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De
l'attentat du "Palmier en zinc" (1977)
à la "tentative de coup d'Etat" ou "Affaire Ali Aref" (1991),
plus de deux mille personnes ont subi des sévices corporels
à la fameuse Villa Christophe
ou dans les locaux du S.D.S ou de la gendarmerie nationale.
Au niveau national,
si l'on faisait un compte macabre, deux chiffres résumeraient la banalisation
de la torture et de l'arbitraire à Djibouti :
- Entre
1977 et 1991, deux mille personnes ont été soumises à des pratiques
inhumaines et dégradantes. Par là, nous entendons la torture dans sa
forme la plus abjecte et la plus avilissante, décrite par Amnesty International
dans ses documents accusateurs sur Djibouti.
- Celles
qui ont été victimes d'arrestations arbitraires et d'interrogatoires
traumatisants pour des raisons strictement politiques, atteignent à
notre avis le chiffre de cinq mille personnes ;
- soit
un bilan total de sept mille personnes gratuitement violentées ou torturées
par les forces de l'ordre.
Tel est le vrai
visage du système répressif djiboutien.
Selon le rapport
accablant d'Amnesty International :
- durant l'année
1990-91, trois cents personnes appréhendées ont été torturées.
- A la suite
de l'attentat du Café de Paris, deux cents Gadaboursis (Somalis) ont
subi les sévices.
Les types de
tortures utilisés à Djibouti sont aussi dégradants que variés
et des personnes y ont laissé leur vie :
l'enfermement
dans une cellule inondée,
les décharges électriques,
les coups reçus après suspension à un mât horizontal (surnommé "la
balançoire"),
la bouteille pleine attachée aux testicules,
la bouteille introduite dans l'anus.
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Le
court extrait ci-dessous indique jusqu'où va le sadisme des gendarmes
tortionnaires, mus par la haine de "l'autre" :
"Ils
m'ont attaché par terre et m'ont enfoncé une bouteille dans l'anus. Ils
m'ont forcé à m'asseoir dessus. Comme ils ont vu du sang couler, ils ont
voulu l'enlever. La bouteille ne sortait pas et ils ont été obligés de
casser le fond pour laisser partir l'air."
Dans l'esprit du
citoyen ordinaire, la torture induit un sentiment répulsif, inquiétant,
extraordinaire. Tant qu'on n'y est pas confronté personnellement, elle
nous paraît - même si nos proches en ont été victimes - quelque chose
de lointain et d'étranger.
La tragique expérience
qu'on en fait soi-même reste gravée comme une empreinte indélébile.
Voici un témoignage
personnel :
L'affaire a commencé
début août 1990, lorsque Jeune Afrique n° 1544 du 1er août 1990 a publié
un reportage sur la république de Djibouti. Le régime en place était présenté
sous un angle flatteur. De surcroît, l'hebdomadaire avait poussé la complaisance
jusqu'à soutenir les thèses officielles par des arguments erronés, voire
racistes.
Entre autres, il
décrivait la communauté Afar comme une minorité (20% de la population
totale) vouée à une sous-représentation politique dans l'avenir, le comble
étant la "régression démographique des Afar" justifiée par la consanguinité
!
Ces mensonges ont été ressentis comme un affront par l'ensemble de l'entité
Afar du pays.
Quelques jours
après, un autre magazine français, L'Evénement du jeudi du 9 août 1990
révélait l'existence "d'accords secrets de défense" Djibouti-Irak
pour résoudre le "problème des nationalités".
Cela a provoqué
un nouvel émoi dans le milieu Afar, en particulier intellectuel. Car en
termes explicites, la résolution du "problème de nationalité" Afars, arabes
et Somalis) impliquait dans le contexte djiboutien la neutralisation de
la nationalité Afar, laquelle constitue un obstacle majeur à la politique
d'hégémonie menée par le clan du président de la République.
Quand on se souvient
un tant soit peu de la façon expéditive dont le maître de Bagdad a tenté
d'enrayer le nationalisme kurde, il est légitime de frémir à l'idée d'une
alliance irako-djiboutienne. Saddam Hussein n'a-t-il pas incendié des
milliers de villages et gazé des femmes et des enfants kurdes?
Ce fut dans cette
atmosphère de tension que survint "l'affaire du tract". Composé d'une
photocopie de l'article de l'Evénement du jeudi assorti d'un commentaire,
ce bulletin mettait en relief trois points :
- Dénonciation
des mensonges de Jeune Afrique
- Mise en garde
contre les "alliances douteuses" du régime de Gouled
- Enfin, revendication
d'une société de droit fondée sur la démocratie et le multipartisme.
