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20/01/2016 (Brève 646) par Drapeau Rouge Djibouti : Guelleh « accepte de briguer un quatrième mandat », la communauté internationale détourne le regard.

Lien avec l’article original : http://www.drapeaurouge.fr/

Au pouvoir depuis 16 ans, Ismaïl Omar Guelleh a confirmé début décembre 2015 son souhait de briguer un quatrième mandat présidentiel. Si l’annonce n’a surpris personne, elle ne présage rien de bon pour l’avenir de Djibouti, où les droits de l’Homme sont encore régulièrement bafoués sans réaction de la communauté internationale.

Les mois, les années et les mandats présidentiels défilent à Djibouti sans que la liberté d’expression ne progresse. Malgré le « multipartisme partiel » prévu par la Constitution de 1992, le gouvernement continue de museler toute forme d’opposition politique, qu’elle émane du peuple ou de la presse.

Le 20 novembre 2015, l’arrestation de plusieurs journalistes et militants lors d’un meeting organisé par l’Union pour le salut national (USN), coalition de partis d’opposition, a ravivé les souvenirs tragiques de deux dernières manifestations réprimées par la force. Le 18 février 2011, deux personnes avaient trouvé la mort lors d’un rassemblement pacifique quelques semaines avant l’élection présidentielle. Deux ans plus tard, une manifestation de protestation contre les résultats des élections législatives faisait huit victimes et entraînait plus de 900 arrestations par les forces de l’ordre.

Intimidations pour contrôler la presse

Participant au scrutin pour la première fois depuis 10 ans, les partis d’opposition avaient alors dénoncé une « mascarade électorale » au profit de l’Union pour la majorité présidentielle (UMP), créditée de 80 % des sièges au Parlement. Dans son rapport annuel sur les droits de l’Homme, le Département d’État des États-Unis avait lui aussi condamné ce « recours à la force excessive », accusant le pouvoir djiboutien « de restreindre le droit des citoyens de changer de gouvernement […] en harcelant, en maltraitant et en mettant en détention des détracteurs, en refusant à la population l’accès à des sources d’information indépendantes et en limitant la liberté d’expression et de réunion ».

Malgré ces alertes à la démocratie, la presse est aujourd’hui toujours autant contrôlée à Djibouti, qui pointe en 170e position sur les 180 pays du classement 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Les intimidations envers les journalistes sont encore d’actualité, poussant les médias à abonder dans le sens du pouvoir. Le meeting d’opposition du 20 novembre 2015 n’a ainsi presque pas été relayé dans les journaux, tandis que celui organisé par l’UMP trois semaines plus tôt a été largement couvert par la presse écrite et audiovisuelle. Pire : la communauté internationale continue elle aussi de fermer les yeux sur la répression des libertés d’expression.

Complaisance des pays possédant des intérêts sur place

La France, les États-Unis, le Japon et bientôt la Chine possèdent des bases militaires à Djibouti, dont la situation stratégique, en face du Moyen-Orient, incite à la complaisance. La peur de l’inconnu motive peut-être aussi l’inaction des pays possédant des intérêts sur place, en particulier au regard des récents troubles politiques qui ont suivi la destitution de dictatures en Tunisie, en Égypte, en Libye et surtout en Syrie.

À quatre mois de l’élection présidentielle, l’opposition au pouvoir s’inquiète de l’équité du scrutin. L’accord-cadre qui prévoyait l’instauration d’une commission électorale indépendante avant la fin de l’année n’a pas encore été publié par le gouvernement. Ismaïl Omar Guelleh, lui, avance confiant vers son quatrième mandat, rendu possible par une modification de la constitution nationale, qui limitait la présidence à deux mandatures.

