Anglais) avec AP

Selon des informations données par la marine US, sept personnes soupçonnées d’actes de piraterie ont été conduites au Kenya pour y être auditionnées et mises en examen. // 7 suspected pirates handed over to Kenya

The U.S. Navy says it has handed over seven suspected pirates to Kenya for prosecution after their apparent attempt to hijack a merchant ship in the Gulf of Aden.

Lt. Nathan Christensen, a spokesman for the Bahrain-based 5th Fleet, says the Navy determined there was enough evidence against the seven "for their prosecution to go forward." He declined to elaborate.

The seven were sized Feb. 11, when the Marshal Islands-flagged Polaris reported that gunmen tried to board it from a skiff.

U.S. sailors found AK-47s and RPGs aboard.

Christensen says the suspects were taken to Mombasa aboard USS Leyte Gulf and handed over to Kenyan authorities on Thursday.

_______________________________ 2 – Portail des sous-marins

Kockums (autorité sudédoise) prépare plusieurs bâtiments pour la lutte contre la piraterie

Par Rédacteur en chef.

Le gouvernement suédois a donné le feu vert pour que la marine suédoise participe à la mission européenne de lutte contre la piraterie au large de la Somalie. La mission suédoise comprendra les corvettes HMS Stockholm et HMS Malmö, accompagnées par le navire de soutien HMS Trossö.

La corvette suédoise HMS Stockholm Kockums est actuellement en train de préparer les bâtiments pour cette opération internationale. pour Kockums, cela signifie aussi d’organiser une capacité de réaction rapide, dans l’éventualité d’une panne grave, ainsi que des services de soutien et de maintenance.

Les attaques de pirates contre la navigation commerciale sont un problème grandissant dans de nombreuses parties du monde. Près de 230 attaques ont été rapportées l’an dernier, dont 100 se sont produites au large de la Somalie. C’est là que la marine suédoise a été chargée par l’ONU de protéger les cargaisons d’aide alimentaire destinée à la population. Le golfe d’Aden est particulièrement dangereux.

La force suédoise se montera à 160 marins. La mission des bâtiments suédois sera de protéger les convois humanitaires, pas de traquer ou de poursuivre les pirates. Même dans ce cas, la mission est extrêmement dangereuse, et si les navires de soutien sont attaqués, les règles d’engagement de l’ONU autorisent l’usage de la force armée. Cela signifie que les bâtiments seraient libres d’utiliser leurs armes.

_______________________________ 1 – JDD

Somalie: Des pirates libèrent un navire égyptien

Des pirates somaliens ont libéré un navire égyptien qu’ils retenaient captif depuis plus de deux mois, rapporte la presse égyptienne jeudi.

Les pirates avaient détourné le Blue Star le 1er janvier alors que ce cargo naviguait avec une cargaison de 6 000 tonnes d’engrais.

Les 28 membres de l’équipage devraient être prochainement de retour en Egypte, précise la presse égyptienne.

06/03/09 (B488) Radio-Trottoir : Célébration du 30ème anniversaire du RPP. (Lecteur)


Humour par Roger Picon
La déroute des flibustiers.

Mardi et mercredi derniers, le parti unique au pouvoir depuis trente ans a tenu congrès et meeting dans la capitale.

La formation présidée par IOG, que les Djiboutiens ont récemment rebaptisé Repaire des Pirates et Prédateurs (RPP) vient de rater sa sortie de manière délirante.

Ainsi, le meeting de mercredi soir au Stade Gouled fut un fiasco pathétique.

Présenté comme le point d’orgue de l’évènement, le rassemblement populaire n’a pas attiré les foules..

Certes, quelques centaines de courtisans ont défilé avec des calicots médiocres, mais l’ambiance n’était décidément pas à la fête.

Pourtant la RTD avait bousculé son programme pour retransmettre en direct les festivités.

Mais les aléas du direct ont humilié le dictateur qui, après un insipide discours, avait tenu à s’offrir un bain de foule frileux.

Pendant qu’il entonnait tristement un chant en son honneur, avec les musiciens de la troupe du 4 mars, un voix venue d’on ne sait où a scandé plusieurs fois au micro :

« UAD, UAD, UAD, UAD ! ».

Au même moment, quelques jeunes ont déployé
des banderoles où on pouvait lire
:

« Nous sommes des chômeurs, nous avons faim ».

Le maître des cérémonies a failli tomber en syncope avant de se saisir d’un micro pour baragouiné un maladroit message de soutien politique à Omar El Bashir le Président Soudanais qui vient d’être inculpé par la CPI.

Visiblement dopé, la mine décomposée, IOG savait à cet instant que le même sort l’attend demain.

Lui le tyran qui se sait coupable d’avoir spolié, torturé, et éliminé physiquement des milliers de personnes, Djiboutiennes et Etrangères en 32 ans de pouvoir usurpé.

En attendant la fête est bel et bien terminée pour le président du RPP et consorts.

IGUEH OUGOUREH GAWAD
Dissident du RPP.

06/03/09 (B488) Le Monde : La base très discrète du président.

Mot d’ordre : en parler le moins possible.

Motif : le président veut garder la primeur de l’événement pour son voyage à Abu Dhabi, lorsqu’il ira lui-même inaugurer la base inter-armées que la France installe aux Emirats.