Le
23 août, deux jours après la distribution de ce tract, j'étais arrêté
par deux officiers de la gendarmerie nationale (Lieutenant
Ladieh et aspirant Haroun) sur ordre d'Ismaël Omar
Guelleh, neveu et chef de cabinet du président de la République.
Ils ont procédé
à mon interpellation et à la perquisition poussée de mon bureau (B.C.I
- M.R où j'assurais l'intérim du responsable de l'agence Marabout) et
de ma maison, sans qu'ils aient été munis d'aucun mandat.
Je fus incarcéré à la brigade Nord située sur le boulevard de Gaulle.
L'après-midi,
j'ai comparu devant les deux officiers sus-cités qui m'ont "conseillé"
de dire la vérité. Selon eux, une lourde charge pesait sur ma personne.
L'interrogatoire fut bref.
Le lendemain vers
15 heures, j'étais soumis à un interrogatoire de plusieurs heures mené
par l'aspirant Haroun. Durant l'intermède, j'ai eu droit à un entretien
avec le capitaine Yonis Hoche. Celui-ci me répéta les mêmes mises en garde,
m'ordonnant de dire le nom de mes complices.
Il me menaça en
mentionnant le nom de la Villa Christophe, lieu sinistre qui fait office
de laboratoire de tortures depuis 1977. L'enquête se prolongea ensuite
dans le bureau de l'aspirant où questions variées me furent posées :
- Qui a rédigé
le tract ?
- Qui sont tes
collaborateurs ?
- Qui se cache
derrière l'appellation "Alliance des forces pour une alternance responsable"
?
- Quels sont tes
liens avec le F.D.L.P et l' U.M.D ?
- Qu'est-ce qui
t'a incité à rédiger ces propos subversifs ?
- Pourquoi tiens-tu
un carnet truffé de citations anti-gouvernementales?.
Je
récusai les accusations et insinuations à peine voilées de l'enquêteur.
Il me déclara détenir contre moi des preuves suffisantes sans parler de
l'original d'un article trouvé dans ma serviette et destiné à Jeune Afrique.
Compte tenu des
indices rassemblés, j'ai finalement reconnu être l'auteur du tract et
de l'article dactylographié. Un tract, ce n'est rien du tout !
J'ai dû déchanter
très vite. Et réaliser que la contestation équivaut à un crime contre
l'Etat, une "atteinte à la sûreté de l'Etat".
A
20 heures, je fus mené à la fameuse Villa Christophe située sur la route
circulaire d'Ambouli. Je fus introduit dans une pièce désaffectée où traînaient
un bureau, deux chaises et deux tréteaux qui constituent le fameux instrument
de torture à Djibouti sous le nom de "la balançoire".
Les
menottes me furent enlevées et l'on m'ordonna de me déshabiller et de
m'asseoir à même le sol. Le sous-officier Naguib me ligota les pieds,
préalablement ceints d'une serpillière, avec une corde. Ensuite, mes bras
passés de part et d'autre de mes genoux de façon à les envelopper, subirent
les mêmes traitements.
C'est-à-dire
une serpillière autour de mes poignets et attaches solides. Les serpillières
ont vertu d'atténuer les traces de corde sur le corps. Le même agent glissa
un manche à balai entre mes genoux et mes bras tendus. Puis le saisissant
de part et d'autre, deux gendarmes me soulevèrent et me déposèrent sur
les tréteaux.
J'avais
alors la tête en bas et les pieds vers le haut. Un second manche à balia
fut introduit cette fois entre mes pieds et les barres parallèles de la
balançoire.
Cette
opération acheva de m'immobiliser. Après un laps de temps dans cette position,
le moindre mouvement signifie un supplice. Je suis resté longtemps suspendu
ainsi. Puis le lieutenant-colonel Hoche Robleh, chef du corps de la gendarmerie
nationale, vint s'enquérir de la façon dont l'opération était conduite.
Sa présence
à la Villa Christophe ne m'étonnant point, car je savais qu'il était le
chef des tortionnaires et que la torture était monnaie courante de Djibouti.
L'autre phase de la torture commença lorsque la douleur devint insupportable,
mes membres inférieurs étant engourdis, ankylosés. Je poussais malgré
moi de longs gémissements.