Réélu avec 100 % des voix en 2005 faute de concurrent et 81% en 2011 face à un candidat jugé factice par ses opposants, IOG avait pourtant juré qu’il ne se représenterait pas en 2016. Mais comme en 2011, le chef d’État de 68 ans a finalement accepté de « se plier à [la] volonté [des Djiboutiens] en acceptant de briguer un nouveau mandat ». Pas sûr que ce noble sacrifice soit un véritable cadeau pour les 79,4 % d’habitants qui vivent sous le seuil de pauvreté à Djibouti…;

09/03/2012 (B646) Communiqué de l’Association Agoora-Koosita qui vient d’être constituée à Djibouti

AGOORA-KOOSITA
Siege Social : Arhiba Djibouti le 06/03/2012
Email: agattu2012@gmail.com

COMMUNIQUE

Nous, membres fondateurs,

Considérant :
– La dégradation dramatique des conditions de vie de nos concitoyens,
– L’étouffement des droits les plus élémentaires,
– La politique de ségrégation instituée dès 1977 privant sélectivement du droit fondamental à une citoyenneté pleine et entière,

Il est constitué une association composée de jeunes soucieux d’œuvrer à l’instauration d’une stricte égalité entre tous les Djiboutiens sans distinction aucune.

Cette association porte la dénomination : AGOORA-KOOSITA.

Elle a pour objet de contribuer à :

1) Renforcer une culture citoyenne par la prise de conscience et la mobilisation,

2) Combattre pour l’établissement des principes démocratiques dignes d’un véritable Etat de droit,

3) Instaurer l’égalité des citoyens devant la République,

4) Contribuer activement à la construction d’une Nation réconciliée et dans laquelle toutes les composantes s’épanouissent dans un développement harmonieux, garant de la coexistence pacifique.

La philosophie fondamentale de cette association part du constat incontestable selon lequel aucune paix n’est possible tant que ses droits inaliénables seront déniés à une communauté ; surtout qu’elle a déjà payé un lourd tribut, en termes de massacres collectifs, pour sa Lutte déterminée contre la marginalisation et l’oppression instaurées depuis l’Indépendance par cette dictature clanique.

Nous lançons un vibrant appel à tous les jeunes politiquement conscients de la gravité de la situation et déterminés à résister. Rejoignez-nous !

Nous vaincrons !

09/03/2012 (B646) Hassan Cher, représentant de l’ARD pour la Suisse, nous adresse un message pour illustrer les photos que nous avons publiées à propos de la tournée des dirigeants de l’ARD dans le nord et du meeting d’Obock.

L’ARD en tournée dans les districts de la République de Djibouti


Pour soutenir et mettre en pratique la demande du peuple djiboutien en général et de ses militants en particuliers, l’ARD a commencé une série de tournées et ses représentants reçoivent partout un accueil chaleureux et enthousiaste.

Hier l’ARD a tenu un meeting à Obock, ville située au nord de la République de Djibouti. Et aujourd’hui les dirigeants de l’ARD seront à Tadjourah.

Dans les semaines suivantes, ils parcoureront les districts du sud de la République de Djibouti. Les premiers meetings furent un succès total, ce qui laisse présager une grande mobilisation populaire pour les prochains. Nous ne manquerons pas de vous les faire suivre pas à pas.

En effet après l’auto élection d’Ismaël Omar Guelleh à la haute magistrature du pays, la grogne ne cesse de prendre de l’ampleur et continue à se manifester d’ici et de là par des contestations réfléchies et dignes de la maturité politique du peuple djiboutien qui veille sur la stabilité de leur pays plus que ne le fait le régime aveuglé par les abus et la corruption.

Et je profite de cette occasion pour appeler la jeunesse et la population djiboutiennes à suivre et à soutenir la lutte pacifique.

Hassan Cher Hared
Représentant de l’ARD en Suisse

09/03/2012 (B646) L’ARD nous envoie les photos du meeting de Tadjourah.

Notre interlocuteur de l’ARD précise, qu’en dépit des menaces exercées par le régime, la population civile est venue en nombre pour manifester pacifiquement son opposition au régime.

09/03/2012 (B646) A lire sur LOI cette semaine ….

_____________________________ 1 – Djibouti

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Un Indien attendu de pied ferme

Un riche magnat indien, basé aux Emirats arabes unis, envisagerait d’installer un supermarché à Djibouti sur une parcelle déjà occupée par une businesswoman locale. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Du rififi à la Bank of Africa