Même la date de l’événement (le 27 mai) ne doit pas, jusqu’à nouvel ordre, être rendue publique. De même, mieux vaut éviter d’évoquer le colloque international sur la sûreté et la sécurité maritimes qui devrait se tenir dans la capitale émiratie, les 25 et 26 mai, et où l’Elysée souhaite convier plusieurs chefs d’Etat, notamment ceux des pays du golfe Arabo-Persique. La raison de cette consigne : de délicates négociations diplomatiques et commerciales sont en cours.

Enquête La base très discrète du président

Dans cette perspective, la montée en puissance de ce dispositif militaire français, qui associe des forces maritimes, aériennes et terrestres, s’accélère, mais dans la discrétion.

En ces temps de restriction budgétaire, les militaires ne cachent pas leur satisfaction : "C’est une petite révolution pour l’armée française. Nous n’avions pas eu d’implantation nouvelle à l’étranger depuis bien longtemps", se félicite un général.

La décision d’installer une troisième base française dans l’océan Indien (avec la Réunion et Djibouti) illustre l’évolution des priorités stratégiques de la France.

Celle-ci avait été soulignée dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui insistait sur un nouvel "arc de crise, de l’Atlantique à l’océan Indien". La base regroupera environ 450 militaires des trois armées (sans compter ceux de passage), dont 30 % s’installeront avec leurs familles. Elle constitue un prolongement de l’accord de défense de 1995 et du partenariat stratégique qui lie la France aux Emirats arabes unis. Les Emiratis en faisaient la demande depuis longtemps, mais la politique étrangère de Jacques Chirac était davantage orientée vers la Françafrique que vers le golfe Arabo-Persique. En arrivant à l’Elysée, Nicolas Sarkozy a tout de suite donné son accord.

La France et les Emirats insistent sur le fait que ce dispositif militaire "n’est dirigé contre personne", un sous-entendu qui confirme que le risque représenté par le développement des capacités militaires de l’Iran est bien au centre des préoccupations des deux pays. Le "risque iranien" nourrit d’autant plus l’appréhension des monarchies du Golfe, que la République islamique a menacé à plusieurs reprises de bloquer le détroit d’Ormuz, en cas d’attaque contre ses installations nucléaires.

"Il y a des enjeux énormes dans la région, commente un diplomate, et le Golfe est devenu un acteur de la mondialisation. Les Emirats éprouvaient depuis longtemps le besoin de se démarquer de leurs voisins, et aussi de ne pas dépendre exclusivement des Etats-Unis." Abu Dhabi, ajoute-t-on à l’état-major des armées, "souhaitait une participation de la France à la stabilisation de la région". De son côté, la France est soucieuse de préserver la sûreté des routes maritimes d’approvisionnement énergétique dans l’océan Indien. Et de maintenir de fructueuses relations, stratégiques et commerciales, avec Abu Dhabi.

Paris a des raisons de choyer les Emirats, premier pays client de ses exportations d’armements. Abu Dhabi a acheté dans le passé 388 chars Leclerc à la France ; le Louvre, la Sorbonne (et le Musée Guggenheim de New York) y ont installé des antennes, et Paris espère bien que la négociation pour la fourniture de deux réacteurs nucléaires EPR (consortium Areva-Suez-Total) aura progressé au moment de la visite de M. Sarkozy.

Le dispositif militaire français est officiellement une base de soutien, qui sera sous le commandement d’"Alindien" (l’amiral commandant les forces françaises dans l’océan Indien), mais elle pourra se transformer rapidement en base opérationnelle. Depuis octobre 2008, trois avions de combat Mirage 2000 stationnent sur la base émiratie d’Al-Dhafra, qui est gérée par l’Air Warfare Center, un centre d’entraînement regroupant des avions de combat français, américains et britanniques.

Cette composante aérienne française est appelée à se développer, quitte à dégarnir un peu le dispositif aérien de Djibouti (10 avions Mirage). La base d’Al-Dhafra pourrait, d’autre part, accueillir les deux avions ravitailleurs KC-135 qui sont actuellement stationnés sur la base de Manas, au Kirghizstan, que le gouvernement de Bichkek a décidé de récupérer.

La décision de remplacer à terme les Mirage par des avions Rafale est directement liée à la perspective de conclure la négociation en cours pour la vente de 63 Rafale à Abu Dhabi. Les choses sont en bonne voie, mais il y a une condition : la France doit reprendre les 60 Mirage 2000 de l’armée de l’air émiratie.

Outre une composante aérienne, la base interarmées comprend des installations portuaires destinées à recevoir et ravitailler les bateaux d’Alindien. Ce n’est pas la seule facilité portuaire dont la France bénéficie aux Emirats : à Fujairah, la marine nationale dispose d’une discrète escale pour ses SNA, les sous-marins nucléaires d’attaque. Fujairah, c’est un positionnement stratégique unique : à l’est du détroit d’Ormuz, le port est ouvert sur le golfe d’Oman et ne serait donc pas concerné par une fermeture du détroit.

Quant à l’armée de terre, elle sera présente à Abu Dhabi avec un centre d’entraînement au combat en environnement désertique et au combat urbain, qui pourrait par la suite devenir une école régionale. A cette triple composante militaire, la base interarmées d’Abu Dhabi en ajoute une autre, plus originale : celle de "vitrine technologique" du savoir-faire de l’industrie de défense française. Il est déjà prévu qu’outre les Rafale, elle accueille les matériels les plus modernes de l’armée de terre.

De quoi donner des envies aux Emiratis, friands de nouvelles technologies, notamment dans le secteur de la défense. La base militaire du président Sarkozy entend faire la démonstration que les intérêts stratégiques et commerciaux se marient harmonieusement…

Laurent Zecchini