Le sous-officier
Kalifa, secondé par Wagdi, plaça un seau d'eau sous ma tête et couvrit
la moitié de mon visage (les yeux restant à découvert) d'une serpillière
nouée autour de mon cou. Il continuait néanmoins à le tenir serrée derrière
mon cou, lui administrant de temps à autre des coups secs qui m'étranglaient
littéralement. Kalifa commença à me verser l'eau à la hauteur du nez et
de la bouche.
Je retins
ma respiration, quand une décharge électrique me projeta vers le haut.
Je hurlai de douleur et sur le coup, j'avalai une trombe d'eau par la
bouche et par le nez.
Pendant
un moment, la séance de torture se résuma à ce ballet infernal : décharge
électrique, asphyxie par l'eau, étranglement par la serpillière. Un supplice
parmi d'autres ; la serpillière imbibée d'eau engendrait un effet de serre
et m'empêchait de respirer. Je ne pensais pas pouvoir survivre à un tel
traitement.
Durant toute
la scène de torture, l'aspirant Haroun, assis derrière le bureau, me posait
des questions surréalistes, esquissait lui-même des réponses que je devais
corroborer.
Je me souviens des yeux exorbités de mes tortionnaires qui trahissaient
l'abus de la consommation de khat. Ils étaient tous habillés en civil.
Dehors, deux
élèves gendarmes surveillaient les alentours. L'adjudant Tane, dont le
visage était traversé de tics nerveux, tenait des propos inintelligibles
et m'appliquait durant de longues secondes - qui étaient une éternité
pour moi - une décharge électrique sur les pieds, les mollets, les cuisses,
les avant-bras, les mains.
Ces ondes
imprimaient à mon corps une contorsion douloureuse et mes pieds cognaient
inlassablement le manche à balai.
Il
m'a fallu, à la sortie de cet enfer, plus de quarante-cinq jours pour
pouvoir marcher convenablement. Le plus invraisemblable est que j'ai été
torturé en raison d'un tract. La disproportion avec les sévices que j'ai
subi est démesurée. Je mes suis rendu compte que le prisonnier politique
n'est pas supplicié pour délit d'opinion, pour acte de contestation publique.
Le but ne consiste
pas à extorquer seulement des aveux, mais surtout à terroriser, à briser
et à humilier la victime. Bien entendu, pour enrober d'une certaine légalité
l'incarcération, les gendarmes contraignent "les détenus à faire des déclarations
qui les incriminent ainsi que d'autres personnes et qui peuvent être utilisées
devant le juge d'instruction"
(Amnesty International).
1992
: Une femme, parmi tant d'autres malheureuses, a été violée
en toute impunité sur ordre d'un sous-officier de l'Armée djiboutienne,
qui l'a fait ensuite arroser d'essence et brûler vive.
Quelques extraits
d'un rapport de l'ADDHL :
"Fait tout aussi
grave à Obock, c'est la mort d'une dame d'un certain âge, Madame
Hasna Ali Mohamed, qui était retournée dans cette ville désertée
de ses habitants, afin de se rendre compte de l'état de sa demeure.
Dès son arrivée, elle fut arrêtée, puis incarcérée
dans les locaux de l'Armée. Ensuite sur ordre d'un sous-officier resté
impuni à ce jour, elle a été torturée, violée,
aspergée d'essence et brûlée vive sans qu'aucun officiel
ne puisse s'en émouvoir. Cette malheureuse a laissé derrière
elle plusieurs enfants dont certains en bas âge."
"A Yoboki, ville
située au Sud du pays, des dizaines de personnes, dont plusieurs notables
apparentés avec le Premier Ministre ont été froidement
abattues par l'Armée en représailles aux attaques du FRUD dans
cette localité."
....
Et pourtant, l'armée
française, proche, restait curieusement silencieuse ...
" La plaine de Hanlé, qui a vu une vingtaine ses siens déchiquetés
par les obus de l'Armée aveuglément tirés par l'Armée
nationale n'est pas en reste, et ce, à quelques lieux d'un camp militaire
français étonnement resté passif "
DÉCLARATION
des détenus politiques :
Mohamed Hassan Farah, Mohamed Ali Arreyta
et Abdi Bouh Aden
Nous
soussignés, Mohamed Hassan Farah, Mohamed Ali Arreyta, Abdi Bouh Aden, tous
détenus politiques à la prison de Gabode à Djibouti, déclarons ce qui suit
:
Nous sommes des
innocents accusés injustement, l'affaire qu'on nous reproche est une affaire
d'État et l'accusation a été fomentée par les services de renseignements de
la police politique djiboutienne dirigée par le neveu de Hassan Gouled, Monsieur
Ismaël Omar Guelleh : il s'agit de l'attentat du café de Paris qui a fait
hélas un mort (un enfant français) et plusieurs blessés.