Le directeur général de la Bank of Africa-Mer Rouge, Philippe Bouyaud, vient d’être révoqué sans préavis. Un beau contentieux judiciaire en perspective. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
China Harbour Engineering
Un contrat de construction d’un terminal minéralier du Ghoubet au lac Assal a été attribué fin février, par les autorités djiboutiennes, à la China Harbour Engineering Co. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Al-Barrak Shipping Agency
Le groupe Al-Barrak Shipping Agencies (ABSA), basé à Dubaï et disposant d’antennes en Arabie Saoudite et dans plusieurs autres pays, vient d’installer une filiale éponyme à Djibouti. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Seconde base militaire US à Djibouti
Selon nos sources, l’armée américaine fait le forcing auprès des autorités djiboutiennes pour obtenir une nouvelle base dans le Nord du pays. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Djibouti
L’homme d’affaires saoudien installé à Djibouti depuis plusieurs années, Cheik Mohamed Quaid Mohamed Saïd, dit Abou Yasser, a visiblement perdu la protection dont il bénéficiait de la part du président Ismaïl Omar Guelleh. (…).

_____________________________ 2 – Ethiopie

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Brigitte Collet
Le premier ministre Meles Zenawi, qui apprécie l’actuel ambassadeur de France à Addis-Abeba, Jean-Christophe Belliard, va quand même devoir s’en passer d’ici quelques mois (lire ici). (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N °1328 – 10/03/2012
Jean-Christophe Belliard

L’ambassadeur de France à Addis-Abeba, Jean-Christophe Belliard, est fortement pressenti pour remplacer son collègue Jean-Marc Châtaigner à Madagascar, lorsque celui-ci quittera son poste dans un mois ou deux. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Le maire d’Addis fait le ménage
Plusieurs hauts fonctionnaires de la municipalité d’Addis-Abeba ont été relevés de leurs postes. Certains d’entre eux pourraient être traduits en justice pour corruption. (…).

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
Exit le général Bacha Debele en Ethiopie
En juillet 2011, le général Bacha Debele recevait le prix Patriot of Development de la municipalité d’Addis-Abeba. (…).

_____________________________ 3 – Somalie

LA LETTRE DE L’OCEAN INDIEN N°1328 – 10/03/2012
L’homme qui parle à l’oreille du TFG
Un spécialiste britannique du marketing et des médias est impliqué dans de récents contrats de relations publiques et de sécurité à Mogadiscio et Garowe. (…).

09/03/2012 (B646) Chroniques du Sergent Ariko : Journée internationale de la femme célébrée à Djibouti


IOG a bien du mal à faire respecter sous son propre toit, le slogan qui est celui du régime RPP : « Sois belle et tais-toi. »

À Djibouti, comme dans le reste du monde, la femme a été célébrée en ce jour consacré par les Nations-Unies.

A Djibouti le régime fanfaron a célébré cette journée non pas à l’UNFD comme il avait coutume de le faire mais à la « Corniche » près du port de pèche, un lieu que le régime vend et revend. La Corniche set le plus souvent pour héberger les mariages des hauts dignitaires et parfois de simples citoyens.

Pour la RTD, la « Corniche » appartiendrait à l’homme d’affaires Lotta, mais en réalité c’est la propriété du couple princier qui asservit Djibouti. On se rappelle que la dernière dame y avait présidé, sans rire, une vente de produits artisanaux, pour laquelle peu de monde avait fait le déplacement.

Le premier ministre a boudé la cérémonie, parce qu’il était occupé à envoyer des gendarmes dans la maison de l’ex ministre Warabey Abdallah Abdillahi Miguil qui devrait rentrer à Djibouti ces prochains jours. Il fallait donc agir avant et c’est le premier ministre qui a été chargé de pousser un coup de gueule en envoyant la gendarmerie récupérer dans la maison de Warabey Kalayieh, trois voitures que l’ancien ministre avait volé au ministère de la santé.

On se rappelle que l’agence américaine US AID avait sollicité l’aide des autorités djiboutiennes pour mettre à la porte ce ministre de la santé qui est soupçonné d’avoir volé 1 milliard de fdj sur le fond d’aide pour le sida et la tuberculose. N’ayant pas obtenu satisfaction avec le limogeage du Ministre et sa poursuite devant la justice, l’US AID avait suspendu toute nouvelle forme d’aide.

Aux questions qui lui avaient été posées à ce propos, le ministre avait répondu que l’argent avait été partagé entre plusieurs personnes : IOG, sa femme, le gouverneur de la banque nationale et enfin lui même. Donc il n’en restait plus rien.

Soutenu par la dernière dame, l’ancien ministre de la santé avait essayé d’en découdre avec le frère du premier ministre. Ce qui avait donné lieu à une bagarre aux poings dans la salle du conseil des ministres.

Tout Djibouti avait découvert le pot aux roses. La dernière dame avait félicité le ministre pour la « bonne » correction qu’il avait administré à Dileita. Ce que ce dernier avait eu du mal à digérer. Maintes fois, il a remis sa démission mais à chaque fois elle a été refusée par IOG.

Tant que son protecteur, Barkhat Gourad Hamadou sera dans les coulisses du pouvoir, le Premier ministre sera protégé et inamovible.

Le premier ministre avait été aussi fortement humilié lorsque la dernière dame lui avait refusé l’entrée dans la résidence présidentielle du Day. IOG n’a jamais levé son petit doigt pour empêcher sa femme de harceler le premier ministre.

Humilié par Paulette, Dileita n’écoute même pas ses instructions, à la différence de ses ministres.

Mardi, il n’a pas assisté à l’ouverture de la foire djiboutienne. L’absence remarquée du premier ministre a contraint les autres ambassadeurs à ne pas se rendre à l’inauguration de la foire qui était assurée par la dernière dame.

Le bras de fer entre l’éminence grise Djibouti et le premier ministre aborde un nouveau virage.

C’est, chaussé de sandales, que le premier ministre est arrivé à la cérémonie du 8 mars, sans la présence de sa femme qui possède la double nationalité djibouto-canadienne.

Le dictateur assiste en spectateur à ce bras de fer, mais il ne veut pas se séparer de son premier ministre et n’a pas la force d’empêcher sa propre épouse de s’en prendre systématiquement à lui

08/03/2012 (B646) Aïnaché nous invite à reprendre un article d’Afrique-Asie.

_______________________________ Note de l’ARDHD
Nous publions cet article à la demande personnelle et amicale d’Aïnaché, qui s’est assuré, au préalable, de l’autorisation du support.

Certains nous avaient déjà signalé cet article, avec des avis et des commentaires partagés et parfois acides. Mais il ne faut rien exagérer car d’autres internautes l’ont apprécié, dans la mesure où il apporte des confirmations sur de nombreux points : l’humiliation de Dileita, les freins des organisations internationales pour apporter de nouvelles contributions financières, la situation des détenus qui sont torturés à Gabode, etc…

Il ne nous appartient pas de donner un jugement de quelque nature que ce soit et nous remercions la direction d’Afrique-Asie pour son aimable autorisation.

_______________________________ Afrique-Asie

Source : www.afrique-asie.fr / Mars 2012

Naufrage en vue

Djibouti Il a été (mal) réélu pour un troisième mandat en 2011. Pour quoi faire ?

Le président Guelleh poursuit sa (non) politique catastrophiste pour l’économie, tout en favorisant ses proches. Mais, alors que moult ministres quittent le navire et que la répression s’intensifie, l’opposition s’organise.

Par Hamesso Boroda

Depuis l’élection présidentielle d’avril 2011, Ismael Omar Guelleh n’arrive pas à redresser la barre. Déjà, le scrutin avait été organisé au forceps face à l’hostilité d’une grande majorité de la population, y compris chez certains des partisans du président à un troisième mandat. Pour nombre de Djiboutiens, ce mandat est une voie royale pour la présidence à vie. Le régime avait pu juguler les manifestations toujours plus importantes des opposants avant les scrutins d’avril 2011 ; on assiste maintenant une descente vers le fond : le pouvoir a de plus en plus de difficulté à arrêter l’hémorragie au sein de son propre camp, c’est la débandade.

_ Exactions du pouvoir

Des partisans jusqu’ici très en cour prennent peu à peu la poudre d’escampette. Le régime survit entouré d’un petit cercle de fidèles, mais surtout grâce à la mainmise de l’épouse du président, Khadra Mahmoud, épaulée par ses frères et ses cousins. Une situation qui rappelle celle des dernières années de l’ancien président de la Somalie, Siad Barré, avec les dérives de son épouse Kadidja ou de celle du Tunisien Ben Ali et de son épouse.