Aussi, après
l'attentat, Ismaël Omar Guelleh a fait procéder à plus de trois cents arrestations
d'opposants du moment, c'est à dire les membres de l'ethnie gadaboursi qui
ont été sauvagement torturés pour les obliger à avouer une soi-disante culpabilité
et un soi-disant complot imaginaire.
Ces arrestations
et actes de tortures ont été dénoncés par les organisations internationales
de défense de droits de l'homme comme Amnesty international alertées par Maître
Aref.
Compte tenu de
la preuve d'innocence des Gadaboursi et de l'ouverture d'une information judiciaire
en France, Monsieur Ismaël Omar Guelleh a été obligé de trouver un autre bouc
émissaire en la personne de Aden Robleh Awaleh, grande figure de l'opposition
djiboutienne, et de nous mêmes, à qui le régime de Gouled reproche en réalité
la participation au mouvement de guérilla (FRUD) dirigé par Monsieur Ahmed
Dini.
Hassan Gouled
ne voulait pas entendre qu'il y a des Issas au sein du FRUD. Mais tout le
monde sait qu'au moment de l'attentat nous nous trouvions en Ethiopie comme
peuvent le justifier les nombreux témoins que nous avons cités mais qui n'ont
pas encore été entendus ni par un juge français ni par un juge djiboutien
depuis notre arrestation en juillet 1992.
Plus
curieusement encore, le juge français Monsieur LE LOIRE a tranquillement déjeuné
en privé avec Ismaël Omar Guelleh à qui pourtant la DST française a reproché
ouvertement d'avoir manipulé cette affaire dès le début, dans quatre rapports
figurant au dossier.
Au surplus, un
de nos co-accusés aujourd'hui en liberté grâce à son rapprochement avec le
régime de Djibouti, Mahdi Ahmed Abdillahi, a
publiquement attribué l'attentat à Ismaël Omar Guelleh sur Radio France internationale
au moment où il se trouvait comme réfugié politique au CANADA sous
le coup d'un mandat d'arrêt international lancé par la France.
Le résultat est
que à la place de Ismaël Omar Guelleh, c'est nous qui sommes emprisonnés sans
jugement public, contradictoire et indépendant en ce mois de juillet 1992.
Nous sommes donc
incontestablement des prisonniers politiques que le régime tyranique fait
mourir à petit feux et à l'abri de tous les regards surtout après la mise
sous silence de notre avocat Maître Aref.
C'est pourquoi
nous demandons à la communauté internationale des ONG de défense des droits
de l'homme de se saisir de notre affaire non seulement pour l'éclaircir mais
aussi pour la porter devant les Nations Unies à Genève et notamment devant
le groupe de travail sur les détentions arbitraires en leur transmettant au
besoin la présente et leur demandant l'audition de Maître Aref Mohamed et
Maître Arnaud Montebourg qui connaissent parfaitement le dossier et pourraient
y fournir les éléments prouvant notre innocence. Nous exprimons par avance
notre gratitude à toutes les bonnes volontés qui voudront bien agir avant
la mise à mort définitive de chacun d'entre nous.
Mohamed Hassan
Farah
Mohamed Ali Arreyta
Abdi Bouh Aden
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TÉMOIGNAGE
DE ALI ROBLEH DARAR
Prisonnier politique détenu à Gabode depuis
août 1996
Je
soussigné Ali Robleh Darar de nationalité djiboutienne, résidant à Arta.
Je déclare que : nous étions arrêtés par les gendarmes à Arta le 28 août 1996
à six personnes toutes de la famille de Monsieur Ismaël Guedi Hared, ancien
directeur de cabinet du président Gouled, puis accusés injustement d'une soi-disante
affaire de crime à laquelle nous n'avons participé ni de près ni de loin.
Au cours de mon
interrogatoire, le colonel Mahdi Cheikh Moussa, commandant de la gendarmerie
nationale et membre de la famille du président Gouled, a ordonné aux lieutenants
Zakaria Hassan et Mohamed Adoyta qui en étaient chargés de me torturer d'une
manière intense.