Deux anciens ministres de l’Intérieur, Abdoulkader Doualé et Yacine Elmi Bouh, sont en dissidence active. Le premier s’est rapproché des imams contestataires qui, ces derniers temps, font des prêches enflammés contre la corruption et les exactions du pouvoir. Le second s’est adjoint les services des anciens fonctionnaires Khoumané

Mohamed (ex-trésorier général) et Amine Mohamed Roble (ex-secrétaire général de la présidence) et commence à prendre langue avec l’opposition encore méfiante à son égard. Plus significative est l’éviction de Mohamed Ali Sahel, ancien ministre des Finances et ancien secrétaire général du Rassemblement populaire pour le progrès (RPP, parti unique), un des rares politiques qui était au pouvoir, sur le point de rejoindre l’opposition. Comme si cette érosion n’était pas suffisante, le torchon brûle entre Guelleh et ses partenaires afars.

La tendance dissidente du Front pour la restauration de l’unité et la démocratie (Frud) qui l’avait rallié et soutenu dans son accession à la présidence a été cavalièrement mise à l’écart du gouvernement. Les ministres de l’Agriculture Ali Mohamed Daoud dit Jean-Marie, et de la Défense, Ougouré Kifleh Ahmad, respectivement président et secrétaire général du Frud, ont appris leur limogeage par la radio. Le premier ministre Dileyta Mohamed aurait présenté sa démission le 9 janvier 2012 au président Guelleh, qui l’aurait refusée.

Le premier ministre s’est senti en effet humilié lorsque la première dame l’a empêché d’entrer dans la résidence du président au Day, où a été inauguré un centre touristique. Le nouveau gouvernement formé après l’élection n’est pas mieux loti. Le ministre de l’Éducation, Adawa Hassan, issu de la société civile, prenait au sérieux sa fonction : il avait établi un programme scolaire et des créations d’écoles dans les zones rurales, en particulier dans le Nord, en rupture avec les pratiques existant depuis trente-quatre ans. Il a été remercié au bout de cinq mois, en août 2011.

Les institutions économiques internationales et certains États investisseurs semblent avoir pris acte d’une situation politique qui sent la fin de règne. Elles « lâchent » progressivement le président djiboutien, pourtant considéré jusqu’à l’élection de 2011 comme le seul homme fort du pays.

LES INSTITUTIONS ÉCONOMIQUES INTERNATIONALES ET CERTAINS ÉTATS INVESTISSEURS « LÂCHENT » PROGRESSIVEMENT LE PRÉSIDENT

La Banque africaine de développement (Bad), d’habitude très discrète, a sévèrement jugé la défaillance de la gouvernance et la fragilité de l’État à Djibouti. Son document stratégie pays concernant la période 2011-2015 pointe l’échec de la lutte contre la pauvreté, qui touche les trois quarts de la population, critique la concentration du pouvoir exécutif et l’absence de l’indépendance de la justice.

Le FMI lui a emboîté le pas dans un rapport du 10 au 24 octobre 2011 avec des formules à peine voilées. Il a gelé le programme de prêt pour 2012 en raison de dérapages constatés concernant le budget.

Le FMI stigmatise aussi le problème de détournement de fonds, par exemple en demandant des explications pour l’achat du Boeing présidentiel. La situation économique est tellement dégradée que les salaires des fonctionnaires de juillet et d’août 2011 ont été avancés par la Banque mondiale.

Selon le rapport du FMI, elle a poussé l’émirat de Dubaï à renoncer à poursuivre la plupart de ses grands projets d’investissements à Djibouti. Cette détérioration est due en partie à l’acharnement des autorités djiboutiennes contre l’homme d’affaires et opposant Abdourahman Boreh, qui a joué un rôle important dans les relations avec Dubaï. L’homme d’affaires s’est réfugié dans ce pays, qui a refusé de l’extrader.

La situation ne manque pas d’inquiéter les chancelleries occidentales, pour qui Djibouti reste une place stratégique importante, en particulier à cause de la piraterie sur les côtes somaliennes. C’est ainsi que les ambassadeurs de la France et des États-Unis à Djibouti ont rendu visite chacun de son côté, en août 2011, au président Guelleh. Ils lui auraient fait part de l’inquiétude de leur gouvernement respectif sur l’insécurité dans la capitale, le renforcement du Frud au Nord, l’impasse politique et les problèmes économiques qui sont autant d’ingrédients explosifs.