Le lieutenant
Mohamed Adoyta a refusé de me torturer, mais mes co-détenus ont été tous torturés
cruellement. Ces derniers ont subi: - coups de pieds - coups de matraques
- coupes de crosse de pistolet - étouffement à l'aide de l'eau mélangée au
javel (système de balançoire).
Actuellement
la santé de mon frère Abdillahi Robleh Darar est très affectée à la suite
de la torture infligée par les tortionnaires. Il s'écroule au sol et perd
connaissance de temps en temps. Privé des soins appropriés, je suis inquiet
et crains que mon frère affaibli meurt dans la prison où les conditions de
vie sont atroces et dégradantes.
Mes co-détenus
au nombre de quatre ont été relachés après quelques mois de détention. Mon
frère et moi sommes victimes d'une injustice depuis 31 mois, et au cours de
notre détention nous avons jamais été appelés à comparaître.
Notre avocat
a tout fait auprès de la Justice en faveur de notre libération puisque notre
détention est arbitraire. Ce dernier nous a fait part qu'il ne peut rien faire
pour nous défendre car la justice de notre pays bafoue les droits élémentaires.
Nous sommes parmi
les centaines de prisonniers malheureux qui attendent un jugement depuis des
années. Nous lançons un appel urgent à la communauté internationale car la
torture est érigée en système de gouvernement à Djibouti et beaucoup souffrent
atrocement des tortures.
Ali Robleh
Darar
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DÉCLARATION
de ADEN SAID HARED
Prisonnier politique détenu politique à Gabode
depuis sept. 1998
Je
soussigné Aden Saïd Hared né le 13 janvier 1969 à Wéa-Djibouti, célibataire,
déclare:
J'ai été arrêté le mercredi
23 septembre 1998 vers midi à Wéa par les gendarmes de la brigade Arta-Wéa.
Ils m'ont incarcéré dans des cellules pleines d'urine, sans courant d'air,
ni électricité.
J'ai passé une semaine d'interrogatoire permanent, ils m'ont interrogé sans
relâche. J'ai subi toutes sortes de tortures (balançoire, étouffement avec
un mouchoir imbibé de javel, .).
Depuis ces temps
jusqu'à ce jour, j'ai des problèmes d'ouie, de vue, et mentalement je ne me
sens pas bien.
Le 1 er octobre
1998 ils m'ont présenté devant le juge et je n'ai pas manqué d'exposer ma
douleur. Mais aucune démarche n'a été fait suite à ma déclaration.
Toute cette opération
est dirigée par le capitaine Zakaria.
J'ajoute que
nous avons lancé un appel, avec mes co-détenus, aux "Avocats Sans Frontières"
pour intervenir en notre faveur. Mais le gouvernement de Djibouti leur a refusé
le visa d'entrée au pays. Ma vie s'est dégradée lentement sous la pression
de l'injustice et je croupis en prison depuis mon arrestation dans des conditions
inacceptables.
L'intéressé
Aden Saïd
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DÉCLARATION
de M. Elleyéh Amin Obsieh,
Prisonnier politique détenu à Gabode depuis sept. 1998
Je soussigné
Elleyéh Amin Obsieh né en 1959 à Cheikheyti (district de Dikhil), père de
deux enfants, de nationalité djiboutienne, employé comme gardien chez Ismaël
Guedi Hared, l'ancien directeur de cabinet de la présidence aujourd'hui opposant
pour avoir refusé de cautionner la tyrannie.
Je
déclare sur l'honneur que: j'ai été arrêté mercredi 28 août 1996 vers six
heures du matin par la gendarmerie de la brigade d'Arta. J'ai été torturé
de plusieurs manières pendants dix jours. Ils m'ont fait subir l'étouffement
avec une serpillère imbibée de javel, des coups de crosses, des coups de pieds
au ventre. J'en ai gardé des séquelles et j'ai même craché du sang.
Les soldats qui
m'ont torturé étaient commandés par le capitaine Zakaria de la gendarmerie
nationale.
J'ai été relâché
le 3 août 1996 vers 10 heures sans me présenter devant la justice. J'ai été
soigné à la clinique pendant une dizaine de jours. J'ai déposé une plainte
auprès de la Justice mais aucune démarche n'a été lancée.
En outre, une
deuxième fois, j'ai été arrêté par la même brigade le 26 septembre 1998 et
j'ai subi toutes sortes de tortures pendant cinq jours.
Lorsqu'ils m'ont
présenté à la justice le 1 er octobre 1998, j'en ai profité pour exposer ma
douleur à Mme Neima. Mais le juge a fermé les yeux, sans aucune considération
pour ma déclaration.
Le gouvernement
a refusé l'autorisation de me défendre à "Avocats sans frontières - France"
et au bâtonnier de Djibouti Maître Ali Dini, député du parti de Gouled, à
qui j'ai écrit pour demander la désignation d'un avocat sur place et qui ne
m'a toujours pas répondu à ce jour.
Je croupis à
la prison sous la pression de l'injustice depuis mon arrestation dans des
conditions inhumaines. Je demande à toutes les ONG de défense des droits humains
de saisir toute instance internationale compétente pour faire poursuivre les
auteurs, leurs complices et les commanditaires des crimes dont je suis victime
ainsi que plusieurs centaines de personnes détenues à la prison de Djibouti.
Elleyeh Amin
Djibouti le 25 mars 1999
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Éléments
d'information
sur Kamil Mohamed Ahmed dit Kabir
Prisonnier politique détenu à Gabode depuis octobre 1997
Kamil
Mohamed Ahmed dit Kabir est né au Day dans le district de Tadjourah. Suite
à la répression massive qui frappe d'une façon sélective une des communautés
djiboutiennes, il a quitté le Collège d'enseignement secondaire (CES) où il
était actif, et s'est exilé comme beaucoup de ses camarades en Ethiopie en
septembre 1977.
Il deviendra
membre actif, puis cadre du Front Démocratique de Libération de Djibouti (FDLD),
enfin responsable adjoint à l'information. Suite à la décision de cette organisation
de regagner le pays il rentrera à Djibouti en 1982 et sera employé à l'ISERST
(Institut Supérieur pour l'Etude et la Recherche Scientifique et Technique)
comme technicien forestier de 1984 au 19 décembre 1991.
Révolté par le
sort imposé aux populations civiles afares par le régime du président Gouled,
notamment lors du massacre d'Arhiba du 18/12/91, il décide de quitter son
travail pour regagner la zone libérée par le FRUD (Front pour la Restauration
de l'Unité et de la Démocratie) et se mettra à la disposition de l'organisation.
Il devient membre
du Comité central du FRUD où il accomplira des tâches multiples. Farouche
adversaire de la ligne politique d'Ab'a, il jouera un rôle moteur dans l'organisation
du congrès de la clarification de septembre 1994, où il sera désigné comme
responsable politique du comité exécutif.
Tombé
malade à plusieurs reprises depuis 1995 il se trouvait à Eli daar lorsque
la Sécurité éthiopienne est venue l'arrêter le 26 septembre 1997 à 22 heures
dans la nuit.
Il sera gardé
une semaine à Aïssaïta avant d'être extradé le 4 octobre 1997 à Djibouti où
il sera inculpé de "terrorisme, assassinat, vol en bande armée".
Il est resté
neuf mois dans une petite cellule qui est une toilette aménagée, il souffrait
d'une paralysie faciale et de pertes de connaissance fréquentes. Les soins
lui ont été refusés et malgré une prétendue hospitalisation suite à la grève
de la faim observée en mai 1998, il ne bénéficiera d'aucun soin.
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Éléments
d'information
sur Ali Mohamed Makki
Prisonnier politique détenu à Gabode depuis octobre 1997
Ali Mohamed Makki,
marié et père de six enfants, est né en 1958 à Tadjoura, fut militant anti-colonialiste,
membre puis dirigeant local du MPL (Mouvement Populaire de Libération).
Il prend le chemin
de l'exil en septembre 1977 comme ses nombreux camarades, suite à la répression
massive anti-MPL et anti-afar. Membre et cadre du FDLD (Front Démocratique
pour la Libération de Djibouti), il sera arrêté par des éléments du FLE (Front
de Libération de l'Erythrée) au pied du Mont Moussa-Ali à cheval sur la frontière
érythro-djiboutienne en même temps que son camarade Saïd Cheikh Mohamed (célèbre
pour avoir essayé de détourner un avion à Tadjoura en septembre 1977).
Ils seront libérés
le 5 août 1981, Saïd Cheikh Mohamed mourra six mois plus tard en février 1982.
Ali M. Makki ne regagnera pas le pays et sera un des fondateurs du FRUD dont
il assumera la responsabilité de l'action militaire.