Dans ce champ de ruines, la nouvelle Coordination nationale pour la démocratie à Djibouti (CNDD), créée le 1er février 2012, apparaît à la fois comme un espoir et un pôle de stabilité de l’opposition.

Autour de lui peuvent se rassembler d’autres forces politiques, associatives et syndicales, susceptibles d’élaborer les conditions d’une alternance crédible. Les forces qui sont à l’origine de la CNDD ont chacune fait preuve de continuité et de constance politique, un phénomène assez rare pour être souligné. Le Frud, organisation politicomilitaire créée en août 1991, n’a jamais plié, en dépit des dissensions et des dissidences, et bien que ses partisans aient payé un lourd tribut pour la lutte de la démocratie. Ils demeurent, du reste, la cible principale de la répression. Le Mouvement pour le renouveau démocratique (MRD) est, lui, toujours resté dans l’opposition depuis sa création en

1992. Malgré sa dissolution décrétée sous un prétexte fantaisiste par le président de la République, en août 2008, il s’est renforcé. La CNDD est en outre dirigée par des hommes expérimentés ayant échappé au rouleau compresseur de la longue dictature. Celle-ci a pourtant épuisé et broyé beaucoup de dirigeants. Le président de la CNDD, Mohamed Kadamy, est aussi vice-président de l’Amicale panafricaine.

C’est un opposant historique, militant depuis plus de quarante ans, qui a connu la prison en raison de ses opinions. Le vice-président, Mohamed Moussa Aïnaché, est un des rares hauts fonctionnaires à avoir démissionné de la direction générale de la Radio Télévision Djibouti (RTD), pour protester contre les dérives autocratiques des nouvelles autorités dès 1977. Il ne s’est jamais compromis avec le pouvoir. Le porte parole de la Coordination, Daher Ahmed Farah, président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), est directeur du journal Renouveau (interdit) et premier romancier djiboutien.

Arrestations arbitraires et tortures

À leur création, début février, les membres de la CNDD ont signé un appel condamnant « la politique du pouvoir répressif » du président Ismaël Omar Guelleh et la modification de la Constitution en avril 2010 pour lui permettre de « s’arroger un troisième mandat présidentiel le 8 avril 2011 et s’ouvrir la voie à une présidence à vie ». Ils ont « décidé de renforcer l’unité de l’opposition, de coordonnerleurs efforts et d’intensifier les luttes pour le changement démocratique ».

L’objectif de la CNDD est « l’instauration d’un État de droit et de démocratie », « le respect des libertés fondamentales », et « la formation d’un gouvernement d’union nationale de transition » chargé de mettre en œuvre les résolutions de la charte de transition notamment les réformes politiques, de la citoyenneté et de la sécurité et « la refonte des listes électorales ». Comme seule réponse, le pouvoir a entamé une politique de fuite en avant. WikiLeaks a révélé que le ministre des Affaires étrangères Mahmoud Ali accusait le sultan de Rahaïta, persona non grata à Djibouti, d’aider le Frud.

Il aurait aussi envoyé 800 soldats, choisis parmi les éléments hostiles à son autorité, en soutien au gouvernement fédéral de transition en Somalie. Une manière de se débarrasser des éléments dangereux. Il réprime aussi plus souvent qu’à son tour les civils au nord, accusés de soutien au Frud, et des militants politiques et de défenseurs de droits humains.

Les arrestations arbitraires et les tortures ont été dénoncées par la Fédération internationale pour la défense des droits de l’homme, l’Organisation mondiale contre la torture, et l’Observatoire pour le respect des droits humains à Djibouti. Plusieurs prisonniers politiques croupissent en prison : Mohamed Abdillahi, Mohamed Jabha, Hassan Amine (défenseur des droits de l’homme), Indabuur… Sans oublier le défenseur des droits de l’homme Farah Abadid, plusieurs fois arrêté et torturé.

08/03/2012 (B646) Cassim Ahmed Dini et les dirigeants de l’ARD ont entamé une tournée dans les villes du nord pour expliquer la position de leur parti et ils nous envoient les premières photos.

En attendant de nous adresser, à leur retour à Djibouti, le compte-rendu de cette tournée, les dirigeants de l’ARD nous envoie les photos du premier meeting à Obock. Nous en publions quelques unes.