Il résistera
victorieusement face aux FAR (Forces d'Actions Rapides) dirigées par Omar
Bouh. Il s'opposera énergiquement à la ligne capitularde d'Ab'a et participera
activement au congrès du FRUD de la clarification politique tenu en septembre
1994 où il sera confirmé dans son rôle de dirigeant militaire.
Il
sera arrêté par la Sécurité éthiopienne à Addis Abeba où il était de passage
chez son épouse malade le 26 septembre 1997, et sera extradé le lendemain
à Djibouti où il sera inculpé de terrorisme, d'assassinat, et incarcéré à
la prison de Gabode.
Il y passera
neuf mois dans la cellule dite 12 qui est une toilette exiguë. L'existence
de cette cellule a été dénoncée par le député français Arnaud Montebourg.
Résistant contre
le colonialisme dès l'âge de 16 ans, Ali M. Makki passera sans transition
à la lutte pour la démocratie, se consacrant au total à la lutte politique
depuis 25 ans.
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Éléments
d'information
sur Mohamed Daoud Chehem
Prisonnier politique détenu à Gabode depuis octobre 1997
Mohamed
Daoud Chehem est né en 1948 à Tadjourah.
Universitaire ayant suivi des études de mathématiques et de gestion en France.
C'est un homme de rigueur morale et intègre, qualités rares en cette période
et sous cette latitude.
Actif dans les
luttes pour la démocratie sans être sous les feux de l'actualité, et la quasi
totalité de sa famille ayant choisi l'exil, il est protégé des premières vagues
de répression anti-afar de 1978 à 1981.
Chef de cabinet
du premier ministre Abdallah Mohamed Kamil du 5 février au 7 novembre 1978,
il sera affecté aux finances, avant d'être directeur des finances du 22 novembre
1987 au 13 janvier 1991.
Il sera arrêté
le 17 janvier 1991 et incarcéré jusqu'en décembre 1993 en même temps qu'une
quarantaine d'autres détenus sous l'accusation de complot contre l'Etat (Affaire
du coup d'Etat dit des Cimetières).
Aucune preuve
ne sera produite contre ce prisonnier d'opinion. A sa sortie de prison, il
sera harcelé et empêché d'exercer toute activité professionnelle.
Il
se rendra en Ethiopie le 19 janvier 1997 et choisira d'y résider régulièrement,
renouvellant son visa et essayant de travailler. Les services de la Sécurité
éthiopienne le font arrêter le 26 septembre 1997 à 19 heures à son hôtel,
et l'extradent le lendemain vers Djibouti en violation de toutes les règles
en la matière, donc en toute illégalité.
Ardent militant
pour la démocratie, il a participé à la création du FRUD et n'a pas ménagé
ses efforts pour faire échec à la ligne prônée par la reddition d'Ab'a. Depuis
son arrestation, il souffre des yeux et connaît des difficultés pour lire.
Sa vue ne cesse de baisser, il reçoit des médicaments qui le soulagent mais
n'a pu effectué les examens médicaux indispensables.
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DÉCLARATION
DU PRISONNIER POLITIQUE
HOUSSEIN OKIEH ABDI
Je
soussigné Houssein Okieh Abdi de nationalité éthiopienne employé à la société
de khat à Dire-Dawa en Ethiopie, déclare sur l'honneur ce qui suit : le 4
novembre 1998 j'ai été arrêté par la police politique éthiopienne qui m'a
torturé et gardé en détention pendant quatre mois.
Ils ont exigé
de moi que je déclare que je suis membre du FRUD et plus précisement que je
dépend de la zone sud de ce mouvement et que ce dernier serait financé par
des opposants politiques djiboutiens à savoir Monsieur Moumin Bahdon Farah
(ancien ministre des Affaires étrangères et de la Justice) Monsieur Ismaël
Guedi Hared (ancien directeur de cabinet de la présidence de la république),
Monsieur Ali Mahamadé Houmed (ancien ministre de l'Industrie et ancien porte
parole du gouvernement).
J'ai
été détenu pendant quatre mois par la police politique éthiopienne dans des
conditions atroces dans une minuscule cellule infestée d'insectes de toutes
sortes.
Au surplus je
n'avais à manger qu'un petit bol de doura par jour. A la fin de 4 mois et
plus précisement le 15 mars 1999 j'ai été livré par les Ethiopiens à la gendarmerie
djiboutienne qui m'a torturé à son tour avec le système de la balançoire à
la brigade de recherche où j'ai été gardé pendant six jours.
Le 24 mars 1999
j'ai été présenté à un juge d'instruction djiboutien qui m'a traité de tous
les noms lorsque je lui ai dit avoir été torturé par les Ethiopiens et Djiboutiens.
Sans me poser
des questions le juge m'a envoyé à la prison de Gabode.
D'après ce que
j'ai compris le juge veut utiliser les fausses déclarations que l'on m'a fait
signer, après tortures en Ethiopie et à Djibouti pour mettre en cause de hautes
personnalités djiboutiennes dont j'ai cité les noms plus haut et que je ne
connais pas car je ne les ai jamais rencontrés.
Je fais donc
dès aujourd'hui la présente déclaration sur l'honneur pour servir et valoir
ce que de droit.
Djibouti,
le 03/04/1999
Houssein Okieh Abdi
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LETTRE
DES PRISONNIERS POLITIQUES
PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE DE DJIBOUTI
Gabode, le 29
mars 1999
A Monsieur le
Procureur général
Objet: grève
de la faim
Nous soussigné,
Prisonniers politiques détenus à Gabode, Avons l'honneur de vous informer
de notre décision d'entamer une grève de la faim à durée indéterminée à partir
du 29 mars 1999.
Nous
nous considérons comme des otages jetés en prison depuis 18 mois pour certains
d'entre nous, dans des conditions qui interpellent toute conscience humaine.
Le refus systématique
de soigner les blessés ainsi que certains malades en dépit de l'intervention
du Comité international de la Croix-rouge est contraire à toute civilisation
et constitue une violation de l'article 3 commun à la convention de Genève
de 1949, au protocole additonnel II et à la charte africaine des droits de
l'homme.
Le décès en prison
le 12 mars de notre compagnon Abdi Houffaneh Liban dans des circonstances
non-éclaircies est la preuve éclatante de l'insécurité carcérale.
Nous demandons
notre libération immédiate, à défaut un procès dans les plus brefs délais.
Nous demandons aussi et encore les soins d'urgence pour les personnes blessées
et les malades.
Veuillez croire,
Monsieur le Procureur, à l'expression de notre considération.
(*) La majorité
des prisonniers (ci-dessous) ont été libérés fin
février / mars 2000
Les
personnes malades privés de soins :
1. Aden Hassan Houmed dit Eder : blessé et non soigné
2. Daoud Ahmed Ali dit Dinkara : blessé et non soigné
3. Haïssama Idriss Hamid : blessé et non soigné
4. Mohamed Daoud Chehem, malade
5. Kamil Mohamed Ahmed, malade
6. Farah Ali Rirache, malade
7. Moussa Omar Waïs, malade
La
liste des autres prisonniers :
Personnes arrêtées à côté d'Arta
1. Houssein Haji Awaleh
2. Abdillahi Moussa Bouhoulé
3. Osman Youssouf Houffaneh
4. Moussa Omar Waïs
5. Farah Ali Rirache
6. Robleh Farah Arreh
7. Waberi Hersi Bahdon
8. Abdi Moumin Djama
9. Arab Ibrahim Amin
10. Omar Aden Abdi
11. Ibrahim Mohamed Abdi
Personnes
détenues à cause de leur parenté avec Ismaël Guedi Hared
1. Mohamed Miguil Obsieh
2. Omar Guedi Hared
3. Waïs Guelleh Bahdon
4. Daher Gueddi Waïs
5. Aden Saïd Hared
6. Ahmed Hoche Hared
7. Eleyeh Aïnan
8. Ibrahim Samireh Darar
9. Abdourahman Hassan Aïnan
10. Saïd Mohamoud
11. Ali Robleh Darar
12. Abdillahi Robleh Dara
Personnes
détenues sans jugement pour des raisons politiques
1. Mohamed Hassan Farah
2. Mohamed Ali Araïta
3. Abdi Bouh Aden
Avocat défenseur
des droits de l'homme
Me Aref Mohamed Aref
Prisonniers
extradés par l'Ethiopie et détenus parfois depuis des années
1. Mohamed Kadamy Youssouf
2. Ali Mohamed Makki
3. Badoul Yayo Saïd
4. Bourhan Mohamed Cheikh
5. Osman Dardar Mohamed
6. Amine Haggar Barho
7. Houssein Ali Mohamed
8. Aden Moussa Yakissa
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